Vu par Edmond Jaloux

Journal littéraire au vendredi 15 mars 1929 :

À mon arrivée ce matin, Vallette1 me dit : « Vous avez un bel article de Jaloux2. Il vous consacre presque tout son feuilleton3. Vous avez une presse faramondesque » (terme que Vallette tient des splendeurs autrefois de Maurice de Faramond4). Comme j’ai l’air de ne pas être si ébloui : « Mais si, vous avec une très belle presse. Quand on sait ce que la critique littéraire est devenue aujourd’hui… » Il fait l’éloge de l’article de Jaloux : « L’article de Jaloux est vraiment très bien. C’est un de ses bons articles. Il est quelquefois un peu mou… Mais cette fois-ci, c’est vraiment très bien. » Il prend alors mon numéro des Nouvelles5 qui se trouve dans mon courrier, enlève la bande, déplie le journal, le replie au feuilleton de Jaloux et se met à nous6 le lire du commencement à la fin à Bernard7 et à moi, avec de fréquentes marques d’approbation.

Extrait  illustratif de l'article d'Edmond Jaloux
Les Nouvelles littéraires du 29 mars 1929

Edmond Jaloux : “Passe-Temps”, par Paul Léautaud

M. Paul Léautaud nous dit qu’il n’écrit que pour son plaisir. Et c’est un peu cela qui cause le nôtre. Il écrit avec nonchalance, avec laisser-aller des choses acides ou sentimentales, les acides s’adressant aux hommes, les sentimentales aux animaux. Ce partage me semble judicieux, l’innocence seule appelant le sentiment. Et les hommes n’ont plus beaucoup d’innocence depuis qu’ils ont perdu ce paradis qu’ils n’ont d’ailleurs jamais mérité. M. Paul Léautaud représente chez nous une des plus jolies traditions françaises celles des moralistes et des mémorialistes. Il aime les petits faits vrais, les anecdotes, les traits significatifs, Il ne redoute pas les potins. Quel dommage que sa nonchalance ne lui ait pas permis de porter son observation sur plus d’objets ! C’est le Chamfort du VIe arrondissement8. Paul Arène9 disait de Barbey d’Aurevilly10, — je tiens ce propos de M. Paul Bourget11 — « C’est un mémorialiste qui n’a rien vu !12 » Cela s’appliquerait aussi à M. Paul Léautaud, et on ne peut que le regretter. Car tout ce qu’il a vu, il le dépeint avec tant de grâce, de fraîcheur, de naturel qu’on voudrait qu’un tel esprit n’ait pas été ainsi confiné dans des bornes aussi étroites. Il y a des cas où l’ambition est un bienfait, car elle permet un plus vaste champ d’action. Quels jolis portraits fait M. Léautaud, soit qu’il s’attendrisse soit qu’il satirise ! Évidemment il s’attendrit davantage sur les êtres qu’il n’a pas connus que sur ceux qu’il a fréquentés. Cependant il a fort bien parlé de Remy de Gourmont13 et de Marcel Schwob14.

Jules Renard15 a dit un jour « C’est l’homme que je suis qui me rend misanthrope. » Quand on lit les souvenirs de M. Paul Léautaud, on comprend facilement, à voir les gens dont il nous parle, qu’il ait pu le devenir. Les uns naissent misanthropes, les autres le deviennent. Je crois que M. Paul Léautaud, qui est au fond un sensible blessé et un tendre refoulé, l’est devenu. Il fait figure d’original. Uniquement parce qu’il veut rester lui-même. Je sais bien qu’il est simple avec une certaine ostentation16. Il parle de son naturel comme s’il l’avait acquis. Peut-être l’a-t-il acquis, après tout. Les enfants sont les moins naturels des êtres. Son plus grand mérite, c’est la franchise, Il y faut à la fois du courage et de la lucidité d’esprit. Il refuse d’entrer dans les innombrables combinaisons qui forment la vie de Paris. Il a quitté la Nouvelle Revue Française parce qu’on n’a pas pu y admettre qu’il admirât aussi peu M. Jules Romains17. Cet homme, qui se moque de l’héroïsme comme de tout le reste, sera bien étonné si je lui dis qu’il y a de l’héroïsme en lui. Il ne veut être dupe de rien. C’est un vrai Français. Mais la duperie, où commence-t-elle, où finit-elle ? M. Paul Léautaud a dans ce qu’il appelle sa raison une foi aveugle. Moi, je me méfie dès qu’on parle de la Raison. C’est au nom de la Raison que saint Thomas et les disciples de la Somme18. reconnaissent la vérité des enseignements de l’Église et c’est au nom de la Raison que M. Léautaud, et bien d’autres Français avant lui, refuse de croire en Dieu ; c’est en son nom que les révolutionnaires ont renversé l’ancien régime et en son nom que M. Charles Maurras19 veut le rétablir. Je crois que le raisonnable, c’est de ne pas avoir trop de confiance dans la raison. Il y a des jours où je me la représente comme la forme la plus captieuse et la plus élastique de l’imagination.

