
Jean Royère par Jeoffroy dans La Phalange du quinze novembre 1907
Page mise en ligne le premier août 2026. Temps de lecture : 28 minutes.
20 janvier 1909 — 21 janvier — La Dépêche du 29 janvier — Le Mercure du premier février — La Phalange du vingt février 1909 — La Phalange d’avril — Lettre de Paul Léautaud à La Phalange, parue dans le numéro du vingt juin — Notes
Rarement Paul Léautaud aura connu plus contemporain que Jean Royère, né sept mois avant lui et mort 18 jours avant.
Jean Royère (04/06/1871-04/02/1956), directeur des Bibliothèques municipales de la Ville de Paris, poète et éditeur. Jean Royère est surtout connu comme directeur de la revue symboliste La Phalange, qu’il a fondé le quinze juin 1906, les numéros paraissant le quinze de chaque mois sur 96 pages.
Par son contenu, uniquement littéraire, cette Phalange ressemblait assez à La NRF qui a paru sensiblement plus tard, en novembre 1908. Leur aîné Mercure (janvier 1890), était bien davantage encyclopédique et, en plus de la littérature très largement majoritaire, traitait aussi de sciences et techniques, géographie ou médecine.
Dans cette page il va être question du numéro de juin 1909. Depuis les premiers numéros la date de parution a été décalée du quinze au vingt de chaque mois.

Les deux sommaires de la mi-juin 1909.
Pour davantage de lisibilité, l’image du sommaire du Mercure a été reconstituée
On ne lit pas, dans l’exemple ci-dessus les noms des mêmes auteurs mais ce sont bien les mêmes auteurs que l’on rencontre dans ces deux revues au cours de la décennie.
À cette époque, et depuis la fin du siècle précédent, les progrès de l’imprimerie avaient entraînés un considérable abaissement des coûts et de ce fait la considérable multiplication des revues. Chacun avait la sienne. Celle de Paul Fort1 avait pour titre Vers et prose, en hommage au recueil de poésies de Stéphane Mallarmé2, mort en 1898, et qui était la référence cardinale. Ce titre, dit-on, avait été choisi sur une suggestion de Pierre Louÿs.

Couverture du premier numéro de Vers et prose, recadrée… où l’on retrouve aussi des noms fort connus.
Vers et prose, comme souvent les revues, organisait à cette époque des rencontres hebdomadaires autour de Jean Moréas3 et André Salmon4, gérant de la revue. Ça a été le cas le 19 janvier 1909, en hommage à Saint-Pol Roux. On y a aussi rencontré Jean Royère, le directeur de La Phalange.
Journal littéraire de Paul Léautaud le lendemain matin, mercredi vingt janvier :
20 janvier 1909
J’arrive ce matin au Mercure. Dès mon entrée Morisse5 me dit : « Eh ! bien, vous avez bien fait de ne pas venir hier soir à Vers et Prose. Qu’est-ce que vous auriez pris ? Il paraît que vous avez fait une de ces gaffes, dans les Poètes d’aujourd’hui ! Vous avez mis à Vielé-Griffin un poème de Verhaeren. Royère a raconté cela hier soir devant tout le monde. Il a eu un de ces succès. Tout le monde a crié : Bravo, Mercure ! Il a lu le poème. Cela s’appelle… Voyons… Sur l’automne… Je le reconnaîtrais bien. Il y a : entre la vache et le veau…
Je n’ai pas laissé finir Morisse. « Descendez me chercher La Clarté de Vie6. Vous allez voir si ce poème n’est pas de Griffin. Descendez, vous dis-je. Elle est trop forte. »

Le volume remonté, il a bien fallu que Morisse se rende compte que le poème en question est bien de Griffin et qu’en fait de gaffe, il n’y a que celle de Royère.
La notice de l’édition des Poètes d’aujourd’hui de 1908 ne donne pas d’extrait de Clarté de vie, titre que l’on retrouve néanmoins indiqué dans la bibliographie :

Page 345 de l’édition de 1908 (second tome), bibliographie suivant la notice de Francis Vielé-Griffin

Page 355 du second tome des Poètes d’aujourd’hui, fragment du poème L’Automne, dans le choix Vielé-Griffin
La médiocre qualité d’impression de ce poème a contraint à préférer ci-dessus une reconstitution exacte de ces huit vers, tels qu’ils ont été donnés dans l’édition de 1908 des Poètes d’aujourd’hui7. On peut relever deux erreurs par rapport à la version originale donnée dans le recueil La Clarté de vie de 1897, ci-dessous (ce qui n’est pas le sujet ici) :

Morisse croyait si bien que c’est nous qui nous étions trompés et que c’est Royère qui avait raison, qu’il n’avait rien voulu raconter à Vallette. J’ai été le mettre au courant tout de suite et Vallette m’a dit : « J’espère que vous allez lui répondre, et vertement ! Ah ! non, on ne fait pas de ces choses. On s’assure, on se renseigne. C’est un sot, et il faut le lui dire. » Il a été convenu que je ferais une seconde lettre, qu’on mettra aux Échos, après la réponse à Mauclair8-9.
Morisse m’a ensuite raconté la chose par le détail. Cela a été une vraie manifestation. Royère s’est levé, au milieu de la soirée, a raconté notre erreur, lu le poème, avec un succès fou, tout le monde se tournant ironiquement vers Morisse comme le représentant du Mercure. Moréas a crié : « C’est bien fait. Ils m’ont fait assez de coquilles. Je suis très content. »
J’ai été le seul à écoper. Pas un mot sur van Bever. Royère a dit que je suis le dernier individu pouvant s’occuper des poètes, parler d’eux, me mêler de choisir des vers10. Qu’il est honteux de se moquer des auteurs qui me « fournissent des côtelettes11 ». Il a même dit ceci, s’adressant à toute l’assemblée : « Il n’y a pas à s’étonner. Si vous avez lu Amours, vous avez vu comme M. Léautaud a traité son meilleur ami. » Il ne s’est trouvé pour me défendre que Gabriel Mourey12 « Je ne peux rien dire sur les Poètes d’aujourd’hui, ni sur la façon qu’ils sont faits. Je ne connais pas l’ouvrage. Il est possible qu’il y ait l’erreur qu’on dit. Il arrive à tout le monde de se tromper. M. Léautaud écrivain, c’est autre chose. J’ai lu In Memoriam. C’est vif, sans doute. Mais après tout, son père n’est pas mon père, et je trouve cela très beau, étonnant au possible. Il n’y a pas du tout de littérature. C’est unique. Et Amours. Comment ! Il a eu une maîtresse. Il raconte qu’elle le branlait, et il met son nom. Vous direz ce que vous voudrez. C’est très curieux. »
Ce matin, Mourey et Davray13 sont venus au Mercure. En leurs qualités de témoins de la manifestation de Royère, je leur ai démontré son erreur pièces en main.
