La NRF de Drieu I

La NRF de Drieu II ►

I. Partie remise

La seconde partie, 1942-1943 paraîtra ici le premier décembre 2022.

1940      1941      Notes

Après Eugène Montfort1 (le numéro de novembre 1908), Jean Schlumberger, Jaques Rivière2, Jean Paulhan3, survient Pierre Drieu La Rochelle à la direction de La NRF.

Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945), issu de Sciences-po n’est pas parvenu à entrer dans la carrière diplomatique et pense déjà au suicide. En 1920 il a rencontré Louis Aragon et tous deux se sont liés d’amitié. Pierre Drieu la Rochelle est pris comme modèle pour le personnage d’Aurélien, écrit vers la fin de la guerre et paru le dix décembre 1944, avant le suicide de PDLR le 15 mars 1945. Pendant toute la décennie 1924-1934, PDLR sera écartelé entre ses amitiés de gauche et l’évolution de ses opinions vers la droite et, comme bien d’autres intellectuels, s’est fourvoyé dans l’utopie d’une amitié franco-allemande constructive. Il sera donc nommé ici seulement « Drieu » ou DLR dans les notes.

La première fois que le nom de Drieu a été écrit dans le Journal de Paul Léautaud est à l’occasion d’une conversation avec Jacques Dyssord4, le douze décembre 1922. Drieu a encore moins de vingt ans.

Mardi 12 Décembre 1922

Ce soir, dans mon bureau, visite de Jacques Dyssord, qui venait me dire bonjour. C’est un garçon charmant, plein d’esprit, avec beaucoup de malice, et toujours très amusant à entendre. Il vit depuis quelque temps à Gournay5, une petite maison, avec un jardin, une maîtresse, une chatte et deux chiens-loups qu’il dit adorer. Il lui faut tout de même gagner de temps en temps quelque argent en écrivant un article çà et là. Il a écrit un roman. Il l’a porté à la Renaissance du livre. Il dit que Theuveny6, à qui il trouve la figure d’un forçat récemment libéré, qui vient de passer chez le coiffeur pour se faire faire un bout de toilette, lui a offert pour ce roman un traité avec des clauses si ambiguës que ledit roman pourrait être publié aussi bien dans huit jours que dans huit ans. Il a alors pensé à Colette, pour la collection de romans qu’elle dirige chez Ferenczi7. Il dit : « Vous connaissez Colette. C’est une femme singulière. Une femme dont les fesses débordent quand elle s’assied. Elle m’a écrit une lettre comme elle en écrit à tout le monde : “Mon petit Jacques Dyssord, vous savez si je vous aime…” Moi tout ça m’est égal. C’est de l’argent, dont j’ai besoin ».

Il a ensuite parlé des romans de Dumur8. Il trouve les deux premiers9 pas mal, mais les Défaitistes bien mauvais. Il dit qu’il est arrivé à avoir la sensation très nette que toute la guerre n’a existé que pour aboutir à ces trois romans. Vraiment, c’est une idée qui s’impose à vous. Toute la guerre n’a été faite que pour que Dumur puisse écrire ces romans. Il a ajouté : « Je n’ose plus maintenant monter voir Dumur. J’ai toujours peur de trouver Pioch10 en train de lui casser la gueule11. »

Comme il regrettait de ne plus pouvoir lire dans le Mercure mes chroniques de théâtre12 et qu’il ajoutait qu’il ne recevait et ne pouvait acheter la N.R.F. il s’est mis à acheter dans les grands prix les romanciers de la maison : Martin du Gard, Drieu La Rochelle13 « tous ces gens étonnants, qui portent tous des noms de départements, et qui sont emm… comme la pluie ». Il a ensuite passé à d’autres : « Il y avait autrefois la rue d’Ulm. Il y a maintenant le quai d’Orsay14. Ce qu’on peut appeler la littérature du quai d’Orsay, les Giraudoux15, les Morand16. Ce sont des malins. Ils ont trouvé le filon. On ne sait pas trop ce qu’ils écrivent. On aimerait mieux se pendre que de les lire. Ça ne fait rien. Ils gagnent de l’argent. Le soir, ils se mettent en smoking, ils vont dans le monde et font des gonzesses. C’est roulant. »

1940

Du temps passe, beaucoup de temps, nous sommes maintenant en 1940. En juin, avec l’irruption des Allemands sur le sol français, beaucoup de journaux et revues ont fermé, dont le Mercure, qui restera fermé jusqu’en décembre 1946, et La NRF, qui rouvrira en décembre 1940.

Jean Paulhan, son directeur, s’est réfugié à Mirande, dans le Gers.

Mercredi 16 octobre 1940

Ensuite, visite de Paulhan, rentré de France libre. Gallimard y est resté. Il ne veut pas revenir. Il se refuse à venir publier des livres sous le contrôle des Allemands, ce qui est, me dit Paulhan, « niais… et assez sympathique ». Je lui réplique : « Surtout sympathique. » Je lui parle de la Nouvelle Revue Française. Elle va en effet reparaître17 ici sous la direction de Drieu la Rochelle. Il me dit qu’il est assez sympathique à Drieu la Rochelle, mais qu’il ne croit pas… Il a ce mot : « Je vais être chômeur. » Il va quitter Châtenay18, devenu trop cher pour lui, et venir s’installer avec sa femme et ses chats, — sa bonne a pris sur elle de faire « piquer » ses deux chiens, — rue des Arènes, dans un petit local qu’on met à sa disposition19. Comme je lui demande s’il n’était pas demeuré attaché au ministère de l’Instruction publique20 et s’il ne pourrait pas y reprendre sa place, il me dit qu’il a déjà commencé les démarches dans ce but, mais que tout le Ministère est désorganisé, que les services actuellement à Paris ne peuvent même pas correspondre avec Vichy…

Je lui demande des nouvelles de Benjamin Crémieux21. Il me répond qu’il est toujours à … (dans le Midi22). « Il attend. » De Benda23 ? Benda est à Carcassonne. Pas mal de mésaventures. Un soir que Paulhan dînait avec lui dans un restaurant, un officier, présent, reconnaissant Benda, et le montrant : « Voilà ce buveur de sang ! » Benda obligé de s’en aller. Des journaux comme Gringoire, Je suis partout, au courant de tous ses déplacements et les signalant. Aragon est par là aussi, après s’être bravement battu, avoir eu la croix de guerre24. Comme je parle de la débandade de l’armée française, Paulhan me dit : « C’était couru d’avance : les uns ne voulaient pas se battre pour les Anglais, les autres ne voulaient pas se battre pour le Comité des Forges. » Il a été de mon avis quand je lui ai dit que la victoire de l’Angleterre, ce serait le retour de toute la fripouillerie qui nous a menés là, — de mon avis, tièdement.

Il reviendra me voir au Mercure avec sa femme, ou j’irai les voir chez eux.

Mercredi 30 octobre 1940

À 4 heures et demie, appel au téléphone. Drieu la Rochelle. Il me dit que j’ai dû apprendre la réapparition de la Nouvelle Revue Française sous sa direction, qu’il a tout de suite pensé à moi pour reprendre la critique dramatique, quand il peut venir me voir au Mercure à ce sujet. Comme je lui réponds que je peux aller le voir, me dit que c’est à lui de se déranger. Je lui objecte que je n’habite pas Paris, que les sorties le soir ne sont pas agréables, que je ne suis plus un jeune homme, que les moyens de communication sont restreints, qu’au reste, le théâtre donne peu, qu’il y a surtout des opérettes. Il me réplique qu’il y a la nouvelle pièce de Sacha Guitry25. Je lui dis qu’il faudrait en tout cas obtenir des services pour le jour, pour une matinée par exemple. Il me répond qu’il va voir cela et me tiendra au courant. J’ai manqué de présence d’esprit, dans l’inattendu de cette proposition. J’aurais dû lui proposer de continuer dans la N.R.F. la publication de mon Journal commencée dans le Mercure, — mais peut-être ignore-t-il cette publication. Je verrai à rattraper cela quand je le verrai.

Avec la maison que j’ai, l’hiver, le chauffage difficile, les courses pour les provisions, fichue affaire de retourner au théâtre.

Mercredi 6 Novembre

Rencontré Jean Paulhan, rue de Condé, à midi, en sortant du Mercure. Tout de suite : « Alors, vous reprenez la chronique dramatique à la N.R.F. », le tenant de Drieu la Rochelle. Je lui ai expliqué toutes les raisons pour lesquelles je ne tiens pas du tout à la reprendre, que je n’ai plus, du reste, de nouvelles de Drieu la Rochelle depuis son appel au téléphone et que je pensais qu’il a laissé tomber cela. Il me répond que Drieu la Rochelle considère au contraire la chose comme entendue. J’ai dit à Paulhan ce que je me propose d’écrire à Drieu la Rochelle, soit que je le voie, soit qu’il me téléphone de nouveau : la continuation de mon Journal dans la N.R.F. Paulhan a accepté de lui en parler. Je lui ai dit : « Dites-lui qu’il n’a pas à se gêner ni à faire des périphrases pour me dire non. »

Paulhan va probablement rester à la N.R.F. pour s’occuper des éditions. Gallimard est rentré à Paris. Il me dit que Drieu la Rochelle est un garçon plutôt timide, très droit, très franc. Il était déjà antisémite avant la guerre. Il n’y aura plus aucun juif dans la revue. Comme je lui dis que j’ai été surpris de le voir prendre ainsi un titre de revue qui appartient à Gallimard, il me répond : « Est-ce que les Allemands se sont gênés pour prendre Paris-soir26 ? Drieu la Rochelle leur a proposé une autre Nouvelle Revue Française. Ils ont dit oui, voilà tout. »

Pour l’autorisation de paraître, malgré ce que m’a dit Drieu la Rochelle : le premier numéro le 1er décembre, il ne sait pas au juste s’il l’a déjà pour de bon.

Paulhan habite maintenant 5, rue des Arènes. Il a gardé ses chats. Pour sa guenon, il l’a mise au Muséum. Il prétend qu’elle y est très bien. Ses domestiques, auxquels elle était très attachée, vont la voir.

C’est Roosevelt qui est élu27. Quel nouveau allons-nous voir ?

Vendredi 8 Novembre

Auriant28 téléphonait ce matin à Combelle29. J’ai pris l’appareil après lui. Appris de Combelle : Drieu la Rochelle a vraiment l’autorisation pour la réapparition de la Nouvelle Revue Française30. Elle sera dirigée par Drieu la Rochelle et Saint-Exupéry31, sous le haut patronage de Gide32, qui a promis pour le prochain numéro une vingtaine de pages sur la guerre33.

À 5 heures, appel au téléphone par Drieu la Rochelle. Il s’excuse de ne pas m’avoir téléphoné de nouveau plus tôt, tant il a été pris. Il me parle de mes hésitations, dont lui a fait part Paulhan, à reprendre la chronique dramatique. Je les lui confirme. Paulhan lui a parlé également de la continuation de mon Journal dans la N.R.F. Il me dit qu’il y avait pensé lui-même, mais oublié de m’en parler dans la rapidité de notre premier entretien. Comme je lui dis qu’il a toute aise pour me dire non, il se récrie. Il me dit encore qu’il n’est pas pour une chronique dramatique régulière dans chaque numéro34, mais qu’il serait heureux que j’en donne une quand je verrais occasion de l’écrire. Convenu également que, dès qu’il aura un quart d’heure de libre, il m’avisera. Il voulait encore se déranger pour venir au Mercure, me demandant à quelle heure on peut m’y trouver. Je lui ai dit que je me dérangerai très bien moi-même. Tous ces propos de sa part sur le ton de la plus grande courtoisie, et même plus. Me voilà refourré dans des corvées.

Jeudi 14 Novembre

Combelle tient de Drieu la Rochelle :

Drieu la Rochelle expliquait à Abetz35, l’ambassadeur de Hitler en France, le programme de la Nouvelle Revue Française sous sa direction : « Nous sommes pour la collaboration avec l’Allemagne. Nous voulons créer un courant dans ce sens, expliquer, informer, démontrer. » Abetz lui a répondu : « N’y comptez pas. L’état d’esprit en France n’est pas favorable. »

Lundi 18 novembre

J’ai déjeuné aujourd’hui dans mon bureau […]. J’étais sorti à midi pour acheter du pain. Je rencontre Gandon36. J’apprends de lui que les Allemands ont fermé la N.R.F. rue Sébastien-Bottin.

