Les Livrets du Mandarin I

Le numéro de mai 1959

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René-Louis Doyon

Les sériesLe numéro de mai 1959Avec Péladan — Et Léon BloyFagus et la gloireCoquetterie ou commerce ?Avec SuarèsLe Mariage de LéautaudNotes

« Le Mandarin » était le surnom de l’éditeur érudit René-Louis Doyon (1885-1966) qui a ouvert, en pleine guerre, en 1917, une librairie au numéro 9, galerie de la Madeleine1.

Comme toutes ces « petites revues », selon l’expression de Remy de Gourmont2, Les Livrets du Mandarin a connu une existence chaotique, éphémère et s’étalant pourtant sur plusieurs années. Le premier numéro est paru en janvier 1923 alors que ceux qui nous occupent sont de 1959. Six séries ont été recensées jusqu’en 1963 avec des périodicités diverses. La première série de parution s’est achevée en 1926 avec son dixième numéro sur trois ans.

Les lecteurs des Cahiers Paul Léautaud connaissent René-Louis Doyon dont deux textes de ses Livrets du Mandarin ont été repris par Édith Silve. Le premier texte, Un écrivain — Paul Léautaud-Boissard, provenant du deuxième numéro de la 2e série (mars 1931) (pour les séries, voir ci-après). Ce texte a été repris dans le treizième numéro des Cahiers Paul Léautaud. C’est de ce même Cahier que provient la photo de R.-L. Doyon reproduit en ouverture de cette page web.

Le numéro de mars 1931 des Livrets du Mandarin

Le second texte est paru dans le numéro vingt des Cahiers Paul Léautaud et a pour titre Le fils naturel de Stendhal. D’une longueur de dix pages, il est paru dans le Quo Vadis numéroté 77-78-79 du premier trimestre 1955.

Les séries

À l’attention des collectionneurs, restons un peu sur la description de ces séries, à l’organisation un peu hermétique.

Avant de prendre le titre Les Livrets du Mandarin, la revue portaient le nom de la très symboliste Connaissance, série parue sur 26 numéros, de janvier 1920 à novembre 1922. Un de ces numéros porte le premier texte imprimé d’André Malraux.

Couverture (fragment) du quatrième numéro de La Connaissance, d’avril 1920

Hasard ou choix, les séries de parution des Livrets du Mandarin sont presque toutes de dix numéros. Le tout premier est paru en 1923, peut-être janvier, pour se terminer dix numéros plus tard, en 1926, sans que la date soit davantage indiquée.

Le premier numéro de la deuxième série est sorti cinq ans plus tard, en février 1931 et s’est aussi achevée avec le numéro dix, de février 1932.

Trois mois plus tard, en mai, commençait une troisième série, elle aussi sur dix numéros, le dernier paraissant en décembre 1935.

La quatrième série est parue sur huit ans (avec l’interruption de la guerre) de mai 1936 à novembre 1944, toujours sur dix numéros.

La cinquième série est parue d’avril 1949 à 1952, sur deux numéros, semble-t-il.

La sixième série est aussi parue sur dix numéros, d’avril 1956 à février 1959. Le problème est que cette sixième série est parue numérotée cinquième.

C’est ainsi que la septième série, qui nous intéresse ici, a été numérotée sixième, ainsi qu’on pourra le voir sur les reproductions des couvertures qui seront données infra. Les dix numéros traditionnels sont parus de mai 1959 à octobre 1963. Ce sont ces deux premiers numéros de cette dernière série qui seront intégralement reproduits ici en PDF.

Voyons maintenant les textes, en une rédaction peut-être un peu alambiquée.

Livret de Mandarin de mai 1959 :
Paul Léautaud par-ci, par-là

À mon pèlerin de Paris, Pierre Paturel3

On ne tardera pas à disséquer la psychologie de Léautaud ; il ne tardera pas à devenir le sujet de thèses, médicales, pour son endurance et son comportement, grammaticales et rhétoriciennes par des travaux de professeurs éblouis par la simplicité apparente et sa limpidité d’écriture ; il a assez occupé l’aire littéraire tout en feignant de jouer le rôle de spectateur, pour passer à l’avant-scène. Qu’il soit loisible à celui qui, dès 1920, enthousiasmé d’avoir lu Le petit ami, commença par une maladroite louange et parvint à parler si congrument de cet admirable mémorialiste amer et timide qu’il devint un de ceux que lisait l’ermite de Fontenay-aux-Roses et qui bénéficiait de son audience plus qu’attentive4. On en connaît de nombreux témoignages. Cependant le Mandarin, étant toujours gêné en sa présence, n’alla jamais le visiter ; il eut des conversations de hasard avec lui mais échangea à l’occasion une correspondance piquante dont Le Journal Littéraire doit être parsemé et dont l’avenir seul aura la teneur. Le premier contact remonte à 1920, après un article maladroit quoique bien intentionné que notre homme accueillit en ces termes : « Vous avez de drôles de propos, Monsieur, pour louer vos amis ». Diable !5

J’avais cru Léautaud peu chatouilleux et indifférent au laurier ; que non pas ! Jean Cassou me prévint : « Il est sensible comme un fil-de-fer et n’aime pas être analysé à la vanvole6 ! Il est plus gen-de-lettre qu’il n’y paraît ». Je fis mon profit de la remarque en m’attachant davantage à ses analyses, ses repères, ses saillies. Il fallait agir prudemment avec lui pour ne pas recevoir ses foudres. Je me rappelle qu’en 1916, j’avais protesté au Mercure pour sa note contre Vincent Muselli qu’il déclarait être un des pseudonymes de Jean Moréas7 ; je n’avais pas — naïf et nouveau dans l’arène — compris le trait critique. C’est Muselli qui eut droit de réponse8 avec un quatrain qui se terminait ainsi : « Il travaille au mercure et qu’il s’y soigne aussi ! ». Ma deuxième attrapade avec lui fut provoquée par ma publication du H. B. par un des quarante9. J’ignorais qu’il l’avait inséré dans son anthologie de Stendhal sans crier gare, et j’ignorais que les ayants droit10 ignoraient complètement ce texte11 ! Je fus cause ayant agi en toute probité de mettre le Mercure dans un embarras à retardement, ce que l’habile Vallette résorba facilement. Mais Léautaud ne l’entendait pas ainsi et me rencontrant peu après ma publication me salua avec de vifs reproches : « Vous en avez fait de belles, Monsieur », et me voyant surpris de préciser : « Aviez-vous besoin de révéler aux Calmann qu’ils étaient propriétaires du H.B. : ils n’en savaient rien ! », et je ne garantis pas qu’une épithète opportune ne soulignât pas cette carence de la maison où entrait avec la venette12 le bon Gustave Flaubert.

Une autre fois, et bien d’autres, il me reprocha d’être toujours prêt à louer Le Petit ami que j’avais recueilli dans la version originale de la revue et dont mon impécuniosité m’avait privé d’un exemplaire sur japon, peu pour le moment (1921) mais une fortune maintenant. J’ai trouvé l’occasion d’en parler à nouveau dans la collection « Joie de lire » que j’ai préparée pendant l’occupation avec mon étude sur Werther. Il se défendait d’aimer son livre ; il le trouvait manqué, maladroit, mal fait et appuyait ses doutes sur des témoignages qu’il me citait ; à quoi j’opposais l’opinion de La Bruyère. Je le citai aussi dans mon étude sur Beaumarchais et il fut sensible au portrait que je traçais de lui dans « Les Livrets » (2e Série no 2, mai 1931(13)) au point que depuis il ne manqua jamais plus ce que je publiais et je devais apprendre, il y a peu de temps, qu’il donnait ou conseillait ces publications qui avaient plus que son assentiment.

