La Mort d’Alfred Vallette

La mort d’Alfred Vallette, directeur du Mercure de France, telle que décrite par Paul Léautaud dans son Journal. Il s’agit d’extraits. Ce texte n’est pas celui de Passe-temps II intitulé « Petites notes sur Alfred Vallette », qu’on lira avec plaisir dans le volume du Mercure de France.

Mercredi 25 Septembre 1935

Nouvelle alerte dans la santé de Vallette. Ce matin, se levant, pour se raser, faire sa toilette et s’habiller, il est tombé sur le sol de sa chambre, où il est resté un moment sans connaissance, faisant sous lui, pour se traîner ensuite tant bien que mal jusqu’à son lit, sur lequel il s’est remis comme il a pu. S’est plaint, quand Mme Izambart[1], inquiète de ne pas le voir, l’a obligé à lui ouvrir[2], — cette manie de s’enfermer à clef ! — d’une grande faiblesse dans les jambes, et lui racontant sa chute sans connaissance. Comme elle s’alarmait : « Mais ce serait très agréable de mourir ainsi. » Resté couché toute la matinée. Même toute la journée. C’est bien la première fois qu’on le voit absent de son bureau, se trouvant au Mercure.

Duhamel[3] vient ce matin. Bernard[4] lui raconte l’affaire. Il le charge d’offrir à Vallette de revenir dans la journée le voir. On n’aura qu’à lui téléphoner. Je dis à Duhamel le mot de Vallette sur cette mort agréable, de partir dans une sorte d’évanouissement. Il me répond : « Mais oui, mon cher, je suis bien de cet avis. Encore quelques années, que mes enfants soient tirés d’affaire[5], et je ne demanderai plus qu’à partir de cette façon. Je vous dis vrai… À voir tout ce que je vois, je commence à en avoir assez. »

Vallette a consenti à recevoir Duhamel. Duhamel est arrivé vers 6 heures. Lui, Bernard et moi sommes allés dans la chambre de Vallette. Au lit, le visage nullement changé. Se disant seulement un peu faible. Duhamel l’a ausculté. Cœur et pouls irréguliers, mais état de toujours chez Vallette. Donc, pas à retenir. Langue mauvaise. Duhamel a diagnostiqué une sorte d’embarras à la base d’un poumon. Prescrit matin et soir large cataplasme sinapisé, lavages de bouche, position sur le lit de préférence le buste un peu dressé. Il a fait à Vallette tirer la langue droit devant lui. Aucun signe de paralysie. J’ai appris qu’en cas de paralysie même légère, la langue tirée va alors soit un peu à gauche, soit un peu à droite, suivant le côté atteint. Si Vallette désire se lever et qu’il le puisse, que ce soit pour s’asseoir dans un fauteuil. Nourriture légère. Eau rougie, comme Vallette a l’habitude. J’ai vu ce qu’est l’eau rougie de Vallette. Une tasse en contenant se trouvait sur une table. Il m’a prié de la lui donner. On aurait plutôt cru du vin. Duhamel va téléphoner à Philippe Néel[6] de revenir voir Vallette. Il m’a semblé que Vallette avait l’élocution un peu changée, mais à la réflexion je crois qu’il en est ainsi depuis qu’il a eu deux dents de devant cassées par un coup de volant en travaillant à de la mécanique à sa maison de campagne.

Sortis de chez Vallette, Duhamel nous a dit que Vallette a probablement eu une attaque du genre de celle qu’il a eue, voilà plusieurs mois, dans son fauteuil, devant son bureau[7]. Toujours inquiétant chez un homme de cet âge : 78e année commencée le 1er août dernier.

Il n’y a pas à douter de la sincérité de Vallette quand il dit que la mort lui est indifférente et ne redouter que la souffrance physique. Je disais cela à Paul Morisse[8], venu me voir tantôt dans mon bureau. Il explique cela par ce fait que Vallette ne s’est jamais attaché à rien et qu’il n’a rien qu’il lui coûte de quitter. Vallette me l’a dit souvent lui-même : « On ne peut trouver personne de plus indifférent à tout que moi. »

Jeudi 26 Septembre

Été voir ce matin Vallette avec Duhamel et Bernard. Absolument son visage habituel. Ne réclame qu’une chose, qu’on le débarrasse de la souffrance qu’il ressent dans l’estomac.
Les cataplasmes ont fait sortir quelque chose de noirâtre.
Il a de plus vomi : des glaires.

Tantôt, visite, comme Duhamel l’avait annoncé ce matin, de Philippe Néel, qui a déjà soigné Vallette lors de ses premières souffrances d’estomac.

Revenu dans le bureau de Vallette, après son examen, il nous a expliqué, en rédigeant son ordonnance :

Aucun signe de paralysie. Tous les réflexes sont bons. L’élocution n’est nullement atteinte. C’est l’ulcère de l’estomac, — sérieux paraît-il, — qui s’est rouvert, qui a saigné et c’est cette hémorragie qui a causé la syncope. Il trouve la situation sérieuse, bien qu’il assure qu’on peut l’améliorer. Il m’a dit à moi-même : « Quand il était debout tout à l’heure, il avait le visage d’un cadavre. »

Repos au lit, glace sur l’estomac. Pas de nourriture solide. Boire de l’eau et froide. Puis absorption de divers médicaments, adrénaline, etc., etc., je n’ai pas retenu.

Son ordonnance faite, il est retourné voir Vallette, pour lui recommander de suivre rigoureusement ses prescriptions. Revenu dans le bureau de Vallette, il nous a dit à Mme Izambart et à moi : « Je ne vous cache pas que s’il avait une autre syncope, il pourrait y rester. »

Mme Izambart m’a dit que Vallette se moque des médicaments prescrits et qu’il n’a aucune confiance. Voilà qui ne l’aidera pas à sortir de là.

Ne pas manger, boire de l’eau. Voilà encore qui ne va pas lui aller. Bernard qui était retourné le voir avait mauvaise impression.

On va faire revenir Rachilde[9]. Lui-même a dit qu’il lui écrira demain.

Il ne sait combien de temps il est resté étendu par terre, à la suite de sa chute. Probablement une heure, peut-être un peu plus. Il s’est brûlé à un genou au radiateur de sa chambre, écorché au coude, et très légèrement à la tête.

Je le trouve beaucoup mieux — de visage — couché, que tel que j’ai l’habitude de le voir dans son bureau.

Vendredi 27 Septembre

Vallette. Pas grand changement. Mauvais malade. Il doit rester couché. Il s’est levé plusieurs fois cette nuit. Or, d’après Néel, debout c’est le risque d’un nouveau saignement. Il doit supporter de la glace sur l’estomac. Il se regimbe. « Enlevez-moi cela », dit-il au bout de quelques minutes. Comme Bernard lui disait qu’il devrait se forcer à la supporter : « On m’attacherait par les deux bras, que je crierais encore. » Il y a du laudanum dans un des médicaments qu’on lui fait prendre. Il s’est laissé ce matin faire les piqûres prescrites. Comme nourriture, du bouillon de légumes, avec un peu de vermicelle. Comme boisson, de l’eau froide.

Daurelle[10], venu hier soir, lui a fait demander à le voir par Bernard. Il lui a fait répondre qu’il préfère : non.