L’après-midi, Moréas : « Vous avez le droit d’être mécontent des coquilles qu’on14 vous a laissées, lui ai-je dit. Vous devriez être moins prompt à croire les âneries de M. Royère.
— Oh ! moi, vous savez, c’est bien simple, m’a-t-il répondu en riant. Je ne connais ni les vers de Griffin ni ceux de Verhaeren. Je trouve cela tellement sans intérêt ! »
Vu ensuite Philéas Lebesgue15 qui me refait, de son côté, tout le récit de Morisse, et me donne, presque textuellement, les paroles de Royère en expliquant notre « erreur ».
21 janvier
Jeudi 21 Janvier
[…]
Quand je suis arrivé cette après-midi, Vallette m’a montré La Phalange16, qui contient un bel éreintement de Poètes d’aujourd’hui par Royère. Vallette nous l’a lu tout haut, en s’en amusant fort. C’est bébêtement fait. Toujours la manie de Royère de prendre le Mercure17-18 à parti, ce qui donne à toute sa critique un air de question de boutique.
Discussion entre Vallette et van Bever, sur la façon que j’ai fait certaines notices. Van Bever trouvant que nous nous sommes mis dans notre tort en demandant des vers aux gens et en les éreintant ensuite, Vallette disant : « C’est un point de vue. Il peut se soutenir. Vous trouverez même la plupart des gens qui vous donneront raison. L’autre point de vue peut aussi se soutenir. Vous pouvez très bien dire aux gens : “Je vous demande des renseignements, cela ne veut pas dire que je m’ôte toute liberté de dire ce que je pense de votre œuvre.” Si ! Si ! Il y a les deux manières. Il y a la vôtre, et il y a celle de Léautaud. Léautaud est comme cela… Qu’est-ce que vous voulez y faire ? »
Il faut tout de même que ce pauvre Royère soit bien bébête. Je le disais à Vallette un moment après : Je le verrais, et je le sentirais très embêté de sa gaffe, ou on viendrait me dire qu’il en est très embêté, je crois bien que je ne répondrais rien.
— Eh ! bien, moi, je ferais quelque chose, je vous en réponds, me dit Vallette, et je montrerais carrément qu’il est un sot. Gardez votre pitié, Léautaud. Est-ce que vous croyez que Royère, en agissant comme il l’a fait, même s’il a été de bonne foi, ce qui est probable, n’a pas été enchanté de vous jouer un bon tour, et qu’il n’y a pas mis de la méchanceté. Allons donc ! C’est lui qui a gaffé. Il en supportera les conséquences.
J’ai montré à Vallette la réponse à Royère que j’ai écrite hier soir. Il l’a approuvée. Elle paraîtra dans le prochain Mercure avec ce titre trouvé par Vallette : Une mésaventure de M. Jean Royère19.
Toutes ces discussions commencent à m’assommer. Je suis ainsi fait. Il ne faut pas que les choses (dans tous les domaines), durent trop longtemps, elles arrivent à ne plus m’intéresser. Si je les écoutais, les uns et les autres, y compris Vallette, je me lancerais dans une guerre de procédure, j’échangerais des lettres comminatoires contre des lettres cherchant à tout embrouiller, à son avantage (celles de Royère). Théry20, avocat, (ami et de Schwob et de Moréno) a raison, qui me dit : « Il faut être philosophe. » J’ai prouvé, par les textes, que Royère s’est trompé, ou de bonne foi pour s’entêter après, ou intentionnellement. Le reste, je m’en moque.
La Dépêche du 29 janvier
Cette « réponse à Royère » parue dans le Mercure du premier février 1909 sera donnée infra à sa date mais au moins un autre document doit être vu. Et pour comprendre l’entièreté de cette affaire, il faut remonter au début du mois, le quatre janvier.
Louis Dumur, nous le savons, écrivait régulièrement dans La Dépêche de Toulouse. Dans le numéro du quatre janvier il s’était livré à une publicité éhontée au profit des Poètes d’aujourd’hui sous la forme d’un pseudo-entretien avec Paul Léautaud, sans indiquer que lui, Dumur, était employé de l’éditeur. L’intégralité de cet entretien a été reproduit ici en mars dernier dans la page « Poètes, par Louis Dumur ». Au cours de cet entretien le petit Paul n’a pas été très aimable pour Jean Royère et sa revue, en s’autorisant à une plaisanterie pas très drôle mais très stupide : « La Phalange des pieds » que Louis Dumur a reproduite. Alors, bien sûr, Jean Royère a dû se trouver bien heureux de massacrer à son tour ce pauvre Paul, qui l’avait bien mérité, bien inutilement, encore qu’on ne sache pas tout.
Le 29 janvier 1909, près d’un mois après cet article de Louis Dumur dans La Dépêche et dix jours après cette soirée malheureuse de Vers et prose :
Dumur m’a apporté cette après-midi La Dépêche de Toulouse du 29 janvier, contenant une réponse de Royère au passage de mon interview concernant La Phalange. Pas encore en faveur de son intelligence, cette réponse. Royère s’amuse à démentir ce que je n’ai nullement dit. Il trouve stupide de dire qu’on prône à La Phalange l’obscurité comme un principe littéraire, alors qu’un article d’Apollinaire sur ses vers a déclaré que ces derniers sont plus beaux justement à cause de leur obscurité (Phalange, 15 janvier 1908). Le seul passage amusant est celui où il énumère les collaborateurs notoires de La Phalange : Griffin, Régnier, Jammes, Verhaeren, Gourmont, et « autres pieds » comme dit M. Léautaud. Je l’ai lu ce soir à Gourmont qui n’a pas ri. Par-dessus le marché, Royère me traite de « principal collaborateur du Mercure » moi qui y écris à peine une fois par an. C’est flatteur pour les autres. Toujours aussi l’adresse de prendre le Mercure à partie, ce qui donne à ses écrits un petit air de chicane de boutique des plus flatteurs.
Bersaucourt21, venu cette après-midi, nous apprend que Royère a recommencé sa petite manifestation mardi dernier à Vers et Prose. Ainsi, il n’a pas eu une seule minute le moindre doute sur son affirmation, la moindre idée de vérifier notre erreur. Espérons que ma lettre dans le prochain Mercure l’éclairera.
