Le Mercure 999-1 000

Quatre grandes dates, d’abord, 1890, 1935, 1938 ; 1940. C’est donc allé très vite, ces cinq dernières années.

Mercure numéro 999-1 000 daté du « premier juillet 1940 / premier décembre 1946

Mercure numéro 999-1 000 daté du « premier juillet 1940 / premier décembre 1946

Le premier janvier 1890 paraît le premier numéro du Mercure de France, du moins est-ce la date inscrite sur le numéro, nous savons que c’était plutôt le 25 ou 26 décembre ;

Le 28 septembre 1935, Alfred Vallette meurt. Georges Duhamel prend la succession ;

Premier mars 1938, Georges Duhamel quitte la direction du Mercure et laisse la place à Jacques Bernard mais conserve le titre d’administrateur général ;

Premier juin 1940, dernier numéro (998) du Mercure ;

Décembre 1946, numéro 999-1 000, couramment appelé « numéro 1 000 ».

On peut penser le plus grand mal de Jacques Bernard et de sa collaboration avec l’occupant qui lui a valu la prison à la Libération et qui souhaitait être le premier à publier des extraits de Mein Kampf en France1. Il reste que lorsque l’on regarde le sommaire de ce dernier Mercure on ne peut que s’incliner :

Sommaire du numéro 998, de juin 1940

Les revues de 2022 offrant un tel sommaire se nomment Esprit, La NRF (toujours elle) et La Revue littéraire (2004-2018) de Léo Scheer « en sommeil » et qui ne reparaîtra peut-être jamais2.

Des témoignages précis de la reparution du Mercure de France ont sans doute été consignés quelque part. Nous en savons bien davantage sur la reparution de La Nouvelle NRF en janvier 1953. Introvertis, extravertis ? Certes mais pas uniquement.

Le premier numéro de La Nouvelle nouvelle revue française d’après-guerre, nouveau numéro 1, datée de janvier 1953

Le premier numéro de La Nouvelle nouvelle revue française d’après-guerre, nouveau numéro 1, datée de janvier 1953

La revue du Mercure a cessé de paraître après le numéro de juin 1940, dès l’arrivée des Allemands à Paris alors que La NRF a continué encore trois années pleines sous la direction de l’élégant Pierre Drieu La Rochelle jusqu’au numéro de juin 1943. Malgré de violentes restrictions de papier la revue offrait encore 128 pages (138 avec la publicité et la couverture) et Paul Léautaud y publiait des fragments de son Journal (pages 684-700).

À la reparution du Mercure en décembre 1946 Paul Léautaud n’y travaillait plus depuis plus de cinq ans. Jacques Bernard démis, après un bref intérim de Marcel Roland3 à l’automne 1944, Georges Duhamel, toujours administrateur général, avait placé des amis à lui : Paul Hartmann4, directeur du Mercure de France (maison d’édition) et Samuel Silvestre de Sacy5, rédacteur en chef de la revue.

À quelle date ont été recrutées ces deux personnes. Georges Duhamel a-t-il recruté le seul Paul Hartmann, qui a fait venir Samuel Silvestre de Sacy ou bien a-t-il recruté les deux ? Dans deux lettres à Marie Dormoy, Samuel Silvestre de Sacy apparaît le 28 septembre et Paul Hartmann cinq jours plus tard, le trois octobre. Mais dans le Journal littéraire, la reparution du Mercure est annoncée le 22 septembre sans qu’aucun de ces deux noms ait été cité. Parce qu’on ne les connaissait pas ? Cela donne en tout cas une idée de la rapidité à laquelle les choses se déroulaient à l’époque.

Lettre de Paul Léautaud à Marie Dormoy datée du 28 septembre 1946 :

Le Mercure reparaîtra le 1er Décembre. J’ai reçu à ce propos une lettre charmante du directeur M. Hartmann. Je suis allé le voir le lendemain. Il m’a présenté le nouveau directeur de la revue, ce M. de Sacy, qui a longtemps vécu en Indochine. Un accueil merveilleux de tous les deux. Ce M. de Sacy a encore mes feuilletons des Nouvelles littéraires qu’il découpait à l’époque. Il faut absolument que je fasse partie de la revue. Le Mercure sans moi ne serait plus le Mercure. Toujours pleine liberté. Reprise de la publication du Journal par fragments dans chaque numéro. Rétablissement de ma rubrique : Gazette d’hier et d’aujourd’hui. Quand j’aurai un sujet d’article, que je l’écrive et l’apporte. Il passera aussitôt. Enfin, une merveille. Sur le moment, certes, j’y ai été sensible, j’en ai eu une certaine satisfaction. Deux jours après, plus rien. Je regrette maintenant de m’être laissé engager à ce point. J’ai perdu l’habitude d’une collaboration régulière. Le Journal m’intéresse à peine. Un fragment dans chaque Mercure ? Et le travail que ce sera ? J’ai bien peur de n’être pas long à tout laisser tomber.

En attendant de laisser tomber, Paul Léautaud a travaillé très vite. Mais en même temps il s’agit de textes qui étaient prêts pour le Mercure de juillet 1940 qui n’est pas paru.

Lundi 30 Septembre 1940

J’ai remis tantôt à M. Paul Hartmann — le nouveau directeur de la revue, M. Samuel de Sacy n’était pas encore arrivé, — le texte de ma collaboration au Mercure du 1er décembre dit « numéro 1 000 ». J’ai à lui remettre maintenant, et sans trop attendre, une bonne cinquantaine de pages du Journal, dont la publication reprendra dans chaque numéro, et de façon qu’il ait un « marbre » composé à l’avance.

C’est une singulière impression que me fait cette réapparition du Mercure et la reprise de ma collaboration régulière. À la fois, comme une sorte de suppression des années de guerre ayant interrompu l’un et l’autre, et comme une sorte de rajeunissement, illusoire, hélas ! Je l’ai eue très vive en quittant le Mercure, mais très vite passée.

Mardi 8 Octobre 1940

Ce matin, du Mercure, convocation pour une assemblée générale des actionnaires le 24 courant. Dans l’énoncé de l’ordre du jour, ceci : ratification de la nomination de Georges Duhamel comme administrateur, président du Conseil d’Administration et directeur général de la Société du Mercure de France. Rien à dire pour les deux premières qualités, mais la troisième ? Qu’est-ce que c’est que ce nouveau personnage dans la maison : directeur général de la Société du Mercure de France ? Jamais cela n’a existé jusqu’ici. Et ce mot : ratification ? Ce mot veut dire : approbation de mesures déjà prises. Or, c’est là la première nouvelle.

