Rachilde

Rachilde n’a pas eu besoin d’Alfred Vallette pour être connue. Elle avait publié en 1884 chez le sulfureux éditeur belge Auguste Blancart son Monsieur Vénus, le roman qui l’a fait connaître, bien avant qu’Alfred écrive son roman Le Vierge, paru chez Tresse et Stock au tout début de 1891([1]).

Au moment de leur rencontre, Rachilde est donc — et sera sa vie durant, très largement — l’auteur du couple ; elle publiera plus de soixante romans. Alfred Vallette n’en a écrit que deux, parus la même année 1891, le second étant À l’écart, en collaboration avec Raoul Minhar[2], chez Perrin[3].

Marguerite Eymery, dite Rachilde, est née en Dordogne en 1860. C’est la fille d’un officier. L’argent ne manque pas mais ce père alcoolique est violent. La mère, dépressive, finira à l’asile.

Cette situation, évidemment, favorise l’autonomie. Rachilde envoie un de ses jeunes textes, à Victor Hugo ; Le Premier amour, cinq ou six pages, avec ce billet : « Maître, j’ai dix-sept ans et vous aimez les enfants. Je vous ai lu et j’ai essayé ma voix. Écoutez un de mes accents ; heureuse et fière je serai, si vous me dites, comme ma mère : “continue” ». Victor Hugo lui répondra de quatre mots : « Remerciements et applaudissements. Courage, Mademoiselle. »

Il faut lire le livre de Rachilde Quand j’étais jeune, paru au Mercure en 1947 (170 pages), assez difficile à trouver sur le marché de l’occasion, et donc un peu cher.

Monsieur Vénus est son troisième roman, ça dépend comme on compte, mais avant cela, Rachilde a publié plus d’une centaine de contes dans des journaux de province ou dans L’École des femmes, une revue de mode dirigée par une cousine.

Monsieur Vénus, donc, est paru en 1884 chez Blancart à Bruxelles, peut-être parce que la tradition éditoriale y est plus souple qu’en France, depuis un ou deux siècles. Pourtant Rachilde est condamnée, en Belgique, à 2 000 francs d’amende, ce qui est énorme à l’époque, et à deux ans de prison mais comme elle vit en France…

Rachilde par Delius

C’est à la toute fin de 1884 ou aux premiers jours de 1885 que Rachilde et Maurice Barrès[4] se sont rencontrés chez René Brissy[5], leur éditeur commun de l’époque. Elle a 24 ans, il en a 22, ils vont au bal…

Le bal, à cette fin de siècle, rive gauche, c’est Bullier, 31, rue d’Enfer[6]. Comme il y avait plusieurs rue d’Enfer à paris (ou d’En fer, à cause des portes[7]), on renomma cette rue en Denfert-Rochereau, du nom d’un glorieux militaire[8], peut-être moins alcoolique que le père de Rachilde.

L’endroit est curieux. Le percement du Boulevard Saint-Michel qui rejoint l’avenue de l’observatoire a laissé une sorte d’espace incongru, un long triangle. On y fera passer la ligne de Sceaux et installera la station Port-Royal. Et en 1967, cette petite rue, assez étroite et sans charme, a été renommée en avenue Georges Bernanos, peut-être à cause de la désolation du lieu. Du coup nous nous retrouvons avec un 31 avenue Georges Bernanos qui correspond au CROUS[9] de Paris. Quand on parle de désolation…

Donc ils ont vingt ans et vont au bal. Le jeune Maurice Barrès a un charme fou et accumule les conquêtes[10]. Bien sûr il doit avoir un accent lorrain très prononcé comme les accents de l’époque[11] mais toutes ces jeunes filles ne viennent-elles pas de leur province, comme Bécassine, grâce à l’épanouissement du chemin de fer ? D’ailleurs Rachilde vient de Périgueux. Ces robustes filles de la campagne doivent être séduites par cet air d’intellectuel souffreteux que Maurice Barrès aura sa vie durant[12].

Maurice Barrès habite chez sa grand-mère au numéro 82 du boulevard Saint-Michel, dans ce bel immeuble à l’angle de la rue Michelet que personne n’emprunte. Bullier, c’est dix minutes à pieds en flânant. Rachilde habite au numéro 5 de la rue des écoles, qui fait suite à la rue Jussieu. Vingt minutes pour se rendre au 82 boulevard Saint-Michel. En même temps il y a la grand-mère…

En 1885 Maurice Barrès ira plus loin encore, jusqu’au 12, quai Bourbon, dans l’île Saint-Louis, ou Gabrielle Eymery, la mère de Rachilde tient un salon littéraire. Au 45 de ce même quai Bourbon habitera Louise-Faure Favier. Y viendront Marie Laurencin et Guillaume Apollinaire, Paul Léautaud et quelques autres[13].

Au bal Bullier, autour de Rachilde qui danse peu mais se montre beaucoup, se retrouve toute une bande, Jean Lorrain[14], Oscar Méténier[15], Alexandre Tanchard[16], Albert Samain[17], Alfred Vallette.

C’est Albert Samain qui a présenté Rachilde à Alfred Vallette, vraisemblablement à la fin du mois de mars 1885. Il faut lire la première lettre connue d’Alfred Vallette à Rachilde, datée du 27 mars ; elle est pour le moins un peu raide[18]. Dans sa préface, à la correspondance d’Alfred Vallette à Rachilde[19], Édith Silve écrit : « Alfred tomba sur-le-champ amoureux ». Cette lettre, en tout cas, ne le démontre pas. Rachilde a déjà pas mal vécu avant de rencontrer Alfred Vallette, et ce jeune homme de vingt-sept ans doit bien s’en douter sinon le savoir. Il y a les amants que l’on connaît[20] et ceux que l’on ne connait pas.