Ce soir Mme van Bever m’a dit qu’hier soir, chez elle, Malo22, qui connaît Royère et est au courant de sa réponse à la Dépêche, a dit que cette réponse lui a été tout d’abord refusée, en le priant « d’adoucir les angles ». Fallait-il qu’il ait écrit en colère, pour qu’on lui demande ainsi d’être un peu moins vif !
Lettre de Jean Royère parue dans La Dépêche du 29 janvier 1909 et datée de l’avant-veille.

NOS ENQUÊTES
Nous recevons la lettre suivante :
Paris, le 27 janvier 1909
Monsieur le Directeur,
Dans la Dépêche du 4 janvier dernier, sous le titre « Nos Enquêtes : Chez les Poètes », M. Louis Dumur, du Mercure de France, publie une interview de Paul Léautaud, également du Mercure de France, qui maltraite passablement la Phalange, ses collaborateurs et son directeur. M. Léautaud, auteur d’une Anthologie de Poètes d’aujourd’hui, publiée par le Mercure de France pouvait vanter son ouvrage sans mettre en cause un tiers. Suivant sa coutume, il entrelarde ses facéties d’allégations inexactes, sinon mensongères, Il brouille ensemble M. René Ghil, les Écrits pour l’Art, la Phalange, M. Jean Royère, et conclut que la revue que je dirige depuis trois ans mérite d’être appelée « la Phalange des Pieds ». C’est très spirituel sans doute.
Vous seriez bien aimable d’annoncer à vos nombreux lecteurs :
1. Que René Ghil, qui dirigea avec moi la deuxième série des Écrits pour l’Art, de 1905, à 1906, est entièrement étranger à la Phalange ;
2. Que notre revue n’est ni une revue symboliste, ni une revue néo-symboliste ; qu’elle n’est pas l’organe « d’une demi-douzaine d’écrivains qui refont du Mallarmé », mais qu’elle compte plus de deux cents collaborateurs parmi lesquels Paul Adam, Barrès, Remy de Gourmont, Verhaeren, Henri de Régnier, Laurent Tailhade, Francis Jammes, John Antoine Nau, Paul Romard et bien d’autres « pieds » comme s’exprime M. Léautaud.
3. Qu’il est stupide de dire que « nous prônons l’obscurité comme le premier principe littéraire ».
Vous seriez bien aimable de dire que si le Mercure de France et M. Paul Léautaud, son principal collaborateur, se permettent de juger la Phalange, la Phalange, elle, se gardera toujours de juger le Mercure et M. Léautaud.
Veuillez agréer, monsieur le Directeur, avec mon meilleur salut pour la noble Dépêche — Le seul peut-être des journaux français qui fasse à la littérature sa part — mes sentiments de haute confraternité.
Jean Royère, directeur de la Phalange
Le Mercure du premier février
Et trois jours plus tard — Tout cela se bouscule un peu — paraît le Mercure23 et, dans les « Échos » le texte de Paul Léautaud qui établit enfin l’erreur de Jean Royère.
Une mésaventure de M. Jean Royère

Paris, le 20 janvier 1909
Cher monsieur Vallette,
Me voici obligé de vous demander l’hospitalité pour une lettre au sujet des Poètes d’Aujourd’hui.
La revue Vers et Prose tenait hier soir mardi, 19 janvier, sa réunion hebdomadaire, spécialement organisée en l’honneur du poète Saint-Pol-Roux. Il y avait là des poètes, des écrivains, des artistes, quelques comédiennes, une assemblée particulièrement nombreuse, particulièrement lettrée, aussi. Mlle Cœcilia Vellini24-25-26 venait de lire, dans un exemplaire des Poètes d’Aujourd’hui, des poèmes de MM. Saint-PoI-Roux et Jean Moréas. M. Jean Royère, directeur de la Phalange et grand admirateur de M. Francis Vielé-Griffin, prit alors devers lui le tome II de l’ouvrage. Il le feuilleta un instant, puis, se levant, et le silence rétabli :
« Je vais vous lire, dit-il, un poème de Vielé-Griffin qui est de Verhaeren, ou plutôt un poème de Verhaeren qu’on a attribué dans ce recueil à Vielé-Griffin. »
Et M. Jean Royère lut à l’assistance le poème ayant pour titre l’Automne, qu’on trouve à la page 355 du tome II des Poètes d’Aujourd’hui, au choix Vielé·Griffin.
Il paraît que notre “erreur” provoqua un amusement fou. Le ton d’assurance heureuse — et de mépris — de M. Jean Royère en la signalant était tel, à ce qu’on m’a rapporté, qu’il enleva la salle. Tous applaudirent le poème comme étant de M. Émile Verhaeren, et je passai personnellement, — mon ami van Bever échappant à ce haro, — un fichu quart d’heure, comme on dit.
On ne s’est pourtant pas amusé autant qu’on l’aurait pu. En voici la preuve :
Le poème intitulé l’Automne, page 355 du tome II des Poètes d’Aujourd’hui (choix Vielé-Griffin), INCRIMINÉ PAR M. JEAN ROYÈRE COMME ÉTANT M. ÉMILE VERHAEREN, est extrait du volume de M. Francis Vielé-Griffin : La clarté de Vie, où on le trouve à la page 55. Il figurait déjà dans la première édition des Poètes d’Aujourd’hui (page 399) au choix de ce poète.
Que M. Jean Royère apprenne à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler.
Votre dévoué,
Paul Léautaud
En janvier est parue, à Valence une nouvelle jeune revue dirigée par les poètes Jean-Marc Bernard (1881-1915) et Maurice de Noisay (Maurice Pagnier, 1886-1942). Cette revue, Les Guêpes, bien à droite, vivra jusqu’en 1912. La devise de la revue provient d’Aristophane : « Il n’est pas facile de m’adoucir, quand on ne parle pas dans mon sens ». Trump le dirait moins bien. Dans le numéro deux, de février 1909, on peut lire : « À peine avions-nous annoncé, dans le premier fascicule de cette revue, notre intention de créer une nouvelle rubrique tout entière consacrée au fumeux directeur de La Phalange, que, de toutes parts, la copie se mit à affluer jusqu’à nous… » (Source : Petites revues). Suite à l’annonce de cette rubrique, Paul Léautaud a écrit à Jean-Marc Bernard et Maurice de Noisay la lettre suivante :
D’une enquête,
M. Jean Royère trouvait la littérature de M. René Ghil très claire. Celui-ci s’en est fâché, naturellement. Il a planté là M. Royère, qui, pour se dédommager, a fondé la Phalange. Depuis, ils sont là, une demi-douzaine qui recommencent le symbolisme, qui nous refont du Mallarmé. Et ne croyez pas à de tous jeunes gens. Ils seraient excusables. Nous avons tous passé par là. Tous ces messieurs sont loin d’être jeunes. M. Royère même est tout chauve. J’entendais un jour l’un d’eux, M. Sébastien Voirol27, célébrer devant moi les mérites de la Phalange. « Une revue faite en dehors de tout intérêt », disait-il. Je me suis retenu pour ne pas le complimenter sur cette si juste appréciation. Vous connaissez le mot de M. Georges Batault. Il est un peu vif, mais amusant : « La Phalange de Pieds. »
Le texte de cette lettre, on l’a compris, est repris de l’article de Louis Dumur de La Dépêche du quatre janvier 1909.
