Louis Cario III

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Troisième et dernière partie. Page mise en ligne le premier novembre 2026. Temps de lecture : 20 minutes.

1940 — 1942 — L’exposition de Jean Loize — Un projet de journal — Le Théâtre de Maurice Boissard — 1944-1946 — Paul Léautaud cité dans un film — Plus que quelques lettres — 1947-1949 — Notes

1940

Et puis c’est la guerre. Et dans une guerre, parmi les choses de la vie quotidienne auxquelles on ne pensait pas et qui deviennent essentielles, il y a les nouvelles. Nouvelles du front, nouvelles des cartes d’alimentation, des bons d’essence… Louis Cario continue de rendre visite à Paul Léautaud mais les potins ne sont plus les mêmes. Seules comptent maintenant les nouvelles, comme ce 17 mai 1940 :

D’après ce que dit Cario, il paraît qu’on va changer de généralissime.

Ou ce 21 mai :

Cario racontait hier : il y a au Havre des réservoirs d’essence…

Le déferlement allemand sur le nord de la France, en mai, provoque l’exode que l’on connait. Le neuf juillet :

Et Cario aussi est « parti » ! J’ai demandé l’autre jour à sa concierge. Vraiment, je n’aurais pas cru cela de lui.

Le quatre octobre :

À 5 heures, visite de Cario, retour hier de sa « fuite ». Je ne lui ai pas caché ce que j’ai pensé de lui qu’il soit ainsi « parti », que je ne m’attendais pas à cela de sa part79. Il n’a trouvé à me donner comme raison [que] « Que voulez-vous ? Je ne peux pas les voir. » Il est parti d’abord pour Issoudun. Il était là, à ce que j’ai cru comprendre, avec une amie. L’avance allemande s’accentuant, il a voulu partir plus loin. Cette amie ne voulait pas. Finalement, elle consentit. Tous deux partirent dans sa voiture jusqu’à Carcassonne. Le soir même du jour de son départ, Issoudun bombardé par les Italiens, et la petite maison où il logeait, sa chambre et son lit même atteints par une bombe.

Il me dit que la vie est beaucoup plus difficle en France non occupée, que, pour sa part, il y a deux mois qu’il n’avait mangé de beurre.

Je me suis aperçu aujourd’hui que le certain brillant dans l’esprit n’est chez Cario qu’une façade, et fort légère, et qu’il n’est qu’un poltron. Il avait aussi l’air d’un sot complet devant mes reproches.

Ce que nous lisons là, à quelques lignes de distance depuis le 26 décembre 1938 se déroule sur 350 pages de Journal et ce redoutable raccourci met cruellement en évidence l’abîme de radicalisation dans lequel est tombé Paul Léautaud — et de nombreux Français avec lui. Il ne s’en relèvera jamais.

Dix jours plus tard, le quatorze octobre 1940, il doit commencer de ne pas faire chaud :

Tantôt visite de Cario. Il a encore l’air bien aplati. Je lui demande : « Eh ! bien, vous vous y faites ? » (à la vue des Allemands). Il me répond d’un ton mort : « Non. » Il regrette presque d’être rentré. Il ne regrette pas d’être parti pour tout ce qu’il a vu sur les routes de la débandade de l’armée française. La question du charbon de cet hiver l’affecte beaucoup. Il a peur de mourir, par le froid.

Louis Cario aussi se radicalise, comme on peut le constater ce huit novembre 1940 :

Cario me disait tantôt qu’il avait tout de suite reconnu le franc-maçon chez Paul Valéry, rien qu’à certains mots et leur assemblage à l’inscription composée par lui pour le Palais de la Pensée à la dernière Exposition80.

Jacques Bernard se radicalise lui aussi, surtout depuis sa commotion cérébrale de septembre 1936. Il a licencié Paul Léautaud fin septembre ce qui entraîne un échange de correspondance début octobre.

1942

La guerre, c’est comme tout, on vit avec et un semblant de normalité se réinstalle dans les rapports humains. Ainsi Jean Loize (1900-1986) organise, le 24 janvier 1942 une exposition Léautaud dans sa librairie du 47 rue Bonaparte. Jean Loize, dans une vie précédente était employé au service géographique du ministère de la Marine. Comme toujours, dans ces expositions, on trouve de tout…