Après une rupture au début de 1887, puis une reprise en juillet 1888, le douze juin 1889 ils se marient, civilement. Leur fille Gabrielle naîtra quatre mois et demi plus tard, le 25 octobre. Ce sera leur unique enfant. On a parlé de mariage de raison, sans en dire plus. Ces quatre mois et demi y sont-ils pour quelque chose ?

À la fin de 1889, Jules Renard[21], Alfred Vallette et quelques amis fonderont la revue Mercure de France dont le premier numéro paraîtra en janvier 1890. Les choses ne traînaient pas, à l’époque.. Dans ce premier numéro nous ne trouvons pas la signature de Rachilde, ce qui ne signifie pas qu’elle n’y ait pas écrit. La chronique des livres, par exemple, donne trois textes assez courts, dont seuls deux sont signés des seules initiales de Louis-Pilate de Brinn’Gaubast et de Gabriel-Albert Aurier[22]. La chronique des théâtres est vraisemblablement rédigée par Alfred Vallette mais ne sera signée que dans le numéro suivant.

Ce n’est que dans le numéro quatre (avril) que nous voyons apparaître la signature de Rachilde avec « Les Fumées », deux pages et demie de circonstance, pas extraordinaires et à l’évidence écrites pour ce numéro. Elles sont datées de mars. Il faut bien reconnaître que la littérature de Rachilde, si elle fit sensation à l’époque, vraisemblablement davantage pour le fond que pour la forme, semble bien ordinaire de nos jours.

Jusqu’en janvier 1896, nous comptons seize textes de Rachilde, ce qui est peu pour soixante numéros. Et à partir de juillet, Rachilde devient titulaire de la rubrique des « Romans ». Cette première rubrique de Rachilde compte sept pages pour quatorze romans. Elle durera jusqu’au 15 janvier 1920 avant de changer de titulaire pour John Charpentier qui écrira sa première rubrique des « Romans » dans le numéro du 15 mai 1924, en chroniquant celui de Rachilde : La Haine amoureuse (Flammarion, 285 pages).

Les Mardis de Rachilde

Dans Rachilde Femme de lettres 1900, paru chez Pierre Fanlac en 1985, Claude Dauphiné cite un texte de Léon-Paul Fargue[23] paru dans le Mercure du 1er décembre 1935 : « Ces réunions célestes avaient lieu à la fin de la journée. Au bout d’une heure, le petit salon était devenu une tabagie. L’air y était épais comme une miche. On se voyait à peine. Les grands personnages y semblaient peints sur un fond de brouillard, comme les génies du Titien ou de Rubens, au point que Vallette fut un jour tout à fait obligé d’acheter un appareil à absorber la fumée. Il nous fut alors possible de voir nos grandes personnes, autrement que dans les formes de fantômes : Remy de Gourmont[24] […], Henri de Régnier […], Valéry[25], tout en traits vigoureux et en nerfs, la moustache en pointe, déjà maître d’une conversation qui cloquait d’idées ; Marcel Schwob, plein de lettres et de grimoires […], Pierre Louÿs[26], qui avait un des plus jolis visages de l’époque […], Alfred Jarry[27], […], Paul Fort[28] […], Jean Lorrain, […] aux yeux poilus et liquides […], les mains baguées des carcans, des ganglions et des cabochons de l’époque […], Jean de Tinan[29], Philippe Berthelot[30], Édouard Julia[31] et tant d’autres, ceinturés dès la porte d’un coup de lasso par le grand rire de Rachilde[32] ! »

Tous les mardis, donc, Rachilde recevait. Nous ne savons pas précisément depuis quand et dans son texte « Le Roman de Rachilde[33] », Martine Reid écrit « Depuis 1885, “Mademoiselle Baudelaire[34]” a son jour, le mardi, au 5, rue des Écoles où elle a élu domicile. » Ça semble tôt et un peu juste pour un deux-pièces mais en même temps tout dépend du nombre d’invités et de ce que l’on y fait.

L’une des meilleures sources concernant ce qu’il nommait souvent le « Guignol Rachilde » est Paul Léautaud qui, tout en boudant largement ses mardis, a beaucoup commenté ceux auxquels il a assisté, généralement le premier et le dernier  de chaque saison (automne, printemps).

1903

Paul Léautaud n’a jamais beaucoup aimé Rachilde, l’a parfois détestée et s’en est toujours moqué. Ainsi la première fois qu’il l’évoque vraiment dans son Journal littéraire, le dix février 1903, alors que vient de paraître son premier roman (à lui) Le Petit Ami, qu’elle n’a pas encore lu :

Rachilde me disait tout à l’heure au Mercure : « — Je vais commencer demain. Dites donc, il y a des gens qui m’en ont dit beaucoup de mal, et puis d’autres qui trouvent cela très bien. »

Et elle ajoute, avec un air bête au possible : « Vous voulez donc aller au grand public ? »

À cette première citation, tout est dit.