La Phalange du vingt février 1909
Le vingt février paraît La Phalange numéro 32, hélas introuvable ou hors de prix.
Journal littéraire au 24 février :
Nouvel article de Royère dans La Phalange, à mon sujet. De quelle mauvaise foi, de quelle tartuferie, mentant, dénaturant tout, passant sans relever mes arguments, se faisant la part belle auprès de ses lecteurs qui n’ont rien sous les yeux de ma lettre du Mercure ! Je vais lui répondre, dans La Phalange même. L’article a 2 pages ½. Cela me donne droit à 5 pages. Je n’aurai pas besoin de tant.
La Phalange d’Avril
Ce paragraphe du Journal littéraire du 28 avril n’est lisible que dans le tapuscrit de Grenoble :
Mercredi 28 Avril
La Phalange a paru aujourd’hui. Dans une note finale, il est dit : « Nous avons reçu une longue réponse à un article de M. Jean Royère intitulé “Une mésaventure des Poètes d’aujourd’hui” paru dans La Phalange du 15 février. Tout en trouvant qu’on abuse du droit de réponse, nous sommes prêts à publier une lettre qui serait courtoise, mais ne pouvons accepter d’insérer dans La Phalange un texte injurieux pour son directeur et compromettant pour tel de ses collaborateurs. » Examiné la question : Vallette, Dumur, Morisse et moi. Royère parlant de courtoisie (voir l’affaire Clouard28) c’est un monde. Nous nous sommes arrêtés à ceci : je corrige exactement quatre mots à ma lettre. Dumur et Morisse iront demain la présenter à Royère et lui demander si oui ou non il veut l’insérer, cela, lui diront-ils, dans le seul objet pour moi de savoir comment régler ma conduite et quelle suite donner au débat. S’il refuse, je crois bien que je l’assignerai.
Dans les Pages retrouvées, cette note du « jeudi 29 mai » : « Visite de Dumur et Morisse à Royère. » Cette date du 29 mai est évidemment fausse, d’autant que le 29 mai 1909 est un samedi.
Le surlendemain trente avril (dans les Pages retrouvées) :
Dumur et Morisse m’ont rendu compte ce matin de leur visite à Royère. Cela peut se résumer en ceci : Royère leur a paru plutôt contrarié par cette démarche, et d’après eux, un peu inquiet même de ce qu’ils lui ont dit : «M. Léautaud veut savoir si oui ou non vous voulez publier sa réponse. Cela dictera sa conduite, il entend donner une suite à l’affaire. Nous ne savons laquelle. Mais il a besoin d’être fixé dès maintenant, ne pouvant attendre encore un mois. » Royère a cherché à savoir s’il ne s’agissait que de procès. Dumur et Morisse ont répondu qu’ils ne savaient rien. De telle sorte que la perspective d’une rencontre a été laissée à Royère.
Il a reconnu qu’il s’était trompé à la soirée de Vers et Prose et que son article où il donnait sa manifestation comme intentionnelle29 n’était pas la vérité. Étonnement que je puisse m’en formaliser, que c’était de l’ironie, de la littérature.
Demandé que je lui écrive une lettre courtoise, confraternelle. À quoi Morisse lui a répondu : « Mais M. Léautaud ne tient pas du tout à être confraternel. Vous l’avez offensé, blessé. Il entend vous répondre dans toutes les limites que lui donne la loi. »
Opposé aussi que ma réponse était désagréable pour Vielé-Griffin. « Qui a commencé, a répliqué Morisse. Vous, il me semble ? M. Léautaud, lui, a beaucoup d’admiration pour Vielé-Griffin. »
Finalement, demandé 48 heures pour donner sa réponse.
Il est déjà presque entendu que s’il refuse, Dumur et Morisse se transformeront en témoins et iront lui demander une autre réparation. Royère constituera également témoins. Il n’y aura pas lieu à rencontre. On se bornera à l’insertion de ma lettre30.
Paul continue toutefois de prendre des garanties. Pages retrouvées au cinq mai :
Visite à Théry, comme convenu. Il a lu ma lettre à Royère. Certains passages lui paraissant délicats. Il m’indique aussi les lenteurs que peut m’opposer Royère à défaut, opposition, appel, étant donné la modicité des frais en correctionnelle. Conseil d’être philosophe, de publier ma lettre dans le Mercure et de me contenter de cela. Ce que je voulais faire le premier jour ! Point curieux : cela ne m’amusait pas de faire le procès et ne pas le faire me dépite un peu.
Toujours dans les Pages retrouvées, au six mai :
Parlé ce matin avec Vallette de mon entrevue d’hier avec Théry et de son résultat. Vallette me dit : « Savez-vous ce que je ferais, à votre place. Voulez-vous ma pensée. Eh ! bien, je poursuivrais. Quand même la Phalange ne devrait plus être là pour insérer votre lettre ! Nous publierons le jugement dans le Mercure et l’effet sera encore mieux. Moi-même, si nous avions de l’argent de libre, je poursuivrais Royère comme éditeur, pour lui demander des dommages-intérêts, minimes, c’est entendu, mais des dommages-intérêts tout de même. »
Sur quoi, j’arrange ma lettre selon les indications de Théry, j’en parle à Dumur. Il m’offre de lui-même de l’adresser, avec Morisse, avec une lettre d’eux à Royère. En cas de nouveau refus, procès.
À partir de là, le Journal de Paul reste surprenamment silencieux à propos de cette affaire. Suite aux démarches du Mercure, La Phalange du vingt juin finit par publier cette lettre de Paul :
Lettre de Paul Léautaud à La Phalange,
parue dans le numéro du vingt juin

Paris, le 8 mai 1909
À Monsieur le Directeur de La Phalange
Monsieur le Directeur,
J’ai l’honneur de réclamer de votre équité l’insertion de la présente lettre dans le plus prochain numéro de la Phalange à la même place et en mêmes caractères qu’un article de M. Jean Royère, intitulé Une mésaventure des « Poètes d’aujourd’hui », paru dans votre numéro du 20 février dernier.
