Vu par André Rouveyre

Les éditions du Bélier ont publié, à la fin de 1946 (achevé d’imprimer daté du 30 septembre) ce Choix de pages de Paul Léautaud, réuni par André Rouveyre, très ancien ami de Paul Léautaud. C’est l’introduction d’André Rouveyre qui est reproduite ici, rédigée dans le pur style Rouveyre, sur-écrit et un peu pénible à lire mais riche d’informations. Ce texte de Rouveyre est néanmoins, avec ceux de Marie Dormoy[1], parmi les textes courts, celui permettant le mieux d’aborder la personnalité de Paul Léautaud.

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Avec ce Choix de pages le lecteur va approcher, connaître une aventure humaine et une œuvre littéraire solidaires et qui se sont produites en dehors de la masse remuante des gens qui écrivaient et des ouvrages qui se répandaient automatiquement par l’étalage et par la publicité. Il va rencontrer un écrivain qui a été, pendant cinquante ans, exactement le contraire de ceux qui composaient cette foule industrielle et vaine de personnages qui avaient le front de se donner pour des écrivains et que l’on prenait pour tels ! Comme si être écrivain consistait à exciter et flatter avec servilité et une basse adresse les goûts inférieurs du public ; à exploiter ses tendances et ses fluctuations de mœurs. Le contraste était saisissant entre cette industrie de méprisables mépriseurs et ce qu’ont été la vie et les écrits de Paul Léautaud.

Son existence reste à grand honte pour le temps où elle s’est écoulée dans une réserve de soi et une attitude retraite où, qu’il le veuille ou non, nous ne pouvons pas ne pas reconnaître le fait d’un passant qui a voulu, aussi, ne pas être éclaboussé : qui a voulu se garder propre, certes, en premier lieu, mais propre aussi.

Ainsi le spectacle d’un Léautaud était-il bien fait, était-il fait particulièrement pour satisfaire les meilleures tendances de notre conscience, tout au même temps où il nous excitait pourtant au cynisme d’observation, à l’ironie spirituelle alors que nous regardons la vie, les hommes, les femmes et les mœurs. Devant la mort aussi, cette si intéressante solution, il n’a pas son pareil lorsqu’il s’y porte en curieux. Là, il possède tout naturellement un aplomb, un non-choc paisible, et la tranquillité du sonneur de couvre-feux. On formera quelques-unes des pages de ce livre avec certains de ses écrits sur ce sujet. Il est important ; et l’attrait de la façon qu’a Léautaud d’en écrire est vif. Son effet y est sur nous, à mon sens, très bon, très utile à appuyer les réflexions déjà désabusées que nous essayons à l’égard de cette terminaison. Il nous apprend aussi comme il est bien exagéré d’en faire une si grande affaire.

On ne saurait nommer réalisme l’état de Léautaud par rapport aux gens et aux choses. Rien chez lui qui ne soit plus étranger à un parti pris, qui ne soit plus exactement le fait de l’esprit. Mais, avec un tel bon sens, de si véridiques observations, de si dégagés et simples jugements, une si fraîche et verte audace dans l’éveil de la curiosité, comme l’esprit s’y exprime avec une indéniable et captivante force de séduction, dans une communication bienfaisante, réjouissante ! D’autant mieux que tout concourt chez lui à soutenir son authenticité, l’autonomie de sa personne, l’indépendance et l’originalité de ses démarches et de ses écrits. Sa présence personnelle, en fait ou dans ses ouvrages, et comme elle se révèle, cela provoque d’abord l’étonnement et l’intérêt. On ne peut pas ne pas ressentir aussitôt la richesse morale étrange et saine qui émane de lui, avec, au surplus, une solidité intérieure, une honnêteté profonde de la pensée et du jugement qui forcent le respect intime malgré tous les jeux, et la bonne grâce, et disons aussi nettement le frémissement de haut comique derrière lesquels elles se tiennent.

De tels textes, on verra s’il en existe de pareils ou d’équivalents, et si on peut les lire sans ne pas y trouver de quoi mener à mieux ; à un tout autre destin que celui où ils vaquent communément, nos troubles incertitudes, nos invertébrés sentiments, nos avis enlisés aux décevantes maximes de notre vieille religion chrétienne, d’ailleurs si plaisante toujours. Comme si, au contraire, ainsi qu’on le voit chez Léautaud, le simple fait d’être un homme, de le savoir et de le mener avec bon sens et sens pratique, cela n’était pas la source, la seule source de tout bien envers nous-mêmes, et envers ce qui dépend immédiatement de nous.

Ainsi, voici un Léautaud, exemple de la complète propriété volontaire de soi, connaissant ses qualités, connaissant ses limites, ne dépendant que de son propre avis, formant à lui-même et en lui-même ses sentences, ayant organisé sa vie rigoureusement autour de son principal : sa robuste et foncière liberté de l’esprit et de ses écrits, et n’y dépendant de rien ni de personne, et on va voir, à le lire, comme il règne, arbitrairement mais fortement, de la pensée et de l’art d’écrire, sur sa vie, et comme il l’a menée ainsi à des résumés substantiels.

Ce que l’on va trouver ici ce ne sont pas de ces pages composées plus ou moins heureusement pour en satisfaire le public et lui en demander des biens et des applaudissements. Pas une ligne, pas un mot, il ne les a jamais écrits pour plaire. Et même pas pour le contraire. L’autonomie pensive de Léautaud, fermée sur soi, n’appartient qu’à lui et ne se forme que pour lui. Quand il écrit et qu’on vient à l’interrompre son désagrément ressemble à celui d’un diable, occupé à remuer des humains avec sa fourche, et qu’on s’aviserait de vouloir distraire d’un si beau labeur. Il n’aime pas ça, et sait foudroyer l’indiscret. D’ailleurs, il a résolu le problème de sa sécurité au travail en se situant à la campagne déjà depuis fort longtemps et en y travaillant en bon retrait et principalement la nuit, à la chandelle.

On ne se soucie nullement d’annoncer ici qu’il s’agit d’une œuvre édifiante dans le sens où on l’entend vulgairement. L’endroit y serait mal choisi, alors qu’on va rencontrer les textes eux-mêmes ! Pourtant, de même qu’il y a richesse et richesse, Il y a édification et édification. Et justement je prétends avec assurance qu’il n’est pas d’œuvre plus exactement édifiante que celle de cet homme, de cet esprit si particuliers. Et par conséquent qui présente un exemple plus attirant, du fait que cette somme de soi y est faite : cette somme de soi vers laquelle nous aspirons tous, vers laquelle tout des conditions actuelles nous pousse de plus en plus. Certes, il ne s’agit pas de tâcher à lui ressembler, mais bien de tâcher à l’imiter dans le sens de sa tendance constante à ne vouloir être jamais que soi, de n’appartenir qu’à soi, de ne dépendre que de soi. On naît, on vit, on meurt chacun pareillement. La belle méprise à qui voudrait sans folie se mêler autrement qu’en spectateur curieux, replié, et braqué aux myriades de phénomènes où notre esprit n’est lui-même qu’une poussière.