De plus, pas un mot de M. Paul Hartmann comme directeur administratif, ni de M. Samuel de Sacy, comme directeur de la revue ?

Jeudi 24 Octobre

Tantôt, à 5 heures, assemblée des actionnaires du Mercure, sous la présidence de Duhamel, président du Conseil d’Administration et qui a été confirmé dans ses fonctions de Directeur général de la maison. Il m’a confirmé lui-même, à notre départ, que ce titre est purement et uniquement administratif.

Revu là bien des gens, et spectacle peu réjouissant. L’ancien caissier Blaizot6, devenu tout à fait un petit vieux bien propre. Fontainas7, une ruine, plié en deux. Rachilde, ruine féminine égale à celle qu’est devenue le fléau8. Il m’a paru qu’elle a eu un mouvement pour venir à moi. Je lui ai tourné le dos. Cette folle, qui m’a fait une scène si bête à la dernière assemblée, je ne sais plus trop à quelle époque9 ! Mme Robert Fort, la fille de Vallette, au visage qui commence à se marquer. Charles-Henry Hirsch à peine changé, toujours élégant, soigné, une certaine distinction, comme il a toujours été. Je me demande comment il peut continuer, car il est hors d’état d’écrire, et ses livres, qui ne se sont jamais vendus, ne peuvent pas lui constituer un revenu. Avec lui, sa femme, qui est mieux, avec les années, qu’elle n’a jamais été.

Toujours accueil charmant de M. Paul Hartmann, et de M. Samuel Silvestre de Sacy, le directeur du nouveau Mercure.

Une prochaine assemblée aura lieu probablement en décembre10, pour nous faire part de certaines questions financières, et pour procéder à la nomination de M. Paul Hartmann, comme directeur commercial, édition et librairie, et de M. de Sacy comme directeur de la revue.

Un actionnaire, dont je n’ai pas retenu le nom, était assis à côté de moi. Quand Fontainas a fait son entrée : « C’est M. Fontainas, n’est-ce pas ? — Oui. — Il est bien vieux. — Oh ! il n’a jamais été jeune. — Cela, c’est vrai. »

Avant de me rendre à cette assemblée, passé un moment à la librairie Monnier, où j’avais à voir le jeune Maurice Saillet11. […] Paul Hartmann lui a demandé de prendre dans le Mercure la rubrique de la Poésie. Il n’a pu avoir de lui une réponse certaine. Je me suis mis à lui dire qu’il doit la prendre, que c’est intéressant, que cela pourrait lui être un bon début de carrière littéraire. Il m’a fait cette réponse : « Écrire à l’ombre de Duhamel… » À son avis, l’idée de l’omnipotence de Duhamel dans le Mercure, que tout le monde aura plus ou moins, à tort ou à raison, nuira à la revue, en détournant les jeunes gens, même un certain public. Il explique aussi que le Mercure, comme maison d’édition, n’a qu’un seul auteur de grande vente, Duhamel, alors qu’une maison, comme Gallimard, en a dix, quinze, vingt, plus peut-être, et que c’est là encore un aspect peu favorable. Il ne reconnaît au Mercure que ce mérite, et cette honnêteté, de publier ses livres à des prix raisonnables pour l’époque présente, auprès des prix assez élevés que pratiquent la N.R.F. et autres éditeurs.

Maurice Saillet annonce aussi comme certain, dans les six mois à venir, la disparition d’un bon nombre d’éditeurs dans ceux qu’on a vus se créer depuis la libération.

Vendredi 22 Novembre

Je disais à Rouveyre tantôt les petites innovations apportées par M. Paul Hartmann et Samuel de Sacy au Mercure qu’ils vont faire reparaître : sur la couverture conservée violette le titre : Mercure de France en rouge. Les noms des auteurs des articles, en tête de ceux-ci, et non plus à la fin. Peut-être d’autres qu’ils n’ont pas eu l’occasion de me dire. Rouveyre m’a rappelé, là-dessus, un mot de Vallette dans ses dernières années : « Quand je ne serai plus là, que deviendra le Mercure ? » Nous le verrons l’année prochaine.

Pour le moment, on peut parler du personnel. Dans la librairie, rien de changé. Pour la rédaction, c’est autre chose. Du temps de Vallette, il y avait : lui comme directeur. Dans le bureau précédant le sien, Jacques Bernard, comme chef de fabrication, un employé pour tenir le registre de la composition de chaque courrier, recevoir les épreuves, les calibrer, recevoir des auteurs les épreuves corrigées, faire le service de distribution des « bonnes feuilles », enfin Dumur, travaillant, tantôt dans le bureau de Vallette, tantôt chez lui12, à la correction des épreuves en bloc de chaque numéro et à la lecture des manuscrits.

Aujourd’hui, il y a : M. Hartmann, comme directeur de la maison. Dans le bureau antichambre, deux dames secrétaires. Dans l’ancien salon de Rachilde, derrière le bureau de la revue : M. de Sacy son directeur, Marcel Roland, qui me paraît s’en occuper également, et deux dames secrétaires13.

J’ai pris aujourd’hui à la librairie un exemplaire de l’imprimé adressé à tous les anciens abonnés pour les aviser de la prochaine publication du numéro 1 000, et de la publication reprise de la revue à compter du 1er janvier 1947. Les écrivains collaborant à ce numéro 1 000 sont mentionnés dans l’ordre alphabétique. Il est vrai qu’il s’agit là, si je ne me trompe, de la publication de lettres écrites par lesdits écrivains, à leurs débuts, à Alfred Vallette. Je retiens quand même le nom de Fontainas. Il est plus que probable qu’on reverra dans le nouveau Mercure ce symboliste invétéré et médiocre, qui écrit encore, malgré les années, dans le même jargon qu’à ses débuts, qui faisait partie, comme autrefois Quillard14 et son fidèle Collière15, de ceux que Vallette appelait les « boulets de la maison », qu’il fallait traîner contre son gré, c’est-à-dire les camarades de jeunesse, des débuts, et qui s’étaient accrochés. M. Samuel de Sacy, quand il m’a parlé de Fontainas, m’a paru avoir pour lui une véritable dévotion littéraire, et poétique, par surcroît (Fontainas, vu d’Indochine, fait peut-être illusion ?), ainsi, je crois bien, que M. Paul Hartmann. Comme je l’ai noté, et même exprimé verbalement, je ne serais pas étonné, à la réapparition du Mercure, qu’un échotier malicieux, et d’aujourd’hui, se demande qu’est-ce que c’est que tous ces vieillards qui réapparaissent. Que dira-t-il du mort Fontainas ? À moins qu’ignorant complètement ce nom, ce dont il sera grandement excusable, il le prenne pour un débutant.