Je lui dis : « Et la revue ? Elle doit paraître le 1er décembre ? » Il me dit que la revue aussi est bouclée et ne paraîtra pas. Il tient tout cela d’un agent de publicité de la N.R.F.

Mercredi 20 Novembre

Drieu la Rochelle est venu au Mercure pour me voir, tantôt à 3 heures et demie. Je venais de partir chez le dentiste37. Il n’a pas pu attendre.

Jean Grenier38 venu également pour me voir.

Jeudi 21 novembre

Téléphoné ce matin à Drieu la Rochelle pour lui dire mon regret de mon absence hier. Il me dit que ce n’est rien, qu’il passait dans le quartier et qu’il en avait profité pour monter au Mercure pour avoir le plaisir de me connaître.

Je lui dis ce qu’on m’a dit de la fermeture des locaux de la N.R.F., que la revue ne paraîtra pas et je lui demande si tout n’est pas par terre. Il m’explique qu’il n’en est rien, qu’il y a sans cesse abus de mesures par l’autorité militaire allemande, que l’autorité civile s’occupe ensuite de corriger. La N.R.F. a été fermée, en effet, mais elle va être rouverte, et la revue recommence toujours à paraître le 1er décembre.

Il me dit qu’il compte sur un morceau de mon Journal pour le numéro 1er janvier. Me parle aussi du spectacle du théâtre Dullin, qui, à son avis, mériterait un compte rendu. Je n’ai pas compris au téléphone ce que c’est39. Je lui ai dit que j’aurais à lui demander, pour mon Journal, certaines choses que je ne pouvais dire par téléphone. Il viendra me voir demain à 3 heures et demie.

Ces choses, c’est tout bonnement ceci : mon Journal par morceaux dans la N.R.F., cela représente-t-il une publication durable, car je risque, avec un garçon comme Bernard40, de me fermer le Mercure ? De plus (si j’ose cette question), quelle est sa situation avec les autorités allemandes ?

La question a été tranchée pour moi tantôt dans un entretien avec Bernard. J’ai commencé par le mettre au courant de la façon de faire pour obtenir, pour le Mercure, l’autorisation de reparaître : s’adresser à l’ambassadeur Abetz et non, comme il l’a fait, à l’autorité militaire, laquelle ne lui donnera jamais aucune réponse, lui donnant l’exemple de Drieu la Rochelle et lui répétant ses paroles. Bernard, toujours infatué de lui-même, en homme possédant toute vérité, toute certitude, toute habileté, a traité cela de billevesées et Drieu la Rochelle de personnage qui ne sait pas ce qu’il dit. Il a terminé par ce trait charmant : « Si je faisais reparaître le Mercure maintenant, 13 000 francs par mois, je devrais fermer au bout de six mois et vous seriez réduit à la mendicité. »

Mais alors, pourquoi a-t-il demandé l’autorisation et l’attend-il toujours ?

J’ai ensuite abordé la question de mon Journal. Quand le Mercure reparaîtra, pourrai-je y continuer sa publication ? Réponse : « Oui », — avec cette réserve effarante : à condition qu’il n’y ait pas un mot offensant ou maladroit à l’égard des Allemands. Je lui ai répondu : « Voyons, Bernard, mon Journal sur des années qui vont de 1893 à 1914, — un homme comme moi qui n’ai jamais fait de politique, — qu’est-ce que vous voulez que j’aie pu écrire contre les Allemands ? Et me croyez-vous assez bête, s’il s’y trouvait quelque chose, pour que je le publie en ce moment ? Pas plus des choses de ce genre que les histoires de vie privée. »

C’est peine perdue de vouloir parler de façon sensée avec lui. Il se carre dans son fauteuil, fait l’homme supérieur, avec un ton protecteur et n’écoute que ce qu’il dit lui-même.

Mais tel que je le connais, c’est réglé à l’avance : si je publie des morceaux de mon Journal dans la N.R.F., il ne m’en prendra plus dans le Mercure quand il reparaîtra. Donc, m’abstenir pour la N.R.F.

[…]

Ce matin, visite de Jean Grenier. De passage à Paris. Il repart pour Nîmes, où il est professeur de philosophie. Drieu la Rochelle lui a parlé de ma collaboration à la nouvelle Nouvelle Revue Française. Il me dit qu’il y aura comme collaborateurs Giono41, Jouhandeau42, Alain43. Je n’ai pas caché mon antipathie pour ce dernier, ni comme je trouve fâcheux qu’on soit allé le rechercher. Un sot prétentieux, le médiocre dans toute son acception. À lui aussi, Grenier, Drieu la Rochelle a demandé sa collaboration44. Il hésite encore, ne sachant trop ce que sera la revue dans ses rapports avec les Allemands. Il attendra un peu de voir la tournure qu’elle prendra. Il a parlé avec assez de justesse de toutes ces signatures inconnues qu’on voit s’étaler partout depuis la présence des Allemands. Il m’a parlé de mon courage pour avoir parlé des Langevin, Joliot-Curie et Jean Perrin comme je l’ai fait45, à un moment où personne ne l’avait dit. Le diable si j’ai pensé à du courage. Plaisir de m’en prendre à de simples imbéciles, rien de plus. Toujours le mérite du bon sens.

Vendredi 22 novembre

À 3 heures et demie, Drieu la Rochelle. Il est charmant, simple, sans pose d’aucune sorte, l’air d’un jeune homme, tout vêtu de noir, un chapeau mou, la pipe à la bouche. Je le mets au courant de la question Journal relativement à Bernard pour le Mercure. Il est désappointé. Il croyait emporter le fragment convenu. Je lui parle du fragment du Petit Ouvrage46 (comme un fragment au hasard du Journal), je lui explique un peu ce que c’est, les mots à laisser en blanc, avec la note : trop vif pour être imprimé, qu’il ne se gêne pas pour me dire que cela ne lui va pas. Je lui demande s’il ne sera pas tenu à ce qu’on peut appeler des considérations de morale. Il rit : « Pas du tout, jamais de la vie », et que ce fragment lui va parfaitement. Je lui dis que je vais le copier, que je le lui enverrai, qu’il le publiera quand il voudra. Je lui demande dans quelles conditions il est avec les Allemands quant à la revue. Il me répond : « Absolument libre. Je connais depuis longtemps Abetz, l’ambassadeur d’Hitler, qui a vécu de longues années en France. (Je me suis retenu de dire : « Parbleu ! ») C’est un homme très intelligent, qui comprend les choses, avec qui on peut parler, s’expliquer librement. Je lui ai dit : « Voilà. Je fais paraître la revue, comme un moyen de propagande, mais je suis le seul maître. Vous n’avez rien à y voir ni à y imposer. Sinon, je lâche tout, et nous serons ridicules tous les deux. »

Comme je lui disais de me répondre carrément, sans prendre de détours, en termes directs, à ce que je lui dirai et demanderai, il m’a dit : « Certainement. C’est comme cela que j’aime parler. C’est pourquoi j’aime ce que vous écrivez. Je n’aime pas les gens tarabiscotés, compliqués, les précieux, les gens qui s’expriment à côté. En un mot : je n’aime pas les pédérastes. Ni les juifs. » Sur ce mot, je lui ai dit combien m’a réjoui l’incarcération de Langevin, dont je me suis moqué alors qu’il était un personnage, et la levée de tous les juifs ou rouges de la N.R.F. contre moi à ce propos, et la nouvelle de Charles-Henry Hirsch, ce qui m’a fait prendre mon chapeau et m’en aller47. Il me dit : « Oui. Tous ces gens-là sont loin. »

Je lui ai demandé son avis sur l’intention que j’ai de parler dans une chronique de la représentation du Misanthrope à la Comédie avec l’allocution de Copeau48, et de celle de Tartuffe à l’Odéon, où un officier allemand, à l’orchestre, debout, les deux mains tendues vers la scène, applaudissait si chaleureusement. Il m’a dit : « Mais certainement49. »

La pièce dont il lui semble qu’il serait bien de parler est une pièce de Mérimée, que Dullin fait jouer au Théâtre de Paris. Je n’ai pas retenu le titre. Je l’ai mené au téléphone. Il a téléphoné à l’administration du théâtre, demandé un service pour la N.R.F. dimanche en matinée. Deux places seront pour moi au contrôle.

Je lui ai demandé quelle étendue doivent avoir mes chroniques, le nombre de pages de la N.R.F. étant probablement réduit. Aucune réduction. Il aura 188 pages50. Mes chroniques peuvent avoir 4 pages, 6 au maximum. Je lui ai dit mon intention de parler aussi de la pièce de Jean Sarment : Le Pêcheur d’ombres, qui reparaît à l’Odéon.

Il n’a pas parlé d’argent et je n’en ai pas dit un mot.

Il m’a aussi rappelé mon départ de la N.R.F. à propos de la suppression de mon compte rendu d’une pièce de Jules Romains et dit qu’il avait été un peu gêné à l’époque de prendre ma suite pour des comptes rendus de théâtre51.

Cet avis aussi : il y aura de petits comptes rendus secondaires, par un jeune homme dont je n’ai pas retenu le nom52, pour les pièces qui ne m’intéresseraient pas. Je choisirai d’abord.

Vendredi 6 Décembre

À mon arrivée ce matin au Mercure, je téléphone à Drieu la Rochelle pour lui demander cinq minutes d’entretien. Rendez-vous à 3 heures à la N.R.F.

Je suis arrivé à l’heure. Il était là. Il m’a reçu tout de suite. Nous sommes montés dans le bureau qu’occupait Paulhan. Les locaux de la N.R.F. ont repris leur physionomie habituelle, et il y a du personnel dans les bureaux. Le nouveau pour moi, c’est que l’histoire de la revue reprenant sa publication n’est pas du tout ce qu’on a raconté, ni exactement ce que m’a raconté Drieu la Rochelle. C’est Gallimard qui la fait reparaître et qui en a confié la direction à Drieu la Rochelle, à la place de Paulhan.

Je cherchais depuis quelques jours à qui j’ai déjà vu les mêmes manières, les mêmes attitudes, les mêmes expressions de visage, les mêmes façons de s’exprimer : souriantes, réservées, diplomatiques, résistantes sans en avoir l’air, disant oui pour revenir doucement à un non, sans un mot pour s’engager pour de bon, finissant par promettre sur un ton qui ne donne aucune confiance. J’ai trouvé dans notre entretien de tantôt : c’est à Maurice Martin du Gard53. Ils ont d’ailleurs tous les deux presque le même aspect physique. Y aurait-il un rapport chez les individus, entre cette ressemblance physique et le caractère ? De même qu’on voit les individus de la même forme de visage porter la barbe de la même forme, la même forme de chapeau. Comme les hommes à très grandes ressemblances être toujours de petits hommes. Etc., etc.

J’ai commencé par renouveler à Drieu la Rochelle que je parle directement des choses sans tourner autour. Je lui ai dit qu’il ne m’avait pas parlé de la censure allemande, qu’il m’a dit au contraire être entièrement libre, faire la revue comme il l’entendait, sans aucune ingérence de leur part. Il me répond que tous les périodiques doivent passer par la censure. Je lui demande ensuite qui fait les frais de la revue. Il me répond : « Mais c’est Gallimard ! » Je dis : « Ce ne sont pas les Allemands ? — Mais pas du tout. C’est Gallimard. Les Allemands ont bien offert une participation de capitaux. Gallimard a refusé. C’est Gallimard comme autrefois. Il m’a simplement chargé, moi, de faire la revue. » Je lui dis que je lui ai posé cette question, parce que je n’aurais pas accepté d’être payé par les Allemands. Il s’écrie : « Je crois bien. Moi non plus. »

Je lui donne alors ma chronique, qu’il se met à parcourir.