Quelles que soient les circonstances successives de notre vie, que la fortune nous y soit bonne ou méchante, ou l’un et l’autre tour à tour, la raison nous amène tous à cette réflexion, à cette réflexion dominante que rien de nos biens ou de nos maux n’a d’existence positive, réelle, sinon dans le creuset formateur de notre pensée lorsqu’elle est en examen ; observée et réglée elle-même exclusivement par notre conscience. Une fois précisé là, résumé là avec une juste voyance, tout prend sa seule réalité, sa seule forme valable et définitive quand nous recourons à ce repli. Tout s’y calme de nos inquiétudes, tout de nos passions s’y mesure, tout de nos sentiments s’y trouve pesé. Ailleurs que là — et fussent les meilleures choses — c’est la confusion et le vague, le passager et le précaire, le vain et le trompeur, l’illusoire fugitif. C’est pourquoi l’exemple d’un homme de qui la vie et l’œuvre sont rigoureusement de repli, de totale suffisance intérieure et de contentement ainsi, en dépit même d’un train de vie pratiquement le plus imposé et le plus modeste — est-ce là pour nous une connaissance extrêmement attirante et attachante. Une première remarque est que, par leur caractère retiré, une telle vie et une telle œuvre restent ignorées des contemporains, au moins dans leur importance véritable. Celle-ci, dès lors, ne pouvant parvenir à la masse du public et aux jeunes gens que lorsque la disparition de l’écrivain sera acquise et qu’elle ne pourra plus échapper, dans l’avenir, aux interrogateurs de ce demi-siècle, en l’occurrence. À cela, avec ce Choix de pages, nous apportons partiellement un tempérament, destiné à ceux de nos contemporains à qui l’épreuve aura donné un renforcement des ressources spirituelles, morales et judiciaires.

Plus tard ce sera la cause d’un grand étonnement que de si fermes, substantielles et séduisantes écritures aient pu être tracées parmi quel temps de vide spirituel et de fallacieuses substitutions. Mais on ne sera pas étonné qu’elles y aient été maintenues dans l’ombre. On ne sera pas étonné non plus du destin éclatant qui sera le leur quand seront bien oubliées les fausses gloires du demi-siècle, et qui, actuellement déjà, sont rejetées. À ce moment-là, que seront devenus les France, les Claudel, les Valéry, et tant d’autres arrangeurs passagers, pour qui on a donné des cymbales[2].

La leçon principale de ces textes est d’autant plus remarquable que la plupart des positions acquises et notées par leur auteur sont à l’encontre de ce qu’on a accoutumé d’être tenu communément pour bel et bon. Notamment Léautaud rejette franchement le sentimental, cette sucrerie des débiles, n’en tient aucun compte, l’écarte avec une tranquille indifférence. De plus il est spectateur des gens et des choses selon une objectivité ardente et dépouillée ; ce qui, bien entendu, ne lui donne guère occasion d’être souvent laudatif. D’ailleurs le laudatif n’est pas son fort. Son intérêt est exclusif à regarder et à griffonner ce qu’il voit comme il le voit, et, ma foi, aussi ce qu’il en pense.

Comme il est bon de rencontrer enfin un homme, et justement un homme de tel esprit, qui n’a pas fait un geste pour avancer dans un autre sens que devers soi ; qui n’a jamais demandé une approbation, ou simplement été à quelque compromis mondain que ce soit ; qui a mis toute sa pratique (et même pas aucun légitime orgueil), toute son intégrité à ne poursuivre aucune vanité, et tout son fait à ne vivre que retiré et dissimulé derrière son espèce de bonhomie apparente. Sorte de Saint-Simon contemporain du monde littéraire, il ne lui a guère ressemblé sur le point d’attacher de l’importance aux tabourets à la Cour[3], ni à vouloir y figurer selon son rang, ou selon son mérite !

L’œuvre de Léautaud apparaît d’une incontestable unité. Elle n’est pas composée, comme il y paraîtrait a priori, de romans, d’essais, de critiques, et d’un Journal littéraire. Elle est d’un bout à l’autre le relevé authentique des impressions, des récits, des avis d’un curieux embusqué dans la vie des lettres, dans la librairie, dans la vie tout court, dans la sienne en premier lieu. Il écrit de lui comme il écrit des autres, avec la même franche verdeur, la même rigueur moqueuse, et selon la même humeur relevée, précise et terriblement, extraordinairement amusée en-dedans. Amusée comme jamais personne ne le fut, avec un dégagement de soi si complet des objets proposés à sa clairvoyance et à sa fixation.

Il est intrépide, à-propos, quand il regarde, réfléchit, écrit, sans aucune considération de ménagement composé à l’égard d’autrui. La liberté exacte qu’il pratique alors, son détachement de tout attendrissement sont complets, N’empêche qu’en dehors de ses écrits, c’est l’homme le plus sensible. Témoin cette bonté singulière et qui a été la grande affaire de sa vie (en dehors de ses écrits, bien entendu), envers les bêtes. Il leur a consacré tout son cœur mais nullement comme une vieille fille innocente, et n’ayant pas trouvé chez les humains un meilleur usage à en faire, apparemment ! Il est la netteté même en toutes choses. Son bon sens dans ses écrits et dans ses paroles conquiert immédiatement, et par le ton et par les raisons, et par la raison qui, sur tout, règne manifestement chez lui. Un conseil de lui ou un avis, c’est la justesse, la justice élémentaires. Dans quelque circonstance que cela ait pu être je les ai toujours reçus et mis en fait sans hésitation. Tous ceux qui l’ont connu, et qui n’étaient pas moralement des malheureux, ont ressenti l’action de sa fermeté dans le bon sens, et du bon aplomb de son jugement.

Il est calmement réceptif, susceptible, sensible, nullement imaginatif. Il ne se laisse attirer par rien d’inférieur. Et, s’il est attiré là par hasard, ne s’y laisse pas retenir. De même rien ne lui plaît sans doute ni sans une prudente réserve. Il ne croit en rien de ce qu’il ne peut toucher, ou n’a pas encore expérimenté, contrôlé. On comprend qu’elle peut être alors son attitude envers les principaux phénomènes de la vie humaine, notamment envers l’amour et la mort. Comme ce sont les plus importants mobiles, et aussi les plus intéressants, ce sont ceux desquels il s’est pas mal préoccupé, notamment de l’amour, qu’en bon Français il a pratiqué avec une vraie prédilection. Mais s’il est quelqu’un à qui l’amour n’en a pas fait accroire, c’est bien lui. De sa carrière d’amoureux on voit la naissance dans le Petit ami. Mais, encore bien jeune alors, il devait se diriger ensuite vers une verdeur éveillée dans l’observation progressivement très nourrie d’un très juste et plaisant contrôle, où devait s’établir une incroyance sans ménagement et qu’il devait noter en des aphorismes clairvoyants, plaisants et délectables, scandale des gens sentimentaux, et scandale aussi des femmes qui ne veulent pas — les fausses — se rallier à des propos qui les révèlent et les tiennent pour des animales, simplement instinctives et rusées, ces créatures angéliques.

Quant à la mort, chaque fois qu’il a pu rencontrer ses façons à l’égard de l’un de ses proches ou de l’un ou l’autre de nous, il n’a pas manqué de la bien regarder paisiblement sans hostilité, et comme une très bonne leçon sur le transport de vie à trépas et sur la figure que chacun y fait. Et comment nous sommes, enfin, quand nulle buée ne s’échappe plus de nos lèvres.