ma canne de théâtre, une de mes plumes d’oie, des manuscrits, tout un cahier du Journal, les volumes que j’ai publiés, une sorte de plan itinéraire assez ingénieux du Petit Ami, une véritable curiosité, etc., etc. tout ce que j’ai vu rassemblé là, je dis le vrai, sans en éprouver grand intérêt. Ainsi, ce plan itinéraire du P.A., je l’avais pris pour une sorte de carte, mise là au mur d’une précédente exposition, sans le regarder, et il a fallu que Cario, qui regardait tout, s’extasiant sur son ingéniosité, m’en parlât pour que je me lève de ma banquette pour regarder. Jean Loize a accompagné chaque photographie des quelques lignes du Petit Ami qui s’y rapportent. Il s’est mis à un moment à lire à voix haute chaque étiquette. J’ai dû l’arrêter : « Monsieur, ne me lisez pas ainsi tout haut. C’est extrêmement gênant pour moi. » Je suis alors allé m’asseoir dans un coin sur une banquette où je commençais à avoir une grande envie de m’en aller, quand Cario est arrivé, que j’ai toujours plaisir à voir et avec qui, lui aussi assis sur ladite banquette, j’ai fait la conversation pendant un bon moment, en mangeant de merveilleuses bouchées de chocolat dont Mme Loize nous a apporté une boîte. Je le note tout de suite pour ne pas l’oublier : Cario a eu presque le même mot que Rouveyre pour mon portrait par Émile Bernard « Il vous a amoindri. »

Les deux portraits de Paul Léautaud de juillet 1929 par Émile Bernard

Plus tard, dans la même journée :

Cario a toujours des histoires à raconter. Voici les deux d’aujourd’hui :

Le cardinal Suhard81 rendait visite à l’archevêque de Paris. Il lui dit : « Je voudrais bien ne pas mourir en ce moment. » L’Archevêque : « Je vous comprends. Voir les suites de cette énorme histoire. Cela vaut la peine de vivre. » Le Cardinal : « Oh ! ce n’est pas cela. Les suites de cette histoire me sont indifférentes. Ce sont mes ouailles. » L’Archevêque : « Vos ouailles ? Comment cela ? » Le Cardinal : « Mais oui ! Avec le régime que nous avons maintenant, si je mourais, il nommerait un amiral. »

« Il » est vraisemblablement Pie XII. Nous ne connaîtrons pas la seconde  anecdote, remplacée par une ligne de points dans l’édition papier. Ce devait être la plus intéressante.

L’exposition est évidemment demeurée quelques jours. Le 31 janvier :

Il y a, à l’exposition, appendu au mur, le rouleau, développé dans toute sa longueur, des articles nécrologiques à propos de ma fausse mort. Cario est revenu hier. Il a voulu les lire. Cette typographie de journaux n’étant pas lisible à distance, il a demandé une échelle, qu’on lui a apportée, et grimpé dessus, le nez sur les articles, il s’est mis à les lire. Un dessinateur ami de Loize, qui se trouvait là, l’a « croqué » aussitôt dans cette posture.

La vie, donc, reprend, comme ce premier décembre 1942 :

Cario fait une exposition de ses paysages dans une galerie de la rue de Seine. Il m’a envoyé une invitation pour le vernissage, aujourd’hui. J’y suis allé. Rencontré là un ami de Maurice Garçon82, que je n’ai pas reconnu, mais qui me connaît très bien, qui m’apprend : « Garçon a été arrêté chez lui, emmené, interrogé pendant six heures, puis relâché, avec des excuses. Pendant ce temps, perquisition chez lui83. »

Cario, que j’ai vu à son exposition, me fait part d’un projet qu’a Robert Rey et dont il lui parle souvent : la guerre terminée, création d’un journal qui n’aurait que trois rédacteurs : Robert Rey pour les beaux-arts, René Lalou84 pour la critique littéraire, moi pour la critique dramatique, avec la plus absolue liberté de tout dire. Je n’ai pas dit ma réponse à Cario. Elle est dès maintenant négative. Je ne vais pas me mettre à retourner au théâtre à mon âge. J’ai aussi autre chose à faire que d’écrire des chroniques dramatiques. Je me suis contenté de citer à Cario ce nouvel exemple de l’impudence qu’on voit depuis quelque temps aux gens de théâtre : interprétation fantaisiste des chefs-d’œuvre du théâtre, comme Dullin avec Le Mariage de Figaro85, création d’un nouveau personnage dans Le Tartuffe86, un autre faisant danser les marquis du Misanthrope, etc. Voici maintenant… Alice Cocéa87… qui joue dans son théâtre La Parisienne de Becque88 en changeant le titre pour : Clotilde du Mesnil. Je n’ai lu qu’un compte rendu dans un journal. Aucune protestation de la part du critique. Si ses confrères font de même, ce n’est pas flatteur pour eux.