        À Paul Voivenel16

le mardi 26 novembre 1946

        Cher Monsieur Voivenel,

Qu’il y a longtemps que je n’avais de vos nouvelles ! Je me suis souvent demandé, pendant l’Occupation, ce que vous deveniez, au milieu de tout ce qu’on racontait qui se passait à Toulouse. Je vois, comme pour moi-même, que vous avez passé au travers de tout et que vous êtes toujours là.

J’ai trouvé tantôt au Mercure l’exemplaire des Forces mystérieuses de l’esprit17. Tous mes remerciements. Travailler est encore le meilleur moyen d’échapper aux jours que nous vivons.

Je remettrai votre lettre à la direction du Mercure. Vous devez savoir que depuis septembre 1941, je ne suis plus dans la maison, ayant été mis dehors par Jacques Bernard.

Le Mercure va reparaître en effet le 1er janvier prochain, mensuel. Il aura à peu près 100 pages de moins sur ce qu’il était18. Les rubriques n’y seront pas en grand nombre. Si je puis savoir quelque chose sur celle que vous teniez, je vous en informerai. La revue sera uniquement littéraire. Absolument aucune politique. C’est carrément arrêté. Toute liberté aux collaborateurs. On est bien décidé à écrire en langue française, ce qui le distinguera du charabia pseudo-philosophique dont sont remplies toutes les revues nouvelles. Enfin, on a assez d’espoir de ne pas le faire reparaître en vain.

Je n’ai pas oublié les traits généreux à votre actif pendant la guerre 14-18 dont vous m’avez fait part. C’est dans ce souvenir que je vous prie de croire à toutes mes cordialités.

P. Léautaud

Mardi 3 Décembre

Je suis passé tantôt au Mercure, à la librairie. Les abonnements marchent. Beaucoup d’anciens abonnés qui reviennent. Il faudra voir ce qu’il en sera de l’étranger. J’ai vu quelques coupures de journaux annonçant la réapparition. Dans certains, des appréciations comme celle-ci : on va revoir une revue où la liberté d’écrire était entière19.

C’est le côté administratif qui m’inquiète. Déjà, le numéro 1 000 qui devait paraître le 1er décembre est reculé d’une dizaine de jours, fait imputable, paraît-il, à l’imprimerie Firmin-Didot, les arrêts d’électricité n’arrangeant pas les choses. On prévoit bien d’autres empêchements à la marche régulière des industries et du commerce. Le manque de charbon, par exemple. Fichue époque, dans ce domaine aussi.

Mauvaise surprise pour moi. Par négligence, par distraction, par confusion, absorbé aussi par le travail de ce prochain petit volume20 et celui chaque jour de mon Journal, je ne serai pas dans le premier numéro de la reprise du Mercure, n’ayant rien donné, alors que M. Hartmann m’a demandé, voilà plus d’un mois, de lui donner la matière du Journal pour trois numéros au moins, de façon à pouvoir faire composer à l’avance. Je n’ai rien à dire. C’est de ma seule faute21.

Le mardi 24 décembre, André Gide écrit une lettre à Paul Léautaud dans laquelle il évoque son « articulet d’hier au Mercure ». L’articulet en question est « Le groupement littéraire qu’abritait le Mercure de France », paru page 168 du Mercure numéro 1 000 dont nous connaissons maintenant la vraie date de parution. Cette date sera confirmée le 26 :

Jeudi 26 décembre 1946

Passé ensuite au Mercure. Mlle Blaizot, sans que je le lui demande me donne un numéro 1 000, bien que, à son avis, je doive en recevoir un comme collaborateur. Je l’ai coupé ce soir22, presque lu en entier, en tout cas, bien regardé dans tout son contenu. Il est remarquablement composé. Pas une page sans intérêt. Les pages de Gide, sur le groupement littéraire qu’abritait le Mercure de France (il le considère à ses débuts, ou presque), sont excellentes, justes. Il marque bien qu’il s’y trouvait un peu comme un étranger. On a toujours dit, au Mercure, qu’il y avait une rivalité dissimulée entre Gourmont23 et lui, et qu’il avait préféré ne pas rester dans la maison pour n’y pas être le « premier ». Ce qui n’empêche pas qu’il n’en a jamais, dans la suite, retiré les ouvrages qu’il y avait publiés : La Porte étroite, L’Immoraliste, les Prétextes, Oscar Wilde.

Les quatre pages d’Adrienne Monnier : Le Mercure vu par un enfant, sont d’une fraîcheur, d’une jeunesse, d’une grâce qui ont été une surprise pour moi. Je ne la connaissais pas sous ce jour.

Lundi 30 décembre

Passé au Mercure. D’abord à la librairie. Tout le monde a lu l’article du jeune Saillet, dans Combat24 sur le numéro 1 000, et écrit au journal pour demander une demi-douzaine de numéros, chacun voulant en avoir un pour soi.

Vu ensuite à la rédaction M. de Sacy et M. Hartmann. Je voulais demander si on ne fait pas de « bonnes feuilles », — comme autrefois, — pour les collaborateurs, — elles me sont très utiles à moi, pour constituer le dossier destiné à servir pour la publication en volumes. On a bien tiré des numéros en « bonnes feuilles », mais toutes épuisées par les demandes de journalistes, qui n’ont même pas pu être satisfaites toutes. Il paraît que le numéro 1 000 est un vrai succès. Mlle Monnier, qui en avait demandé 20 exemplaires pour sa librairie, en a redemandé 20 autres. C’est merveilleux, pour une librairie, qui, — à en juger par les livres qu’elle vend et les clients qu’elle a, j’en ai pu juger par les petites visites que j’y ai faites ces derniers mois, — est un peu, comme je l’ai dit une fois au jeune Saillet, une sorte de librairie de l’Hôtel de Rambouillet25.