Avec lui ne parlons jamais de sécheresse, mais bien plutôt d’une retenue devenue accoutumée, et qui se transforme parfois en une chaleur de cœur raisonnablement moqueuse et modérée, et d’autant plus touchante et chère à ceux ou celles très rares qui en sont les objets. D’autant plus touchante et chère qu’elle reste contrôlée, amusée de soi, sceptique, et réfléchie.

Le long exercice d’un spectateur d’abord instinctif, replié, étonné mais plus curieux que surpris, et au demeurant, prenant bonnes notes, puis ensuite tout à fait averti, cela n’a pas fait de lui un homme facile à circonvenir ni à engager dans les duperies du sentiment. Les dames en savent quelque chose. Et c’est à un point de saveur, son attitude, que, lorsqu’elles ont de l’esprit, elles en sont vraiment séduites et mieux informées, elles aussi, à des façons moins fallacieuses que celles où on les a accoutumées : au moins s’avouent certaines, voilà un homme qui nous connaît à notre prix !

L’humeur de Léautaud est une position de son esprit, à l’égard de tout, beaucoup plus simplement et foncièrement humaine que ce que désigne le mot anglais humour[4]. Soit en face de sa personne, soit en face d’un de ses textes, cela émane de lui avec une spontanéité et une véracité constantes du caractère qui ne recherche aucun effet, mais qui va de soi, de l’originalité même du fonds de l’homme. Il a poussé, il s’est formé comme ça. Ses particularités, ses fortes tendances, ses ressorts, ses ressauts, son naturel délibéré lui ont apporté cette souveraineté amusée, cette autonomie moralement et physiquement dégagées de tout, et ne connaissant de règles que celle de son franc parler, selon son dégagement décidé de tout parti pris, et selon cette conscience si bien éclairée qui est son unique mesure. Avec cette hardie résolution, avec cette joie latente qu’il a et contre quoi rien d’opposé ne parvient à mordre, sa constitution morale et spirituelle est inattaquable, inatteignable. Cela a fait de lui un être à part, dégagé et qui pourtant nous éveille, nous séduit, et recevant pleinement notre assentiment intime. Il est l’exemple attirant d’un homme s’appartenant exclusivement. Spectacle enviable et réconfortant à nous autres si dépendants, si honteusement compromis et contrefaits à tant de règlements arbitraires et pesants, et que nous avons trouvés en naissant sur cette boule.

L’amour, ses avis sur les femmes : d’abord le fruit de son expérience personnelle. Puis ses réflexions persiflantes et riantes, mais qui ne le montrent jamais déçu ni désintéressé, car il n’a jamais demandé aux femmes qu’une certaine amitié et que l’amour animal. Là, comme au théâtre, comme dans la vie littéraire, il a toujours été spectateur intéressé en même temps qu’acteur. C’est un homme devenu parfaitement averti et désabusé, mais sans aucun regret de l’être ; ni sans aucun désir de trouver en cela la moindre raison à manquer son agrément à de nouvelles expériences pratiques, et à de nouveaux désabusements.

Avec lui, pas moyen de juger du dehors, en amateur. Le lire, si on a quelqu’esprit, c’est être obligé de monter à son bord, d’épouser une exposition, un développement trop souverainement originaux et libres pour que l’on puisse résister à la séduction de son naturel emportement : quelle fortune si l’on avait un esprit, une raison plantés de la sorte ! Et, comme il n’y a qu’à se laisser porter, on le lit, et c’est l’arrivée ligne à ligne, mot à mot, de ses propositions rafraîchissantes !

Le Petit ami (1903) et In Memoriam (1905), ces deux livres qui sont ses premiers, ont surtout cette signification d’être très révélateurs de sa formation et de ses tendances. Léautaud s’est toujours intéressé au Petit ami. Il n’a jamais cessé de caresser le projet de récrire ces pages de son début d’écrivain. Il a fini par le réaliser partiellement. En sorte que la curiosité possédera, en deux versions, l’une écrite au début de sa vie et l’autre à son âge accompli, une révélation la plus intéressante et instructive clans la confrontation de textes sur un même sujet, sur un même fond, sur ce qu’étaient exactement ses premiers essais et ce que devait devenir son art à son aboutissement. Passionné par-dessus tout de l’art d’écrire et dans le sens le plus franc, le plus clair, le plus sain, on verra, par ses corrections, comme il a formé, où il a mené son moyen d’expression.

Lorsque j’ai entrepris la lecture à nouveau, et en vue de la réunion des textes que je ferais figurer dans ce choix, je me suis aperçu de la difficulté : à vrai dire il n’est pas une page qui soit moins importante que les autres. Toutes respirent la spontanée, constante, incomparable originalité de cet homme, de cet esprit unique.

Les ouvrages de Léautaud en librairie sembleraient former une succession assez disparate. Ils ne procèdent pourtant que d’une seule et même vocation, du seul et même élan, qui sont ceux d’un homme d’une curiosité insatiable et toujours ardente, et d’un esprit sans ménagement ni composition, à son égard comme à celui des autres.

Le principal de son œuvre est son Journal littéraire qui ne verra vraisemblablement pas le jour de son vivant bien qu’un traité, signé par Alfred Vallette, ait prévu, organisé et réglé sa publication.

On peut dire que les divers ouvrages de Léautaud publiés ne sont tous que des groupements de morceaux de son Journal. Ses chroniques théâtrales elles-mêmes ne sont, ma foi, bien évidemment que le produit d’une certaine période de sa vie où il avait choisi l’agrément d’aller régulièrement au spectacle sur l’invitation de son directeur. Tout de ses écrits est né de son procédé accoutumé de noter journellement, pour lui ; de se rendre compte de sa vie quotidienne, et cela principalement le soir, la nuit, après les longues heures de son emploi administratif au Mercure, emploi qui assurait sa vie matérielle, et protégeait alors si bien la liberté de ses écrits. Sa personne, oui, tant qu’on voudra à la besogne tyrannique. Mais, son esprit et sa plume, il est sans doute l’exemple le plus frappant d’un homme qui les a gardés dans leur intégrale indépendance. D’autres l’ont réussie plus ou moins cette indépendance, mais à l’aide de quelques masques d’une ironique ou amère contre-vérité. Lui, çà été sans détour, ni dérobade, ni réserve. Il est resté simplement direct et franc. Parlant et traçant tout net.

J’écrivais tout à l’heure que, malgré une apparente variété, ses divers ouvrages publiés rentrent tous directement dans le procédé et le train de son Journal. Ce qui a été publié de lui ou ce qui reste inédit encore (quelques dix mille feuillets serrés), tout cela est de la même substance, de la même veine, et croissant simplement, comme un arbre en bonne terre et en bonne position, dans le sens de sa fortification et de l’excellence de ses fruits.