Il a écrit ce matin à Rachilde. Il a envoyé Bernard chercher sur son bureau son porte-plume habituel, pour que son écriture n’eût rien de changé. Il a dit à Bernard, qui lui disait qu’il est préférable que Rachilde soit là : « Je suis plus tranquille, étant malade, sans qu’elle soit là. Si vous croyez qu’elle est commode à vivre. »

Mme Izambart nous a raconté que, depuis qu’il est malade, quand Rachilde est là, Vallette lui a dit : « Cachez toutes les affaires de médicaments. Madame n’aime pas voir cela. »

Bernard m’a fait part ce matin d’un grand changement d’attitude de sa part à l’égard de Duhamel, qu’il a peut-être été un peu loin dans les appréciations qu’il a portées sur lui, l’homme et l’écrivain, qu’il croit s’être aperçu que Duhamel lui-même est redevenu plus cordial, plus abandonné avec lui, que lui Bernard est revenu tout à fait des dispositions d’esprit qui le faisaient dire que Vallette disparu, il aimerait mieux quitter la maison qu’y rester sous les ordres de Duhamel[11]. Je ne lui ai pas caché que je suis enchanté de ce changement. C’est en effet le moment, et il viendra, de nous tenir les uns les autres, pour résister aux assauts qui ne manqueront pas, si Vallette disparaît. Bernard m’a raconté que L. a déjà posé auprès de lui sa candidature pour une place dans la maison… Ce serait la porte ouverte aux autres. Également Hirsch[12]. Pierre Dufay[13] aussi, qui aurait la prétention de diriger une revue comme le Mercure, ce pour quoi il n’a absolument rien de ce qu’il faut. Ce sera assez des deux tendances qui s’opposeront : Duhamel-Hérold[14]. Je ne sais pas ce que nous pourrons faire, Bernard et moi, mais nous sommes dès à présent du côté : Duhamel…

Bernard m’a raconté qu’au dernier déjeuner de Vallette et lui, chez lui, après le déjeuner, passés au salon, Duhamel a tranquillement abordé la question : « Voyons, Monsieur Vallette, si vous venez à disparaître, qu’est-ce que nous devrons faire ? » Vallette a répondu non moins tranquillement : « Vous resterez deux administrateurs, vous et Herold. Vous en faites nommer un troisième, pour me remplacer. Quand il est nommé, vous désignez l’un de vous trois comme administrateur délégué. »

Voilà aussi Fasquelle qui passe chez Hachette (Bibliographie de ce matin). Cela c’est un événement

∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙ Deux lignes de points. ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙

Samedi 28 Septembre

Quand Mme Izambart est entrée ce matin chez Vallette, elle l’a trouvé respirant difficilement, presque en train d’étouffer. Il lui a dit : « Je me sens un peu faiblard. » Il était sept heures. Elle est allée immédiatement téléphoner à Duhamel, qui a téléphoné lui-même à Philippe Néel. Vingt minutes après tous deux étaient là. Quand je suis arrivé, à 10 heures moins le quart, le pauvre Vallette était en agonie, la respiration oppressée, le visage exsangue, se tournant, se retournant, ouvrant de temps en temps les yeux et regardant sans qu’on pût savoir s’il voyait, parlant de temps en temps de façon absolument inintelligible. On lui a fait successivement plusieurs piqûres de morphine pour l’empêcher de souffrir. Duhamel est d’avis que s’il parlait c’est qu’il avait encore le cerveau intact, à peu près, mais la langue n’obéissait plus. Il paraissait par moments très bien entendre et comprendre ce qu’on lui disait. Dès son arrivée, à 9 heures, Bernard était parti en taxi chercher Rachilde à Corbeil[15].

Mme Izambart racontait qu’hier soir Vallette a bavardé avec elle automobile jusqu’à 10 heures, disant qu’il irait lui-même mener sa voiture au garage mardi, comme il faisait chaque fois qu’il y a une mise en vente Duhamel, laquelle réclame de la place[16].

Philippe Néel parti, après avoir confié Vallette à Duhamel, je me suis mis à parler à Duhamel des assauts que la maison va avoir à subir de gens du dehors et que nous aurons à nous serrer les coudes, nous autres les anciens de la maison, pour résister et éviter le grabuge. Il m’a emmené alors à l’écart dans le salon de Rachilde et m’a fait part de tout ce qui a été décidé, Vallette encore vivant et avec son approbation, au dernier déjeuner de lui et Bernard chez lui. Bernard d’abord nommé administrateur, puis nommé administrateur délégué et succédant à Vallette. Duhamel prenant la haute direction et consacrant deux jours par semaine de présence au Mercure, pour prendre les décisions à prendre et recevoir les gens. Il me dit qu’il a l’accord complet d’Herold sur tout cela. Il me dit qu’il entend bien conserver à la maison, comme à la revue, les mêmes habitudes d’esprit, de tenue, et façons commerciales que leur a imprimées Vallette et qui sont d’ailleurs la marque de tout le Mercure. Je n’ai pu que lui dire que le choix de Bernard est excellent, tant pour le caractère calme, pondéré qu’il a, que pour la grande connaissance qu’il a acquise progressivement, depuis plusieurs années, de toutes les affaires du Mercure, sur lesquelles Vallette le renseignait de plus en plus.

Un peu après onze heures, Rachilde est arrivée. Bernard est excellent pour ces sortes de missions. De son arrivée à Essonnes, jusqu’au retour au Mercure, il l’avait mise au courant et préparée par petites touches, à l’état dans lequel elle allait trouver Vallette. Il était tourné vers la ruelle du lit, la respiration un peu saccadée, le visage déjà d’un mort. Elle a été très bien, à notre grande surprise. Elle est passée dans la ruelle, s’est approchée de lui, l’a regardé : « Tu as encore mangé quelque chose qu’il ne fallait pas, méchant ! » Puis elle l’a embrassé, cela a été tout. Elle est allée ôter son manteau, mettre des pantoufles et s’est assise très paisiblement. La fille et le gendre de Vallette, Robert Fort[17], sont en excursion dans le Morvan et ne rentreront à Essonnes que ce soir. On les verra peut-être ce soir, sinon demain matin.

À midi, Duhamel et moi sommes partis déjeuner, Bernard restant un moment. Je demande à Duhamel pour quel moment il pense la mort. Il me dit : « Vers quatre, cinq heures, probablement. »

Je suis de retour au Mercure à une heure 32 minutes. Il y avait deux minutes que Vallette venait de s’éteindre, très paisiblement, sous l’effet de la morphine, on l’a simplement vu à un moment cesser de respirer.

Je suis allé pour téléphoner à Duhamel. Il déjeunait chez des amis à Saint-Cloud. Il fallait donc l’attendre pour l’heure qu’il avait dite, vers 3 heures et demie. On a été chercher Bernard, qui déjeunait au Café de Flore. Il est arrivé tout de suite. Blaizot, le caissier, est arrivé lui aussi. Blaizot, Bernard et moi, aidés du gardien de Vallette à Essonnes, avons fait la toilette de Vallette, une chemise propre, un pantalon, une mentonnière, l’avons étendu bien droit sur le dos, les mains réunies sur la poitrine, un drap propre le recouvrant jusqu’au cou. Il était encore tiède. Aucune rigidité cadavérique. Ce travail a été très facile, seulement le poids du corps à soulever. Nous étions tous quatre en bras de chemise et nullement impressionnés. Nous faisions cela comme un dernier service au patron et à l’ami.