MM. Paul Hartmann et de Sacy m’ont confirmé ce que m’a dit jeudi dernier Adrienne Monnier « Saillet s’est décidé à prendre la rubrique de la Poésie dans Le Mercure26. » C’est moi, paraît-il, qui ai réussi à l’y décider, à telle enseigne, même, que sa première rubrique m’est, en quelque sorte, dédiée27. La part qu’il m’a faite, dans son article de Combat28, sur le numéro 1 000, la dédicace de cette première rubrique, le portrait de moi que donne Gide dans son article sur Le Groupement littéraire du Mercure, ce que Mauriac écrit à mon sujet dans le sien29 (je ne l’avais pas lu, c’est Rouveyre qui me l’a signalé un moment après), je vais passer pour un personnage aux yeux des lecteurs de ce numéro.

Au cours de la conversation, j’ai demandé à M. Hartmann et à M. de Sacy, avec beaucoup de circonspection, de ménagements, à titre de « simple curiosité », les laissant libres de ne pas me répondre : « Et Magne30 ? Et Brunet31 ? Comment se fait-il qu’on ne les revoie pas ?… » J’ai eu cette réponse de M. Hartmann : « Ils ne se sont pas manifestés. » Ils ont adopté une nouvelle façon pour la critique des ouvrages de littérature. Au lieu qu’elle soit tenue, comme dans l’ancien Mercure, par un seul titulaire, les ouvrages pour comptes rendus seront remis tantôt à celui-ci, tantôt à celui-là, façon de faire qui était celle du Mercure à ses débuts, mais qui ne vaut pas, de bien loin, la rubrique tenue par un critique seul titulaire de cette rubrique, les deux en prenant plus d’importance, plus de sérieux aux yeux des lecteurs. Vraiment, modifier cela n’est pas une idée heureuse.

[…]

Passé ensuite chez Rouveyre […]. Il est loin d’être emballé par le numéro 1 000 et les critiques qu’il m’en a faites ne manquent pas de justesse et me font en rabattre de ma première appréciation. « Ces articles, papiers de Vallette, qui certainement n’aurait pas permis leur publication. Ces lettres d’écrivains à leurs débuts. Ces petites histoires sur l’édition d’un roman de Vallette. C’est pitoyable. C’est absolument sans aucun intérêt. C’est la corbeille à papiers. De plus, rien sur Gourmont, l’homme et l’œuvre, qu’on aurait pu, qu’on devait évoquer en quelques pages, oublié, négligé, procédés fâcheux, plus que fâcheux s’ils ont été voulus. Et cette couverture du Mercure, si sobre, si bien établie. Non, vraiment, c’est une erreur, un manque de goût complet. Ces gens-là n’y connaissent rien. Ils vont perdre la revue. »

[…]

Une partie du numéro 1 000 nous a trouvés d’accord, Rouveyre et moi, pour la trouver remarquable : la lettre de Nietzsche à Peter Gast Sur la distinction32. Accord tout naturel : il y a de lui, et il y a de moi dans cette lettre.

1947

Vendredi 3 Janvier 1947

Été au Mercure, voir M. de Sacy […].
Je lui ai exprimé ma surprise, et combien c’est regrettable, qu’il n’y ait rien, dans le numéro 1 000, ou de Gourmont, ou qui le rappelle, Gourmont ayant eu et tenu une grande place dans l’ancien Mercure. Il m’a répondu que M. Hartmann et lui-même se sont bien rendu compte qu’il manquait dans le numéro, mais qu’ils n’ont rien pu avoir dans les papiers de Vallette. De plus, plus d’ayants-droit de Gourmont à qui s’adresser. M. de Sacy dit : « On aurait pu demander quelque chose à Brunet33 ? Connaissez-vous quelqu’un ? » Je lui ai dit qu’il y a Rouveyre, de qui tout ce qu’il a écrit sur des écrivains est remarquable, qu’il a une grande force d’observation, d’analyse, que même sa façon d’écrire, son vocabulaire y ajoutent, que si les écrivains sur lesquels il écrit ont une survie, on ne pourra pas négliger ses travaux, tout ce qu’il a écrit sur des écrivains est remarquable : Moréas34, Apollinaire, Le Reclus et le Retors (Gourmont et Gide), que lorsqu’il aura un moment il lise son introduction au Choix de pages35. Il m’interrompt : « Je l’ai lue. En effet, c’est remarquable. Nous ne demanderions pas mieux de publier quelque chose sur Gourmont. Pensez-vous que Rouveyre s’en chargerait ? » J’ai répondu que je lui en parlerai et qu’il était à peu près certain qu’il accepterait. Il s’est mis à me dire : « Mais vous-même, vous avez beaucoup écrit sur Gourmont ? » J’ai dit oui, dans mon Journal, qu’il avait même été question, à un moment, sur la proposition de Vallette, de réunir tout cela dans un volume sur Gourmont, projet qui n’a pas eu de suite, je ne sais plus pourquoi36. Enfin, j’ai conclu : « Alors, c’est entendu ? Si Rouveyre accepte d’écrire quelque chose, vous le prenez ? — Nous en serons même très heureux. »

La reparution du Mercure dans quelques journaux

15/12/1946France-Amérique, article de Pierre Descaves (fils de Lucien Descaves), page sept : « Renaissance d’une grande revue »
24/12/1946Les Dernières dépêches de Dijon, article non signé, page quatre : « Le millième numéro du Mercure de France vient de paraître »
27/12/1946Combat, chronique « Billets doux » de Justin Saget, page deux : « Le No 1.000 du Mercure de France »
16/01/1947Gavroche, article de Guy Lavaud, page cinq : « Une tradition renouée, le 1000e numéro du Mercure de France »
16/01/1947Carrefour, article signé du Magot solitaire, page sept : « Résurrection du Mercure de France »

ANNEXE I

François Mauriac : « Ma rencontre avec le Mercure ».