La première évocation par Paul Léautaud du salon de Rachilde, nous la trouvons dans une lettre à Auguste Gilbert de Voisins[35] datée du cinq avril 1903. Il lui écrit :

« Mais dès la première fois que je vous ai vu, au Mercure, dans le salon de Rachilde, il y a déjà quelques années… »

Le cinq avril, Paul Léautaud se rend chez Marcel Schwob. Nous lisons :

« Moréno[36] toujours charmante. Chose curieuse : je me sens plus à l’aise avec elle qu’avec Rachilde. »

À l’été 1903, Rachilde publie un recueil de nouvelles : L’Imitation de la mort (Mercure, 276 pages). PL lui écrit une lettre aimable le deux septembre mais dans la marge de son brouillon :

« Les livres de Rachilde : ça ressemble toujours aux romans d’Anne Radcliff[37]. Il y a dedans un fond de vieille femme. »

Ce n’est que le neuf janvier 1906 que PL évoque le salon de Rachilde dans son Journal :

Recommencement des mardis de Rachilde. J’y suis allé. Les gens les plus divers : Jules Bois[38], critique littéraire au Gil Blas, depuis quinze jours et qui a commencé sa revue de la littérature contemporaine par… M. Doumer[39]. Le nommé Fernand Kolney[40], beau-frère de Tailhade[41], et d’une allure extra-marlou et boucher, et des femmes à n’en plus finir, lesquelles sauf Rachilde, Mme Monceau[42] et Mme Morisse[43], sont des dindes à n’en pas finir. Ce Péladan[44] aussi !

À la fin de cette même année 1906, le 11 novembre :

Gourmont me sert aussi par petites phrases ceci : que Rachilde ne m’aime guère, que je ne lui suis guère sympathique. Je m’étonne. À son premier mardi [de rentrée], mardi dernier, elle a encore été charmante avec moi. Jusqu’à me demander, en me la montrant, comment je trouvais sa fille[45] et ce que j’en pensais. Là-dessus Gourmont continue en me disant que Rachilde aurait comme une petite crainte que je ne la mette un jour dans un livre. Comme je réponds à Gourmont, je la connais si peu !

Et le surlendemain 13 :

Été au Mercure[46]. Je raconte à Morisse ce que m’a dit Gourmont de Rachilde. Voici comment cela s’est passé. Un soir, chez Vallette, devant Gourmont, Rachilde a parlé d’Amours[47], en disant qu’elle trouvait cela très bien, très amusant, mais qu’avec ma manie de parler ainsi des gens dans ma littérature, je finirais bien un jour par parler d’eux-mêmes, Rachilde, Vallette, Gourmont, etc., etc.

10 décembre 1906

Rien de plus bête, sous le rapport femmes, que le salon de Rachilde (excepté elle, pas bête du tout, au contraire) le mardi. Contempler Mme Kolney[48], par exemple, la physionomie si admirablement tourte, la personne si « cuisinière, femme de service », avec son éternel rhume de cerveau et ses gros yeux de… bœuf. Mme Danville[49], prétentieuse, l’idée qu’elle est spirituelle, mordante, lettrée, que dis-je ? intellectuelle. Ah ! ma chère. Et quelques autres, de temps en temps, dont je ne sais les noms. La plus sympathique, la seule sympathique même est encore cette excellente et sensée Mme Huot[50], malgré son costume un peu trop « Reine Isabeau ». Elle a sur le chapitre des animaux des idées aussi bêtes et bonnes que les miennes. Le côté homme, dans le même salon, ne vaut guère mieux : Jarry, sans cesse épateur, diseur de monstruosités ou de bizarreries, Fernand Kolney l’apache de La Villette, le garçon d’abattoir devenu homme de lettres, « Cochon de Kolney », Ernest Gaubert[51], sans cesse lyrique et méridional, Danville assommant de médiocrité, Herold[52] qui ne serait pas bête sans ses chroniques dramatiques et ses vers. J’oubliais, dans les femmes, Mme Herold[53]. À retenir aussi Mlle Gabrielle Vallette, gentille, toute rose, l’air ingénu et malin à la fois, prenant sa part aux conversations, s’il vous plaît, et devant laquelle on dit les pires choses. Rachilde lui demandant : « N’est-ce pas qu’il n’y a pas de jeunes filles ingénues ? » Et Mlle Gabrielle, la tête baissée, faisant signe que sûrement non. Ce monsieur aussi, dont j’ignore le nom. Discussion sur le P. G[54]., à qui on doit le donner, etc… Je me mets à dire, sur le chapitre du jeune écrivain plus ou moins connu : « Un individu qui a publié cinq ou six romans et qui n’est pas connu, n’est-ce pas ? ce n’est pas la peine. C’est qu’il, n’a rien pour être jamais connu. » Et ledit monsieur de se récrier aussitôt en disant : « Ah ! non, non, je m’oppose. Comme c’est justement mon cas… » On souriait plutôt, me regardant pour ma « gaffe » comme on devait penser, mais j’ai récidivé : « Que voulez-vous ? C’est mon avis. »