Quand je lui demandais de préfacer une re-édition de L’enfant Prodiguée14, il l’eut bien fait mais, accablé de besognes différentes, il ne pouvait écrire sur le champ et déclina mon appel avec beaucoup d’amabilité. C’est à propos de ce roman, de Géronte aux Assises15 et des Livrets qu’on commença à insinuer dans les critiques dont j’étais l’objet que j’avais quelque chose de Léautaud (Grands dieux ! c’était sans le savoir !) puis le temps déroulant ses années, on osa dire, écrire, colporter discrètement (n’est-ce pas Jacques Bour16 qui commença cette chanson ?) que j’étais le Léautaud de demain, ce qui chatouilla désagréablement celui qu’on m’imposait comme modèle ; en prenant pour mesure la liberté de mes dires, mon indifférence aux musiques tapageuses et mon obscurité. Certainement cette gratuite pronostication le flattait mais aussi l’arma contre moi, innocent de ces courants. D’où cette attitude contradictoire ; compréhension et approbation, certaines animosités et réactions contre la personne17. Cela en définitive me fut désagréable. Je n’en ai pas moins gardé mon admiration raisonnée et en voici quelques composantes : Elles sont choisies dans mes souvenirs avec un semblant d’ordre chronologique.

Avec Péladan

Léautaud ne pouvait aimer Péladan18-19 et cela se comprend. Les manières, les affectations, les allures de prophète et la conviction qu’avait Péladan d’être un maître d’esthétique et la réincarnation de Léonard de Vinci ne pouvaient qu’irriter l’homme frustre et l’art simple et raffiné de ce pur styliste. Il ne l’a pas pu lire, baillant aux premières lignes, se révoltant aux secondes et niant le tout. Ne me disait-il pas un jour que le symbolisme de Remy de Gourmont lui paraissait ridicule et il avait un haut-le-corps à penser qu’on pouvait admirer les oraisons mauvaises dont j’avais fait une édition avec des bois en couleurs d’Henri Chapront20. Il méprisait ces complications d’idées embrouillées et plus encore tout le tarabiscotage, le pseudo-ésotérisme du Sar. Sar ! on devine ce que le titre lui inspirait.

Avec la déférence que je lui ai toujours témoignée je lui adressai ma douloureuse aventure de Péladan n’attendant de lui aucune appréciation et moins encore une lecture attentive. Je fus surpris de recevoir une première lettre21, ce dans quoi il témoignait d’une sympathie évidente pour ma biographie passionnée, au point qu’indigné d’apprendre l’insuccès de l’ouvrage, il m’annonçait qu’il écrivait au directeur du « Mercure de France » pour lui demander une analyse. Ce ne fut pas tout ; quelques jours après, il devait avoir repris sa lecture, car il m’adressait la longue lettre dont par un heureux hasard j’ai pris copie ; la voici ; elle suffit à écarter tout commentaire.

le vendredi 3 mai 1946

        Mon cher Doyon,

Je suis bien en retard pour vous remercier de votre livre sur Péladan. Je suis plein de dérangements et de corvées. Le matin que je l’ai reçu, l’ayant entrouvert, j’ai été intéressé tout de suite et me suis mis à le lire pendant la journée et la soirée pour le terminer le lendemain. C’est un ouvrage remarquable ; c’est mon avis vrai, et c’est en même temps un ouvrage qui vous fait honneur par la réparation qu’il représente pour Péladan. J’ignorais simplement, il me faut bien l’avouer, qu’il fût un homme d’une telle culture artistique dans tous les domaines. Je l’ai un peu connu à quelques mardis de Rachilde, mais je n’ai jamais rien lu de lui, peu porté sur ses façons d’écrire, cette sorte de préciosité et de vocabulaire vraiment trop hors série pour moi. Je ne suis pas un artiste et la littérature d’art me laisse complètement indifférent. Peut-être regrettable pour moi, mais il en est ainsi. Il y a cette singularité dans votre livre que votre ton n’est pas le même dans la seconde moitié que dans sa première. Dans celle-ci, vous persiflez un peu et vous vous moquez un peu de votre personnage et, certes, il offre des raisons pour cela. Dans la seconde, vous le mettez vraiment en valeur comme il le mérite ; vous vous élevez contre l’indifférence qu’on a eue à son égard, même certaines injustices. C’est là cette réparation dont je parle plus haut et qui fait que votre livre a son prix, non seulement littéraire mais encore moral. Comment ne pas être avec Péladan quand il fustige les procédés que les officiels ont eus à son égard, tous ces bavards devenus des importants et quand il exprime ce qu’il pense d’un régime si bassement égalitaire qui fait de lui, militairement, le conducteur d’un charriot à fourrage, exemple qui a en France sa répétition par milliers. Il n’y a que la démocratie française pour s’illustrer de cette façon. Sans doute Péladan aurait pu se taire et se contenter de mépriser. On comprend cependant que, conscient de l’écrivain qu’il était, ce qui est bien permis quelquefois, il ait trouvé une satisfaction à montrer qui il était.

Je vous souhaite des lecteurs pour la révélation que sera, pour beaucoup comme moi, votre livre, lequel, je vous le répète, vous fait grand honneur.

        Cordialement à vous

P. Léautaud

Je n’ai plus qu’à ajouter que le Mercure s’exécuta en 5 ou 6 lignes bienveillantes22. On pourra opposer à l’opinion exhaustive de Léautaud celle de l’aigri J.-J. Brousson23 me disant : « Vous vous êtes fait le barbier funèbre de Péladan, vous avez assassiné un poète ».

Or on sait comment ce même Brousson avait traité son maître Anatole France et je pense que ma réponse électrique emportera l’adhésion : « M. Brousson, je n’ai pas connu Péladan. Je n’ai pas été son secrétaire, je n’ai pas vécu de ses deniers. J’ai parlé en homme libre ». Cela rendit muet ce fantoche malheureux. Tout de même, les dires du grand libertaire que fut Léautaud ont, avec un autre ton, une bien autre autorité.

Et Léon Bloy

Encouragé par son approbation, je m’aventurais à lui demander quelques renseignements sur Léon Bloy24. Il savait que je préparais un « Canular mystique25 ». C’est ainsi que je fixai la dévotion à l’homme qu’il tenait pour un comédien et un tartuffe. Cet énergumène de la foi autant que son alter ego mais pas de la même rive, Péladan, lui était odieux. J’ai poussé jusqu’à lui demander si le mendiant ingrat26 avait un accent, si le roulement des mots grondait dans son gueuloir comme celui d’un vrai Périgourdin, il me répondit : « Il devait en effet avoir un parler roulant ». Et c’est tout ce que j’en obtins. Vallette fut plus fertile et je réserve cela et les dires de Jehan Rictus pour mon Léon Bloy, pittoresque, méchant homme et hérétique que je perpètre pour la joie de ses caudataires27.

