Édith Silve chez Bernard Pivot en 1985

Page publiée le quinze août 2021.
Temps de lecture, seize minutes

Émission du deux août 1885 consultable sur le site web de l’Ina1. Cette émission, traitant des « personnages controversés » a rassemblé Édith Silve pour Paul Léautaud et le Mercure de France2, André Gillois3 pour Gallifet, le fusilleur de la Commune, paru aux éditions France-Empire ; Julien-Frédéric Tarn4 pour Le Marquis de Custine, chez Fayard ; Philipe Labro5, qui présente Citizen Hughes, de l’américain Michaël Drosnin6 traduit aux Presses de la Renaissance ; et Georges Poisson7 pour Choderlos de Laclos ou l’obstination, chez Grasset.

L’émission commence classiquement par la présentation des invités et la seule femme de cette émission :

Bernard Pivot, Édith Silve, Georges Poisson, Philippe Labro et, de dos, André Gillois et Julien-Frédéric Tarn

Bernard Pivot : Je vous présente d’abord Édith Silve, qui est professeur de français à Lens. Vous êtes spécialiste de Paul Léautaud auquel vous avez consacré un essai biographique intitulé Paul Léautaud et le Mercure de France, il était normal, bien entendu que cet ouvrage paraisse au Mercure de France.

Bernard Pivot présente ensuite les autres invités et commence par la dernière personne citée : Georges Poisson et son Choderlos de Laclos (les auteurs sont présentés par ordre chronologique des personnages dont ils traitent).

À la dixième minute, Bernard Pivot s’adresse à Édith Silve :

(10:04) Bernard Pivot : Alors Édith Silve, est-ce que Monsieur Poisson nous présente Choderlos de Laclos comme un féministe convaincu ?

Bernard Pivot, Édith Silve, Georges Poisson

Édith Silve : Oui, je pense que c’est un écrivain qui aurait aussi aimé réformer le statut de la femme et c’est peut-être ce qui m’a le plus touchée dans cette biographie. Mais ce qui est quand même singulier, c’est que cet homme a écrit Les Liaisons dangereuses et finalement il nous manque des lettres8 pour savoir comment cet homme, à quarante-trois ans, a rencontré cette jeunette. Et j’aurais aimé — enfin, c’est peut-être Léautaud qui m’influence — mais j’aurais aimé savoir comment il aimait cette femme.

Georges Poisson : Il l’aimait, à la fois, je pense, il l’aimait comme un époux paternel, si vous voulez, on trouve ça souvent dans sa correspondance, qui est une petit peu radoteuse, un peu paternaliste…

E. S. : J’ai compris qu’elle était assez gommée, en fait, il ne disait pas grand-chose sur cet amour, ce qui fait qu’on ne sait pas s’il y avait une grande passion, de quel ordre…

G. P. : Une passion tranquille, dirons-nous.

(13:12) : Intervention de Bernard Pivot, non retranscrite ici et qui, à 16 :50 se tourne vers Julien-Frédéric Tarn et son Marquis de Custine, conversation très intéressante, puis, à 32 :35 vers André Gillois pour son Gallifet, le fusilleur de la Commune.

À 46:53 nous arrivons au livre d’Édith Silve :

Bernard Pivot : Alors maintenant on passe au vingtième siècle avec Paul Léautaud. Alors je vois bien, évidemment, ce qui vous a réuni, Paul Léautaud et vous, Édith Silve, c’est que votre livre est dédié à vos chats et à vos chiens et on sait que Paul Léautaud était aussi un grand amoureux, des chats, notamment.

Édith Silve : Oui, c’est vrai, je m’occupe des animaux abandonnés mais je dois dire que je ne les garde pas tous à la maison, je les place. Tous les animaux qui figurent, là sont passés à la maison, je les ai distribués à droite, à gauche…

B. P. : Et la chatte Sophie9 ?

E. S. : Ah la chatte Sophie, c’est une chatte écrivain elle est à côté de moi et elle veille à tout ce que je fais, elle préside à mon travail, elle est très savante et elle ne me quitte jamais d’un pas.

