La mort de Guillaume Apollinaire

Guillaume Apollinaire n’est pas mort du Covid-19 mais d’un de ses ancêtres les plus meurtriers qui aient été, la grippe dite espagnole.

Ces temps mauvais ont conduit à proposer ici L’Épidémie, nouvelle d’Alberto Moravia, complètement hors-sujet dans ces pages mais pas dans ces temps. Dans la même idée ils conduisent à modifier un calendrier établi de longue date (si ce n’était que la seule modification de nos vies ces temps-ci, ça irait).

Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky est né à Rome où son père officiel, polonais, occupait la fonction harassante de camérier honorifique du pape. Apollinaire est donc son cinquième prénom. De nombreux sites web donneront aux curieux d’autres détails, fort bien documentés.

Guillaume Apollinaire passe sa jeunesse à Monaco et à Cannes avant de « monter » à Paris en 1900. Il a vingt ans, Paul Léautaud vingt-huit.

C’est justement à vingt-huit ans que Guillaume Apollinaire est apparu pour la première fois dans le Journal de Paul Léautaud, le mardi 17 novembre 1908, un des mardis de Rachilde. PL, à son habitude, démolit tout le monde :

Edmond Pilon, empaqueté dans une redingote noire trop grande pour lui, sa tête rouge et fadasse mal posée sur les épaules. Toute l’allure d’un porteur d’eau[1] qui vient demander ses étrennes. Guillaume Apollinaire, la physionomie en cul de poule. Je les dépeignais à van Bever, dans un coin, riant tous les deux. Apollinaire à deux pas de nous. Derrière lui, le dessinateur Rouveyre, nous regardant d’un air méfiant. Van Bever dit à Apollinaire : « Hein ? Vous pensez que c’est de vous qu’on rit. Vous vous dites : Ils se payent ma tête ? » Apollinaire s’en défendant, je lui dis : « Vous savez, on ne fait pas seulement les caricatures des gens avec des traits. On les fait aussi avec des paroles… » Cela a paru dérider un peu Rouveyre, le nouveau grand homme de Gourmont[2].

Puis la guerre est venue. Le décret de mobilisation paraît le premier août 1914. Le Polonais Guillaume Apollinaire n’est pas concerné mais veux s’engager. Le dix août il dépose une demande d’engagement volontaire assortie d’une demande de naturalisation, refusée. Une seconde demande sera acceptée en décembre. Après les mois d’entraînement il sera affecté en Champagne en avril 1915. En mars 1916 Guillaume Apollinaire est enfin naturalisé mais huit jours après il est blessé à la tempe par un éclat d’obus alors qu’il lit tranquillement le Mercure de France dans sa tranchée[3]. Il sera trépané en mai. C’est peu après, peut-être à hôpital de Val-de-Grâce, que sera prise la célèbre photo, anonyme, où on le voit le front bandé. Les cheveux ont à peine repoussé. Il ne retournera plus au combat et sera affecté dans un bureau.

Pour une raison que nous ignorons encore, Paul Léautaud a interrompu son Journal à la mobilisation de 1914 pour ne le reprendre qu’un an plus tard, le sept août 1915 sans rien indiquer, au point qu’une perte de son manuscrit — jamais mentionnée — soit toutefois envisageable.

Ce qu’il nous reste de cette première période sont quelques lettres. Nous commencerons en 1915.

À Guillaume Apollinaire[4]

Fontenay-aux-Roses, le 1er janvier 1915.

Mon cher Apollinaire,
J’ai bien reçu votre lettre, curieuse, surprenante, touchante. J’ai des soucis aujourd’hui. Je vous répondrai dans quelques jours.

Je vous adresse mes vœux, mon cher ami. Vous savez mon amitié pour vous, en effet. Plus d’une fois, tous ces derniers mois, je me suis demandé ou vous pouviez bien être, et à quoi faire ?
Je vous serre bien affectueusement la main.

Paul Léautaud

À Guillaume Apollinaire

Fontenay-aux-Roses, le 12 janvier 1915.

Mon cher Apollinaire,
Si vous avez écrit à d’autres amis en même temps qu’à moi, vous devez savoir maintenant les petites nouvelles du Mercure. La maison est fermée — pour la rédaction — depuis le 31 août dernier, et Valette a la décision formelle de ne reprendre le Mercure qu’à la fin complète de la guerre[5]. Morisse[6] et moi nous avons donc été mis à pied, avec une allocation mensuelle de cinquante francs. De plus, pas moyen de trouver quoi que ce soit à faire d’autre. Vous voyez que la vie s’est compliquée pour nous aussi, pour moi surtout, avec toute la ménagerie dont je suis entouré. On vit, cependant, il le faut bien, on dure comme on peut. J’ai trouvé, pour moi, le mot qui résume mon existence actuelle : j’attends.

Votre lettre, comme je vous l’ai dit, a été une vraie surprise pour moi. Je ne vous aurais pas cru ces dispositions, ces sentiments. Il y avait encore des côtés de vous que je ne connaissais pas. Ou alors, quoi vous a changé ?… Moi, — je ne m’en félicite ni ne me le reproche, — rien de tout ce qui se passe depuis cinq mois passés ne m’a changé sur aucun point et si j’éprouve un sentiment, ce n’est que d’horreur et de dégoût.