Fagus28 à la Gloire

La première fois que j’appris le nom du poète parce qu’il était proposé pour un prix, j’ai tout de suite pensé et dit qu’il ne l’aurait pas à cause de l’ablatif de son nom : Fago. Si le jeu de mot est stupide, je constatai longtemps après qu’il l’avait lui-même commis. Cet esprit volcanique était enflé d’érudition et de vraie poésie ; c’était un homme hirsute avec une barbe en broussaille, un air d’errant, une petite pèlerine comme en portait Charles Péguy dont je le vis recouvert en avril 1914(29). Fagus eut cette chance que de son vivant, avec quelques éditions sans succès, il fut l’objet de quelques livres de luxe, lui le pauvre, l’humble, l’indifférent aux vanités de la mode ! J’eus un grand plaisir à lire des lettres piquantes adressées à Léautaud et j’eus l’idée d’en faire une édition digne de ces deux originaux. J’écrivis à l’un et à l’autre qui acceptèrent et vous allez connaître la suite :

Environ 1925, Kra30 de qui le père ancien préposé aux autographes d’un Rotschild tenait échoppe de libraire, courait le monde comme prestidigitateur (Un de mes amis le vit dans un casino de Melbourne jongler avec des boules !) À son retour il agrandit la boutique paternelle à l’orée de la rue Blanche, trouva des capitaux, fit un riche mariage et entreprit de l’édition. Ce furent d’abord de petites plaquettes dont les textes, que je ne pouvais publier moi-même, étaient retrouvés et présentés comme inédits par notre cher André Malraux. Ce qui n’aurait eu aucun succès à mon enseigne en eut beaucoup chez Kra ; aussi commença-t-il à péter du feu. Il publia à tours de presse des livres illustrés, d’autres qui ne l’étaient point et même une collection de traductions dans les formats courants dont la couverture comportait des rabats assez étroits sur quoi était imprimée la liste de ses publications. Le succès enfla notre homme ; il crut avoir fait une invention avec ses rabats ; il roulait auto et je crois bien qu’un jour, il braqua sa voiture sur moi avec un sourire indulgent : mais où sa mesure fut excédentaire, c’est lorsqu’il m’assigna pour délit d’imitation à cause de ses petits rabats, alors que ceux notamment du « Rayon du Mandarin » avait la largeur du livre et ne comportait aucune inscription ; une élégance, un luxe, et mon cher Charles Nypels31 du même goût que son complice n’aimait pas non plus les demi-mesures. Nous payâmes chez l’un et l’autre nos goûts somptuaires mais là n’est pas le problème ! Bien entendu, mon avocat alerté m’expliqua que c’était bien gênant, qu’un juge se met toujours dans l’esprit que le requérant a raison. En bref, Kra dut comprendre le ridicule de son dessein et je n’entendis plus parler de ce procès. Toutefois, je me promis de prendre une revanche… mais professionnelle, subtile et si on le permet à la française.

Les Lettres de Fagus à Léautaud m’en fournirent l’occasion. Après y avoir réfléchi, je composai une couverture en forme d’enveloppe comprenant sur la face le titre avec un sigle (un des 30 que j’ai fait dessiner) représentant un cachet de mairie (à cause de l’emploi de Fagus à l’Hôtel-de-Ville) et ma devise. Puis un long rabat qui venait en pointe s’enclaver dans la couverture du dos où une fente l’accueillait pour simuler une enveloppe avec les mentions : « Recommandé : Monsieur Paul Léautaud bon écrivain et mécréant, quelque part avec ses chats et ses chiens, aux soins de « La Connaissance ».

Dans le bas on lisait : « De la part de Fagus, poète ».

Où était donc ma revanche ? pas dans le rabat curieusement emboîté, mais sur la tranche où quelques lecteurs spirituels découvrirent une mention inattendue : « Couverture non brevetée ». C’était ça ma revanche ! On comprendra qu’elle avait un style, un sens, une dignité, et certes son inventeur n’aurait jamais envoyé à la destruction cruelle le pétulant Kra comme il lui advint aux camps de mort où il fut injustement conduit. Je n’ai pas besoin de redire que le livre est magnifique d’esprit et plaisant de forme. Le colloque presque unilatéral entre le poète et le prosateur est étourdissant ; les vocatifs vont de l’appel amical à l’objurgation, du vocable le plus touchant à l’injure perlée, et tout cela improvisé sur un comptoir, le bord d’une table et jeté sur un papier quelconque. Fagus a déployé là une ingéniosité prodigieuse à affirmer son admiration, sa foi, à fulminer de plaisants anathèmes et finalement à ne pas manquer de fines critiques sur les poses et les contradictions de son correspondant. Le livre n’eut aucun succès bien qu’il soit maintenant introuvable ; j’ai bien quelque droit à n’en pas rougir. Pour compléter mon évocation, il me faut avouer que Léautaud m’avait demandé que son nom ne parût qu’en initiales à la fin de sa présentation mais ayant passé outre, il m’en fit reproche. De plus, cet homme désintéressé et si peu ambitieux me demanda douze pour cent (12 %) de droits alors que l’usage alors était de dix32-33. J’acceptai bien entendu et rendez-vous fut pris pour que Fagus et Léautaud vinssent recevoir leur pretium laboris avec leurs premiers exemplaires. Cela se fit une après-midi. Fagus timide et bafouillant un peu, heureux ou surpris mais content, et Léautaud rogue et presque muet tandis que Fagus enclin pour sûr à bavarder et au besoin arroser l’événement, signait son reçu. Léautaud me prit à part et avec vigueur me dit : « Ne le retenez pas, il pue le vin ! ». Soit ! La cérémonie fut écourtée et Fagus partit. Il ne devait survivre que 5 années. On sait qu’un fardier l’écrasa dans sa rue Visconti, celle où vécurent les grandes entités qu’il évoquait souvent. On le transporta à l’hôpital ; on l’assit sur son lit. Il souriait sans protestation, sans douleur apparente ; cependant bientôt une péritonite le terrassait. Une femme pleurait à son chevet. Je sus l’histoire de cette compagne admirable dont le fils de Fagus34 reconnaissait lui-même la sainteté ! Un soir Fagus rencontra pleurant sur un banc une femme ; il s’émut, s’assit à côté d’elle, lui parla doucement, tenta de la consoler. Il passa ainsi toute la nuit ; au petit matin, épuisée de fatigue, il la conduisit chez lui, et elle en fut depuis l’hôtesse, l’animatrice, la servante et l’amie35. Pour Léautaud, malgré les prévisions du poète, il dura un long lustre de plus. Il ne manqua point d’aller voir le cadavre de Fagus ; y avait-il en lui un nécrophile ? Il aimait à scruter du regard les morts, et cette attitude singulière se dégage des observations qu’il a consignées sur Marcel Schwob, Ch. Louis-Philippe, van Bever, Fagus et Gide. Il ne fut pas tendre pour Fagus dans une chronique. Son oraison funèbre en tableau ne témoigne ni d’indulgence ni d’émotion, d’une dureté plutôt ou d’une pudeur à manifester quelque faiblesse. Il était ainsi et il n’a pas fini d’étonner.

Coquetterie ou commerce ?