Une année passe. Paul Léautaud est à Fontenay, Louis Cario à Paris, on ne se voit plus, on s’écrit. Le quinze novembre 1943 arrive à La NRF le second tome du Théâtre de Maurice Boissard, couvrant les années 1915-1941. Le 17, dans un bureau de La NRF, Paul Léautaud en envoie un exemplaire à une douzaine de ses proches, parmi lesquels Louis Cario. Ses amis lui accusent réception et le 26 il écrit :

Les lettres sont tout de même révélatrices de l’esprit et même de l’intelligence de leur auteur. J’ai envoyé le tome II Boissard à Louis Cario et à Charles Léger89. Chacun m’a écrit pour cet envoi. Louis Cario prend prétexte de la chronique sur l’acteur de l’Odéon Amaury90 pour me parler de deux ou trois types plus ou moins curieux qu’on voyait autrefois boulevard Saint-Michel. C’est la platitude même. Charles Léger a vu que le volume se termine par une chronique sur L’École des femmes, dans laquelle j’exprime mon admiration pour Molière. Il m’écrit : « Quels bons moments je vais passer avec votre livre qui s’achève par un éloge bien senti de Molière. » Un éloge bien senti. Un chef de rayon ne s’exprimerait pas autrement.

Quant à Sanvoisin91, dont j’ai reçu une lettre hier ou avant-hier, comme il paraît qu’il va y avoir prochainement une ou des élections Goncourt, il m’écrit : « Enfin, ne vous feront-ils pas signe ?… » alors que je lui ai dit et répété que je ne veux à aucun prix de cette affaire.

Cario et Léger écrivent des lettres d’épiciers. Sanvoisin est un précieux, qui a besoin d’encenser.

Rouveyre termine sa lettre reçue ce matin : « Je viens de relire Vers et Prose de Mallarmé92, me trouvant amené à faire un article à son propos pour 1944. Et j’ai trouvé cela tout à fait ganache93. » C’est curieux. Je trouve à ce mot excessif (je crois que le sens en est : une certaine stupidité) une part de justesse. Cet homme qui s’amusait, qui s’appliquait, avec quel travail, à construire, à « autographier94 » ses jeux de patience poétiques. Ses disciples et admirateurs ont beau dire. Il devait être assez borné. Le mot de Rouveyre a décidément du vrai.

1944-1946

Quinze avril 1944. Le Débarquement est dans cinquante-deux jours, mais personne ne le sait.

[Maurice Martin du Gard] me dit qu’étant l’autre jour au cinéma, mon nom a été prononcé au cours d’un film. Cario m’a déjà dit cela il y a quelques jours. Étant au cinéma, le personnage d’un film s’est mis à dire : « Comme dit Paul Léautaud. » Cario en a été abasourdi, la chose venant sans qu’on sache pourquoi. Il paraît que c’est la mode actuellement au cinéma de jeter le nom d’une personnalité dont on parle plus ou moins dans le moment. Maurice Martin du Gard appelle cela, pour moi, dans sa lettre : la gloire. Outre que le mot est bien excessif, la gloire revêt aujourd’hui un aspect bien vulgaire.

Donc on s’écrit un peu  et on ne se voit plus du tout. Ainsi cette lettre :

le vendredi 17 août 1945

       Mon cher Cario,

J’ai su hier soir de Madame Uccelli95, bouquiniste au quai, au coin du pont des Arts, votre amicale information auprès d’elle à mon sujet. Je pense souvent à vous quand je sors ou arrive à la gare du Luxembourg, surpris de ne plus nous rencontrer comme il nous arrivait de temps en temps. J’ai su au Mercure que vous avez subi une opération96, très heureusement faite, et que vous en avez été, en quelque sorte, même presque rajeuni. Vous devriez bien arranger quelque chose pour nous voir. J’y aurais grand plaisir.

     Cordialement à vous

Rien n’indique que Paul Léautaud et Louis Cario se soient rencontrés.

Le printemps suivant :

Samedi soir 30 mars 1946

       Mon cher Cario,

La coiffeuse de la rue Crébillon97 — une fort jolie femme — m’a demandé tantôt de vos nouvelles. Elle s’étonne de ne plus vous voir.

J’espère que vous allez toujours bien, que vous prenez, avec le mépris qui convient, les jours heureux que nous vivons, et avec curiosité résignée tous les événements qui paraissent bien devoir survenir.

     Toutes mes cordialités

Un an et demi plus tard, Paul Léautaud et Louis Cario s’écrivent toujours mais ne se voient plus.

le vendredi 27 septembre 1946

       Mon cher Cario,

J’ai reçu votre mot.

Je n’y peux faire qu’une réponse : Hélas !

Que devenez-vous, que faites-vous, que pensez-vous ?

Les vieux messieurs que nous sommes ont à la fois des sujets de s’attrister et des sujets de rire.

Qui sait si d’autres grabuges n’approchent pas ? Quelquefois, j’en ai la certitude. D’autres fois, j’en doute. Mais souvent la certitude est plus forte que le doute.

Il est bien étonnant que nous ne nous rencontrions plus, car je suis souvent dans les autours de la gare du Luxembourg, et de l’épicerie de Madame Hue.

     Cordialement à vous

Samedi soir 19 octobre 1946

       Mon cher Cario,

J’ai retiré tout à l’heure chez Madame Hue le petit paquet. C’est très gentil, et cordialement merci.