La raison de M. Paul Léautaud lui interdit d’admettre tout ce qui échappe à l’observation quotidienne. Au-delà, tout est bêtise. Mais pour ceux qui vivent dans la foi du surnaturel, c’est bêtise que de le nier. Tout est plus relatif encore que ne le croit, l’auteur de Passe-Temps. N’importe, on est affligé pour lui — non choqué ni scandalisé, croyez-le bien — de lui voir écrire des phrases de cette force : « Les journaux ont annoncé que, dans un petit pays de l’Ukraine, toutes les églises, et toutes les confessions ont été fermées, aucun des habitants ne les fréquentant plus, Voilà toujours un petit coin de libéré20 ! » Libéré de quoi ? Il est bien fâcheux d’entendre M. Léautaud s’exprimer comme M. Homais21. Hélas ! il y a plus de libres penseurs que de libres esprits. Mais la religion n’est pas la seule chose que M. Léautaud se refuse à accepter : « Je n’ai jamais été capable des grands sentiments ; ils me font rire », dit-il. Et il sous-entend, bien entendu, que les autres n’en sont pas plus capables que lui, mais qu’ils les stimulent. Et il écrit de la poésie : « Les poètes font perdre un temps considérable pour le développement de l’esprit (encore une phrase que pourrait citer M. Homais ! Comme M. Paul Léautaud rirait s’il lisait, sous une autre plume que la sienne, cette phrase prétentieuse, le développement de l’esprit ! Quelle foi dans le progrès ! Quelle confiance dans l’intelligence humaine !) J’ai perdu dix ans de ma vie, pour ma part, à me laisser bercer pat leurs romances. Si peu que j’aime le professorat, si j’avais un fils, je ferais tous mes efforts pour le dissuader de les lire. (Notez que M. Léautaud ne parle que de liberté : à peine pense-t-il qu’il pourrait avoir un fils que l’instinct de tyrannie paternelle se déclare.) Un conte de Voltaire contient plus de substance que toute l’œuvre de Victor Hugo, (ce n’est pas la même), — sans compter une langue meilleure, et le plus beau poème ne vaut pas, pour le profit de l’intelligence, une maxime de La Rochefoucauld. Les vers sont bons dans le madrigal, dans l’épigramme, dans la chanson. Autrement bavardage fastidieux22. »

Je ne veux pas dire de mal de M. Paul Léautaud : il aime trop les animaux pour que je le fasse ! Et c’est un trop joli écrivain pour que j’en sois même tenté. Mais j’accumule ici des traits de caractère qui me semblent significatifs. Cette horreur du surnaturel, du légendaire, du poétique, des grands sentiments, cette raillerie perpétuelle, cette peur d’avoir à aimer, à se donner, cette méfiance à l’égard de tout ce qui ne tombe pas dans l’observation la plus banalement courante sont très représentatives du bourgeois français moyen, de ceux-là mêmes dont M. Léautaud, par ailleurs, se moque tant. Et ce bourgeois n’est pas d’aujourd’hui. Ce type-là pointe déjà, en plein moyen-âge, dans les fabliaux. Seulement, le bourgeois français moyen a remisé quelque part, chez lui, l’une ou l’autre de ces religions que M. Léautaud appelle des superstitions ; il n’en est que plus fort pour dauber sur les autres. Il est anticlérical, mais alors patriote ; Il ne croit à rien, mais il devient communiste ; ou bien il a foi dans la République. Ou bien, c’est un dévot et qui méprise tout le reste.