Dans son diaire de 1949, Paul Léautaud écrit, le lundi 18 juillet : « Le peintre Compard36, ami de Sacha Guitry37, qui est venu, envoyé par lui, faire deux portraits de moi, un genre de peinture affreuse, m’a écrit, il y a un bon mois, pour me demander lequel des deux je préfère, celui qu’il m’a laissé ou celui qu’il a emporté. Je n’ai pas répondu38… ».

Et le voici lancé dans d’apparentes considérations esthétiques sur le portrait en nous apprenant que le peintre Heuzé39 a fait deux toiles de sa tête dans son atelier du quai Conti, et de son initiative (ce qui inclut cependant que le modèle y est allé poser) ; par maladresse, on sollicite notre homme pour participer à l’offre (!) d’une épée d’académicien… Il ne répond pas40. La charmante Mlle Lefèvre41 a traité aussi son image42 ; il souligne : « Pourquoi ? je n’en sais rien, celui-là peut-être si ressemblant que je le détruirai pour ne pas me voir43 ». Cet aveu est à retenir. En lui écrivant, cette demoiselle a envoyé un panier de gâteries. C’est embarrassant ; il ne répond pas davantage et voilà qu’il préfère l’esquisse à la fidélité. Aussi la seule portraiture de Rouveyre a son assentiment, et le nôtre aussi, pour la vigueur, le pittoresque et la vérité des raccourcis. Afin d’appuyer sa réprobation, il y va d’« une belle histoire pour compléter cette galerie ». Henri Matisse a fait, sur sa prière même, un dessin qui, « après bien des séances de pose et bien des croquis, fut fait d’un coup de crayon quelque chose comme un croissant de lune sur une feuille de papier et loin j’emportai cette merveille ; je jurai bien qu’elle n’entrait pas chez moi !44 ». En fait, il la confie à un tiers pour appréciation ou pour la brocanter, et en bref, il s’en débarrasse après expertise pour 42 000 francs ! « Pas pour l’argent, écrit-il, pour une autre satisfaction : n’avoir pas chez soi une pareille aberration ! » Quelqu’un l’accuse alors de s’être conduit comme un misérable en commettant une action abominable. « Moi je ne trouve pas du tout », conclut-il. Nous voici un peu embarrassé. Un mépris qui se dissout dans un flot de billets ? Ce n’est pas tout ; le 30 août45 dans une préparation au départ46, il fait un autodafé dans son jardin d’un monceau de manuscrits et, après avoir découpé de leurs châssis les portraits, Compard, Lefèvre, il les sacrifie au feu ! regrettant de ne pas y joindre le second portrait Compard.

Par une conjoncture imprévue, je tentai peu après de me soigner à Pont-Aven où j’avais jeté une ancre mélancolique chez la bonne Julia Corelleau47. J’y rencontrai Émile Compard et en faisant sa connaissance, je lui demandai quelques explications sur sa rencontre avec le prétendu misanthrope de Fontenay ; il ignorait encore la destruction de son portrait ; rien ne lui avait fait pressentir ce geste et voici les précisions qu’il m’apporta : « J’avais été introduit par Colin-Simard48 chez Léautaud. Les séances de pose furent merveilleuses pour moi et pour ma femme qui entretenait la conversation afin qu’il ne restât pas figé… Je comptais sur la coquetterie du modèle, et son astuce avait si bien réussi que le Charme de ce vieillard opéra sur nous deux ! ». Le peintre ajouta à ces souvenirs résurgents : « Je dois confesser que j’ai fait durer le plaisir en accroissant le nombre de séances. Et cet homme soi-disant bourru, cynique, égoïste, détestant l’humanité hormis ses chats, et sa guenon… s’est révélé pour nous deux, un tendre refoulé, un généreux et délicat personnage qui nous a même fait cette proposition : La prochaine fois, amenez donc vos enfants ». Ce ton est assez inattendu dans la bouche de celui qui professait que le patriotisme fait des imbéciles et le mariage des cocus. Et le peintre de conclure : « J’ai fait trois portraits à l’huile. Deux dessins, une pierre litho et de tout cela, une méchante caricature en trois exemplaires49… »

Si Compard excusait cette destruction, le caricaturant, il garde quand même un inoubliable souvenir ; on peut se demander si, Émile Compard et Mlle Lefèvre ayant eu un cours sur le marché, les deux images eussent été sauvées. Personne ne prendra au comptant son étonnement d’être sollicité par tant de peintres ! On ne l’a pas traîné chez eux, et il ne leur a pas consigné sa porte ; il connaissait ces acomptes versés à sa gloire montante. N’étant pas adonisé et trouvant l’image laide, son dédain se traduisit par une vente ou la destruction ; l’explication ne peut être confuse ; l’ancien clerc a un côté spéculatif indéniable mais il avoue nettement ne pas aimer se retrouver sous des traits ravinés, anguleux, à dire vrai, d’une belle laideur. Il devenait un Dorian Gray50 qui n’ignorait pas son image mais se refusant par peur à la regarder. Tous ces traits entrent bien dans la complexité de ses réactions. Les femmes qui avaient commerce avec lui à une date peu éloignée de sa fin, comme il en témoignait, n’ont pas volé les avantages qu’elles ont pu tirer de leurs complaisances érotiques, de leurs sacrifices : Il y a longtemps qu’un roi avalait une messe pour avoir Paris, et le vieillard prétendu pauvre a bien payé les mains, les lèvres et le reste. Si elles ont regardé le portrait, elles n’ont pas usurpé leurs profits sans tarifs.

Avec Suarès

Je n’ai vu qu’une fois Suarès51, à la représentation de Jeanne d’Arc, de Bernard Shaw52 ; mais je le connaissais mieux par transmission grâce à mon ami Gustave Fayet53. Ce magnat, cet artiste de goût ne se laissait pas enchanter par le comportement un peu étudié du rhéteur magnifique sorti de Normale avec Romain Roland. Suarès affectait d’écrire sur ses genoux et s’appliquait à imiter les graphies du XVIe siècle, quelque chose comme l’onciale54 avec des encres colorées, séchées à la poudre d’or. Cet orgueilleux Séphardim55, fils du grand rabbin de Marseille, était sourcilleux, avait la défendable ambition de mériter de la société des intellectuels et des heureux de ce monde de quoi vivre en prince, et l’on sait combien de fois il exprima sa protestation véhémente contre l’indifférence à son égard. Il végétait dans une pauvreté indigne, certes. Sans doute, il a dû s’achever sans avoir vécu son rêve de condottière ou de fastueux seigneur. Je ne dis pas cela pour exprimer une admiration en faveur de l’écrivain. Au vrai il était fatiguant ; son écriture était riche, trop riche ; ses développements cadencés atteignaient à la contradiction et ne parvenaient jamais à communiquer une impression de vie affective. C’était de la belle mais de la rhétorique.

Un moment, il était lecteur du grand et riche tailleur Doucet, homme courtois, intelligent et qui consacra sa fortune à acheter de prodigieuses reliques littéraires ; Suarès le conseillait et en recevait quelques subsides ; une maritorne allait quémander des livres chez les éditeurs pour son patron. C’est dans ce temps qu’il eut pour égérie une jeune blonde qui venait de quelque province et se nommait Marie Dormoy. Mon ami Fayet m’avait donné quelques précisions touchantes si je puis bien discrètement traduire sa confidence ; « Bien qu’elle n’eut pas encore de salon ni d’infirmité », elle jouait ainsi à la Juliette Récamier d’un Vicomte peu… actif, mais utile puisque, par lui, Doucet connut l’égérie et par la suite elle devint la fermière du fonds merveilleux déposé à la Bibliothèque Sainte-Geneviève… Léautaud, est-il besoin de le rappeler, détestait l’écriture de Suarès et peut-être aussi l’homme. Tiens, tiens, tiens ! Cependant, je n’en suis pas tellement assuré puisque l’égérie du premier devait devenir l’héritière du second, peut-être par les mêmes moyens ? Diable que ces volcans de l’esprit sont compliqués !