C’est pourquoi un Choix de pages tel que celui-ci aurait été insuffisamment conduit à mon sens s’il avait été envisagé — comme on le fait le plus souvent pour les recueils de cet ordre — seulement en tenant compte successivement des livres dans l’ordre chronologique de leurs publications. Nous y avons ménagé quelques pivots essentiels ; et notamment nous nous sommes rencontrés, dans la pratique, avec la remarque de Léautaud lui-même, que les caractères se trouvent peints en grand dans les correspondances. En ce qui concerne notre auteur, ce sont les hasards des dispositions de l’édition et de l’humeur capricieuse de l’écrivain à accueillir favorablement ou non les demandes qui ont déterminé les groupements de textes divers qui forment ses quatre livres et ses diverses plaquettes. Uniformément, quand une telle conjoncture qu’un livre ou une plaquette lui était proposée, et s’il acceptait ma foi, il ne s’agissait de rien de moins, ni de rien de plus, que de découper des morceaux dans ses manuscrits. Procédé sans malice et qui montrait bien l’unité que j’ai dite qui se trouve dans la continuité, dans l’unité de sa vocation et de sa manière journalière au cours de son œuvre.

Un seul de ses ouvrages, Le Petit Ami, paraîtrait faire exception, et fut présenté en 1903 comme un roman. Il n’en est rien. Il ne s’y agit bel et bien que d’une partie du début de cette autobiographie que Léautaud a menée, tout au cours de sa vie et de ses écrits, parmi le compte-rendu incessant de ses aventures et de son rôle de mémorialiste, qu’il tînt pour obéir à son irrésistible tendance, et qui donnera aux lecteurs de demain une substance dont il est regrettable pour nos contemporains qu’ils ne puissent la connaître encore qu’en partie. Au moins jusqu’à nouvel ordre.

Il m’a semblé que, à l’égard d’un tel écrivain de qui la vie a été si étroitement mêlée à l’œuvre, il serait bien d’envisager notre matière en tenant compte surtout des quelques principales aventures de l’existence humaine : la vie, l’amour, la mort, et des quelques telles ou telles préférences de son intérêt qui se sont les mieux fondées chez lui au cours de son passage, selon sa nature particulière : le théâtre, les mœurs, la vie des lettres, l’art d’écrire.

Son œuvre est sa réaction, sa réflexion spontanées au contact de tout. En elle — et ici sans ambages, directement — on rencontre l’homme. Il en surgit tout net. C’est une aubaine sans prix et un étrange paradoxe, où un personnage replié dans une contention et une suffisance tenaces et chaque jour mieux entretenues et interrogées, devient pourtant accessible au lecteur, et jusque dans les états les plus intimes de sa vie et de sa pensée. Aubaine sans prix, alors que celui-là est d’une composition entièrement originale, rebelle totalement à quelque contrainte, à quelqu’adultération que ce soit. Au total il est ce vers quoi chacun de nous tend, espère, sans jamais pouvoir y atteindre, ou n’y atteindre que très imparfaitement. C’est pourquoi, alors qu’on se fierait au superficiel, et par rapport à ce que nous considérons communément comme les conditions du bonheur : la fortune, l’élévation progressive dans le monde, toutes vanités désirées et atteintes, si on plaignait son sort, alors la méprise serait grande et mériterait qu’on en rie. Du bonheur ! il en aurait à céder. Il n’est pas d’écrit que je sache d’où la joie intérieure se répande avec plus de généreuse ardeur, et du simple fait de l’esprit et de l’originalité saisissante qui sont là. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’intelligent et de sensible aux choses de l’esprit et des lettres, qui n’aurait pas été ému et ravi, et jusqu’au fond de sa conscience, à rencontrer un écrivain pareil, un homme tout unique et si séduisant. Cette œuvre, jalousement fermée sur soi et scrupuleusement défendue contre fut-ce la moindre pression, ne pouvait pas se répandre dans le monde au cours de sa formation, au cours de la vie de celui qui la créait dans de telles conditions défensives et dégagées. Et c’est évidemment une malchance pour les contemporains. Mais il n’y a là rien que de tout naturel. L’époque, le moment où a vécu Léautaud ont été aux bruits et à la bousculade autour des faveurs et des profits C’est ce dont nous avons été les témoins au cours de ce demi-siècle, postés que nous étions Léautaud et moi, pour le voir, à ce bel édifice : le Mercure d’Alfred Vallette.

Quoi de plus explicable qu’un ralliement quasi général du monde des gens de plume aux flux et reflux du destin industriel et commercial qui, des quatre points cardinaux, sont passés sur notre sol, sur nos vieux glorieux pavés légendaires pourtant dans la liberté, et qui s’y succéderont désormais. Au demeurant, si un Léautaud, et très contre sa recherche, avait connu la fortune et de nombreux lecteurs à ses écrits, est-ce que ceux-ci auraient pu conserver cette persistance dans la dignité extraordinaire qu’ils ont, et qui marquera si fortement dans notre patrimoine, d’être le produit d’un homme de condition modérée, et resté fidèle à cette position avec un tel entêtement dans le scrupule à ne vouloir rechercher à sa vie nul agrandissement ? Agrandissement qui aurait certainement apporté quelque gêne à son organisation austère afin d’écrire comme il l’entendait, suivant une résolution latente de retraite inviolable. Ainsi, deux parties à ses jours et à ses nuits : tant pour la besogne nécessaire à sa subsistance pratique et à l’entretien de ses amies les bêtes ; tant pour le compte rendu à soi-même, plume en main, de ses curiosités, de ses remarques, de ses observations incessantes autour de lui.

Notre France n’est plus comme autrefois maîtresse dans son jardin, dans son enclos. Au centre du monde, d’un monde effréné dans ses transactions et dans ses expéditions, elle reçoit et supporte tous les courants étrangers. Le caractère de son action traditionnelle qui était de tempérer selon son équilibre, sa douceur et son bon sens, a perdu de sa vertu. Elle est devenue, notre terre, oppressée, submergée par cent convoitises, au lieu qu’on vienne demander à sa bonté, à sa beauté, à ses biens leurs pouvoirs bienfaisants, comment aurait-elle pu parmi un commerce intensifié, une politique internationale difficile, supporter sans dommage tant d’agitations, tant de violences tour à tour imposés, tant d’apports hétérogènes… Comment aurait-elle pu garder cette autonomie de fond, et de civilisation, et de culture, où se conservait et s’accroissait son bien, le bon entretien de ses ressorts, ses tendances naturelles, son fait constant de bon aplomb. De l’évidence même, les écrivains français, la presque totalité de la foule des gens de plume, ont suivi le train général de l’industrie du papier imprimé à l’usage d’une bourgeoisie médiocre, en mal d’oisiveté et de lecture, et sous la pression des armées de machines à imprimer. Et cela avec comme buts exclusifs : les succès matériels financiers, et les étalages de la vanité. Et pourquoi pas ? Certes, cela est tout légitime, comme est légitime au fabricant de conserves de harengs de viser à agrandir son comptoir et sa fortune.

Pourtant, dans le domaine des lettres, on avait très longtemps accoutumé à ce que plutôt l’estime réciproque était et restait la condition principale du rapport entre un écrivain et ses lecteurs. Mais est venu notre temps, où, dans la vue nouvelle et d’ailleurs nullement dissimulée, de l’exploitation des lecteurs, l’homme de lettres s’habitua à ne rechercher plus qu’à les étonner, ses lecteurs, qu’à les appâter, à provoquer leurs suffrages les plus aveulis et les marques tangibles de leur satisfaction et de leur reconnaissance, en une sollicitation à de plus en plus larges pourboires. Et cela, bien sûr, en les servant selon leurs appétits et leurs préférences. Chacun dans notre pays en vint à méconnaître ou à oublier que, tout de même, il pouvait, il pourrait y avoir autre chose.

