Le Mercure de France : Alfred Vallette… et d’autres revues — Les Entretiens politiques et littéraires — Art et critique — Notes
Page publiée le premier mai 2026. Temps de lecture : 14 minutes.
Ce texte est extrait de l’ouvrage d’Henri Mazel Aux beaux temps du symbolisme 1890-1895 paru au Mercure de France en 1943.

Le caducée reproduit ici est celui d’après-guerre. L’original figurant sur la couverture, difficile à isoler en tous ses détails, est le caducée classique, aux ailles recourbées. Les autres éléments typographiques sont exactement reproduits
Journaliste et auteur dramatique, Henri Mazel (1864-1947) est surtout connu pour avoir été, en 1890, le fondateur de la revue L’Ermitage, qui cessera de paraître à la fin de l’année 1906. De 1897 à juin 1940, Henri Mazel a écrit 602 textes dans le Mercure de France dont la chronique des « sciences sociales ». Une partie de son œuvre théâtrale en trois volumes édités en 1933 et regroupant huit pièces écrites de 1890 à 1897, était encore disponible en 2021 au Mercure de France. Ce n’est plus le cas.
Ce chapitre est le troisième de l’ouvrage. Il vient après L’Ermitage (revue fondée par Henri Mazel) et La Plume, de Léon Deschamps (qui comprend de très intéressantes pages sur Léon Bloy).
Curieusement et contrairement à l’usage, les titres des œuvres ont été inscrits en romain et entre guillemets. Il s’agit vraisemblablement d’un choix de l’éditeur ou peut-être du typographe, manquant de caractères italiques. Ces guillemets ont été supprimés et les titres des œuvres rétablis en italiques.
Le Mercure de France : Alfred Vallette… et d’autres revues
Ni l’Ermitage ni le Mercure n’eurent de joyeuses réunions en des sous-sols enfumés comme la Plume1. C’étaient des revues graves !
Le Mercure était né exactement le premier janvier 1890, et cette date montre que rien n’avait été laissé au hasard pour sa naissance, ni n’allait l’être pour ses numéros successifs. C’est que le groupe de ses fondateurs, en lui-même un peu disparate, avait la chance, que le nôtre ignorait, de compter parmi ses membres un homme vraiment né pour diriger une revue et une maison d’éditions : Alfred Vallette.
Les écrivains ne se rendent pas toujours compte de l’importance de la direction pour une revue. Certes, la rédaction compte aussi, et en un sens davantage ! mais les efforts des collaborateurs seraient vains s’il n’y avait pas là un directeur-administrateur pour harmoniser les sommaires, et régulariser les dépôts et les ventes. Or, n’est pas directeur qui veut. Il faut pour ce rôle des qualités spéciales. Sans doute faut-il aimer les belles-lettres, et les pratiquer (et Alfred Vallette venait d’écrire un roman très honorable, Le Vierge2) et encore est-il excellent d’être large d’esprit et curieux de nouveauté, mais il ne faudrait pas être trop original, trop personnel. La Revue des Deux-Mondes elle-même souffrit de la personnalité de Brunetière3. Vallette n’avait aucun de ces défauts, et il avait, par contre, toutes les qualités nécessaires.
Dans les Portraits du Prochain Siècle4, Jules Renard a tracé de lui un amusant croquis, qui est certainement un des mieux venus de cette collection un peu encombrée. Je le reproduis parce que je ne crois pas qu’on l’ait recueilli dans les œuvres complètes de Jules Renard :
Le Pot de Fer. Boutonné jusqu’au col, mince comme une raie d’écume, il ne se laisse pas taper sur le ventre. Quand il raidit ses jambes courtes, les deux anses dans ses poches, têtu, tondu, coiffé d’un couvercle aux bords plats et haut de forme, nul vent ne l’ébranle, mais il tourne volontiers de lui-même avec la lumière. Il parle et dit couramment d’une voix fêlée : « n’est-ce pas ?… point de vue… tout comprendre… caractère des choses… objet en soi… analyse et synthèse… » À son foyer brûlent du bois dur, des principes secs, des règles de vie inflexibles. Une joue grosse, l’autre ronde, les cheveux cendre et suie, polis par la flamme et le frottement, il cuit d’ordinaire à petit feu. On y ferait la soupe au lait. Mais parfois, il se fâche à blanc, au seul nom de quelque pot de terre trop commun. Geste cassant, moustaches pointées, rœillots malins, il bout, et bientôt son couvercle remue, se soulève et monte, ailé comme le pétase du Mercure de France5.