P. L.

Vous avez pu juger de quelle façon est fichu le volume. Le papier — un vrai buvard — les fautes, les oublis, la maladroite disposition des textes, le trop d’agrandissement des portraits, qui ont perdu grande partie de leur finesse, ou de leur charme. Voilà l’édition d’aujourd’hui.

Pas de cordialités, nous somme dans l’ordinaire, le quotidien, ce qui est le signe que les échanges sont plus fréquents qu’il n’y paraît. De quel « petit paquet s’agit-il ? Dans cette époque de restriction nous sommes habitués à voir Paul mendigoter du café ou du tabac de tous côtés. Ici, à l’évidence, il s’agit d’un livre. Paul Léautaud ne critiquerait pas un livre qu’on lui offre. Il peut s’agir d’un livre qu’on lui rend.

1947-1949

Lundi 27 janvier 1947

       Mon cher Cario,

Enchanté d’avoir de vos nouvelles, par ce quatrain qui est une gentillesse de votre part. Puisque vous y faites figurer des noms d’écrivains, avez-vous vu quelques-uns des nombreux articles qui ont été publiés à propos du Choix de Pages98 par Rouveyre. Que d’exagérations, d’inventions, de déformations, sous prétexte de pittoresque. Un vrai Guignol, portraits écrits ou dessinés. Et cet affreux volume, si fichument établi, plein de fautes, de notes oubliées, de pages abusivement laissées en blanc ! Je ne l’ouvre pas sans y découvrir à chaque fois de nouvelles fautes. Rouveyre avait fait défense à l’éditeur de rien me montrer de son travail. Je ne l’ai connu qu’imprimé et paru. Sans cela, je pense que j’aurais pu remédier un peu à tant d’imperfections typographiques. Vendre un livre 475 francs et qu’il soit tel. C’est abusif.

Avez-vous vu aussi le nouveau Mercure99, et ce qu’on en a fait, alors qu’on avait un modèle parfait, établi par un homme qui était un maître en cette matière, comme il l’était pour la composition de la revue. Billy qualifie la couverture actuelle : celle d’un catalogue de pharmacie. C’est vraiment le mot juste.

Quand j’ai vu ces innovations, extérieures et contenues, j’ai été vraiment démangé du désir d’aller dire à ces messieurs ce que j’en juge. J’ai craint de paraître me donner trop d’importance et me mêler de ce qui ne me regarde pas.

Cette étude sur Scudéry100, d’un ton si plat, si terne, et d’ailleurs Scudéry ne valant pas un tel travail. Ces niaiseries, abondantes d’une demoiselle Chazalviel101, qui, sévit de nouveau à la fin, dans une rubrique : Gazette, qui doit remplacer les anciens Échos. Les vers à la manière de feu Valéry. Et la chronique de Fontainas, un de ceux que Vallette appelait les « boulets » du Mercure, camarades de jeunesse, qui s’accrochaient et qu’il fallait traîner. Il m’a dit aussi plus d’une fois : « Qu’est-ce que deviendra le Mercure quand je ne serai plus là… » Nous en avons un aperçu. Ces messieurs sont comme nos successifs gouvernements actuels : ils ont voulu faire du neuf et du déraisonnable.

La France me paraît être dans un fichu état. Nous sommes bien dégringolés, mon cher. De plus, comme après 14-18, nous voyons revenir en bonne posture les auteurs et complices de l’aventure : les Herriot, les Daladier, les Paul Reynaud, les Paul-Boncour. Ce Paul Reynaud, à l’exode, arrêté en Espagne102, sa voiture pleine de quel argent ? Cet Herriot, à la défaite allemande, amené un moment en France, sous garde allemande, à la demande de Laval, pour quel conciliabule, sur lequel il n’a jamais voulu s’expliquer. Ce Daladier, ivrogne complet, qui n’acceptait aucun avis, aucun avertissement, aucun conseil, aussi sûr de lui qu’un pape. Les Français, dans leur ensemble, n’ont aucune mémoire. Et la justice d’aujourd’hui, ces abominations, ces vengeances politiques. 93 revenu. Je n’ai jamais été démocrate. Je ne suis pas en voie de le devenir. Mon plus grand mécontentement est à mon propre sujet : d’être touché, blessé, atteint, presque empoisonné par ces choses, au lieu de m’en ficher complètement, n’y pouvant rien.

Je pense que vous passez ce froid, ces bourrasques de vent, sans trop en souffrir. Je le souhaite. Pour ma part, dans ce pavillon à peu près en ruine, je n’ai guère chaud. Le bois ne chauffe pas vraiment. Il faut de plus à chaque instant entretenir le feu. La nuit, c’est bien trois ou quatre fois que je me lève pour cette corvée. Ce qui n’empêche pas, le matin, tout mon premier étage glacé, l’eau gelée dans mes récipients. Heureusement, sauf la vue, je vais fort bien.