Répondant à une imputation calomnieuse tenue publiquement par M. Jean Royère à l’égard de l’ouvrage de MM. Ad. Van Bever et Paul Léautaud : Poètes d’aujourd’hui (nouvelle édition en deux volumes, décembre 1908) j’ai publié dans le Mercure de France du 1er février dernier la lettre suivante :
Une mésaventure de M. Jean Royère.
Suit le texte de la lettre à Alfred Vallette paru dans le Mercure du premier février lu supra. Après ce texte, Paul Léautaud poursuit :
Cette réponse m’aurait suffi, et l’incident se serait borné là, si Jean Royère, même sans me faire ses excuses, auxquelles pourtant j’avais droit, s’était tu. Mais M. Jean Royère n’aime pas entendre la vérité32 et en ce qui me concerne il ne lui a pas plu davantage de la dire, cela malgré de nombreux témoins et sans rien montrer de ma défense. Il convient que vos lecteurs, s’ils n’ont pas été complètement renseignés par lui, le soient par moi.
D’abord, M. Jean Royère intitule son article : Une mésaventure des Poètes d’aujourd’hui. Puis il débute : « M. Léautaud est un brave homme, mais, ayant de l’esprit, il commet de fréquentes bévues » Alors que cette mésaventure et cette bévue sont uniquement son fait, M. Jean Royère joue là sur les mots, et vos lecteurs, maintenant qu’ils ont ma lettre sous les yeux, pourront en juger.
Arrivant ensuite, après avoir émis sur ma personne différentes appréciations sans intérêt pour ce débat, à sa manifestation du mardi 19 janvier, M. Jean Royère écrit :
« Or, le 19 Janvier dernier, à la réunion, hebdomadaire de Vers et Prose, il m’advint, dit Léautaud, une mésaventure. Devant une assemblée particulièrement nombreuse et particulièrement lettrée, je me levai et tenant le tome II de l’Anthologie, je dis “Je vais vous lire un poème de Vielé-Griffin qui est de Verhaeren, où plutôt un poème de Verhaeren, qu’on a attribué dans ce recueil à Vielé-Griffin”. Et je lus le poème ayant pour titre L’Automne, qu’on trouve à la page 355, du tome II, au choix Vielé-Griffin.
« M. Léautaud me recommande à l’avenir de “tourner sept fois ma langue dans ma bouche avant de parler”. Car M. Léautaud affectionne les proverbes — et il paraît que je me suis trompé.
« Je me suis trompé !
« Mais tous les poètes, tous les artistes qui formaient cette assemblée particulièrement lettrée se sont trompés aussi ou ont été trompés, car pas une voix pour me dire “Vous commettez vous-même l’erreur que vous reprochez aux autres.” »
M. Jean Royère est peut-être bien imprudent en appelant ainsi à sa décharge ses auditeurs du 19 Janvier. Surtout, il commet manifestement une « inexactitude » en prétendant que pas une voix ne s’éleva pour mettre en doute son assertion. Au contraire, plusieurs assistants de ceux qui se trouvaient auprès de lui, — M. Jean Royère, s’il a de la mémoire, sait leurs noms comme moi, — furent les premiers à lui demander, avant qu’il se levât pour rendre publique sa découverte, s’il était bien sûr de ce qu’il avançait, s’il ne se trompait pas lui-même, à lui dire qu’il devrait peut-être s’assurer du fait, que c’était là chose grave, — tant notre « erreur » à tous semblait énorme. M. Jean Royère répondit d’un tel ton d’assurance, affirma si haut sa certitude, se porta si bien garant de la chose, la parole et l’air si convaincus et satisfaits, qu’alors seulement, pris à tant d’aplomb, on lui accorda créance.
Poursuivant, M. Jean Royère écrit :
« Que penser dès lors de l’utilité, de la valeur d’une anthologie ? Si le public d’élite peut si aisément être induit en erreur, qu’adviendra-t-il des poètes mutilés auprès du grand public ? Loin de servir la poésie, de pareils ouvrages ne font que jeter le trouble dans les esprits.
« Le glossateur fait maladroitement son choix, et il ne reste plus rien des œuvres abominablement tronquées, rien qu’une affaire de librairie.
« C’est ce que je voulais démontrer, — et j’eus recours à une leçon de choses. Elle fut plus décisive qu’une douzaine d’articles. J’ai si bien réussi que M. Paul Morisse (qui était là) me dit ; “L’erreur de Léautaud vient de l’ordre alphabétique. C’est le V de Verhaeren et le V de Vielé-Griffin qui sont coupables. — Et puis le choix Vielé-Griffin était le dernier et l’imprimeur attendait le bon à tirer. »
M. Jean Royère semble vouloir dire ici qu’il savait fort bien, en lui-même, que nous n’avions nullement commis l’erreur dont il nous accusait, qu’il a seulement voulu faire une expérience, et, en nous imputant publiquement cette erreur, démontrer l’inutilité d’ouvrages tels que le nôtre ? Il aurait ainsi tout bonnement mystifié ses auditeurs ? Cette explication, pour être flatteuse pour les invités de Vers et Prose, n’est croyable en rien. M. Jean Royère ne l’a trouvée qu’après coup, qu’après une longue étude. Tout d’abord, son intention, pour se disculper, était tout autre. En voici la preuve.
Le mardi qui suivit la parution du Mercure33 contenant ma lettre : Une mésaventure de M. Jean Royère, je rencontrai à la réception de Madame Rachilde un ami particulier de M. Jean Royère. M. Jean Royère a de bonnes raisons pour savoir de qui je veux parler. Ce monsieur me dit : « J’ai lu votre lettre à Royère dans le Mercure. Vous savez qu’il est très embêté. Mais si ! Il a été de bonne foi. Il croyait vraiment que le poème était de Verhaeren. Il va vous écrire une lettre d’excuses. »
Quelques jours plus tard ; un matin, ce même ami de M. Royère, venant au Mercure pour voir M. Alfred Vallette, me rencontra de nouveau, en présence de plusieurs personnes.
« Eh bien, me dit-il, Royère vous a-t-il écrit ? »
Je répondis non, ajoutant que je n’y comptais guère.