C’est lui seul — versé comme il était dans toutes les questions de librairie, d’édition, de flair commercial — qui a décidé du succès du Mercure ; qui, dès le début, en a fait la plus soignée des jeunes revues ; qui, plus tard, l’a transformée habilement de simple anthologie en revue d’idées, en a modifié avec prudence l’impression, le papier, la périodicité ; qui l’a rendue originale à la différence de tant d’autres faisant vraiment double emploi avec la Revue des Deux-Mondes ; qui y a développé la chronique de quinzaine, en a fait le grand agent d’information sur l’étranger artistique et littéraire, tout en réussissant, à l’intérieur, à faire vivre côte à côte autoritaires et libertaires, individualistes et socialistes, et a trouvé moyen notamment de traverser la longue crise de l’Affaire Dreyfus, avec une collaboration aussi contradictoire que possible, sans désobliger personne et en laissant à chacun sa liberté de plume… Vraiment, je ne sais pas si quelqu’un, autour de lui, eut été capable de mener une navigation aussi difficile dans une telle région d’écueils sournois et de remous improvistes.
Je disais que le groupe des onze fondateurs du Mercure6 était un peu disparate : cela n’en valait que mieux pour la variété des talents ; un groupe trop homogène eut tourné tout de suite à la petite chapelle, tandis que, vraiment, aucune confusion n’était possible entre Jules Renard et Remy de Gourmont7, ou entre Ernest Raynaud et Julien Leclercq8, ou même entre Dubus9 et Dumur aux noms presque identiques et que je n’arrivais pas à distinguer avant de les avoir vus en chair et en os tous les deux. Le noyau central venait en partie de l’ancienne Pléiade10. Certains avaient amené quelque ami personnel, Gourmont son confrère Denise11 de la Bibliothèque Nationale, Raynaud son collègue Court des commissariats de police, et Jules Renard personne, il était trop « sourire pincé12 » pour avoir beaucoup d’amis. Et il y avait encore le bon gros Albert Aurier13 et le triste maigre Albert Samain14. Hélas, il n’en reste à l’heure où j’écris ceci (1932 (15)) que quatre : Vallette, son ad latus, Dumur16 et les deux poètes Raynaud et Court, la police conserve, c’est son rôle ! Le groupe primitif s’était d’ailleurs très vite étoffé de dix autres fondateurs adjoints, et de nombreux chroniqueurs et rédacteurs sans parler des actionnaires, et s’il fallait seulement nommer les principaux, ce serait une longue procession qu’il faudrait faire défiler ; et alors moi-même je devrais y figurer : depuis 1897 je tiens au Mercure le sceptre plus soporifique que le rameau d’or de Robert le Diable17, de la Science Sociale18, et depuis moins longtemps une autre houlette enrubannée dont il n’est peut-être pas nécessaire de dire le titre.
Les Entretiens politiques et littéraires
Pas plus que moi ne faisaient partie du Mercure primitif les principaux poètes de la génération nouvelle, ni Moréas, ni Le Cardonnel, ni Henri de Régnier. Celui-ci qui y vint plus tard, mais alors, en passant auparavant par l’Ermitage, était plutôt aux Entretiens avec son ami Vielé-Griffin19. Les Entretiens étaient nés un mois avant nous, le premier mars 1890(20). Encore ce premier numéro est-il paginé à part, et c’est exactement, comme pour nous, le premier avril que commence leur véritable carrière. Celle-ci devait être, d’ailleurs, sensiblement plus courte que la nôtre, puisque c’est avec le numéro de décembre que finirent ces premiers Entretiens21, les vrais. L’éditeur Kolb continua à faire paraître pendant un an encore la revue, mais avec une collaboration moins intéressante, puis il laissa tout s’éteindre.