Mardi 17 Novembre 1908

Deuxième séance du Guignol Rachilde[55]. Remarqué : Beaubourg[56], rouge, bonasse et militaire, l’air d’un vieux gardien de square endimanché en civil. Eugène Morel[57], hirsute, sans cesse occupé à retenir son pantalon, tout à fait l’aspect de ces diables à ressort qui jaillissent d’une boîte, quand on lève le couvercle. Mme Pierre Quillard[58], étonnamment ressemblante à Albert Lambert père[59], en moins bien. Jules Bois[60], rougeaud, courtaud, balourd et mastoc, d’une mimique extrêmement vulgaire en parlant, tout ensemble Marseillais, l’air d’un courtier en huiles ou d’un placier en vins. Edmond Pilon[61], empaqueté dans une redingote noire trop grande pour lui, sa tête rouge et fadasse mal posée sur les épaules. Toute l’allure d’un porteur d’eau qui vient demander ses étrennes[62]. Guillaume Apollinaire[63], la physionomie en cul de poule. Je les dépeignais à van Bever, dans un coin, riant tous les deux. Apollinaire à deux pas de nous. Derrière lui, le dessinateur Rouveyre, nous regardant d’un air méfiant[64]. Van Bever dit à Apollinaire : « Hein ? Vous pensez que c’est de vous qu’on rit. Vous vous dites : Ils se payent ma tête ? » Apollinaire s’en défendant, je lui dis : « Vous savez, on ne fait pas seulement les caricatures des gens avec des traits. On les fait aussi avec des paroles… » Cela a paru dérider un peu Rouveyre, le nouveau grand homme de Gourmont.

Une charmante figure simple : Mlle Read[65].

Bertaut[66] était là. Il m’a demandé quand je paraissais. Je croyais d’abord qu’il s’agissait des Poètes d’aujourd’hui. C’était de mon livre… « Je vous demande cela, parce que vous auriez des chances pour le Prix Goncourt, m’a dit Bertaut. Ils n’ont rien… » L’air connu. Je l’ai dit à Bertaut. Ils n’ont jamais rien et il y a toujours un lauréat. Bertaut a d’ailleurs ajouté tout de suite qu’il a vu Descaves[67] et qu’il est très emballé sur le livre de Viollis[68].

Reçu ce soir le premier numéro de la revue de Montfort : La Nouvelle Revue Française[69]. Pas très brillante. Un peu l’ancienne Antée[70]. Je ne figure plus parmi les collaborateurs. Tant mieux. Il y a tout de même un article pas mal de Michel Arnauld sur Anatole France et une bonne critique de romans par Viollis[71].

Mardi 8 Décembre 1908

J’ai bavardé très agréablement ce soir avec Mme Régismanset[72] dans le salon de Rachilde. Elle était assise à un bout opposé. En me voyant, elle s’est levée pour venir s’asseoir à côté de moi. Je lui ai demandé son avis sur le singulier chapeau de Mme Danville, qu’elle a trouvé grotesque comme moi. Mme C… était là. Elle me dit qu’elle est jolie. Je me suis mis à lui demander si elle connaît les histoires B…-C…[73] Elle n’en connaît rien et a été très étonnée. Je n’ai rien pu lui raconter en détails. Je lui ai seulement parlé de la coquetterie de Mme C…, de ce que disait Monceau qui la connaissait bien, qu’elle marchait pour un chapeau. Mme Régismanset s’en est à la fois étonnée et amusée. « Vraiment, me dit-elle, je ne marcherais pas pour un chapeau. Ce ne serait pas suffisant. — Prenez-garde, lui ai-je dit. — Quoi ? me demande-t-elle. — C’est très simple. En disant que vous ne marcheriez pas pour un chapeau, c’est presque laisser entendre que vous marcheriez pour plus, ou mieux. » Elle m’a répondu que ce n’est pas cela du tout, qu’elle n’a pas ma subtilité. Nous avons aussi bavardé sur d’autres gens. Elle m’a demandé comme il se fait que je sache des tas de choses sur des tas de gens. « Il le faut bien, lui ai-je répondu. J’ai besoin de savoir tout cela… pour le raconter un jour. Ainsi, vous, s’il vous arrive d’avoir une petite histoire scandaleuse, j’espère bien la savoir. — Je viendrai vous la raconter moi-même, Léautaud, m’a-t-elle dit en riant, moi-même. C’est gentil, hein ? »

Mardi 19 Janvier 1909

Rachilde a fait dans le dernier Mercure[74], en dix lignes, un compte rendu assez méchant de Ragotte, le dernier livre de Jules Renard[75]. Elle avait d’abord voulu faire une allusion à une ancienne liaison de Renard avec une actrice (modeste, une utilité), de la Comédie-Française[76]. Sur les instances de Vallette, elle y a renoncé. Son compte rendu n’en a pas moins mécontenté Renard, qui a envoyé à Vallette sa démission d’administrateur, démission que Vallette lui a refusée[77].

L’Affaire Henry Bataille

L’année 1909 n’est pas marquée par plus ou moins de péripéties que celles qui l’entourent et le hasard seul nous a conduit à nous intéresser à cette affaire. Qu’en est-il ?

En 1907 paraît chez Sansot, un ouvrage de dame, Le Livre pour toi, d’une certaine Marguerite Burnat-Provins[78].

Marguerite Provins (1872-1952) a trente-cinq ans, âge magnifique. Dessinatrice et peintre, elle a épousé en 1896 l’architecte suisse Adolphe Burnat (1872-1946). Mais voilà, cette fille de Calais trouve que les charmes de Vevay compensent insuffisamment la trépidante vie parisienne qu’elle a à peine eu le temps de connaître. Et puis les protestants sont vraiment… protestants. On la surveille, elle s’ennuie.

En fait on la surveille mal puisque en juin 1906 Marguerite rencontre Paul de Kalbermatten qui semble bien plus amusant que son mari, souvent absent pour ses affaires. Elle écrit pour Paul Le livre pour toi, qui paraît chez Edward Sansot en 1907, nous l’avons déjà dit. Il s’agit d’un recueil d’une centaine de poèmes ou proses.