B. P. : Très bien. Alors votre Léautaud vous l’avez ch[oisi]… il a vécu très vieux vous… c’est Léautaud de 1914 à 1941.

(47:47) E. S. : Oui j’ai volontairement euh choisi cette époque car c’est celle qui est la moins connue. On connait tout sur le Léautaud du Petit Ami, d’In-memoriam, d’Amours et moi-même quand j’ai démarré c’était ce Léautaud que je connaissais. Je connaissais l’enfant malheureux, sa vie sous la table avec le chien Tabac, sa mère qui l’avait plus ou moins plaqué là, à six mois10, cette vie difficile avec un père dans le trou du souffleur, un enfant qui arpentait la rue des Martyrs et qui regardait passer les dames et qui se demandait pourquoi elles disparaissaient un quart d’heure et puis redescendaient pour attendre un autre homme. Et ce Léautaud-là je me suis mise à l’aimer…

(48:36) B. P. : Oui… C’est le plus spectaculaire…

E. S. : C’est le plus spectaculaire. L’autre Léautaud, qui est tout aussi…

B. P. : C’est le vôtre…

E. S. : Non un autre qui est tout aussi spectaculaire c’est celui que Robert Mallet a mis…

B. P. : Ah oui, ça c’est la fin de sa vie.

E. S. : Voilà. Parce qu’il était devenu… il était devenu un clown, il était devenu un personnage et il ne faisait plus un pas sans… sans être un clown.

B. P. : Alors l’époque là où vous présentez Léautaud là aussi c’est un personnage très contesté il est même haï par beaucoup de ses contemporains parce qu’il a la dent dure il est méchant il est cruel.

(49:06) E. S. : Oui. Il est devenu chroniqueur de théâtre en 1907 il a pris comme pseudonyme le pseudonyme de Maurice Boissard et Léautaud c’est vengé en quelque sorte de la société, de ses malheurs et il a écrit des chroniques d’une causticité, d’un mordant qu’on avait encore jamais rencontré dans les chroniques.

B. P. : Oui.

André Gillois : C’était là qui ne parlait pas de la pièce qu’il allait voir…

E. S. : Alors la spécialité de Léautaud…

A. G. : Il disait trois lignes sur la pièce et il disait du mal de tout le monde.

E. S. : Voilà. C’est-à-dire qu’il expédiait la pièce. Un tiers de la chronique était pour raconter n’importe quelle pièce qu’il ne regardait d’ailleurs pas — il le dit que le talent du critique c’est de regarder le moins possible les personnages qui s’agitent sur la scène. Mais en revanche ce qu’il faisait avec talent c’était les digressions Alors dans les digressions il prenait une tête de turc et il l’assassinait ou alors il prenait ses animaux et il les dépeignait dans leur vie ou dans leur mort11a.

(50:14) B. P. : Oui là par exemple, une phrase évidemment — on dirait presque du Coluche — et il parle d’auteurs alors qu’il n’aime pas… tels auteurs « lui font regretter que la guerre n’est pas tué les gens qu’il eut fallu ». Alors vous imaginez les…

E. S. : Oui. Léautaud avait l’art des boutades et de la maxime. Évidemment il est vrai que je suis professeur mais il arrivait à Léautaud de dire qu’il regrettait que les enfants ne soient pas tombé dans un baquet d’eau bouillante quand il les voyait s’agiter devant lui et faire trop de bruit et évidemment on m’a posé cette question en me demandant « mais vous professeur comment vous réagissez devant ce Léautaud c’est vrai monstre » et d’ailleurs on lui écrivait on lui disait mais qu’est-ce que vous faites de ces [un mot incompréhensible : suuoumi ?]11b, pourquoi vous le gardez encore au Mercure et Léautaud prenait les lettres et il les planquait dans le tiroir pour que Vallette le directeur du Mercure de France ne les voie pas.