La cousine de Gide54, dont j’ai fait connaissance à la Bibl., m’a fait dire par Marie Dormoy qu’elle serait heureuse de lire mon volume de chroniques dramatiques55. Je le lui ai porté un jour que j’allais voir Marie Dormoy. Je voulais lui donner aussi Amour56, — j’y ai renoncé ensuite, — et j’avais écrit pour elle cet envoi :

Paraît-il que de Corydon57
Plus ou moins vous êtes cousine.
J’ai écrit, comme un Céladon58,
Sur l’amour qui nous assassine
Ces propos dont je vous fais don.
Chacun chante selon son ton.
J’aime Céphise59 et lui Giton,
Bien sot celui qui récrimine :
Sous le même dieu Cupidon
Les deux manières sont voisines.

J’ai mis ces vers à la fin de ma chronique, en les faisant précéder de ces lignes :

« Je parle plus haut d’un petit recueil d’aphorismes sur l’amour que j’ai publié. J’ai eu récemment l’occasion de faire la connaissance d’une parente d’un de nos écrivains célèbres. (Comme écrivains célèbres, ils sont trois : D., G., V60.) Je le lui ai offert avec cet envoi. »

Drieu la Rochelle arrive au dernier feuillet. Il a lu au sommaire : Un envoi. « Un envoi ? qu’est-ce que c’est ? » Je lui dis : « Vous savez, je mets toujours un petit hors-d’œuvre dans mes chroniques. » Il lit. Il rit. Puis : « Qu’est-ce que va dire Gallimard ? » Je me suis cabré tout de suite : « Gallimard ? Il ne faudrait tout de même pas qu’il recommence à m’embêter61. Quand vous avez eu la gentillesse de me demander de reprendre la chronique, je pense qu’il a été au courant ? — Certainement. Il a approuvé tout de suite. — Alors, il n’a rien à dire. » Je raconte alors à Drieu la Rochelle l’histoire de la lettre qu’il a écrite sur moi à propos de ma chronique sur les savants Langevin, Jean Perrin, etc., etc., la façon dont il m’y a traité : vieillard imbécile, obsédé du nichon, un collaborateur pour lequel je n’ai aucune estime62 ; ce que je lui ai écrit pour lui demander sur quoi il basait ce manque d’estime, les regrets qu’il m’a ensuite exprimés, et je lui dis : « Il doit voir où les imbéciles sont maintenant ! »

Drieu la Rochelle me dit alors : « Je n’aime pas beaucoup les attaques en vers. » Je me récrie : « Ce n’est pas une attaque, c’est une drôlerie. Tout est fait pour le dernier vers. »

Il dit : « Ce qui me gêne, c’est que Gide n’est pas là. Je ne voudrais pas me retirer sa collaboration. — Gide n’est pas nommé. — Pas nommé… Corydon ?… — Mais Corydon n’est pas lui. C’est un nom. Comme Céphise, comme Giton. — Tout de même. » J’étais lancé, brillant, plein de railleries, de résistance. Tout l’entretien s’est d’ailleurs passé en riant, lui comme moi.

Je lui dis : « En tout cas, ma chronique est à prendre ou à laisser comme elle est. Gallimard n’a rien à dire. Il sait bien comment je suis. C’est toujours la même histoire. Je me rappelle ce qui m’est arrivé avec Maurice Martin du Gard. M. Vallette lui-même le lui a dit un jour : « Vous allez chercher Léautaud parce qu’il a le nez de travers. Quand il est chez vous, vous lui demandez de le remettre droit. Léautaud ne demande rien à personne. C’est vous qui allez le chercher. Fichez-lui la paix. »

Il me regarde : « M. Vallette a dit cela à Martin du Gard ? — Puisque je vous le dis63… »

Il a alors ce mot drôle : « J’aime beaucoup votre nez de travers. — Oui, oui. Je n’ai pas besoin de compliments. Mais voyons ! Vous êtes directeur de la revue. Marchez-vous ? Ne cédez pas comme cela. Si vous cédez, vous n’aurez plus aucune autorité. En tout cas, je vous le répète : ma chronique est à prendre comme elle est. Moi, après tout, je m’en fiche. Tout de même ! J’ai travaillé quatre ou cinq soirs à me geler… »

Alors, tout à fait genre Martin du Gard, souriant, me regardant avec gentillesse : « Voyons… Tout de même… Il n’y a pas moyen ?… — Mais non, mais non. Si vous ne voulez pas, rendez-la moi. Je ne vous en voudrai nullement. Agissez franchement. » Alors, avec un petit ton résolu : « Eh ! bien, je le mettrai (l’envoi). Je le laisserai64. »

Je lui dis : « Et ne me dites pas oui, maintenant, pour, quand je serai parti, m’envoyer un mot pour me dire que ce n’est pas possible. Il vaut mieux me dire non maintenant. Je vous dis : je ne vous en voudrai pas le moins du monde. — Non, non. C’est entendu. Je la mettrai telle quelle. C’est entendu65. »

Je n’en suis nullement assuré. Je ne le croirai que lorsque je la verrai dans le numéro. Non pas sur les épreuves : dans le numéro. Je m’attends même à trouver lundi au Mercure un mot de lui revenant sur ce : « C’est entendu », et m’avisant que, décidément, ce n’est pas possible. À moins qu’il ne dise rien, que ce petit morceau se trouve sur les épreuves, qu’il le supprime ensuite pour le numéro, et me donne cette suppression comme le fait de la censure allemande, en se disant : « Il n’ira pas voir. » Ce serait encore bien là une finesse à la Maurice Martin du Gard.

Il faut d’ailleurs reconnaître, comme je le disais à la Bibl. à Marie Dormoy en lui racontant cet entretien, que ce petit couplet dans la N.R.F., dans la maison de Gide… On comprend que Gallimard… Mais moi, cela m’amuse tellement, je trouve cela si drôle. Au petit bonheur. Je ne reviendrai pas sur ma fermeté. Je me suis trop lancé pour me dédire en acceptant la suppression. Je regretterai ma chronique pour quelques petites choses que j’y ai mises sur l’amour, qui me plaisent beaucoup.

Il m’a reparlé du morceau du Petit Ouvrage (présenté par moi comme un fragment de mon Journal) que je dois lui donner, en me demandant, sans en avoir l’air, en quoi il est un peu léger. Je lui ai redit : quelques mots à deux ou trois pages à laisser en blanc, avec cette note : Trop vif pour être imprimé.

Conversation sur Gide, plutôt propos de ma part, sur son histoire de voyage en Russie67, le mot de Vallette sur lui, vérifié par le manque de circonspection, de prudence d’esprit, de méfiance, qu’il a montré dans son emballement pour les Soviets, et les petites vérités que je n’ai pu me retenir de lui dire, à son retour, un jour qu’il venait me voir au Mercure.

Drieu la Rochelle me dit qu’il est complètement ruiné, par suite du testament de sa femme68, qui s’était convertie au catholicisme.

Je lui ai parlé des procédés des Allemands à l’égard de Duhamel. Le mot de Duhamel au capitaine Kaiser : « Je suis tout de même un grand écrivain français69. » Il m’a d’abord répondu : « Ce sont les militaires. Je crois d’ailleurs que le capitaine Kaiser va être renvoyé en Allemagne. » Puis, ceci, très juste : « Duhamel avait écrit depuis deux ans des choses très dures contre l’Allemagne. Qu’il fallait détruire les Allemands. Vous n’avez pas lu dans Le Figaro ?… Ce n’est pas parce qu’on est un grand écrivain qu’on peut prétendre échapper aux suites des opinions politiques qu’on manifeste. Ce sont deux choses séparées. Les Allemands n’en ont pas au grand écrivain. Duhamel s’est montré leur ennemi. Il a écrit contre eux en ennemi. C’est à leur ennemi qu’ils en ont. Voilà Paul Valéry, par exemple. Il est, lui aussi, un grand écrivain. Il est probable qu’il a, lui aussi, ses opinions politiques. En tout cas, il ne les a jamais manifestées dans ses écrits. On ne peut rien lui dire… »

Il n’a pas la pénétration en zone libre pour la revue. Ou il a cru l’avoir, pour me l’avoir dit, — ou j’ai mal compris.

Jeudi 5 Décembre

Téléphone ce matin, au Mercure, avant mon arrivée, de Drieu la Rochelle, pour me réclamer ma chronique. Je lui ai téléphoné à mon tour pour lui dire que je la lui mettrais à la poste demain matin. Comme je lui demande des nouvelles de son numéro du 1er décembre qu’on n’a pas encore vu, il me répond : « Nous sommes un peu en retard, par la faute de l’imprimeur. Le texte est à la censure. C’est une affaire de trois ou quatre jours. » Je lui demande : « À la censure allemande ? Vous devez donc lui soumettre vos numéros ? » Il m’a répondu oui.

Il ne m’avait pas dit cela lors de notre entretien. Il m’avait dit au contraire qu’il reprenait la revue en pleine liberté, seul à s’en occuper, sans aucune ingérence des Allemands, cela nettement entendu entre eux et lui. Je ne peux pas lui dire maintenant que je ne collabore pas, mais si j’avais su cela dès le premier jour ! Je verrai comment cela se passera.

Lundi 9 Décembre

Rien aujourd’hui, y compris le courrier du soir, de Drieu la Rochelle.

J’ai noté deux petits ajoutés pour ma chronique, comme si sa publication était certaine.

La N.R.F. est parue70. Reçu ce matin un numéro. Excellent article, et original d’excellente façon, de Drieu la Rochelle71. Des notes de Jacques Chardonne72 sur la présence des Allemands dans son pays de Charente73. Si toute l’occupation était faite de traits de ce genre ! Les histoires de Chardonne paraissent trop belles74.

Je figure à la quatrième page de la couverture au nombre des collaborateurs des prochains numéros75.

Combelle raconte que Gallimard et Paulhan travaillent en dessous à évincer Drieu la Rochelle de la Nouvelle Revue Française. Ce qui donnerait à penser que Drieu a pris sur lui de faire reparaître la revue en s’adressant aux Allemands, que Gallimard s’est trouvé devant le fait accompli et obligé d’accepter momentanément Drieu la Rochelle comme directeur.

Je ne sais pas si tous les juifs s’en iront, mais j’ai bien peur que les curés reviennent. Jamais je n’ai vu autant de séminaristes dans le quartier du Luxembourg que depuis deux mois.

Mardi 10 Décembre

Je ris en pensant à la tête de Gallimard devant les petits vers qui terminent ma chronique : « Non ! il y a toujours quelque chose avec Léautaud ! »

[…]

Tantôt, visite de Maurice Garçon. Il me demande si j’ai vu le numéro de la Nouvelle Revue Française. Il est écœuré de l’article de Chardonne. « Il est méprisable, cet homme. Il a voulu se mettre dans les bonnes grâces des Allemands comme éditeur. »

Aussi dans la N.R.F. un curieux article de Paul Morand sur le Don Juan de Molière76, auquel il compare le démagogue de nos jours, mentant à tout le monde et dupant tout le monde comme le premier mentait aux femmes et les dupait, tous les deux pour arriver à une catastrophe équivalente, le démagogue ayant son Commandeur en le maréchal Pétain. Au fond, tout le numéro a une grande portée antidémagogique.

Il est aussi d’esprit plus français, moins maniéré, moins précieux, de style et d’idées plus directs, moins chapelle, que sous la direction Paulhan.