Si le gros de l’époque se conduisit comme je viens de l’écrire, il y eut néanmoins quelques écrivains qui pratiquèrent eux, cette autre chose. Mais ils se trouvaient alors condamnés à ce que le public les ignorât, étrangères que restaient les publications de leurs livres à tout le système publicitaire, ce serviteur du médiocre, ce monstrueux mercenaire des ambitions spirituelles des citoyens, ce geôlier écroueur de toute activité moralement, spirituellement valable.

Chez Léautaud on trouve — à l’opposé du train général — une assise, une solidité personnelle contre lesquelles les circonstances peuvent venir battre, mais qu’elles ne peuvent nullement entamer.

Selon lui, on vit chez soi et on meurt chez soi, avec le maximum de contentement, après qu’on s’est bien intéressé ou diverti à l’universel carnaval que le genre humain nous propose, et que les millénaires du futur ne changeront pas plus que ne l’ont fait les millénaires du passé, sinon superficiellement. C’est le théâtre de Léautaud. Nul n’a mieux que lui réalisé le propos de Figaro : « Mieux vaut en rire qu’en pleurer[5] ». Il l’a fait avec un éclat qui portera son écho jusqu’au diable, et au travers de bien des joies pour les hommes !

Contracté, le plus naturellement du monde, dans son originalité et dans son indépendance, Paul Léautaud est un ermite qui sent le soufre. Il a toujours commis ses écrits avec les airs d’un artisan de jadis, à ses routines, dans sa boutique ; grattant de la plume parce que c’est cela qu’il sait faire. Mais il pratique en fait la maxime de Gracián[6] : « Se servir de l’expédient de l’absence pour se faire estimer davantage. » Il ne se prête pas du tout à être imprimé. Il y a, dans son cas, repliement accoutumé, sauvagerie, suffisance. Goût aussi d’écarter toute complication superflue à son train retiré pour une part, absorbé par ce que sa vie comporte de contrainte de l’autre — et n’oublions pas l’intérêt insensé qu’il donne aux animaux recueillis parmi les plus malheureux. Moquer cela, ce n’est guère possible. Mais quel fâcheux contretemps cela a été toujours à ses travaux !

Étrange, exacte incarnation de la liberté de vivre à son gré, de ne penser et de n’écrire qu’au regard de soi, sa curieuse et pittoresque personne apparaît aux bons yeux comme juste à l’opposé de ce que notre époque d’intérêt matériel, de servilité, d’expédient, d’impertinence et d’avidité met en pratique.

Il est notre Diogène. Une manière de comique stoïque, anachronique, tout usagé par le temps (sa jeunesse est déjà lointaine, le chiffre de ses printemps fort enviable à l’incertain des plus jeunes). Bien assis dans ses expériences, curieux au surplus comme un singe, plein d’un relief brusque, sans retenue, dont il bouffonne avec extravagance, il remue tout à coup les lieux qu’il occupe de ses glapissements, de son rire et parfois des éclats torrentiels de ses colères, selon les caprices de sa bonne ou de sa pire humeur. Ou bien, courbé sur son papier, plume d’oie grinçante, selon un recueillement sacré, en de longues contritions, il écrit — et Dieu sait quoi… En tout cas, alors, il ne fait pas bon de venir le troubler. Mieux vaut s’éclipser incontinent si l’on s’est risqué là, et que l’on y bouge tant soit peu.

Auprès des dames, si elles lui plaisent, il est tout de miel. Il les ménage et les traite avec une merveilleuse adresse à se faire apprécier favorablement. Il multiplie ses bons tours, use de son comique et de ses grâces. Il tire son feu d’artifice.

Il faut le voir gai, heureux, fier de sa réussite auprès de quelque aimable femme, se frottant les mains après qu’il l’a eue reconduite avec force galanteries antiques et de bon ton — et qui lui sont naturelles d’ailleurs, tant il est de nature comédien ! — jusqu’à cette porte où, nous autres hommes, il nous eût, pour un peu, jetés, quelque quart d’heure auparavant !

Tout de lui réjouit les yeux, les oreilles — et le cœur — tant il étincelle tour à tour de désinvolture, de pertinence, de verdeur capricieuse.

D’un trait, d’une mimique souvent impayable, de quelques mots il emporte l’assentiment, l’approbation tout au moins au fond. Oui : au fond. C’est qu’il nous convainc parfois de choses si peu orthodoxes, ou si peu accoutumées, de la manière qu’il les voit et les expose, qu’on n’ose pas toujours se prononcer d’accord avec lui. Il a trop de bon sens.

À sa parole comme à ses écrits on est content, on est séduit ; on se complaît. C’est parfois si insolite qu’on en rit in petto en s’y ralliant, à constater qu’on ne peut pas ne pas s’y rallier. Car nul plus que lui n’a de spontanée lumière, de logique, d’expression adéquate, de sensibilité aussi — et, partant, plus de rayonnement persuasif.

À la clarté, à l’authenticité délibérée de sa raison, de son art, comme de sa personne, il n’est pas de pareilles dans les Lettres contemporaines. Sa prose, elle aussi, est unique. Dépouillée de tout ornement inutile ou factice comme son esprit l’est de toute faiblesse, de tout compromis, de toute dépendance, elle pousse droit son soc, ne se souciant de rien autre que de dire franc et juste. De là cette simplicité, cette sobre et directe éloquence qui saisissent et retiennent sur-le-champ.

Dernier survivant et compagnon familier du groupe déjà historique des Moréas, des Gourmont, des Apollinaire, des Vallette, charmante figure d’un homme délicieux et fantasque, en même temps que fermement tapi dans la défense et l’exercice délibéré de ses facultés, cœur replié mais exact, exemple sans second d’une telle probité dans le jeu spirituel et dans l’usage de sa pensée et de ses moyens, Léautaud possède une attraction singulière. Mais il est vraiment seul. Ne l’approche pas qui veut.

Il possède aussi, par sa nature et sa qualité, le plein droit à l’irrévérence, s’il lui plaît. Dans ce département, il occupe, de l’avis général — et de notre consentement particulier — une sorte de privilège.

On le sait parfaitement, et depuis longtemps, dans le monde des lettres, qu’il existe parmi nous un écrivain de race qui a passé toute son existence retiré sur soi, jaloux farouchement de son indépendance intransigeante, et qui n’aurait pas changé un mot de ses grimoires pour quelque considération que c’eut été en dehors de son gré. On le sait que cet écrivain est doué du génie même de la propriété du langage et de l’expression concrète, simple, juste, ne voulant tenir sa qualité que de son exactitude à transcrire sa pensée et son jugement. Expression qui surgit, se précise, trouve sa forme directement en lui et sans recherche ni progrès ailleurs que dans son jaillissement et dans son fait redoublé. Source jaillie du sol et naturellement portée à former son lit, toute avisée à s’y maintenir. On le sait que la mémoire de cet homme d’exception, lorsqu’il sera passé, connaîtra une renommée certaine, comme ayant été le seul peut-être à ce point, à avoir employé notre langage dans son sens et selon ses moyens les plus fondés, tel qu’il était à ses différentes époques comme à la nôtre, comme à n’importe quel moment qui pourra survenir de notre histoire littéraire, véritable foyer actif composé aux racines et à la tradition, et selon l’originalité personnelle la plus authentique. Originalité qui ne doit rien à l’apparent, au superficiel, ni à aucun artifice, mais trouve sa sève aux structures élémentaires de la langue proprement reçue des anciens, et façonnée par Léautaud, à son usage exactement selon sa personne.