(51:06) B. P. : Oh ! il y a cette phrase extraordinaire aussi mais ça ça date d’avant, c’est 1897 une enquête sur l’Alsace-Lorraine12. Le sujet est particulièrement sensible tabou et il répond ceci :« euh bon je sacrifierais la vie de cent imbéciles français à celle d’un intelligent de n’importe où répond Léautaud. L’intégrité du sol ne me préoccupe pas. Le coin où je médite me suffit. » Et un peu plus loin il dit : « Je verrais un avantage appréciable à un rapprochement de la frontière cela me permettrait de plus facilement voyager à l’étranger. Imaginez le scandale que de tels propos euh…

E. S. : Oui surtout qu’il était à cette époque, pacifique, et que il se trouvait en face d’un ardent trio de nationalistes Vallette13, Rachilde14 et Dumur15. Et la position de Léautaud a été très dure pendant la guerre.

(51:53) B. P. : Mais il dit quand même beaucoup de bêtises, quand même. Bon c’est vrai qu’il assassine des auteurs de troisième ordre mais quand il assassine par exemple Dullin16 Copeau17 et Jouvet18 en disant « ils feraient mieux de repartir à leurs chères études », vraiment il se trompe complètement19.

E. S. : Oui c’est vrai et d’ailleurs je crois que Gallimard le lui a fait sentir plusieurs fois. Mais Léautaud c’est un personnage qui réunit à la fois les plus petites choses et peut-être les traits les plus percutants et les plus forts. Et peut-être les vérités les plus justes.

André Gillois : C’est Sacha Guitry qui trouve ingrat c’est…

B. P. : Nous l’avez connu, Monsieur… Vous avez connu Léautaud ?

A. G. : Ah je lui ai fait faire ses débuts à la radio.

E. S. : C’est lui [André Gillois] qui a commencé. En 49, « Qui-êtes-vous ? »

B. P. : C’est vous ! Ah mais racontez-nous.

E. S. : C’est quand même André Gillois qui a commencé.

A. G. : Oui et il ne voulait absolument pas à entendre parler. La seule chose qui l’ait fait accepter c’est… je lui ai dit vous pourrez parler de Baudelaire. Il avait une passion pour Baudelaire. — Ah bon alors je vais venir.

B. P. : Et pour Stendhal !

A. G. : Mais c’est Baudelaire qui l’a décidé et finalement il n’en a pas dit un mot. Il faut dire que je n’étais pas seul à l’interroger il y avait Emmanuel Berl20 et Maurice Clavel21 et j’aime mieux vous dire qu’il avait fort à faire le [peu audible : marbioto ?] pour se défendre. Mais il a été… ébouriffant ! C’est du reste pour ça que Gilson22 a demandé à Mallet23 ensuite de lui faire ces entretiens. Et alors j’ai remarqué dans votre livre que vous dites à un moment qu’il avait l’intention de mettre un cachet sur ses livres « On est prié de ne pas écrire à l’auteur » et il m’a fait le coup ! Quand il m’a envoyé le premier tome de son Journal24 une dédicace charmante « en souvenir de ma première radio » et puis un cachet en dessous « on est prié de ne pas écrire à l’auteur25 ».

(53:26) B. P. : Je peux dire que j’aurais bien aimé l’accueillir à Apostrophe, Léautaud, ça… Arriver avec son cabas…

Georges Poisson : Il était vilain… il était vilain et crasseux. Moi je le rencontrais dans le métro de Sceaux autrefois on lui aurait donné deux sous il était extraordinaire et toujours chargé de cabas abracadabrants…

Édith Silve et Georges Poisson

B. P. : Mais alors quel succès auprès des dames…

G. P. : Oui…

E. S. : Il avait un très grand succès c’est vrai. Enfin il a eu deux grands amours dans sa vie. Car c’est un homme finalement fidèle. Fidèle à la femme qu’il a choisie et qui l’a choisi.