Au début de ce siècle, pour un adolescent qui se rongeait dans sa province, le Caducée du Mercure fut le symbole et la clef de toute poésie37. Si je possède les éditions originales des Nourritures terrestres, de l’Immoraliste, c’est que j’achetais de confiance presque tout ce qui paraissait sous ce signe. Chez le libraire Mollat, dans un passage bordelais qui va de la rue Sainte-Catherine à la rue des Pilliers-de-Tutelle, au fond d’une boutique obscure dont j’aimais l’odeur de papier et d’encre, je goûtais les heures les meilleures de mes tristes journées. C’est là que j’ai acquis tour à tour les livres de Gide, de Régnier, de Claudel, de Jammes38, la Retraite sentimentale de Colette, là que je découvris cette anthologie de Van Bever et Léautaud, à qui je dois le plus puisque j’y lus pour la première fois le Bateau Ivre, Mon Dieu m’a dit, Hérodiade, et de Jammes : Il va neiger, Le vieux Village… Il est curieux que ce soit Paul Léautaud, ce fils d’Henri Beyle, qui m’ait ouvert le paradis du symbolisme et le bagne des « poètes maudits » (et sans doute à beaucoup d’autres garçons de ma génération). Je lui en exprime ici une gratitude que quarante années n’ont pas amoindrie.

Devenu parisien, j’aimais toujours les poètes, bien sûr, mais enchanté par le monde que je découvrais, je n’attendais plus d’eux un secret pour changer la vie. Il faut avoir vécu les années de l’adolescence dans une ville de province, prisonnier d’une certaine classe, pour comprendre ce que signifia mon arrivée à Paris, cette brusque revalorisation de tout ce qui, dans le milieu où j’étais né, non seulement n’avait pas cours mais me rendait étrange et presque ridicule.

Mes premiers vers, à peu près en même temps qu’à la Revue du Temps présent39 et qu’à la Revue hebdomadaire40, parurent donc au Mercure41 ainsi que je le rapporte (mais en changeant beaucoup les circonstances) dans Le Mystère Frontenac42. À cette occasion, je reçus du curieux Paul Morisse43 une lettre où il était dit que le Mercure plaçait trop haut la poésie pour lui assurer une rémunération qui, même importante, eût été indigne d’elle. Cet excès de délicatesse m’était déjà connu, par un distique de Francis Jammes :

Ni le Mercure ni l’Ermitage
Ne me donnent de gages.

Toujours grâce au mystérieux Paul Morisse, je donnai au Mercure mon premier roman, L’Enfant chargé de Chaînes, mais n’eus pas la joie de le voir paraître, après que la revue l’eût publié, dans les éditions sous le signe du Caducée. Vallette avait raison de juger sévèrement ce petit livre44. Dans la revue même où il avait paru, Rachilde l’assomma45 d’un compte rendu impitoyable où elle traitait de « jeune veau » ce pauvre enfant enchaîné qui était moi-même46. Vers le même temps, M. Louis Thomas47 le comparait à un fœtus, mais Guillaume Apollinaire, ayant lu une page du manuscrit chez un éditeur qui l’avait refusé, avait déclaré : « Ceci est d’un poète ».

Il fallait bien qu’il y eût je ne sais quoi dans ce devoir d’un écolier barrésien pour tant exaspérer une certaine espèce de gens : Paul Souday48 lui consacra presque tout son feuilleton49, si j’ai bonne mémoire ; et bien que ce fût pour m’étriller, j’en ressentis une grande fierté. Le 6 mai 1918, je donnai encore au Mercure un dialogue en vers : Le Disparu, que j’ai jugé prudent de ne jamais relire.


Notes

1       Journal de Paul Léautaud au neuf juillet 1940 : « [Jacques Bernard] fait aussi grand état d’une idée merveilleuse, à son avis, qu’il a : une édition, à prix abordable pour tout le monde, de la partie biographique de Mein Kampf d’Hitler, pour montrer les origines, le développement du grand homme (ce sont ses mots). » Puis au quinze juillet : « Bernard toujours entiché de faire une nouvelle édition de Mein Kampf. Il nous dit avoir écrit à la Kommandantur à ce sujet. Il dit : “Et qui sait ? Nous pourrions peut-être avoir quelques mots de préface de Hitler ?” »

2       À part quelques choses admirables et très spécialisées et très rares comme les Cahiers Octave Mirbeau de Pierre Michel (que nous saluons ici) ou les Cahiers Louis Dumur de Françoise Dubosson (revue à laquelle collabore votre serviteur), le paysage français de la revue littéraire de ce début de siècle est bien discret.

3       Marcel Roland (1879-1955), est surtout connu pour ses ouvrages de vulgarisation scientifique Les Bois, les champs et les jardins, en dix tomes tous parus au Mercure de 1936 à 1951. Marcel Roland a écrit cinq articles dans le Mercure entre 1935 et 1940. À l’automne 1944, Marcel Rolland a assuré l’intérim entre Jacques Bernard et Paul Hartmann, qui sera directeur du Mercure à la fin de 1944.

4       Paul Hartmann (1907-1988), a fondé, à l’âge de 19 ans La Nuée bleue. Cette maison d’édition a publié en mai 1926, Le Tourment de Jacques Rivière de François Mauriac (34 pages). En 1931, Paul Hartmann a épousé Madeleine Charléty, la fille du recteur à qui PL a écrit en 1934 dans le but de confier son Journal à la bibliothèque Doucet. À Paris, La Nuée bleue devient la maison « Paul Hartmann » et publie Paul Valéry, André Maurois, puis Colette. Au début de la guerre, Paul Hartmann rejoint la Résistance à Chambéry grâce à des faux papiers que lui a procurés son ami Georges Duhamel. Il se spécialise dans le renseignement, aidé par Madeleine, qui s’intéresse à la confection de faux papiers. À la Libération, Georges Duhamel revenu naturellement dans les murs — ne serait-ce qu’en tant qu’actionnaire — après l’intérim exercé par Marcel Roland, en confie la direction à Paul Hartmann, qui y restera jusqu’à ce que la société Gallimard reprenne la maison en 1958. Paul Hartmann sera ensuite directeur de fabrication chez Flammarion avant de créer puis diriger le service des éditions de l’École pratique des hautes études jusqu’en 1970, tout en continuant au moins jusqu’en 1967, de diriger sa propre maison d’édition. Source : Agnès Callu, Paul Hartmann : histoire intellectuelle d’un itinéraire éditorial, IMEC.