Un détail. Avec la chemise propre, je voulais mettre à Vallette un caleçon. Tout vêtu de blanc, cela me paraissait mieux qu’un pantalon de drap usagé. Je demande un caleçon à Mme Izambart. Réponse qu’il n’y en a pas, que Vallette n’en portait pas. Le vêtement peut-être le plus essentiel à la propreté du corps, — sans compter la protection contre le frottement du drap du pantalon ! Un homme comme Vallette ne connaissait pas cela.

Un peu plus d’un an, quatorze mois, à peu près, qu’il a senti les premières atteintes de son mal. Pour s’occuper de se faire soigner seulement en novembre ou décembre 1934. Une période de répit de quatre ou cinq mois, puis la reprise. Il n’aura pas traîné. Il a eu somme toute une bonne mort, Duhamel disait tantôt qu’il voudrait bien avoir la pareille.

Encore a-t-il fait toutes les imprudences possibles, continuant à manger les choses les plus mauvaises pour lui, à profiter des bons dîners et bons vins quand l’occasion s’offrait, à fumer — d’après Rachilde — jusqu’à 50 ou 60 cigarettes par jour, — et un fumeur qui avalait la fumée — à ne pas croire aux remèdes, à ne se plaindre que de la perspective de souffrir. La mort lui était complètement indifférente. Il a eu 77 ans pleins le 31 juillet dernier. Il n’a fait que deux mois de sa 78e année.

La folle que Rachilde ne s’est pas montrée ce matin, contre notre attente à tous, s’est manifestée tantôt. D’abord, à dire qu’on l’avait tué avec les piqûres qu’on lui a faites, qu’un homme comme lui ne pouvait pas mourir de cette façon, ensuite que nous nous trompions, qu’il n’était pas mort, que ce n’était qu’une nouvelle syncope. Ensuite qu’elle ne voulait pas rester là, qu’elle voulait s’en retourner avec ses gardiens. Elle a tout de même fini par se retirer et s’asseoir très tranquillement dans son salon. Vallette la connaissait qui préférait, étant malade, ne pas l’avoir là. Son mot exact à Bernard est ainsi : « Si vous croyez qu’elle est commode comme vivante. »

À 3 heures et demie Duhamel est arrivé. Il a mis Rachilde au courant des dispositions qui vont être prises pour l’administration et la marche du Mercure. On s’est alors transporté dans le bureau de Vallette, et Rachilde assise là, on a procédé à l’ouverture du tiroir dans lequel Vallette enfermait ses papiers et procédé à l’examen de ces papiers, remettant à Rachilde ceux qui lui reviennent, notamment les copies du testament de Vallette et du sien, dont les originaux sont dans un coffre au Crédit Lyonnais. Sur le testament de Vallette, pas un mot en ce qui concerne ses obsèques. C’est bien l’homme qui m’a dit souvent : « On peut faire de moi et pour moi quand je serai mort ce qu’on voudra. Cela m’est parfaitement indifférent. »

Rachilde, tout en disant que, tel qu’elle le connaissait, des obsèques catholiques ne s’indiquent peut-être pas, a raconté qu’il lui a souvent exprimé le désir qu’il avait qu’on chante pour lui le Dies Irae. Plutôt une sorte de goût pour ce chant que croyance religieuse la plus minime. Elle nous a demandé notre avis, déclarant s’en rapporter à nous. Duhamel lui a dit : « Moi, Madame, je dis qu’il faut faire comme vous jugerez qu’on doit faire. Je vous dirai que, pour ma part, je ne me suis pas marié à l’église et que mes enfants ne sont pas baptisés. » — On aura donc probablement des obsèques religieuses.

Bernard et Duhamel sont ensuite partis aux Pompes funèbres et informer Herold, absent, ne devant rentrer que vers 6 heures et que Duhamel a dû attendre au Mercure jusqu’à 7. Un peu après leur retour, visite de l’employé des Pompes funèbres. Le père et la mère de Vallette[18] sont enterrés à Bagneux dans un caveau. On va voir s’il y a une place pour Vallette. La mise en bière aura probablement lieu lundi matin. Duhamel passera la journée de demain au Mercure.

Mandin[19] a suggéré à Duhamel d’écrire quelques lignes, au moins, pour le prochain numéro (15 octobre) lesquelles à lui remettre lundi après-midi, premier jour de mise en page. Duhamel m’a dit : « Qu’est-ce que vous en pensez, Léautaud ? » Je lui ai dit qu’il est tout indiqué. Il m’a dit : « Eh ! bien, c’est entendu. Je vais écrire une page. J’y reviendrai ensuite plus longuement. Une page, c’est cela, sans signature. » Je lui ai dit : « Mais pas du tout. Mettez au moins vos initiales. C’est un hommage que vous lui rendez. Il faut marquer que c’est vous. » Il signera donc de ses initiales.

Pendant l’absence de Duhamel et de Bernard, je me suis trouvé avec Mandin dans son bureau. Nous nous sommes mis à parler des changements qui vont peut-être survenir dans la maison. Mandin s’est mis à dire que tout dépend de celui qui prendra la place de Vallette. Je n’ai rien dit de ce que je sais déjà. Il a ajouté : « Cela n’a pas beaucoup d’importance pour moi, ni pour vous qui collaborez rarement à la revue. » Nous sommes partis de là pour parler de la passion pour écrire, ou en écrivant, que les uns n’ont plus, que les autres ont gardée, de la préférence qu’on doit donner incontestablement à écrire, avec plaisir, ce qui vous fait plaisir à écrire et qu’il faut considérer comme un bonheur d’avoir gardé cet état, cette fraîcheur d’esprit même à un âge comme le nôtre, et ce qui est le cas pour lui comme pour moi. Et d’accord pour trouver qu’il vaut mieux avoir un emploi que faire le serf de lettres, à écrire à la hâte, aux ordres plus ou moins de tel ou tel. Il s’est mis alors à dire : « Si c’est Duhamel (entendant : qui succède à Vallette)… Il veut être de l’Académie. Cela va être un vrai atout dans son jeu. Directeur d’une revue comme le Mercure… » J’ai eu alors ce mot qui ne manque peut-être pas de sens, ce qui l’a fait rire : « Nous aurons peut-être des articles en échanges d’une voix[20] ?… » En tous cas, lui comme moi, nous resterons à notre place. Nous ne monterons pas en grade. Je ne le désire en rien pour ma part, j’aime trop ma tranquillité. Je ne pense qu’à ceci : je vais me trouver plus ou moins sous les ordres de Bernard. Espérons qu’il me fichera la paix — comme de mon côté je ne pense nullement à abuser de lui avec la camaraderie. Je compte tout de même dans la maison : actionnaire, quarante ans cette année de collaboration, dans mon emploi depuis vingt-huit ans. J’espère qu’il me traitera en conséquence.

C’est une chose touchante, attendrissante, ces balbutiements d’un moribond, comme un enfant qui s’essaie à parler, et d’une voix si douce, comme ceux de Vallette ce matin, à plusieurs reprises. Que voulait-il dire ? Était-ce une prière, une recommandation, un remerciement, une dernière volonté ? Le silence éternel a emporté cela.

Il faut dire, à la décharge de Vallette, pour son manque de prudence dans la nourriture depuis qu’il est malade, que Philippe Néel, à sa première consultation l’année dernière, lui avait dit qu’il pouvait manger de tout. Sacré médecin !