Les Entretiens avaient trois animateurs de bonne race : Paul Adam22, Henri de Régnier et Vielé-Griffin, mais leurs petits cahiers mensuels étaient d’un aspect peu heureux : typographie lourde, papier mauvais, format mesquin, couverture terne. On comprend mal que Vielé-Griffin qui, plus tard, réalisa pour ses œuvres de si artistiques éditions, ait consenti à une impression aussi médiocre, ni que lui et Régnier qui ne s’intéressaient qu’à la poésie, aient tenu à avoir une tribune à la fois politique et littéraire, et même plus politique que littéraire, et de quelle fâcheuse politique ! Paul Adam, le meneur du groupe, dont il était l’aîné, s’était bien vivement emballé sur le compte de Bakounine et de Stirner23, mais enfin, mieux valait être kropotkiniste que marxiste, l’anarchie est à la base de liberté, non de tyrannie, et « l’on ne prononce pas ce mot liberté sans qu’il ne subsiste dans l’air quelque battement d’aile ! » Je ne sais plus qui parle ainsi dans Lorenzaccio24.
Les Entretiens politiques et littéraires pour leur donner leur nom complet, ne contenaient que trois articles dans leur premier numéro, un d’Henri de Régnier, des souvenirs de jeunesse, un de Vielé-Griffin sur le vers libre, un de Paul Adam sur l’antisémitisme, et à peu près chaque numéro, ces trois noms reparaissaient. Le secrétaire de rédaction était alors Georges Vanor ; plus tard ce fut Bernard Lazare qui avait été mis en rapports avec les trois amis par Éphraïm Mikhaël25. D’autres noms paraissent aux sommaires : Gabriel Mouret, Alphonse Germain26, Ferdinand Hérold27, qui donna un éreintement de Berlioz et récolta une fessée d’orties de l’Ouvreuse28, il fallut aller sur le terrain !
Les Entretiens s’étaient fait une spécialité des articles terribles. En politique on n’y jurait que par la déesse Anarchie, ce qui fait qu’on avait tout le monde contre soi, et en littérature on partait en croisade pour le vers libre mais en houspillant tous les mécréants, comme les bons croisés d’autrefois. L’article enthousiaste de Mirbeau sur Maeterlinck29 provoqua des commentaires aigres de Paul Adam qui faillirent faire prendre feu à toute la Jeune Belgique30. Mais le grand hourvari fut provoqué à la fin de l’année par un article de Bernard Lazare sur les Quatre faces31. On y apprenait que l’âme de la foule avait, comme une idole indienne, quatre faces : 1o la parodie des choses respectables, et Théodore de Banville était flagellé pour avoir écrit les Odes Funambulesques32 ; 2o le niais sentimentalisme, et Coppée écopait ; 3o le goût de l’ordure, et Armand Sylvestre s’y voyait mettre son nez rabelaisien, et 4o l’amour de l’ordure voisine, ce qui faisait couvrir Catulle Mendès d’épithètes vésicantes. Et du coup, les Entretiens furent très connus, au moins de ces quatre poètes.
Ils auraient dû, d’ailleurs, l’être de beaucoup d’autres, car ils étaient merveilleusement rédigés. Quelques-unes des fantaisies les plus précieuses de Régnier y parurent, et dans chaque numéro, Paul Adam prodiguait les aperçus touffus et imprévus. Des noms nouveaux y brillaient, dignes des aînés : Verhaeren, Eekhoud33, Valéry, Gourmont. En 1892, André Gide y donna le Traité du Narcisse34. Moi-même je crois bien y avoir collaboré une ou deux fois35. Tout y était savoureux, jusqu’aux feuilles de garde où la réclame commerciale devenait servante de la poésie. Ecce ancilla Domini36 !
Art et critique
Ce n’étaient pas les seules revues qui fussent alors florissantes, mais ces remembrances cursives n’ont aucune prétention au complet. II y a des bibliographes professionnels qui cataloguent jusqu’aux plus éphémères périodiques, et il ne convient pas d’empiéter sur leur domaine. Je dirai seulement encore quelques mots d’Art et Critique, le grand hebdomadaire d’alors qui paraissait depuis un an environ37.