5       Samuel Silvestre de Sacy (1905-1975) (« Silvestre de Sacy » est son nom de famille comme d’autres se nomment « Gilbert de Voisins » mais il signe « Samuel de Sacy »), est le petit-fils de l’orientaliste Ustazade Silvestre de Sacy (1801-1869), conservateur de la bibliothèque Mazarine en 1836 et académicien en 1854. SSS a publié quelques compte-rendus dans La NRF avant d’être nommé administrateur des services civils en Indochine et adjoint du gouverneur général jusqu’au début de l’été 1946. Spécialiste de la littérature du XIXe siècle et plus particulièrement de Balzac, il a aussi publié des ouvrages de Flaubert et de Stendhal. On lui doit l’édition du volume II en Pléiade des Propos d’Alain (1970) dont il a été l’élève en classe de khâgne au lycée Henri IV. Samuel Silvestre de Sacy est rédacteur en chef de la revue.

6       Jean Blaizot (1865-1949) a été le caissier du Mercure du 1er mai 1904 au 30 mai 1939, date à laquelle il a pris sa retraite, à l’âge de 74 ans. Il a été veuf à l’été 1938 (voir la fin de la journée du 17 juillet) et est mort en janvier 1949. Georges Duhamel a rédigé sa nécrologie dans le Mercure de mars 1949. Jean Blaizot a fait embaucher sa fille, Louise, dite Louisette le deux janvier 1919. Paul Léautaud indiquera souvent « Blaizot, le caissier » afin de distinguer Jean Blaizot des libraires Auguste et Georges Blaizot (père et fils).

7       André Fontainas (1865-1948), docteur en droit à Bruxelles, poète et critique français. Après des débuts poétiques à Bruxelles, André Fontainas s’est installé à Paris en 1889 et a été nommé bibliothécaire à l’Office du travail au ministère du Commerce, de l’Industrie et des Colonies. Son premier texte dans le Mercure de France est le poème Épilogue, paru dans le numéro d’avril 1892. En décembre 1893 André Fontainas a écrit quelques textes dans la rubrique « Livres » avant d’être titulaire en 1896 de la rubrique « Arts » puis d’assurer en 1908 la chronique des « Théâtres », où il sera remplacé par Maurice Boissard. André Fontainas a été le lien entre les poètes symbolistes belges et français et a écrit au Mercure jusqu’à sa mort (658 textes de décembre 1893 à février 1949). Il fait partie des Poètes d’aujourd’hui, dont la notice a été rédigée par Adolphe van Bever. On lira sa nécrologie dans le Mercure de février 1949, page 300. Voir aussi la Revue des deux mondes. André Fontainas a été marié avec la sœur de Ferdinand Herold. Pour le remariage d’André Fontainas voir au 29 janvier 1916.

8       Marie Galier (1868-1950) a épousé en 1895 Henri Louis Cayssac (1849-1924). Anne Cayssac a été l’une des deux femmes, avec Marie Dormoy, ayant le plus compté dans la vie de PL. Toute sa vie, PL a été écartelé entre le plaisir physique qu’il prenait avec Anne Cayssac, bien plus qu’avec aucune autre femme, et son caractère absolument détestable. Ce qui n’a jamais été soulevé par aucun léautaldien, semble-t-il — et qui n’apparaît que très furtivement dans le Journal — c’est que Paul et Anne avaient de nombreux goûts en commun et notamment une manière de vivre au quotidien, d’où la durée de leur liaison. C’est ce qui explique que PL ait toujours souhaité faire d’Anne Cayssac sa légataire, au même titre que Marie Dormoy. Marie Dormoy n’aurait pas été la dactylographe de son Journal, jamais elle n’aurait pas autant compté. On peut dire que le seul amour de la maturité de Léautaud — et même de toute sa vie — a été Anne Cayssac et personne d’autre, même s’il n’a été jaloux qu’avec Marie Dormoy.

9       Le 29 décembre 1943.

10     Aucune assemblée n’a été notée dans le Journal littéraire avant celle du cinq avril 1949.

11     Maurice Saillet (1914-1990) est depuis 1938 dans la boutique d’Adrienne Monnier, rue de l’Odéon, parallèle à la rue de Condé. Sous le nom de Justin Saget, Maurice Saillet publiera régulièrement dans le quotidien Combat, issu de la Résistance. En 1953 il fondera avec Maurice Nadeau la revue mensuelle Les Lettres nouvelles.

12     Louis Dumur habitait le dernier étage.

13     Marianne Mahn et Fernande Testart, selon l’Index d’Étienne Buthaud. Marianne Mahn est la fille de Ferdinand Lot.

14     Pierre Quillard (1864-1912), à 48 ans, chartiste, poète symboliste, auteur dramatique, traducteur helléniste et journaliste, anarchiste et dreyfusard. Depuis 1891, Pierre Quillard est un auteur Mercure fécond (225 textes entre juillet 1891 et janvier 1912). Il a été en charge de la rubrique « Littérature » à partir de 1896 à son retour de Constantinople où il était professeur, puis en même temps de celle des « Poèmes » en 1898. Voir sa nécrologie par André-Ferdinand Herold en ouverture du Mercure du 1er mars 1912.

15     Marcel Collière (1863-1932), poète, n’a publié qu’un petit recueil de vers : La Mort de l’Espoir (Alcan-Lévy, 1888). Son amitié avec Pierre Quillard lui a permis d’écrire 49 articles dans le Mercure de 1897 à 1905.

16     Paul Voivenel (1880-1975), neuropsychiatre, a écrit dans de nombreuses revues médicales. Son intérêt s’est très tôt porté sur « l’épilepsie de Flaubert ou de Dostoïevski, les tendances toxicomaniaques de Verlaine et Baudelaire. En fin d’internat il a publié une étude sur la folie de Guy de Maupassant. » (Etienne Bouday, « Histoire des sciences médicales », tome XXXVII, numéro 1, 2003). Il semble que ce soit Remy de Gourmont qui ait introduit Paul Voivenel au Mercure de France à l’été 1911. De cette date à 1939 il a publié 90 articles dans la rubrique « Sciences médicales ».

17     Paul Voivenel, Les Forces mystérieuses de l’esprit, Raoul Lion, 2, rue Romiguières à Toulouse, 1946, 259 pages.

18     Le Mercure du premier janvier 1947 compte tout de même 192 pages numérotées plus les quatre de couverture.

19     Lire à ce propos dans Le Monde du quatorze février 1947 l’article signé Rief « Le Retour des anciens », rapprochant la vie politique de cette époque et la reparution du Mercure de France. Évocation d’Alfred Jarry et de Paul Léautaud.