Henry Bataille reçoit le livre, le met de côté un an ou deux parmi des centaines d’autres, puis un jour le lit, nous ne saurons jamais pourquoi. Il en parle, deux premières colonnes du une dans Le Figaro du 17 mars 1909. S’il vous plaît.

Henry Bataille est né en avril 1872, deux mois après Paul Léautaud et deux mois avant Marguerite Provins. C’est un bourgeois, fils de magistrat. C’est un fort bel homme, un dandy, ses pièces remportent beaucoup de succès sur les boulevards, le genre d’hommes que Paul Léautaud déteste. Dans sa chronique dramatique du premier juin 1911 il écrira : « Cela change du théâtre faisandé, faux autant que prétentieux, de MM. Henry Bataille et de Porto-Riche. »

Mais force est de reconnaître que pour une fois, c’est Henry Bataille qui a commencé le premier. En effet dans on long article n’a-t-il pas écrit : « Les anthologies […] se réduisent toujours à de pures réclames de maisons d’édition. / Ce n’est pas cette gloire que j’escompte pour Mme Burnat-Provins et je ne suis pas assez cruel pour lui souhaiter l’aventure récente d’une autre poétesse du plus grand talent — honneur des lettres féminines actuelles, Mme Delarue-Mardrus[79] — qui s’est vue traiter dans un de ces ouvrages éphémères de “personne qui n’a pas la connaissance de sa langue, créant pour les besoins des mots rarement heureux, confondant adjectifs et substantifs [etc.]” »

À l’évidence, ce sont les Poètes d’Aujourd’hui, d’Adolphe van Bever et Paul Léautaud qui sont visés, où Lucie Delarue-Mardrus a fait son apparition dans l’édition de 1908.

Pour le reste, cet article est très favorable au livre de Marguerite Provins-Burnat, et Henri Bataille y apparaît comme faisant honnêtement son métier de critique.

Le temps passe et, début novembre, un service du livre, réédité en version économique, arrive au Mercure, agrémenté d’une préface qui n’est autre que l’article d’Henry Bataille paru dans Le Figaro.

L’événement met le feu à Rachilde qui décide de répondre comme il se doit à l’impudent, ainsi qu’on peut le lire dans le Journal littéraire de Paul Léautaud au quatre novembre :

« Rachilde arrive dans mon bureau avec le livre de Mme Burnat-Provins, me parle du compte rendu qu’elle va en faire, et de la leçon qu’elle donnera à Bataille, qui a été bien content autrefois de trouver le Mercure[80] qu’il traite aujourd’hui de maison de réclame, etc… »

À l’évidence ici, la critique Rachilde renie le droit du critique Henri Bataille et lui cherche des poux. Puis qu’il s’agit ici d’une page sur Rachilde, pourquoi ne pas donner ce texte, que certains pourront préférer à ses romans :

