André Gide I

Première partie : 1903-1925

2e partie : 1926-1945

3e partie : 1945-1951 ►

Liens dans cette page : 1906, 1908, 1909, 1914, 1920, 1922, 1924, 1925 et notes.

Comme à chaque fois, dans ces pages entièrement réservées à un personnage, ce n’est pas l’intégralité des rapports entre Paul Léautaud et ce personnage mais de très larges fragments. Soixante pour cent, pour donner un chiffre. Davantage serait l’affaire d’un chartiste.

Dans ce cas particulier, la personnalité d’André Gide a parfois fait naitre des oppositions pouvant s’apparenter à des haines, sentiments qui n’ont pas leur place dans leautaud.com. On peut penser à Jean de Gourmont dans la journée du 23 février 1927, qui n’a, à cause de ça, pas été reproduite ici. Il ne s’agit pas de censure puisque le fait est cité et daté et le document accessible ; juste d’un choix. Chacun en fera un différent. On peut aussi penser, dans un autre ordre d’idées, au récit du libraire Robert Télin à la date du 28 novembre 1928.

La première fois qu’André Gide est évoqué dans le Journal littéraire de Paul Léautaud est un hommage aussi bref que magnifique. Il date du 26 mars 1897, Paul Léautaud à vingt-cinq ans :

Il y a deux auteurs que je ne connais pas, à qui je n’ai jamais parlé. Je les ai seulement lus, mais quand je pense à eux, je me dis : mon cher Jammes1, mon cher Gide.

Pour Francis Jammes, ça durera moins longtemps.

En septembre, octobre et novembre 1902, Le Petit ami est paru en trois livraisons du Mercure. En cette fin d’année Paul Léautaud s’occupe de la parution du volume. Le 22 décembre il écrit à Alfred Vallette :

Je trouve le nom de l’auteur bien lourd et bien affiché. Ne pourrait-on le mettre en caractères comme le André GIDE sur la page du titre intérieur de l’Immoraliste ?

La première rencontre avec André Gide n’a pas été notée. Elle date peut-être de cette année 1902, très vraisemblablement dans les bureaux du Mercure. Le 22 mars 1903 Paul Léautaud note dans son Journal :

Vu Gide, qui me parle de mon livre, dont il a parlé avec Valéry, qui a réussi, me dit-il, à le faire un peu changer d’avis… Compliments. Je lui enverrai un exemplaire.

           À André Gide

Paris, 29, rue de Condé2
le 23 mars 1903

Je vous ai dit hier, Monsieur, la raison pour laquelle je ne vous avais pas envoyé, à sa publication, le Petit Ami : si peu connu de vous, il me semblait que j’aurais l’air de me jeter à votre tête — et je dois à vos livres tant de secrets plaisirs que je préférais tout à vous importuner. Mais voilà que nous nous sommes vus, que vous avez bien voulu me dire quelques mots qui me réconfortent un peu, il me semble, dans l’incertitude où je suis de ce que vaut ce livre, encore dix fois trop littéraire. Le plus difficile, et grâce à vous, est ainsi fait3. Je me rappelle en ce moment de ce que j’écrivais, il y a déjà bien longtemps, sur mon journal, après avoir lu, dans la réédition du Mercure, le Voyage d’Urien4 et Paludes5. J’avais lu auparavant vos pages sur Tunis6. J’aimais aussi beaucoup Jammes. J’écrivis ces mots qui vous sembleront peut-être ridicules : « Mon cher Jammes, mon cher Gide… » Je n’aime plus Jammes, hélas ! Est-ce ma faute ? est-ce la sienne ? Mais si ce n’étaient les convenances, en quelque sorte, j’aurais pu encore écrire sur la page de garde du livre que je vous envoie : « Mon cher Gide… »

Je vous prie de croire à mes sentiments de grande estime.

P. Léautaud

           À André Gide

Paris, 29, rue de Condé
le 12 août 1903

           Monsieur,

Je suis bien en retard pour vous remercier de mon exemplaire de Prétextes7, et pour cela, je vous prie tout d’abord de m’excuser. Mais j’ai fort à faire dans l’existence et dans toutes sortes de choses à la fois, et les moments de bonheur, c’est-à-dire de rêverie, de lecture ou de travail sont bien rares pour moi. J’avais déjà lu dans les Lettres à Angèle8 les pages qui se retrouvent dans Prétextes, et en les relisant dans ce livre, j’ai regretté, comme la première fois, que vous ne soyez pas allé plus loin dans vos réflexions sur tel et tel écrivain. Une réflexion, une idée, un point de vue de vous sont toujours d’un intérêt très particulier et on ne peut pas vous lire sans un regret délicieux quand on arrive à la fin. Mais ce qui m’a retenu surtout dans votre dernier livre, que je relirai encore bien des fois j’en suis sûr, ce sont vos souvenirs sur Oscar Wilde9(10). Que vous avez bien fait d’écrire ces pages, et que vous les avez bien écrites dans le seul ton qu’il fallait. On devrait réunir en un volume toutes les pages de cette sorte écrites sur Wilde. Des figures comme la sienne sont trop souvent faussées et c’est un soin qui appartient à des écrivains comme vous de prévenir, quand cela est nécessaire, les mensonges de la légende.

Je vous dirai surtout que vous m’avez fait un grand plaisir en m’envoyant ce volume. Il y a longtemps que je vous connais au travers de vos livres. J’ai songé à vous souvent, au temps où j’étais enfoui dans les lectures et que, peut-être, je cherchais des pages à ma ressemblance. Je dois dire que je ne sais pas si j’en ai jamais trouvé, pas même celles que j’ai essayé d’écrire.

Mes meilleurs remerciements, Monsieur, avec l’expression de ma sincère estime.

P. Léautaud

Six février 1906

Été à11 l’Ermitage12, à cinq heures. Gourmont13, Ducoté14 et Verrier15. J’ai vu les secondes16 de mon article17. Il ne paraît pas y avoir de coquilles, comme cela m’arrive chaque fois avec leur imprimeur. Gide arrive, retour de Vienne18, où l’on a représenté son Roi Candaule19, une chose admirable, pure, au Fox-Theater. Il s’adresse à moi, tout de suite et me dit, ce dont il a eu une grande et heureuse surprise, que j’ai là-bas tout un public (ce sont ses mots, et illusion chez lui, à mon avis), qu’on y a lu In Memoriam, qu’on en a parlé, etc… Je lui parle de Blei20. C’est justement son traducteur pour Le Roi Candaule. Il avoue ensuite qu’il ne parle que des cercles littéraires, les seuls qu’il connaisse du reste. Cela limite tout de suite « mon » public, comme il dit. Il paraît que j’ai en Mme Blei21, qui lit très bien le français, une de ces admiratrices ! Je ne savais que répondre à Gide et j’ai pris le parti de rire. Gourmont, lui, disait que tout ce que disait Gide ne se voyait guère dans la vente des livres, bien que tout de même, l’Allemagne achetât beaucoup de livres au Mercure.

           À André Gide

Paris, 17, rue Rousselet
le 22 avril 1906

           Cher Monsieur,

Je ne veux pas manquer de vous remercier pour mon exemplaire d’Amyntas22. J’ai voulu le lire en entier, et c’est pourquoi ma lettre vous vient si tard, et encore, je ne vous y dirai rien de toutes les réflexions, de toutes les rêveries que ce livre m’a données. Quand on vous lit, c’est tout un changement, il faut oublier tout, se refaire un esprit neuf, et après, revenir à soi, pour regarder ce que l’on a senti, c’est tout un travail plein de nuances et vraiment trop multiple pour être détaillé dans une lettre. J’ai vraiment eu un grand plaisir, quelque chose de plus sensible même, à relire les pages sur Turin, que j’ai lues autrefois dans le Mercure. Quel flot de souvenirs ! Tout ce qui me touchait dans ces pages me touche encore, et je le retrouve dans les pages suivantes, peut-être encore plus pénétrantes, plus pleines d’espace. Pourquoi ne peut-on pas vous lire avec tranquillité, je veux dire avec une émotion plus mesurée ? Est-ce vous qui continuez à vivre à l’excès jusque dans vos mots, ou est-ce moi qui suis trop sensible ? Personne n’a vos sensations, vos attitudes, personne non plus votre style, vos notations, toute cette atmosphère mystérieuse de frénésie et de lassitude. La moindre page de vous, sans aller à la signature, on dit : André Gide, et l’on voit jusqu’à votre regard. Je n’ai pas besoin de vous dire si c’est tout cela qui fait un écrivain. Vous le savez bien.

Je vous prie de croire à ma respectueuse cordialité.

P. Léautaud

12 Février 1908

Gide, qui est venu ce matin au Mercure au sujet des épreuves du volume de Signoret23 dont il s’occupe24, est venu ensuite me demander de faire partie du comité de rédaction d’Antée25, qui va reparaître aux frais de Vielé-Griffin26. J’ai répondu que si cela ne m’engage pas à autre chose que mon nom sur la couverture, je n’y vois pas d’inconvénient, tout en lui disant qu’à mon avis, toutes ces histoires de petites revues ne riment pas à grand’chose. Gide m’a expliqué qu’il y a dans la revue Vielé-Griffin, Mockel27 et lui, et que, pour contrebalancer l’influence Mockel et Vielé-Griffin, il a eu l’idée de faire entrer dans le Comité des écrivains d’un autre bord28. C’est ainsi qu’il y aura Philippe, Montfort29 et moi. De cette façon, on verra que la revue n’est pas uniquement un cénacle. J’ai assez aimé ce On verra. Comme si personne ne30 verrait Antée, s’en occuperait, etc… […].

28 septembre 1908

Été ce soir chez Montfort, 5, rue Chaptal31, pour répondre à son rendez-vous. Accueil charmant. Monsieur Léautaud long comme le bras. Mon aspect l’a surpris. « J’avais vu un autre Léautaud », m’a-t-il dit, comme si on lui avait désigné pour être moi un autre individu. Causé de neuf heures et demie à minuit un quart.