Jeudi 3 Octobre

Duhamel s’est fait acheter un bureau. C’est lui qui a été le choisir. Un merveilleux affreux bureau américain. Quel mauvais goût a ce grand écrivain ! J’en avais déjà jugé par son cabinet de travail, dans sa maison de Valmondois.

Il m’a encore demandé mon avis ce matin pour inviter des gens à collaborer au numéro d’hommage à Vallette. J’ai indiqué Rosny aîné[21], Bernard, de son côté, a nommé Descaves[22]. Duhamel a écrit à l’un et à l’autre, ainsi qu’à Maeterlinck[23]. Il y aura aussi les jeunes, ou derniers venus : Pierre Benoit[24], Carco[25], Florenne[26], Henry Dérieux[27]. Ce va être une pétaudière.

Bernard est agacé de la pétulance, de la passion, de la fébrilité, de l’agitation, pour tout dire, de Duhamel. Il dit qu’il a besoin de calme, pour son travail, ce qui est vrai, et qu’il sera dérangé si cela continue. Pas d’autre pièce pour Duhamel que le bureau de Vallette, devenu celui de Bernard. C’est là qu’il recevra les gens deux fois par semaine. Bernard va s’amuser.

Ce pauvre Mandin lui aussi va s’amuser avec le ou la dactylographe qu’on va lui coller à côté de lui[28].

∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙ Ligne de points. ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙  ∙

À l’église, les six premiers rangs de chaises étaient drapés. Arrivés là, je dis à Duhamel : « Ce n’est pas pour nous. Ce doit être pour la famille. Mettons-nous derrière. — Mais si, mais si, me dit-il. C’est pour la famille et pour les anciens du Mercure. » Or, de vieux collaborateurs du Mercure, de vieux amis de Vallette étaient perdus dans la masse des assistants : Mockel[29], Raynaud[30], Daurelle, Mazel[31], bien d’autres, quand Auriant[32] et Brian-Chaninoff[33] avaient pris place sur ces chaises réservées.

T. ne manque pas seulement d’éducation, mais aussi de finesse. Il continue à passer la plus grande partie de ses après-midi installé dans le bureau de Mandin. Brian-Chaninoff paraît aussi vouloir conserver des habitudes de ce genre. Bernard s’impatiente déjà. Duhamel n’est pas commode. Ils se feront ficher à la porte un de ces jours.

La platitude des gens est amusante à voir. Brunet[34], déjà, parlant à Duhamel : « Mon cher Directeur », son chapeau à la main.

Ce matin, Auriant, deux ou trois autres, étaient assis à bavarder dans le bureau de Mandin. Duhamel était à faire son service dans le bureau de Vallette. Il a dû venir une seconde dans le bureau de Mandin. Tout le monde debout, roide, comme des soldats à l’entrée d’un général.

Gabriel Brunet fait lire à tout le monde, — à moi, il y a quelques jours, — une lettre d’éloges sans bornes sur son roman : Une femme se cherche[35], qu’il a reçue de Gaston Chérau[36]. Pour la traîner ainsi dans sa poche, il doit lui-même passer son temps à la lire.

Vendredi 4 Octobre

Les embellissements commencent. Duhamel parcourant ce matin le Mercure du haut en bas avec le commis d’un entrepreneur, — le sien, paraît-il — pour l’installation de l’électricité. On va me mettre dans mon bureau, au milieu, une lampe mobile, qu’on peut monter et descendre à son gré, et sur ma table de travail, où je manque déjà de place, une « lampe renversée[37] ». Je vais ressembler à un employé de banque.

Bernard a fait ses confidences au caissier Blaizot. Duhamel veut prendre une dactylographe. Bernard dit que ce sera à son usage personnel, car lui, il trouve plus rapide de faire sa correspondance lui-même. Une dactylographe, dit-il aussi, c’est probablement douze ou quinze cents francs par mois. Il dit qu’il dira à Duhamel que ce sera alors à lui de la payer, étant excessif à son avis de mettre ces frais à la charge du Mercure.

Samedi 5 Octobre

Bernard me parle avec grand abandon de sa façon de penser sur tout ce que veut faire Duhamel. Il m’a dit à moi-même ce qu’il a dit à Blaizot concernant la dactylographe. Il me dit qu’il a dit aussi à Duhamel : « Faites attention. Vous allez prendre une dactylo à laquelle vous donnerez douze ou quinze cents francs par mois. Alors qu’il y a dans la maison des femmes qui sont là depuis vingt ans et qui gagnent huit ou neuf cents francs. »

Duhamel veut solliciter des collaborations du dehors. Il veut instituer une rubrique de cinéma, dont Vallette n’a jamais voulu, cette rubrique passant partout pour être payée. Bernard me dit : « J’ai eu beau parler, lui dire qu’il va nous faire une autre Revue de Paris. Il n’y a rien à faire. Si cela continue, je finirai par m’en aller. »

Moi je pense que tout se tassera et que Bernard ne s’en ira pas du tout, à moins d’un mouvement de violence de sa part et dont il est très capable.

La mort d’Alfred Vallette dans les journaux

Les journaux ont peu suivi l’événement et l’on ne trouve que peu d’articles dans les quotidiens au 30 septembre. Comœdia a présenté une demi-colonne en une suivie d’une autre demi-colonne page deux. Le très droitier Écho de Paris dans un petit texte de 36 lignes page trois, évoque la gloire du Mercure d’avant-guerre Dans la même page, trois demi-colonnes d’éreintement sur « Le vingtième anniversaire [de la mort] de Remy de Gourmont ». Le Figaro écrit trente lignes insignifiantes en page deux, L’Intransigeant, seize en page trois. Le Temps, 43 en page deux. Dans les hebdomadaires, Candide offre un quart de colonne page 4 dans le numéro du 3 octobre. Dans La NRF, la libraire Adrienne Monnier[38] écrit en deux petites pages « Un souvenir d’Alfred Vallette ». Les Nouvelles littéraires publient une colonne entière, avec photo, en une sous la signature de Gustave Kahn[39]. Ces deux derniers textes sont reproduits ci-après :

Un souvenir d’Alfred Valette[40]

C’est en 1913 — j’étais alors une jeune fille de vingt ans — que je pénétrai pour la première fois dans l’hôtel du Mercure de France ; cet hôtel petit, sombre, assez mystérieux, dans lequel on s’introduisait comme dans une sorte d’oreille. N’était-ce pas l’antre des symbolistes, des magiciens du verbe ?

J’avais écrit à Rachilde. J’étais alors, aux Annales[41], secrétaire de Cousine Yvonne[42]. Mon sort ne me contentait pas. J’aimais pourtant bien la patronne, mais je sentais que ce n’était pas là ma place, que ma vocation était ailleurs.

Comme tous les jeunes gens, j’étais absolue et il me semblait que je trahissais la cause même de la littérature en restant avec les gens arrivés, alors qu’il y avait tant de belle grosse besogne à faire, rive gauche[43].