Toutes sortes de cordialités, mon cher Cario.

Dans la lettre suivante il faut comprendre qu’il s’agit d’une réponse à des demandes de renseignements de Louis Cario, dans le but d’écrire un article sur le thème « Paul Léautaud anti-poète ». Cet article à paraître dans La Vogue est une demande de Tristan Klingsor. Nous apprendrons ça dans le Journal littéraire au 26 février ci-dessous.

Samedi 15 février 1947

       Mon cher Cario,

J’ai publié deux fois des vers dans le Mercure, pour mes débuts dans la revue103. 1895, et 1896, je crois. Vous trouverez la date des numéros dans la première Table104 qui doit se trouver avec la collection, dans mon ancien bureau et qu’on vous communiquera tout de suite.

Voici quelques indications pour des éléments pour votre article105 :

Passe-Temps : pages 170(106) et 203(107).
Théâtre Boissard, tome II : pages 72 et 327(108).
Marly-le-Roi, page 53 « Ce Cabotin…109 »
Notes Retrouvées, page 36(110).

Il est bien certain que je suis grandement détaché des poètes. J’entends : les gémisseurs, les élégiaques, les romantiques, les faiseurs de romans, l’alexandrin est devenu pour moi insupportable. Écrire pour ne rien dire, me paraît leur domaine. Ces lignes bien mesurées et leur achèvement sur une syllabe de même consonance est devenu pour moi une bouffonnerie. Stendhal a dit vrai : « L’alexandrin est un cache-sottise. » Je suis arrivé à mettre Charles d’Orléans111 cent fois au-dessus de Baudelaire. Je ne parle pas de Hugo dont la déclamation et le pathos me font pitié. En un mot, j’ai horreur de ce qui déclame et de ce qui pleurniche, en prenant des poses inspirées.

Après cela, je copie dans mon Journal, dans la relation d’une rencontre avec Klingsor, le mardi 8 octobre 1946, au carrefour Buci, chacun ayant suspendu à un bras un sac à provisions, ce qui lui fit me dire en riant : « Voilà comme nous sommes, maintenant ! » Je copie, dis-je, dans cette relation qui a bien une quarantaine de lignes, ce passage :

« Combien de gens aujourd’hui savent le délicieux, charmant, pittoresque poète qu’est Tristan Klingsor, parfait musicien des mots et des rythmes, plein d’une fantaisie aussi vive et colorée comme une suite de petits ballets, et nullement dénué d’émotion pour cela, et de plus écrivain probe, sans étalage ni vanité ? »

Excusez mon écriture, mon cher Cario, et toujours très cordialement à vous.

À Louis Cario

Samedi 15 février 1947

       Mon cher Cario,

L’histoire Moreno tombe bien et me ravit112 — encore que j’aie horreur d’un pareil vocabulaire, j’entends pour le mot : gueule : Elle est d’il y a quelques années…

Alors, que doit lui coûter aujourd’hui le jeune milicien (ou ex-milicien) pour lequel elle faillit un soir manquer la représentation de la Folle de Chaillot113, ne l’ayant pas vu depuis deux ou trois jours et courant tout Paris à sa recherche.

C’est le cas de rappeler le titre d’un chapitre de Balzac, dans les Illusions perdues, je crois : À combien l’amour revient aux vieillards (masculins et féminins)114.

[…]

     Cordialement.

Une semaine plus tard :

Samedi 22 février 1947

       Mon cher Cario,

Mademoiselle Blaizot m’a remis, jeudi ce que vous lui aviez laissé pour moi. Vif merci. Vous êtes bien tombé, j’étais en route pour aller mendier à ma buraliste un ou deux paquets pour finir le mois. Je n’ai eu naturellement aucun succès. Ces commerçants — dans tous les genres — sont intraitables.

Je crois bien que je n’ai plus que cela comme plaisir : fumer. La nuit, quand je me relève, ce qui m’arrive au moins trois fois, pour garnir mon poêle, je pense à mon plaisir du prochain matin avec les premières cigarettes en consommant mon petit déjeuner fait de café noir bien brûlant.

Ma buraliste m’a assuré que le tabac sera en vente libre le 1er avril avec augmentation de prix, il faut s’y attendre. Espérons que cette fois-ci, ce sera vrai.

Je vous donne quelques petites indications supplémentaires pour votre article — avec toute liberté, bien entendu, de les utiliser ou non. Je voulais vous les donner dans ma première lettre. Mais je gèle quelque peu chez moi, et le froid me distrait l’esprit et j’écris en courant donc faisant des oublis.