Avec ses seize pages à deux colonnes, bien imprimées et déversant chaque samedi sur le lecteur articles, chroniques, échos, lettres, comptes rendus de livres, de tableaux et de pièces, avec surtout ses « Lettres de l’Ouvreuse » de Willy et ses « À travers la presse » de Trissotin38, Art et Critique constituait une force. Une force, il est vrai, un peu orientée à contre sens de nos tendances à nous, symbolistes. Jean Jullien, qui la dirigeait, donnait en plein dans le naturalisme, et ne voyait rien au-dessus du Théâtre Libre39, alors que, sans nier le mérite d’Antoine et sa recherche du nouveau, nous pensions qu’il y avait autre chose à faire, même au théâtre, que de remplacer les meubles peints sur toile par des meubles véritables, et de parler à quart de voix et en tournant le dos au public sous prétexte de naturel. Nous n’en entretenions pas moins les meilleures relations avec Jean Jullien et ses collaborateurs Georges Lecomte40, Paul Masson, Henry Gautier-Villars, et ce fut un vrai crève-cœur quand, un jour, la pauvre revue, devant la redoutable triplice de l’imprimeur, du marchand de papier et du dépositaire, poussa un long cri de détresse, suppliant ses services gratuits de se laisser transformer en services payants. Hélas, vieille histoire, toujours la même ! « Savez-vous, demandait la revue, en son numéro suivant, savez-vous combien de six cents il en est venu ? Un ! » Le plus savoureux, c’est que cet unique, qui avait écrit un billet très gentil et que nous pouvions regarder comme un chic type et le modèle des confrères de la presse des boulevards, était condamné, quelques trimestres plus tard, comme maître-chanteur : le fameux Jacques Saint-Cère41 ! Ce n’était pas de chance, en vérité ! Sur six cents obligés, cinq cent nonante-neuf ingrats et une fripouille. Contre la triplice et contre la multiplice des lecteurs défaillants, le bon hebdomadaire avait tenu le coup quatre-vingt-trois fois, à la quatre-vingt-quatrième, il rendit les armes.
Faut-il citer d’autres revues de cette benoîte année 1890 ? II y en avait tant ! René Ghil42 faisait paraître les Écrits pour L’Art et Rodolphe Darzens43 la Revue d’Aujourd’hui, qui dut presque aussitôt interrompre sa course. Darzens faisait pourtant figure dans la jeune France d’alors. Une scène en vers L’Amante du Christ44, avec un curieux frontispice de Félicien Rops45 où le Christ ressemblait à Rodolphe lui-même, l’avait mis en vedette. On aurait pu le croire parti pour la grande gloire quand sa revue lui manqua des quatre pieds. Il haussa les épaules et se tut. C’était un sage. Depuis il n’a plus parlé. Sage parfait !
Notes
1 La Plume, revue littéraire et artistique bimensuelle fondée en 1889 par Léon Deschamps (1863-1899), qui la dirigea durant onze années. Karl Boès (1864-1940) lui a succédé jusqu’en 1914. La revue disparut en 1914. Les bureaux étaient situés 31 rue Bonaparte.
2 Alfred Vallette, Le Vierge, Tresse et Stock, collection La Vie grise, 1891 pour un manuscrit daté de « mai 1886-octobre 1887 ».
3 Ferdinand Brunetière (1849-1906), historien de la littérature, directeur de la Revue des deux mondes en 1893, année de son élection à l’Académie française contre Émile Zola (qui n’a jamais été élu).
4 Portraits du Prochain Siècle (ouvrage collectif édité en deux volumes préfacé par Paul-Napoléon Roinard et édité par Edmond Girard en 1894. Tome I, Poètes et prosateurs. La notice d’Alfred Vallette par Jules Renard se trouve page sept.