Les prosateurs et les poètes qui figureront, tôt ou tard comme les plus importants et les plus généreux de ce demi-siècle de l’histoire des lettres, ont eu les difficultés de leurs existences pratiques aggravées par un ostracisme intéressé, un pacte de lourd silence conclu tacitement par leurs confrères mondains. Il en fut ainsi à l’égard de l’œuvre de Léautaud.

Aux regards superficiels l’existence de Léautaud apparaît comme infortunée. Il ne semblerait pas qu’il ait eu jamais accès à rien de ce qui, dit-on, peut mettre par ci par là le cœur en fête, ou ni à rien surtout de ce qui peut apporter (mais alors là chez les débiles) une satisfaction permanente. Il n’a rien recherché dans cet ordre où la corne d’abondance dispense les vignettes aussi laides dans leurs figures qu’arbitraires dans leur rôle, qui mènent la société et distribuent importance et honorabilité, plaisirs et facilités. Pour n’être pas de ce département, notre ami n’a pas été privé de bonheur. Il possède un don inné d’observation des hommes et des choses, une ressource d’en traiter et d’en rire, et avec un tel esprit tendu et content, que, à ce coup, le diable lui-même n’est pas son cousin.

D’ailleurs, Léautaud n’a pas de cousin. Il n’a même pas eu de père ni de mère, au moins selon le modèle attendri et sentimental que la bourgeoisie présentait en exemple et à l’émulation. Par bonheur sa mère était aventureuse, délicieuse et légère, et son père une manière de plaisant faune, souffleur à la Comédie-Française. Tous deux ont présenté à ses yeux d’enfant ardents et émerveillés, de très particuliers objets, et desquels son innocence ne s’embarrassait pas de contrôler l’orthodoxie. Délaissé à soi seul, il avait ses joies animées à son avidité de curiosité et de comprendre. Il prit là les premières souplesses de ce ressort intérieur extraordinaire, plein de vigueur, qui devait devenir dans la suite, l’armature même de sa personne morale et de ses écrits. Son extérieur est celui d’un homme sain, et simple, modeste mais aimant ses aises, de qui le goût est aux choses pratiques et de bonne qualité, de piquante tournure, desquelles l’opportunité et la forme ne regardent que lui. Il a certaines constances quant à la forme du chapeau qu’il préfère, au caractère vieux-paysan français de la cravate, aux chaussures qui ne doivent point gêner le pied tout en épousant librement sa forme, etc… Une vieille canne angle d’ivoire, qui lui donnait grand air aux répétitions générales de la Comédie-Française, il la tient de moi.

Tout cet ensemble (sauf la canne qui était quelque peu réservée à l’apparât) faisait sourire parfois et retourner quelque passant parisien qui n’était pas du quartier de l’Odéon où Léautaud était connu. Mais, pour peu que le passant ait eu un œil vraiment parisien, quelque chose était là, émanant de cet homme étrange, qui retenait l’esprit et l’alerte intime, notamment chez les petites gens étonnés, à regarder quelqu’un qui s’apparentait apparemment à eux, et qui paraissait si autre, pourtant, avec un certain prestige savoureux, surprenant, indéfinissable.

Quand on l’approche davantage, quelles raisons d’attrait, avec lui ! Mais aussi quelle difficulté d’abord. Car, Léautaud, je l’ai dit, n’entend pas qu’on l’importune. Vite il aura averti quelque pimbèche (quelque créature, comme il dit) ou quelque interrupteur, ou interlocuteur survenant inopportunément, ou prolongeant son assise. Il est prompt, d’abord, à bougonner d’ennui à l’adresse de bon entendeur ; puis même, s’il est nécessaire, à l’envoyer promener tout franc.

Il ne connaît que de très rares amis. Ses bêtes et ses écrits voilà ce qui l’occupe pour le principal. Le bas personnel des lettres, les critiques publicitaires, les gens des écuries comme on en a désigné les divers groupements dans les firmes d’exploitation du papier imprimé, avaient compris immédiatement et depuis longtemps le parti que l’on pouvait tirer contre lui-même et contre le danger qu’aurait été pour l’innombrable lot des écrivains à façon, la propagation de ses écrits, le caractère rigoureusement retranché d’un tel auteur, l’attraction extraordinaire de sa position exemplaire. Léautaud en effet, ne pouvait trouver ses joies et ses intérêts que dans la prédominance, d’année en année toujours plus exclusive, de sa vie intérieure sur tout le reste. Il préférait la liberté, le mordant, la justesse acérée de sa plume à tous les agréments que procure la courtisanerie envers un public ignorant, à tous les bénéfices qui en découlent pour les serviteurs professionnels d’une période vénale à outrance, à propos de laquelle il faut bien constater que, si l’industrie métallurgique à plein prépare les guerres et les rend inévitables, l’industrie typographique, elle, avec ses machineries au monstrueux débit, va, et directement, à la ruine des choses de l’esprit et de l’art, et à la désaffection des lettres. L’esprit des lecteurs s’y avilit et s’y décompose ; alors qu’autrefois il trouvait dans les livres son affermissement, un redoublement de ses propres qualités et de ses ressources personnelles.

Il faut croire que la délectation de Léautaud dans son repli était bien forte, à ses exercices privés, et qui lui faisaient perdre de vue même les éditions de ses ouvrages qui pourtant lui auraient formé un certain revenu. Au Mercure de Vallette, puis aux éditions Gallimard, on ne demandait qu’à l’éditer ou le rééditer. Au demeurant, bien d’autres maisons étaient ouvertes à ses écrits, s’il eût voulu y prendre garde.

Mais lui allait automatiquement sa vie d’employé, et selon ses seules préférences, ruminant et traçant ses remarques journalières. Alors qu’il se sentait être un tel témoin, si bien armé pour le choix et le rapport, pouvait-il se soucier de se mêler à la cascade d’inepties qu’était devenue la librairie française ; comment aurait-il pu se compromettre à des adultérations de la littérature qui ne pouvaient que lui apparaître, particulièrement depuis 1918, que comme la permanence d’un état fallacieux !

Ce fut le 1er janvier 1908 qu’il entra au Mercure comme secrétaire de la Direction. En 1911, il descendit à l’administration, aux services de presse et de publicité, aux manuscrits, à quoi il apportait l’attention nécessaire et aussi le dégagement à propos, en un heureux balancement sur lequel son patron fermait les yeux. Dans une certaine mesure ; car, de loin en loin, une soudaine admonestation en tempête fondait sur notre ami ! Vallette un jour mourut. Léautaud restait le seul alors de ceux qui avaient été l’honneur de la maison et qui seront demain son extraordinaire illustration. Depuis 1942 il est retiré dans sa retraite suburbaine[7].