A. G. : Je crois qu’il était très amusant ce qui plait souvent aux dames.

E. S. : Oui…

Julien-Frédéric Tarn : Les rapports que vous décrivez ne sont quand même pas très amènes.

E. S. : Oui. C’est-à-dire qu’avec Anne Cayssac26 les rapports sont très durs et de toute façon nous n’avons qu’une partie de ce Journal particulier et c’est vrai que la relation amoureuse de Léautaud avec Anne Cayssac est quelque chose de terrible si vous lisez les lettres dans la Correspondance générale c’est ce que nous appellerons, enfin… des grossièretés. C’est tout un langage qui est propre à Léautaud car l’amour s’accompagne d’obscénités de grossièreté…

(54:36) A. G. : Moi je l’ai connu il y a beaucoup plus de cinquante ans, il y a même soixante ans. Alors à ce moment-là ce n’est pas du tout le vieillard défiguré que l’on a connu à la fin de sa vie.

B. P. : Il portait beau ? il…

A. G. : Oui, il portait… enfin beau… enfin il était brillant, il était…

B. P. : Mais enfin il était profondément misogyne !

E. S. : Euh… je pense que Marie Dormoy27 vous a prouvé le contraire. Léautaud a été amoureux et ce qui est extraordinaire, c’est que cet homme a découvert l’amour à s… à plus de soixante ans.

B. P. : Oui. Mais Gallimard — vous citez cette phrase de Gaston Gallimard — il le traite de « cet obsédé du nichon »28.

E. S. : Oui mais je crois que Léautaud avait tout fait pour provoquer Gallimard et il est vrai que Léautaud, très taquin, lui avait envoyé une plaquette d’aphorismes dans laquelle… enfin il y avait une peinture de l’amour telle que Léautaud s’est dit je vais lui envoyer ce que… ce qu’il semble bien il n’en a plus la pratique je vais le lui envoyer. Certainement qu’il ne connait plus que l’amour en théorie, envoyons mes Aphorismes sur l’amour.

(55:40) B. P. : Enfin quel personnage. Alors ses relations avec Marie Dormoy. Marie Dormoy au fond ne trouve d’intérêt au départ à Léautaud parce qu’elle veut lui soutirer le manuscrit de son fameux journal…

E. S. : Oui c’est vrai mais c’est une relation de femme de lettres à écrivain et il faut bien se mettre dans… euh… à enfin à bien comprendre le problème. Elle a vu que Léautaud écrivait mais n’accordait pas d’importance finalement, à son journal. Il était prêt à le vendre à n’importe qui pour nourrir sa ménagerie et pour payer cette horrible maison dans laquelle il habitait. Et quand elle a vu que tous les dangers étaient possibles elle a décidé de… de le capter ce journal. Il est vrai que tous les moyens ont été bons.

(56:29) B. P. : Et c’est comme ça…

E. S. : C’est comme ça qu’elle s’est donné à Léautaud mais…

B. P. : Pour le journal…

E. S. : Pour le journal. C’est-à-dire que… elle a d’abord été une femme de lettres avant de devenir une amoureuse, et…

B. P. : Mais elle y a pris goût !

E. S. : Et elle est devenue une catin lettrée.

B. P. : Une catin lettrée ?

E. S. : Oui. Parce que pour Léautaud une femme une vraie femme c’est une femme qui est également catin ; Ça, faut bien le dire que…

Philippe Labro : [début inaudible] …on voit la misogynie de Léautaud alors ça c’est évident puisque ce sont toutes des catins mais les plus catins se sont les catins lettrées, c’est bien ça, cette théorie.

(57:00) E. S. : Oui et c’est une race qui est dangereuse.

P. L. : Oui. Mantes religieuses.

B. P. : Je ne suis pas étonné qu’il est pris comme vous dites deux calottes…

E. S. : Deux calottes, dans le théâtre, et ensuite à la NRF. Oui parce Léautaud était tellement agressif il attaquait une pauvre femme de lettres qui s’appelait Madame Aurel29 et qui ne lui avait pas plu et il a fallu que son mari Alfred Mortier30 — qu’il appelait d’ailleurs Alfred Maçon — l’attende devant le théâtre de l’Œuvre et là il a reçu une châtaigne31.