Ils s’entendent, par exemple, assez bien tous23 pour avoir horreur de la poésie. Et ils rient volontiers des grands sentiments. (Entendez bien que j’appelle bourgeois moyen un certain type d’esprit qui est aussi fréquent chez le prolétaire que chez le commerçant ou l’employé, — et, d’ailleurs, comment en serait-il autrement ? C’est avec le prolétaire ou le paysan que l’on fabrique le commerçant ou l’employé. Ce que l’on appelle en France la lutte de classes consiste à passer du wagon de troisième dans celui de seconde, soit en payant sa place, soit en s’y introduisant par ruse.)

Seulement M. Paul Léautaud diffère des autres en ceci qu’il a le même mépris pour tontes les convictions et qu’il exprime ce mépris avec le plus vif talent. Et aussi parce qu’il ose dire ce que personne ne dit et ce que beaucoup de gens pensent sans l’avouer. Aussi y a-t-il dans son livre quelque chose de fort et de salubre. Pour ma part, je n’éprouve aucune gêne à voir M. Paul Léautaud bafouer ou railler ce que j’aime ; je regrette quelquefois qu’il s’en prive : c’est tout Et je n’ai pas comme lui le goût exclusif de préférer les choses qui me sont proches.

Si j’avais eu du génie, par exemple ou même un grand talent — j’aurais pu, avec ma forme d’esprit, écrire quelques-unes des maximes de La Rochefoucauld ; M. Paul Léautaud, dans le même cas, aussi. Mais avec du génie et ma forme d’esprit, je n’aurais jamais écrit dix vers de Hugo. Et c’est pour cela, je pense, que j’admire Victor Hugo plus que La Rochefoucauld. M. Léautaud tout au contraire.

Les idées de M. Paul. Léautaud m’ont entraîné bien loin. Avec ce diable d’homme, impossible de faire autrement. Si je n’avais envisagé que l’écrivain, je n’aurais eu qu’éloges à lui adresser. Dans cette simplicité qu’il cherche, il, a acquis une sorte de maîtrise. Vous croyez que c’est facile ? Essayez ! La plupart des écrivains sont tarabiscotés et contournés, parce qu’ils seraient plats s’ils étaient simples. Mais M. Paul Léautaud a tort de croire que tous les grands écrivains le sont. Racine l’est-il ? Jean-Jacques ou Chateaubriand, quel que soit le goût de M. Léautaud, resteront de plus grands écrivains, que Stendhal24.

Vous trouverez à fa fin de Passe-Temps un recueil d’anecdotes, de bons mots, de maximes. Un peu trop de répliques de Léautaud peut-être. Ce narcissisme est parfois gênant. On est toujours porté, quand on aime l’esprit, à surestimer le sien. Il n’y en a pas moins des formules de M. Léautaud que l’on peut comparer aux meilleures. « Une jeune étudiante en médecine parlait à L… de la tristesse que lui laissait sa fréquentation des hôpitaux : « Voir tous ces gens mourir. — Cela console de ceux qui vivent, répondit-il ». Voilà qui est digne de Chamfort. Je vais vous dire une chose très triste ; la misanthropie seule a produit de beaux mots ; la philanthropie jamais25. Peut-être la première est toujours plus sincère.

Signature d'Edmond Jaloux sur sa notice de l’Académie française

Signature d’Edmond Jaloux sur sa notice de l’Académie française

Le seize mars 1929, Paul Léautaud a écrit cette lettre charmante à Edmond jaloux :

        Mon cher Jaloux
Votre article sur Passe-Temps est parfait, très intelligent, plein de nuances et de compréhension, de choses fort justes, jusqu’au « cercle étroit de ma vie » hélas ! Vallette me l’a lu ce matin à mon arrivée au Mercure avec un grand plaisir et une grande approbation pour son compte personnel. Je n’aurais pas osé espérer tant d’attention, tant de soins de votre part, (je ne parle pas de la sympathie, dont je ne doutais pas) dans la masse de livres qui sollicitent votre examen.
Je vous remercie vraiment de tout le cœur d’un sauvage très touché.
        Très cordialement à vous.