Serré nuit et jour entre les deux ou trois chiens et chats et sa guenon, qui seuls lui restent encore sur les nombreuses malheureuses bêtes recueillies par lui, Léautaud s’affaire et se débat, pourvoit à tout, d’une humeur et d’un procédé toujours égaux et plaisants, équilibré et stable de soi à l’extrême. Rompu au renoncement radical, rien ne le surprend ni ne le déroute. Dans ce qui l’opprime, il trouve matière à de justes remarques ou à moqueries. Pourtant, à ce coup si rude de son licenciement, à un certain trait inaccoutumé chez lui, j’ai compris qu’un étonnement, une certaine passagère et intime panique l’avaient un peu fait vaciller : il paraissait y avoir perdu le rire éclatant avec lequel il considère les choses qui sont détestables, et ses avis sur ce dur tournant de son existence n’étaient seulement que justes. Il a dans son cœur une chaleur et une étrange énergie que le souffle de l’esprit a toujours entretenues, animées, rendues plus fortes. Depuis toujours il possède là une allégresse inaliénable, qui vaut son pesant de rigueur de la part du destin et qui venait de lui être imposé d’un coup surprenant et bien porté.

Ses paysages, les paysages de sa vie ont été des hommes et des œuvres du passé comme de son temps, mais lui-même s’est révélé là-dessus mieux que quiconque ne le pourrait faire. Ses amis les plus chers je les ai moi-même connus. Tous de la petite troupe de Vallette et de son Mercure : Moréas, Gourmont, Apollinaire, Gide. Chacun d’eux savait quel guetteur éveillé, averti, sans composition et insatiable était à leur égard Léautaud. On le tenait pour perspicace, acerbe ; mais clairvoyant, sensible et juste, d’un bon sens étrange, d’un dégagement de pensée et de ton radical envers ceux qu’il savait regarder et noter plume aux doigts. Plume d’oie, taillée par lui-même.

Enfoncé dans son vieux fauteuil au Mercure, si bien effondré dans ses ressorts et ses rembourrages, et si formé à la fin à ses habitudes journalières du corps, qu’il eut été vain à quiconque autre que lui de tenter de s’y asseoir, on comprend combien un personnage tel que lui pouvait prendre plaisir chaque matin, au cours de ses quelques 40 ans d’exercice d’employé, et avant d’attaquer sa besogne, à retailler sa plume d’oie, à y retrouver la rigidité du bec, défaite peu à peu au travail de la veille, et diminuant sous son couperet de jour en jour.

La tête penchée, toute rentrée dans les épaules, le menton en avant, l’attention et le contentement répandus sur sa face noiraude aux traits mobiles d’adulte, puis d’homme mûr, puis d’homme âgé, intensément curieux et intéressé, au fond de joie spirituelle et de sarcasme, aux regards dardés comme flèches au-dessus de ses lunettes de métal, je l’ai tant et tant de fois vu ainsi, préparant posément et attentivement son outil en vue déjà de quelqu’une de ces chroniques sur le « Théâtre », ou de quelque page de ce Journal littéraire qui sera le seul rapport à ce point authentique sur la grandeur et la misère des lettres à une époque où le grand public n’a pu en connaître et n’en goûter que la production inférieure.

Si le Journal littéraire de Léautaud, physiquement, dans son manuscrit, arrive à passer au travers des coulées actuelles de laves, on y trouvera un jour le tri tout fait, tout chaud et sur place, et aux jours mêmes où les gens écrivaient et produisaient, de ce qui valait et de ce qui n’était qu’artifice, piètreries ou pitreries ; de ce qui a été formé pour survivre, et de ce qui n’a été qu’exploitation vaine et momentanée.

Le ciel veuille encore protéger ce trésor inestimable en dépit parfois de l’incroyance et des moqueries de notre ami ! Il n’a jamais pensé, certes, que viendrait un jour où j’adresserais une telle prière là-haut, lui qui a une telle aversion pour les choses de la religion et pour les gens d’église, et ne les désigne que comme le misérable refuge des sots et des hypocrites ! Là, évidemment il se montre excessif et injuste envers la pauvre humanité et ses faiblesses. Ce sont elles pourtant qui ont fait surgir le merveilleux ressort des diverses religions, tellement mêlées aux arts. Mais Léautaud ne s’embarrasse pas outre mesure dans cet ordre de considérations.

Occupé comme il l’a toujours été, en grande partie de ses journées à des choses fastidieuses, y arrachant difficilement quelques heures pour son travail personnel, et quelques autres pour les démarches nécessaires à la nourriture de ses compagnons à quatre pattes de Fontenay-aux-Roses, il n’y avait malheureusement pas dans ses journées grand place pour la galanterie. N’empêche — et je l’ai déjà raconté — qu’un beau jour, entrant dans son bureau, j’y vis une belle et illustre danseuse avec ses jambes familièrement étendues haut parmi la paperasse de son administration. Et lui, n’ayant nullement l’air de trouver cela importun. À ses façons diverses, le caprice n’est pas étranger.

J’ai trouvé autrefois une lithographie de Daumier qui est tout le portrait de Léautaud. Je veux en donner la référence et dire que, et de l’aveu même de Léautaud, il n’existe pas de représentation de lui plus fidèle. Il s’agit de la lithographie terminale (no 5 je crois) de la petite suite : « La journée d’un célibataire ». Il est là dans son lit, avec son couvre-lit et ses chiens et chats, à l’instant où sa journée se termine, alors que tous ensemble ils vont aborder au sommeil. Léautaud, le bonnet de coton en tête, va poser l’éteignoir sur la bougie. La béatitude consciente et plénière paraît sur son visage. Ainsi pourra-t-on repérer cette image dans quelque cabinet d’estampes et la joindre plus tard à son iconographie !

L’intelligence et le contentement total à une consécration foncière et sans réserve rayonnent de son aspect quand il écrit. Courbé, bandé sur son papier qui reçoit et sur sa plume qui donne, il y a l’attitude et l’attention concentrées d’un spectateur des galeries, au théâtre, et qui dévore des yeux les acteurs d’une pitrerie ou d’un mélodrame. Ou encore aussi est-il comme un enfant, avec sa tête de biais, appliqué à colorier quelque belle aquarelle. Encore un peu et on verrait pointer le bout de la langue. Il y a un trafic intense entre sa face voltairienne, aux traits grimaçants de feu intérieur, de création concrète et de délectation à ce jeu, et le tracé courant gras et bien formé de ses lignes noires et sobres.

Plusieurs aspects de son caractère ne lui permettent pas une constance logique bien assurée. En premier lieu il place sa spontanéité d’impression et d’esprit du moment présent. On ne peut pas tout avoir, et ceci et cela. « Souvent Léautaud varie » ; la cohérence entre ses divers et successifs propos n’est pas son fort. Mais ce qui se trouve d’intègre et d’irréductible dans cette franchise journalière dans ce que sa personne et ses écrits nous présentent, c’est le tableau saisissant et émouvant de son débat de vivant au contact de la vie, et d’écrivain au contact des lettres. Il n’est pas jusqu’à son aveu non dissimulé de ses limites, de ce qui lui manque, qui ne vienne encore et ardemment conforter ce qu’il a.