Il n’y a guère, Léautaud publiait une analyse de Suarès et ne mâchait pas son opinion réprobatrice56 ; je lui adressai alors mon accord, et il me demanda l’autorisation de se servir, de publier ma lettre s’il en avait l’opportunité. Je la lui accordai, bien entendu, mais ma surprise fut grande quand je reçus une nouvelle lettre de Léautaud me priant de lui adresser copie de sa lettre car il avait omis de le faire avant de m’envoyer son factum.

Habemus confitentem reum57 ! Léautaud a donc copié toutes les lettres qu’il adressa ! C’est inimaginable car il en a écrit beaucoup. Ce ne sera pas une petite affaire que de dépouiller le prodigieux procès-verbal de sa vie et de celles qu’il a observées. Quand il faudra lire toute sa correspondance et celle qu’il a reçue, une équipe sera nécessaire. On peut prévoir bien des surprises, bien des contradictions, et aussi de remarquables trouvailles, des traits piquants, méchants et marqués de cette injustice préventive qui use de la violence. Tout de même je pense que Léautaud a nourri peut-être contre Suarès, un ressentiment… tardif, et sentimental. Oh ! j’exagère, mais comment s’exprimer sur de faibles indices, ces pointes décisives contre l’orgueilleux et malheureux André Suarès bien moins chanceux que lui.

Le mariage de Léautaud.

Environ trois années, un professeur appartenant à une université lointaine m’avait invité à lui cuisiner un plat, ayant ce jour-là un dîner semi-officiel. Parmi ses invités, le principal était l’attaché culturel de son pays, et deux ou trois autres nationaux. Le repas fut trouvé bon, encore que dans la diplomatie on mange du bout des dents et on se trouve un peu partout déplacé fors dans une ambassade. N’empêche que la bonne humeur régna au cours de ce symposion. « Dîner bien caqueté est à moitié digéré » assure un dicton et celui-là passa avec les mets. Des propos de table, des traits lancés je n’ai retenu que cette nouvelle tombée à la fin du repas comme une petite bombe lancée par l’hôte d’honneur.

— Savez-vous que Léautaud s’est marié il y a deux jours ? ».

Les fourchettes tombèrent tapageusement dans un curieux ensemble et tous les commensaux se tournèrent vers l’informateur ; leur scepticisme étonné sollicitait des précisions. Après un certain brouhaha de remarques, de questions, voici à peu près ce qui fut rapporté :

« Oui, Léautaud s’est marié à la Mairie de son village avec une vieille camériste, fée carabosse, moins carnaval que la Simone ex-directrice de la Radio Française. L’événement fut discret ; seul un ou deux témoins assistèrent au Rituel ».

Je me demandais à la fidélité de ce témoignage si l’attaché n’avait pas été un de ceux-là.

Comme on le questionnait à son retour pour savoir s’il se trouvait satisfait de cette aventure, il grogna à « son ordinaire » brou, brou ! vous savez ; il n’y a rien de changé pour moi. Je n’ai pas joué au marié du village. Heu, heu, heu ! c’est une précaution pour mes bêtes, mes bibelots et cela déplaira à quelque mouche importune et désintéressée. C’est le plus drôle de l’aventure… ».

Le conteur imitait fort bien la voix de crécelle du curieux bonhomme que Cingria58 — ce gentilhomme contrebandier et non moins original — comparaît adroitement à ces porcelaines de pâte tendre qui furent l’honneur des céramistes de notre XVIIIe siècle. Il y avait en effet dans cet homme petit, insolent, mal vêtu avec application, souvent enfariné comme une idole, au regard provocant et laid avec pertinence, du petit marquis au talon rouge autant que du pitre cynique et du cabotin en répétition. Un méditerranéen qui fut son caudataire jusqu’à l’indiscrétion lui a consacré quelques chroniques pour peindre un Léautaud érotomane, ridicule et dupe d’illusions amoureuses. J’y pensais à ce moment même me demandant si ce mariage possible n’était pas après tout une revanche contre les femmes qu’il pratiquait sans les satisfaire et qui le satisfaisaient comme des infirmières spécialisées. Je n’eus pas de mal à réduire au silence cet outrecuidant ami sans recevoir pour autant l’approbation de la victime, car Léautaud, qui savait pourfendre, percer, appliquer le fer rouge, mettait une extrême coquetterie à se laisser brocarder sans répondre. Son jeu déconcertant était cependant facile à interpréter. Si Léautaud n’aima personne, c’est qu’il était essentiellement un homme qui avait ignoré le grand amour lequel s’infiltre avec le lait maternel. Il porta toute son ardeur à des performances physiologiques, satisfait quelquefois comme un commis-voyageur des pires réussites : d’ailleurs on peut s’en faire une idée en consultant l’anthologie dispendieuse de ces exploits qu’un éditeur avisé a taillée dans le Journal et a réunie en une marqueterie ragoûtante pour le ravissement des sadiques et particulièrement le bénéfice des héritiers… Cependant si ce mariage avait quelque fondement il répondait bien à une farce extrême jouée par un homme à qui la plénitude de la tendresse a fait toujours défaut. Il ne nous coûtait que peu d’éprouver la réalité du fait et d’en enregistrer les conséquences. On nous avait dessiné une scène cocasse, on nous en avait institué spectateurs à retardement. Nous allions recourir aux sources de la comédie et au besoin aux partenaires défaillants et apeurés. Peut-être nous avait-on choisis pour lancer un canular ? Léautaud avait une telle notoriété que sa comédie devait passer au public.

L’informateur amusé fut le véritable dessert de ce repas ; on le félicita, le remercia et il prit aimablement mon bras pour me conduire à sa voiture car il allait consulter dans mes parages… Il coûtait peu d’appeler au téléphone la revue même qui le maltraita avec pertinence, qu’il sustente maintenant de ses succès commerciaux et où il est grand actionnaire dans la personne de son héritière.

« Allo ! cachotières ! Comment ? vous laissez marier Léautaud sans sonner les cloches, alerter la presse, émouvoir la radio, déchaîner les chroniques… » Je fus surpris de l’étonnement, de l’effroi même que causait cette nouvelle. J’en déduisais aussitôt qu’il y avait là une farce montée pour émouvoir quelqu’un ou inventée gratuitement pour compléter les traits saillants de Léautaud. Bah ! n’y pensons plus !

À moins d’une heure de là, on m’appelait au téléphone, une personne que j’avais rencontrée une seule fois en 1920 dans les grâces de sa blondeur et son innocence feinte de provinciale qui jouait les égéries auprès de Suarès en doublure de sa servante, m’appelait avec une autorité alarmée et une urbanité inattendue. « Comment ! 35 ans déjà. Comme les années s’effeuillent. Sans doute… Mais quel est le motif de cet honneur ? Il paraît que vous avez appris. Mais oui… L’attaché, dites-vous. Oh, par exemple ! Il est bien capable de ce tour (pas l’attaché bien sûr) comment s’en assurer ? Mais à la mairie, madame, consultez la liste des mariages enregistrés dans la semaine… J’y cours, merci !… ».