Donc :

Au mois de février de l’année dernière, je me suis laissé aller à écrire une petite préface au catalogue d’une Exposition Verlaine à la Bibliothèque Doucet. Une apothéose, naturellement. Quelques jours après, j’eus à aller acheter, pour un tiers — à cause de la remise qu’on me fait à la N.R.F. — un exemplaire du Verlaine dans la collection de la Pléiade115. Le soir, chez moi, je le feuilletai, le parcourus… Eh ! bien non. J’ai bien regretté mon apothéose — j’aurais dû relire auparavant. Toute cette poésie, au moins pour moi, n’a rien de remarquable. Là encore, je ne trouve qu’ennui.

Pour Mallarmé, dont j’ai été quelque peu féru dans ma jeunesse, pendant une année ou deux, un critique littéraire, rendant compte des Poètes d’aujourd’hui dans leurs successives éditions, a fait cette remarque que la notice Mallarmé était bien moins admirative dans la seconde édition, et encore moins dans la troisième. Il n’y a pas qu’en amour qu’on change.

Autre indication encore, toujours à votre gré. Vous pourriez peut-être reproduire ce que je vous ai copié dans mon Journal concernant Klingsor. On y pourrait voir que si je suis arrivé à ne plus souffrir les poètes élégiaques, pleureurs, gémissants, faiseurs d’alexandrins allant au pas comme des paires de bœufs, je suis resté extrêmement sensible aux poètes de la fantaisie, de la légèreté, de la couleur, qui, eux, ont souvent vraiment comme des ailes.
[…]

L’année suivante, le quinze février 1948 :

Séance de thé, goûter, lunch, chez Marie Dormoy. Présents : les époux Mouquet116, une dactylographe de Sainte-Geneviève117, Louis Cario et moi.

Cario a vendu sa maison de campagne, sa voiture, il ne fume plus : « Je ne veux rien donner à l’État. »

Ces visites parties, nous avons corrigé les épreuves du Chat Miton. Puis dîner.

Près de deux années passent, nous sommes le 22 novembre 1949.

Inauguration à la Bibliothèque Jacques Doucet de l’Exposition André Gide, à l’occasion de ses 80 ans accomplis aujourd’hui. Je me suis trouvé à l’entrée avec Rouveyre, dans son affublement habituel, augmenté d’un monocle. […] Retrouvé Cario, toujours Professeur Nimbus (de visage), guère plus vieilli que précédemment. Il est complètement de mon avis sur le Mercure actuel, distribution des textes, et les textes eux-mêmes : au-dessous de tout. Il a eu l’occasion d’avoir l’avis d’anciens abonnés qui n’en reviennent pas qu’on ait ainsi abîmé la revue si intéressante et si bien présentée autrefois.

C’est la dernière fois que Louis Cario et cité dans le Journal littéraire.

Notes

La numérotation des notes poursuit celle de la page précédente.

79    Pourtant, Paul Léautaud est bien parti, lui aussi, en 1914…

80    Il s’agit peut-être de ce qui est de nos jours le Centre universitaire méditerranéen, construit à Nice sur la promenade des Anglais, inauguré en avril 1935 et dont Paul Valéry a été le premier administrateur.

81    Emmanuel Suhard (1874-1949), prêtre en 1897, prêtre du diocèse de Laval en 1899, chanoine en 1919, évêque de Bayeux et Lisieux en 1928, archevêque de Reims en 1931, cardinal en 1935 et archevêque de Paris de 1940 à sa mort.

82    Avocat et auteur Mercure Maurice Garçon (1889-1967), spécialiste de démonologie est l’un des deux ou trois grands avocats de son époque et défendra nombre d’auteurs (François Mauriac, Georges Simenon, Francis Carco, Georges Arnaud) et de maisons d’éditions (Pauvert, Denoël…). Il sera élu à l’Académie française en 1946 mais a toujours refusé d’être membre de l’Ordre des avocats. Paul Léautaud et Maurice Garçon se sont fréquentés plusieurs années. On lira avec beaucoup d’intérêt son Journal (1939-1945), édité en mai 2015 aux Belles lettres (Fayard) par Pascal Fouché et Pascale Froment et, plus récemment (automne 2022), les années précédentes (1912-1939).

83    Voir le Journal de Maurice Garçon au 21 novembre 1942.

84    René Lalou (1889-1960), agrégé d’anglais et enseignant, père du romancier et journaliste Étienne Lalou.

85    Dans sa chronique de La NRF d’avril 1939, Maurice Boissard s’est fâché contre la mise en scène de Charles Dullin.

86    Par « ajouter un nouveau personnage » — et d’après ce que l’on peut comprendre de la chronique de Maurice Boissard parue dans La NRF de février 1939, Paul Léautaud entend un jeu différent de Laurent, une complicité avec Tartuffe à son entrée en scène, complicité nullement indiquée par Molière.