5 Ce texte a été donné dans leautaud.com, en pendant du texte sur Rachilde, page seize du même ouvrage.
6 Gabriel-Albert Aurier, Jean Court, Louis Denise, Édouard Dubus, Louis Dumur, Remy de Gourmont, Julien Leclercq, Ernest Raynaud, Jules Renard, Albert Samain, Alfred Vallette.
7 Remy de Gourmont (1858-1915), romancier, journaliste et critique d’art, proche des symbolistes, figure majeure du Mercure de France. Paul Léautaud était de ses intimes. Jean de Gourmont (1877-1928, cadet de 19 ans de son frère) sera salarié du Mercure.
8 Julien Leclercq (1865-1901, à 36 ans), dont on parle peu, écrivain, poète symboliste et critique d’art, ami de Gabriel Albert Aurier.
9 Le poète symboliste Édouard Dubus (1864-1895, à 31 ans) a brûlé sa vie par les deux bouts. Il a aussi collaboré au Scapin (fondé par Émile-Georges Raymond) au Cri du peuple (de Jules Vallès)… Il n’a écrit qu’un seul livre : Quand les violons sont partis, Bibliothèque artistique & littéraire, 1892. Pour les circonstances de la mort d’Édouard Dubus, voir la nécrologie de Jean Court parue dans les « Échos » du Mercure du quinze février 1933, page 234.
10 Pour les détails de cette aventure voir André Billy, Le Pont des Saints-Pères, page 40 et aussi ici.
11 L’ouvrage cité note précédente indique : « Vallette […] alla chercher Albert Samain et Louis Denise, qui amena Remy de Gourmont, son collègue à la BNF. Jean Court fut recruté par Dubus, Julien Leclercq par Aurier, Ernest Raynaud par Dumur et Jules Renard par Raynaud. »
12 Allusion au titre du recueil de nouvelles de Jules Renard Sourires pincés, Lemerre, fin 1890, 137 pages.
13 Gabriel-Albert Aurier (1865-1892), écrivain, poète, et critique d’art, mort de la typhoïde à l’âge de 27 ans. La signature Georges-Albert Aurier est parfois rencontrée. Voir aussi l’excellent article de Vincent Gogibu paru dans les Cahiers Louis Dumur numéro 9 (2022) « Le Mercure de France, un périodique dans le temps long ».
14 Albert Samain (1858-1900), poète symboliste, a fait partie des Poètes d’aujourd’hui dès la première édition en 1900. Sa notice a été rédigée par Adolphe van Bever. La jeunesse lilloise d’Albert Samain a été faite de « petits boulots » avant d’arriver à Paris en 1880. Ses poésies ont été publiées dès les premiers numéros du Mercure. Le succès est venu à l’automne 1893 avec la parution de son premier recueil : Le Jardin de l’infante, très remarqué par François Coppée et bien entendu encensé par Pierre Quillard dans le Mercure d’octobre. La collaboration d’Albert Samain avec le Mercure ne cessera qu’à sa mort en août 1900. Lire dans le Mercure d’octobre suivant les articles de Louis Denise et de Francis Jammes. Voir aussi la très agréable page de Maxime Hoffman.
15 Ce n’est pas nécessairement l’ensemble de l’ouvrage, paru en 1943, qui date de 1932 mais peut-être uniquement ce chapitre qui a pu paraître séparément dans une revue.
16 Louis Dumur et Alfred Vallette survivront peu à ces lignes de 1932, mourant, le premier le 28 mars 1933, le second le 28 septembre 1935.
17 Personnage de légende né de Satan. Apprenant son origine, Robert décide de consacrer sa vie à la pénitence. C’est dans l’opéra de Scribe et Delavigne, sur une musique de Meyerbeer (1831) que ce rameau apparaît pour un usage compliqué qui échappe donc, selon Henri Mazel, à l’attention du spectateur.
18 Henri Mazel a rédigé 603 articles dans le Mercure entre octobre 1897 et juin 1940. Parmi ceux-ci on en dénombre 408 titrés « science sociale », 95 « ouvrages sur la guerre actuelle » (1914-1918) et 63 « Bibliographie politique » (la houlette enrubannée en question). On peut aussi noter un article sur « Les temps héroïques du Symbolisme » paru dans le Mercure de décembre 1903, pages 666-674.