B. P. : Oui mais euh enfin ce n’est quand même pas le général Gallifet, hein, du tout.

E. S. : Non non il n’y a aucune mesure…on peut pas l’imaginer sur le cheval de Gallifet.

B. P. : Oui mais vous l’aimez beaucoup

E. S. : Je l’aime beaucoup parce qu’il est tombé amoureux.

(57:43) B. P. : Non, mais c’est vous qui est tombée amoureuse de lui.

E. S. : Oh !

B. P. : Vous êtes la dernière conquête de Léautaud. Mais enfin c’est évident !… Mais si vous êtes amoureuse de lui.

E. S. : Oui je crois que j’aime Léautaud mais enfin…

B. P. : Vous aimez, Léautaud, mais bien sûr !… Peut-être pas autant que Monsieur Tarn aime Custine parce que là c’est un amour euh… [Large ouverture des bras de Bernard Pivot].

J.-F. Tarn : Mais vous savez ce n’est pas le seul… du tout :

B. P. : Bon bon. Mais vous aimez…

E. S. : Oui mais il arrive toujours un moment où l’on tombe toujours amoureux du personnage que l’on étudie…

B. P. : Oui.

E. S. : Et puis ensuite on s’en dégage pour aller faire un autre personnage. Mais c’est vrai que je suis encore sous le charme de Léautaud…

B. P. : Et vous allez publier bientôt son Journal particulier ?

E. S. : Oui. Son Journal particulier qui sera publié au Mercure de France et qui apportera des révélations.

B. P. : Quand ?

E. S. : Je ne sais pas.

(58:24) B. P. : C’est un journal très assez érotique je crois non ?

E. S. : C’est un journal très érotique, tout du moins l’année 33 mais j’en ai déjà bien parlé dans mon ouvrage et cité des extraits et évidemment ce Léautaud-là est tout à fait inédit car euh… on s’aperçoit que il y a à la fois un mélange d’érotisme de pornographie et de grand amour car c’était un grand sentimental. Vous imaginez que Léautaud quittait Fontenay traversait tout Paris à une heure du matin et venait regarder si Marie Dormoy était bien chez elle… et il observait l’ombre qui passait derrière la fenêtre… et il était d’une jalousie et d’un amour…

B. P. : Oui…

Georges Poisson : Mais Marie Dormoy avait gardé une vénération extraordinaire pour lui. C’était devenue une très grosse dame qui était charmante délicieuse et un jour j’ai eu le malheur de publier un article sur Léautaud qui ne lui a pas plu j’ai reçu une lettre d’engueulade incroyable !

B. P. : Oui, mais enfin c’est un extraordinaire personnage, quand même, ce Léautaud. C’est vrai. Je n’avais jamais lu son Journal. J’ai commencé à le lire et c’est assez étonnant, je n’avais jamais…

E. S. : C’est surtout cette relation érotique qu’il a, aux femmes, qui est assez particulière…

B. P. : Il y a combien 18 volumes ?

E. S. : Le Journal en 19 volumes.

B. P. : 19 volumes. J’en suis au milieu du second.

E. S. : Persévérez persévérez, vous verrez.

(59:48) B. P. : Alors, Philippe Labro…

Notes

1       https://is.gd/dSdU52

2       Monographie sous-titrée : « Chronique publique et privée 1914-1941 » Mercure de France 1985, achevée d’imprimer le 29 avril 1985, 448 pages.

3       André Gillois (Maurice Diamantberger, 1902-2004), écrivain, réalisateur, scénariste et dialoguiste. Pionnier de la radio, André Gillois fut pendant la seconde guerre mondiale le porte-parole de Charles de Gaulle à Londres.