Je suis néanmoins heureux de votre bon état d’esprit. Tant mieux, tant mieux ! Du moment qu’on y est, mieux vaut y être avec bonne humeur et acceptation que dans des dispositions d’esprit opposées. Je suis seulement chagrin de vous savoir privé sans doute de bien des choses. Je vous mets dans ma lettre un petit, tout petit, bien petit billet. Ne me remerciez pas. Je suis honteux de faire si peu, avec la vraie et grande amitié que j’ai pour vous. Dites-moi seulement, par un mot, si vous avez reçu, cela uniquement comme renseignement.

Je ne vous souhaite pas bon courage puisque vous l’avez. Je vous souhaite seulement bonne endurance, bonne chance, bonne attention et bonne prudence. Gardez-vous, si l’occasion le veut, en restant humain. Ces choses sont horribles, je n’ai que ce mot pour elles.

À vous bien affectueusement.
Qu’avez-vous fait de votre chatte ?

Paul Léautaud

Mardi 2 Janvier 1917

On a offert, dimanche dernier, un banquet à Apollinaire, à propos de la publication de son dernier livre, Le Poète assassiné[7]. […]

19 février 1917

[…] J’en viens aux obsèques de Mirbeau[8]. Il paraît qu’il est mort, lui aussi, dans le sein de la Patrie, tout comme ce malheureux Gourmont. Justement, ce matin, montant chez Vallette pour compléter des adresses de bonnes feuilles du dernier numéro, je l’entends qui célèbre à Apollinaire la mort de Mirbeau, disant des choses de ce genre. « Tout à fait comme Gourmont. Tout à coup, l’idée de la Patrie leur a fait prendre conscience de certaines choses. Gourmont disant, par exemple, après la mobilisation : C’est tout de même beau, la solidarité. Mirbeau voulant sans cesse avoir la certitude de la victoire. Il n’y a pas à dire, c’est très beau ! » Là-dessus, Apollinaire, en riant, et en me regardant, se met à dire : « On entendra peut-être un de ces matins Léautaud exprimer de ces choses-là ! » Ah ! J’ai vivement répliqué : « Est-ce que vous me prenez pour un ramolli. Quand je ne me suis pas ému ni troublé le premier jour, croyez-vous que je vais le faire maintenant. Je ne suis pas de ces imbéciles. Voyez-vous ce Gourmont, qui fait toute sa vie profession de mépriser tout, et qui prend soudain l’âme d’une modiste. Je le pense et je l’écrirai un jour. Quand un homme a eu, dans toute son œuvre, une attitude intellectuelle et morale qu’il dément et renie ainsi en cinq minutes, c’est un arlequin littéraire et son œuvre égale zéro. La sincérité ne m’importe pas. C’est la solidité d’un esprit qui m’occupe. Gourmont, je le lui ai dit un jour, était un faux sceptique, et pour l’esprit philosophique, il a pu l’avoir comme littérateur. Comme homme, non. Pas l’ombre. »

Jeudi 12 Juillet 1917

Apollinaire est venu me voir ce matin dans mon bureau, pour me demander si c’est dans le prochain Mercure « que je l’injurie » à propos des Mamelles de Tirésias[9]. Je ne sais plus comment la conversation m’a amené à lui parler de tout ce que je pense sur les méfaits du Romantisme, non seulement littérairement, mais encore socialement, et de l’odieux livre qu’est, dans ce sens, par exemple, un livre comme Werther[10]. Il est sur tout cela tout à fait de mon avis, et que, si adversaires que nous soyons de toute cette littérature nous n’en avons pas moins des traces en nous-même, si peu que nous en ayons lu. La conversation a alors un peu tourné, et j’en suis venu à lui dire quel effet différent me produisent les bons et les mauvais livres, les premiers me donnant l’ardeur, la grande envie d’écrire. Les seconds, au contraire, me glaçant par l’idée que je puis faire aussi mal, peut-être. Apollinaire m’a dit être de même à l’égard des premiers, sans avoir toutefois jamais pensé à faire cette remarque sur lui. Sur tout cela, de temps en temps, Apollinaire répondait : « C’est cela. Moi aussi. Je pense absolument comme vous. » J’en vins alors à dire que ce qui m’empêche de travailler davantage, c’est mon manque de confiance en moi, mon incertitude sur l’intérêt de ce que je vais écrire. Apollinaire, et c’est pour arriver à cette réponse que je note tout cela, me fit cette réponse spontanée, presque comme une interruption : « Ah ! non, moi je n’ai pas cela, pas du tout. »

À André Rouveyre[11]

Paris le 11 novembre 1918

Mon cher Rouveyre,
Le pauvre Apollinaire est mort, avant-hier samedi, à six heures du soir. Je l’aimais tendrement, comme homme et comme écrivain. Je suis plein de chagrin. Vous aussi vous allez avoir une grande peine.
Amitiés

Lundi 11 Novembre 1918

À mon arrivée ce matin au Mercure, Vallette m’apprend la mort d’Apollinaire, survenue samedi dernier[12], avant-hier, à six heures du soir, après environ une semaine de mauvaise santé. Grippe intestinale compliquée de congestion pulmonaire. J’ai été atterré. Je perds un ami que j’adorais comme homme et comme écrivain. Il était destiné à devenir quelqu’un. J’avais vu tout de suite en lui le vrai poète, extrêmement particulier, évocateur, avec la Chanson du Mal Aimé, que je fis prendre au Mercure, sans la lecture habituelle, il y a quelques années[13]. Je l’avais rencontré la veille au soir, boulevard Montparnasse, en promenant mes chiens. Nombreux allers et retours ensemble. Je lui avais demandé pourquoi il n’envoyait rien au Mercure. Il m’avait répondu qu’il y avait longtemps qu’il avait envoyé des vers, mais n’en avait pas de nouvelles. Le lendemain matin j’avais le plaisir de lui en donner. J’ai dû noter cela à l’époque[14]. Il y a cinq ou six jours, nous en parlions encore et il reconnaissait que je n’avais pas attendu qu’il eût une petite réputation pour reconnaître son grand talent.