[…]

Parlé enfin de leur prochaine revue. La Nouvelle Revue Française, format du Mercure, caractères genre Antée, premier numéro le 1er novembre. Il y a déjà comme rédacteurs : Gide, Arnauld32, Copeau33, Philippe, Montfort. Montfort directeur. C’est lui qui s’occupera de l’administration. Je lui ai parlé de mon étonnement à voir ainsi des gens qui ne sont plus des jeunes gens avoir encore le besoin, le goût de fonder une revue. Passe encore une Revue à soi, où on est seul, comme Les Marges. Montfort trouve que c’est nécessaire. « Il faut une revue pour les gens de notre génération », m’a-t-il dit. Je lui ai demandé ce que fera Gide. « Je ne sais pas encore, m’a-t-il répondu. Il m’a parlé d’une rubrique… » Les Lettres à Angèle34, que Gide a tant cherché à faire au Mercure. Ce pauvre Gide. Il va être enfin heureux. Il pourra placer ses Lettres à Angèle, ensuite, il lira des manuscrits, les refusera, les acceptera, recevra des jeunes gens, jouera au Cher maître, esthétisera. Il est pourtant charmant, et simple, et très intelligent. Dommage qu’il ait ces côtés de précieux et d’amateur, dans le mauvais sens du mot, c’est-à-dire un restant de puérilité littéraire. Il lui serait si facile de faire son œuvre, s’il en a une à faire. Il a de la fortune. Il a des loisirs. Il est un peu connu. Non. Il lui faut une revue à diriger.

4 décembre 1908

Après dîner, reparti chez Montfort. Ce qu’il voulait me dire, en dehors de Philippe, comme il m’en avait prévenu, c’est ceci. La Nouvelle Revue Française est déjà finie pour lui. À ces mots, je l’ai tout de suite arrêté, pour lui dire que j’ai prévu cela dès le soir qu’il m’en a parlé, et les raisons. « Gide ? » lui ai-je dit. C’est bien Gide. Voici comment. Le premier numéro de La Nouvelle Revue Française contenait un article élogieux sur Annunzio35 par Marcel Boulenger36, et à la revue des Revues, un extrait d’un article de Jean-Marc Bernard37 sur Mallarmé38, relatif à l’impuissance littéraire de Mallarmé, article dont Vallette m’a dit, après avoir lu cet extrait, qu’il doit être très intéressant, que c’est la première fois qu’on voit discuter Mallarmé avec des arguments. Gide, selon Montfort, s’est montré très mécontent et de l’article et de l’extrait, disant qu’il ne peut accepter qu’on louange Annunzio et qu’on critique Mallarmé dans une revue dont il est un des fondateurs et un des membres du C de rédaction39. De là, le départ de Montfort, qui emmène avec lui les deux bons tiers des autres collaborateurs.

Les deux « ours » en page deux (au dos de la couverture) de chacun des deux numéros 1 de La NRF

Le bas de la page 77 et le début de l’article de Léon Bocquet dans le numéro du quinze novembre 1908

18 Décembre 1909 (un an plus tard)

Lettre de Gide à Vallette à propos de mon analyse de la Porte Étroite dans le Bulletin des nouveautés du Mercure.

           « Mon cher Vallette,

« Auriez-vous l’obligeance d’ajouter à la liste d’envois de votre no du 15 décembre : Mlle Emma Siller, L71 Regensburg, Bavière.

« Qui donc a écrit, dans votre petit catalogue des nouveautés, cette excellente analyse de ma Porte Étroite ?

« Bien à vous,

André Gide. »

Ce matin, Gide est venu voir Vallette. Celui-ci m’avait mis dans ma case40 une lettre de lui, reçue avant son arrivée, et dans laquelle Gide lui demandait qui a écrit, dans le Bulletin des nouveautés, « cette excellente analyse de La Porte Étroite ». Vallette avait cru que c’était de l’ironie, et que moi-même j’en avais mis dans mon compte rendu. Il a tout de suite demandé à Morisse41, qui l’a rassuré et lui a fait lire ladite analyse. Gide, en sortant de chez Vallette, m’a très chaudement remercié. Comme je le lui ai dit : « Je ne suis pas très adroit pour faire des compliments aux gens. Ce Bulletin des nouveautés m’en donne quelquefois le moyen, sans coûter à ma timidité. » Gide m’a dit qu’il a été d’autant plus surpris qu’il sentait bien qu’une certaine partie de l’esprit de son livre devait m’être antipathique. Je le lui ai confessé, mais que cela ne m’empêchait pas d’en sentir toute la beauté. Il nous a répété ce qu’on m’a déjà dit à ce sujet, à savoir que La Porte Étroite vient, comme conception, tout de suite après les Cahiers d’André Walter42, mais qu’il ne s’était pas senti alors capable de l’écrire, qu’il en avait gardé et mûri le sujet en lui et que voilà trois ans qu’il y travaillait, et aussi qu’il y a des parties de son héroïne dont il s’éloignait. À quoi Morisse lui a objecté qu’il y a bien tout de même une ressemblance entre Alissa43 et lui. Gide a répondu : « Parbleu ! Quand je mets un personnage en scène, je finis par l’aimer. J’écrirais demain un roman avec un assassin. Je finirais par l’aimer également. Il me toucherait, il m’intéresserait, je serais avec lui. Qu’on est donc mal jugé avec les livres qu’on écrit. »

André Gide, par André Rouveyre, dans le Mercure du seize décembre 1909

André Gide, par André Rouveyre, dans le Mercure du seize décembre 1909

Arrive le 21 décembre 1909 et la mort de Charles-Louis Philippe. Dans les pages de son Journal à cette date, Paul Léautaud évoque souvent André Gide. Cette présente page web est bien assez longue comme ça, et le lecteur est invité à se reporter à la page « La mort de Charles-Louis Philippe », où cette affaire des deux premiers numéros de La NRF est aussi évoquée, avec d’autres mots, parce que publiée il y a deux ans et demi.

Quatre ans plus tard, le 27 mars 1914

J’ai oublié de noter ceci. Gide m’a envoyé il y a deux semaines, je crois, ses Souvenirs de la Cour d’Assises44. Mercredi dernier, il est venu au Mercure. Je l’ai prié d’entrer dans mon bureau. Je lui ai dit mon plaisir non seulement qu’il m’ait envoyé son livre, mais surtout qu’un homme comme lui se soit occupé de ces choses, s’y soit intéressé, que ce n’était que naturel, il est vrai, mais tout de même assez inhabituel, donc très bien.

           À André Gide

Paris le 15 avril 1914

           Mon cher Gide,

[…]

Je ne vous ai dit que mon sentiment très sincère à propos de vos Souvenirs de la Cour d’Assises. Cela m’a fait plaisir qu’un homme comme vous s’intéresse à ces choses, et surtout ne craigne pas de montrer qu’il s’y intéresse.

           À vous très cordialement.

P. Léautaud

20 avril 1914

Tantôt visite de Gide. Il a quitté Cuverville45 il y a quelques jours pour voyager46. Il n’a pas reçu ma réponse à sa lettre. Il venait m’en parler. Je lui ai dit que je lui ai répondu et qu’il verra la réponse. Nous avons néanmoins un peu causé. Il m’a proposé : pour mon livre en train, à paraître, sinon de prendre le volume à La Nouvelle Revue Française, engagé que je dois être, en quelque sorte, au Mercure, de le publier dans la Revue, parlé d’un volume qu’on pourrait faire de mes Chroniques dramatiques, offert d’écrire à La Nouvelle Revue Française des comptes-rendus de livres.

André Gide, par André Rouveyre, dans le Mercure du 15 mai 1917

André Gide, par André Rouveyre, dans le Mercure du 15 mai 1917

Sautons la guerre d’un pas allègre — il y en a une autre en vue — et arrivons au

24 novembre 1919

J’ai reçu, au début de la semaine dernière, une lettre de Jacques Rivière47, directeur de la Nouvelle Revue française, me demandant si je ne serais pas disposé à collaborer à sa revue et me demandant de nous voir à ce sujet. J’avais parlé de cette lettre à Vallette, lui en disant ma pensée, à savoir le bizarre de la demande, alors qu’il est bien sûr que si j’étais jamais allé offrir quelque chose à la Nouvelle Revue française, on m’eût fourni d’excellentes raisons pour me refuser, Vallette tout à fait de mon avis là-dessus. Dans ma réponse à Rivière, je me proposais de le lui dire sans fard et d’ajouter qu’ayant au Mercure toute la place et toute la liberté que je puis désirer, je n’ai aucun motif pour écrire ailleurs. Avec ma négligence habituelle je n’ai pas encore envoyé cette réponse.

Ce matin, visite de Gide dans mon bureau, venant me parler de la lettre de Rivière et me demander quelle réponse j’y fais. Je lui ai expliqué mon premier point : l’opinion que j’ai que ce que j’écris ne saurait convenir. J’ai ajouté : à mon désavantage. Gide m’a assuré que je suis dans l’erreur. Je lui réplique que j’apprécie la sorte d’esprit dans lequel on écrit à la Nouvelle Revue française et que je détonnerais au point d’y sembler un bouffon. Gide a eu alors ce mot, merveilleux de sa part : « Mais nous en souffrons tous, de cet esprit. Nous nous demandons tous comment faire pour en sortir un peu, l’alléger, l’éclairer, mettre un peu de vie. C’est pourquoi nous avons pensé à vous. C’est un homme comme vous qu’il nous faut. Et c’est si vrai, ce que vous dites de notre esprit, c’est que tout ce qu’on nous apporte est dans cet esprit-là. »

J’ai alors donné à Gide un exemple de mon opinion sur ce que j’écris relativement à la Nouvelle Revue française : « Par exemple, mes Chroniques de théâtre. Eh ! bien, j’ai cet avis que vous ne les auriez jamais publiées à la Nouvelle Revue française. » Réponse de Gide : « Mais si, mais si… » suivi de grands compliments à mon endroit, sans toutefois aucun bavardage. Il a été jusqu’à me demander ce qu’il appelle la suite du Petit Ami. Je lui ai dit que cette suite : In Memoriam dans ma pensée, car je n’ai rien précisé, m’a déjà été refusée à cause de ses détails trop vrais. Il a eu l’air d’hésiter devant ce renseignement mais m’a demandé de lui montrer la chose… Enfin, nous nous sommes quittés sur cette parole de moi : « Quand j’aurai quelque chose, je vous le montrerai. » La vérité, c’est que je n’aurai jamais rien. Je suis au Mercure, avec toute la place et toute la liberté, comme je le dis, que je puis désirer. J’y ai un petit public. Que diable irais-je faire ailleurs48.