J’aurais accepté, je crois, de balayer les bureaux du Mercure. Je racontais tout cela à Rachilde ; elle m’écoutait avec surprise. « Mais, ma petite, me disait-elle, de quoi vous plaignez-vous, vous avez le pied à l’étrier. »

Elle m’avait donné rendez-vous dans son salon, un mardi, un peu avant l’heure de sa réception[44]. Vers la fin de notre conversation, les gens arrivèrent. Il y avait Carco[45], Machard[46] et le gentil Pergaud[47] qui étaient, à ce moment, les enfants de la maison. Il y avait Henriette Charasson[48] que mes Annales tentaient aussi vivement que me tentait son Mercure. Il y avait de curieux êtres qui s’étaient fait une image d’eux-mêmes et qui vivaient dedans, contraints et magnifiques : Marie Huot[49], Valentine de Saint-Point[50], et d’autres dont je n’ai jamais su les noms.

Rachilde me prit par la main (il me semble bien qu’elle me prit par la main) et me conduisit dans la pièce voisine — c’était le bureau d’Alfred Vallette. Son mari se tenait là, assis devant sa table de travail, entouré d’une arrière-garde morose où scintillaient maints binocles et les deux barbes royales d’Herold et de Fontainas[51]. Elle leur conta ma petite histoire, pas un n’eut un sourire, Vallette émit deux phrases couleur du temps. Je me sentis vraiment écrasée de honte. J’étais, pour ces hommes, ce dont ils étaient le plus fatigués et le mieux revenus : l’enthousiasme, l’illusion.

Je retournai souvent au Mercure. Jamais je ne cherchai l’occasion de causer avec Vallette. Je ne m’en sentais pas le droit. Je ne me donnai ce droit que deux ans plus tard, quand je fondai ma librairie. Il nous arriva, alors, d’échanger quelques propos sur les diverses augmentations du prix des livres, sur la mise en valeur des éditions originales, telle que la tentaient les Éditions de la Nouvelle Revue Française ; il disait de cette tentative : « Ils vont tuer la poule aux œufs d’or. »

C’était un homme parfait, un monstre de sagesse, pas si loin de Monsieur Teste[52], au fond. Il faut relire le beau portrait que Remy de Gourmont a tracé de lui dans le Deuxième Livre des Masques[53]. Gourmont le compare à un fondateur d’ordre religieux. Et, en effet, Vallette avait bien les caractères de certains religieux : ceux qui se vouent aux tâches ménagères, ceux qui sont attentifs et patients dans les petits travaux, sans lesquels les grands ne sont pas possibles ; ceux dont la flamme dure longtemps parce qu’ils la recouvrent prudemment de cendre.

Je me souviens de sa voix à petits souffles ; elle ressemblait à celle des mères supérieures à qui les choses de la religion en ont beaucoup fait voir.

1935.

Un grand serviteur des lettres, Alfred Vallette

par Gustave Kahn

Où ai-je vu, pour la première fois, au début d’environ cinquante ans d’amitié, Alfred Vallette ? C’était où se rencontrent, le plus souvent, les jeunes hommes, un café de la rive gauche où Victor Margueritte[54], alors tout jeune poëte, nous avait réunis un soir, lui, Ponchon[55] et moi. Vallette me frappa par son grand aspect de calme et de sérénité. Le regard était doux ; la mise (un complet bleu), plus correcte que celle de la plupart des jeunes écrivains. Je sus qu’il avait un second métier assez absorbant[56]. Ce qui ne l’empêchait point d’écrire et de publier. Je ne me souviens plus si son roman, Vierge[57], était paru ou allait paraître. Il dirigeait le Scapin,[58], petite revue éphémère aussi spirituelle que les autres petites revues symbolistes étaient graves et hiératiques. Sans doute, il se formait déjà, au Scapin, à son rôle de grand administrateur. Il y apprenait ce qu’il ne fallait pas faire. Vallette, alors, n’était point ce que l’on appelait symboliste. Il eût plutôt compté parmi les décadents. Il y avait, en ce temps lointain, des différences. Un petit groupe de romanciers, dont Rachilde était le talent le plus reconnu, voulait ajouter à la méthode naturaliste plus de fantaisie, de souplesse, de pittoresque, de style, avec des recherches d’observation aiguë et exacte de la vie des âmes et des investigations dans les limbes de la sexualité et de tout l’imprévu humain. Le titre du roman de Vallette indique sa préoccupation esthétique. Mais il arriva qu’un groupe de jeunes gens tort intéressants pensa à fonder une revue, plutôt à en reprendre une qui s’étiolait, La Pléiade. Jules Renard, Louis Denise[59], Aurier[60], d’autres encore, connaissaient les qualités de fond de Vallette. Ils le portèrent à la direction. Vinrent Dumur[61] et Gourmont. Le Mercure était fondé.

Aucune des jeunes revues antérieures au Mercure ne se soucia de se choisir un administrateur. Qu’était-ce alors qu’une jeune revue ? Mallarmé la définissait : « Un bolide qui va trouer l’horizon d’une tache lumineuse et proclamer la gloire de quelques nouveaux écrivains ». Le trait de génie d’Alfred Vallette fut de se demander si avec les beaux éléments littéraires dont il disposait, il ne pouvait pas fonder une œuvre d’avenir, de décider que oui, de se mettre tout de suite à la besogne avec une ténacité résolue et un admirable désintéressement. Il y faut insister : le Mercure est né de dévouements obstinés. Quelques cotisations, menues semailles jetées dans un sol avare ont pu, par la force du temps, prendre forme d’opulentes moissons. Ce fut une bonne fortuné qu’un ami dévoué de Vallette et de Rachilde, le bon romancier Louis Dumur obtint un préceptorat en Finlande. Il put augmenter ses cotisations, et ce fut pour le Mercure une belle aurore. Je ne sais si Léautaud qui a écrit les petits mémoires du Mercure (à paraître dans un avenir qu’il se réserve de fixer) ne nous fera pas apercevoir l’histoire des difficiles tournants financiers des débuts[62], des mauvais moments que Vallette eut à traverser avec sa haute probité, sa résolution de ne jamais s’endetter, ni jamais s’inféoder. Certainement, si Vallette résista à tout et créa tant, son désintéressement et l’absolue simplicité de sa vie y furent pour beaucoup.

Le Mercure, revue, avait pris sa place. Vallette, vers 1895, se décida à tenter l’édition. Son rêve : publier les méconnus (il n’en manquait point alors dans le symbolisme) de façon à pouvoir dire un jour aux autres éditeurs : « Voici la belle collection que vous avez négligé de réunir et que nous avons formée. » II n’y a pas échoué, et son éclectisme a su grouper de beaux livres sur les rayons de sa librairie. Il connut très rapidement la chance, d’abord le premier succès de public d’un poète symboliste, du Jardin de l’Infante, d’Albert Samain[63], puis le Latin mystique de Remy de Gourmont[64] intéressa tous les lettrés, enfin éclata le triomphe d’Aphrodite[65], en millions d’exemplaires. La maison devenait illustre et solide.

Les idées nouvelles n’effrayaient point Vallette, mais il entendait garder du vieux jeu ce qu’il avait avantage à en conserver. Il n’admettait point qu’un coup de téléphone subit et impérieux le dérangeât de son travail. Il était si précis dans ses engagements et préparations qu’il n’avait jamais besoin de téléphoner[66].

