Poètes d’aujourd’hui, par André Thérive

Ad. van Bever2 et Paul Léautaud : Poètes d’aujourd’hui, morceaux choisis accompagnés de notices biographiques et d’un essai de bibliographie, 3 vol. (Mercure de France). — Œuvres de Cécile Sauvage, préface de Jean Tenant (Mercure de France). Maurice Chevrier : Propos (les Terrasses de Lourmarin, no XV). — À propos de poésie pure.

Début de l’article du Temps du 21 février 1930

On sait que les poètes modernes ont tout intérêt à composer eux-mêmes leur anthologie, c’est-à-dire à ne laisser qu’un volume. C’est ce qu’ont fait du moins, ou à peu près ; Baudelaire, Moréas3, Toulet4, Paul Valéry5. Mais ces privilégiés mis à part, les anthologies composées par les libraires sont le vrai conservatoire de la poésie. J’en juge par mon expérience. Quand j’étais adolescent, ce sont les anthologies de Delagrave et du Mercure de France qui m’ont appris ce qu’était devenu le lyrisme après le Parnasse6. Le premier de ces recueils était signé de G. Walch7 et portait (cela ne rajeunit personne) une préface de Sully Prudhomme8. Il a subi des remaniements et se publie toujours, je crois, sous la même firme. Le second avait pour auteurs responsables Adolphe van Bever et Paul Léautaud. Il a paru pour la première fois il y a un quart de siècle9. Le voici revenu au jour, remanié, accru ; il comporte trois volumes, et non plus deux. C’est un gros événement dans l’histoire de la poésie, ou de la librairie.

Les poètes ne se lisent guère qu’entre eux. Ils forment un petit monde étroitement gardé, où règnent la jalousie et la conscience professionnelle, sa fille. Ils ignorent parfois tout de ce que font les prosateurs. Ils savent qu’ils forment l’aristocratie des lettres, une élite vraiment désintéressée. Ils peuvent, seuls de la corporation, se permettre de vivre en province, que dis-je ? aux champs, ou dans le pays de bohème. Ils boudent la critique, qui ne les trouve jamais d’actualité parce qu’ils ont l’éternité devant eux. Ils boudent la prose comme une industrie vulgaire et rémunératrice. Mais il n’y a qu’eux, au bout du compte, qui puissent vraiment espérer en la postérité, car la postérité, pour eux, ce ne sera pas les mille abonnés du cabinet de lecture dans cinquante ans, ni, dans un siècle, vingt étudiants pressés d’oublier les auteurs inscrits au programme, — ce sera leurs successeurs mêmes, aussi peu nombreux qu’ils auront été, mais curieux, querelleurs, injustes envers les morts comme ils sont envers les vivants…

Il est donc très important pour les poètes de figurer dans une des anthologies de leur époque. C’est une des premières bouées qui flottent sur l’« océan des âges10 ». Mais, hélas ! comme dans les naufrages célèbres, on se bat autour de ces chances précaires de salut. Une chapelle constituée, une équipe solide, accapare les radeaux et repousse du pied les isolés. En termes plus prosaïques, les anthologies ont le tort d’être toujours entreprises par une école ou une maison d’édition, ce qui est grave. Celle du Mercure, la plus fameuse, et en somme la plus utile à posséder, n’échappe pas à ce défaut.

Je dirai même volontiers, qu’elle est scandaleusement mal faite. Et je puis bien hasarder ce jugement après avoir confessé qu’elle a sa place dans toutes les bibliothèques et qu’en somme on ne trouve pas mieux : Adolphe van Bever est mort voilà deux ans. M. Paul Léautaud qui survit est tout le contraire d’un érudit consciencieux : on peut même être assuré qu’il ne lit presque rien, que par hasard. Il est doué en outre d’une verve grossière et scurrile11 qui a son prix dans la polémique, mais qui en critique ne vaut rien. Et faut-il parler de critique ? on devrait ici parler d’histoire, puisqu’en voici les matériaux.

Dans l’ensemble, l’Anthologie du Mercure (c’est le nom familier que chacun donne aux Poètes d’aujourd’hui)12 reste le monument du symbolisme. Nombre de morts reposent sous sa lame13, et quelques vivants aussi. L’abondance même d’auteurs belges (que je serais le dernier à déplorer) est assez caractéristique de cette génération-là. On y voit encore Max Elskamp14, Rodenbach15, Albert Mockel16, René Ghil17, Charles van Lerberghe18, etc… Un seul Suisse y a droit de cité ; c’est M. Henry Spiess19. D’ailleurs tous les grands noms du symbolisme sont encore au sommaire, et au complet, fussent-ils contemporains d’autres grands noms qui, comme parnassiens ou académiques, ont été rejetés aux ténèbres extérieures. Ainsi on y voit Mallarmé20 et point Heredia21, Jules Laforgue22, mais non François Coppée23. Vous pensez bien que la chronologie ne faisait rien à l’affaire, ni en 1905 ni en 1930, où l’on continue à appeler « d’aujourd’hui » les gens en qui on a mis sa complaisance.

Couverture du premier tome de l’édition de 1930

Ce ridicule est le propre des anthologies en général. Il a été poussé parfois plus loin encore ; par exemple dans l’Anthologie de la nouvelle poésie française qui circule sous la firme Kra24. Là le symbolisme était à son tour considéré comme mort ou n’ayant pas existé, et, sur soixante noms, les trois quarts étaient fournis par des ci-devant futuristes, des cubistes rancis ou des « dadas » fourbus. On n’y voyait pas Verlaine ni M. de Régnier25, mais MM. Tzara26, Levet27, Birot28, Ribemont-Dessaignes29, Goll30, Gérard (?)31, Gabory32, etc. Même des écrivains dont la gloire poétique n’est certainement pas la plus sûre y étaient admis à titre de modernes, par exemple Montherlant33, Giraudoux34, Radiguet35 et… Marcel Proust36. Et tout cela n’aurait au surplus aucune importance si l’étranger, déjà dénué de vraies perspectives sur notre littérature, ne prenait là-dedans des vues absurdes.