4       Julien-Frédéric Tarn, né en 1947, docteur ès Lettres

5       Philippe Labro, né en 1936, a exercé à peu près tous les métiers de l’audiovisuel, du journalisme et de l’édition. Il a réalisé sept films qui ont souvent rencontré le succès et écrit une vingtaine de romans. Le dernier, J’irai nager dans plus de rivières est une sorte de livre testament paru chez Gallimard en octobre 2020 (304 pages).

6       Michael Drosnin (1946-2020), journaliste et écrivain américain surtout connu pour son ouvrage en deux temps, La Bible : le Code secret. Le code en question permettrait de prédire certains événements à venir.

7       Georges Poisson, né en 1924, est historien de l’art et conservateur général du patrimoine. Il a écrit de très nombreux ouvrages. Son Choderlos de Laclos ou l’obstination paru chez Grasset en 1986, dont il va parler dans cette émission, a reçu le prix Goncourt de la biographie.

8       Les Liaisons dangereuses est un roman épistolier, composé uniquement d’échanges de correspondances, sans aucun commentaire. L’une des raisons qui rendent ce livre particulièrement intéressant est que chaque correspondant a son ton propre et sa manière d’écrire.

9       Page 9, dans ses remerciements, Édith Silve a écrit : « Enfin, je n’ai pas honte de l’avouer, si ma plume a parfois des élégances et beaucoup de tendresse pour Léautaud, c’est à Sophie, petite chatte recueillie que je le dois. Sans ses jolies moustaches blanches penchées gracieusement à l’avant de mes feuillets, eussé-je bien compris Léautaud ? »

10     À moins d’une semaine, puisque Jeanne Forestier n’était même pas au baptême. Paul Léautaud est né le 18 janvier et le 21 il a été confié à une nourrisse d’Étampes, puis à une autre, avenue du Maine, dans le quartier d’habitation de la famille Forestier.

11a     Le meilleur exemple est la mort de Span, du seize octobre 1913.

11b     Sous-Homais a été proposé par un lecteur. Le concours est ouvert.

12     Dans le quotidien Le Journal du 15 juillet 1897, François Coppée a « pensé à envoyer un souvenir » à l’Alsace, victime de violents orages. Il se trouve que suite à cet article il a reçu « quelques offrandes pour une souscription qui n’était même pas ouverte » (Le Journal du 22 juillet). Ces « quelques offrandes » étant à l’évidence insuffisantes à faire sens il les a restituées aux donateurs. Suite à cela, Le Mercure a cherché à comprendre la raison de cet échec et a adressé une circulaire à quelques-uns de ses lecteurs. Un choix de réponse est paru dans le numéro de décembre (page 641) sous le titre « L’Alsace-Lorraine et l’état actuel des esprits ». La réponse de Paul Léautaud se trouve page 652.

13     Alfred Vallette (1858-1935), d’abord typographe, a été ensuite secrétaire de rédaction puis directeur du Scapin (1er septembre 1886). Mais Alfred Vallette est surtout connu pour être l’un des fondateurs (1890) et le directeur de la revue puis des éditions du Mercure de France jusqu’à sa mort en 1935. C’est dans Le Scapin qu’Alfred Vallette a publié en feuilleton son roman Monsieur Babylas (depuis le numéro 11, du premier mai 1886). Ce roman a été publié en volume au tout début de 1891 sous le titre Le Vierge chez Tresse et Stock (495 pages). Alfred Vallette a écrit un second roman (en collaboration avec Raoul Minhar), À l’écart, paru la même année 1891 chez Perrin. Voir le compte-rendu de Jules Renard dans le Mercure de juillet 1891, page 42

14     Marguerite Eymery (1860-1953), personnage complexe, a épousé Alfred Vallette le 12 juin 1899. Rachilde tient la rubrique des « Romans » dans le Mercure. Elle a publié une soixantaine d’ouvrages.