Il se levait dès l’aube et son travail était assez avancé vers les dix heures pour qu’il pût recevoir des visiteurs. II avait imposé sa ponctualité à tout son entourage. Le Mercure n’attendait personne. La préparation du numéro se poursuivait automatiquement. Les retardataires à envoyer leurs textes étaient ajournés au numéro suivant. Mais cela n’arrivait guère, car on savait que les délais le contristaient et on tenait, amicalement, à ne lui être point désagréable. Cette puissance à éveiller l’affection, chez un homme qui semblait placide et mesuré, est un des traits de son caractère, une expression très forte et quasi-générale de son visage tel qu’il survivra en nos mémoires et apparaîtra par des amis aux lettrés qui viendront et aux biographes qui le compareront, pour l’importance de ce qu’il a fondé, à François Buloz[67].


[1]     Concierge du Mercure et femme à tout faire du couple Vallette-Rachilde. À l’origine le Mercure employait un couple mais Madame Izambart occupe seule la fonction depuis la mort de son mari en 1930.

[2]     Rachilde et Alfred Vallette habitaient dans l’immeuble du 26, rue de Condé, un appartement donnant directement dans le bureau d’Alfred Vallette.

[3]     Georges Duhamel (1884-1966), médecin (en 1909) et homme de lettres surtout connu pour son ensemble romanesque en dix volumes, La Chronique des Pasquier, écrit de 1933 à 1945. Georges Duhamel est en charge de la rubrique des poèmes au Mercure depuis le numéro du 16 avril 1912. Il a reçu le prix Goncourt pour son deuxième roman : Civilisation, publié au Mercure en avril 1913. Georges Duhamel  remplacera Alfred Vallette à sa mort le 28 septembre 1935 et sera élu à l’Académie française cette même année, puis secrétaire perpétuel en 1944.

[4]     Jacques-Antoine Bernard (1880-1952), est arrivé au Mercure en 1906 sans qu’on sache vraiment à quel titre, à la même époque que Léautaud, qui y a effectivement été embauché le 1er janvier 1908. Jacques Bernard sera administrateur du Mercure à la mort d’Alfred Vallette, sous la direction de Georges Duhamel. Avant cela Léautaud et Bernard se sont plutôt bien entendu. Pendant l’occupation, Bernard se livrera à la collaboration et chassera Léautaud du mercure en 1941. Jacques Bernard sera jugé à la Libération pour « Intelligence avec l’ennemi » et condamné à cinq ans de prison (mais laissé en liberté), à la privation de ses biens et à l’Indignité nationale. Convoqué comme témoin, Léautaud — refusant toujours toute autorité — refusera de l’accuser. Pour l’anecdote, Jacques Bernard était prétendant (sans enthousiasme) au trône de l’éphémère et quasi-inexistant royaume d’Araucanie et de Patagonie.

[5]     Georges Duhamel a épousé en 1909 la comédienne Blanche Albane (Blanche Sistoli, 1886-1975), qui lui a donné trois enfants : Bernard (1917-1996), Jean (1919-1998) et Antoine (1925-2015).

[6]     Philippe Néel (1882-1941), médecin, traducteur de l’anglais, époux d’Alexandra David-Néel.

[7]     Le 4 juin 1934.

[8]     Paul Morisse a partagé le bureau de PL de janvier 1908 jusqu’en 1911. Le 9 décembre 1913, PL l’a indiqué âgé de 47 ou 48 ans, ce qui le ferait naître vers 1865. Dans Le Littéraire du 19 octobre 1946 André Billy évoque Paul Morisse « qui vient de mourir. » Paul Morisse est aujourd’hui connu pour être le traducteur des Hymnes à la nuit de Novalis en 1908 et aussi de Stefan Zweig pour son Émile Verhaeren, sa vie, son œuvre en 1910. Voir André Billy, Le Pont des Saint-Pères, Fayard 1947, pages 35-37.

[9]     Marguerite Eymery (1860-1953), personnage complexe, a épousé Alfred Vallette le 12 juin 1899. Rachilde tenait la rubrique des « Romans » dans le Mercure. Elle a publié une soixantaine d’ouvrages.

[10]    Journal littéraire au 6 juillet 1908 : « Jacques Daurelle, l’ancien directeur de La Volonté, actuellement courtier de publicité pour le Mercure, un homme qui déshonore la phtisie, dont il est malade, en n’en mourant point. »

[11]    Voir le Journal littéraire au 7 février 1935.

[12]    Charles-Henry Hirsch (1870-1948), poète, romancier et dramaturge, responsable,  au Mercure, des rubriques littéraires et artistiques de 1899 à 1916. C.-H. Hirsch collabore également au Journal depuis 1902, au Matin, à Excelsior et au Petit Parisien.

[13]    Pierre Dufay (1864-1942), bibliothécaire de la Ville de Blois (vers 1920), collaborateur du Mercure, rédacteur en chef de L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux. Pierre Dufay est aussi membre de la Société archéologique de l’Orléanais et de la Société des sciences et des lettres du Loir-et-Cher (Gallica).

[14]    André-Ferdinand Herold (1865-1940), petit-fils du compositeur, chartiste, poète, conteur, auteur dramatique et traducteur. A-F. Herold a fréquenté Mallarmé, Henri de Régnier, Pierre Louÿs, Paul Valéry. Il entretient des rapports privilégiés avec Gabriel Fauré ou Maurice Ravel. Titulaire de la critique dramatique au Mercure, Léautaud lui a succédé en octobre 1907. Le débat sur la graphie Herold (avec e ou é) est nourri par de nombreuses sources contradictoires et il a fallu trancher en s’appuyant sur les sources suivantes : Léautaud (variable et pas très fiable quant aux noms propres), le Mercure, Gourmont : Le Livre des masques, le Larousse du XXe siècle, un acte de naissance du grand-père compositeur (site web de la Légion d’honneur), des couvertures de livres, la rue de Paris et enfin la signature d’Herold lui-même reproduite dans Wikipédia (mais Wikipédia écrit Hérold !). Cela dit n’importe quel contradicteur présentera d’autres sources, à commencer par le Quillet.

[15]    Quand ils ne restaient pas rue de Condé, les Vallette habitaient 19, quai de l’Apport-Paris, l’une des deux maisons jumelles donnant sur la Seine à côté de l’usine immense des grands Moulins de Corbeil, construite en 1893. Le numéro 19, toujours visible de nos jours, correspond à la maison de gauche. Louée depuis 1898, les Vallette finiront par acheter cette maison. Voir le Journal littéraire au 16 mai 1922 et au 12 septembre 1932.

[16]    On peut comprendre qu’à l’occasion d’une vente de cet ordre, un grand nombre de volumes attend les coursiers et qu’il y a donc besoin d’un volume de stockage pendant quelques jours. La mise en vente en question est très vraisemblablement La Nuit de la Saint-Jean, quatrième volume de La Chronique des Pasquier de Georges Duhamel, prévue depuis longtemps.

[17]    En août 1911, Robert Fort (1890-1950), neveu du poète Paul Fort, a épousé Gabrielle Vallette (1889-1984), fille de Rachilde et d’Alfred Vallette.

[18]    Marcelin Vallette (?-1889) a épousé en 1857 Marie-Virginie Lemeunier.

[19]    Louis Mandin (1872-1943), poète. Voir sa notice (rédigée par lui-même) dans l’édition en trois volumes des Poètes d’aujourd’hui. (Mercure 1930).

[20]    Léautaud pense que certains académiciens pourraient exiger que le Mercure publie un texte d’eux en échange de leur voix à Georges Duhamel, qui sera élu dans moins de deux mois, le 21 novembre prochain, au quatrième tour de scrutin avant d’être reçu par Henry Bordeaux en juin 1936.