Le lendemain de bonne heure le téléphone m’informait que la mairie ne savait rien ! — qui avez-vous consulté ? — le portier ! Mais non, c’est le secrétaire ; à moins que perversement il se soit marié ailleurs ! » Je pense que les informations durent être concluantes. Car je n’eus plus l’honneur d’être appelé par l’héritière que dans un autre lustre pour d’autres événements invraisemblables… Il reste que la flambée ne fit pas long feu et je n’ai jamais pu savoir qui avait allumé ce pétard. Léautaud n’avait pas été vainement un saute-ruisseau avisé pour ne pas avoir rédigé un sérieux testament. Il ignorait l’étendue de son hoir mais comme tous ceux qui ont vécu dans la gêne, il prit soin de ce qu’il avait reçu. Si Bourdaloue clamait aux puissants qui recevaient ses avis à Saint-Paul : « Il y a à la base des grandes fortunes des choses qui font trembler », il n’y a rien qu’une récompense gratuite et tardive à la vertu littéraire de Léautaud. Il reste un exemple de propreté professionnelle, un cas singulier d’écrivain à scrupule et fut le chroniqueur le plus mal partagé de son temps. Il n’a couru aucun prix, aucun honneur, quelques vaines amours seulement qui ne comblèrent pas son malaise d’avoir vécu hors d’un véritable amour. Son mariage n’eût été qu’une farce, un tour joué à celle-ci et à d’autres. Il n’a pas poussé le jeu jusque-là. À son pittoresque, à ses mots, à son cabotinisme rémittent, cette farce a manqué. L’inventeur en a été pour ses frais. C’est regrettable.

Notes

1      Cette galerie existe encore, ouvrant face à l’angle sud-ouest de la Madeleine et débouchant rue Boissy d’Anglas. Au numéro vingt de cette rue Boissy d’Anglas, René-Louis Doyon avait installé sa maison d’édition « La Connaissance »

La galerie de la Madeleine, de nos jours

2      Remy de Gourmont, Les Petites revues, essai de bibliographie, Mercure de France, début 1900.

3      On ne confondra pas ce Pierre Paturel — dont on ne sait rien — avec son homonyme, trésorier des Cahiers Paul Léautaud.

4      Plus qu’attentive est audacieux. Journal littéraire au 31 mai 1920 : « René-Louis Doyon, le directeur de La Connaissance, m’avait dit à la dernière représentation du théâtre du Figuier, qu’il allait m’envoyer quelque chose qui probablement me plairait, “Le portrait d’un homme qui aime beaucoup les bêtes et peu les hommes”. Reçu cela aujourd’hui, une sorte de portrait d’une trentaine de lignes, à paraître dans le prochain numéro de La Connaissance. C’est enfantin. » Voir aussi à la fin de la journée.

5      En 1920, la semaine précédant la note ci-dessus, Paul Léautaud s’était rendu au théâtre de l’Œuvre. C’est ce jour-là, le 24 mai, que Paul Léautaud a été agressé physiquement par Alfred Mortier. René-Louis Doyon présent (il se rendait au même spectacle) a tenté de s’interposer.

6      Vanvolle (ou venvolle) : « À la légère, inconsidérément. Parler à la vanvole. » (TLFi). Plus loin, sic pour gen-de-lettre.

7      Il s’agit d’un canular mettant en avant une trop grande imitation de Jean Moréas par Vincent Muselli. Le texte auquel René-Louis Doyon fait référence est la première des deux chroniques de poèmes, parue dans le Mercure d’août 1917.

8      Dans les « Échos » du Mercure du premier septembre, page 184.

9      Prosper Mérimée : H. B. par un des quarante, La Connaissance, 1920, 36 pages, réédition du texte paru sans nom d’auteur chez Poulet-Malassis à la rentrée 1850 (seize pages, 25 exemplaires).

10    Corrigé de les ayant-droit.

11    Note de l’auteur : « Voir ci-après : Extensions sur… Stendhal. ». Ces « Extensions » (sur Jeanne d’Arc, sur Stendhal, sur Dostoïevski…) composent l’article suivant, non reproduit ici mais consultable dans le PDF donné en fin de page.

12    Venette : nous dirions, de nos jours, pétoche. Calmann et Michel Lévy étaient frères, Calmann étant l’aîné de deux ans mais mort seize ans après son cadet. En fait Gustave Flaubert et Michel Lévy se sont très bien entendus. Voir Yvan Leclerc, Jean-Yves Mollier Gustave Flaubert et Michel Lévy, un couple explosif, Calman-Lévy novembre 2021. Le nom de la maison d’édition porte officiellement un tiret, qui ne figure pas toujours sur les couvertures.

13    Il s’agit bien du numéro de mars. Voir le Journal au 29 mars 1931 : « Je me suis trouvé là avec Louis de Gonzague Frick. Toujours le même, de la façon la plus charmante, d’ailleurs. Tout de suite la littérature. Avez-vous lu ceci ? Avez-vous lu cela ? Que pensez-vous d’un tel ? Il voulait absolument aller me chercher chez lui le dernier numéro des Cahiers [sic] du Mandarin de Doyon, dans lequel, paraît-il, il y a un article sur moi. J’ai dû lui dire, pour qu’il reste en place, que je le verrais certainement au Mercure. Il s’est rattrapé en me signalant des fautes de français dans l’article de Doyon, ajoutant que d’ailleurs il n’est pas mal, écrit avec vivacité. Je lui ai dit : « Les fautes de français, cela fait partie de la vivacité. » Voir aussi le surlendemain 31 mars : « Magne m’avait parlé, hier, comme Gonzague Frick dimanche matin, de l’article de Doyon sur moi, dans le dernier numéro de ses Livrets du Mandarin. Il me l’a apporté tantôt. Article fort élogieux, et qui me peint assez ressemblant, par-dessus le marché. […] Article également mieux écrit que n’écrit d’ordinaire Doyon. »

14    Sic pour re-édition. René-Louis Doyon, L’Enfant prodiguée, La Connaissance, 1927, 212 pages. Cette « enfant prodiguée » est la maîtresse du narrateur. Le titre de ce roman n’apparaît nulle part dans le Journal de Paul Léautaud.

15    René-Louis Doyon, Géronte aux Assises, récit, La Connaissance, 1932, 226 pages. Il semble que ce roman soit le dernier, après La Consomption (1913), La Mise au tombeau (1923) et L’Enfant prodiguée.

16    Jacques Bour (1905-1983), auteur dramatique, poète et romancier, directeur des ventes chez Grasset de 1936 à 1955, traducteur d’Oscar Wilde.