L’Anthologie du Mercure ne peut mériter des reproches aussi graves, mais on y remarque des lacunes inadmissibles. La plus effarante est l’absence de M. Paul Claudel37. Je ne suppose pas qu’on lui reproche d’écrire en versets ou de faire presque toujours métier de dramaturge. Je suppose encore moins que ce disciple de Rimbaud fasse peur à l’équipe, symboliste. Mais j’ai lieu de craindre que M. Léautaud ne le déteste comme clérical38 ; c’est bien dommage pour M. Léautaud ; et c’est fort ennuyeux pour le lecteur. À noter aussi le manque de P.‑J. Toulet qui, outre son mérite propre, se présente devant les balances éternelles avec une foule notable de disciples. Maurice du Plessys39 est également à la porte, éviction que rend choquante la présence de l’école romane au complet40. Et parmi les vivants, on conçoit mal que le nouveau florilège ait oublié des poètes comme François-Paul Alibert41, André Mary42-43, Adolphe Lacuzon44 enfin, dont les manifestes « intégralistes » ont fait les choux-gras de l’Anthologie Walch.

Il faut passer à des critiques plus sérieuses encore ; car la modestie d’un propos ne doit pas nous abuser sur l’insuffisance d’un travail. Les auteurs de Poètes d’aujourd’hui annoncent des notices biographiques et « Un essai de bibliographie ». Les biographies sont fort inégales, mais les bibliographies sont purement ridicules. Pas une seule fois n’est cité l’ouvrage de M. Henri Clouard sur la Poésie française moderne45 qui est une des recensions les plus complètes de ce sujet. Or, il existe à la fin du troisième volume un « index général » des ouvrages intéressant l’histoire contemporaine de la poésie46. Cette liste générale est si particulière qu’on n’y trouve pas un sur quatre des manuels nouveaux de littérature. Je ne les aime pas, et même je les déteste, mais je revendique leur droit à figurer dans un répertoire qui doit en principe servir les curieux et les travailleurs.

Dans le détail, même désordre et même désinvolture. Je connais sur M. Gorges Duhamel au moins deux brochures (une de M. Pierre Humbourg47, une de votre serviteur48) que paraît ignorer l’Anthologie, et un volume collectif de trois cents pages, paru au « Capitole49 », mais également méconnu ! La plupart des bibliographies sont visiblement nourries par les articles de deux ou trois périodiques et souvent antérieurs à la guerre, quand ils ne le sont pas au vingtième siècle ! La seule notice qui soit sinon satisfaisante, au moins copieuse et utile à posséder, est celle qui présente M. Henri de Régnier50.

Quant aux biographies, on peut s’amuser à les lire entre les lignes. M. Léautaud, comme on sait, a mauvais esprit, et il n’a pas, tout court, de l’esprit ; mais à défaut de satisfactions historiques, sa méchanceté donne toujours quelques joies confraternelles. On peut remarquer qu’il signale le grade dans la Légion d’honneur de tous les gens qu’il n’aime pas trop ou à qui il reproche secrètement d’être des « messieurs arrivés ». Les autres, il cache pudiquement leur infamie rouge. Il commet d’ailleurs des erreurs menues à ce propos ; sans doute ne se tient-il pas assez au courant des grandeurs de ce monde. Il prétend que M. Philéas Lebesgue a traduit des poèmes du grec, du portugais et du yougoslave51. Je serais curieux de connaître cet idiome. (Il est vrai que j’ai lu récemment que feu Gaby Deslys52 aurait écrit des lettres en « tchécoslovaque ».) On peut se demander pourquoi ledit M. Léautaud a gardé dans son anthologie M. Fernand Gregh dont la notice, d’une page, signifie à peu près : il fut célèbre par erreur et n’a pas beaucoup de talent53. Le procédé, encore que sournois, demeure grossier. Mais ce qui choque plus que tout, c’est le ton de polémique que le préfacier (sûrement pas van Bever54) a adopté pour traiter de choses et de faits qui n’ont rien à voir avec la poésie ni la littérature. M. Léautaud a la tournure d’esprit d’un anarchiste pour Café du Commerce. Rien de plus bourgeois ni de plus démodé. Cette humeur lui dicte des réflexions sur la guerre, ou sur la religion, qui, en soi, ne sont que sottes et vulgaires, et qui semblent tout à fait déplacées dans ces volumes qui devraient être les templa serena55 du goût et de l’information. Un souci étrange lui fait conter tout au long la carrière guerrière de M. Henri Barbusse56 ou de M. Louis Mandin57 ; ce serait fort bien si tout le reste était à l’échelle. Mais que dire de cette naïveté charmante ou de cette publicité inattendue : « En 1916, M. Jean C…58, mobilisé, partit comme infirmier au front du Nord dans les troupes de zouaves et de fusiliers marins. » Militairement, cela ne veut rien dire59 et je livre ce coq-à-l’âne à M. Cru ; à moins que ce ne soit un mot dans le genre de celui que s’attira Jules Sandeau, qui trompait George Sand avec une blanchisseuse : « Heureusement c’était la blanchisseuse de fin !60 »