Je suis allé tantôt chez lui. Vu sa femme et une autre dame[15]. Il était sur son lit, caché sous un drap et un amoncellement de fleurs. Hier dimanche on pouvait encore le voir. Dès ce matin, la décomposition du visage a commencé. Il est devenu méconnaissable, personne ne veut plus emporter de lui une telle image et je n’ai pu le voir.

Morisse a fait sur lui pour le prochain Mercure un Écho tout à fait bien[16].

À noter ce détail à propos de la mort d’Apollinaire : L’armistice signé ce matin, et la nouvelle connue aussitôt à Paris, la joie populaire a commencé dans son plein. La rue de Rennes, la place Saint-Germain-des-Prés, le boulevard Saint-Germain remplis par la foule. Sur le boulevard Saint-Germain, sous les fenêtres mêmes de la petite chambre dans laquelle il reposait mort[17], sur son lit couvert de fleurs, des bandes passaient en criant : « Conspuez Guillaume ! Conspuez Guillaume ! »

Mercredi 13 Novembre 1918

Aujourd’hui, à midi, les obsèques d’Apollinaire. Messe à Saint-Thomas-d’Aquin[18], inhumation au Père Lachaise. Beaucoup de monde. Les honneurs militaires rendus jusqu’à la tombe. Il venait d’avoir son second galon de lieutenant. Mme de Kostrowitzky[19] est partie seule, portant entre ses mains croisées devant elle son képi d’officier, comme si elle l’eût tenu sur un coussin, et regardée de loin par tout le monde[20].

Il paraît qu’il a beaucoup souffert pendant les dernières heures, toutefois dans une sorte d’inconscience. Il s’est beaucoup débattu contre la mort. Il disait au médecin qui le soignait : « Sauvez-moi, docteur, sauvez-moi. Je veux vivre ! » Pauvre, pauvre Guillaume.

Quelle tristesse de voir enfouir en terre ce qui fut un être si charmant, un ami si cher, un esprit si curieux de tout.

Un détail amusant. Apollinaire écrivait ses vers en chantonnant un air, toujours le même, sans aucun rapport avec ce qu’il écrivait, puisque, en effet, c’était toujours le même air. C’est sa femme qui remettait ses vers au net, je veux dire qui les recopiait. Un jour qu’elle était à ce travail, Apollinaire dans une autre pièce, il entendit qu’elle chantonnait, tout en copiant, le même air en question.

Vallette a été de mon avis, avant-hier lundi, quand je disais au Mercure qu’Apollinaire serait sûrement devenu quelqu’un dans les lettres.

Je pourrais faire une chanson sur ce sujet : j’avais quatre jeunes écrivains qui me plaisaient, homme et talent. Par ordre alphabétique : Apollinaire, Billy[21], Cros[22], Du Fresnois[23]. Du Fresnois a été porté disparu au début de la guerre[24] et voilà Apollinaire mort. Deux sur quatre, c’est beaucoup.

Déjeuné, en revenant, à 3 heures passées, dans un caboulot de la rue de la Roquette, avec Billy, Dyssord[25] et Pioch[26]. […]

À André Billy

Paris le 19 novembre 1918

Mon cher Billy,
Je ne sais comment vous dire. Le mot compliments serait déplacé. Une sorte de plaisir, oui, c’est plutôt cela. Votre article sur notre pauvre Guillaume, dans l’Opinion, m’a fait grand plaisir, un plaisir d’amitié, de souvenir, de très profond regret pour un ami que j’aimais tendrement. C’est très bien à vous d’avoir dit ces choses si justes et d’avoir donné au mort ce très amical souvenir. J’espère bien, pour vous, et pour moi, que ce ne sera pas le dernier.

[…]

Mon cher André, nous avons perdu un camarade délicieux, un écrivain de très grand talent, un esprit charmant. Nous, au moins, ne l’oublions pas.
Bien affectueusement à vous,

P. Léautaud

Mercredi 20 novembre 1948

[…]

J’ai eu la visite aujourd’hui de René Dumesnil[27], médecin de son état, et écrivain en même temps. Il m’a parlé d’Apollinaire, dont il a su la mort. Aucun étonnement. Il avait vu Apollinaire à sa dernière permission. Son embonpoint, son essoufflement ne lui avaient rien dit de bon. Il me le disait tantôt : « Quand il fut parti, j’ai dit à ma femme : Je ne serais pas étonné si d’ici quelque temps… » Je dis alors à Dumesnil : « Il y a des gens très gros et qui se portent fort bien. — Oui, mais Apollinaire, ce n’était pas du véritable embonpoint, c’était de la boursouflure. »

Morisse m’a raconté ces nouveaux petits détails sur la maladie d’Apollinaire. À un moment, comme sa femme[28] s’inquiétait il lui dit : « Mais non, tu n’as pas à t’inquiéter. Je suis malade, c’est entendu, mais ce n’est rien de grave. Tu vois, je continue à penser, mon cerveau fonctionne. Si j’étais très, très malade, je ne penserais pas, je ne le pourrais pas. »

À un autre moment l’ami russe d’Apollinaire, Serge Férat[29] et Jacques Dyssord arrivèrent. Apollinaire était dans son lit et le regard si étrangement fixe, je pourrais écrire si significativement fixe, que Serge et Dyssord se regardèrent. Dyssord a dit à Morisse : « Nous nous faisions mutuellement l’impression de deux croque-morts. »

Lundi 20 Janvier 1919

Il était six heures moins dix. J’allais partir du Mercure. On vient me dire de la librairie qu’une dame est là, qui se dit la mère d’Apollinaire, qui demande qu’on lui donne ses livres. Doit-on les lui donner ? Je réponds qu’on me fasse venir cette dame.