15     Louis Dumur (1860-1933), romancier, poète et dramaturge suisse. Après avoir fondé la revue La Pléiade (deuxième du nom) avec Édouard Dubus, Gabriel-Albert Aurier et Louis-Pilate de Brinn’Gaubast, il est avec Alfred Vallette l’un des fondateurs du nouveau Mercure de France, dont il est rédacteur en chef en 1889 et secrétaire général en 1895. On lira son portrait dans le Journal littéraire de Paul Léautaud aux 13 et 15 novembre 1922 et au 4 août 1931. Voir aussi chez André Billy, Le Pont des Saint-Pères, pages 40-42. Pour les origines du Mercure de France et les nom cités dans cette note, voir ici.

16     Il est impossible de parler de Charles Dullin (1885-1949), sans parler de Jacques Copeau (note suivante) ou de Louis Jouvet (note 18) tant ces trois-là — avec Gaston Baty et Georges Pitoëff non cités ici — sont les inventeurs du même théâtre. Charles Dullin est le dernier d’une fratrie de dix-huit enfants. Il est entré au théâtre de l’Odéon en 1906 puis au théâtre des Arts en 1911. C’est sa première incursion dans le théâtre privé auquel il a appartenu toute sa vie. C’est aussi cette année-là, sur cette même scène qu’il rencontre son camarade Louis Jouvet dans la même pièce mise en scène par Jacques Copeau, qui a créé le théâtre du Vieux-Colombier deux ans plus tard, juste avant la première guerre mondiale. Sont là Blanche Albane (Madame Georges Duhamel à la ville), Roger Karl (dont il sera beaucoup question dans la page sur Fernande Olivier qui sera mise en ligne le quinze septembre prochain), Jean Villard, Louis Jouvet…

17     Jacques Copeau (1879-1949), homme de théâtre parmi les plus importants de son temps, a aussi fait partie de groupe des créateurs de La Nouvelle revue française.

18     Louis Jouvet (1887-1951, à 63 ans) a commencé par plusieurs années d’étude de pharmacie à Toulouse, puis à Paris mais les a vite délaissées pour le théâtre. Il a été refusé plusieurs fois au concours d’entrée au Conservatoire, où il sera pourtant un jour professeur. Il a été directeur de plusieurs théâtres.

19     Essentiellement à cause d’une mise en scène du Mariage de Figaro, que Paul Léautaud n’a pas apprécié dans sa chronique du premier avril 1939.

20     Emmanuel Berl (1892-1976) s’engage en philosophie, rencontre Marcel Proust et Louis Aragon, les surréalistes en même temps que Drieu La Rochelle et André Malraux.

21     Non, Maurice Clavel n’a pas participé à l’émission « Qui êtes-vous, Paul léautaud » du 24 décembre 1949.

22     Critique de cinéma, reporter, Paul Gilson (1904-1963), crée en 1937 l’émission « Banc d’essai » (de 21 heures à 21:30 le vendredi). À la Libération, la direction de la Radiodiffusion l’a nommé directeur des services artistiques, poste qu’il a occupé jusqu’à sa mort prématurée à l’âge de 59 ans.

23     Docteur en droit et en lettres, Robert Mallet (1915-2002), commence sa carrière d’enseignant à Madagascar en 1959, alors colonie française. Là, il parvient à fonder l’université de Tananarive, dont il a été le premier doyen. Revenu à Paris en 1964, Robert Mallet entreprend la fondation d’une académie autonome à Amiens qui ouvrira à la rentrée de 1964. En tant que recteur il y connaîtra les événements de 1968 et l’année suivante sera nommé recteur de l’académie de Paris jusqu’en 1980, participant à la fondation de l’université de Paris VII. Les entretiens de Paul Léautaud avec Robert Mallet diffusés en trente-huit émissions entre décembre 1950 et l’été 1951 ont rencontré un phénoménal succès et on fait connaître Paul Léautaud au grand public.