Dumur et Vallette ont bien ri du mot de Gide, sur l’esprit de la N.R.F. « Nous en souffrons tous !… »

           À Jacques Rivière

Paris le 25 novembre 1919

           Monsieur,

Je suis dans un grand retard pour vous répondre. Mille excuses, je vous prie. J’ai reçu hier matin lundi au Mercure la visite de Gide. Je me suis expliqué avec lui. Je suis certes flatté de votre proposition. Pour être franc, j’en suis encore plus surpris. J’étais ferme dans cette opinion que si je m’étais jamais avisé d’aller vous offrir quelque chose, vous auriez eu d’excellentes raisons pour me le refuser, le ton des petites choses que j’écris, je le dis à mon désavantage, étant fort éloigné du ton de la Nouvelle Revue française. Gide a eu la gentillesse de me dire là-dessus les choses les plus charmantes. Il y a toutefois encore ceci : j’écris peu, ayant peu de temps à moi. Je manque même bien des numéros du Mercure comme critique dramatique. J’ai de plus au Mercure, outre toute la liberté que vous connaissez et à laquelle je tiens, toute la place que je puis désirer. Cela me rend bien difficile de trouver des raisons pour écrire ailleurs. Ce que je dis là est si naturel que je suis certain que vous l’entendrez sans rien me retirer de la sympathie que vous avez bien voulu me témoigner et à laquelle je reste vivement sensible.

   Croyez, je vous prie, à mes sentiments très distingués.

P. Léautaud

30 novembre 1919

J’ai oublié. Il y a quelques jours, autre lettre de la Nouvelle Revue française, écrite par Gaston Gallimard, ajoutant à la visite de Gide, et me disant qu’il est prêt à publier en volume la suite du Petit Ami, les yeux fermés. Qu’on me laisse donc tranquille. Si tous ces gens avaient sur ce que j’écris l’opinion que j’ai moi-même, ils seraient moins empressés.

9 Mars 1920

Ce matin, dans mon bureau, visite de Gide, fort embarrassé de ne pas me trouver seul, et de plus de me trouver fort occupé, venu pour me dire bonjour et me parler. Toujours l’affaire de collaboration à La Nouvelle Revue française. Il m’a demandé si Gallimard m’a parlé d’un volume de mes Chroniques de théâtre. Non ? C’est qu’il a eu peur de m’embêter, mais cela leur irait très bien. J’ai répondu que cela est très possible. (Il me faudra pourtant, sur ce point, éclaircir auparavant la situation avec Vallette.) De nouveau l’offre de faire les mêmes Chroniques dans La Nouvelle Revue française.

[…]

Nous venons d’assister à la première évocation, non par Paul Léautaud mais par André Gide, d’une parution en volume des chroniques dramatiques.

           À André Gide

Paris le 10 mars 1920

           Mon cher Gide,

Excusez-moi de vous avoir reçu si brièvement hier matin. J’aurais eu grand plaisir à causer plus tranquillement avec vous. Vous l’avez vu, je suis encombré de toutes les façons : employés et travail. Presque toute ma vie passe à cela. Je suis arrivé à en rire. C’est le meilleur parti que je puisse prendre. Je ne fais certes pas le quart de ce que j’aurais plaisir à faire. Je n’ai toutefois pas à me plaindre, puisque, malgré mes bien minces travaux, j’ai la chance — et la surprise — d’être un peu apprécié par quelques gens comme vous et qui ont la gentillesse de me le dire. Le diable, avec la vie que je mène, si j’y penserai encore demain. Mais j’y pense aujourd’hui et je suis confus de la bousculade dans laquelle je vous ai accueilli.

   Avec mes sentiments les meilleurs.

P. Léautaud

22 Mai 1921

Réunion d’amis et de collaborateurs de la N.R.F. chez Gaston Gallimard, qui m’avait envoyé une invitation. Rien de bien intéressant. J’ai trouvé là des gens qui ne me connaissaient pas physiquement et qui se sont déclarés enchantés de me voir enfin. Gide m’a parlé de mon volume de Chroniques dramatiques que je dois publier à La Nouvelle Revue française. Je lui ai dit que je ne m’en suis pas encore occupé, qu’il faut que je fasse un choix et que je doute d’avoir la matière d’un volume. Il a eu ce mot, à ce sujet, sur les Chroniques à choisir : Celles qui ont le plus de durable. Si nous avions été seuls, je lui aurais demandé pourquoi il manque à ce point de simplicité, en employant de pareils termes pour des articles que je ne suis pas sûr qu’on puisse relire.

15 novembre 1921

Reçu aujourd’hui le petit gros volume des Morceaux choisis de Gide paru à la Nouvelle Revue française. On se rend compte, là, de la place qu’il occupe et mérite dans la littérature d’aujourd’hui et combien c’est vraiment quelqu’un, quelque éloignement qu’on puisse avoir pour certains côtés de son esprit. Heureux homme, d’avoir pu travailler dans le loisir, en mûrissant tout ! Les parties de critique sont tout à fait remarquables.

30 Janvier 1922

J’ai été ce soir acteur dans une petite scène qui est un bel exemple de la vanité littéraire et de l’illusion qu’elle peut entraîner. Cela à propos d’une phrase de ma chronique dramatique Nouvelle Revue française no 1er janvier 22. Voici cette phrase, faisant suite à des critiques de certains écrivains : « Que sont-ils, eux et bien d’autres, à côté de l’écrivain admirable comme sensibilité, intelligence supérieure, spontanéité de l’expression, liberté morale la plus complète, que je ne nommerai pas et qui m’a donné de si vifs plaisirs que je voudrais être seul à le connaître ?49 »

Jacques Rivière en une des Nouvelles littéraires du premier décembre 1923

Jacques Rivière en une des Nouvelles littéraires du premier décembre 1923

J’avais rendez-vous à 6 heures avec Mme Cayssac50 devant la pâtisserie qui fait l’angle de la rue de Grenelle et de la place de la Croix-Rouge51. J’étais là, en l’attendant, à faire une cigarette52, en regardant machinalement l’étalage, quand levant les yeux je vois Gide et Jacques Rivière, à l’intérieur de la pâtisserie. Gide me fait signe d’entrer. Je refuse de la main. Ils sortent. Nous nous disons bonjour, puis Gide, faisant signe à Rivière de nous laisser53, me prend par le bras et me dit : « Vous savez, mon cher Léautaud, j’ai beaucoup à vous remercier… Cela m’a beaucoup touché… J’ai été très agréablement surpris… » Je ne comprenais pas du tout et je lui dis : « Mais quoi donc ?… » Il continue : « Voyons, votre dernière chronique… la phrase dans laquelle vous parlez d’un écrivain que vous ne voulez pas nommer… Vous vous souvenez bien ?… » Je ne comprenais toujours pas et je lui dis : « Eh ! bien, quoi ?… » Il continue, de plus en plus enveloppant et me tenant de plus en plus par le bras : « Voyons, je ne me trompe pas ?… Je n’étais pas sûr, mais Rivière m’a dit : Mais si, mais si, c’est bien toi. C’est bien de moi qu’il s’agit, n’est-ce pas ? » Comment faire ? Je ne savais où me mettre. J’avais autant envie de rire que j’étais embarrassé. Dire non ? La situation eût été extrêmement gênante. Dire oui, pourtant ? C’est pourtant ce que j’ai répondu, un : oui, chuchoté, évasif, gêné, timide, presque agacé aussi. Il n’y avait pas moyen de faire autrement. Gide a continué encore : « C’est d’autant plus délicat que vous ne m’avez pas nommé… Si, si, cela m’a beaucoup touché. » Là-dessus j’ai prétexté de mon rendez-vous et nous nous sommes quittés, moi avec quel soulagement.

Comment Gide a-t-il pu se méprendre à ce point ? Je n’en reviens pas. La phrase en question s’applique si peu à lui ! « Spontanéité dans l’expression » alors qu’il doit tant travailler pour écrire, que cela se sent si bien chez lui, et qu’il laisse voir tant d’envie pour les gens qui écrivent spontanément, il me l’a témoigné plus d’une fois sans le vouloir. « Liberté morale la plus complète » alors qu’il est sans cesse embarrassé dans des questions de conscience, de la peur du péché et qu’il n’a pas une hardiesse sans en montrer aussitôt de la contrition. Il sait mon goût pour Stendhal et il ne l’a pas reconnu dans cette phrase et il s’y est reconnu, lui ! C’est prodigieux. C’est bien comique aussi. Et cette façon caressante, chatte, enveloppante, de me parler de cela, et de me remercier, avec un geste et cette voix qui ne sont qu’à lui. Quelle jolie scène de la vie littéraire. Elle aurait eu sa place dans L’Œuvre des Athlètes54 de Duhamel et aurait bien fait rire.