1941

Lundi 6 janvier 1941

Téléphoné ce matin à Drieu la Rochelle pour savoir si pas de tuile, la revue pas encore parue. Non. Retard. Le jour de l’an. Les censeurs en congé. Il m’a dit qu’il a mis à ma chronique une petite note pour dégager, de mes petits vers de la fin, la direction de la revue. J’ai dit que c’est fort bien. Je lui ai dit ensuite que je voudrais bien écrire deux ou trois pages de chronique dramatique sur L’École des femmes de Louis Jouvet77. Son avis ? Il a un peu tourné autour avant de me répondre, disant que je me suis montré tout de même un peu difficile avec ma première chronique, que certes je n’ai pas à douter de son respect, de sa considération, de son admiration, mais qu’il a cru aussi sentir dans ce que j’ai écrit que je ne suis pas très chaud… Je l’ai arrêté, en lui disant que je n’ai pas besoin de ces propos : considération, etc., etc., que je m’assieds dessus, que la façon dont je lui ai parlé pour ma présente chronique était toute de bonne humeur et en riant de bon cœur (ce qu’il a reconnu). Il s’est mis alors à me dire qu’il a chargé ce jeune homme dont il m’a parlé de certains spectacles de jeunes, dont il pense que je… Je l’ai arrêté : « Mais pas du tout. Je me propose par exemple de compléter ma chronique sur L’École des femmes avec un autre spectacle. Les spectacles de jeunes ? Il y a le Tartuffe avec Jean Marchat78 ! J’en ai rendu compte l’année dernière ou en 1939. C’est déjà très gênant pour moi de n’avoir pas la liberté, d’être obligé de vous demander si je puis vous donner une chronique. Je n’ai pas été habitué à cela. » Il a encore tourné autour, pour s’excuser, dire qu’il comprenait très bien. Il est revenu sur les petits vers : « Vous comprenez, Gide n’est plus jeune. — Mais moi non plus, je ne suis plus jeune, lui ai-je répondu. Cela ne se reproduira pas. Alors, qu’est-ce que je fais pour L’École des femmes ? Est-ce oui ? Est-ce non ? Ne vous gênez pas : si c’est non, dites-le ! » Il s’est récrié : « C’est oui, mais oui. Faites-la. C’est entendu. » Je lui ai dit : « Regardez. J’aurais été libre, j’aurais pu vous la donner pour le numéro du 1er février. » Et comme il me dit qu’il viendra me voir ces jours-ci au Mercure : « Je vous dirai quelque chose, quand vous viendrez, à propos des petits vers. — Bien, bien, vous me direz cela. » Ce quelque chose, c’est qu’il a manqué de finesse, qu’il pouvait supprimer les dits petits vers, mettre cette suppression au compte de la censure allemande et que je n’aurais rien eu à dire.

La France au travail, journal répugnant : attaques antisémites d’un ton policier, dénonciations de tous genres, on peut même penser : peut-être chantages. Je le lis par plaisir de dégoût.

En fait la chronique sur L’École des femmes ne paraîtra pas dans La NRF ni aucune chronique mais dans le second tome du Théâtre de Maurice Boissard le 19 novembre 1943.

Vendredi 10 janvier

Ce dernier numéro de la N.R.F. est loin de valoir le premier. La « littérature » y fait sa réapparition de la façon la plus fâcheuse.

[…]

D’après Combelle, Gallimard et Paulhan travaillent toujours à évincer Drieu la Rochelle de la direction de la N.R.F.

Drieu la Rochelle était bien renseigné quand il m’a annoncé le fait : le capitaine Kaiser, l’exécuteur de Duhamel, a été renvoyé en Allemagne, et un général avec lui79.

Jeudi 16 janvier 1941

J’ai envoyé ce matin ce petit mot à Drieu la Rochelle :

        Cher Monsieur,

J’ai reçu la revue. J’ai vu ma chronique. Eh ! mais, la réplique n’est pas mal non plus, et même avec une méchanceté que n’ont pas mes petits vers. Mes compliments à l’auteur.

Je vais vous envoyer mes trois ou quatre pages sur L’École des femmes, dont nous avons parlé au téléphone.

        Cordialement à vous.

[…]

La vérité sur la réapparition de la Nouvelle Revue Française semble bien être ce qui suit : Gallimard tenait à faire reparaître sa revue, qui est un grand véhicule pour ses affaires d’éditeur. Il ne pouvait songer à la faire reparaître sous la direction de Paulhan, trop marqué par l’ancienne collaboration. Il lui fallait un écrivain qui eût tout l’agrément des Allemands. Par ses relations d’amitié avec l’ambassadeur Abetz, par les tendances de ses livres, par son éloignement de la revue telle qu’elle était auparavant, Drieu la Rochelle était cet homme. Il lui a donc confié la direction.

Il paraît bien exact aussi qu’une petite guerre sourde, hypocrite, est menée par lui et Paulhan contre Drieu la Rochelle.

Celui-ci, très courtois, en même temps que très fin, n’a pas voulu paraître rompre complètement avec l’ancien personnel de la revue. Il soumet donc à un petit comité formé de Paulhan, Gallimard et deux ou trois autres les articles qu’il se propose de publier, comme les auteurs qu’il se propose d’accueillir. Les autres élèvent des objections, font les difficiles, parlent de la possibilité de rappeler tel ancien collaborateur. Aragon, par exemple. Drieu la Rochelle ne se regimbe pas, laisse dire, continue à agir à sa guise, dans l’idée que tout cela se tassera et que petit à petit sa liste de collaborateurs, à lui, ne laissera plus de place pour ceux de Gallimard et de Paulhan.

Il y a confiance réciproque entre la censure allemande et Drieu la Rochelle. La censure allemande ne lit pas les textes de la N.R.F. Il les lui porte pour la forme. Le visa est donné aussitôt, sans examen. Je trouve cela très bien. Confiance des deux côtés. S’il pouvait en être de même dans d’autres domaines !

Lundi 10 Février

Reçu ce matin la N.R.F. février. Mon nom est toujours supprimé, à la 4e page de la couverture, dans la liste des collaborateurs : « Dans les prochains numéros. » Je voulais voir Paulhan pour me faire renseigner par lui, s’il en sait quelque chose, sur les dispositions de Drieu la Rochelle à mon égard. Il ne vient que de 5 à 7 heures, et pas tous les jours.

J’ai touché le prix de ma chronique numéro 1er janvier, cinq cents francs.

Vendredi 14 Février

Je suis allé voir Paulhan après déjeuner dans son nouveau domicile, 5, rue des Arènes (dans l’immeuble de sa mère). Je pensais pouvoir être renseigné par lui sur les dispositions de Drieu la Rochelle à mon égard. Il n’en sait rien. Il le voit très rarement. Il sait seulement que Drieu la Rochelle a sué sang et eau pour accoucher des petits vers par lesquels il a répondu aux miens. Il avait montré un premier essai à Valéry qui les trouva fort mauvais. Il a ensuite trouvé ceux qui ont été publiés avec l’aide de… je n’ai pas retenu le nom.

Paulhan m’a offert de parler à Drieu la Rochelle et de me faire connaître le résultat. Je l’ai prié de n’en rien faire, absolument.

Nouvelles données par Paulhan : quatre professeurs et un conservateur de musée (je n’ai pas retenu lequel) viennent d’être emprisonnés par les Allemands pour avoir eu en leur possession et fait circuler des tracts anglais. Un de ces professeurs a été dénoncé à eux par un de ses élèves pour avoir parlé du général de Gaulle. Si ces mœurs s’implantent en France comme on dit qu’elles existent chez eux, ce sera du joli.

Les Allemands sont aussi toujours à la recherche du Professeur Rivet. Ce doit être le même qui était conseiller municipal du Ve arrondissement80.

Lundi 17 Février

Tantôt, visite de Combelle. À lui aussi, j’ai expliqué mon état d’esprit quant à ma collaboration à la N.R.F., en lui donnant toutes mes raisons : disparition de mon nom dans la liste des collaborateurs à la 4e page de la couverture de la revue, silence de Drieu la Rochelle ne me réclamant pas la chronique entendue entre nous sur L’École des femmes, ma propension de caractère à toujours voir les choses me concernant sous un jour défavorable, ce que j’ai dit à Paulhan aussi, et demandé s’il sait quelque chose des dispositions de Drieu la Rochelle à mon égard. Il n’a pu me dire que ceci : tout récemment, le numéro contenant mes fameux petits vers et la réplique qu’il y a faite (j’ai fait préciser ce point par Combelle), il lui a dit qu’il est enchanté de m’avoir, que je rétablirai l’équilibre avec certaines opinions que peut émettre le jeune Purnal dans ses chroniques, par exemple ses dénigrements de Molière, qui touchent à l’indécence, qu’il ne veut pas se mettre à le morigéner, à lui faire des observations, mais que, moi ayant aussi ma chronique, par exemple sur ce même sujet de Molière, si j’en parle, j’en parlerai comme il convient.

Je vais donc me décider à écrire ma chronique sur L’École des femmes et à la lui envoyer.

Lundi 3 Mars

Reçu ce matin la N.R.F. mars. Presque tout ce numéro illisible. Les gens à phrases me sont de plus en plus odieux.

Mercredi 12 Mars

À 5 heures, visite de Combelle. J’apprends de lui : Gide ne reviendra probablement pas à Paris. Mme Van Rysselberghe81 et sa fille se sont fixées dans le Midi. Il ne peut vivre seul à Paris, pour son entretien, ses repas, aussi sa santé. Ou s’il revient à Paris, ce sera pour tout liquider de ses affaires.

Drieu la Rochelle a parlé à Combelle de mon Journal, qu’il le publierait bien, en tout cas des morceaux, dans la N.R.F. J’ai mis Combelle au courant de ce que j’ai dit à Drieu la Rochelle sur ce sujet, eu égard au Mercure, du morceau détaché qu’il avait été convenu avec lui que je lui donnerais et sur lequel il m’a encore questionné à notre seconde entrevue, et de l’état d’esprit dans lequel je suis toujours au sujet de ma collaboration.

[…]

Je lui demande : « Et la N.R.F. ? Rien de nouveau ? — Non. Des masses de lettres. Des anciens abonnés. Ils sont furieux de l’article de Drieu la Rochelle82. »

Extrait de l’article de DLR « Sous le dôme » dans La NRF de mars 1941, page 493

Lundi 26 Mai

Tantôt, Duhamel chez Bernard. Je lui demande s’il est vrai que Paulhan a été arrêté. On le lui a dit, mais il ne sait rien de plus83. Nous sommes d’accord qu’il doit cela à ses opinions communistes. Duhamel exprime en outre cette opinion que toute la Nouvelle Revue Française exprimait des tendances communistes. Il parle de ce qu’on a dit, et même imprimé, que Gide a déclaré cesser de collaborer à la N.R.F. actuelle, la trouvant trop pro-allemande. Il ajoute, déclarant cela absolument exact, que Gide, interviewé à ce sujet, a répondu : « J’ai dit que je ne collaborerais plus à la Nouvelle Revue Française. Je recommencerais peut-être à y collaborer si je ne craignais d’y rencontrer des soldats allemands que je pourrais, en effet, trouver sympathiques. »

Je n’ai pu me retenir de dire : « Quelle hypocrisie ! Tout Gide est bien là. »

Il nous dit que Gide a publié dans Le Figaro (qui paraît à Lyon) un article très dur pour Chardonne, à propos de son récit sur des faits d’occupation en Charente, paru dans le premier numéro de la N.R.F. nouvelle direction. (Numéro 1er décembre 1940.)

Partie remise

Le lendemain 27 mai 1941, Paul Léautaud note dans son Journal cette nouvelle assez peu ordinaire :

Ce matin, visite de Sanvoisin84, de passage à Paris pour quelques jours. Il m’apporte cette nouvelle extraordinaire : on a annoncé ma mort en zone libre.

Ceux qui ne connaissent pas cette affaire peuvent lire la page https://leautaud.com/fausse-mort-pl/

L’affaire sera reprise dans plusieurs journaux et Paul Léautaud écrit à ce propos un court récit, Partie remise.

Jeudi 29 Mai

Il m’est venu soudain, ce matin, en allant prendre le train pour me rendre au Mercure, l’idée d’écrire quelques pages pour la Nouvelle Revue Française sur cette étonnante histoire de ma fausse mort. Arrivé au Mercure, je téléphone à Drieu la Rochelle. En me disant bonjour et me demandant de mes nouvelles, il me dit : « Eh ! bien, on vous a assassiné ? » Je lui dis que c’est justement à ce sujet que je lui téléphone et lui demande s’il vient tantôt à la revue et si je pourrais l’y voir. Il me répond qu’il part dans un moment pour la zone libre et ne sera de retour que dans trois ou quatre jours. Je lui dis qu’on m’a apporté de la zone libre trois longs articles nécrologiques. Il s’écrie : « À ce point-là ! » J’ajoute : « Et trois articles complets, détaillés ! » Je lui demande alors s’il me prendrait quelques pages sur cette histoire. Tout de suite : « Mais certainement, certainement. » Je lui dis que j’irai les lui déposer à la revue sitôt terminées. C’est entendu.