Je vois entrer une dame assez grande, élégante, d’une allure un peu à part. Grande ressemblance de visage avec Apollinaire, ou plutôt d’Apollinaire avec elle, le nez, un peu les yeux, surtout la bouche et les expressions de la bouche dans le rire et dans le sourire.

Elle me paraît fort originale. Exubérante. Une de ces femmes dont on dit qu’elles sont un peu « hors cadre ». En une demi-heure, elle me raconte sa vie : russe, jamais mariée, nombreux voyages, toute l’Europe ou presque. (Apollinaire m’apparaît soudain ayant hérité en imagination de ce vagabondage.) Apollinaire né à Rome. Elle ne me dit rien du père[30].

Elle me parle de l’homme avec lequel elle vit depuis vingt-cinq ans, son ami, un Alsacien, grand joueur, tantôt plein d’argent, tantôt sans un sou. Elle ne manque de rien. Dîners chez Paillard, Prunier, Café de la Paix, etc.

Elle me dit qu’elle a plusieurs fois « installé » Apollinaire, l’avoir comblé d’argent. En parlant de lui, elle dit toujours : Wilhelm.

Sentiments féroces à l’égard de la femme d’Apollinaire.

∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙ trois lignes de points. ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙

Mme Cayssac[31] présente à l’entretien, estime une fourrure que portait Mme de Kostrowitzky à au moins 4 000 francs. Également des bas de soie épais d’un bon prix.

Elle me dit qu’elle aime beaucoup les chiens, qu’elle ramasse les perdus. Qu’elle ne peut voir ni souffrir les chats. Sur leur compte, toutes les fausses opinions en cours.

Elle me dépeint Apollinaire comme un fils peu tendre, intéressé, souvent emporté, toujours à demander de l’argent, et peu disposé à en donner quand il en avait.

Elle ne m’a pas caché son âge : 52 ans[32]. Fort bien conservée pour cet âge, surtout élancée et démarche légère, aisée.

Elle se plaint qu’on ne l’ait en rien informée de la dernière maladie de Guillaume. Rien qu’un télégramme arrivé un matin à Chatou : Wilhelm grippe sérieuse, inquiétante, grave. Alors qu’il était déjà mort. Elle arrive. Elle trouve Serge (Férat) en bas. Elle le questionne. Il lui répond que c’est très grave. Elle le pousse. Il finit par dire que : c’est fini. Elle grimpe l’escalier en courant et voit son fils mort. Elle prétend qu’il a été mal soigné et que, informée, elle aurait fait venir auprès de lui des médecins plus sérieux.

Elle me dit : « J’ai un autre fils, mon fils Albert. Il est employé de banque à Mexico. Un garçon sérieux, lui, un bon fils. Il écrit aussi très bien. Il écrit là-bas des articles dans un journal financier. » Cela paraît bien être pour elle autrement important que les écrits d’Apollinaire. Je lui dis : « Madame, vous n’avez pas l’air du tout de vous douter de la réputation que s’était déjà faite Apollinaire. »

Elle se plaint que depuis la mort de Guillaume, Ruby[33] ait raconté à tous ses amis les détails de sa vie, à elle, sa mère, alors que lui certainement n’en disait jamais rien. Il amenait à Chatou tel ou tel de ses amis, tous fort polis et respectueux tant à son égard qu’à l’égard de son ami, lequel de son côté les traitait fort poliment.

Elle s’est fort bien rappelé que Guillaume lui a parlé de moi et de son projet de m’amener à mon tour.

Il semble qu’Apollinaire ne lui envoyait pas ses livres. Elle ne connaît pas Alcools[34]. Elle venait d’acheter à la librairie les Calligrammes[35]. Les Mamelles de Tirésias ont été jouées sans qu’elle en soit informée.

Elle a parlé aussi de tout l’argent que les femmes gagnent en ce moment à Paris, avec les Américains et les Anglais. Un ton, un accent tout à fait particulier sur le mot gagnent.

Apollinaire est mort à 38 ans. Si vraiment elle a 52 ans, elle l’aurait eu à 14 ans. Mme Cayssac est d’avis qu’elle s’est un peu rajeunie, en se donnant 52 ans.

À André Salmon

Paris le 22 janvier 1919

Cher Monsieur,
J’ai reçu la visite de Madame de Kostrowitzky. Je me suis offert, pour la satisfaire, à rassembler, autant que possible, tout ce qui a été écrit sur son fils depuis sa mort. J’ai lu de vous dans l’Éveil, au lendemain de la mort de notre ami, un excellent et très juste article. Voulez-vous, si ce n’est pas vous donner trop de peine, m’envoyer le numéro (sous enveloppe, pour qu’il ne s’égare pas dans la masse des autres journaux que nous recevons). Madame de Kostrowitzky ne semble pas se rendre compte de la grande valeur qu’avait son fils. Votre article peut compter au nombre des meilleurs pour l’éclairer.
Avec mes remerciements très sympathiques.