Le Livre pour toi, par Mme Burnat-Provins

Voici que M. Henry Bataille fait son petit Barrès et complique les choses de l’amour. Par hasard, une dame a mis au monde un livre tout nu. Il arrive, lui, M. Bataille, armé d’un joli pagne couleur plumes de paon, il ceint les reins de cet innocent volume, d’abord imprimé pour les seuls amateurs (c’est la naïveté de ses éditeurs qui l’affirme), et il le présente aux lecteurs avec l’élégance que seule une grande habitude du coup de théâtre peut donner à un préfacier délicatement roublard. C’était le livre pour toi, cela devient le livre pour tous dans le classique format in‑18, ô combien Jésus[81] ! « À des œuvres de telle sorte il faut, pour leur faire passer le fleuve de l’oubli, une légende comme celle de Rossetti[82], comme celle de Pétrarque[83]. Accomplissez une action d’éclat, Madame, attachez un retentissement romanesque à l’histoire de ces amours, fût-ce un scandale. N’hésitez pas ! Tuez Sylvius[84], s’il le faut ! » Je vous en prie, Madame, ne tuez personne. Et en fait de scandale contentez-vous de la préface d’Henry Bataille. Vous êtes certainement une charmante créature, atteinte de platonisme aigu comme le sont la plupart des femmes de lettres trop bien douées, et votre Sylvius-Apollon n’existe que dans votre imagination. Vous avez chanté le poème des sens et vous en avez tiré une religion comme, jadis, les belles filles païennes, dont l’impudeur se parfumait des virginales senteurs de l’oranger, tressaient des guirlandes pour couronner la tête chauve du dieu Phallus, tout en n’en demeurant pas moins vierges. Vous nous avez prouvé, par tous les moyens mis à la disposition d’un candide littérateur, que la littérature n’est pas un vain mot et qu’elle va souvent jusqu’à nous permettre de toucher les choses du doigt. Je ne vous chicanerai pas sur « la table polie où parait, unique, mieux que la figue onctueuse, le fruit au cœur entr’ouvert qui prétend nourrir Sylvius et le désaltérer. » (Nourrir est dur !) Mais au nom des Muses, amies d’Apollon, ne risquez aucun crime pour activer la vente. Ne croyez pas, surtout, malgré l’assurance de votre préfacier, qu’à paraphraser le Cantique des Cantiques[85] avec une grande simplicité de moyens, vous puissiez être devenue naturiste. Les naturistes font mûrir les poires au printemps et vous possédez, au sujet des fruits phénomènes, sinon défendus, des connaissances très supérieures. Ce que je regrette pour la gloire pure de votre livre, c’est seulement ce petit pagne pervers, couleur de plumes de paon. Vous n’imaginez guère la rosserie des préfaciers quand ils ont envie de bécher[86] quelqu’un. Ils démoliraient un chef-d’œuvre pour s’en élever un tas de pierres bonnes à jeter dans le jardin des voisins ! Et ils en laissent toujours retomber quelques-unes sur le nez de l’auteur. Vous voici successivement bombardée naturiste, assassin, et… aquarelliste, car vous avez, déclare-t-on, l’âme d’une aquarelliste… Pire injure ! Que si, par-dessus le marché, vous êtes une bonne mère de famille, je vous plains de tout mon cœur. On vous défend les Anthologies où l’on égratigne les Lucie Delarue-Mardrus ? Mais je vous assure qu’au Mercure de France, dans ce « Caveau de famille », ainsi appelé, je pense, parce qu’on y fait de perpétuelles concessions aux auteurs, nous aimons autant les femmes de lettres que vous semblez chérir le Dieu Phallus, et quand nous leur tressons des guirlandes nous n’abusons pas des épines. Personnellement je suis de l’avis de M. Paul Léautaud, qui déclare que Mme Lucie Delarue-Mardrus n’écrit pas en français. J’y mets cette nuance : elle parle un bon français juif. (Remarquez que M. Paul Léautaud a le droit d’être plus difficile que moi, lui qui répondit modestement à un personnage assez influent pour lui offrir un prix Goncourt : « Mon roman n’est pas au point ![87] » Le français juif est tout entier décrit dans une tirade de Romain Rolland et je ne saurais rien ajouter à la description : pourquoi diable voulez-vous que ces timides observations chagrinent les gens ? C’est comme si vous disiez à un Gascon qu’il a l’accent et à un Russe qu’il est slave. D’ailleurs Mme Lucie Delarue n’est pas juive, son mari[88] n’est qu’arabe et il nous le prouve par sa merveilleuse traduction des Mille nuits et une nuit[89]. Alors ? Est-ce qu’il n’y aurait plus moyen de s’exprimer librement dans la sacro-sainte république des lettres ? En vérité, Madame, votre livre tout nu, le Livre pour toi, pour lui et pour nous, se serait bien passé de ces vains ornements et de ces citations malencontreuses. Moi aussi j’ai la terrible habitude de mettre les pieds dans tous les plats… d’argent de la littérature, mais je n’ai pas encore commis la suprême maladresse de traiter une femme de naturiste, d’assassin ou d’aquarelliste, ni même de l’inciter au plus médiocre des arrivismes. Je n’oserais pas me servir de ces fleurs-là pour la frapper. Elles ont un piquant dangereux.

* * *

Mais voilà, il y a un problème : Rachilde est très copine avec la comédienne Berthe Bady[90], compagne d’Henry Bataille. Voyons le Journal de Paul Léautaud au 22 novembre (pour ceux qui l’ont oublié, nous sommes toujours en 1909 :

Ce matin Vallette me raconte ceci. Hier dimanche, chez des gens, lui et Rachilde ont rencontré Bady. Grandes effusions de la part de celle-ci vis-à-vis de Rachilde : « On ne vous voit jamais… je vous aime beaucoup, etc. » À quoi Rachilde répondit : « Moi aussi, je vous aime beaucoup. Seulement, il y a quelqu’un qui nous sépare… C’est Bataille ! » Là-dessus, elle a mis Bady au courant de son article sur Le livre pour toi, en grossissant les choses, en les faisant très méchantes, très agressives, etc. « De cette façon, concluait Vallette, l’effet de l’article sera très atténué. Bataille va s’attendre à des choses énormes et l’article lui semblera rien du tout. Vous comprenez !… » Curieuse méthode. On est furieux après un monsieur. On s’applique, avec plaisir, à lui dire les choses les plus désagréables, et on s’arrange, en les grossissant à l’énorme, à les lui faire trouver pas si méchantes qu’il s’y attendait.

Il est vrai que Rachilde recevant sans rien dire ces protestations d’amitié et l’article venant ensuite, c’eût été, sans l’avoir voulu, une belle hypocrisie.

* * *

Rachilde va poursuivre ses Mardis jusqu’à la fin de 1929, à près de soixante-dix ans. Dans le Journal de Paul Léautaud nous lirons au 7 janvier 1930 :

Suppression par Rachilde de ses mardis. Raison d’économie ? Il faut qu’elle soit forte, car Dieu sait si elle aime s’exhiber, gesticuler, pérorer en public.

Cinq ans plus tard, en 1935, âgé de soixante-dix-neuf ans, Alfred Vallette mourra, laissant Rachilde bien seule. Elle continuera d’habiter dans son appartement dans les locaux du Mercure de France, jusqu’à sa mort en 1953, âgée de 93 ans.

Voir aussi Alfred Vallette par Rachilde.


[1]     Ce roman était déjà paru en feuilleton dans le Scapin à partir de mai 1886 (voir la page Le Mercure de France (1890)) mais avait eu bien du mal à paraître. En août 1887, J.-K. Huysmans avait refusé une préface à Alfred Vallette ; et dans une lettre datée d’avril 1890 Remy de Gourmont écrit à Alfred Vallette : « un roman que divers éditeurs vous ont refusé. » Ces deux lettres sont parues dans le numéro spécial 999-1000 de décembre 1946, particulièrement détaillé dans le site web des Amateurs de Remy de Gourmont à la page https://is.gd/3N1llL.