17    Journal littéraire au 29 octobre 1925 : « J’ai oublié de noter ceci : Hier matin, lettre de Doyon, m’envoyant la coupure d’un article dithyrambique qu’il a écrit sur moi dans une revue : L’Égypte nouvelle (il me fait aimer Gérard de Nerval que je n’ai jamais pu lire). Il a décidément la maladie de la persécution de moi à son égard. Il termine sa lettre en me disant : “Je sais assez que je vous déplais.” Je ne sais où il prend cela, qui n’est pas nouveau de sa part. Il ne me plaît ni ne me déplaît, je le connais très peu, et il a toujours été très aimable avec moi. Un jour, je parle de lui avec je ne sais plus qui. Je dis : “Il a l’air un peu jésuite.” Doyon vient me voir à quelque temps de là et me reprochant mes soi-disant mauvaises dispositions à son égard, me dit : “Vous avez dit à quelqu’un que je suis jésuite.” — Je n’ai pas dit cela. J’ai dit que vous avez l’air un peu jésuite. L’air ?… Ce n’est pas tout à fait la même chose. »

18    Joséphin Péladan (1858-1918), écrivain, critique d’art et occultiste. Lire, dans Le Monde du huit juin 1946 un article de Robert Coiplet : « L’homme, le Mage, le Sâr [â], avait tout pour se rendre ridicule ; ses prétentions nobiliaires, son accoutrement, son style, ses excentricités que l’on ne pouvait que juger lamentables si elles étaient sincères, ou comme la marque d’un cabotinage odieux si elles ne l’étaient pas. »…

Joséphin Péladan en couverture des Hommes d’aujourd’hui numéro 363 de 1890 (dessin d’Alfred Le Petit)

19    Voir René-Louis Doyon, La Douloureuse aventure de Péladan, La Connaissance, 1946, un frontispice et six autre illustrations de Jehan Rictus, hors-texte, 320 pages. Lire la chronique de Robert Coiplet indiquée ci-dessus.

20    René-Louis Doyon a réédité de nombreux ouvrages (près d’une trentaine) de Remy de Gourmont. On peut penser aux Chevaux de Diomède paru au Mercure en 1897 et réédité à La Connaissance en 1921.

21    Cette première lettre n’est pas disponible.

22    Il aurait été judicieux que René-Louis Doyon veuille bien indiquer dans quel numéro du Mercure sont parues ces cinq ou six lignes. On se souvient que le Mercure n’est pas paru pendant la guerre et n’est reparu qu’en janvier 1947.

23    Jean-Jacques Brousson (1878-1958), homme de lettres et journaliste, est surtout connu pour avoir été, dans sa jeunesse, le secrétaire d’Anatole France (de 1904 à 1909). Jean-Jacques Brousson a aussi été critique littéraire, notamment aux Nouvelles littéraires. Anatole France est mort le 12 octobre 1924 et le livre de Brousson, sorti chez Crès exactement seize jours plus tard, s’est vendu à 100 000 exemplaires (378 pages). La très concomitante sortie du livre indiquait trop qu’il était en réserve, prêt à publier, ce qui a choqué.

24    Léon Bloy (1846-1917), polémiste catholique, mystique et sulfureux. La langue exacerbée de Léon Bloy — que l’on pourrait rapprocher de celle de Céline — conduit parfois à une lecture difficile de ses dernières œuvres. Le caractère de cet homme, exigeant et intraitable a conduit toutes ses relations à l’éloignement (y compris les milieux catholiques), ce qui l’a entraîné dans une extrême pauvreté. Léon Bloy a été particulièrement proche de Jules Barbey d’Aurevilly et il est impossible de citer celui-ci sans celui-là. C’est Remy de Gourmont qui a introduit Léon Bloy au Mercure, qui a publié plusieurs de ses œuvres et notamment son journal, hélas largement amputé.

25    « Un canular mystique : Léon Bloy, essai de mise en place » est un texte paru dans le numéro de mai 1932 des Livrets du Mandarin (premier numéro de la troisième série). Onze ans plus tard, en 1943, RLD publiera un Jehan-Rictus, devant lui-même, Laurent Tailhade, Léon Bloy à La Connaissance. On peut observer dans l’image ci-dessous que RLD, à cette date, a déménagé près de la place des Vosges, dans une maison faisant l’angle avec la rue Saint-Antoine. Une plaque de marbre est toujours vissée sur la façade, conservant le souvenir de René-Louis Doyon.

26    C’est Léon Bloy lui-même qui a donné le titre de Mendiant ingrat au premier tome de son Journal, couvrant les années 1892-1895.

27    Caudataire : étymologiquement, « porte-queue » (la queue d’un manteau d’apparat).

28    léautaud.com a évidemment glorifié Fagus comme il se doit, dans trois pages. La première qui nous intéresse ici donne une reproduction en PDF des Lettres de Fagus à Paul Léautaud, éditées par René-Louis Doyon en 1928. Une autre page évoque Fagus en 1925 et une troisième, Fagus en 1933.

29    Phrase peu claire, « je le vis » pouvant être associé à Fagus comme à Charles Péguy. À cause de la date de 1914, penchons pour Péguy, mort au tout début de la guerre, le cinq septembre.

30    Simon Kra (1853-1940), a été secrétaire dans la famille Rothschild en 1903 puis a fondé une librairie sous le nom de l’Ancien temps. C’est Lucien, son fils (1889-1944), de retour de la guerre qui a fondé la librairie du Sagittaire au six rue Blanche, qui éditait des ouvrages de luxe. Le fonds a d’abord été constitué d’auteurs anciens puis, plus tard des Surréalistes, André Breton étant, comme toujours en chef de file. La famille Kra se retire de l’affaire en 1930 et la maison est reprise par Léon Pierre-Quint (1895-1958). La guerre suivante causa des tracas à l’entreprise, qui dût se réfugier à Marseille, éditant des ouvrages clandestins. La Libération fut assez rayonnante mais la période suivante plus difficile. En 1950, Le Sagittaire a été rachetée par les éditions de Minuit. Lucien Kra est mort à Auschwitz en 1944.

31    Charles Nypels (1895-1952), citoyen néerlandais de Maastricht, a travaillé avec René-Louis Doyon en 1924 pour une édition remarquée des deux volumes des Sonnets pour Hélène (Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle) imprimés sur papier de Hollande fabriqué à la main. Ornements de lettrines et attributs dessinés par le typographe Sjoerd Hendrik de Roo (1877-1962) sur la maquette de Charles Nypels.

32    Lettre de Paul Léautaud à René-Louis Doyon datée du treize juin 1927 : « Mon cher Doyon, / J’ai fini la copie des lettres de Fagus, supplémentaires à celles parues dans les Nouvelles [littéraires]. / Quand voulez-vous le texte et quand pensez-vous faire le petit volume ? / Fagus et moi vous proposons ces conditions : / 12 % sur le prix marqué et sur la totalité des exemplaires, payable moitié à chacun lors de la mise en vente. / Il me reste à faire le chapeau de présentation. Je vous le donnerai avec les épreuves corrigées. / Cordialement à vous. »

33    Journal littéraire au quatre décembre 1933 : « [lors d’un dîner] Doyon m’a présenté comme un homme qui sait fort bien faire ses affaires, et comme un petit capitaliste. Il a raconté à sa façon l’histoire des droits pour le volume de Lettres de Fagus, disant que j’ai exigé de lui 12 % quand il voulait n’en donner que 10 et qu’il a fallu qu’il donne ces 12. Alors que la vérité est : c’est lui qui a demandé à éditer ces lettres, lui qui a fixé les droits à 12 %, puis n’a plus voulu donner que 10, que Fagus, consulté par moi, a maintenu les 12, ce dont j’ai fait part à Doyon. Ensuite : que la totalité des droits est allée à Fagus, comme il convenait, le volume étant un volume de lettres de lui, et qu’il est même allé lui-même toucher ces droits chez Doyon. »

34    Fagus a eu deux fils, Félicien (1898-1979) et Georges (1900-1918), vraisemblablement mort à la guerre. C’est donc évidemment du premier dont il est question ici. Voir sa première rencontre avec Paul à l’occasion de la mort de Fagus, le neuf novembre 1933. Ces fils sont nés de l’union de Fagus avec Marie Denise Mathieu (1872-1919), épousée en 1897.