P. Léautaud

Annexes

Compte-rendu du banquet du 31 décembre 1916

En l’honneur de Guillaume Apollinaire à l’occasion de la parution de son recueil de nouvelles Le Poète assassiné.
Hier, des poètes fêtaient un poète[36]

Dans un palace de Montrouge[37], entre treize heures et quinze heures trente on a « assassiné un poète ».

Une centaine de ses meilleurs amis, de ses admirateurs et de ses obligés s’étaient rassemblés à cette occasion. Il s’agissait à dire vrai de fêter, en un banquet, la gloire militaire et littéraire de M. Guillaume Apollinaire, lieutenant d’artillerie et auteur du Poète assassiné, son dernier livre écrit sous l’œil bienveillant de son infirmière, Mme l’ex-ambassadrice Tittoni[38].

Ce fut vraiment une charmante fête de famille. Dès les hors-d’œuvre, les fanes de radis et les peaux de saucisson volaient d’une table à l’autre, bientôt suivis, selon l’ordonnance du repas, par des déchets de « zone de contrefilet à la Croniamantal[39] », des os et des pilons  de « chapon à l’Hérésiarque[40] », des écorces d’orange, des boulettes, puis des croûtons de pain.

Cc jet de projectiles inoffensifs, qu’un poète acharné, M. P.-N. Roinard[41], prédisait devoir se transformer après la guerre en un lancer de grenades, était accompagné de vociférations lyriques et confraternelles.

On peut ne pas être poète et ne s’être jamais égaré dans ces agapes littéraires, mais on devine facilement ce que devait être la fin d’un banquet aussi bien commencé. On hurle : « Des discours ! des harangues ! »

Mais Mme Rachilde se lève. Elle offre la parole à Mme Aurèle[42] qui avait, comme par hasard, préparé quelque chose à lire[43]. Toutefois cette amie des jeunes[44] avait dû se tromper de papier. Son manque d’habitude des banquets, qu’ingénument elle avoua, l’amena à chanter une fois encore la louange de Jean Dolent[45], ce « Joubert de Belleville » chez qui elle fréquenta quelques semaines et dont elle parle depuis tant d’années.

Les gens qui s’étaient réunis pour fêter un vivant estimèrent inopportune cette oraison d’un mort, qui n’est même pas un mort de la guerre. Ils prouvèrent à leur manière qu’ils étaient bien vivants, eux. Scandés sur l’air des Lampions, les cris de : « Aurel, au-réel[46] » ! écourtèrent cette lecture. Ce fut à partir de ce moment un désordre fou. Les poètes s’étaient levés, prêts à se colleter comme des charretiers. Ils s’injuriaient aux quatre coins de la salle ! Dans le tumulte M. Paul-Napoléon Roinard s’époumonait à proclamer : « Apollinaire est un fastueux danseur » et un modèle émancipé s’écriait. : « Chouette alors ! voilà maintenant “Guil’ ” professeur de tango. » Un poète aussi, M. Blaise Cendrars[47], qui a perdu sur notre front son poignet droit, et un journaliste belge, M. Fuss-Amoré[48], se prenaient, de querelle avec M. Jacques Dyssord, qui criait très fort sa qualité de citoyen français, sa fonction de secrétaire général du Tigre et… ses vers.

Après un dernier incident entre M. Eugène Montfort, fondateur des Marges, et M. Apollinaire lui-même, incident qui faillit vider la moitié de la salle, le héros de cette journée de la Saint-Sylvestre n’en remercia pas moins ses amis et porta un toast à la victoire. Ce seul mot rétablit, l’union sacrée. M. Montfort le souligna en buvant à la santé de celui qui avait si bien parlé. En veine d’indulgence, les convives redemandèrent alors à Mme Aurèle de terminer son discours interrompu. Mais elle s’éloigna très digne en déclarant « Il est trop tard, il y a aussi trop de fumée ». Et elle ajouta, entre ses dents : « J’ai vu à ce banquet bien des figures que je ne reverrai plus à mes jeudis[49]. »

La morale de tout ce bruit c’est que notre confrère Apollinaire, critique d’art qui encensa peut-être imprudemment le cubisme, s’est fait des obligés quelque peu bruyants, et que la « bruyance » confine parfois à l’inélégance.

L’Invité.

Les obsèques d’Apollinaire racontées par Blaise Cendrars[50]

Je me trouvais le jour de l’enterrement, à Saint-Thomas d’Aquin avec Raymone[51] et mon ami Fernand Léger[52]. La famille était là, ou plutôt des dames habillées de noir qui représentaient la famille. Il y avait avant tout cette pauvre Jacqueline Apollinaire qui tenait tout juste debout, qui avait une grippe épouvantable, et qu’une chère amie à moi […] de Santiago du Chili accompagnait pour la ramener en auto […]. Il y avait Madame Apollinaire mère, que je n’avais pas l’honneur de connaître, que j’ai vue pour la première fois — vue est une façon de parler —, que j’ai à peine aperçue derrière son voile noir, qui était une femme, a-t-on dit, très autoritaire, devant laquelle guillaume tremblait. Elle a fait preuve de son autorité parce que une heure plus tard, en rentrant du cimetière, elle avait fait apposer les scellés sur l’appartement afin que la pauvre Jacqueline ne puisse pas rentrer chez elle (elle était mariée). Et nous avons été obligés de faire appel au commissaire de police pour faire lever les scellés, c’est vous dire que l’atmosphère n’était pas très drôle.