P. Léautaud

Ce même seize mars, de retour chez lui, Paul Léautaud écrit dans son Journal littéraire :

Auriant26 trouve l’article de Souday27, l’article de Jaloux, absolument sans intérêt. Il m’a dit cela ce matin. Il lui déplaît surtout que Jaloux m’ait ainsi rapproché à plusieurs reprises du personnage d’Homais. Il dit que cela ne tient pas debout et qu’il est trop facile de parler de Homais dès qu’on exprime certaines opinions. Il trouve que c’est vraiment ce qui domine dans l’article de Jaloux. Je lui ai répondu : « L’article de Souday. Bon ! C’est entendu. C’est une bouffonnerie. Une bouffonnerie sympathique en tout cas. Jaloux me compare à Homais. Bien. Qu’est-ce que vous voulez y faire ? Je ne vais tout de même pas le reprendre appréciation par appréciation. Il y a tout de même autre chose dans son article, des choses fort élogieuses. Quand il dit par exemple que j’ose dire ce que personne ne dit, ce que beaucoup de gens pensent sans se l’avouer, quand il parle de ma façon d’écrire… Et puis, mon cher, Vallette a raison. Quand on voit comment on rend compte des livres aujourd’hui !… J’ai deux colonnes de Souday, Jaloux m’a fait plus de la moitié de son feuilleton. C’est tout de même quelque chose qui compte. »

Auriant se rattrape alors sur ce que Jaloux a dit, que je suis un mémorialiste qui n’a rien vu. Je lui ai dit : « Et après ? C’est la vérité. Je le dis souvent moi-même : j’aurai vécu dans un placard. Je l’ai dit pour mon Journal aussi. C’est toujours la même cinquantaine de personnes qu’on y voit. »

Auriant me cite Chamfort : lui non plus, n’avait pas voyagé. On peut dire aussi de lui, alors, qu’il n’a rien vu.

Je réponds : « Pas voyagé. Non. Mais il avait tout de même vu la cour, et le peuple, les salons, la société. »

Je l’ai redit alors à Auriant comme je le lui ai dit hier ou avant-hier : « Tout cela n’a aucune importance (les articles de journaux et les critiques). Il faut s’en ficher. On ne devrait même pas les lire. »

Et c’est bien ce que je pense. J’en ai déjà par-dessus la tête. Je manque d’entraînement, comme un homme qui n’est pas habitué à publier des livres. Les lettres de remerciements, les lettres à répondre. Je remets au lendemain. Cela m’assomme alors encore plus. Je n’ose pas ne pas remercier et ne pas répondre. Tout ce petit remue-ménage m’agace. Je voudrais être six mois plus vieux pour en être débarrassé. Après une semaine, je n’ai pas encore écrit à Paul Chaponnière28 qui m’a envoyé très aimablement lui-même la coupure de son article dans le Journal de Genève.


1       Alfred Vallette (1858-1935), d’abord typographe, a été ensuite secrétaire de rédaction puis directeur du Scapin (1er septembre 1886). Mais Alfred Vallette est surtout connu pour être l’un des fondateurs (1890) et le directeur de la revue puis des éditions du Mercure de France jusqu’à sa mort en 1935. C’est dans Le Scapin qu’Alfred Vallette a publié en feuilleton son roman Monsieur Babylas (depuis le numéro 11, du premier mai 1886). Ce roman sera publié en volume au tout début de 1891 sous le titre Le Vierge chez Tresse et Stock (495 pages). Alfred Vallette a écrit un second roman (en collaboration avec Raoul Minhar), À l’écart, paru la même année 1891 chez Perrin.

2       Edmond Jaloux (1878-1949), journaliste, poète et romancier, a fondé une revue à l’âge de dix-huit ans et a ensuite participé aux plus grandes revues françaises. On lui doit une trentaine de romans et, après la guerre, une Introduction à l’histoire de la littérature française chez Pierre Cailler à Genève (deux tomes de 220 et 354 pages). L’ensemble était prévu en six volumes (un par siècle) mais la mort a arrêté sa main. Edmond Jaloux a été élu à l’Académie française en 1936, au fauteuil de Paul Bourget (note 11)..

3       Edmond jaloux écrivait sa chronique « L’esprit des livres » toutes les semaines dans Les Nouvelles littéraires. Cette semaine Passe-Temps, le livre de Paul Léautaud, occupe plus de quatre colonnes sur six.