87    Alice Cocéa (1899-1970), comédienne française d’origine roumaine (ce qui s’entendait bien). Alice Cocéa a « reçu » des mains allemandes la direction du théâtre des Ambassadeurs suite au départ d’Henry Bernstein pour les États-Unis. Cette position a permis à Alice Cocéa d’effectuer plusieurs mises en scène. Son comportement pendant la guerre a entraîné un retrait de sa carrière dans les années suivant la Libération. Dans sa chronique dramatique du 1er janvier 1939 à propos des Parents terribles, de Jean Cocteau, Paul Léautaud (qui ne signe plus Maurice Boissard — et ne signe d’ailleurs plus du tout) a écrit : « C’est Mlle Alice Cocéa qui joue la jeune relieuse. Elle n’est pas jolie. Elle est petite. Elle est d’une minceur ! Elle a une voix déplaisante. Elle a joué récemment Célimène. On me l’a imitée disant les vers de Molière en roulant le r à la mode de son pays. Ce devait être assez drôle, et fâcheux. »

88    La Parisienne, agréable comédie en trois actes d’Henry Becque, créée en 1885 au théâtre de la Renaissance. Clotilde, la Parisienne en question a épousé un monsieur Dumesnil.

89    Charles Léger (1880-1948), historien et critique d’art. Voir au 21 octobre 1945.

90    Unique chronique de l’année 1916, en août.

91    Gaétan (é ou ë) Sanvoisin (1894-1975), journaliste au Gaulois et à Comœdia puis chef des informations au Figaro en 1929, terminera sa carrière à la Revue des deux mondes au début des années 1970.

92    Stéphane Mallarmé, Vers et proses — Morceaux choisis, Perrin 1893, 223 pages.

93    Le mot ganache comprend de nombreuses acceptions, la mâchoire du cheval, un fauteuil, une « personne incapable et bornée », un « vieillard décrépit et radoteur », au théâtre le « rôle du barbon crédule » (TLFi).

94    Allusion à l’ouvrage d’Henri Mondor L’Amitié de Verlaine et Mallarmé, paru chez Gallimard en 1940, dans lequel Henri Mondor écrit que les grosses mains de Verlaine avaient « autographié de beaux vers », tournure un peu stupide ayant agacé Paul Léautaud.

95    Paul Léautaud fréquentera longtemps cette bouquiniste.

96    Prostate.

97    Le parisien familier du quartier a bien du mal, de nos jours à imaginer un coiffeur dans cette petite (soixante mètres) rue Crébillon, qui débute après le quinze rue de Condé et s’achève devant l’Odéon. Il existe très vraisemblablement un ou deux coiffeurs à Fontenay mais Paul Léautaud a conservé ses habitudes.

À droite, la rue de Condé, qui débouche devant le Sénat et à gauche, la rue Crébillon avec, au fond, la silhouette bien reconnaissable du théâtre de l’Odéon

98    Choix de Pages de Paul Léautaud par André Rouveyre avec une introduction, des illustrations et des documents bibliographiques, le Bélier, octobre 1946.

99    Le Mercure de France, qui avait cessé de paraître après le numéro de juin 1940 est reparu en décembre 1946.

100   « Les Premières poésies de Scudéry (1631-1636) » par Maurice Cauchie (1882-1963), Mercure de janvier 1947, pages 58-73.

101   « Essais et Portraits » par Geneviève Chazalviel, pages 74-83.

Réception, le dix novembre 1949 du prix Vérité par Martin de Hauteclaire (au centre) et Geneviève Chazalviel pour son livre Chez les petits d’hommes, « dans lequel elle rapporte ses observations de maîtresse dans une école maternelle des faubourgs de Paris. » (Le Monde du douze novembre 1949). On reconnaît à gauche, Georges Duhamel, initiateur du prix créé en 1947, récompensant un témoignage sincère, par le quotidien Le Parisien Libéré »

102   Paul Reynaud, opposé à l’armistice, cherchait à rejoindre l’Afrique du Nord pour continuer le combat. Il n’a pas du tout été arrêté en Espagne, empêché de s’y rendre par un accident de voiture de côté de Frontignan. Pétain lui propose alors d’être ambassadeur de France aux États-Unis, ce qu’il refuse ; Paul Reynaud se retire alors chez lui, à Barcelonnette, où il a été arrêté le sept septembre. Une place Paul Reynaud a été créée à Paris en octobre 1981. Les autres affirmations de Paul Léautaud, complètement intoxiqué par ses souvenirs de la presse d’occupation sont sans doute du même ordre. Nous ne saurons jamais quelle a été le sentiment de Louis Cario en lisant cette surprenante lettre mais il n’est pas impossible qu’il ait partagé ces idées.

103   L’Élégie de septembre 1895 et le Sonnet de septembre 1896.

104   La Table des tomes I à XX, parue en février ou mars 1898 et couvrant tous les numéros jusqu’à décembre 1896 inclus.

105   Louis Cario, titulaire de la rubrique « Science financière » au Mercure de 1922 à 1940 n’a plus écrit dans le Mercure après 1940. Cet article paraîtra donc ailleurs.