Il y avait également comme membre de la famille un garçon qui s’appelait Max Jacob[53], qui m’a vraiment fait une impression terrible, ce jour-là, il avait l’air d’un diablotin tombé d’un bénitier dont il émergeait à tout bout de champ, repiquait une tête, allait je ne sais quoi faire derrière les dames en noir, serrait les mains à tout le monde, etc. etc., enfin c’était typiquement Max Jacob mauvaise langue comme il l’était quand il voulait bien l’être.

Enfin, sorti de l’église, le pauvre Guillaume, hissé sur un fut d’artillerie, dûment escorté — comme il était lieutenant — de la troupe et du drapeau, le cortège défila boulevard Saint-Germain sous les huées de la foule, qui huait non pas Guillaume Apollinaire mais Guillaume tout court, Guillaume le kaiser, c’était le jour de l’armistice, c’était le lendemain de l’armistice, les derniers soûlographes, les derniers danseurs dans les rues étaient toujours là et ils poussaient des hurlements affreux. Les plus terribles étaient ceux que j’entendais chuchoter dans mon dos et qui fit que je quittais le cortège au coin du boulevard Saint-Michel et du boulevard Saint-Germain. Derrière — je jetais un petit coup d’œil par-dessus l’épaule — et je vis qui de droit déblatérer sur la poésie et surtout sur les jeunes, qui se sont bien vengés depuis. Je ne dis pas de nom, j’en dis toujours dix fois trop.

Nous sommes entrés dans un bistrot avec Raymone et Fernand Léger, nous avons bu un antigrippe, c’est-à-dire un grog bien tassé, plutôt double et même triple et nous avons pris un taxi.

Et la chose qui me stupéfie jusqu’au jour d’aujourd’hui et qui me fait dire qu’apollinaire n’est pas mort, c’est que, ayant traversé tout Paris en taxi, arrivés au Père Lachaise, le cortège avait disparu. La cérémonie avait eu lieu. C’est Paul Fort qui me dit « Écoute mon petit vieux, tu n’as qu’à grimper, tu verras bien là-haut, il y a deux trous et tu te renseigneras. » Hors, il y avait bien deux trous et entre les deux trous il y avait les employés de chez Borgnol. Je m’adressais au chef de l’équipe qui me dit « Écoutez, moi je ne sais pas c’était aussi bien Apollinaire que Kostrowitzky ou bien un lieutenant. » Il me dit « c’étaient deux lieutenants, je ne sais pas qui est Apollinaire, qui n’est pas Apollinaire », si bien que cinq minutes après l’enterrement, personne ne savait où Apollinaire était logé[54].

Je me suis penché sur les deux tombes, et dans une, à moitié bourrée de mottes de gazon, il y avait une motte congelée qui avait exactement la forme d’Apollinaire et c’est ce qui m’a fait dire « Apollinaire, mes enfants Apollinaire n’est pas mort. »


[1]     Edmond Pilon (1874-1945), poète, critique littéraire, essayiste et éditeur. De ce jour, Paul Léautaud n’évoquera plus autrement ce pauvre Edmond Pilon qu’avec cette image.

[2]     Sans prénom il s’agira toujours de Remy de Gourmont (1858-1915), romancier, journaliste et critique d’art, proche des symbolistes. Léautaud deviendra son intime. Voir le très riche site http://www.remydegourmont.org/

[3]     On raconte que les effets personnels de Guillaume Apollinaire ayant été emportés avec lui, on a retrouvé dans ses affaires le numéro du Mercure de France taché de son sang. Comme Guillaume Apollinaire a été blesse le 17 mars, il s’agit vraisemblablement du numéro du premier mars (le Mercure était bimensuel), où nous trouvons, page 188… une lettre de Guillaume Apollinaire à Alfred Vallette.

[4]     Cette lettre et la suivante proviennent du Choix de pages de Paul Léautaud réuni par André Rouveyre pour les éditions du Bélier en 1945.

[5]     La parution de la revue va en fait reprendre, mensuellement, dès le 1er avril 1915, puis sur le rythme traditionnel bimensuel dès le 1er janvier 1915.

[6]     Paul Morisse a partagé le bureau de PL de janvier 1908 jusqu’en 1911. Paul Morisse est aujourd’hui connu pour être le traducteur des Hymnes à la nuit de Novalis en 1908 (voir au 26 octobre 1908) et aussi de Stefan Zweig pour son Émile Verhaeren, sa vie, son œuvre en 1910. Pour Paul Morisse, voir André Billy, Le Pont des Saint-Pères, Fayard 1947, pages 35-37.

[7]     Guillaume Apollinaire, Le Poète assassiné, couverture illustrée en bleu et rouge de Leonetto Cappiello, représentant un cavalier blessé, et portrait assez laid du « sous-lieutenant Guillaume Apollinaire » avec son bandage par André Rouveyre en frontispice. Édition de la Bibliothèque des Curieux 1916, 316 pages. On pourra lire infra en annexe un compte rendu de ce banquet.

[8]     Octave Mirbeau (1848-1917), auteur célèbre et populaire mais également reconnu par les avant-gardes littéraires et artistiques. On ne manquera pas de visiter le site très complet : http://mirbeau.asso.fr/

[9]     Les Mamelles de Tirésias, drame surréaliste en deux actes et un prologue créé le 24 juin 1917 au conservatoire Maubel, 4, rue de l’Orient (aujourd’hui rue de l’Armée d’Orient, actuel emplacement du théâtre Montmartre-Galabru). En 1947, Francis Poulenc utilisera ce drame comme sujet d’un opéra bouffe.