Les gens de la Nouvelle Revue française sont décidément bien particuliers et il y a aussi là un esprit de la maison qui est indiscutable. J’ai parlé du jeune Paulhan55, embarrassé par le manque de sommaire de ma première Chronique dramatique et y ajoutant de lui-même, en sous-titre, ce mot pédant : Introduction. L’autre soir, au Vieux-Colombier, à la suite du Misanthrope, un Hommage à Molière déconcertant par sa tournure tout à fait religieuse : des chœurs chantés par des chanteurs en habit de ville, des pots de fleurs déposés en silence sur le piédestal portant le buste de Molière, les acteurs à genoux, la tête inclinée, autour de ce piédestal, Copeau faisant l’argument avec un ton de prêche. Quelque chose à la fois de la messe et du cimetière, tout à fait le ton de ce culte dont Gide parle sans cesse dans ses livres56. En un mot l’esprit protestant le plus évident. Et pas un d’eux n’a senti cela ! C’est tout de même curieux, cette sensibilité particulière et si différente de la nôtre, à nous catholiques — j’emploie ce mot par commodité. Pour la petite scène de ce soir avec Gide, je ferais joliment rire Vallette si je la lui racontais, ce que je ne ferai pas, n’étant pas assez sûr de sa discrétion. Et ma situation avec Gide serait vraiment trop délicate, et il serait lui-même trop gêné à mon égard, si elle circulait.

Il n’est pas possible que Gide ne découvre pas un jour qu’il s’est trompé. Il ne pourra pas m’en vouloir de lui avoir répondu comme je l’ai fait, mais il sera joliment embarrassé à mon égard.

27 février 1922

Tantôt visite de Gide. Il m’a demandé s’il pouvait me donner à lire, pour en avoir mon avis, quelque chose qu’il vient de faire imprimer, à tirage restreint et non mis dans le commerce. Quelque chose d’assez particulier, et d’assez risqué, et de délicat en même temps, sortes de confessions dans lesquelles, m’a-t-il expliqué pour m’en faire sentir le côté délicat, il n’est pas seul en jeu, mais encore des intimes. Il serait heureux que je lui dise ce que j’en pense. Tout cela avec son ton chuchoté, ses attitudes penchées, sa physionomie si expressive, son ton de perpétuelle confidence. Je ne l’avais jamais aussi bien regardé qu’aujourd’hui. Il a un très beau visage, des yeux d’une expression merveilleuse et un sourire délicieux, séduisant au possible, dans lequel il y a de la grâce d’une femme. Il a ajouté que ces sortes de confessions, il est bien probable du reste qu’il les mettra dans un volume, et telles quelles, sans y rien changer. Il m’a dit : « Vous me connaissez peu comme homme, et je serai heureux d’avoir votre avis. J’y tiens d’autant plus, après ce que vous avez écrit dans une de vos chroniques sur moi. » (Il reste décidément dans son erreur. Gare notre gêne à l’un et à l’autre quand il en sortira, comme je crains bien que cela arrive un jour ou l’autre.) Il a encore parlé, quant à la question de rendre public un jour l’écrit en question, de la sorte de risque qu’il y aura pour lui à courir, quant au jugement qu’on pourra porter sur lui… Je lui ai dit alors : « Voyons ! vous devez bien savoir l’opinion qu’on a de vous… » Il m’interrompt : « Vous voulez dire quant aux mœurs ?… » Le diable si je pensais à cela, et si j’aurais osé montrer que j’y pensais. « Mais non, lui dis-je, j’entends littérairement. Certaines gens peuvent ne pas aimer l’esprit qui se dégage de ce que vous écrivez, tout le monde n’en reconnaît pas moins la grande valeur, le grand intérêt, et que vous êtes quelqu’un. » Certainement ces sortes de confessions doivent viser… ses mœurs, et quand il m’a dit pour le côté délicat d’une publication de cette sorte, « vous comprenez, il n’y a pas que soi… on n’est pas seul… » il voulait parler de sa femme57, car on sait qu’il est marié, que ces confessions, si elles racontent ses amours « masculines », peuvent mettre en singulière posture. C’est tout de même une vraie hardiesse si vraiment l’écrit en question raconte ces histoires.

Quand il parlait de l’opinion qu’on a de lui, il en est venu à dire, sur le Mercure, que sauf Vallette, qui est charmant, et Dumur, toujours cordial, que tout le monde le déteste, depuis ce qu’il a écrit sur Gourmont58. Il m’a cité l’exemple de Hirsch59, qui ne parle jamais de la Nouvelle Revue française et surtout ne le nomme jamais, lui, Gide. J’ai négligé de lui faire remarquer que le Mercure n’est plus aujourd’hui ce qu’il était et que, sauf Vallette et Dumur et Rachilde, personne ne peut plus passer pour représenter le Mercure, personne n’y ayant un talent assez reconnu et réel et personnel pour cela.

Il m’a aussi cité l’exemple de Montfort, qui ne manque pas de ramasser dans les Marges les moindres plaisanteries qu’on fait contre lui, Gide. En quoi il a raison et je lui ai dit mon étonnement quand je vois Montfort user de ces petites moyens, qui ne sont plus de la critique ni de la discussion littéraire, mais des propos de petit journal charivaresque un peu déplacés à l’endroit d’un écrivain comme Gide. Il m’a dit là-dessus : « Vous n’en connaissez pas la raison ? Mais nous avons dû l’évincer de la Nouvelle Revue française. Il ne nous le pardonne pas. » J’aurais bien voulu savoir les détails de cette affaire.

Après cela je suis fort gêné à l’avance d’avoir à donner à Gide mon avis sur quelque chose de lui. Ce ne peut être que très particulier et très curieux et j’aurais l’air d’un flatteur en lui disant probablement ce qui ne sera que la vérité.

20 Juin 1922

Je relis des choses de Gide, dans le petit volume de morceaux choisis de la Nouvelle Revue française, pour me mettre en train pour mon compte rendu de Saül60-61 que vient de jouer le Vieux-Colombier et qui est sans conteste une admirable chose. C’est un écrivain de marque, Gide, qui a un ton, un style, une façon de sentir et de voir à lui, et des sujets à lui et qui le tiennent de près, semblables au possible à son esprit et à sa personne. Ce petit volume de morceaux choisis est excellent pour le connaître et le faire apprécier. N’importe. J’ai beau le trouver fort bien. Ce n’est pas mon genre, ni comme fond ni comme forme. Il me faut plus de vivacité et de spontanéité, plus d’extérieur, il me semble que je pourrais résumer en disant : moins d’art. Ce qui ne n’empêche pas de penser que la littérature de Gide est plus rare et peut-être supérieure à ce que je préfère.

7 février 1923

Depuis près d’un an, on ne peut pas ouvrir une jeune revue française ou belge sans y lire le nom de Gide, des extraits de Gide, des considérations sur Gide, Gide pris comme exemple, comme argument, comme preuve en art, en esthétique. Il a vraiment une grande influence. Il se peut que ses disciples, les vrais et les simples imitateurs, ne soient pas très drôles à lire ni leur tournure d’esprit bien séduisante. Il n’y en a pas moins là la preuve d’une grande influence. Si éloigné qu’on soit de son esprit et de sa manière, on ne peut nier d’ailleurs qu’il soit quelqu’un, une grande personnalité littéraire, par son moral et sa sensibilité. Je parlais ce matin à Vallette de cette influence indéniable de Gide, et je lui disais qu’il n’en est pas de même de Gourmont. Gourmont n’exerce aucune influence. On l’apprécie, on le lit, mais rien de plus. Vallette n’avait pas l’air d’être de mon avis. Il reconnaît la grande influence de Gide, mais dit que les jeunes gens viennent aussi à Gourmont. Je veux bien, mais sans montrer cette influence qu’ils montrent sur eux de Gide et de ses livres. On pourrait expliquer cela en disant que Gourmont est surtout tout intelligence. On n’imite pas l’intelligence, les idées. On les a ou on ne les a pas. Tandis que la sensibilité agit davantage et peut au moins être imitée.

26 mars 1923

Ce 26 mars 1923 Paul Léautaud reçoit une lettre de Jacques Rivière — alors directeur de La NRF — refusant plusieurs pages de sa chronique à propos de la pièce de Jules Romains Monsieur Le Trouhadec saisi par la débauche. PL démissionne aussitôt. Le détail de cette affaire sera développé ici à l’occasion de la page « Paul Léautaud et La NRF » à paraître le quinze octobre 2022. André Gide y apparaîtra forcément.

Il lui reste une chronique en cours d’impression à paraître le premier avril 1923. Ce sera la dernière de La NRF avant janvier 1939.

Paul Léautaud sera récupéré par Maurice Martin du Gard62 le surlendemain 28 mars et sa chronique sur Monsieur Le Trouhadec saisi par la débauche paraîtra dans Les Nouvelles littéraires du quatorze avril.

« Chapeau » de la première chronique dramatique de Paul Léautaud, page cinq des Nouvelles littéraires du quatorze avril 1923.

Nous pouvons revenir à André Gide.

Début 1924

L’année 1924 commence par ce titre « Âneries ».

Il y a dans le numéro de janvier de la Nouvelle Revue française un chapitre de souvenirs d’André Gide. Portraits d’Herold63, Fontainas64, Mockel, extrêmement réussis, vrais et amusants65.

30 juin 1924

Conversation avec Gide, au Mercure, un matin66 dans le bureau de Bernard67, à propos de son Corydon68. Je lui dis que je trouve cela très bien, d’un grand courage, d’une grande indépendance d’esprit.

2 septembre 1924

Ce matin, Gide venu me dire bonjour dans mon bureau. Parlé ensemble des animaux. Il a une chatte siamoise, à Cuverville, qui doit bien avoir dix-huit ans. On la rentre chaque soir et en toute saison Madame Gide lui fait du feu pour la nuit. Un autre chat siamois. Rentré également pour la nuit. La raison en est surtout l’hostilité pour les chats du voisinage, toute une bande, paraît-il, qui viennent manger chez Gide. Une pâtée leur est préparée dès le matin. Tous arrivent et mangent. Quand ils ont mangé et qu’ils sont repartis, alors seulement on ouvre aux siamois. Madame Gide tient tellement à toutes ces bêtes, ses chats et les autres, qu’elle préfère s’abstenir de venir à Paris, même seulement pour quelques jours.