20     Propos d’un jour, qui paraîtra le dix octobre 1947.

21     Les fragments du Journal de 1903 paraîtront bien pages 171 à 185.

22     Retour à une pratique ancienne, les numéros de 1940 étaient massicotés. On peut imaginer que les Allemands ont embarqué les massicots pendant la guerre.

23     Sans prénom il s’agira toujours de Remy de Gourmont (1858-1915), romancier, journaliste et critique d’art, proche des symbolistes, figure majeure du Mercure de France. Paul Léautaud a été son intime. Jean de Gourmont (1877-1928, cadet de 19 ans de son frère) sera salarié du Mercure de France. Voir le très riche site http ://www.remydegourmont.org/

24     Numéro du 27 décembre, page deux, où Maurice Saillet signe Justin Saget.

Premier paragraphe de l’article

L’intégralité de l’article pourra être téléchargé au bas de cette page.

25     Catherine de Vivonne (1588-1665), a épousé en janvier 1600 (elle était donc âgée d’à peine douze ans) Charles d’Angennes (1577-1652), qui avait donc onze ans de plus qu’elle. Catherine lui a donné sept enfants, le premier, Julie, étant né en 1607. Charles d’Angennes est ensuite devenu marquis de Rambouillet. Son hôtel était situé rue Saint-Thomas-du-Louvre, aujourd’hui disparue et qui devait se trouver entre le Palais royal et le Carrousel du Louvre. Catherine, femme brillante, tint, avec l’aide particulière de Julie, de 1608 à sa mort en 1665 un salon de nos jours considéré comme le plus important de cette première moitié du XVIIe siècle, où les femmes avaient un rôle dominant sur la littérature et sur la langue. On raconte que son hôtel a été dessiné par Catherine et construit de façon à ce que la disposition des pièces en enfilade soit la mieux adaptée aux réceptions. Ce salon arrivant sur son déclin, il a servi de modèle à Molière pour ses Précieuses ridicules en novembre 1659. Louis-Sébastien Mercier, dans son Tableau de Paris, chapitre 178 : « Rue saint-Thomas-du-Louvre, était l’hôtel de Rambouillet, bureau d’esprit, où siégeait Mademoiselle de Scudéry. On n’y traitait pas des questions profondes, politiques, métaphysiques, etc., mais la conversation y était gracieuse, légère, et avait cette fleur de galanterie qui a été remplacée par la froide et taciturne politesse. » Édition du Mercure de France de 1994, page 434.

26     La première rubrique de Maurice Saillet paraîtra dans le Mercure d’octobre 1947 (page 319) et traitera du livre de Georges Mounin Avez-vous lu Char ? (Gallimard, septembre 1946, 147 pages) sous le titre « Le poème pulvérisé ».

27     Rien ne semble le démontrer, à la lecture de la rubrique.

28     « Tandis que Mademoiselle Blaizot établissait en silence les factures des livres à emporter, il arrivait parfois à Léautaud de venir manifester son humeur du jour auprès des dames de la comptabilité. La fantaisie des propos échangés portait la marque de la maison et leur ravissante liberté mettait en émoi les commis de librairie qui attendaient au comptoir. »

29     « Ma rencontre avec le Mercure », par François Mauriac, de l’Académie française (page 187). Ce texte est reproduit infra en annexe I.

30     Émile Magne (1877-1953), critique, historien de la littérature et de l’art, a publié en 1898 une première étude portant sur les erreurs de documentation dans le Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. Spécialiste du XVIIe siècle, Émile Magne a été un collaborateur régulier du Mercure dans lequel il a écrit 258 articles entre mai 1901 et juin 1940. Voir trois portraits de lui dans le Journal littéraire au 13 avril 1923, au 24 septembre 1928 et au 25 juin 1937.

31     Gabriel Brunet (1889-1964), a publié une vingtaines d’articles dans le Mercure depuis 1919 avant de prendre la chronique de littérature à la mort Jean de Gourmont en 1928. Gabriel Brunet a tenu cette chronique jusqu’en mai 1940. Voir son portrait par Pierre d’Hugues en une de La Lanterne du 21 mars 1927. Gabriel Brunet n’est âgé que de cinquante-sept ans et a peut-être trouvé à s’employer ailleurs. On connait peu de choses de cet homme discret, qui est peut-être devenu enseignant. On le retrouve, avec un Louis Deschamps, auteur, en 1956, de La Lecture en action, ouvrage destiné aux élèves de cours moyen, classe de septième.

32     Pages 56-57, « Sur la “distinction” », lettre inédite en français à Peter Gast, par Frédéric Nietzsche, datée de Sils-Maria, le 23 juillet 1885. Peter Gast (Heinrich Köselitz, 1854-1918), musicien et ami de Friedrich Nietzsche.

33     Gabriel Brunet a publié le texte d’ouverture du Mercure du premier octobre 1935 « spécial Remy de Gourmont ».

34     Jean Moréas (Ioánnis À. Papadiamantópoulos, 1856-1910), poète symboliste grec d’expression française. En 1886, Jean Moréas, Paul Adam et Gustave Kahn ont fondé la revue Le Symboliste. Le jeune Jean Moréas a parfois publié dans de petites revues sous le pseudonyme de Vincent Muselli. Jean Moréas a fait partie des Poètes d’aujourd’hui dès la première édition de 1900 où sa notice a été rédigée par Adolphe van Bever. Voir Alexandre Embiricos « Les débuts de Jean Moréas » dans le Mercure du 1er janvier 1948, page 85.

35     André Rouveyre, Choix de pages de Paul Léautaud, le Bélier 1946, 367 pages.

36     Des fragments de ce que PL nommait « Journal Gourmont » sont parus dans le Mercure du premier octobre 1935 (pages 78-98)

37     Ce caducée ne figurait pas sur la couverture de la revue mais, très discrètement, sur celle des livres. Il n’apparaîtra sur la couverture de la revue qu’avec le numéro 1 001 de janvier 1947 (note 18).

38     Francis Jammes (1868-1938), poète, romancier, dramaturge et critique béarnais. Il a fait partie de la première édition des Poètes d’Aujourd’hui dont la notice a été rédigée par Paul Léautaud.

39     La Revue du temps présent a paru de 1907 à 1912 sous la direction de Pierre Chaine avant de devenir Le Temps présent en 1913. Pierre Chaine (1882-1963) est surtout connu comme l’auteur, en 1915, des Mémoires d’un rat (des tranchées).