[10]    Goethe, Les Souffrances du jeune Werther est paru à Leipzig en 1774 et en 1774 à Paris.

[11]    Cette lettre est la dernière de l’édition Mornay de décembre 1929.

[12]    Vallette a peut-être été prévenu par André Salmon, qui visitait Apollinaire tous les jours durant sa maladie.

[13]    Dans le Mercure du premier mai 1909, page 50, dédiée à Paul Léautaud.

[14]    Non. Mais avant cela, le 16 décembre 1907 nous lisons : « J’ai signalé aussi à Vallette des vers apportés récemment par Apollinaire et qui ne sont pas sans attrait. »

[15]    Vraisemblablement la mère d’Apollinaire.

[16]    Dans les « Échos » du Mercure daté du 16 novembre, page 380.

[17]    Guillaume Apollinaire habitait depuis janvier 1913 au 202, Boulevard Saint-Germain, à l’angle de la rue Saint-Guillaume. Une plaque l’indique sur l’immeuble.

[18]    L’église Saint-Thomas d’Aquin, au cœur du VIIe arrondissement, est un lieu assez privilégié. Sa façade donne sur une petite place circulaire, assez fermée et permettant donc de se retrouver après l’office, alimentée par deux petites rues discrètes et pourtant à une centaine de mètres du croisement entre le boulevard Saint-Germain, la rue du Bac et le boulevard Raspail, pas très loin de chez Gallimard.

[19]    Vraisemblablement Angeliska de Kostrowitzky (1858-1919), mère de Guillaume Apollinaire (parfois connue sous le prénom d’Olga), sa femme Jacqueline se faisant appeler Madame Apollinaire. Les journaux étant remplis de l’armistice, cet enterrement a été peu commenté.

[20]    Nous pourrons lire le texte du témoignage de Blaise Cendrars au micro de François-Achile Roch, le 15 septembre 1954 ci-dessous en annexe page 695. Voir aussi Louise Faure-Favier, Souvenirs sur Apollinaire (Grasset 1945).

[21]    Romancier et biographe, André Billy (1882-1971) écrira sur Diderot, sur Balzac, sur Sainte-Beuve, sur son ami Apollinaire, dont il éditera les œuvres poétiques dans la Pléiade, sur Max Jacob… Il écrira aussi quelques livres de souvenirs parisiens. Il sera membre de l’académie Goncourt en décembre 1944.

[22]    Guy-Charles Cros (1879-1956), professeur de collège et traducteur, a été le secrétaire d’Adolphe van Bever au début de 1914. Le 13 octobre 1940 nous le retrouverons « bibliothécaire au musée de la Guerre, au château de Vincennes ». Son père, Charles Cros (1842-1888), était poète et inventeur du phonographe, qu’il n’a pu réaliser faute de moyens.

[23]    André du Fresnois (André Casinelli, 1887-disparu en 1914), personnalité royaliste, critique dramatique talentueux à la Revue critique des idées et critique littéraire à la revue de L’Action française.

[24]    Le 22 août 1914.

[25]    Jacques Dyssord (Jacques Moreau de Bellaing, 1880-1952), licencié en droit, poète et écrivain, ami d’André Billy qui écrira dans Le Pont des Saint-Pères, page 29 : « Sur Jacques Dyssord, c’est un livre que je pourrais écrire ». Dans sa critique des Poètes d’Aujourd’hui parue dans L’Œuvre du 11 mars 1930, regrettant son absence dans ce choix, André Billy écrira : « Il fallait y mettre le douloureux, le capricieux, le désenchanté Jacques Dyssord. »

[26]    Journaliste et militant communiste, Georges Pioch (1873-1953), publie des recueils de poèmes au Mercure de France et participe à la revue Vers et prose de Paul Fort. Rédacteur en chef de Gil Blas en 1910, des Hommes du jour en 1914, il a milité pour la libération d’Alfred Dreyfus.

[27]    René Dumesnil (1879-1967), médecin, critique littéraire et musicographe. René Dumesnil, spécialiste de Flaubert a épousé en 1907 Louise Laporte, fille du principal ami de Flaubert et a donc eu accès à sa correspondance.

[28]    Jacqueline Kolb (Louise Kolb, 1891-1967), a épousé Guillaume Apollinaire le 2 mai 1918 dans la plus stricte intimité. Seuls étaient présents Pablo Picasso, Lucien Descaves, Ambroise Vollard et Madame Picabia. Son amie proche, Laure Faure-Favier, qui donne cette indication, n’avait pas été conviée.

[29]    Serge Férat (Sergueï Nikolaïevitch Iastrebzoff, ou Jastrebzoff ou Yastrebzov 1881-1958), ami intime d’Apollinaire, peintre et décorateur, il a réalisé les décors et les costumes des Mamelles de Tirésias. Dans ses Souvenirs sur Apollinaire, Louise Faure-Favier a écrit que Serge Iastrebzoff a acheté le magazine Les Soirées de Paris en septembre 1913.

[30]    La tradition veut qu’il s’agisse de Francesco Flugi d’Aspermonte né le 18 juillet 1836 à Naples.

[31]    Marie Galier (1868-1950) a épousé en 1895 Henri Louis Cayssac (1849-1924). Anne Cayssac sera l’une des deux femmes, avec Marie Dormoy, ayant le plus compté dans la vie de PL. Toute sa vie, PL a été écartelé entre le plaisir physique qu’il prenait avec Anne Cayssac, bien plus qu’avec aucune autre femme, et son caractère absolument détestable. On peut dire que le seul amour de la maturité de Léautaud a été Anne Cayssac et personne d’autre.