Il y a lieu enfin de croire que sur certains sujets, M. Léautaud n’a rien appris ou voulu apprendre depuis un quart de siècle, car des poètes comme M. Raymond de la Tailhède61 n’ont pas un mot de changé, ni d’ajouté à leur notice depuis la précédente édition, quoiqu’ils aient publié quelques volumes. M. Léo Larguier62 a gagné juste quelques lignes, et M. A.‑Ferdinand Hérold63 la mention d’un portrait nouveau dans son iconographie ! Auquel cas, si l’information est exacte, que de « poètes d’aujourd’hui » devraient être remis au rang des « poètes d’hier » !… Heureusement, sur certains points essentiels, l’honneur est sauf. Louis Le Cardonnel64 est à peu près à jour, sauf en ce qui concerne les études dont il a fait l’objet. Paul Valéry a naturellement vu quadrupler sa place, mais, à côté d’un très beau fragment du Second Narcisse que présente l’Anthologie, subsistent quantité d’anciens poèmes que le lecteur ordinaire sera enchanté d’avoir ainsi sous la main65. Verhaeren66 a aussi étendu son domaine ; quelle chance ! M. Léautaud ne lui en veut pas d’être inscrit aux programmes d’agrégation ! Il lui a pourtant supprimé une pièce sur les Pauvres67 qui formait peut-être un de ses poèmes les plus nets68.

Les nouveaux venus dont l’accession au Parnasse mercurien est désormais sanctionnée sont, en ordre alphabétique : Guillaume Apollinaire, André Castagnou, Jean Cocteau, Guy-Charles Cros, Tristan Derème, Charles Derennes, Léon Deubel (sans doute parce qu’il eut une mort tragique69), Alfred Drouin, Georges Duhamel, Édouard Dujardin, Fagus, Tristan Klingsor, Philéas Lebesgue, Louis Mandin, François Porché, Jules Romains, André Salmon, André Spire et Touriy-Lérys. On voit que l’unanimisme70 a une belle place, que le « fantaisisme71 » est représenté et qu’on a repêché quelques attardés du symbolisme72. La poésie ultramoderne n’a pas la part du lion. On n’a pas mis de M. Cocteau les amusantes gageures du Cap de Bonne-Espérance73 et ses poèmes sans fil74. D’ailleurs, Apollinaire, dans ce recueil, fait presque figure d’un écrivain sage, et de M. André Salmon75 (ceci est un comble !) ne sont reproduits que des vers réguliers, les plus anciens, je pense.

J’ai omis à dessein dans la nomenclature ci-dessus le nom de Cécile Sauvage76-77, qui figure à son ordre alphabétique, et qui est un des auteurs du Mercure78. Cette poétesse, qu’on nous donne pour disciple de Mme de Noailles79 et de Francis Jammes80, me paraît surtout très voisine de Joséphin Soulary81. Elle a écrit quelques poèmes touchants sur la maternité82, mais sa langue est confuse, verbeuse et hésitante à la fois ; ses vers, encombrés d’images mièvres et précieuses, de papillons, de fleurettes, d’oiseaux, ne forment, malgré, un tempérament lyrique où il faut rendre hommage, qu’un carnet de notes poétique. Je n’ose citer, sans quoi vous m’accuseriez de choisir le pire.

André Thérive

1       Article d’André Thérive paru dans Le Temps du 21 février 1930, page trois. André Thérive (Roger Puthoste, 1891-1967) utilise plusieurs autres pseudonymes. Agrégé de Lettres en 1913, André Thérive est, après avoir fait quatre années de guerre, professeur au collège (privé) Stanislas de la rue Notre-Dame-des-Champs. Il a obtenu le Prix Balzac (Bernard Grasset) en 1924. En 1926 il est critique littéraire à la Revue critique des idées et des livres et à L’Opinion. En 1929, André Thérive succède à Paul Souday comme critique littéraire au quotidien Le Temps. Son malheureux ancrage à droite le fait participer, en octobre 1942, à la semaine du livre de Weimar, ce qui lui vaut à la Libération d’être frappé d’interdit par le Comité national des écrivains. Cette interdiction a été de courte durée comme toutes les condamnations prononcées à cette époque et André Thérive a continué de publier dans quelques journaux prestigieux comme la Revue des deux mondes ou Carrefour.

2       Adolphe van Bever, (1871-1927), bibliographe et érudit. Paul Léautaud et lui se sont rencontrés à l’école communale de Courbevoie et sont restés amis. Dans ses Entretiens avec Robert Malet, PL dira de lui : « van Bever, qui était un être d’une précocité étonnante et d’un naturel hardi, entreprenant, faisait des conférences. Il ne devait pas avoir plus de quatorze ou quinze ans environ et il organisait des conférences littéraires à la mairie de Neuilly. » Vers la fin du XIXe siècle, Adolphe van Bever et Paul Léautaud ont habité ensemble par économie. Adolphe à été secrétaire au Mercure après l’avoir été au théâtre de l’Œuvre. À son départ du Mercure en 1912, Paul Léautaud a occupé son bureau.

3       Jean Moréas (Ioánnis À. Papadiamantópoulos, 1856-1910), poète symboliste grec d’expression française. En 1886, Jean Moréas, Paul Adam et Gustave Kahn ont fondé la revue Le Symboliste. Le jeune Jean Moréas a parfois publié dans de petites revues sous le pseudonyme de Vincent Muselli. Voir Alexandre Embiricos « Les débuts de Jean Moréas » dans le Mercure du 1er janvier 1948, page 85.