[21]    À l’origine, les deux frères Boex, Joseph-Henri et Séraphin, écrivent pendant une dizaine d’années sous la signature commune de J.-H. Rosny. En 1908, ils ont décidé d’écrire séparément sous les pseudonymes de J.-H. Rosny aîné et J.-H. Rosny jeune. Suite à cette séparation, J.-H. Rosny aîné (1856-1940) a écrit La Guerre du feu, l’un de ses romans las plus connus. J.-H. Rosny aîné est considéré comme l’un des précurseurs de la science-fiction moderne, notamment dans les romans préhistoriques. Lui et PL s’apprécient grandement. Voir notamment au 9 mai 1931. Les deux frères Rosny ont été membres de l’Académie Goncourt depuis sa formation.

[22]    Lucien Descaves (1861-1949), journaliste, romancier et auteur dramatique naturaliste et libertaire, Lucien Descaves s’est rendu célèbre par Les Sous-offs, roman antimilitariste pour lequel il fut traduit en cour d’assises pour injures à l’armée et outrages aux bonnes mœurs. Acquitté en 1890, il donna d’autres œuvres dans le même ton. Rédacteur au journal L’Aurore au moment de l’affaire Dreyfus, il lui apporte son soutien. Lucien Descaves est aussi secrétaire de l’Académie Goncourt.

[23]    Maurice Maeterlinck (1862-1949), écrivain francophone belge, prix Nobel de littérature en 1911. Figure de proue du symbolisme belge, Maeterlinck reste aujourd’hui célèbre pour son mélodrame Pelléas et Mélisande (1892), sommet du théâtre symboliste mis en musique par Claude Debussy et créé à l’opéra-comique en 1902 sous la direction d’André Messager. On pourra consulter sa notice rédigée par Léautaud pour les Poètes d’aujourd’hui dès la première édition de 1900.

[24]    Pierre Benoit (1886-1962), écrivain-voyageur est surtout connu pour Kœnigsmark (1918, qui sera le premier livre de poche en 1953) et L’Atlantide (1919). Kœnigsmark a reçu quatre voix des académiciens Goncourt contre six pour Civilisation de Georges Duhamel. Pierre Benoit a été reçu à l’Académie française en 1932 par Henri de Régnier.

[25]    Francis Carco (François Carcopino-Tusoli, 1886-1958), romancier du réalisme social dans la veine d’un Mac Orlan, est surtout connu pour son premier roman, Jésus-la-Caille (1914, remanié en 1920) et L’Homme traqué, qui a reçu en 1920 le Grand prix de l’Académie française.

[26]    Yves Florenne (1908-1992), romancier, auteur dramatique et adaptateur, critique littéraire. Yves Florenne a été dans les années 1960, un chroniqueur littéraire au journal Le Monde pas très tendre envers Paul Léautaud et chroniquera les parutions des volumes du Journal littéraire à partir du volume 10 davantage en juge de tribunal qu’en témoin.

[27]    Henry Dérieux (1892-1941), poète, critique littéraire et critique d’art.

[28]    Mademoiselle Naudy, fille d’un couple d’amis des Duhamel, sera embauchée la semaine suivante, peut-être le lundi 7 octobre.

[29]    Albert Mockel (1866-1945), écrivain et critique belge, collaborateur du Mercure. PL en dresse un portrait assez vif à la date du 11 avril 1908. Albert Mockel est entré dans les Poètes d’aujourd’hui en deux volumes.

[30]    Ernest Raynaud (1864-1936), écrivain et poète, était également commissaire de police, proche de l’Action française, auteur de Souvenirs de police, Mémoires d’un commissaire de police et de plusieurs autres ouvrages du genre.

[31]    Journaliste et auteur dramatique, Henri Mazel (1864-1947) est surtout connu pour avoir été, en 1890, le fondateur de la revue L’Ermitage, qui a cessé de paraître à la fin de l’année 1906. Henri Mazel a tenu ensuite pendant 35 ans la chronique des « Questions sociales » au Mercure. Une partie de son œuvre théâtrale regroupant huit pièces en trois volumes est encore disponible en 2017 au Mercure de France.

[32]    Auriant (Alexandre Hadjivassiliou, 1895-1990), a partagé le bureau de PL au Mercure de 1920 à 1940. Voir Dictionnaire des orientalistes de langue française sur le site web de l’EHESS. Lire également les mémoires de Francis Larcassin : Sur les chemins qui marchent, éditions du Rocher 2006 : « Séduit par sa passion érudite et par ses qualités polyglottes, Vallette l’engagea dans la maison d’édition qui accompagnait la revue. C’est ainsi que chaque jour pendant vingt ans, dans le même bureau, il travaillait avec Paul Léautaud en vis-à-vis. Plus misanthrope et plus grincheux que moi, tu meurs… Rapports courtois et distants. Après la Seconde Guerre mondiale, Léautaud réserva à son ancien vis-à-vis quelques piques désobligeantes dans son Journal. Procès à l’appui, Auriant l’obligea à remplacer son nom par des initiales. Ensuite, il se vengea tout seul, sans l’aide de la justice, en lançant le pamphlet cinglant apprécié des connaisseurs : Une vipère lubrique : M. Paul Léautaud. »

[33]    Nicolas Brian-Chaninov (avec un v), historien et homme de lettres, a écrit en 1929 une Histoire de la Russie chez Fayard, 510 pages et tient parfois une rubrique dans le Mercure.

[34]    Gabriel Brunet (1889-1964), critique littéraire au Mercure de 1928 à 1940. Il a publié Évocations littéraires (1930), Une femme se cherche (« roman d’aventures intérieures » 1935) et Ombres vivantes (sur quelques auteurs, 1936). Lire son portrait par Pierre d’Hugues en une de La Lanterne du 21 mars 1927.

[35]    Gabriel Brunet, Une femme se cherche, roman d’aventures intérieures, Mercure 1935, 282 pages.

[36]    Gaston Chérau (1872-1937), journaliste et romancier de la province, membre de l’Académie Goncourt en 1926.

[37]    Lampe renversée : peut-être un éclairage indirect.

[38]    Adrienne Monnier (1892-1955), libraire, éditrice, écrivain et poétesse, a installé sa libraire rue de l’Odéon en 1915. On lira avec intérêt son livre de souvenirs Rue de l’Odéon, Albin Michel 1960, réédité en 1989.

[39]    Gustave Kahn (1859-1936), chartiste, poète symboliste et critique d’art. Il mourra dans moins d’un an, le 5 septembre.

[40]    Souvenir d’Adrienne Monnier paru dans La NRF du 1er novembre 1935 et qui sera repris dans son livre de souvenirs Rue de l’Odéon paru en 1960 chez Albin Michel.

[41]    Les Annales politiques et littéraires, « revue universelle paraissant le dimanche. » Directeur et rédacteur en chef, Adolphe Brisson. Cet hebdomadaire est paru de 1883 à 1971.

[42]    Yvonne Sarcey (Madeleine Sarcey, 1869-1950), fille de Francisque Sarcey, a épousé en 1889 Adolphe Brisson. Yvonne Sarcey donnait, dans Les Annales politiques et littéraires de son mari, des conseils à la jeunesse sous le pseudonyme de « Cousine Yvonne ». Yvonne Sarcey a écrit ses mémoires sous le titre La Route du bonheur, paru à la librairie des Annales en 1909.