J’ai déjà commencé ce matin et tantôt dans mon bureau. Phénomène curieux : étonnant comme mon esprit se réveille, comme les choses me viennent dès qu’il s’agit d’écrire quelque chose qui sera imprimé aussitôt et paraîtra. Le « plaisir » me reprend par tout l’être.

Paul Léautaud ira déposer cet article à La NRF le quatre juin.

Partie remise 
J’étais, ce mardi matin 27 mai, dans mon bureau du Mercure, à mon habitude. On vient m’annoncer Gaétan Sanvoisin. Il m’avait prévenu de sa visite, à son prochain passage à Paris. Il m’a plu dès le premier jour et je crois que je ne lui ai pas déplu. Il avait, ce matin, plus qu’à l’ordinaire, sur le visage, cet air malicieux que j’aime tant chez les gens . À peine assis dans le fauteuil des visiteurs « Je vous apporte une nouvelle. Vous savez qu’on a annoncé votre mort en zone libre. » Je le regardai. Ma mort, en zone libre ! Alors que j’étais là, si bien vivant, d’un physique encore si alerte, d’un moral si excellent, comme toujours à me moquer de tout et de moi-même, comme toujours pestant contre tout et ne trouvant rien de bien ! J’éclatai d’un rire ! Je trouvais la chose extrêmement drôle et m’en sentais l’esprit réveillé en diable. Sanvoisin continuant « Je vous apporte même quelques articles nécrologiques que j’ai découpés et mis de côté pour vous les remettre en venant vous voir. » Jusqu’à des articles nécrologiques ! Décidément, c’était complet. J’étais bien mort. Sanvoisin tirait en effet de sa poche et me tendait trois longs articles où, dès le titre, je suis déclaré défunt, sans conteste, un article d’André Billy dans le Figaro littéraire, un article signé J. R. dans la Montagne, de Clermont-Ferrand, un article signé Le Reporter, dans le Journal, — me disant qu’il avait d’abord hésité à m’apprendre la nouvelle et à me remettre ces « papiers » ne sachant trop l’effet qu’ils produiraient sur moi.

Mercredi 4 Juin

Été après le déjeuner à la N.R.F. déposer mon article à Drieu la Rochelle.

Jeudi 19 Juin

J’avais rendez-vous à 4 heures et demie à la Nouvelle Revue Française avec Drieu la Rochelle. Il a été charmant. Il a commencé par me dire qu’il a été bien mal récompensé de ses scrupules à l’égard de Gide, à propos des fameux petits vers de ma chronique du numéro de janvier, avec le lâchage de la Nouvelle Revue Française par Gide et la lettre qu’il lui a écrite à ce sujet. Il me raconte que Gide, après avoir écrit cette lettre, l’a gardée huit jours dans sa poche et ne s’est décidé à la lui envoyer que sur les instances d’un nommé Bussy85, très lié avec lui. Je donne à Drieu la Rochelle le texte exact de la phrase dite par Gide à ce sujet : « C’est vrai. Je renonce à collaborer à la Nouvelle Revue Française. Mais peut-être recommencerais-je à y collaborer si je ne craignais pas d’y rencontrer des Allemands qui seraient en effet des gens sympathiques », ce qui est bien tout le caractère de Gide, hésitant, compliqué, faible, au fond. Drieu la Rochelle me dit : « C’est cela. Il a peur en effet de rencontrer des Allemands sympathiques. »

Parlé de Gide. Je raconte le mot de Vallette : Gide n’est pas un homme intelligent. Mon déjeuner chez Benjamin Crémieux86, tous les convives ses grands admirateurs et obligés pourtant de reconnaître que je disais vrai en disant que l’épisode des Caves du Vatican87 : le voyageur jetant par la portière du train en marche le voyageur lui faisant vis-à-vis, uniquement pour voir quelle sensation il en éprouverait88. Si on pouvait le soumettre à l’appréciation d’une des grandes figures de la littérature française, un Molière, un Racine, un Voltaire, un Diderot, l’un ou l’autre aurait dit : « Qu’est-ce que c’est que cette ânerie ?» Comme je dis à Drieu que cela vient en droite ligne de Dostoïevski, écrivain de cabanon à fuir, il a ce mot : « Tiens ! c’est vrai. Cela vient de Dostoïevski. » J’ajoute que tout ce qu’il y a d’inférieur dans la littérature de Gide, comme dans celle de Duhamel : les histoires feuilletonesques de Salavin89, leur vient de Dostoïevski. Drieu la Rochelle me dit qu’il n’a aucun goût pour la littérature de Duhamel. Je lui raconte le mot de Duhamel, à moi, un matin, au sujet de ce jeune homme, un soir de séance de musique chez lui, la veille au soir, d’ailleurs, si bas moralement, et que des amis lui demandent de réconforter : « Vous comprenez, Léautaud, que vouliez-vous que je lui dise ? J’ai dit : qu’il lise mes livres ! » Drieu n’en revenait pas. Je lui ai parlé aussi de la fameuse niaiserie, dans La Possession du monde90 : « Quand vous êtes au bout de toute espérance, regardez une rivière qui coule. Vous serez aussitôt réconforté », et de ce que je lui ai dit à ce sujet : « Mon cher, quand on est dans l’état que vous décrivez et qu’on a une rivière devant soi, l’idée qui, vous vient, c’est de vous ficher dedans. » Comme je l’ai dit à Drieu la Rochelle : « C’est le pendant d’une autre niaiserie du Trésor des humbles91, sur le paysan assis sur un banc à la porte de sa chaumière et dont la tête contient plus de science que celles de tous les philosophes du monde. »

Seulement, voilà, ces phrases font de l’effet sur les niais qui y voient des choses profondes.

Il revient à Gide et rappelle qu’à la mort de Barrès, Gide avait bien vu qu’il allait devenir le maître unique, le guide de la jeunesse, avoir une armée de disciples, être le prince, en un mot. Je lui raconte que cela a été un peu la même histoire au Mercure, où la présence de Gourmont défrisait Gide, comme l’empêchant de compter seul dans la maison et que cette blessure d’orgueil et de vanité a été pour beaucoup dans son abandon du Mercure. Drieu la Rochelle et moi nous sommes trouvés d’accord pour nous moquer de ces gens qui veulent absolument être pris pour un maître, comme des autres qui ont besoin d’avoir un maître, et que d’un côté comme de l’autre, ce n’est pas très relevé.

Drieu m’a alors parlé de l’effarante affaire de ma fausse mort, et de mon article, qu’il trouve très amusant. Il trouve que cette histoire rentre bien dans la ligne du personnage que je suis, avec ma verve d’écrivain, ma façon de me moquer de tout. Je lui dis : « Le côté… un peu… théâtre ? — Oui… » Je lui dis encore : « On va peut-être trouver bien drôle que je reproduise moi-même tous ces éloges ?… — Pourquoi ?… mais non !… C’est très bien… Vous verrez : je vous ai mis le premier dans les Chroniques. » Je lui dis encore, pour ces éloges : « Si je les pensais de moi, je ne les reproduirais pas. »

Parlé du Journal, dont il m’a reparlé l’autre jour au téléphone. Il me reparle du morceau dont nous avons déjà parlé, celui que je devais donner à Paulhan. Il s’est très bien rappelé ce que je lui en ai dit : quelques passages à laisser en blanc. Il m’apprend à ce sujet que la N.R.F. est maintenant soumise à la censure française par le fait de sa pénétration en zone libre. Je lui dis l’appréciation qu’on m’a exprimée de plusieurs parts : que si on a certaines choses à publier, il vaut mieux les publier maintenant, sous l’occupation allemande, plutôt qu’attendre le gouvernement que la France aura à leur départ, gouvernement genre : Ordre moral, et qui sera peut-être en effet : Ordre moral. Drieu la Rochelle pense que ce n’est pas sûr qu’il en soit ainsi et qu’il se peut même très bien qu’il y ait un tout autre gouvernement.

Je lui ai dit que je pense lui donner pour commencer une suite d’anecdotes sur des gens. C’est entendu. Nous commencerons ainsi. Une dizaine de pages.

Je lui ai rappelé la chronique que je devais donner sur L’École des femmes, qui m’aurait tant plu à écrire et publier. Il s’est écrié : « Mais c’est vrai. Je vous avais dit oui. »

Je l’ai mis alors au courant de l’état d’esprit dans lequel je me suis trouvé, avec ma fâcheuse disposition à pencher toujours, pour ce qui me concerne, du côté défavorable, à la suite de la disparition de mon nom de la liste des collaborateurs à la dernière page de la couverture, de tout ce que j’ai dit à Combelle à ce sujet. Il me répond que Combelle ne lui a [pas] parlé de moi, que je me suis complètement trompé, qu’il a dit au contraire à Combelle qu’il était enchanté de m’avoir. « Je suis prêt à publier tout ce que vous me donnerez. Vous pouvez continuer à écrire vos chroniques comme vous avez toujours fait, en vous évadant, en parlant de ce qui vous intéresse. Absolument comme vous voulez. »

Je l’ai encore remercié de sa gentillesse quant aux pièces à fournir aux autorités allemandes : me les faire taper à la machine par une employée de la N.R.F. et, en cas d’insuffisance de mes réponses à toutes les questions posées dans ces documents, se porter garant de moi par un mot joint.

J’ai alors raconté en deux mots à Drieu la Rochelle ma situation, moralement, au Mercure, avec Bernard : toute mon ancienneté comme écrivain et comme employé équivalant à zéro. Je ne le cache à personne. Drieu m’a demandé : « Mais enfin, qu’est-ce que c’est que cet individu ? »


Notes

Sur les titres. Les titres de journaux et revues s’écrivent en italiques, ainsi que plusieurs autres choses. Mais dans des phrases comme « Je suis allé au Mercure » il ne s’agit pas d’un titre de revue mais d’un lieu, qui restera ainsi en romain. Cette particularité est aussi parfois une indication : si l’on écrit que tel livre est paru au Mercure, c’est que l’on parle de son édition en volume et pas dans la revue. « Mercure » est donc laissé en romain. Si on écrit qu’il est paru au Mercure, c’est que l’on fait allusion à sa parution en revue.

Ensuite, les Le, La, Les. Le Mercure se nomme Mercure, et pas « Le Mercure ». Le « le » précédent ne fait pas partie du titre. Donc minuscule à « le ». La NRF (revue ou maison d’édition) se nomme « La NRF » et donc le « La » marque son « L » en capitale, (enfin devrait le marquer mais le marque rarement…) parce que de nombreux auteurs (dont Paul Léautaud) ignorent cette subtilité.

1       Eugène Montfort (1877-1936), créateur du mouvement littéraire « Naturiste », fondateur de la revue Les Marges, éditeur historique, le 15 novembre 1908, du premier « premier numéro » (il y en aura un second) de La Nouvelle revue française. Un portrait d’Eugène Montfort sera dressé par Paul Léautaud qui s’est rendu chez lui, rue Chaptal, le 28 septembre 1908. Un autre portrait en sera dressé par André Billy dans La Terrasse du Luxembourg, pages 297-298. Pour les circonstances particulières de la mort d’Eugène Montfort, voir le Journal littéraire au 13 décembre 1936.

2       Jacques Rivière (1886-1925, à 39 ans), licencié en lettres, enseigne au collège privé Stanislas et se convertit au catholicisme. Proche d’Alain-Fournier, il épouse en août 1909 sa sœur Isabelle (1889-1971). En 1911, Jacques Rivière devient secrétaire de rédaction de La Nouvelle revue française puis en devient le directeur adjoint auprès de Jacques Copeau l’année suivante. Après-guerre, Jacques Rivière, alors directeur en titre, engage Jean Paulhan comme secrétaire et meurt de la typhoïde en février 1925.