[2]     Raoul Minhar est le pseudonyme de Raoul Dumont et nous ne savons pas grand-chose de lui. Il a écrit dix textes dans le Mercure de France, notamment ses « Pages quiètes » du numéro 23 (novembre 1891) au numéro 44 (août 1893).

[3]     Sur la « La quatrième de couverture » de la réédition de ce second roman chez Champion en 2004 nous pouvons lire : « Publié en 1891 par deux collaborateurs du Mercure de France, À l’écart reçut peu d’écho en son temps : jamais réédité, oublié trop vite, il constitue pourtant un précieux échantillon de la littérature de décadence. » Voir la critique de ce roman par Jules Renard dans le Mercure de France de juillet 1891, page 42 et la critique bien plus récente de Patricia Marcoz chez Fabula.org.

[4]     Maurice Barrès (1862-1923), écrivain et homme politique, figure de proue du nationalisme français. Maître à penser de sa génération, sa première œuvre est un triptyque qui paraîtra sous le titre général du Culte du Moi (Sous l’œil des Barbares, 1888, Un homme libre, 1889, et Le Jardin de Bérénice, 1891), tous trois lus et admirés, un temps, par Paul Léautaud.

[5]     René Brissy (1856-1930) dit Le Cholleux, journaliste, publiciste et éditeur, 33, avenue de La Motte-Picquet en 1920. Chez René Brissy, Rachide a publié au moins Histoires bêtes pour amuser les petits enfants d’esprit (1884).

[6]     Toutes les sources consultées pour cette page indiquent « 31, avenue de l’Observatoire » ce qui ne semble pas possible puisqu’à cet endroit de l’avenue de l’Observatoire il n’y a pas de constructions… donc pas de numéros. C’est donc abusivement, semble-t-il, qu’est attribué à l’avenue de l’Observatoire un numéro de la rue d’Enfer puis des deux autres noms qui lui seront attribués par la suite.

[7]     Victor Hugo, Les Misérables (1862) cinquième partie, livre premier, chapitre XVI : « Comment ces enfants étaient-ils là ? Peut-être s’étaient-ils évadés de quelque corps de garde entrebâillé ; peut-être aux environs, à la barrière d’Enfer, ou sur l’esplanade de l’Observatoire. » Pléiade 1951, page 1242.

[8]     Pierre Philippe Denfert-Rochereau (1823-1878), polytechnicien, artilleur de Metz, gouverneur de Belfort en 1870 il a vigoureusement défendu sa ville contre l’ennemi allemand, ce qui lui a valu le surnom de « Lion de Belfort ». Cette gloire lui permet d’être élu député du Haut-Rhin en 1871 pendant le siège de Belfort.

[9]     Centre régional des œuvres universitaires et scolaires.

[10]    Voir, par exemple, le Journal de l’abbé Mugnier au 13 mai 1927 : « Dîné aux bureaux du Journal (avec les membres de la société Huysmans titulaires et adhérents), nous étions une cinquantaine. J’étais entre Rachilde et Pol Neveu. Rachilde m’a parlé longuement. Elle a connu Verlaine à un moment où il n’était pas célèbre. Elle aime, dit-elle à respirer les cerveaux en fleur. Elle a eu Maurice Barrès comme secrétaire. […] C’est lui qui a écrit — de lui-même — une préface pour Monsieur Vénus [pour la troisième édition parue chez Felix Brossier en 1889] Rachilde m’a dit que Barrès l’avait aimée. Ensuite il fut l’amant de Gyp. Monsieur Vénus, m’a dit Rachilde, c’est la femme homme, au cerveau mâle tandis que l’homme est féminin. »

[11]    Écouter, par exemple, les enregistrements sonores de la voix de Colette, qui avait conservé son robuste accent bourguignon malgré de nombreuses années de vie parisienne.

[12]    Lettre de Maurice Barrès à Rachilde, datée du six juin 1885 : « Je vous écris couché, ma petite amie, et je n’aurais d’autre force que pour vous sourire. »

[13]    Lire, avec intérêt, Louise Faure-Favier, Souvenirs sur Apollinaire, Grasset 1945, récemment réédité (2018) dans la collection bon marché Les Cahiers Rouges.

[14]    Jean Lorrain (Paul Alexandre Martin Duval, 1855-1906). Sa littérature « fin de siècle » à tendance audacieuse, peut, par ce côté, être rapprochée de celle de Rachilde ou d’Hugues Rebell. Jean Lorrain se crée d’ailleurs une personnalité en ce sens, ce qui fait un peu penser à un Brummell ou à un Montesquiou décomplexé, s’amusant à transformer le bal des Quat’z’Arts en gay pride bien avant l’heure.

[15]    Oscar Méténier (1859-1913), auteur dramatique et romancier. Fils d’un policier, et un temps policier lui-même, Oscar Méténier s’intéresse aux bas-fonds dont il fera le haut fond de sa littérature. Il a fait ses premières armes avec des récits « naturalistes » dans Le Chat noir, l’hebdomadaire de Rodolphe Salis qui a précédé le cabaret. Oscar Méténier commence par faire jour ses pièces chez André Antoine mais rapidement celui-ci refuse leur noirceur et leur « naturalisme » au point qu’Oscar Méténier achète, au pied de la butte au début de 1897, un petite théâtre moribond au fond d’une impasse. Ce sera le Grand-Guignol, nom idéal pour représenter des pièces où l’on cogne sur les gendarmes. Mais très rapidement malade, Oscar Méténier devra céder son théâtre à Max Maurey l’année suivante. La soirée d’ouverture du Grand-Guignol, d’Oscar Méténier, le 13 avril 1897, comprenait sept pièces, dont deux de Jean Lorrain.