40     La Revue hebdomadaire, revue littéraire, a été fondée en 1892 par Fernand Laudet et publiée jusqu’en 1939.

41     Dans le numéro du premier juin 1910 page 420. Le poème suivant « Enfance » est dans le numéro du premier avril 1911. Dans les trois numéros, du premier juin au premier juillet 1912, est paru L’Enfant chargé de chaînes. Dans le numéro de novembre 1915, un poème : « Les morts du printemps », dans celui du seize mai 1918 un dernier poème, dialogué, « Le Disparu ».

42     Début du chapitre VI (Pléiade 1979, bas de la page 576) : « Livré à lui-même, il ne pensa plus qu’à son manuscrit. Chaque soir, à l’heure du courrier, il demandait à sa mère la clé de la boîte aux lettres et descendait quatre à quatre les étages. L’attente du lendemain le consolait à chaque déception. Il se donnait des raisons : les manuscrits n’étaient pas lus sur l’heure, et puis le lecteur, même enthousiaste, devait obtenir de M. Valette [un seul l], directeur du Mercure. »
Début du chapitre VIII (même édition, page 585, ce sont de courts chapitres) : « Personne, sauf Jean-Louis, n’avait prêté attention à la grande enveloppe que le domestique avait déposé devant Yves : Mercure de France… Mercure de France… Yves n’arrivait pas à l’ouvrir. Des imprimés ? ce n’étaient pas des imprimés ? Il reconnut une phrase, elle était de lui… Ses poèmes… » Voir aussi la fin du chapitre IX, page 592 de la même édition.

43     Paul Morisse (1866-1946) a partagé le bureau de PL à partir de janvier 1908 jusqu’en 1911. Paul Morisse est aujourd’hui connu pour être le traducteur des Hymnes à la nuit de Novalis en 1908 (voir au 26 octobre 1908) et aussi de Stefan Zweig pour son Émile Verhaeren, sa vie, son œuvre en 1910. Voir J.-P. Glorieux, Novalis dans les lettres françaises à l’époque et au lendemain du symbolisme (1885-1914), Presses universitaires de Louvain, 1982 (526 pages). Voir aussi André Billy, Le Pont des Saint-Pères, Fayard 1947, pages 35-37. On ne confondra pas Paul Morisse avec Charles Morice (1860-1919), écrivain, poète et essayiste.

44     L’Enfant chargé de chaînes finit par paraître chez le souvent inspiré Bernard Grasset au printemps 1913.

45     Dans le Mercure du seize juillet 1913, page 378 : « Je crois que l’auteur est un très jeune homme et que, plein de bon vouloir, aussi de talent, il peut nous représenter la moyenne de sa génération. Ils sont comme cela beaucoup, les uns ayant l’amour, les autres ayant la foi, qui forment une espèce de syndicat des jeunes hommes préparant l’œuvre de la délivrance. Quelle sorte de délivrance ? À vrai dire, je n’en sais rien, mais tous ces enfants-là ont les mains chargées de chaînes en attendant et se plaignent d’un vague à l’âme symptomatique. Tous ou presque tous se réclament de MM. Maurice Barrès et Francis Jammes, qu’ils ont choisis pour chefs de file. Ces jeunes gens cherchent leur chemin littéraire dans les ténèbres d’une religiosité mal définie. Ils veulent enseigner le voisin, secourir le prochain avant même de bien connaître leur propre direction, et s’ils songent à épouser leur cousine, c’est parce qu’ils n’ont pas même la force de faire la noce… » Il faut lire tout ce texte de Rachilde.

46     « Comme il est encore plus triste de songer que c’est pour ces garçons indécis entre l’église et le lupanar qu’on a détruit des Bastilles, étranglé le dernier roi avec les boyaux du dernier prêtre et que le beuglement de taureau des immortels principes se réduit aujourd’hui à ce rugissement de jeune veau pleurant une mère qu’il n’a jamais connue ! Moi qui admets (et je crois que je suis le seul) l’effroyable religion de Léon Bloy, ses professions de foi brandies comme des glaives exterminateurs, j’avoue ne pas saisir du tout ce fin du fin de la catholicité renaissante en ces petits jeunes gens souffreteux… »

47     Louis Thomas (1885-1962), romancier, polémiste et éditeur. Louis Thomas a écrit sous plusieurs pseudonymes : Marquis de Tombelaine, Georges d’Amphoux, Louis Danger, Lafontaine, Marquis de Z***… Journaliste collaborateur sous l’occupation en même temps de « marchand de biens ». Parfaitement opportuniste, Thomas a tenté, dès l’armistice, de se faire embaucher au commissariat aux Questions juives, pour ensuite essayer de se faire nommer préfet par Vichy. Déçu par les refus de Vichy, qui avait d’autres hommes à mettre en place, il se tourna vers les Allemands qui lui confièrent la direction littéraire des éditions Calmann-Lévy (bien juif aryanisé en Éditions Balzac), ainsi que d’autres séquestres. À la fin de la guerre, Thomas s’est réfugié en Suisse. Arrêté à la Libération, emprisonné à Fresnes, il sera jugé et condamné en octobre 1949 aux travaux forcés à perpétuité, peine ramenée en appel à vingt ans de prison. Bénéficiant d’une libération conditionnelle en 1951, il partira en Belgique où il mourra en 1962.

48     Paul Souday (1869-1929), homme de lettres, critique littéraire au Temps, de 1911 à sa mort.

49     Dans Le Temps du 28 mai 1913, page trois où François Mauriac partage la chronique avec Lucien Descaves qui vient de publier Philémon, vieux de la vieille chez Paul Ollendorff. Début de la critique de Paul Souday : « François Mauriac est l’auteur de deux volumes de vers juvéniles et d’une phrase lapidaire : “Ce faux bonhomme de Renan nous ennuie.” Une des enquêtes récentes sur la jeunesse fournit à M. François Mauriac l’occasion de porter-ce jugement mémorable, qui prouve bien qu’il avait tous les titres à être consulté, je veux dire qu’il était très jeune. Il publie un premier roman, L’Enfant chargé de chaînes, qui n’indique pas encore qu’il ait atteint la maturité. »

Ci-dessous deux liens : Le numéro 999-1 000 à télécharger en PDF et l’article de Justin Saget dans Combat du 27 décembre 1947.