24     Le premier tome du Journal littéraire est paru le 22 octobre 1954.

25     Page 151, à propos de la parution premier volume du Théâtre de Maurice Boissard (1907-1923) : « Il n’a de cesse de disqualifier son recueil et va jusqu’à souhaiter que l’on ne l’en remercie pas. Les lettres de compliments ? Elles “(l’)agacent” ; il prend, dit-il à Rouveyre, “leur auteur en horreur” ; il a eu envie, continue-t-il, “de se faire faire un timbre en caoutchouc pour appliquer au-dessous des « envois » : « L’auteur prie qu’on ne lui écrive pas », en capitales bien lisibles. » Dans la note 352 de son livre, Édith Silve indique « Lettre inédite à A. Rouveyre du 13 novembre 1926 (copie dact. Coll. Et. Buthaud). »

26     Marie Galier (1868-1950) a épousé en 1895 Henri Louis Cayssac (1849-1924). Anne Cayssac sera l’une des deux femmes, avec Marie Dormoy, ayant le plus compté dans la vie de PL. Toute sa vie, PL a été écartelé entre le plaisir physique qu’il prenait avec Anne Cayssac, bien plus qu’avec aucune autre femme, et son caractère odieux. Ce qui n’a jamais été soulevé par aucun léautaldien, semble-t-il — et qui n’apparaît que très furtivement dans le Journal — c’est que Paul et Anne avaient de nombreux goûts en commun et notamment une manière de vivre au quotidien, d’où la durée de leur liaison. C’est ce qui explique que PL ait toujours souhaité faire d’Anne Cayssac sa légataire, au même titre que Marie Dormoy. Marie Dormoy n’aurait pas été la dactylographe de son Journal, jamais elle n’aurait autant compté. On peut dire que le seul amour de la maturité de Léautaud (et même de toute sa vie) a été Anne Cayssac et personne d’autre, même s’il n’a été jaloux qu’avec Marie Dormoy.

27     Spécialiste de littérature française, critique d’art et d’architecture, conservatrice, puis directrice (en 1944 ou 1945) de la bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Marie Dormoy (1886-1974), a été la maîtresse de Paul Léautaud pendant plusieurs années à partir de janvier 1933, la dactylographe du Journal littéraire, la meilleure connaisseuse de sa vie et de son œuvre et son exécutrice testamentaire avant de passer le flambeau à Édith Silve.

28     Selon Édith Silve, suite à la chronique dramatique du premier mars 1939 « Gaston Gallimard écrit à Paulhan pour dénoncer cette chronique : “Je ne puis m’empêcher de vous dire que cette chronique est déshonorante — je pèse les mots : elle est honteuse. Elle dénote une vanité puérile et injustifiée. Elle est mal écrite. Elle est hargneuse… Si j’étais un étudiant, un fonctionnaire ou un simple bourgeois de Limoges, d’Hanoï ou de Philadelphie qui attend chaque mois sa N.R.F., je me désabonnerais à cause uniquement de cette inconvenance, de cet obsédé du nichon… »

29     Aurélie de Faucamberge (1869-1948) se faisait appeler Aurel. Elle a épousé successivement le peintre Cyrille Besset (1861-1902) et l’auteur dramatique Alfred Mortier (1865-1937). Aurel tenait salon au vingt, rue du Printemps, entre Wagram et Pont-Cardinet, puis rue de Berry, qui donne sur les Champs-Élysées. Elle et son mari — surtout elle — seront longtemps les bêtes noires de PL. Voir un bref portrait dans André Billy, La Terrasse du Luxembourg, page 260.

30     Alfred Mortier (Alfred Mortje, 1865-1937), journaliste, poète, auteur dramatique et critique, né en Allemagne de père hollandais, naturalisé français en 1890.

31     Page 105. Édith Silve décrit la journée du 24 mai 1923. Dans sa chronique suivante, datée du deux juin, Maurice Boissard écrira « M. Alfred Mortier m’attend à une répétition générale pour me “corriger”, soin qu’il ferait mieux d’apporter à ses ouvrages. »