Gide me dit qu’il va partir en novembre pour l’Afrique équatoriale française69(70), très attiré par le côté « vierge » de cette contrée. Je lui ai dit combien il a de la chance de pouvoir voyager ainsi, auprès de la vie de placard que mènent des gens comme moi.

Il a un visage charmant, un sourire délicieux.

Je me rappelle seulement maintenant que Vallette a aussi parlé de lui dans notre conversation de ce soir. Par exemple, il a fait cette remarque que dans tous ces gens à Dieppe71 qui lui ont parlé d’écrivains et de livres, pas un ne lui a parlé de Gide, comme s’ils ne le connaissaient pas. Vallette reconnaît, lui aussi, que Gide est vraiment quelqu’un, tout à fait une personnalité. Parlé aussi de Béraud72. Il ne croit pas au « grand avenir » de Béraud, à un grand talent. Il croit qu’il sombrera dans le nombre des auteurs courants.

11 Mai 1925

Grand dessin d’Henri Guilac (1888-1953), paru sur quatre colonnes des Nouvelles littéraires du deux mai 1925 page quatre

Je me trouve ce matin avec Gide, dans le bureau de Bernard. Je lui dis : « Eh ! bien, je crois que vous avez une jolie presse, tous ces derniers temps ? » (À propos de la vente de sa bibliothèque73.) Il se met à rire. Je lui fais alors grand compliment pour cet acte de courage, d’indépendance, comme pour la publication de son Corydon. Il me dit : « Qu’est-ce que vous voulez ? J’en avais assez. Qu’on dise que je n’ai pas de talent, c’est bien, mais qu’on dise qu’on ne m’a jamais connu ? Alors, je sors les lettres, les dédicaces. »

Il me dit aussi : « Ne trouvez-vous pas qu’il y a en ce moment une vague de fausse morale, de fausses convenances, d’une bêtise sans nom. »

Je lui réponds en lui citant, comme preuve, tout ce qu’on a écrit d’imbécile sur Jean-Jacques Brousson à propos de son Anatole France en pantoufles74. Il est bien de mon avis sur ce sujet.

Distrayons-nous un peu avec une de ces savoureuses lettres de Fagus, extraite des Lettres de Fagus à Paul Léautaud avec un avant-propos et des notes du destinataire publiées à La Connaissance en 1928 (85 pages).

           De Fagus à PL

Ce 12 septembre 1925
Saint Séraphin

Ici bas qué que j’étais ? un gonce :
Là-haut, j’s’raï p’t’étre un séraphin ?

ARISTIDE BRUANT75.

            Pudique voisin,

Soyez rassuré : j’avais déjà répondu à M. Pitollet (oh ! pardon !). Je lui ai même déjà adressé quelque chose pour commencer (car vous jugez bien que tous mes poupards sont loin depuis longtemps)76. Avouez pourtant que vous m’allez coûter gros, nonobstant la gloire d’être le correspondant de M. Léautaud, si tous vos admirateurs se donnent les gants de devenir les miens.

Je songe même, eh ! à le gratifier de votre poulet (dûment cisaillé, s’entend, au paragraphe intempestif et diffamatoire). Un autographe de Boissard, ah !

Seulement, à propos du dit, vous me semblez bien moral sur vos vieux jours. Ce n’est pas moi qui m’en plaindrai, mais, tant qu’à faire votre salut, faut pas exagérer, néophyte ! Polyeucte que vous menacez d’être, laissez-moi me constituer votre Néarque77. Ainsi nous jouerons-nous ce cher Corneille que vous chérissez tant, n’est-ce pas78 ?

Entendons-nous. Si le confrère que vous nommez est exactement pédéraste, c’est un être abominable, car polluer les enfants, et la pédérastie consiste en cela, représente la pire abomination. Seulement, peut-être con-fusionnez-vous, pour parler comme au Parlement, et n’est-il que sodomite. Vous le donnez à entendre, puisque vous donnez à entendre qu’il est à l’ombre. C’est vraisemblablement pour s’être fait cueillir sub tegmine79 d’un tripode de tôle ?

Eh ! bien, mon bon monsieur, ce calotin, moi, me scandalise moins que vous, le cynique. La sodomie est une gymnastique dégoûtante, grotesque et, d’ailleurs, inesthétique. Soit, mais si cela les amuse ? Je ne suis pas leur confesseur, ceux qui en conservent.

J’eus même l’occasion, par hasard, de sauver la mise à l’un de ces messieurs=dames. Quittant le bureau, longeant les quais, il me vint l’envie de pisser.

Sans doute, j’y réfléchis après.

Midi, roi des étés, répandu sur l’asphalte
Faisait l’instant propice à l’amoureuse halte.

(C’est du Henri de Bornier, cela, citoyen… pardon ! je voulais dire : du Leconte de Lisle80.)

Mes talonnettes de caoutchouc assourdissaient mes pas.

Atteignant l’urinoir, je surprends ce colloque sentimental (ceci, du Verlaine).

— Vous êtes un pédéraste ! — C’est une infamie ! — 3e voix : Oui, j’ai tout vu ! — 1re voix : Donne tout ce que t’as ou on appelle la police !

Je franchissais alors le seuil humide. Deux individus me bousculent, à droite, à gauche et disparaissent. Un troisième se glisse, que je pus mieux apercevoir, vu qu’il était débraillé et se reculottait. C’était un monsieur très chic, dans les trente ans, à la belle barbe brune. Je soupçonne que les deux maîtres-chanteurs m’avaient cru de la police, à cause de mes gros croquenauds et de ma pèlerine ! Mais qui fut le plus sot ? Ce fut moi. Ma… soif coupée net, je n’osais plus demeurer ni sortir, et déchiffrais des graffites attestant que le réduit servait évidemment de rendez-vous à toute une clientèle de corydons, pour exprimer comme M. André Gide. Enfin, un pisseur pénétra, je me rajustai avec affectation et sortis avec dignité.

Et, bien entendu, mon envie me reprit ; j’eus tout juste le temps de passer le pont et entrer chez un bistro. Car pour rien au monde je n’aurais ce jour-là satisfait dans une vespasienne.

Or donc, puisque nous voilà sur ce chapitre de haut goût, connaissez que j’entame une campagne, selon que parlent les journalistes. Est-il terme plus pédant pour désigner profession gracieuse, que celui de dactylographe ? Quelle horreur ! Que font-elles ? elles tapent nos manuscrits. Donc, qualifions-les désormais de tapettes. Et ces messieurs=dames ? Appelons-les messieurs=dames. Et il est d’autres synonymes dans notre belle langue, tant ! quand ce ne serait que le ci-dessus sodomite. C’est si… mignon, sodomite, et rime avec chattemite, le douillet chattemite, si merveilleusement.

Et Hony81 soit qui mal y pense, comme disent les princes de Galles, y compris feu Édouard VII82.

Fagus

Fin de la récré avec cet excellent Fagus que quelque lecteur a peut-être découvert ici (c’était aussi un peu le but).

Le quinze février nous reviendrons aux affaires sérieuses.

Notes

1       Francis Jammes (1868-1938), poète, romancier, dramaturge et critique béarnais. Francis Jammes a fait partie de la première édition des Poètes d’Aujourd’hui.

2       PL a habité une mansarde rue de Condé de 1901 jusqu’au six octobre 1903.

3       Note de la Correspondance générale : « Léautaud était chargé, au Mercure de France, de la rédaction — anonyme — du Bulletin des nouveautés paraissant chaque année. En 1902, il avait fait une courte analyse de l’Immoraliste. Frappé par la perfection de cette notice, Gide avait demandé à Vallette qui en était l’auteur. Vallette avait répondu : “Léautaud.” Gide n’en avait pas parlé à Léautaud, mais quand, en 1903, il publia Feuilles de route, il lui fit l’hommage d’un exemplaire. » Paul Léautaud n’a été embauché au Mercure de France que cinq ans plus tard, en janvier 1908. Nous apprenons grâce à cette note, vraisemblablement de Marie Dormoy, qu’Alfred Vallette le chargeait parfois de petits travaux.

4       Le Voyage d’Urien a paru début juin 1893 à la librairie de l’Art indépendant. Dans le Mercure de décembre 1894 (page 354) est paru une « Préface pour une seconde édition du Voyage d’Urien » qui paraîtra au Mercure en novembre 1896 (daté 1897) avec cette nouvelle préface. Profitons de cette note pour préciser que, ainsi qu’il en est l’usage, le mot Mercure en italiques désigne la seule revue alors que ce même mot en caractères romains désigne tout le reste (maison d’édition, bureaux, société, ensemble d’employés, etc.)

5       Paludes a aussi paru à la librairie de l’Art indépendant deux ans après Le Voyage d’Urien, en mai 1895 avant de rejoindre Le Voyage d’Urien dans un volume commun (voir note précédente). Dans le Mercure de novembre 1895 (page 199) est paru une « Préface pour une seconde édition de Paludes ».

6       Il s’agit vraisemblablement des « Notes de voyage — Tunis et Sahara » parues en ouverture du Mercure de février 1897. Il est question du voyage de novembre 1894 : « À l’automne d’il y a trois ans, notre arrivée à Tunis fut merveilleuse. »

7       Prétextes — Réflexions sur quelques points de littérature et de morale, Mercure 1903. Ce livre, comme son sous-titre le laisse entendre, est un recueil de textes épars (dont deux conférences, et trois textes à propos de Maurice Barrès). Cet ouvrage sera suivi, en février 1910 de Nouveaux Prétextes. Les deux volumes seront ensuite réunis en un seul. Ce mois d’août 1903, André Gide voyage en Allemagne.