35    Marie Juliette Thuasne (1872-1946), épousée en mars 1927.

36    Émile Compard (1900-1977). Dans un intéressant dossier édité par le musée du Faouët, près de Quimper à l’occasion d’une exposition de ce peintre au cours de l’été 1999, l’auteur, Jean-Marc Michaud indique qu’Émile Compard « avait publié [en 1946] au sein de l’hebdomadaire littéraire Terre des hommes les portraits d’André Gide, de Paul Léautaud et d’Antonin Artaud exécutés au petit point. » et plus loin : « [Émile] Compard a réalisé une série de portraits de Paul Léautaud. […] un dessin au petit point daté du huit mars 1949 […] et deux toiles datées respectivement du deux avril 1949 et de 1950. Paul Léautaud brûla dans sa cheminée une troisième toile que le peintre lui avait offerte. ». Cette mise au feu est indiquée par Paul Léautaud au douze août 1949, en même temps que le « portrait Lefèvre » accompagnée d’un « Bon débarras ».

37    En 1947, Émile Compard avait illustré de 28 dessins d’animaux au petit point l’édition des huit poèmes de Sacha Guitry réunis sous le titre Vers de Bohème, pour l’éditeur Raoul Solar dans une édition particulièrement luxueuse, accompagnée d’un disque 78 tours. Mille exemplaires.

38    Journal littéraire au18 juillet 1949 : « Le peintre Heuzé, qui a fait, dans son atelier du quai Conti, deux portraits de moi, que je n’ai pas vus, — il a fait aussi les portraits en pied de Billy et de Rouveyre, — m’a fait envoyer une invitation à participer à l’offre de son épée d’académicien, venant d’être élu comme tel à l’académie des Beaux-Arts. Je n’ai pas répondu. »

39    Corrigé de Heuzey. Edmond Heuzé (Amédée-Honoré Letrouvé, 1883-1967), professeur à l’école des Beaux-Arts en 1951. Le portrait de Paul Léautaud a été réalisé pour le compte de Florence Gould, qui l’a remis à l’état en 1962. Paul Léautaud, un peu crispé, est assis sur un fauteuil (Collection Beaubourg). Ce portrait se trouvait chez André Rouveyre en 1947 (Vipère lubrique pages 204-205).

40    Journal littéraire au 18 juillet 1949.

41    Peut-être la jeune Monique Lefèvre (ou Lefebvre), née en 1936.

42    Journal littéraire au vendredi trois juin 1949 : « Je suis passé, lundi dernier, vers 11 heures, en sortant de chez cette Mme Lefèvre, rue Fontaine, qui fait mon portrait, un portrait, souhaitons que ce soit vrai, sans rapport avec le genre Matisse, Heuzé, Roger Wild, Dubuffet, Compard, etc., rue Clauzel. Prodigieux comme tout ce quartier de la rue des Martyrs a peu changé. »

43    18 juillet 1949.

44    Les citations à propos de cette affaire Matisse ne viennent pas du Journal littéraire mais d’un texte non identifié. Une correspondance ?

45    Journal littéraire au douze août 1949.

46    Quel départ ?

47    « Chez Julia Correlleau » (avec deux r) était en fait l’hôtel de la Poste, rue du Général de Gaulle à Pont-Aven, tenu, dans ces années d’après-guerre, par sa fille Nicole. Julia Correlleau (1899-1962), a épousé en 1920 le peintre Ernest Correlleau (1892-1936), mort à 44 ans. Julia et Ernest étaient tous deux natifs de Pont-Aven.

48    Jean-Claude Colin-Simard (1924-2005), historien et homme de radio. Journal littéraire au deux décembre 1944 : « Tantôt, visite du fils adoptif de Jean-Germain Tricot […]. Jeune homme de 20 ans, à la fois comédien et auteur dramatique. […] il est entré en relations avec Sacha Guitry. Il va le voir souvent à la maison de repos, dans le quartier du Trocadéro, où Sacha Guitry, mis en liberté provisoire, s’est retiré. »

49    Note de René-Louis Doyon : « C’est la reproduction de mon exemplaire qui est donnée ici, mais le reste, laissé par étourderie, a dû être détruit. »

Seule reproduction subsistante de la peinture de Paul Léautaud par Émile Compart, provenant de la page 17 de ce numéro des Livrets du Mandarin

50    Le Portrait de Dorian Gray est le seul roman d’Oscar Wilde (1890), qui a suffi à son succès. Lorsque le jeune et beau Dorian se rend compte qu’il va vieillir, il fait un pacte avec le Diable, s’assurant ainsi que c’est le portrait qui vieillira et non lui. Ça finit mal.

51    André Suarès (1868-1948), poète et écrivain, est surtout connu pour Le Voyage du Condottière, roman rédigé depuis ses voyages en Italie, en trois tomes, le premier chez Édouard Cornely en 1910 et les deux suivants chez Émile Paul en 1932. André Suarès a été le premier des nombreux conseillers de Jacques Doucet pour la confection de sa bibliothèque, léguée à l’Université à sa mort en 1929. Marie Dormoy en sera la directrice.

52    La Sainte Jeanne, de George Bernard Shaw (1856-1950), écrite en 1924 a été jouée par Ludmila Pitoëf en 1925. Elle a été remaniée en 1939 et représentée à Noël 1940 par Jeanne Holt au théâtre de l’Avenue dans une mise en scène de Raymond Rouleau. Cette salle, devenue music-hall pendant la guerre et réhabilitée en théâtre à cette occasion, se trouvait à l’entrée de la rue du Colisée, où existait encore, en 2018, le Gaumont Colisée.

Jeanne Holt dans Sainte Jeanne

53    Gustave Fayet (1865-1925), peintre et céramiste, conservateur du musée de Béziers en 1901 puis collectionneur privé.

54    Écriture manuscrite composée en capitales arrondies, plus rapidement tracées que les capitales classiques. L’once en question représente originellement la hauteur d’un pouce et peut-être sa forme.

55    Sépharade.

56    Portrait de Paul Léautaud par André Suarès, accompagné d’une préface de Robert Mallet et suivi d’une lettre de Paul Léautaud, Librairie universelle, 1951, quinze pages.

57    Nous avons le délinquant confessé [qui a avoué].

58    Charles-Albert Cingria (1883-1954), musicien et homme de lettres suisse que Paul Léautaud a rencontré quelques fois chez Florence Gould. À l’occasion du déjeuner du douze juin 1947 nous pouvons lire : « Il est souvent amusant, même intéressant à entendre dans ses propos aux déjeuners. Ses jeux de physionomie, ses gestes sans arrêt, ses tressautements sur son siège lui donnent un certain air de clown. Pour un Suisse, c’est une originalité. »