4       Paul-Jean Toulet (1867-1920), écrivain et poète, fut un des nègres de Willy.

5       Paul Valéry (1871-1945), écrivain, poète et philosophe, étudie son droit de façon assez ordinaire puis entre comme rédacteur au ministère de la Guerre, ce qui correspond à un emploi tout à fait subalterne. Parallèlement il est sera, en 1900, secrétaire particulier d’Édouard Lebey, administrateur de l’agence Havas. Après avoir été amis proches, PV et PL s’éloigneront mais se rencontreront souvent. Paul Valéry sera élu à l’Académie française en 1925 au fauteuil d’Anatole France.

6       Allusion au Parnasse contemporain d’Alphonse Lemerre, recueil collectif de 99 poètes paru en trois volumes, de 1866 à 1876.

7       Gérard Walch (1865-1931), écrivain et journaliste néerlandais d’expression française. Son Anthologie des poètes français contemporains parue chez Delagrave en 1906, comme les Poètes d’aujourd’hui (Mercure 1900) et d’autres ouvrages comparables (Georges Pellissier 1898), sera plus tard remaniée en trois volumes et paraîtra jusqu’en 1939.

8       Sully Prudhomme (1839-1907), premier lauréat du prix Nobel de littérature en 1901.

9       Dans la page Poètes d’aujourd’hui nous verrons le détail des trois publications de 1900, 1908 et 1930.

10     Allusion évidente au Lac de Lamartine, que nous avons tous appris à l’école : « Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, / Dans la nuit éternelle emportés sans retour, /Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges / Jeter l’ancre un seul jour ? »

11     L’intérêt de la lecture d’André Thérive, par ailleurs auteur de la rubrique « Querelles du langage » dans Les Nouvelles littéraires, est d’apprendre toujours quelque chose. Scurrile, en parlant d’une plaisanterie : « Qui est de mauvais goût, bas, trivial. » Ici, en littérature : « Grotesque, digne d’un bouffon » (TLFi).

12     Toujours, Paul Léautaud rectifiera le mot. Il ne s’agit pas pour lui d’une anthologie mais d’un choix.

13     La lame, ici (nous sommes chez Thérive), se rapporte au symbolisme. Le mot évoque un mouvement violent et rapide (fût-il éteint).

14     Max Elskamp (1862-1931), poète symboliste belge, membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises. Docteur en droit mais fils d’un armateur, Max Elskamp peut se consacrer entièrement à son art. La mort de sa mère alors qu’il n’a que 21 ans l’affecte profondément. Perfectionniste à l’excès, Max Elskamp a appris les techniques d’impression et même fabriqué une presse. Il a donc été l’éditeur et le diffuseur de ses premières œuvres, en peu d’exemplaires distribués à ses amis. À partir de 1925, malade, Max Elskamp a sombré dans la folie.

15     Georges Rodenbach (1855-1898), poète symboliste et romancier belge vivant à Paris. Par son côté dandy, Georges Rodenbach serait l’un des modèles de Charles Swann. Il fut pressenti pour faire partie des membres fondateurs de l’Académie Goncourt.

16     Albert Mockel (1866-1945), écrivain et critique belge. Albert Mockel a publié quatorze textes dans le Mercure entre mai 1895 et novembre 1904 avant de se faire plus rare (sept textes entre 1907 et 1935).

17     René Ghil (René François Ghilbert, 1862-1925), poète un peu allumé, dont on pourra lire un exemple dans une lettre adressée à Alfred Vallette, publiée dans le Mercure de mai 1890, page 172.

18     Charles Van Lerberghe (1861-1907), poète et écrivain symboliste belge.

19     Henry Spiess (1876-1940), poète et avocat genevois. Tous les poètes cités ici ont leur notice dans les Poètes d’aujourd’hui, rédigée soit par Adolphe van Bever soit par Paul Léautaud, à parts sensiblement égales.

20     Stéphane Mallarmé (1842-1898), poète, professeur d’anglais, traducteur et critique d’art est considéré comme le pilier du mouvement symboliste. À cinq ans il perd sa mère, à quinze ans il perd sa sœur. Afin de mieux lire Edgard Poe, Stéphane Mallarmé apprend l’anglais, puis l’enseigne à partir de 1863, sans enthousiasme. C’est de cette époque que date la publication de ses premiers poèmes, puis son mariage avec Maria Gerhard, rencontrée alors qu’il était en poste à Sens. Après diverses mutations comme professeur en province, en 1871 Stéphane Mallarmé est enfin de retour à Paris, où il est né, et en poste au Lycée Fontanes, devenu depuis le Lycée Condorcet. 1871 est aussi l’année de la mort de son fils aîné, à l’âge de huit ans. Stéphane Mallarmé s’installe au 89, rue de Rome, face aux voies ferrées de la gare Saint-Lazare. En 1874 la santé de SM se dégrade et il séjourne souvent à Valvins, sur la Seine, à 70 kilomètres au sud de Paris dans une auberge qu’il finira par acheter. C’est vers 1884 que la réputation de SM commence à s’installer. Il est nommé au lycée Janson-de-Sally qui vient d’être achevé. C’est aussi à cette époque que sont organisés ses mardis, dans son appartement de la rue de Rome où il est demeuré. En 1893, SM obtient une mise à la retraite anticipée (à l’âge de 51 ans) et passe alors six mois d’été à Valvins ou il est mort, à l’âge de 56 ans.

21     José-Maria de Heredia (1842-1905), poète d’origine cubaine né sujet espagnol et naturalisé français en 1893 a été l’un des maîtres du mouvement parnassien bien qu’il n’ait publié qu’un seul recueil de poèmes, Les Trophées, chez Alphonse Lemerre, évidemment, en décembre 1892 (daté 1893).

22     Jules Laforgue (1860-1887, à 27 ans), poète symboliste, connu pour être un des « inventeurs » du vers libre. De 1882 à 1886 Jules Laforgue a été le lecteur de l’impératrice Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach, grand-mère du futur kaiser Guillaume II.