3       Jean Paulhan (1884-1968), professeur, écrivain, critique et éditeur. Entré à la NRF comme secrétaire de Jacques Rivière en 1920 il est devenu le directeur à la mort de Jacques Rivière en 1925. Pendant la seconde Guerre mondiale, Jean Paulhan, entré dans la clandestinité, a collaboré à Résistance, participé à la création des Lettres françaises en 1941, et à la fondation des Éditions de Minuit, avec Vercors, en 1942. Jean Paulhan sera élu à l’Académie française le 24 janvier 1963 au fauteuil de Pierre Benoit, où il sera reçu par Maurice Garçon. Selon Jean Galtier-Boissière, Mon Journal dans la grande pagaïe (La Jeune Parque 1950, page 82), Paulhan se prononce Paulian.

4       Jacques Dyssord (Jacques Moreau de Bellaing, 1880-1952), licencié en droit, poète et écrivain, ami d’André Billy qui écrira dans Le Pont des Saint-Pères, page 29 : « Sur Jacques Dyssord, c’est un livre que je pourrais écrire ». Dans sa critique des Poètes d’Aujourd’hui parue dans L’Œuvre du 11 mars 1930, regrettant son absence dans ce choix, André Billy écrira : « Il fallait y mettre le douloureux, le capricieux, le désenchanté Jacques Dyssord. »

5       Peut-être Gournay-sur-Marne, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Paris.

6       L’éditeur Louis Theuveny a travaillé à La Renaissance du livre de 1916 à 1926.

7       Ferenczi est un éditeur spécialisé dans la littérature populaire de qualité. Colette y a évidemment publié comme Willy, Rachilde ou Georges Simenon. À la mort de Joseph Ferenczi en 1934 la maison a été reprise par ses enfants Henri et Alexandre, qui devront se réfugier en zone libre au début de la guerre. En janvier 1941 l’administrateur provisoire donne la gérance à un auteur maison, Jean de La Hire, qui démissionne en décembre. La maison devient alors les Éditions du livre moderne à la solde des Allemands. Après la guerre Henri Ferenczi, seul survivant des deux frères, reprendra la maison.

8       Louis Dumur (1860-1933), romancier, poète et dramaturge suisse. Après avoir fondé la revue La Pléiade (deuxième du nom) avec Édouard Dubus, Gabriel-Albert Aurier et Louis-Pilate de Brinn’Gaubast, il est avec Alfred Valette l’un des fondateurs du nouveau Mercure de France, dont il est rédacteur en chef en 1889 et secrétaire général en 1895. On lira son portrait dans le Journal littéraire aux 13 et 15 novembre 1922 et au 4 août 1931. Voir aussi chez André Billy, Le Pont des Saint-Pères (Arthème Fayard 1947), pages 40-42.

9       Louis Dumur a publié une vingtaine de romans. En parlant des « deux premiers », Jacques Dyssord pense à ce que l’on pourrait nommer sa trilogie (anti-)allemande, préalablement composée de Nach Paris ! et du Boucher de Verdun (Albin Michel 1919 et 1921). Avec Les Défaitistes (Albin Michel 1923), ces trois romans forment une suite dans laquelle certains personnages se retrouvent d’un roman à l’autre. Une grande partie de l’action du deuxième roman continue celle du premier. Dans L’Œuvre du 7 janvier 1920 (page trois), André Billy a écrit sur Nach Paris ! des lignes nuancées mais globalement peu favorables. Voir, plus récemment, Maurice Rieuneau, Guerre et révolution dans le roman français de 1919 à 1939, le chapitre : « Un romancier nationaliste : Louis Dumur ». Klincksieck, 1974.

10     Journaliste et militant communiste, Georges Pioch (1873-1953), publie des recueils de poèmes au Mercure de France et participe à la revue Vers et prose de Paul Fort. Rédacteur en chef de Gil Blas en 1910, des Hommes du jour en 1914, il milite pour la libération d’Alfred Dreyfus. Le 13 novembre 1918, à l’occasion du déjeuner suite aux obsèques d’Apollinaire, PL en dressera un portrait saisissant. Voir aussi au quinze mai 1916.

11     Georges Pioch est cité très défavorablement dans quatorze pages des Défaitistes.

12     Jacques Dyssord n’est pas un auteur Mercure à proprement parler (dix textes de 1916 à 1937) et ne reçoit donc pas la revue.

13     Parler de « romancier de la maison » à propos de Drieu est très excessif puisqu’il n’a fait paraître encore aucun roman, ni à la NRF ni ailleurs (ce qui, à moins de vingt ans est assez normal). En décembre 1922 Drieu a tout de même publié dans la revue des « Poèmes » en juillet 1919, « Le Dernier capitaliste » (un acte) en octobre, « Nouvelle patrie » et une « Note » sur Paul Adam en avril 1920, une nouvelle « Le Retour du soldat » en août, une « Note » sur Anicet (Louis Aragon) en juillet 1921.

14     La rue d’Ulm, près du Panthéon, où se trouve l’École normale supérieure et le 37 quai d’Orsay, entre le pont de la Concorde et le pont Alexandre III, où se trouve le ministère des Affaires étrangères.

15     Jean Giraudoux (1882-1944), normalien, romancier, auteur dramatique et diplomate.

16     Paul Morand est entré au ministère des Affaires étrangères en 1912. Il a exercé à Londres puis, après 1918, à Rome et à Madrid… Son mariage en 1927 le rendra riche.

17     Comme de nombreux journaux et revues, comme le Mercure, La NRF avait cessée de paraître après le numéro de juin 1940.

18     Jean Paulhan habite Châtenay-Malabry depuis 1932. En 1935 il s’est inscrit sur la liste SFIO dirigée par le socialiste Jean Longuet (petit-fils de Karl Max) pour les élections municipales qui se sont tenues les cinq et douze mai 1935 et a été élu— en même temps qu’Henri Le Savoureux — au Conseil municipal. Cette avenue Jean-Jaurès, guère plus large que la rue Guérard, conduit au parc de Sceaux, à 200 mètres de la maison de Jean Paulhan.

19     Le 14 février 1941 (page 359), nous apprendrons que cet immeuble, 5, rue des Arènes, appartient à la mère de Jean Paulhan (née Jeanne Henriette Therrond, 1863-1944), qui y avait installé une pension de famille. Il s’agit d’une très jolie petite maison XIXe, sur trois niveaux, dans le creux du coude formé par la rue des Arènes et, en face, une entrée sur les arènes. Deux familles peuvent y vivre très confortablement. De nos jours, une plaque signale le lieu.

20     Jean Paulhan a été professeur avant la première guerre mondiale.

21     Benjamin Crémieux (1888-1944), docteur ès lettres, critique littéraire, collaborateur de La NRF et traducteur de l’italien, a fait connaître Luigi Pirandello en France. Il est l’oncle de Jean-Louis Crémieux-Brilhac. Benjamin Crémieux a écrit, dans Les Annales du premier mars 1929 un article élogieux de Passe-Temps.

22     Benjamin Crémieux s’est réfugié à Carcassonne, avec Julien Benda.

23     Julien Benda (1867-1956), critique et philosophe a publié La Trahison des Clercs Grasset en 1927, son ouvrage le plus connu. Julien Benda a été dans les années 1930 une des figures intellectuelles les plus respectées de la gauche antifasciste. Julien Benda sera pressenti à quatre reprises entre 1952 et 1955 pour recevoir le prix Nobel de littérature. Paul Léautaud et Julien Benda se fréquenteront régulièrement tout au long de leurs vies.

24     Chronologie de Louis Aragon par Olivier Barbarant pour les Œuvres poétiques parues dans La Pléiade en 2007 : « Elsa, […] avait fui Paris le 10 juin pour Bordeaux […]. Le mois de juillet se passe entre Carcassonne où ils rendent visite à Joë Bousquet, et Cahors, où est réfugiée la mère d’Aragon. […]. En août, Aragon et Elsa sont hébergés dans les dépendances de Castelnovel, le château de Renaud de Jouvenel […], qui déclare employer Aragon comme ouvrier agricole. Cette résidence sert de refuge et de lieu de passage à nombre d’intellectuels antimunichois. […] En septembre, le couple s’installe à Carcassonne où s’est replié Gaston Gallimard. Ils y retrouvent Joë Bousquet et sont bientôt rejoints par Julien Benda, Paulhan et Pierre Seghers […].

25     Vraisemblablement Le Bien aimé, comédie en six actes, adaptation au théâtre de son film de décembre 1938 Remontons les Champs-Élysées. Ce Bien aimé sera créé au théâtre de la Madeleine le trente octobre 1940 avec Sacha Guitry (Louis XVI), Elvire Popesco (Marie-Antoinette), Huguette Duflos (La Pompadour).

26     Le premier numéro de Paris-soir, 11 et 14 boulevard Montmartre, est paru daté du 4 octobre 1923, déclarant bruyamment son indépendance de gauche dans un éditorial signé Eugène Merle. Le dernier numéro paraîtra le 17 octobre 1944 avant d’être interdit.

27     Il s’agit de la troisième élection de Franklin Delano Roosevelt (1882-1945), qui aura été élu quatre fois Président des États-Unis : huit novembre 1932, trois novembre 1936, cinq novembre 1940 et sept novembre 1944 avant de mourir le douze avril 1945.

28     Auriant (Alexandre Hadjivassiliou, 1895-1990), a partagé le bureau de PL au Mercure de 1920 à 1940 et s’est trouvé de ce fait son principal confident, et réciproquement. Voir le Dictionnaire des orientalistes de langue française sur le site web de l’EHESS. Lire également les mémoires de Francis Lacassin : Sur les chemins qui marchent, éditions du Rocher 2006 : « Séduit par sa passion érudite et par ses qualités polyglottes, Vallette l’engagea dans la maison d’édition qui accompagnait la revue. C’est ainsi que chaque jour pendant vingt ans, dans le même bureau, il travaillait avec Paul Léautaud en vis-à-vis. Plus misanthrope et plus grincheux que moi, tu meurs… Rapports courtois et distants. Après la Seconde Guerre mondiale, Léautaud réserva à son ancien vis-à-vis quelques piques désobligeantes dans son Journal. Procès à l’appui, Auriant l’obligea à remplacer son nom par des initiales. Ensuite, il se vengea tout seul, sans l’aide de la justice, en lançant le pamphlet cinglant apprécié des connaisseurs, Une vipère lubrique : M. Paul Léautaud. »

29     Lucien Combelle (1913-1995), écrivain et journaliste, a été secrétaire d’André Gide en 1936, est demeuré proche de Paul Léautaud. Membre de l’Action française, Lucien Combelle s’engagera activement dans la collaboration. À la Libération il sera condamné à quinze ans de travaux forcés puis amnistié en 1951 comme une grande partie des collaborateurs. Il déclarera ne rien renier de ce qu’il a fait. L’essentiel de ses livres d’après-guerre sera consacré à cette époque : Prisons de l’espérance (1952), Péché d’orgueil (mémoires, 1978), Liberté à huis-clos (1983).

30     Le responsable allemand de l’édition parisienne — donc française — est un jeune militaire de 31 ans, Gerhard Heller (1909-1982). Dans son livre de souvenirs Un Allemand à Paris (le Seuil 1981, 222 pages), rédigé sur le tard, l’année précédant sa mort nous pouvons lire page 43, cette déclaration d’amour de Gerhard Heller à Drieu la Rochelle : « Quant à moi [GH], malgré tout ce qui nous sépare, j’ai immédiatement sympathisé avec lui [DLR]. Et, lorsqu’à la fin de notre entretien en cette fin novembre 1940 je le raccompagne à la porte, j’ose lui dire : “Monsieur Drieu, je vous connais, je vous ai entendu en 1935, lors d’une conférence à laquelle j’ai assisté au cours d’un séjour à Paris. J’aimerais vous revoir. Accepteriez-vous que nous nous rencontrions ailleurs qu’ici ? / — Bien sûr, je voulais moi-même vous le demander. / — Ce soir, dans mon appartement, avenue de Breteuil, si vous voulez. / (C’est textuellement ce qu’il m’a dit.) / — Mais, je suis en bottes et en uniforme et je n’aurai pas la possibilité de me changer. / — Cela n’a aucune importance.” / Ses positions étaient connues de tous ; il ne craignait pas de s’afficher avec les Allemands. / C’est ma première visite chez un Français. » Suit la description de la soirée. Ce Sonderführer de la Propagandastaffel se présente, en 1981, comme le meilleur ami des lettres françaises.