19 Francis Vielé-Griffin (1864-1937), poète symboliste, directeur de la revue Entretiens politiques et littéraires, intime de Stéphane Mallarmé. Dans son Enquête sur l’évolution littéraire parue chez Fasquelle en 1894, Jules Huret a écrit : « [Francis] Viellé-Griffin qui est une des intelligences les plus complètes de ce temps […]. » On lira aussi la notice de Francis Vielé-Griffin dans les Poètes d’aujourd’hui (à partir de la première édition) rédigée par Adolphe van Bever. On pourra aussi consulter sa notice par Henri Clouard dans sa très respectée Histoire de la littérature française du symbolisme à nous jours (volume I, page 118 de l’édition Albin Michel de 1947).
20 Entretiens politiques et littéraires, revue mensuelle puis bimensuelle parue d’avril 1890 à juin 1893 par le poète Georges Vanor (1866-1906), spécialiste de Richard Wagner. Francis Vielé-Griffin, Henri de Régnier, Paul Adam, Bernard Lazare, Elisée Reclus ont aussi été de l’aventure. C’est à cette revue qu’Henri Mazel fait référence lorsqu’il écrit « nous ».
21 En 1893 la parution est devenue bimensuelle, le 15 et le 25. Le numéro 57, du quinze décembre a été le dernier.
22 Paul Adam (1862-1920), écrivain et critique d’art. Son premier roman, Chair molle (1885), accusé d’immoralité, provoque le scandale. On lira avec intérêt le portrait de Paul Adam dressé par André Billy dans La Terrasse du Luxembourg page 139 et suivantes.
23 Mikhaïl Bakounine (1814-1876), Max Stirner (Johann Kaspar Schmidt, 1806-1856) et Pierre Kropotkine (1842-1921) sont tous trois philosophes et anarchistes, deux russes et l’autre allemand.
24 La liberté est très souvent évoquée, dans Lorenzaccio, c’est même le thème principal de la pièce mais cette phrase n’est prononcée par personne.
25 Éphraïm Mikhaël (Éphraïm-Georges Michel, 1866-1890, à 24 ans), licencié en lettres, Chartiste condisciple d’André-Ferdinand Herold et poète symboliste.
26 On retrouve Alphonse Germain dans ces Entretiens, dans La Plume, dans L’Art et l’idée et dans trois numéros du Mercure. Les éditions Lavoisier rééditent de nos jours des versions électroniques de quelques ouvrages d’art religieux qui semble appartenir à cet auteur.
27 André-Ferdinand Herold (1865-1940), petit-fils du compositeur, chartiste, poète, conteur, auteur dramatique et traducteur. A.-F. Herold entretient des rapports privilégiés avec Gabriel Fauré ou Maurice Ravel. Il est auteur Mercure depuis 1891 et titulaire de la critique dramatique depuis 1896. Paul Léautaud lui succédera en octobre 1907. André-Ferdinand Herold a écrit 210 textes dans le Mercure entre février 1894 et décembre 1936. Le débat sur la graphie Herold (avec un e ou un é) est nourri par de nombreuses sources contradictoires et il a fallu choisir.
28 Plusieurs critiques dramatiques ont pris cette signature mais il semble bien qu’il s’agisse ici de Willy qui adorait les pseudonymes et a conservé celui-ci dans les différents journaux qui l’ont accueilli ensuite, comme L’Écho de Paris, puis plus tard, Comœdia. Par « Aller sur le terrain », entendre « se battre en duel ».
29 En premier-Paris du Figaro du 24 août 1890.

30 La Jeune Belgique, revue belge d’art et de littérature parue à Bruxelles de 1881 à 1897.
31 Bernard Lazare (Lazard Bernard, 1865-1903), critique littéraire, journaliste politique, anarchiste et polémiste, ami de son compatriote toulousain Éphraïm Mikhaël cité note 25. Il s’agit du premier texte du numéro de novembre 1890. Ces « quatre faces » sont quatre poètes parnassiens (horreur !) : Théodore de Banville, François Coppée, Armand Silvestre et Catulle Mendès.