23     François Coppée (1842-1908), poète nostalgique parisien et auteur dramatique à succès. D’abord employé à la bibliothèque du Sénat, François Coppée fut nommé en 1878 archiviste de la Comédie-Française, poste dont il a démissionné en 1884, date à laquelle il a été élu à l’Académie française.

24     Anthologie de la nouvelle poésie française établie par Philippe Soupault avec Léon Pierre-Quint, Francis Gérard et Mathias Lübeck. Le Sagittaire, chez Simon Kra, six rue Blanche, 1924, un volume de 449 pages. Nous y trouvons des poèmes de Pierre Albert Birot, Guillaume Apollinaire, René Arcos, Marcel Arland, Charles Baudelaire, Aloysius Bertrand, Francis Carco, Blaise Cendrars, Paul Claudel, Jean Cocteau, Charles Cros, Tristan Derème, Fernand Divoire, Pierre Drieu La Rochelle, Georges Duhamel, Luc Durtain, Léon Paul Fargue, Georges Gabory, Francis Gérard, André Germain, André Gide, Jean Giraudoux, Ivan Goll, Max Jacob, Francis Jammes, Alfred Jarry, Pierre-Jean Jouve, Jules Laforgue, Valéry Larbaud, Lautréamont, Henry J.-M. Levey, Mathias Lübeck, Pierre Mac Orlan, Maurice Maeterlinck, Stéphane Mallarmé, François Mauriac, O. V. de L. Milosz, Robert de Montesquiou-Fezensac, Henry de Montherlant, Paul Morand, Gérard de Nerval, Germain Nouveau, Charles Péguy, Jean Pellerin, Marcel Proust, Raymond Radiguet, Pierre Reverdy, Georges Ribemont-Dessaignes, Arthur Rimbaud, Jules Romains, Raymond Roussel, André Salmon, Philippe Soupault, André Spire, Jules Supervielle, Paul-Jean Toulet, Tristan Tzara, Paul Valéry, Émile Verhaeren.

25     Henri de Régnier (1864-1936), comme André Thérive mais bien avant lui, a fréquenté le collège Stanislas puis a entamé des études de droit, rapidement interrompues au profit de la littérature. Auteur proche des symbolistes, il a fréquenté les mardis de Stéphane Mallarmé (note 20). En 1894, Henri de Régnier a épousé Marie, la deuxième des trois filles de J.-M. de Heredia, elle-même poète sous le nom de Gérard d’Houville. Henri de Régnier a été élu à l’Académie française en 1911.

26     Tristan Tzara (Samuel Rosenstock, 1896-1963), écrivain et poète roumain de langue française et le membre le plus connu du mouvement Dada.

27     Henri (Jean-Marie) Levet (1874-1906, à 33 ans) a pris Henry J.-M. Levey comme nom de plume. Il aime voyager et devient diplomate dans ce seul but, semble-t-il.

28     Pierre Albert-Birot (Pierre Birot, 1876-1967), poète, sculpteur, peintre et homme de théâtre. Fondateur de Sic (Sons Idées Couleurs, Formes), revue d’avant-garde parue de 1916 à 1919. Pierre Albert-Birot, un peu comme Max Elskamp et quelques autres, imprime et diffuse lui-même ses premières œuvres littéraires. Pierre Albert-Birot a rencontré Guillaume Apollinaire en 1916 et mettra en scène la création des Mamelles de Tirésias en juin 1917.

29     Georges Ribemont-Dessaignes (1884-1974), écrivain, poète, dramaturge et peintre.

30     Yvan Goll (Isaac Lang, 1891-1950), poète, écrivain et traducteur.

31     André Thérive l’a oublié et ne semble plus avoir l’ouvrage sous la main. Il s’agit de Francis Gérard (Gérard Rosenthal (1903-1992), cousin de Max Jacob, avocat, directeur de L’Œuf dur, revue mensuelle parue de mars 1921 à l’été 1924.

32     Vraisemblablement Georges Gabory (1899-1978), poète et romancier. On ne confondra pas Georges Gabory avec Émile Gabory (1872-1954), historien, poète et archiviste vendéen.

33     Henry Millon de Montherlant (1895-1972), romancier, essayiste et auteur dramatique. Très marqué dans sa jeunesse par la lecture du Quo vadis ? de l’auteur Polonais Henryk Sienkiewicz traduit dans La revue blanche en 1900, son œuvre, abondante, s’en est ressentie, d’autant qu’Henry de Montherlant a commencé à écrire très tôt.

34     Jean Giraudoux (1882-1944), normalien, romancier, auteur dramatique et diplomate. Ses pièces sont encore appréciées et jouées de nos jours.

35     Raymond Radiguet (1903-1923, à vingt ans et six mois), présenté à la NRF par Jean Cocteau, est l’auteur de deux romans : Le Diable au corps (Grasset, mars 1923) et Le Bal du comte d’Orgel (Grasset, posthume 1924), qui ont connu tous les deux un des plus grands succès du siècle. Le Diable au corps a été adapté deux fois au cinéma. On en retiendra la version de Claude Autant-Lara de 1947 avec Gérard Philippe et Micheline Presle. C’est une image de ce film qui orne encore, en 2021, la couverture de l’édition Folio de 1982. Le Bal du comte d’Orgel, de Marc Allégret en 1970 a laissé moins de souvenirs.