8       Les Lettres à Angèle, 1898-1899, sont treize essais critiques parus dans L’Ermitage entre juillet 1898 et novembre 1900 (mais toutefois indiqués 1899) avant d’être réunis en volume (douze lettres sur treize) au Mercure en 1900 pour un tirage de 300 exemplaires sur Hollande non numérotés et sans date d’achevé d’imprimer, 178 pages. Ces douze lettres seront rassemblées dans Prétextes. Dans les mêmes numéros de L’Ermitage, Henri Ghéon a répondu par les « Lettres d’Angèle ».

9       Dans Prétextes, après les Lettres à Angèle, sont quelques critiques littéraires (Villiers de l’Isle-Adam, Camille Mauclair, Henri de Régnier…) suivis d’un chapitre In memoriam en hommage à Stéphane Mallarmé, Emmanuel Signoret et Oscar Wilde, de loin le plus long des trois.

10        Oscar Wilde (1854-1900, à 46 ans), auteur dramatique, romancier et poète irlandais. Son roman le plus connu est sans doute Le Portrait de Dorian Gray (1890-1891). Emprisonné pour homosexualité, Oscar Wilde une fois libéré en 1897 s’est réfugié en France où il a fini ses jours dans la déchéance, sans qu’André Gide ne se porte à son secours.

11        Le puriste Paul Léautaud écrivait souvent ce « été à ».

12        L’Ermitage est une « revue mensuelle de littérature » fondée par Henri Mazel en 1890 et disparue en janvier 1907. On verra, jusqu’à la disparition de L’Ermitage de larges échanges entre le Mercure et L’Ermitage. Représentant l’avant-garde littéraire, elles ont été fondées toutes deux la même année 1890.

13        Sans prénom, dans le Journal de Paul Léautaud il s’agit toujours de Remy de Gourmont (1858-1915), romancier, journaliste et critique d’art, proche des symbolistes et figure majeure du Mercure de France. Paul Léautaud a été son intime. Jean de Gourmont (1877-1928, cadet de 19 ans de son frère) est salarié du Mercure de France.

14        Édouard Ducoté (1870-1929), poète symboliste, romancier et auteur dramatique, directeur et mécène de la revue L’Ermitage et collaborateur de plusieurs revues littéraires. Son roman Monsieur de Cancaval a été publié en trois numéros du Mercure (juillet et août 1922) avant de paraître chez Grasset en 1923.

15        Charles Verrier, auteur discret, a été directeur de L’Ermitage au début du siècle.

16        Les secondes (comme les premières) sont ici les secondes épreuves fournies par l’imprimeur, pour correction.

17        À paraître dans L’Ermitage du quinze février (La revue étant imprimée à Paris, les délais étaient moins importants que pour le Mercure, qui était imprimé à Poitiers). Il s’agit du Paris d’un Parisien.

18        André Gide s’est rendu à Vienne à partir du 18 janvier. Son Journal, toujours imprécis quant aux lieux et dates indique, page 506 : « Retour en France, 30 janvier. » Les pages de ce Journal qui seront indiquées ici sont celles de l’édition de Martine Sagaert (que nous saluons) pour la Pléiade en 1996 et 1997.

19        Le Roi Candaule a été écrit par André Gide au cours de l’été 1899 et publié dans trois numéros de L’Ermitage de septembre, octobre et novembre suivants puis en volume aux éditions de La Revue blanche en 1901 et au Mercure en 1904. Lors de cette représentation au Volksteater (que PL transcrit à l’oreille en Fox-Teater) le 27 janvier 1906, le public a paru apprécier mais les critiques du lendemain matin ont été très négatives. La création de la pièce à Berlin deux ans plus tard ne recevra pas un meilleur accueil (Journal d’André Gide au quinze janvier 1908, Pléiade 1996 page 585).

20        Franz Blei (1871-1942), écrivain, traducteur et critique littéraire autrichien. Il a aussi été le traducteur de Baudelaire, Claudel, Choderlos, Laforgue, Schwob, Suarès…

21        Née Maria Franziska Lehmann (1867-1943), dentiste.

22        Gide, Amyntas, Mercure 1906, tiré à 350 exemplaires non numérotés (291 pages). Il s’agit d’un recueil de notes, plus ou moins romancées, réparties en quatre chapitres, prises de 1896 à 1904, lors de ses voyages en Afrique du Nord. Voir l’analyse de Jean de Gourmont dans le Mercure du quinze août 1906, page 583.

23        Emmanuel Signoret (1872-1900, à 28 ans), poète et critique d’art ombrageux, fondateur, en 1890, de la revue Le Saint-Graal, dont il fut l’unique rédacteur. Son fils, également prénommé Emmanuel, fut aussi poète, ce qui peut prêter à confusion. Dans le Mercure du 16 mars 1908 (page 243), André Gide a écrit « Quelques mots sur Emmanuel Signoret » (cinq pages) : « Le 20 décembre 1900, à Cannes, mourait, à l’âge de vingt-huit ans, le poète Emmanuel Signoret, étouffé par la misère et la nuit. Seuls s’aperçurent de sa mort quelques fidèles admirateurs. Le silence se referma sur lui, et rien ne manqua moins à la foule qu’un poète uniquement épris de beauté. / Aujourd’hui qu’une édition complète de ses poésies va paraître, puisse cette œuvre splendide, inactuelle entre toutes, et à cause de cela non vieillie, trouver enfin sa récompense. »

24        Emmanuel Signoret, Poésies complètes (Vers dorés, Daphné, La Souffrance des eaux, Douze poèmes, Tombeau dressé à Stéphane Mallarmé, Le Premier livre des élégies). Préface par André Gide, Mercure 1908, 313 pages et deux pages de fac-similé. Voir la quatrième « Lettre à Angèle » dans L’Ermitage de novembre 1898 (page 352). Journal d’André Gide, ce douze février 1908 : « L’esprit plein de gaieté je vais rapporter les épreuves de Signoret au Mercure. »

25        Henri Vandeputte (1877-1952) a fondé en 1905 la revue Antée, qu’il dirige avec Christian Beck. Après avoir fusionné avec L’Ermitage, Antée sera rachetée par La Nouvelle Revue française.

26        Francis Vielé-Griffin (1864-1937), poète symboliste, directeur de la revue Les Entretiens politiques et littéraires, intime de Stéphane Mallarmé. Dans son Enquête sur l’évolution littéraire parue chez Fasquelle en 1894, Jules Huret a écrit : « [Francis] Viellé-Griffin qui est une des intelligences les plus complètes de ce temps […]. » On lira aussi la notice de Francis Viellé-Griffin dans les Poètes d’aujourd’hui (à partir de la première édition) rédigée par Adolphe van Bever, peu après celle d’Emmanuel Signoret. On pourra aussi consulter sa notice par Henri Clouard dans sa très respectée Histoire de la littérature française du symbolisme à nos jours (volume I, page 118 de l’édition Albin Michel de 1947).

27        Albert Mockel (1866-1945), écrivain et critique belge. Collaborateur du Mercure. Paul Léautaud en dresse un portrait assez vif à la date du 11 avril 1908. Albert Mockel est entré dans les Poètes d’aujourd’hui en deux volumes sans que l’on connaisse l’auteur de la notice qui lui est réservée.

28        Opposé au symbolisme.

29        Eugène Montfort (1877-1936), créateur du mouvement littéraire « Naturiste », fondateur de la revue Les Marges, éditeur historique, le 15 novembre 1908, du premier « premier numéro » (il y en aura un second) de La Nouvelle revue française avec la collaboration de Charles-Louis Philippe. Un portrait d’Eugène Montfort sera dressé par PL qui s’est rendu chez lui, rue Chaptal, le 28 septembre 1908. Un autre portrait en sera dressé par André Billy dans La Terrasse du Luxembourg, pages 297-298. Pour les circonstances particulières de la mort d’Eugène Montfort (dans la couchette d’un train), voir au 13 décembre 1936.

30        ne ajouté.

31        La rue Chaptal, dans un lieu populaire de Paris, est une petite voie agréable et calme, qui relie la rue Pigalle à la rue Blanche, dans le quartier de jeunesse de Paul Léautaud.

32        Michel Arnauld, dont on ne sait pas grand-chose, sinon qu’il a publié dans le numéro du quinze février 1910 de La NRF « L’Œuvre de Charles-Louis Philippe » (pages 141-161).

33        Jacques Copeau (1879-1949), homme de théâtre parmi les plus importants de son temps, a aussi fait partie du groupe des créateurs de La Nouvelle revue française et l’a dirigée. Son Journal 1901-1948 a été publié par Claude Sicard pour Seghers en 1991 (deux beaux volumes sous coffret, de 765 et 793 pages).

34        Ces Lettres à Angèle, critiques littéraires, sont parues dans L’Ermitage de juillet 1898 à octobre 1899.

35        L’article évoqué ici est paru page 21 : « En regardant chevaucher d’Annunzio ». Gabriele d’Annunzio, prince de Montenevoso (1863-1938), écrivain italien. Gabriele d’Annuzio publia dès l’âge de vingt ans des nouvelles qui lui donnèrent rapidement la réputation d’« enfant prodige ». Ses nouvelles ont rapidement été traduites en français. Vers 1910, assailli par ses créanciers, Gabriele d’Annunzio s’est réfugié en France où il a passé plusieurs années avant de retourner en Italie à l’occasion de la Première Guerre mondiale. À l’approche de la Seconde Guerre, on le retrouvera proche des fascistes et seule la mort, au début de mars 1938, l’a empêché de s’enfoncer davantage.

36        Les Boulenger (avec un e corrigé ici de Boulanger) sont deux frères. L’aîné, Marcel Boulenger (1873-1932) est romancier, journaliste et escrimeur. On se souvient de lui pour ses biographies de personnages imaginaires, auxquelles beaucoup ont cru. André Billy, dans Le balcon au bord de l’eau, dressera des portraits de l’un et l’autre frères.