32 Théodore de Banville, Odes funambulesques, avec un frontispice gravé à l’eau-forte par Félix Braquemond d’après un dessin de Charles Voilemot, chez Poulet-Malassis et de Broise, à Alençon, 1857, 243 pages.
33 Georges Eekhoud (1854-1927), écrivain belge francophone et anarchiste. En 1899, paraît Escal-Vigor, son premier roman publié en France, au Mercure, et l’un des premiers traitant de l’homosexualité. Le livre fait scandale, Georges Eekhoud est poursuivi et acquitté sous la pression de ses pairs.
34 André Gide, Le Traité du Narcisse (théorie du symbole), offert à Paul Valéry est paru dans les Entretiens politiques et littéraires de janvier 1892, pages 20-28. Avant de paraître à la librairie de l’Art indépendant (28 pages).
35 Sans chercher davantage, dans le numéro de janvier 1891 pour un article sur « Le Règne des vieux » (pages 20-25).

36 Ecce ancilla Domini : Voici la servante du Seigneur, parole prononcée par Marie lorsqu’elle reçut l’annonciation.
37 Art et critique « revue littéraire, dramatique, musicale et artistique » paraissant le samedi. Directeur Jean Jullien. Le premier numéro est paru le premier juin 1889. Le dernier numéro semble être celui du 26 mars 1892. Pour Jean Jullien voir plutôt Adolphe Retté : Le Symbolisme — Anecdotes et souvenirs, Albert Messein 1903 : « Jean Jullien occupait, dans l’étroite et sombre rue des Cannettes, un local bas de plafond, où toutes les pièces, jusqu’au bureau du directeur, se noyaient d’humides ténèbres. Cet état des lieux n’avait, d’ailleurs, rien de symbolique, car on y prônait, au contraire, une large et claire esthétique. »
38 Trissotin, nom d’un personnage des Femmes savantes est le pseudonyme de Paul Masson dit aussi Lemice-Terrieux (1849-1896, à 47 ans), avocat puis magistrat, écrivain et mystificateur. Paul Masson a beaucoup exercé aux colonies.
39 Mouvement théâtral initié en 1887 par André Antoine (1858-1943) en réaction aux mises en scènes académiques souvent héritées du second empire.
40 Romancier et dramaturge, dreyfusard farouche, l’avocat Georges Lecomte (1867-1958) a été directeur de l’école Estienne et journaliste, président de la société des Gens de lettres en 1908 puis réélu en 1913. En 1924, Georges Lecomte a été élu (difficilement) à l’Académie française puis secrétaire perpétuel en 1946, malgré son soutien au Gouvernement de Vichy.
41 Jacques Saint-Cère (Armand Rosenthal, 1855-1898), est un journaliste politique.
42 René Ghil (René François Ghilbert, 1862-1925), entre au lycée Fontanes (de nos jours Condorcet) en 1870 où il rencontre plusieurs camarades qui figureront parmi les fondateurs du Mercure. Bien entendu il fréquente les Mardis de Stéphane Mallarmé, professeur d’anglais dans cet établissement. René Ghil a fait partie de la première édition des Poètes d’Aujourd’hui en 1900 mais n’a écrit que deux articles pour le Mercure, un en 1890 et un autre en 1898. Consulter sa notice ici.
43 Rodolphe Darzens (1865-1938), journaliste, directeur de théâtre, écrivain et poète symboliste, fondateur de la revue La Pléiade. Rodolphe Darzens a été secrétaire d’André Antoine.
44 Rodolphe Darzens, L’Amante du Christ, scène évangélique en vers représentée au Théâtre-Libre d’André Antoine le 19 octobre 1888. Le texte est paru la veille chez Alphonse Lemerre, précédé d’un frontispice de Félicien Rops en héliogravure, retouchée à l’aquatinte et d’une préface de l’archéologue Eugène Ledrain, 48 pages.

Très mauvaise reproduction du frontispice de Félicien Rops
45 Félicien Rops (1833-1898), peintre et dessinateur belge.