36     Pour trois poèmes extraits des Plaisirs et les jours.

37     Cette absence de Paul Claudel n’a pas été notée que par André Thérive. On se souvient que Paul Claudel a quitté la NRF au début de 1929 à cause de la parution, dans le numéro de décembre 1928, d’un « dialogue » de Paul Léautaud dont voici un extrait : « A. — Et Jeanne d’Arc ? Les chroniqueurs de son temps seraient bien surpris s’ils voyaient ce qu’elle est devenue pour nous. Vous savez comme ils la dépeignent : assez galante… / B. — Les feux de l’amour avant les feux du bûcher. »

38     Le 21 février PL réagira en disant qu’un vrai prêtre, Louis Le Cardonnel, et présent parmi les poètes, puis : « Il est drôle de voir Thérive déplorer si fort l’absence de Claudel qu’il a complètement éreinté et avec une mauvaise foi énorme, dans un feuilleton tout récent. » (Dans Le Temps du 24 janvier 1930, page trois, à propos de la publication chez Gallimard, du Soulier de satin en deux volumes.)

39     Maurice du Plessys (Maurice du Plessys-Flandre-Noblesse, 1864-1924), poète proche de Jean Moréas. Note de Paul Léautaud dans son édition des lettres qu’il a reçues de Fagus (La Connaissance, 1928) à propos de la lettre du 22 septembre 1923 ; « J’avais rencontré, comme presque chaque jour, Fagus, rue Dauphine. Les Nouvelles Littéraires venaient d’ouvrir une souscription pour venir en aide à Maurice Du Plessys. Nous avions bavardé sur cette affaire et je m’étais risqué à dire à Fagus que Du Plessys, au reste poète érudit, et grammairien plutôt que vrai poète, avait quelque peu gâché sa vie par l’alcoolisme et qu’il était le premier auteur de la situation dans laquelle il se trouvait, — ce qui ne comportait de ma part nul avis contraire à l’aide qu’on voulait lui donner. » Voir Les Nouvelles littéraires du 22 septembre 1923, en une : « Un appel qui sera entendu — pour sauver un grand poète français » Puis le texte de Frédéric Lefèvre, qui n’a jamais reculé devant un lieu commun : « Au septième étage de l’avenue des Gobelins, dans une misérable mansarde, Maurice du Plessys, prince de l’École romane, cloué par la douleur sur un petit lit de fer, écrit ses derniers vers et bientôt, je le crains, ses amis devront graver sur son tombeau l’épitaphe qu’il composa en 1896… »

40     Les principaux poètes de cette École romane, derrière son initiateur Jean Moréas, le plus ancien (1856-1910), sont, par ordre alphabétique Charles Maurras, Maurice du Plessys, Ernest Raynaud, Raymond de La Tailhède. Si l’on se tient à cette liste, on peut observer que Charles Maurras est également absent des Poètes d’aujourd’hui. Voir Verlaine, « La Ballade de l’École romane » dans Invectives, Léon Vanier 1896.

41     François-Paul Alibert (1873-1953), employé à la mairie de Carcassonne, proche d’André Gide et d’Eugène Rouart. Notons les trois premières strophes de La Fontaine d’Apollon : « Sous un antre épaissi de roche et de feuillage, / Dans les airs suspendu, / Qui dresse un front ridé par la mousse et par l’âge, / De lierre tout fendu, / Au seuil de la fontaine opaque et scintillante / Où la source confond, / Rompu par son milieu d’une pointe brillante, / Un abîme profond, / Tu m’apparus soudain, berger de ces collines / Fertiles en pipeaux, / Qui portais, enroulée à tes jambes divines, / La toison des troupeaux. » (La NRF, mars 1909, page 128).

42     André Mary (1879-1962), spécialiste de la littérature du Moyen-Âge, qu’Henri Clouard, dans son indispensable Histoire de la littérature française du Symbolisme à nos jours (Albin Michel 1947, deux volumes de 669 et 701 pages) classe dans les « humanistes savants ».

43     L’absence de ces deux poètes a aussi été regrettée par André Billy. François-Paul Alibert a été cité dans un article d’André Billy dans L’Œuvre du 11 février, et André Mary à l’occasion de la visite d’André Billy à Paul Léautaud du trois février, où il avait également regretté l’absence de Claudel, de Charles Péguy, de Francis Carco et de Paul-Jean Toulet.

44     Adolphe Lacuzon (1869-1935), poète bien oublié et critique littéraire à la Revue de Paris, fonda L’Intégralisme, mouvement obscur et peu fécond. On peut lire, dans le Mercure de mai 1897, des Sanglots d’Adolphe Lacuzon : « Sois clémente à mon cœur qui souffre d’être pur, / Mets sur mon front tes mains, lys de mon diadème, / Afin que leur caresse en cache le pli dur / Et conjure à la fois ma fièvre et mon blasphème, / Sois clémente à mon cœur qui souffre d’être pur. » Un portrait d’Adolphe Lacuzon par Léon Cassel peut-être vu au musée des beaux-Arts de Valenciennes.

45     Henri Clouard, La Poésie française moderne : des romantiques à nos jours, édité par Gauthier-Villars et Cie, 1924 (402 pages).

46     Cet « Index général des ouvrages » ne fait que cinq pages, divisées entre « Les livres » et « Les périodiques »

47     Pierre Humbourg, Georges Duhamel, son œuvre, Édition de la nouvelle revue critique, 1930, 63 pages, publication évidemment trop tardive pour être signalée.

48     André Thérive, Georges Duhamel ou l’intelligence du cœur, Vald Rasmussen, 1925, 63 pages.

49     Gustave Picot (dir.) Georges Duhamel, Éditions de la revue du Capitole 1927, 320 pages. Planches hors texte. Textes de André Antoine, André Thérive, René Argos, Georges Duhamel, Jean Prévost, Achille Ouy, Claude Aveline, Jean Fiolle, Paul Gilson, Marie-Jeanne Dury, Christian Rimestad, H. Jourdan, R. de Laforest, 315 pages.