37        Jean-Marc Bernard (Jean Bernard, 1881-1915), a collaboré a plusieurs revues, dont Les Guêpes (tendance monarchiste). Proche de l’Action française, disciple de Charles Maurras, il collabora également à la Revue critique des idées et des livres et au Divan. Voir le Bulletin de la société d’archéologie et de statistique de la Drôme d’octobre 1916, de la page 404 à la page 428 dans une nécrologie conjointe de (Jean-)Marc Bernard et de son ami Raoul Monier tous deux morts au combat.

38        Page 77, dans la rubrique des « Revues », Léon Bocquet donne un « Contre Mallarmé » dans lequel il rend compte d’un article de Jean-Marc Bernard « Stéphane Mallarmé et l’idée d’impuissance » paru dans le mensuel très à gauche (communiste ?) La Société nouvelle d’août 1909 (pages 177-195). Le Jean-Marc Bernard décrit dans la note ci-dessus étant plutôt bien à droite, une homonymie est possible.

39        Les convictions politiques d’André Gide n’ont certainement pas été étrangères à cette décision. Un deuxième « numéro 1 » est paru en février 1901, avec un comité de direction composé de Jacques Copeau, André Ruyters et Jean Schlumberger. L’adresse de la revue est devenue le 78 rue d’Assas, domicile de Jean Schlumberger. Au sommaire de ce nouveau numéro 1 : Jean Schlumberger, Lucien Jean, Jean Croué, Michel Arnauld. Dans ce numéro (page 96), André Gide tente de restaurer l’image de Stéphane Mallarmé.

40        Dans le bureau de Paul Léautaud étaient les « cases » des auteurs de la maison. À l’arrivée du courrier, PL répartissait les services de presse et la correspondance des maisons d’éditions et des revues à chaque rédacteur selon la rubrique à laquelle il était attaché.

41        Paul Morisse (1866-1946) a partagé son bureau avec Paul Léautaud depuis son arrivée au Mercure le premier janvier 1908 jusqu’en 1911. Paul Morisse est aujourd’hui connu pour être le traducteur des Hymnes à la nuit de Novalis en 1908 (Journal littéraire au 26 octobre 1908) et aussi de Stefan Zweig pour son Émile Verhaeren, sa vie, son œuvre en 1910. Voir André Billy, Le Pont des Saint-Pères, Fayard 1947, pages 35-37. On ne confondra pas Paul Morisse avec Charles Morice. (1860-1919).

42        Les Cahiers d’André Walter, premier ouvrage d’André Gide, « œuvre posthume » et anonyme est paru chez Perrin en 1891. Journal d’un adolescent, sensible et amoureux, qui sombre dans la folie et dans la mort suite au mariage puis à la mort de sa cousine adorée.

43        Alissa est, avec Jérôme, l’un des quatre principaux personnages de La Porte étroite.

44        André Gide, fils d’un professeur de droit, a été juré d’assises du 13 au 25 mai 1912. Il en a tiré ce petit ouvrage de 128 pages à la NRF en janvier 1914. Ce texte est présent dans l’indispensable édition de Pierre Masson, Daniel Durosay et Martine Sagaert pour le volume Pléiade Souvenirs et voyages de 2001, volume qui sera évidemment souvent cité ici.

45        Cuverville se trouve à une trentaine de kilomètres au nord du Havre. André Gide est devenu propriétaire du château (onze fenêtres en façade sur deux étages et combles habitables) par son mariage avec sa cousine Madeleine Rondeau qui en avait hérité de son père.

46        André Gide est un très grand voyageur pour l’époque. Dans son Journal au 28 mars (page 765 op. cit.) nous lisons : « Est-il bien sage de s’en aller en voyage comme je projette de le faire avec Madame Mayrich et Ghéon ». La page suivante de la Pléiade s’ouvre sur « La Marche turque », datée d’avril 1914 (fin avril) : « À Sofia, enfin, je parviens à mettre à la poste mon paquet d’épreuves. » Il s’agit des Caves du Vatican. Le retour se fera par la Grèce et l’Italie avec une arrivée à Paris le 31 mai.

47        Jacques Rivière (1886-1925, à 39 ans), licencié en lettres, enseigne au collège privé Stanislas et se convertit au catholicisme. Proche d’Alain-Fournier avec qui il vivait dans le même immeuble que les époux Cayssac au 24 rue Dauphine. Il a épousé en août 1909 Isabelle (1889-1971), sœur d’Alain-Fournier (voir note 140 dans la page « André Gide II »). En 1911, il est devenu secrétaire de rédaction de La Nouvelle revue française puis le directeur adjoint à côté de Jacques Copeau l’année suivante. Après-guerre, Jacques Rivière, alors directeur en titre, a engagé Jean Paulhan comme secrétaire et est mort de la typhoïde en février 1925.

48        De fait, on le sait, Paul Léautaud publiera seize chroniques dramatiques dans La NRF entre octobre 1921 et avril 1923 et, plus tard, des fragments de son Journal littéraire.

49        Élargissons en amont le texte de cette chronique parue dans La NRF de janvier 1922 (page 87) : « Il m’arrive quelquefois d’ouvrir les romans de M. Paul Bourget, petits, prétentieux, niais. On n’est pas plus comique, par le sérieux guindé et l’air grand monde, que ce penseur et ce moraliste. J’ai horreur de Flaubert, que je ne puis lire, qui me fait pitié pour son artisterie de style, sa rhétorique déclamatoire, et je le tiens sur ce point pour le contraire du véritable écrivain. C’est de lui, après Jean-Jacques et Chateaubriand, que nous vient toute la mauvaise littérature d’aujourd’hui. Que sont-ils, eux et bien d’autres, à côté de l’écrivain admirable comme sensibilité, intelligence supérieure, spontanéité de l’expression, liberté morale la plus complète, que je ne nommerai pas et qui m’a donné de si vifs plaisirs que je voudrais être seul à le connaître ? » C’est Stendhal qui est évoqué ici, comme nous le découvrirons peu après.

50        « Cayssac » rajouté ici au texte original.

51        Cette place, nommée en fait Carrefour de la Croix-Rouge avant la Révolution est formé par l’intersection des rues du Four, de Grenelle, de Sèvres, du Cherche-Midi et du Vieux Colombier. Ce carrefour était desservi par la station de métro Croix-Rouge fermée en septembre 1939 et jamais rouverte. Ce carrefour a été renommé « Place Michel Debré » en 2005 et supporte le Centaure du sculpteur César, inauguré en 1985. Une plaque de rue portant l’ancien nom du carrefour est encore en place. La pâtisserie n’existe plus ; de nos jours il s’agit d’un commerce de devinez quoi, dans ce quartier ? des vêtements ou des chaussures ?

52        PL roulait ses cigarettes à la main et n’a jamais aimé les cigarettes toutes faites.

53        Terriblement signifiante, cette partie de phrase.

54        L’Œuvre des Athlètes, « comédie en quatre actes représentée pour la première fois sur le théâtre du Vieux-Colombier le 10 avril 1920 ». Le texte de la pièce, dédiée à Jacques Copeau, a été édité par la NRF en 1920, suivi de Lapointe et Ropiteau, comédie en un acte. Cette comédie (L’Œuvre des Athlètes) a été chroniquée par Maurice Boissard dans le Mercure du premier mai 1920.

55        Jean Paulhan (1884-1968), professeur, écrivain, critique et éditeur. Entré à La NRF comme secrétaire de Jacques Rivière en 1920 (note 47) il est devenu le directeur à la mort de Jacques Rivière en 1925. Pendant la seconde Guerre mondiale, Jean Paulhan, entré dans la clandestinité, collaborera à Résistance, participera à la création des Lettres françaises en 1941, et à la fondation des Éditions de Minuit, avec Vercors, en 1942. Jean Paulhan sera élu à l’Académie française le 24 janvier 1963 au fauteuil de Pierre Benoit, où il sera reçu par Maurice Garçon. Selon Jean Galtier-Boissière, Mon Journal dans la grande pagaïe (La Jeune Parque 1950), Paulhan se prononce Paulian ainsi que nous pouvons le lire page 82 :

56        Dans la Revue critique des idées et des livres de février 1922, page 104 sous la signature de Xavier de Courville : « [Jacques Copeau] dans son hommage à Molière fut la vraie faute de cette fête du tricentenaire au Vieux-Colombier que l’humeur sombre qui semblait y présider. Quand le moment fut venu de célébrer en une cérémonie la naissance de Molière, on nous lut le récit de sa mort, on s’agenouilla devant son buste, et un chœur de pleureuses chanta lamentablement… » Rien dans le Journal de Jacques Copeau op. cit. note 33.

57        André Gide a épousé en 1895 sa cousine germaine Madeleine Rondeaux, née en 1867. La mère d’André Gide était Juliette Rondeaux (1835-1895), tante de Madeleine.

58        Peut-être « L’Amateur de Monsieur Remy de Gourmont » dans La NRF du premier avril 1910, page 425, ou bien « L’Académie Goncourt M. de Gourmont et la jeunesse », NRF du premier novembre 1910, page 604.

59        Charles-Henry Hirsch (1870-1948), poète, romancier et dramaturge, responsable, au Mercure, de la rubrique des Revues depuis 1898. En même temps qu’il était employé de banque jusqu’en 1907. C.-H. Hirsch est aussi un auteur de romans populaires ou naturalistes, comme son célèbre (à l’époque) Le Tigre et Coquelicot de 1905 chez Albin Michel, ou licencieux comme Poupée fragile, chez Flammarion en 1907. En 1910, il a été un des défenseurs des Fleurs du mal. Charles-Henry Hirsch est l’un des auteurs Mercure les plus prolifiques avec 792 textes, d’août 1892 à décembre 1939. Il est aujourd’hui essentiellement connu comme l’auteur du scénario du film Cœur de lilas (Anatole Litvak 1931) avec Jean Gabin. Voir, ici-même, la page « Monsieur Batule et ses amis ». On ne confondra évidemment pas Charles-Henri Hirsch avec son homonyme Louis-Daniel Hirsch, administrateur de la NRF.