Couverture du livre de Gerhard Heller où il figure en compagnie de Drieu en 1941 (photo : archives Roger-Viollet)

31     Saint-Exupéry sera absent de ce premier numéro, qui n’indique aucune responsabilité. Seule la dernière page (128), avant la publicité (huit pages réunies en fin) indique « Le directeur-gérant : Drieu la Rochelle ». À ce numéro ont participé des auteurs ni encore très à droite ni très à gauche mais tous proches de la nouvelle pensée, parfois de fraîche date : Drieu la Rochelle, Jacques Chardonne, Charles Péguy, Jacques Audiberti, Armand Robin, Marcel Aymé, Marcel Jouhandeau, Jean Giono, Alfred Fabre-Luce, Paul Morand. Le texte de Jacques Chardonne, « L’Été à La Maurie » choquera de nombreux lecteurs, dont André Gide. Voir Didier Dantal « un cas de fantômialisation du politique : les réécritures de “l’été à La Maurie” par Jacques Chardonne », Revue d’Histoire littéraire de la France juillet-septembre 2015), pages 623-648, en ligne, https ://www.jstor.org/stable/24722147.

32     Dans Un Allemand à Paris op. cit. nous pouvons lire, page 42 : « la NRF va reparaître sous sa [DLR] direction, le comité de direction étant ainsi composé : Éluard, Céline, Gide et lui-même [DLR], Giono, s’il accepte… » Giono acceptera et André Gide donnera des « Feuillets » extraits de son Journal de 1939 et 1940. Dans ces dix pages, André Gide, qui relit les auteurs allemands à titre documentaire trouve le moyen de citer Goethe et Hölderlin en allemand et sans traduction.

33     Le numéro suivant, de janvier 1941, ne contiendra aucun texte d’André Gide mais, en quatrième de couverture, une annonce de « Feuillets d’André Gide » pour le numéro de février. Ce sera la dernière parution d’André Gide dans La NRF avant sa mort en février 1951.

Quatrième de couverture de La NRF de décembre 1940

34     Dans ce numéro d’octobre la chronique dramatique sera tenue par Roland Purnal (1898-1970), que nous avons lu et lirons encore dans Comœdia et que nous retrouverons préfacier du Théâtre complet de Victor Hugo dans la Pléiade, édition de 1963 et 1964.

35     Otto Abetz (1903-1958), ambassadeur d’Allemagne à Paris pendant la Seconde Guerre mondiale. Drieu la Rochelle a rencontré Otto Abetz lors d’un séjour en Allemagne en 1934 et est devenu son ami. Voir aussi le Journal de Maurice Garçon au onze décembre 1940.

36     Yves Gandon (1899-1975), journaliste, poète et romancier, secrétaire d’Adolphe van Bever. À la mort d’AVB en janvier 1927, Yves Gandon a été conduit à rédiger certaines notices des Poètes d’aujourd’hui à sa place.

37     Paul Léautaud, qui a eu des problèmes de dents toute sa vie, s’est fait faire un appareil dentaire dont il est mécontent.

38     Jean Grenier (1898-1971), agrégé de philosophie en 1922, fut le professeur d’Albert Camus au lycée d’Alger, qui lui a dédié son premier livre, L’Envers et l’Endroit, Charlot, Alger, 1937. Les deux hommes sont restés proches.

39     Il s’agit du Ciel et l’enfer, tragi-comédie de Prosper Mérimée écrite en 1825 sous le pseudonyme de Clara Gazul. Prosper Mérimée avait alors 22 ans. Cette pièce sera chroniquée par PL dans La NRF de janvier 1941 en même temps que La Femme silencieuse, de Ben Johnson (1572-1637) dans une adaptation Marcel Achard et Le Pêcheur d’ombres, en quatre actes, de Jean Sarment. Ce sera la dernière chronique dramatique publiée en revue, la suivante, de février 1941 — entièrement rédigée — n’ayant pas été publiée.

40     Jacques Bernard, directeur du Mercure de France en remplacement de Georges Duhamel, et ardent collaborateur, qui sera emprisonné à la Libération.

41     Jean Giono (1895-1971) a été emprisonné pendant deux mois à Marseille au début de 1940 pour « pacifisme ». Il lui sera ensuite reproché d’avoir écrit pendant trois ans dans des journaux collaborationnistes et d’être souvent intervenu à Radio-Paris. En 1940, Jean Giono était déjà très connu pour avoir publié chez Grasset Colline (1929), Un de Baumugnes (1929), Regain (1930), Que ma joie demeure (1935).

42     Marcel Jouhandeau (1888-1979), écrivain catholique et homosexuel (et donc tourmenté) et enseignant de 1913 à 1949. Paul Léautaud et Marcel Jouhandeau se sont souvent rencontrés à partir de novembre 1943 à l’occasion des déjeuners chez Florence Gould.

43     Alain (Émile-Auguste Chartier, 1868-1951), normalien, agrégé de philosophie en 1892, puis professeur de khâgne au lycée Henri-IV en 1909 où il aura comme élèves Simone Weil et Raymond Aron.

44     Jean Grenier est un collaborateur régulier de La NRF dans laquelle il a écrit 180 textes depuis mars 1927. Il écrira un seul article dans le numéro de février 1940, « Réflexions sur la pensée indienne » puis plus rien jusqu’au numéro spécial sur André Gide de novembre 1951 ;

45     Dans la chronique dramatique parue dans La NRF de mars 1939 à l’occasion d’une des diatribes contre les savants qui revenaient parfois sous la plume de Paul Léautaud. L’origine de ces détestations est que certains chercheurs (pas nécessairement ceux-ci) pratiquaient la vivisection sur les animaux.

46     Ce Petit ouvrage inachevé ne paraîtra pas dans La NRF. Il sera publié par Marie Dormoy en avril 1964 aux éditions du Bélier, douze ans après la mort de Paul Léautaud.

Le titre intérieur, agrémenté de la marque de Marie Dormoy

47     Charles-Henry Hirsch n’a écrit qu’un texte à La NRF, une page en décembre 1929 à propos du douanier Rousseau. La nouvelle de Charles-Henry Hirsch à laquelle Paul Léautaud fait allusion n’est pas parue dans La NRF comme on pourrait le croire mais dans le quotidien Le Matin du 24 mars 1939. Voir la page « Monsieur Batule et ses amis ».

48     Jacques Copeau est administrateur de la Comédie-Française à titre provisoire depuis le 26 août en remplacement d’Édouard Bourdet, (empêché à cause d’une jambe cassée) et démissionnera le sept janvier, peu apprécié par l’autorité allemande. Cette allocution de Jacques Copeau n’eut pas lieu avant une représentation du Misanthrope mais du Cid, dont la première a eu lieu le 11 novembre, ce qui a fort déplu aux occupants. Jacques Copeau a craint qu’à cette occasion les étudiants, qui ont toujours des places réservées le lundi, manifestent pendant la représentation. Il a donc, en lever de rideau, prononcé les phrases suivantes à leur intention : « On m’a directement manifesté de l’inquiétude à votre sujet. Je n’ai voulu ni vous exclure de ce lundi, ni vous priver de cette première du Cid où débute un jeune homme que vous admirez [Jean-Louis Barrault, né en 1910, dont c’était la première représentation sur ce théâtre]. Je vous ai fait confiance, j’ai fait confiance à votre esprit de discipline et je me suis porté fort pour vous. J’ai donné personnellement ma parole qu’aucun incident ne se produirait ce soir à la Comédie-Française. Vous allez me donner galamment la vôtre que vous respecterez cet engagement pris en votre nom. Cet engagement consiste à ne vous autoriser d’aucun passage de la tragédie de Corneille pour émettre une parole, un cri, un chant, pour faire un mouvement qui puisse être considéré comme tendancieux. Il consiste également à ne faire retentir à l’intérieur du théâtre ni durant la représentation, ni pendant les entractes un écho quel qu’il soit de vos protestations universitaires. Pas d’insigne, pas de brassard. Que vos cœurs recueillis et vos esprits libres en communion profonde avec un texte immortel. » Voir Marc Sorlot, Jacques Copeau — À la recherche du théâtre perdu, Imago 2011, 325 pages. Le Journal de Jacques Copeau est muet en 1941 après le treize septembre.

49     Aucun de ces deux faits ne sera évoqué dans cette chronique.

50     Ce numéro de janvier aura en fait 148 pages, et tous les suivant 128 pages jusqu’au dernier numéro de juin 1943 (sauf mai et juin 1942 qui ne compteront que 64 pages).

51     La reprise de la suite de Maurice Boissard pour les chroniques dramatiques par DLR n’est pas évidente si l’on regarde la liste de ses textes dans La NRF de cette époque (printemps 1926). Maurice Boissard, avec une régularité à laquelle il ne nous avait pas habitués dans le Mercure a publié comme un métronome ou presque sa chronique dans chaque numéro de La NRF (où il était bien mieux payé) entre octobre 1921 et avril 1923. L’affaire s’est arrêtée, on le sait, lorsqu’il a voulu critiquer défavorablement la pièce de Jules Romains Monsieur Le Trouhadec saisi par la débauche. On lui a demandé de se soumettre, il s’est démis et c’est pour ça que nous l’admirons. Il a été dans les deux jours récupéré par Les Nouvelles littéraires. Mais en regardant la liste des publications de DLR dans les numéros suivants de La NRF nous ne trouvons que des critiques de livres ou des textes personnels. Il faut attendre le numéro de novembre 1923, soit sept mois, pour voir DLR publier une « Chronique des spectacles »… sur quatre numéros (novembre, décembre, janvier et février (à propos de L’Accroche-cœur, de Sacha Guitry)).

52     Peut-être Roland Purnal, qui a pourtant 42 ans.

53     Maurice Martin du Gard (1896-1970), écrivain et journaliste, petit-cousin de Roger Martin du Gard (le grand-père de Roger était le frère du grand-père de Maurice) et fondateur des Nouvelles littéraires, dont le premier numéro est paru le 21 octobre dernier, 6, rue de Milan. Direction : Jacques Guenne et MMG, rédacteur en chef : Gilbert Charles.

54     La cousine d’André Gide, Alice Liquier, bibliothécaire de l’université, qui a été un temps détachée à la bibliothèque Doucet, où travaille Marie Dormoy, maîtresse et surtout éditrice de Paul Léautaud.

55     Le Théâtre de Maurice Boissard paru en novembre 1926.

56     Paul Léautaud, Amour, aphorismes, éditions Spirale, vingt décembre 1934, tirage confidentiel à 175 exemplaires par Marie Dormoy. Cette édition sera reprise au Mercure en février 1939.

57     André Gide, Corydon, essai dialogué sur l’homosexualité, est paru une première fois en 1911, tiré à douze exemplaires. Il y eut une « seconde » impression en 1920 et enfin une édition publique chez Gallimard en 1924 (224 pages).

58     Ce mot est ici uniquement pour la rime. Paul Léautaud n’évoque pas ici la céramique chinoise mais le berger décrit par Honoré d’Urfé (1567-1625) dans son long roman, cardinal en ce siècle et en partie posthume, L’Atrée.

59     On voit mal d’où provient ce nom, qui est celui de plusieurs fleuves et, de nos jours, un quartier d’Athènes dont Paul Léautaud a peut-être recueilli le nom de la bouche d’Auriant ou de Jean Saltas. Céphise serait de nos jours un prénom féminin.