50     Rédigée par PL.

51     Notice rédigée par Yves Gandon. La langue parlée dans l’ancienne Yougoslavie était, et est encore le serbo-croate.

52     Gaby Deslys (Marie Caire, 1881-1920), artiste de music-hall de grande réputation qui fut maîtresse du roi du Portugal Manuel II.

53     PL dans cette notice, quasiment identique à celle de la première édition, décrit sur plus d’une page l’anecdote sur la confusion malheureuse de Gaston Deschamps, attribuant à Verlaine un poème de Fernand Gregh.

54     Si ! Rien dans ces trois volumes n’est signé, que ce soient l’introduction ou les biographies ou bibliographies alors que nous savons que quatre auteurs se sont partagés le travail, assez inégalement il est vrai. André Thérive ne peut pas le savoir. Il s’agit des deux auteurs principaux plus Madame van Bever après la mort de son mari pour certaines bibliographies ainsi que le jeune Yves Gandon pour quelques notices (au moins sept avec certitude). L’Introduction est évidemment de van Bever, il n’y a qu’à la lire pour s’en rendre compte. Il est vrai que, comme souvent dans les introductions, l’auteur ne polémique pas mais semble justifier ses choix et ses décisions, allant au-devant des critiques qu’il imagine vraisemblables. Comme toujours, c’en seront d’autres qui surgiront.

55     Lucrèce, De natura rerum : « Rien n’est plus doux que d’occuper les temples sereins bien fortifiés par l’enseignement des philosophes. »

56     Dans le cas d’Henri Barbusse, prix Goncourt 1916 pour Le Feu, cela semble justifié. PL avance même, dans cette notice que « Ce n’est pas assez dire, pour M. Henri Barbusse, que la guerre a changé sa destinée littéraire et la matière de son œuvre. Elle a aussi influencé sa personne morale. » Tous deux sont plutôt loués pour leur engagement militaire, ce qui, sous la plume de PL est très exceptionnel.

57     Louis Mandin (1872-1943, en déportation), poète et homme de lettres surtout connu, non pour ses vers de quatorze pieds mais pour avoir écrit avec Paul Fort une Histoire de la poésie française depuis 1850 parue en 1926 chez Flammarion (392 pages, plus six pages de préface de Paul Crouset. Sa notice des Poètes d’aujourd’hui, a été rédigée par lui-même. C’est la seule de ce cas. En septembre 1940, quelques amis de la droite traditionnelle dont Louis Mandin ont fondé le groupe de résistance « La Vérité française », qui est également le titre de leur journal clandestin. Ce groupe s’est spécialisé dans l’exfiltration de prisonniers de guerre évadés. Très rapidement, en août 1941, ce groupe a été infiltré par le Belge Jacques Desoubrie (1922, fusillé en décembre 1949) qui appartenait à la police secrète allemande. Le 25 novembre plus de quatre-vingt personnes ont été arrêtées et certains fusillés. En septembre 1942 Louis Mandin et au moins trois autres de ses camarades ont été déportés au camp de Sonnenburg, réservé aux prisonniers politiques. Louis Mandin y est mort le 28 juin 1943. Madame Mandin, arrêtée en même temps que son mari, déportée dans divers camps de concentration est morte à Bergen-Belsen en avril 1945.

58     Jean Cocteau.

59     Le 21 février, PL écrira dans son Journal à propos de cette phrase : « La phrase de la notice de Cocteau est une phrase de Cocteau lui-même ».

60     Blanchisseuse spécialisée dans le linge fin. Cette anecdote n’est pas certaine.

61     Raymond de La Tailhède (1867-1938), figure dès la première édition des Poètes d’aujourd’hui de 1900. Sa notice a été rédigée par Adolphe van Bever.

62     Léo Larguier (1878-1950), est arrivé des Cévennes à Paris vers l’âge de 24 ans et a rapidement été reconnu comme poète, bien qu’un peu superficiel et à effets. Il a été, un temps, proche de Paul Léautaud qui a toujours moqué ses airs de romantique m’as-tu-vu. Cette attitude a pourtant réussi puisque Léo Larguier a été élu en 1936 membre de l’académie Goncourt au couvert de Léon Hennique.

63     André-Ferdinand Herold (1865-1940), petit-fils du compositeur, chartiste, poète, conteur, auteur dramatique et traducteur. Herold a fréquenté Mallarmé, Henri de Régnier, Pierre Louÿs, Paul Valéry. Il entretient des rapports privilégiés avec Gabriel Fauré ou Maurice Ravel. Il est auteur Mercure depuis 1891 et titulaire de la critique dramatique depuis 1896. Paul Léautaud lui a succédé en octobre 1907. Le débat sur la graphie Herold (avec un e) est nourri par de nombreuses sources contradictoires et il a fallu trancher en s’appuyant sur les sources suivantes : Léautaud (pas très fiable quant aux noms propres), le Mercure, Remy de Gourmont (Le Livre des masques), le Larousse du XXe siècle, un acte de naissance du grand-père compositeur (site web de la Légion d’honneur), des couvertures de livres, la rue de Paris et enfin la signature d’Herold lui-même reproduite dans Wikipédia (mais Wikipédia écrit Hérold !). Cela dit n’importe quel contradicteur présentera d’autres sources, à commencer par le Quillet.

64     Louis Le Cardonnel (1862-1936), dit « Frère Anselme », est le frère de Georges Le Cardonnel. Après avoir mené la vie des jeunes poètes, il a été ordonné prêtre en 1896, à l’âge de 34 ans. C’est vraisemblablement Paul Léautaud qui a rédigé sa notice.