[32]    Olga de Kostrowitzky, née en 1858 a donc soixante ans en 1919. Elle mourra le 9 mars. Voici le portrait qu’en dresse André Billy selon Louise Faure-Favier dans ses Souvenirs sur Apollinaire (Grasset 1945) : « — Une femme intelligente, de la race à coup sûr. Oh ! rien d’une douce maman française ! Elle traite son fils en petit garçon. Guillaume a dû, d’ailleurs, lui “en faire voir de toutes les couleurs” ! Pas une méchante femme. Je la crois même bonne à sa manière. »

[33]    Jacqueline Kolb, objet de la note 24.

[34]    Recueil de poésies, Mercure de France, 1913

[35]    Recueil de poésies, Mercure de France, avril 1918.

[36]    Ce texte est paru dans L’Œuvre du premier janvier 1917, page deux. On pourra lire également un compte-rendu de ce banquet par Louise Faure-Favier dans le Mercure du 16 janvier 1917.

[37]    Le quartier de Montrouge, à Paris. Ce banquet s’est tenu dans l’ancien palais d’Orléans, à l’endroit même où eut lieu jadis le banquet Paul Verlaine, au 198 avenue du Maine (sur l’arrière), construit à la charnière du siècle et particulièrement adapté à ce type d’activités. Après avoir été un collège d’enseignement privé catholique, puis le siège de la CGT ce bâtiment est aujourd’hui un immeuble d’habitations.

[38]    Tommaso Tittoni (1855-1931), diplomate et homme politique italien. Tommaso Tittoni a été ambassadeur d’Italie en France d’avril 1910 à novembre 1916.

[39]    Le poète assassiné en question se nomme Croniamantal.

[40]    L’Hérésiarque et Cie, recueil de contes, Stock, 1910.

[41]    Sur Paul Napoléon Roinard (1856-1930), « vague poète bohème, révolutionnaire et ignoré », on lira avec intérêt la journée du 24 mars 1906 du Journal littéraire de Paul Léautaud.

[42]    Aurélie de Faucamberge (1869-1948) se faisait appeler Aurel (sans e). Elle a épousé successivement le peintre Cyrille Besset (1861-1902) et l’auteur dramatique Alfred Mortier (1865-1937). Aurel tenait salon au 20, rue du Printemps, dans le quartier de Wagram. Voir un bref portrait dans André Billy, La Terrasse du Luxembourg, page 260.

[43]    Journal littéraire au deux janvier 1917 : « On a offert, dimanche dernier, un banquet à Apollinaire, à propos de la publication de son dernier livre, Le Poète assassiné. Aurel a eu un grand succès. Elle avait prévenu : “Si je suis seule à parler, je parlerai six minutes. Si d’autres doivent parler, je parlerai un quart d’heure”. Il paraît qu’au bout de trois mots, elle a dû se taire, puis s’en aller, sous les quolibets, les huées, le chahut de la salle, notamment de peintres cubistes présents, son projet étant de parler du Cubisme. Auparavant, cet exemple de la vanité de cette sotte : elle n’avait accepté, nommée avant elle sur la carte d’invitation, qu’une seule personne : Rachilde. »

[44]    On comprend ce que cela veut dire.

[45]    Jean Dolent (Charles-Antoine Fournier, 1835-1909), écrivain et critique d’art.

[46]    « Au réel » ?… Le signataire de cette chronique est bien aimable.

[47]    Blaise Cendrars (Frédéric Sauser, 1887-1961), écrivain suisse naturalisé français en 1916. Nous lirons son récit des obsèques de Guillaume Apollinaire ci-dessous.

[48]    Henri Fuss-Amoré (1882-1964), journaliste belge, figure de premier plan du mouvement syndicaliste révolutionnaire et libertaire belge.

[49]    Comme Rachilde le mardi, Aurel recevait le jeudi.

[50]    Au micro de François-Achile Roch pour la RTS (Radio-télévision Suisse), le 15 septembre 1954. Le son de cet entretien n’est pas d’excellente qualité, comme on s’en doute, et a été ici transcrit avec quelques difficultés. Par ailleurs, comme pour toute transcription de témoignage oral, la ponctuation est arbitraire.

[51]    Raymone Duchâteau (1896-1986), actrice, a rencontré Blaise Cendras en 1917 et ils resteront unis jusqu’à leur mort sans que forcément elle accompagne Cendrars dans ses voyages. Ils se marieront en 1959. Raymone a continué sa carrière de comédienne après sa rencontre avec Cendras et on peut la voir dans de nombreux films, notamment Des pissenlits par la racine de Georges Lautner où Raymone est la femme qui chante « Y’a un cadavre dans la contrebasse » ou dans son dernier film, Que la bête meure, de Claude Chabrol (1969) où elle est la « Mère de Paul », lui-même interprété par Jean Yanne.

[52]    Fernand Léger (1881-1955), peintre cubiste et plus généralement artiste plasticien, Élève architecte, cadet d’un an de Guillaume Apollinaire, Fernand Léger découvre Paris comme lui, en 1900. Face à l’intense foisonnement intellectuel et pictural de la capitale, Fernand Léger abandonne rapidement ces études pour s’intéresser à la peinture. En 1918, Fernand Léger a illustré un ouvrage de Blaise Cendrars.

[53]    Max Jacob (1876-1944), peintre, poète et romancier au destin compliqué.

[54]    logé peu audible et incertain.