4       Maurice de Faramond (1862-1923), poète et auteur dramatique. Maurice Boissard a chroniqué deux de ses pièces : Le Mauvais grain, un acte en vers libres (Mercure du 16 août 1908) et Diane de Poitiers, en trois actes (Mercure du 16 juin 1911).

5       Cet article est paru dans Les Nouvelles littéraires du 16 mars 1929.

6       Ce paragraphe constitue la journée entière. La présence de Louis Dumur, qui partageait le bureau d’Alfred Vallette, est implicite.

7       Jacques-Antoine Bernard (1880-1952), est arrivé au Mercure en 1906 sans qu’on sache vraiment à quel titre, mais sensiblement à la même époque que Paul Léautaud, qui y a effectivement été embauché le 1er janvier 1908. Jacques Bernard sera administrateur du Mercure en 1935, à la mort d’Alfred Vallette, sous la direction de Georges Duhamel, puis directeur au départ de celui-ci à la fin de février 1938. Avant cela Paul Léautaud et Jacques Bernard se sont plutôt bien entendus. Pendant l’occupation, Bernard se livrera à la collaboration et sera jugé à la Libération pour « Intelligence avec l’ennemi » et condamné à cinq ans de prison (mais laissé en liberté), à la privation de ses biens et à l’Indignité nationale. Convoqué comme témoin en juillet 1945, Paul Léautaud, rétif à toute autorité, refusera de l’accuser. Pour l’anecdote, Jacques Bernard était prétendant (sans enthousiasme) au trône de l’éphémère et quasi-inexistant royaume d’Araucanie et de Patagonie.

8       Ce surnom sera souvent repris. Chamfort (Sébastien-Roch Nicolas, 1740-1794), poète, journaliste et moraliste. Secrétaire ordinaire, en 1784, du Cabinet de Madame, sœur de Louis XVI. Membre de l’Académie française en 1781. En 1789, Chamfort prit habilement le tournant de la Révolution, mais rien n’étant simple, il se suicida pour éviter la prison.

9       Paul Arène (1843-1896), poète et écrivain provençal, journaliste, surtout connu pour son roman Jean-des-Figues (1868). On ne confondra pas Paul Arène avec Emmanuel Arène (1856-1908).

10     Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889), écrivain majeur de son temps, a toujours été une référence pour Paul Léautaud, bien moins que Stendhal toutefois, mais Edmond Jaloux ne le sait pas forcément.

11     Paul Bourget (1852-1935), écrivain et essayiste catholique. Ses premiers romans ont un grand retentissement auprès d’une jeune génération en quête de rêve et de modernité. À partir du Disciple, en 1899, Paul Bourget s’oriente davantage vers l’étude des mœurs et les sources des désordres sociaux, qu’il relie parfois à la race. Edmond Jaloux ne le sait pas encore mais il succédera à Paul Bourget à l’Académie française en 1936, ainsi qu’indiqué en note 2.

12     Voir la conversation du seize mars avec Auriant.

13     Remy de Gourmont (1858-1915), romancier, journaliste et critique d’art, proche des symbolistes. Paul Léautaud a été son intime.

14     Marcel Schwob (1867-1905), naît dans une famille de lettrés fréquentée par Théodore de Banville et Théophile Gautier. À la naissance de Marcel, son père, Georges, revient d’Égypte où il était chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères. Élève brillant, Marcel intègre le lycée Louis-le-Grand, où il se lie avec Léon Daudet et Paul Claudel. En 1900, il épouse l’actrice Marguerite Moreno.

15     Jules Renard (1864-1910, à 46 ans), a été, en 1889, l’un des premiers actionnaires du Mercure de France. Il était aussi le plus important, achetant six parts sur vingt-cinq. Il a été élu membre de l’académie Goncourt en 1907, au fauteuil de Huysmans grâce à Octave Mirbeau, qui a dû menacer de démissionner pour assurer son succès.

16     Personne, et certainement pas Edmond Jaloux, ne pouvait concevoir la quasi-misère de Paul Léautaud à cette époque, qui consacrait les deux tiers de ses maigres revenus à nourrir et soigner ses animaux.