65     Le choix des poèmes de Paul Valéry a été fait par lui-même.

66     Émile Verhaeren (1855-1916), poète flamand d’expression et de culture françaises s’intéressa rapidement au problème social, qui le révolta jusqu’à le conduire à des sympathies anarchistes.

67     Rectifions cette erreur en retranscrivant ici ce poème en entier : « Il est ainsi de pauvres cœurs / Avec, en eux, des lacs de pleurs, / Qui sont pâles, comme les pierres / D’un cimetière. // Il est ainsi de pauvres dos / Plus lourds de peine et de fardeaux / Que les toits des cassines brunes, / Parmi les dunes. // Il est ainsi de pauvres mains, / Comme feuilles sur les chemins, / Comme feuilles jaunes et mortes, / Devant la porte. // Il est ainsi de pauvres yeux / Humbles et bons et soucieux / Et plus tristes que ceux des bêtes / Sous la tempête. // Il est ainsi de pauvres gens, / Aux gestes las et indulgents, / Sur qui s’acharne la misère, / Au long des plaines de la terre. »

68     L’auteur de la notice d’Émile Verhaerhen est incertain et a vraisemblablement procédé au choix des poèmes. La biographie commence par cet avertissement : « Nous extrayons d’une biographie écrite par M. Léon Bazalgette les fragments suivants ».

69     Pauvre, inadapté à la vie sociale, Léon Deubel (1879-1913), s’est suicidé à l’âge de 34 ans en se jetant dans la Marne après avoir brûlé tous ses manuscrits. PL a assisté à ses obsèques le 21 juin 1913 (pour André Thérive, c’est moins sûr). Une nécrologie, signée Georges Duhamel a été publiée dans le Mercure du 1er juillet 1913, page 146 et une autre de Louis Pergaud page 217. Léon Deubel a intégré les Poètes d’aujourd’hui à l’occasion de l’édition de 1930. Une place Léon Deubel a été inaugurée à Paris cette même année 1930.

70     Georges Duhamel, Jules Romains.

71     Francis Carco, Tristan Derème, Tristan Klingsor, Paul-Jean Toulet.

72     Apollinaire, Elskamp, Gourmont, Laforgue, Maeterlinck, Mallamé, Mikhaël, Mockel, Moréas, Régnier, Retté, Rimbaud, Rodenbach, Saint-Pol-Roux, Samain, Valéry, van Lerberghe, Verhaeren, Verlaine, Vielé-Griffin. Baudelaire, le précurseur trop ancien, est absent, comme Alfred Jarry.

73     Éditions de la Sirène, 1919.

74     En caractères romains ; Jean Cocteau n’a pas écrit d’œuvre sous ce titre, il s’agit juste d’une remarque d’André Thérive et qui correspond bien au caractère d’équilibriste de Jean Cocteau.

75     André Salmon (1881-1969), poète, romancier, journaliste et critique d’art, défenseur du cubisme au côté de Guillaume Apollinaire. André Salmon est entré dans les Poètes d’Aujourd’hui à l’occasion d cette troisième édition. Sa notice a été rédigée par Yves Gandon.

76     Cécile Sauvage (1883-1927, à 44 ans) est surtout connue pour avoir épousé en 1907 le shakespearien Pierre Messiaen (1883-1957), dont elle a eu deux fils dont, en 1908, le compositeur et organiste Olivier Messiaen. Dans La terrasse du Luxembourg, (Fayard 1945), André Billy a écrit, page 102 : « C’est à l’école apostolique d’Amiens que je connus Pierre Messiaen. Je me rappelle fort bien sa petite personne trapue, sa physionomie carrée, son humeur un peu vive qui le fit renvoyer pour inaptitude à la vie religieuse. Professeur agrégé d’anglais au lycée Charlemagne, traducteur et commentateur de Shakespeare, il a été le mari de l’exquise poétesse Cécile Sauvage. »

77     Ce paragraphe est évidemment l’introduction à la critique du livre suivant, des Œuvres de Cécile Sauvage, préfacées par le poète auvergnat Jean Tenant.

78     Cécile Sauvage a publié toute son œuvre au Mercure de France plus des poèmes dans six numéros de la revue (dont deux numéros posthumes).

79     Anna-Élisabeth Bibesco Bassaraba de Brancovan (1876-1933), poétesse et romancière d’origine roumaine a épousé à l’âge de 19 ans le comte Mathieu de Noailles (1873-1942), quatrième fils du septième duc de Noailles. Elle est pour cela parfois nommée « comtesse Mathieu de Noailles ». Au début du XXe siècle, son salon de l’avenue Hoche attirait l’élite intellectuelle, littéraire et artistique. En 1904 elle a créé le prix « Vie heureuse », qui deviendra en 1922 le prix Femina dont le jury est composé de vingt femmes.

80     Francis Jammes (1868-1938), poète, romancier, dramaturge et critique béarnais, a fait partie de la première édition des Poètes d’Aujourd’hui, bien que Paul Léautaud et les gens du Mercure de France l’aient peu apprécié.

81     Joséphin Soulary (1815-1891), poète, bibliothécaire au Palais des arts de Lyon.

82     « Traînant ses flancs plus lourds qu’elle berce en marchant, / La chatte lentement se promène au soleil ; / L’araignée a pondu et, quand la nuit descend, / Sous le plancher troué de ma chambre j’entends / Le fin glapissement des petits rats qui tètent. / Un papillon lourdaud vient heurter la fenêtre ; / Plein d’œufs, son ventre a l’air, sous les ailes de bure, / D’un petit nid pendu dans les feuilles obscures. / J’entends le cri secret et sourd de la nature. »