Il est rétif, capricieux, encore mécontent du meilleur ; alors qu’il le voyait riant lorsqu’il le poursuivait. Il se dérobe à ce qu’il a désiré, et le renie et le sape, quand ce lui est acquis. Il est enfermé dans une misanthropie qui a besoin d’être entretenue à tout prix, et qui doit, sans une cassure, servir de cosse à ce bonheur sauvage qu’il a su se construire intérieurement, face à lui seul, et qui fait de lui une sorte d’huître rugueuse avec une perle au-dedans.

Il faut voir dans sa sauvagerie une des déterminations nécessaires à sa nature, à la concentration des ressources de son ironie sensible, comme au ressort de sa causticité agressive toujours prête à jaillir.

Tant le caractère particulier de cet auteur, à la fois comédial et tragique, est-il exprimé par lui-même avec des moyens originaux et authentiques, que nous en venons irrésistiblement à prendre ses défauts, même les plus évidents, pour parfaitement opportuns. Sans eux, sans cette contrepartie secondaire, le principal n’atteindrait peut-être pas à son étrange attrait, à sa puissance de véridicité saisissante et qui nous inspire, à l’égard d’une telle conquête formelle de soi, une intime émulation.

La lecture de Léautaud agit comme un tonique, contre tant de ces mensonges que nous nous avouons à nous-mêmes dans le secret de notre conscience. Mensonges de nos sentiments exprimés, mensonges de nos démarches, de nos illusions, de nos croyances et de tout ce qui se propose à nous, mensonges de nos rapports entre humains, mensonges innombrables et constants auxquels la civilisation nous condamne en naissant, auxquels elle nous accoutume ensuite, puis qu’ elle nous incite à perfectionner, mais que, si souvent, nous trouvons bien lourds à porter dans notre for intérieur.

En compagnie des textes de Léautaud, cette oppression-là se dénoue momentanément, à la connaissance qui nous vient alors de ce qu’un autre homme, et pourtant pas fabriqué autrement que nous, a réussi, à l’encontre du train général, et singulièrement pour son propre compte. Bon ! mais, après tout ça, gardons-nous bien de le prendre pour un petit Saint-Jean… nous y serions passablement dupés !

Tel est le mémorialiste charmant et redoutable que son temps a quasi totalement ignoré, et chez qui l’avenir trouvera l’image âpre et vivante de cinquante années de lettres françaises, un rapport sans douceur mais juste, et d’une valeur de fond et de peinture extraordinaire d’originalité, à la fois, et de véracité criante, comme on dit.

L’erreur des hommes, leur méprise, leurs désordres viennent de leur tendance et de leur entretien à décomposer leur puissance spirituelle en l’appliquant au jeu sans issue des idées générales. Alors ils passent ainsi, non seulement du sens pratique, mais du bon sens tout court, dans une sorte de démultiplication progressive et vaine des idées, où ils croient naïvement reconnaître effet de leur supériorité, alors que ce défaut de retenue dans la divagation est justement leur faiblesse.

La limitation des idées, de leur choix à un crible serré, leur cohésion raisonnable, leur entretien en bon exercice autour du centre même, du noyau de notre personne et de ses intérêts (quels qu’ils soient mais appartenant bien exactement à chacun de ceux qui savent se les avouer, voilà ce qui nous assied et nous fortifie. Ce qui nous permet de passer notre vie, ou courte ou moyenne, ou plus étendue, avec la sécurité de posséder notre meilleur aplomb, et avec le contentement de savoir que nous exerçons nos facultés, nos prérogatives d’espèce, notre vie humaine, selon le maximum, et le meilleur usage de nos moyens.

En maintenant rigoureusement son caractère, sa vie morale, ses écrits en dehors de toute contrainte et du moindre asservissement, Léautaud n’a certes pas facilité son existence dans une société et une profession où c’était tout le contraire que chacun pratiquait et subissait. Sa position m’apparaît unique à ce point de longue et difficile ténacité. On est assuré de son allégresse intime ; on ne peut le connaître, ni le lire sans y rencontrer l’étincellement même d’un esprit d’exception, délicieux, solide, tranquillement cynique, à force d’ardeur dans la clairvoyance et dans le mordant ; et que nul ne peut approcher sans y être singulièrement pris et retenu.

André Rouveyre.

[1]     Les textes de Marie Dormoy (1886-1974) sont encore disponibles en librairie et le seront sans doute encore aussi longtemps que ceux de Léautaud, ce qui nous interdit de les reproduire librement dans une page web accessible à tous. Il n’en est pas de même pour le très-oublié Rouveyre (1879-1962), que personne ne rééditera jamais.

[2]     Léautaud n’a pas souhaité lire cette introduction, qu’André Rouveyre lui avait envoyée fin 1944 / début 1945 depuis le midi de la France où il était demeuré après la Libération de Paris. Dans le fragment de lettre reproduit pages 317 et 318 du Choix de pages de Paul Léautaud daté du 23 janvier 1945 nous apprendrons que Marie Dormoy a souhaité lire cette introduction et a rapporté cette phrase à Léautaud, qui s’en est trouvé furieux. Il lui écrira en effet : « Je vous prie avec la plus grande insistance de supprimer cette sottise, car c’en est une, dont je me refuse absolument à supporter le poids. » Comme nous le voyons, pour des raisons qui échappent au sens commun, cette suppression ne sera pas effectuée.

[3]     Au début du XVIIe siècle, sous Louis XIII, les femmes de la haute noblesse obtinrent le droit de se trouver au plus près de la reine. La rigoureuse préséance leur imposa un tabouret. Selon Jean-François Solnon (La Cour de France, Fayard 1987), l’usage des sièges à la Cour est très réglementé. « La station debout est le terrible destin du courtisan, le tabouret le privilège le plus recherché […] Les dames titrées prenant le tabouret au souper du roi sont nommées “femmes assises” ou encore “tabourets”. » Dans Le Rouge et le noir, au chapitre XXXIII, le marquis de la Mole voudrait bien marier sa fille : « Deux ou trois amis de M. de La Mole pensaient comme l’abbé Pirard. Le grand obstacle, à leurs yeux, était le caractère décidé de Mathilde. Mais après tant de beaux raisonnements, l’âme du marquis ne pouvait s’accoutumer à renoncer à l’espoir du tabouret pour sa fille. »

[4]     Sic.

[5]     Beaumarchais, Le Barbier de Séville (1775), acte I, sc. 2 : « Le Comte — Qui t’a donné une philosophie aussi gaie ? Figaro — L’habitude du malheur. Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. »

[6]     Voir la polémique à propos de la « redécouverte » de Baltasar Gracián (1601-1658) au début de l’année 1924, à laquelle André Rouveyre a été étroitement mêlé, et la note ajoutée dans notre édition du Journal littéraire au cinq février 1924. Baltasar Gracián est surtout connu pour ses maximes rassemblées dans son manuel de 1647 : L’Homme de cour. Le « á », manquant, a été rétabli.

[7]     En fait Léautaud a été viré comme un malpropre par le très-sulfureux Jacques Bernard, le directeur du Mercure d’alors (octobre 1941) qui ne pouvait pas souffrir sa présence. Au procès de Jacques Bernard à la Libération, Léautaud fut appelé comme témoin, mais hostile à toute autorité refusa de le « charger » davantage. Jacques Bernard sera condamné à cinq ans de réclusion.