106   Dans cette page 170, deux phrases peuvent correspondre : « Je n’aurais pas pu faire un poète lyrique. Je ne suis pas assez bête pour cela. » et « Un poète a ouvert dans le Figaro une enquête sur ce sujet “Pensez-vous qu’un écrivain doive faire un autre métier que celui d’écrivain ?” Quand on lit les vers de ce poète, la réponse n’est pas douteuse un écrivain doit faire un autre métier que celui d’écrivain. » Dans la réédition en un seul volume des deux parties de Passe-Temps par le Mercure en 1987, ces deux textes se trouvent page 141.

107   Dans la page 203 nous lisons : « Les poètes font perdre un temps considérable pour le développement de l’esprit. J’ai perdu dix ans de ma vie, pour ma part, à me laisser bercer par leurs romances. Si peu que j’aime le professorat, si j’avais un fils je ferais tous mes efforts pour le dissuader de les lire. Un conte de Voltaire contient plus de substance que toute l’œuvre de Hugo, — sans compter une langue meilleure, — et le plus beau poème ne vaut pas, pour le profit de l’intelligence, une maxime de La Rochefoucauld. Les vers sont bons dans le madrigal, dans l’épigramme, dans la chanson. Autrement : bavardage fastidieux. » Ce texte se trouve page 168 de la réédition de Passe-Temps par le Mercure en 1987. Ces deux notes ont pu être données grâce à Maxime Hoffman qui a bien voulu scanner ces deux pages dans son édition originale de 1929.

108   La page 72 correspond au compte rendu du Crime de Potru, pièce en quatre actes de Charles-Henry Hirsch représentée à l’Odéon en juin 1919. Cette chronique est parue dans le Mercure du premier juillet 1919. La page 327 correspond au début de la chronique parue dans Les Nouvelles littéraires du neuf juin 1923. Maurice Boissard y traite de deux spectacles ; Le Mystère du Dieu mort et ressuscité, légende dramatique en quatre journées, d’Édouard Dujardin et Bastos le Hardi, comédie en quatre actes, de Léon Régis et François de Veynes.

109   « Ce cabotin de Chopin, ce cabotin de Liszt, ce cabotin de Baudelaire, ce cabotin de Vigny — ce savetier de Péguy. »

110   Cette page 36 des Notes retrouvées contient trois paragraphes entiers dont voici les incipit : « L’Académie a donné le Prix Osiris, 100 000 francs, à Paul Bourget. » ; « La poésie est faite pour les parties profondes de notre sensibilité » et « Allons ! les livres, la rêverie, la solitude devant ton papier ».

111   Charles Ier d’Orléans (1394-1465), duc d’Orléans et de Valois. Les Poésies de Charles d’Orléans ont été éditées par Pierre Champion (1880-1942) et parues chez Honoré Champion en 1982.

Ou temps passé, quant Nature me fist
En ce monde venir, elle me mist
Premierement tout en la gouvernante
D’une Dame qu’on appelloit Enfance,
En lui faisant estroit commandement
De me nourrir et garder tendrement,
Sans point souffrir Soing ou Merencolie
Aucunement me tenir compaignie ;
Dont elle fist loyaument son devoir :
Remercier l’en doy, pour dire voir.

Début du premier poème de Charles d’Orléans
La Retenue d’amours, page une de l’édition d’Honoré Champion

112   Note de Marie Dormoy : « Léautaud venait de recevoir une coupure de journal — 7 février — contenant un article : Marguerite Moreno épouse son légionnaire ».

113   Jean Giraudoux, La Folle de Chaillot pièce en deux actes mais assez longue (trois heures), créée au théâtre de l’Athénée en décembre 1945, Jean Giraudoux étant mort deux ans auparavant, fin janvier 1944. La mise en scène était de Louis Jouvet.

114   « À combien l’amour revient aux vieillards » est la deuxième partie de Splendeur et misère des courtisanes qui en comporte quatre. Cette « étude de mœurs » fait partie des Scènes de la vie parisienne (Pléiade 1977, volume VI, page 571).

115   Paul Verlaine, Œuvres poétiques complètes, Édition d’Yves-Gérard Le Dantec avec la collaboration de Jacques Borel (juillet 1938), 1 600 pages.

116   Jules Mouquet (1867-1946), compositeur a écrit de la musique de son temps, auprès d’un Ernest Chausson ou d’un Gabriel Fauré qui lui sont largement préférables. La musique de Jules Mouquet est encore de nos jours bien représentée au disque et sur les sites musicaux comme Qobuz. Jules Mouquet a écrit quatre articles sur la poésie dans le Mercure dans les premières années 1930. Jules Mouquet a épousé en 1920 Marie Augustine Boisson (1876-1951).

117   Denise Imbert, dont il sera question une seconde fois le deux octobre 1955.