[43]    Les Annales politiques et littéraires, avaient leurs bureaux à cette époque au 51, rue Saint-Georges avant de déménager à 130 mètres de là au 5, rue La Bruyère. Le 51, rue Saint-Georges est, depuis 1929, l’adresse du Théâtre Saint-Georges et le 5, rue La Bruyère est l’adresse du Théâtre La Bruyère depuis 1943.

[44]    Les Mardis de Rachilde étaient célèbres, et plusieurs fois moqués par Léautaud.

[45]    Francis Carco (François Carcopino-Tusoli, 1886-1958), romancier du réalisme social dans la veine d’un Mac Orlan, est surtout connu pour son premier roman, Jésus-la-Caille (1914, remanié en 1920) et L’Homme traqué.

[46]    Alfred Machard (1887-1962), auteur dramatique, poète et romancier, moins connu de nos jours que sa femme, Raymonde Machard (1889-1971), romancière.

[47]    Louis Pergaud (1882-mort pour la France en 1915), ce qui lui a juste laissé le temps d’écrire quatre livres publiés de son vivant, tous au Mercure : trois recueils de nouvelles animalières, De Goupil à Margot (1910), prix Goncourt, La Revanche du corbeau (1911), Le Roman de Miraut, chien de chasse (1913) et enfin La Guerre des boutons (1913).

[48]    Henriette Charasson (1884-1972), poétesse et dramaturge d’inspiration catholique secondera Rachilde dans la chronique des « Romans » dans le Mercure à partir de 1914.

[49]    Marie Huot (1846-1930), poétesse, femme de lettres, journaliste, féministe et militante pour les droits des animaux. Née Ménétrier, Marie a épousé en 1869 Anatole Huot, éditeur de la revue gauchiste parisienne, L’Encyclopédie contemporaine illustrée. On lira dans le Journal littéraire de Léautaud un émouvant portrait de Marie Huot le 17 novembre 1922 et un autre au 14 avril 1930, lendemain de sa mort. Par ailleurs Léautaud a écrit, le 23 avril 1930 à Aurel, qui en avait besoin, une lettre retraçant une rapide biographie de Marie Huot.

[50]    Valentine de Saint-Point, (Anna de Glans de Cessiat-Vercel, 1875-1953), femme de lettres et artiste protéiforme, fut la première femme à traverser l’Atlantique en avion. Veuve en 1899, à 24 ans, Valentine épouse l’année suivante son amant, Charles Dumont (député, sénateur, quatre fois ministre) et sera une amie de Rodin. En 1904 elle divorce. De ce temps datent ces premiers vers, puis, en 1909 sa carrière d’auteur dramatique et de romancière.

[51]    André Fontainas (1865-1948), poète et critique belge. Après des débuts poétiques à Bruxelles, André Fontainas s’est installé à Paris en 1889 et est entré comme critique au Mercure. Il a été le lien entre les poètes symbolistes belges et français et y conservera la rubrique poésie du Mercure jusqu’à sa mort. André Fontainas fait partie des Poètes d’aujourd’hui, dont la notice a été rédigée par Adolphe van Bever.

[52]    Allusion à l’essai de Paul Valéry : La Soirée avec monsieur Teste paru en 1896. « Edmond Teste, demi-dieu en pantoufles de petit-bourgeois, génie si clairvoyant qu’il renonce à sortir de l’anonymat. Il est le grand homme authentique, celui qui maîtrise sa pensée dans l’ombre tandis que les baudruches se pavanent en public. »

[53]    Remy de Gourmont, Le IIe Livre des Masques est sorti au Mercure de France en 1898, deux ans après le premier Livre des Masques « Portraits symbolistes, Gloses et Documents sur les Écrivains d’hier et d’aujourd’hui ». (Majuscules d’origine).

[54]    Victor Margueritte (1866-1942), romancier et auteur dramatique, est le cadet de six ans de Paul Margueritte. Victor Margueritte est surtout connu pour son roman La Garçonne, paru en 1922 chez Flammarion et qui lui a fait perdre sa Légion d’honneur, retirée l’année suivante.

[55]    D’abord peintre bohème, Raoul Ponchon (1848-1937) s’est lié avec Maurice Bouchor et Jean Richepin avant de devenir collaborateur régulier du Courrier Français jusqu’en 1908. En 1893 Raoul Ponchon composait des vers au kilomètre sur l’actualité de la semaine sous le titre de « Gazettes rimées ». Raoul Ponchon a été élu membre de l’académie Goncourt en 1924 en replacement d’Émile Bergerat, sans avoir écrit un seul livre, hors un recueil de quelques-unes de ses « Gazettes rimées ».

[56]    Alfred Vallette était à l’origine typographe.

[57]    Alfred Vallette, Le Vierge, Tresse et Stock, 1891, 395 pages, écrit de mai 1886 à octobre 1887.

[58]    Pour Le Scapin, voir ici-même la page « Le Mercure de France (1890) »

[59]    Louis Denise (1863-1914), poète, critique d’art, bibliographe et ornithologue. Louis Denise subvient à ses besoins en étant bibliothécaire la Bibliothèque nationale où il a rédigé plusieurs catalogues, donc celui des ouvrages de César. Il était ami avec Albert Samain.

[60]    Gabriel-Albert Aurier (1865-1892), écrivain, poète et critique d’art. La signature Georges-Albert Aurier est parfois rencontrée.

[61]    Louis Dumur (1860-1933), romancier, poète et dramaturge suisse. Après avoir fondé la revue La Pléiade avec Édouard Dubus, Gabriel-Albert Aurier et Louis-Pilate de Brinn’Gaubast, il fut, avec Alfred Valette, l’un des fondateurs du Mercure de France, dont il a été rédacteur en chef en 1889 et secrétaire général en 1895. On lira son portrait dans le JL aux 13 et 15 novembre 1922 et au 4 août 1931. Voir aussi chez André Billy, Le Pont des Saint-Pères, pages 40-42.

[62]    Gustave Kahn se fourvoie ; Léautaud avait 18 ans à la création du Mercure. le 1er janvier 1890. Il y a publié ses premiers vers en juin 1896 et y a été embauché le 1er janvier 1908.

[63]    Albert Samain (1858-1900), poète symboliste. Le Jardin de l’Infante est paru en 1893.

[64]    Remy de Gourmont, Le Latin mystique : les poètes de l’antiphonaire et la symbolique au moyen âge. Préface de J.-K. Huysmans, Mercure 20 septembre 1892, donc avant Albert Samain. Voir les « Échos » du Mercure d’avril 1892 page 273, qui donne le détail des souscriptions.

[65]    Pierre Louÿs, Aphrodite. Mœurs Antiques, Mercure de France 1896, 327 pages.

[66]    Il n’y a jamais eu de téléphone au Mercure du temps d’Alfred Vallette. C’est Georges Duhamel qui l’a fait installer, en même temps que l’éclairage électrique et que la dactylographe.

[67]    François Buloz (1803-1877), a commencé, comme Alfred Vallette, en ouvrier d’imprimerie. En 1931, à l’âge de 28 ans, il a été directeur de la Revue des deux mondes, dont il a fait la première revue de son temps et qu’il a dirigé pendant quarante ans. François Buloz a été aussi administrateur de la Comédie-Française pendant dix ans, de 1838 à 1848.