« Oh ! il va vous écrire, vous pouvez être tranquille, me répliqua-t-il. Il s’emballe souvent à faux, mais il est honnête. Il sait qu’il s’est trompé. Il vous fera ses excuses. Il me l’a dit. Et vous savez comment s’est produite son erreur ? Non ! Eh bien ! Voici. Il vous le racontera d’ailleurs lui-même. Un jour, Royère partait en voyage. Au dernier moment, il voulut prendre, pour lire dans le train, un volume de Verhaeren. Il fouilla, en se dépêchant, dans ses livres et mit dans sa poche, sans regarder, un volume de Griffin justement La Clarté de Vie. Il le lut dans le train, toujours sans s’apercevoir de sa confusion, croyant lire du Verhaeren. C’est de là que retrouvant l’autre soir dans votre ouvrage le poème en question qu’il avait lu en croyant lire un volume de Verhaeren, il a cru que vous vous étiez trompé, et s’est enferré lui-même en se dépêchant de le dire à tout le monde. »
M. Jean Royère termine en disant :
« Quant à Léautaud, il a couru à sa bibliothèque et n’a respiré que lorsqu’il eut trouvé dans le volume La Clarté de Vie resplendir le poème L’Automne, à la page 55. »
M. Jean Royère a beau faire « resplendir » le poème de M. Vielé-Griffin pour se faire pardonner d’avoir montré comment il connaissait le poète dont il se dit l’admirateur. Il a encore commis là une « inexactitude ». S’il savait de quel rire je ris quelquefois, il pourrait se faire une idée de la gaieté qui m’a pris quand on m’apporta la nouvelle de mon « erreur » au lieu de l’alarme qu’il me prête. En effet, comme je le disais dans ma lettre du Mercure, — et M. Jean Royère n’aurait pu user de ce moyen s’il avait daigné éclairer ses lecteurs, — il (ce poème) figurait déjà dans la première édition des Poètes d’Aujourd’hui (parue en 1900, il y a neuf ans !) page 399, au choix de ce poète (Vielé-Griffin).
Je vous présente, Monsieur le Directeur, etc.
Paul Léautaud.
Suite à ce massacre, Jean Royère tente de reprendre la main :
On voit que nous sommes bons princes. Mais nous regardons comme de notre dignité d’admettre le droit de réponse dans la mesure la plus large. Que cette mesure ait été dépassée par la lettre ci-dessus, nos lecteurs peuvent en être juges. Seulement, à l’avenir, nous accepterons la proposition, qui nous en avait été faite, que soient acquittés par les intéressés les frais matériels d’une réponse abusive. — Il n’est point de sophistique qui empêchera de constater l’œuvre détestable, aussi néfaste pour la poésie que moralement pour la librairie qui s’en est chargée, d’une pareille anthologie. Conçue dans la manière mesquine et confuse dont se sont servi les auteurs, elle autorise toutes les interprétations.
Suite à cette aventure, Paul Léautaud n’évoquera plus Jean Royère qu’incidemment dans son Journal. Dans les années 1920, Jean Royère se livrera au douteux métier d’intermédiaire dans la vente de manuscrits ou d’éditions rares. Il en viendra même, en juillet 1928, à demander un texte à Paul Léautaud pour le bimestriel Le Manuscrit Autographe qu’il dirigera pour le libraire Auguste Blaizot. Il se frottera aussi au très riche mais assez médiocre poète Armand Godoy.
Le cinq novembre 1930 nous apprendrons que Jean Royère est employé à l’Hôtel de ville de Paris. Il prendra sa retraite à l’été 1932, à l’âge de 61 ans.
En 1934, Jean Royère s’est présenté à l’Académie française et a reçu quatre voix. C’est André Bellesort qui a été élu, le 28 mars 1935 par quinze voix au premier tour.
En décembre 1935, Jean Royère refera paraître La Phalange, qui avait été interrompue par la guerre précédente (il existait une collection de livres sous ce titre mais ce n’est pas ce dont il est question ici).
À la fin de sa vie, Paul Léautaud se souviendra de Jean Royère, en fins d’années, la première fois le vingt décembre 1947.
Que sont devenus Camille Mauclair, Jean Royère, Louis de Gonzague Frick34 ? Ces noms me sont revenus aujourd’hui.
Il est vrai que ces trois noms sont liés aux mêmes événements.
Jean Royère, disciple de Mallarmé, esthéticien et exégète poétique, fondateur et directeur de la revue La Phalange. Garçon charmant, qui ne manquait pas de talent. Lui également, des années qu’on n’en parle plus.
Un an après le six décembre 1948, Paul laisse défiler une nostalgie de noms sur toute la page de la journée où l’on rencontre autant celui de Cœcilia Vellini qui disait des vers à la soirée Saint-Pol-Roux de Vers et prose du 19 janvier 1909, que celui du baron Mollet35 ou de Jean Poueigh36. Et soudain :
Qu’est devenu Jean Royère, poète mallarmiste, fondateur et rédacteur de La Phalange, son nom éteint comme s’il était mort ?
Jean Royère, pourtant n’était pas mort. Il ne mourra que dans sept ans, le quatre février 1956, 18 jours avant Paul Léautaud.
Notes
1 Paul Fort (1872-1960), poète et auteur dramatique, créateur du Théâtre d’Art (futur théâtre de l’Œuvre) au côté de Lugné Poe. Les premiers poèmes de Paul Fort paraîtront dans le Mercure en juillet 1897. En 1905, Paul Fort lancera sa revue Vers et prose aux côtés de Jean Moréas et André Salmon. Suite à un référendum dans des journaux, Paul Fort sera élu « Prince des poètes » en 1912. Son neveu, Robert Fort (1890-1950), épousera en 1911 Gabrielle Vallette (1889-1984), fille de Rachilde et Alfred Vallette. Pour approfondir, voir : Hugues Laroche, Elisabeth Surace, Claude Perez et Annick Jauer : Vers et Prose (1905-1914), Anthologie d’une revue de la Belle Époque, Classiques Garnier 2015, 1 297 pages.
2 Stéphane Mallarmé, Vers et prose, morceaux choisis, Perrin 1893 (achevé d’imprimer en novembre 1892).
3 Jean Moréas (Ioánnis A. Papadiamantópoulos, 1856-1910), poète symboliste grec d’expression française. En 1886, Jean Moréas, Paul Adam et Gustave Kahn ont fondé la revue Le Symboliste. Jean Moréas a fait partie des Poètes d’aujourd’hui dès la première édition de 1900 où sa notice a été rédigée par Adolphe van Bever. Lire l’article de René Gillouin en ouverture de La NRF de mai 1912. Voir aussi Alexandre Embiricos « Les débuts de Jean Moréas » dans le Mercure du 1er janvier 1948, page 85. Pour le banquet offert à Jean Moréas le deux ou trois février 1891 voir l’article de Francis Vielé-Griffin dans les Entretiens politiques et littéraires de février 1891, pages 58-62. Voir aussi André Fontainas, Mes souvenirs du symbolisme, éditions de la Nouvelle revue critique 1928, à partir de la page 120.