60     On aura reconnu, dans l’univers léautaldien, Georges Duhamel, Paul Valéry et André Gide.

61     Allusion à l’affaire de Monsieur le Trouhadec saisi par la débauche.

62     Gaston Gallimard, dans une lettre de mars 1939 non retrouvée.

63     On ne doute pas de la sincérité de PL mais le 28 mars 1926 ce dialogue fait bien apparaître une phrase de Paul Léautaud à Alfred Vallette et non le contraire. L’image est d’ailleurs de PL : le 31 octobre 1923 il écrit à Édouard Champion : « Les Nouvelles littéraires m’ont assez vu, en effet. […] Les gens sont décidément bien drôles. Ils viennent chercher un monsieur parce qu’il a les oreilles de travers. Il n’y a pas deux mois qu’ils l’ont qu’ils l’entreprennent : “Vous ne pourriez pas les remettre droites ?” »

64     DLR laissera l’envoi mais y ajoutera un quatrain très malicieux.

65     DLR tiendra sa promesse.

67     Après son voyage en Afrique où l’humaniste a été horrifié par les pratiques coloniales françaises, André Gide a cru à l’utopie communiste qui devait sauver sinon l’humanité du moins les peuples. Il s’est donc rendu en URSS en juin 1936 en compagnie de son ami Pierre Herbart. Ils seront rejoints par Eugène Dabit (qui mourra le 21 août dans un hôpital de Sébastopol) et Louis Guilloux. À son retour le 25 août, André Gide s’avoue déçu. Retour d’URSS est paru le treize novembre 1936. Il sera suivi de Retouches à mon « Retour d’URSS ».

68     Drieu la Rochelle a épousé en 1917 Colette Jéramec (1896-1970), dont il a divorcé en 1921. En 1927 il a épousé Olesia Sienkiewicz (1904-2002), mais une séparation est intervenue dès 1929 avant le divorce de 1933. Tout cela dans une ambiance d’innombrables conquêtes féminines et d’homosexualité refoulée. Paul Léautaud évoque vraisemblablement la dernière épouse bien que toutes deux aient été juives, ce qui reste un mystère pour un antisémite comme DLR.

69     Voir le Journal littéraire au 25 novembre 1940, à l’occasion du retrait de la vente et la vraisemblable mise au pilon du roman de Georges Duhamel Lieu d’asile.

70     Journal d’André Gide au 7 janvier1941 : « Je reste fort tourmenté au sujet de la publication de quelques pages de ce journal sous titre de “Feuillets” dans le numéro de reprise de La N.R.F. certains amis, et des meilleurs, se trouvent consternés du crédit que ma collaboration donne, disent-ils, à cette intempestive publication. » Voir la note de Martine Sagaert dans le second volume du Journal d’André Gide de l’édition Pléiade de 1997 au bas de la page 1 407.

71     En ouverture de la revue, un « Avant-propos » de six pages à l’aspect essentiellement géographique que l’on pourrait résumer par « La France, terres de contrastes ».

72     Jacques Chardonne (Jacques Boutelleau, 1884-1968), et l’avocat Maurice Delamain (1883-1974), ont de profondes origines charentaises qui les uniront. La famille Delamain distille du Cognac, les Boutelleau fabriquent de la porcelaine. Dans son adolescence, celui qui a écrit un premier roman sous le nom de Jacques Chardonne est proche des idées de son grand aîné tarnais Jean Jaurès. À 25 ans il entre somme secrétaire chez l’excellent Pierre-Victor Stock, héritier d’une longue lignée d’éditeurs. La vie est encore belle dans la boutique flambant (si l’on ose le mot) neuve face à la Comédie-Française. Mais suite à la première guerre mondiale et aux mauvaises affaires la vénérable maison fait faillite. Maurice Delamain et Jacques Chardonne rachètent le fonds. Pendant ce temps, les idées de Jacques Chardonne ont évolué…

73     Le très discutable « Été à La Maurie ».

L’ÉTÉ À LA MAURIE
— Eh ! bien ! monsieur, vous pouvez vous rendre compte que les Allemands ne tuent et ne pillent personne, dit le colonel en excellent français.
— Je n’ai qu’à me louer de la tenue de vos soldats, et je crois que tous les habitants sont dans le même cas. D’ailleurs, les soldats n’ont pas l’air de se plaindre de l’accueil qui leur a été fait.
— Les soldats sont contents.
— Les Charentais offrent volontiers ce qu’ils ont.
— Oui, je me suis aperçu de cela.
— Monsieur le Colonel, je ne veux pas manquer aux habitudes. Permettez-moi de vous offrir un verre de cognac.
— J’apprécie beaucoup le cognac.
— Si vous voulez bien entrer, je vous ferai goûter un cognac 1820 authentique. Il a été distillé par mon arrière-grand-père qui est né en 1780. Mon arrière-grand-père était un soldat de l’empereur ; il a fait une partie des guerres de Napoléon.
— Il était peut-être à Iéna. Je suis chez vous. Nous sommes quittes… Vous avez sans doute des vôtres à la guerre.
— Mon fils est dans l’infanterie, mon gendre aviateur.
— Avez-vous de leurs nouvelles ?
— Aucune, depuis deux mois.
— Ah ! la guerre est une horrible chose, monsieur.
Briand traversa la pièce pour prendre la bouteille de cognac, et le colonel remarqua sa démarche traînante, la main qu’il appuyait contre ses reins.
— Qu’est-ce qui ne va pas ? Rhumatisme ?
— Non.
— Sciatique ?
— Non.
— Alors, qu’est-ce que c’est ?
— Verdun.

74     Gerhard Heller, Un Allemand à Paris, op.cit. page 46 : « Peu de jours après la réouverture de la maison Gallimard, paraissait le premier numéro […]. Après un avant-propos de Drieu, où il ne se compromettait pas trop, venait un article de Jacques Chardonne : « L’été à la Maurie », qui suscita de nombreuses réactions. Il y décrit l’arrivée des Allemands et l’attitude des gens du pays, en particulier de ce paysan qui offre du cognac à l’occupant et, plus encore, de celui qui écrit une lettre après coup, regrettant de ne pas avoir été là pour les accueillir. Beaucoup ressentirent ce texte comme une sorte d’agenouillement devant le vainqueur et Paulhan prononça le mot sévère d’“abject” ».

75     En compagnie de Marcel Arland, Abel Bonnard, Jacques Boulanger, Alphonse de Chateaubriand, Léon-Paul Fargue, André Gide, Jules Laforgue, Paul Léautaud, Henri Mondor, Henry de Montherlant, Saint-Exupéry, Saint-Pol-Roux, Paul Valéry. Et des chroniques et notes de Georges Auric, André Detœuf, Ramon Fernandez, André Fraigneau, Bertrand de Jouvenel, Henri Maspéro, Dauphin Meunier, Georges Pélorson, Roland Purnal, André Thérive, Henri Thomas, Roland Tual, etc.

76     Paul Morand, « Le Festin de pierre » ; page 73.

77     Paul Léautaud est allé voir cette pièce avec Marie Dormoy à l’Athénée le quinze décembre 1940 grâce à des places fournies par Raymone, amie proche d’Ambroise Vollard. Il s’agit en fait de nouvelles représentations de la création de mai 1936.

78     Chronique du 1er février 1939. Jean Marchat (1902-1966), est entré à la Comédie-Française en 1927, en est parti en 1932 pour y revenir en 1953 et être sociétaire en 1954. En 1932, Jean Marchat s’est associé avec Marcel Herrand (le Lacenaire des Enfants du paradis) pour être ensemble co-directeurs du théâtre des Mathurins, où ils ont fondé la compagnie du Rideau de Paris. Jean Marchat sera aussi metteur en scène de théâtre, de la Libération à sa mort, évidemment au théâtre des Mathurins et aussi à la Comédie-Française.

79     Ce renvoi en Allemagne était une punition. Loin de la vie parisienne l’aspect militaire revenait en force et souvent l’envoi sur un autre front.

80     En effet. Paul Rivet (1876-1858), médecin et ethnologue à l’origine de la création et directeur du musée de l’Homme au palais de Chaillot. On sait que le « Réseau du musée de l’Homme » a eu une grande activité de Résistance dès octobre 1940. Les Allemands peuvent le rechercher tant qu’ils veulent, Paul Rivet a quitté Paris ce mois de février et s’installera en Colombie le 23 mai sur l’invitation du président Eduardo Santos. Charles de Gaulle le désignera comme représentant du CFLN puis comme attaché culturel pour toute l’Amérique latine, en résidence à Mexico, de juillet 1943 à septembre 1944. Paul Rivet sera, en 1945, élu député SFIO de la Seine jusqu’en 1951.

81     Maria van Rysselberghe (1866-1959), dite la Petite dame, écrivain belge rencontrée chez Francis Vielé-Griffin en juin 1899. Elle est l’épouse du peintre Théo van Rysselberghe (1862-1926), et confidente d’André Gide depuis le début du siècle. L’histoire raconte que c’est chez Maria van Rysselberghe, en 1909, qu’est née l’idée de La Nouvelle revue française, sauf que La NRF est née à l’automne 1908. Sa fille Élisabeth est la mère de Catherine Gide.

82     « Sous le Dôme » (celui des Invalides), paru dans La NRF de mars, pages 492-496. Il faut vraiment avoir du temps à perdre parce que c’est la guerre pour s’attarder sur ces cinq pages mais en effet : « Ce grand silence, cette grande mort me rappelaient encore un autre silence. En juillet 1918, j’étais arrivé pour quelques heures à Paris, accompagnant un général étranger. […] Puis, je repartis pour une victoire surprenante, arrachée sur le sol de France par des millions d’étrangers à d’autres millions d’étrangers. »

83     Journal littéraire au trois juin 1941 : « Marie Dormoy me dit que Paulhan a été arrêté sur une dénonciation anonyme de propager des tracts anglais. Interrogé sept heures de suite, sans le moindre répit. Relâché après quatre jours, rien ne pouvant être relevé contre lui. »

84     Gaétan Sanvoisin (1894-1975), journaliste au Gaulois et à Comœdia puis chef des informations au Figaro en 1929, terminera sa carrière à la Revue des deux mondes au début des années 1970.

85     Le nommé Bussy est en fait la romancière britannique Dorothy Strachey (1865-1960), qui a épousé en 1903 le peintre français Simon Bussy (1870-1954). Dorothy a fait ses études en France avant de suivre la directrice de son école qui ouvrait un établissement à Londres. Cet épisode de sa vie donnera le roman Olivia, paru sous le pseudonyme Olivia à Londres en 1949 et en France chez Stock la même année. La traduction sera de l’auteur et de Roger Martin du Gard (188 pages). Dorothy Bussy a rencontré André Gide en 1918 et a été sa traductrice permanente. Les années 1937-1951 de la Correspondance entre André Gide et Dorothy Bussy ont été publiées chez Gallimard en mai 1982 (680 pages).

86     Il s’agit du fameux déjeuner chez Benjamin Crémieux du neuf mai 1940 en compagnie de (parmi les invités cités) au moins Julien Cain et Madame, Martin Maurice (et Madame) et Paul Valéry et « des fonctionnaires des Affaires étrangères » mais il s’agit peut-être du couple Maurice. « Fameux » parce Paul Léautaud y fera souvent référence.

87     Les Caves du Vatican, sorte de roman burlesque, sotie, est paru en quatre livraisons de La NRF de janvier à avril 1914 avant de paraître en deux volumes la même année (282 et 293 pages). Contrairement à une idée répandue le texte était signé, chaque mois. Le volume est effectivement paru sans nom d’auteur sur la couverture, libellée « Les Caves du Vatican, Sotie, Par l’auteur de Paludes » On trouvait aussi dans les premières pages le portrait d’André Gide par Paul-Albert Laurens.

88     Dans l’édition papier du Journal littéraire, à cet endroit, une virgule, la phrase continuant.

89     Georges Duhamel, Vie et aventures de Salavin, cinq tomes publiés au Mercure de 1920 à 1932.Une réédition est parue en un seul volume de 832 pages chez Omnibus en 2008.

90     Georges Duhamel, La Possession du monde, Mercure 1919, 270 pages.

91     Maurice Maeterlinck, Le Trésor des humbles, treize essais mystiques, Mercure 1896, 309 pages)