60        Drame en cinq actes d’André Gide publié au Mercure en 1903 et encore jamais représenté. Mise en scène de Jacques Copeau, musique d’Arthur Honegger, première représentation le 16 juin. Avec Jacques Copeau (Saül), Blanche Albane (Madame Duhamel à la ville — la sorcière) et Louis Jouvet (le grand-prêtre). Rien dans le Journal d’André Gide à cette date. La critique de cette pièce a peut-être été en partie rédigée par Maurice Boissard mais il n’est pas paru de chronique dramatique à La NRF en juillet. Le sept septembre 1942, Paul Léautaud écrira à Marie Dormoy (répondant à une question) : « Je n’ai jamais rendu compte du Saül de Gide : manque de connaissances sur le sujet, gêne de certaines choses à dire. »

61        « Écrit en 1897-1898 […], Saül est le premier texte important composé pour la scène par André Gide. Dédiée à [au comédien] Édouard de Max, la pièce fut lue par André Antoine à la fin de l’année 1898, cependant que quelques extraits en avaient été proposés en prépublication par La Revue blanche. Le drame [en cinq actes] ne put être créé sur la scène du tout jeune Théâtre Antoine pour des raisons économiques. Gide se résolut en 1903 à en publier le texte intégral au Mercure de France. La pièce fut finalement créée au théâtre du Vieux-Colombier le 16 juin 1922. » Source : Note de l’éditeur.

62        Maurice Martin du Gard (1896-1970), écrivain et journaliste, petit-cousin de Roger Martin du Gard (note 92. Le grand-père de Roger était le frère du grand-père de Maurice) et fondateur des Nouvelles littéraires, dont le premier numéro est paru le 21 octobre 1922, 6, rue de Milan. Direction : Jacques Guenne et MMG, rédacteur en chef : Gilbert Charles.

63        André-Ferdinand Herold (1865-1940), petit-fils du compositeur, chartiste, poète, conteur, auteur dramatique et traducteur. A.-F. Herold a fréquenté Stéphane Mallarmé, Henri de Régnier, Pierre Louÿs, Paul Valéry. Il entretient des rapports privilégiés avec Gabriel Fauré ou Maurice Ravel. Il est auteur Mercure depuis 1891 et titulaire de la critique dramatique depuis 1896. Paul Léautaud lui a succédé en octobre 1907. Le débat sur la graphie Herold (avec un e ou un é) est nourri par de nombreuses sources contradictoires.

64        André Fontainas (1865-1948), docteur en droit à Bruxelles, poète et critique français. Après des débuts poétiques à Bruxelles, André Fontainas s’est installé à Paris en 1889 et a été nommé bibliothécaire à l’Office du travail au ministère du Commerce, de l’Industrie et des Colonies. Son premier texte dans le Mercure est le poème « Épilogue », paru dans le numéro d’avril 1892. En décembre 1893 André Fontainas a écrit quelques textes dans la rubrique « Livres » avant d’être titulaire en 1896 de la rubrique « Arts » puis d’assurer en 1908 la chronique des « Théâtres », où il sera remplacé par Maurice Boissard. André Fontainas a été le lien entre les poètes symbolistes belges et français et écrira au Mercure jusqu’à sa mort (658 textes de décembre 1893 à février 1949). Il fait partie des Poètes d’aujourd’hui, dont la notice a été rédigée par Adolphe van Bever. On lira sa nécrologie dans le Mercure de février 1949, page 300. Voir aussi la Revue des deux mondes. André Fontainas est marié avec la sœur de Ferdinand Herold. Pour le remariage d’André Fontainas voir le Journal littéraire au 29 janvier 1916.

65        Ce chapitre des « souvenirs d’André Gide » correspond exactement au chapitre X de Si le grain ne meurt dans son intégralité. Ces souvenirs ont d’abord paru en deux volumes de 219 et 166 pages imprimés à Bruges en 1920 à treize exemplaires hors commerce avant de paraître en trois volumes à la NRF en 1924. Cette œuvre autobiographique en deux parties inégales (dix et deux chapitres) est de nos jours rassemblée en un seul volume. L’édition Folio de 1972 est de 384 pages. Ce texte a été repris dans les Souvenirs et voyages de la Pléiade (page 81), où il représente 249 pages.

66        Ce « matin » est celui du trente juin 1924.

67        Jacques-Antoine Bernard (1880-1952), est arrivé au Mercure en 1906 sans qu’on sache vraiment à quel titre, mais sensiblement à la même époque que Paul Léautaud, qui y a effectivement été embauché le premier janvier 1908. Jacques Bernard sera administrateur du Mercure en 1935, à la mort d’Alfred Vallette, sous la direction de Georges Duhamel, puis directeur au départ de celui-ci à la fin de février 1938. Avant cela Paul Léautaud et Bernard se sont plutôt bien entendus. Pendant l’occupation, Bernard se livrera à la collaboration et sera jugé à la Libération pour « Intelligence avec l’ennemi » et condamné à cinq ans de prison (mais laissé en liberté), à la privation de ses biens et à l’Indignité nationale. Convoqué comme témoin en juillet 1945, Paul Léautaud, rétif à toute autorité, refusera de l’accuser. Pour l’anecdote, Jacques Bernard était prétendant (sans enthousiasme) au trône de l’éphémère et quasi-inexistant royaume d’Araucanie et de Patagonie. Les Bernard sont nombreux dans le Journal de Paul Léautaud. Le très précieux Index d’Étienne Buthaud en compte dix familles.

68        Corydon, essai dialogué sur l’homosexualité est paru une première fois en 1911, tiré à douze exemplaires. Il y eut une « seconde » impression en 1920 et enfin cette édition de 1924 de 224 pages. Voir aussi le Journal littéraire au trente avril 1948.

69        Journal d’André Gide au 26 octobre : « Départ pour le Congo différé. […] Achèvement des Faux Monnayeurs. Partant en novembre je pensais être de retour en avril. C’est trop peu de six mois pour ce voyage. Partant en juillet, ce sera sans doute pour un an plein. » Gide est parti pour le Congo le quatorze juillet 1925, accompagné de Marc Allégret.

70        L’AOF constituait une bande verticale qui partait du Congo (aujourd’hui Gabon), traversait, à l’est, le Congo-Brazzaville, remontait et traversait l’Oubangui-Chari (aujourd’hui République Centrafricaine) et le Tchad. L’ensemble représente une superficie quatre fois supérieure à celle de la France métropolitaine. Ce voyage sera la source des récits Voyage au Congo (note 86) et Retour du Tchad.

71        Alfred Vallette s’est trouvé à Dieppe pendant ses vacances de 1924.

72        Henri Béraud (1885-1958), romancier et journaliste. En tant que polémiste, il signait également du pseudonyme de Tristan Audebert. Henri Béraud a rejoint Le Canard enchaîné en février 1917. À la fin de la guerre il a collaboré au Crapouillot de Jean Galtier-Boissière. Il sera reporter international au Petit Parisien et à Paris-Soir. Le Canard rompra avec Henri Béraud lorsqu’il prendra parti pour les manifestants du 6 février 1934. Dans Gringoire, il fera profession d’antisémitisme. Il sera condamné à mort le 29 décembre 1944 pour intelligence avec l’ennemi. Frappé d’hémiplégie, Béraud sera libéré en 1950 et mourra en 1958.

Portrait-charge d’Henri Béraud par l’avocat Vincent de Moro-Giafferri (1878-1956) paru dans Les Nouvelles littéraires du 31 mars 1923. On peut noter la faute des Nouvelles au nom de l’auteur

73        André Gide vend une partie de sa bibliothèque, on en parle dans les journaux.

74        Jean-Jacques Brousson (1878-1958), homme de lettres et journaliste, secrétaire d’Anatole France de 1904 à 1909. Jean-Jacques Brousson est critique littéraire aux Nouvelles littéraires. Anatole France est mort le 12 octobre 1924 et le livre de Brousson, sorti chez Crès le 28 octobre s’est vendu à 100 000 exemplaires (378 pages).

75        Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Aristide Bruant (1851-1925) est un fils de famille qui a fait d’excellentes études dans la ville de Sens où il est né. Ce n’est qu’à l’adolescence qu’Aristide Bruant a connu la misère à cause d’un père alcoolique. Ce fut alors la fuite des créanciers et les déménagements successifs, de masure en taudis, ce qui a été pour lui l’occasion d’observer avec intérêt le monde où il était tombé et qu’il découvrait. Il fréquente les goguettes et les cabarets puis le café-concert, où il est remarqué…

76        Il semble bien qu’il s’agisse d’une réponse à une lettre de PL non retrouvée.

77        Allusion à la pièce de Corneille ayant pour sujet la conversion des Romains au catholicisme, sujet cher à Fagus.

78        Ironie.

79        L’expression là aussi doit être chère à Fagus. Venant de Virgile, Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi (Heureux Tityre, assis à l’ombre du hêtre à l’épais feuillage) fait référence au hêtre dont Fagus a tiré son nom de poète. Le tripode est peut-être ici le tripalium, instrument de torture.

80        Le premier vers est effectivement de Leconte de Lisle mais pas le second, peut-être de Fagus. Henri de Bornier (1825-1901), auteur et critique dramatique, romancier, poète, a plusieurs fois été moqué de son style fait d’imitations. Il a été élu à l’Académie française en 1893.

81        La graphie traditionnelle ancienne, celle d’Edouard III (1312-1377), utilisée de nos jours dans cette expression uniquement, est Honi. Faute de Fagus laissée par Léautaud parce que peut-être volontaire. Issue du verbe honnir, la graphie moderne, si nous osons dire, est honni.

82        Qui avait cette réputation.