4 André Salmon (1881-1969), poète, romancier, journaliste et critique d’art, défenseur du cubisme au côté de Guillaume Apollinaire.
5 Paul Morisse (1866-1946) a partagé le bureau de Paul de janvier 1908 jusqu’en 1911. Voir André Billy, Le Pont des Saint-Pères, Fayard 1947, pages 35-37. On ne confondra pas Paul Morisse avec Charles Morice.
6 Recueil de poésies de Francis Vielé-Griffin paru au Mercure en 1897.
7 Petite précision concernant les éditions des Poètes d’aujourd’hui (que ceux qui connaissent bien ce sujet peuvent passer sans dommage). Les Poètes d’aujourd’hui ont connu trois éditions : 1900, 1908 et 1929 (datée 1930). Celle qui nous intéresse ici est parue en décembre 1908. D’autres éditions portant d’autres dates présentent exactement les mêmes textes. Il existe ainsi une édition 1913, qui n’est qu’une réimpression de l’édition de 1908.
8 C’est la notice de Camille Mauclair qui ouvre ce second tome des Poètes d’aujourd’hui. Dans cette notice qui commence plutôt bien, Paul Léautaud finit par écrire : « Une parfaite réceptivité, voilà bien ce qu’a été, ce qu’est encore M. Camille Mauclair, et jamais L’Esprit de l’heure ne traversa pensée plus docile que la sienne. D’origine sémitique, M. Camille Mauclair a le génie de sa race, le don extrême de l’analyse, de l’assimilation, la faculté de tout dissocier, pour s’approprier et reconstruire son image. »

Suite à cela, le seize décembre 1908 Camille Mauclair écrivit une lettre de protestation parue dans les « Échos » du Mercure du seize janvier, apportant vingt preuves de son parfait catholicisme. Le texte de la lettre de Camille Mauclair peut être lu ici.
9 La réponse à la lettre de Camille Mauclair n’est pas parue dans les « Échos » mais vingt ans plus tard dans la notice Mauclair de la troisième édition des Poètes d’aujourd’hui. Elle est méchante, d’autant que c’est bien Paul Léautaud qui s’est trompé à propose de Camille Mauclair et que sa lettre au Mercure était plutôt mesurée. Voici le texte de Paul Léautaud dans la dernière notice Mauclair : « Dans notre notice des éditions précédentes, nous avions donné à M. Camille Mauclair une origine sémitique et dit qu’il montrait comme écrivain tout le génie de sa race. Il nous en a beaucoup voulu. Il paraît que nous nous trompions, que M. Camille Mauclair n’est pas du tout juif. Une erreur n’est pas une malveillance et celle-ci est facile à réparer : c’est un membre de phrase et le mot : génie, à enlever, voilà tout. »

Fragment de la notice de Camille Mauclair des Poètes d’aujourd’hui de 1930, deuxième tome, pages 243-244
10 Adolphe Van Bever, très malade, va mettre vingt ans à mourir, en janvier 1927, avant la publication de la troisième édition des Poètes d’aujourd’hui, à laquelle il a quand même participé. C’est bien Paul Léautaud qui a rédigé les notices de Camille Mauclair pour les trois éditions mais ces notices n’étant plus signées à partir de la deuxième, Jean Royère ne peut pas en être certain.
11 En clair, le nourrissent. Les auteurs et leurs éditeurs, qui y trouvaient tout de même leur compte, ne faisaient pas payer de droits pour ces recueils, ce qui est peut-être encore le cas. Les Poètes d’aujourd’hui ont été une excellente affaire pour tout le monde.
12 Gabriel Mourey (1865-1943), romancier, poète, auteur dramatique et critique d’art. Le 17 décembre 1913, Paul Léautaud écrira : « Seulement, ces messieurs comme Mourey, parce qu’ils écrivent en vers, se prennent un peu trop pour des poètes. / […] C’est un homme charmant, un peu plat, grand faiseur de compliments pour se conquérir la réciproque. »
13 Henry Durand-Davray (1873-1944), traducteur et critique littéraire, spécialiste de la littérature anglaise au Mercure, où il a écrit 413 articles entre 1896 et 1938. Ce pauvre HDD, complètement sourd, n’a pas dû être un témoin très fiable de la soirée de Vers et Prose.
14 Les notices de Jean Moréas dans les première et troisième éditions sont rédigées par Adolphe van Bever mais la notice de cette deuxième édition (non signée) semble bien être de Paul Léautaud.
15 Philéas Lebesgue (1869-1958), poète, romancier et essayiste. Traducteur, Philéas Lebesgue a rédigé plusieurs centaines de chroniques de littérature étrangère au Mercure. Sa notice est ici.
16 La Phalange du vingt janvier (numéro 31), introuvable en mars 2026, date de rédaction de cette note.
17 D’après l’excellent La Phalange, table et index (1906-1914) de Claude Martin et Akio Yoshii édité en 2014 par les Publications de l’association des Amis d’André Gide, le Mercure aurait été cité 53 fois lors de cette première époque de La Phalange, ce qui ne paraît pas excessif mais le place tout de même en tête des revues citées.
18 On ne peut pas vraiment dire que Jean Royère ait « toujours pris le Mercure à parti ». Il suffit de lire le texte du discours prononcé par Jean Royère au banquet de La Phalange reproduit dans le numéro de février de l’an dernier (1908) : « Quand la Phalange est née, maintes revues nous avaient ouvert la voie. Il y avait déjà le Mercure de France, un vétéran. Plusieurs de nos collaborateurs, et non des moindres, donnent leur concours au Mercure. Cette revue a une noblesse qui l’oblige. Elle est née aux temps héroïques et nous continuons à lui accorder une signification. Les poètes sincères et les prosateurs hardis, nous l’espérons, peuvent encore compter sur le Mercure : Remy de Gourmont, écrivain admirable, esprit séduisant et subtil, nous y enchante deux fois le mois et les jeunes artistes n’y sont pas tout à fait délaissés. Nous ne savons pas au juste quels sont les sentiments du vieux Mercure pour la jeune Phalange ; mais nous comptons sur la solidarité qui sans doute nous unit, et je déclare sans arrière-pensée que la Phalange aime et admire le Mercure de France. »
19 Cette réponse est parue dans les « Échos » du Mercure du 1er février, page 572.
20 José (Joseph) Théry (1868-1944), avocat, romancier et auteur dramatique, auteur notamment de La Bâtonnière chez Albin Michel en 1938. Il sera l’avocat de Guillaume Apollinaire en 1911 à l’occasion de l’affaire des statues phéniciennes du Louvre. Il sera aussi l’avocat de Louis Dumur et d’Alfred Vallette en 1921 à l’occasion de la parution du Boucher de Verdun. José Théry a collaboré à 63 numéros du Mercure (rubrique des « Questions juridiques ») et à L’Œuvre. Paul Léautaud écrit parfois (comme ce printemps 1909) « Téry », confondant avec la graphie du journaliste Gustave Téry (1870-1928). Il se trouve que ces deux hommes, sensiblement du même âge que Paul, ont écrit dans le quotidien L’Œuvre, dont Gustave Téry a été l’un des fondateurs.