17     Le mercredi quatorze mars 1923 est jouée pour la première fois dans la toute nouvelle salle du Théâtre des Champs-Élysées la pièce de Jules Romains : Monsieur Le Trouhadec saisi par la débauche. Paul Léautaud, alors en charge de la chronique dramatique de La NRF donne son texte pour publication dans le numéro du premier mai. Ce texte est peu flatteur et Jules Romains est un auteur Gallimard. Jacques Rivière, directeur de La NRF écrit à Paul Léautaud : « Impossibles, tout à fait impossibles les trois pages sur Romains ! Si grand soit mon libéralisme, il ne peut pas aller jusqu’à laisser tourner en ridicule un des principaux collaborateurs de la N.R.F. Il ne s’agit pas de camaraderie : mais de cohérence… » PL refuse de supprimer ces trois pages et donne sa démission. La chronique, intacte, paraîtra dans Les Nouvelles littéraires du quatorze avril 1923.

18     Thomas d’Aquin (1225-1274), religieux dominicain, est connu pour être l’auteur de la Somme théologique, sorte de catéchisme ou de mode d’emploi de la chrétienté.

19     Charles Maurras (1868-1952), journaliste, essayiste et homme politique a été l’un des principaux animateurs de l’Action française (mouvement politique et journal). D’un talent littéraire incontestable, d’une fécondité exceptionnelle, Charles Maurras a été un modèle pour une certaine jeunesse française qui l’a parfois suivi dans ses errements politiques. Charles Maurras a été élu à l’Académie française en 1938. La guerre survenant, son anticommunisme et son antisémitisme l’ont conduit à cautionner puis à encourager la collaboration, organisée par Philippe Pétain, son voisin de fauteuil à l’Académie française. À la Libération, Maurras sera déclaré coupable de haute trahison et d’intelligence avec l’ennemi et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale.

20     Ce texte a été supprimé de Passe-Temps (« Mots, propos et anecdotes ») par Léautaud dans les éditions suivantes et remplacé par « Je n’ai jamais été satisfait de rien. J’ai toujours trouvé à tout des motifs de déceptions, d’imperfections, de mécontentement, de reproches, d’hostilité. Cela même à mon propre égard, et trouvant à cela de grandes jouissances. » Voir la lette de PL à Mathias Tahon datée du « samedi soir 1er juin 1946 ».

21     Monsieur Homais est un personnage de Madame Bovary. Petit-bourgeois ambitieux, Homais incarne à la fois la sottise prétentieuse et l’opportunisme nuisible. C’est un cuistre parfait.

22     Cet extrait sera aussi relevé par Tristan Derême dans L’Action française du 29 mars 1929 (sous signature de Gilbert Dardoise) et par Maurice Martin du Gard dans rubrique « Théâtre » des Nouvelles littéraires du 15 février 1930.

23     Qui sont ils et tous, dans ce paragraphe ?

24     Paul Léautaud a toujours préféré Stendhal à tout autre à cause de la simplicité de son écriture.

25     Note d’Edmond Jaloux en fin d’article : « Le philanthrope répondrait : “Mais elle a produit de belles actions”. Il faut laisser sa part à chacun. »

26     Auriant (Alexandre Hadjivassiliou, 1895-1990), a partagé le bureau de PL au Mercure de 1920 à 1940 et s’est trouvé de ce fait son principal confident, et réciproquement. Voir Dictionnaire des orientalistes de langue française sur le site web de l’EHESS. Lire également les mémoires de Francis Larcassin : Sur les chemins qui marchent, éditions du Rocher 2006 : « Séduit par sa passion érudite et par ses qualités polyglottes, Vallette l’engagea dans la maison d’édition qui accompagnait la revue. C’est ainsi que chaque jour pendant vingt ans, dans le même bureau, il travaillait avec Paul Léautaud en vis-à-vis. Plus misanthrope et plus grincheux que moi, tu meurs… Rapports courtois et distants… »

27     Paul Souday (1869-1929), homme de lettres, critique littéraire au Temps, de 1911 à sa mort. L’article de Paul Souday sur Passe-Temps est paru dans Candide du quatorze mars 1929.

28     Paul Chaponnière (1883-1956), Suisse, docteur ès lettres (Paris 1910), critique, journaliste, romancier et éditeur. PL répondra à Paul Chaponnière le lendemain 17 mars.

Pour Passe-Temps, voir aussi la page “Vu par Benjamin Crémieux”.