21 Albert Serpette de Bersaucourt (1883-1937), avocat à la Cour d’appel, conseiller d’arrondissement de canton, poète et critique littéraire. En 1912, Bersaucourt sera l’auteur de Pamphlets contre Victor Hugo, Mercure de France, 397 pages. Madame de Bersaucourt se rendra au Mercure le deux mars 1938 afin de récupérer quelques livres de son défunt mari. Questionnée par Paul, elle donnera des indications sur les causes de sa mort à l’âge de 54 ans.
22 Henri Malo (1868-1948), bibliothécaire et conservateur de musée.
23 Les dates de parution du Mercure sont supposées exactes et le sont vraisemblablement. On se souvient que le premier Mercure, daté du premier janvier 1890 est paru en fait à Noël.
24 Faisons une petite place à cette bien oubliée comédienne. Cécile Edmée Leroy, (née Queva) dite Cœcilia Vellini, comédienne à l’Odéon. Cœcilia Vellini a été citée incidemment, une fois, par Maurice Boissard dans sa chronique du seize août 1908 et elle apparaît trois fois en tout dans le Journal littéraire. Cœcilia Vellini était aussi femme de lettres. Voir : Comédienne et Carmélite, étude historique sur mademoiselle Gautier, actrice de la Comédie-Française, puis religieuse Carmélite à Lyon, publié en 1902 par E. Charles. Voir aussi Œuvres dramatiques de Hrotsvitha, vierge et religieuse allemande de race saxonne, traduction littérale par Cœcilia Vellini depuis le manuscrit de Munich, précédée d’une étude historique, 1907. Voir encore Les Gemmes Noires, recueil de onze poésies, 1913. Un de ces poèmes est dédié à Rachilde, l’autre à Aurel. En réponse, dans Poesia de février 1908, Rachilde dédiera « Le Rosaire d’étoiles » à Cœcilia Vellini. Cœcilia Vellini recevra en 1936 le prix Valentine Abraham Verlain de l’Académie française, « destiné à une femme de lettres ou à une artiste malheureuse ».
25 Dans quarante ans (quarante !), le six décembre 1948, Paul écrira dans son Journal : « Qu’est devenue Vellini (nom emprunté à Barbey d’Aurevilly), la maîtresse de Jean de Bonnefon, se prétendant du théâtre de l’Odéon, et disant des vers dans des milieux de ratés ? » Puis « Qu’est devenu Jean Royère, poète mallarmiste, fondateur et rédacteur de La Phalange, son nom éteint comme s’il était mort ? ». Dans cette page où sont évoqués les souvenirs de seize anciennes connaissances qui ne sont pas les plus proches (sauf Georgette), deux noms se réfèrent à cette vieille affaire qui a donc laissé bien davantage de traces qu’on pourrait l’imaginer.
26 Le roman de Jules Barbey d’Aurevilly est Une vieille Maîtresse, paru chez Alexandre Cadot en 1851 « La Vellini » est une vieille maîtresse, sorte de Carmen abandonnée par Ryno de Marigny, qui lui a préféré la belle Hermangarde. Mais la Vellini ne le lâchera pas pour autant… Si je t’aime, prends garde à toi !
27 Sébastien Voirol (Gustaf Henrik Lundqvist, 1870-1930), homme de lettres suédois, journaliste et traducteur, s’est installé à Paris en 1889. Auteur d’une dizaine d’ouvrages d’inspiration orientalo-ésotérique, traducteur de romans américains, allemands, danois et norvégiens, donnant des articles et des chroniques à des organes de presse tels que Les Lettres, La Grande Revue ou Le Figaro, franc-maçon dès 1901, il est intégré à un milieu littéraire et artistique à la fois cosmopolite, mondain et d’avant-garde. Sébastien Voirol a épousé Claudine, sœur des frères Perret en 1901. Voir André Billy, Le Pont des Saints-Pères à partir de la page 125. Un portrait de Sébastien Voirol sera dressé par Maurice Boissard dans sa chronique du Mercure du 16 août 1919.
28 Henri Clouard (1889-1974), journaliste et critique littéraire. Maurassien convaincu, Henri Clouard prendra rapidement une forte influence au sein de la Revue critique des idées et des livres, fondée ce mois d’avril 1909. Henri Clouard participe à La Phalange et écrira dans de nombreuses autres revues. Henri Clouard a participé une dizaine de fois au Mercure, entre janvier de cette année 1908 et 1936. En 1949, Henri Clouard publiera chez Albin Michel le second tome de son Histoire de la littérature. Une notice y sera réservée à Paul Léautaud. Cette « affaire Clouard » est peu documentée mais pourrait avoir (sans certitude aucune) une petite odeur de rivalités entre des revues, le jeune Clouard (vingt ans) ayant été envoyé en éclaireur par Jean Royère pour casser Les Guêpes dans un débat littérature nationale contre littérature étrangère.
29 Là encore, le numéro de La Phalange du vingt février manque cruellement.
30 Ce qui est largement préférable, un duel de Paul contre Jean Royère lui étant peu favorable.
32 Note de La Phalange ou de Paul Léautaud ? : « Celles surtout qui ornent les livres de Paul Léautaud. »
33 Ce numéro est daté du premier février 1909, qui était un lundi.
34 Louis de Gonzague-Frick (1883-1959), poète avant-gardiste et critique littéraire.
35 Jean Mollet (1877-1964) était un proche de Guillaume Apollinaire, qui l’a nommé baron, une sorte de secrétaire, mais pas vraiment qui, flemmard et désœuvré, rendait des services.
36 Jean Poueigh (1876-1958), est surtout connu des Leautaldiens pour avoir mis en musique Le Meneur de louves, roman de Rachilde. Satie le nommera « Cul sans musique ». Aucun enregistrement ne subsiste aujourd’hui. Jean Poueigh est également l’auteur, sous le pseudonyme d’Octave Séré, des Musiciens d’aujourd’hui, édité par le Mercure en 1921. Voir son portait par Paul Léautaud au 14 avril 1908.