[16]    Alexandre Tanchard (1861-1907, à 46 ans), journaliste et poète, rédacteur en chef de la revue mensuelle Paris-Province en 1896. Alexandre Tanchard est le fils de Charles Tanchard (1794-1868), très éphémère député du Doubs en 1848-1849.

[17]    Albert Samain (1858-1900), poète symboliste, a fait partie des Poètes d’aujourd’hui dès la première édition en 1900. Sa notice a été rédigée par Adolphe van Bever. La jeunesse lilloise d’Albert Samain a été faite de « petits boulots » avant d’arriver à Paris tardivement, en 1880. Il a fait partie des fondateurs du Mercure de France en 1890 et ses poésies ont été publiées dès les premiers numéros. Le succès est venu à l’automne 1893 avec la parution de son premier recueil : Le Jardin de l’infante, très remarqué par François Coppée et bien entendu encensé par Pierre Quillard dans le Mercure d’octobre 1893. La collaboration d’Albert Samain avec le Mercure ne cessera qu’à sa mort en août 1900. Lire dans le Mercure d’octobre suivant, les articles de Louis Denise et de Francis Jammes.

[18]    Mademoiselle, / Je ne recule jamais devant une franche explication, devrait-elle me coûter les pires désagréments. / Mon ami, Albert Samain, toujours un peu dans les nuages, s’est sans doute mal exprimé. Je n’ai pas refusé de vous être présenté, mais bien : le contraire. / Si je ne suis certes pas un mondain, je connais, cependant, le protocole de la bienséance qui ne permet pas de présenter une femme à un homme et malgré la perfection de votre travesti vous en êtes une, Mademoiselle Rachilde. / De nouveau toutes mes excuses, mais, pourquoi diable continuez-vous le Carnaval au milieu du Carême ? / Je comprends que le bal Bullier tolère cette fantaisie, pourtant, vous n’êtes plus une étudiante puisque vos romans vous donnent le droit de plaider votre propre cause ? / Mes plus respectueux hommages.

[19]    Alfred Vallette. (Le Roman d’un homme sérieux, Mercure 1994, 145 pages).

[20]    Parmi ceux-ci on peut citer Léo d’Orfer, qui habitait en face de Rachilde, au 2 bis, rue des Écoles. Les deux immeubles existent toujours. Léo d’Orfer (Marius Pouget, 1859-1924), poète symboliste et journaliste. On trouve la signature de Rachilde dans les nombreuses revues auxquelles il a participé, parfois en tant qu’imprimeur. C’est ainsi qu’il participera lui aussi au Scapin.

[21]    Jules Renard (1864-1910, à 46 ans), a été, en 1889, l’un des premiers actionnaires du Mercure de France. Il était aussi le plus important, achetant six parts sur vingt-cinq. Il sera membre de l’académie Goncourt le 1er novembre 1907 au fauteuil de Huysmans grâce à Octave Mirbeau, qui a dû menacer de démissionner pour assurer son succès.

[22]    Pour ces deux auteurs, voir la page « Le Mercure de France (1890) »

[23]    Avant de fréquenter les mardis de Rachilde, Léon-Paul Fargue (1876-1947), a été reçu aux mardis de Stéphane Mallarmé (1842-1898), où il a rencontré André Gide, Marcel Schwob, Paul Valéry… En 1924 il fondera avec Valery Larbaud et Paul Valéry, la revue Commerce. Voir aussi son portrait dans le Journal littéraire de Paul Léautaud au 28 décembre 1932 et sa nécrologie dans le Mercure du 1er janvier 1948 par Georges Randal (page 185). Voir aussi « Fargue — Premières rencontres », par Adrienne Monnier dans le Mercure de février 1948 en ouverture de la revue.

[24]    Remy de Gourmont (1858-1915), romancier, journaliste et critique d’art, proche des symbolistes. Léautaud deviendra son intime. Remy de Gourmont est unanimement considéré comme le pilier intellectuel du Mercure. Il est indiscutable que la revue lui devait d’être ce qu’elle était. D’ailleurs elle déclinera après sa mort. C’est à cause de la présence de Remy de Gourmont que le jeune André Gide, de onze ans son cadet, ayant rapidement compris que rien ne pousse à l’ombre des grands arbres a cessé d’écrire dans le Mercure après octobre 1897. Aucune étude sur Remy de Gourmont ne peut être entreprise sans une visite des pages http://www.remydegourmont.org/.

[25]    Paul Valéry (1871-1945), écrivain, poète et philosophe, étudie son droit de façon assez ordinaire puis entre comme rédacteur au ministère de la Guerre, ce qui correspond à un emploi tout à fait subalterne. Parallèlement il est sera, en 1900, secrétaire particulier d’Édouard Lebey, administrateur de l’agence Havas. Après avoir été amis proches, PV et PL s’éloigneront mais se rencontreront souvent. Paul Valéry sera élu à l’Académie française en 1925 au fauteuil d’Anatole France.

[26]    Pierre Louÿs (Pierre Félix Louis, 1870-1925), poète et romancier. Pierre Louÿs a épousé la plus jeune fille de José-Maria de Heredia après avoir été l’amant de sa sœur aînée Marie, qui épousera Henri de Régnier. Les trois filles de JMH inspireront à Pierre Louÿs, dit-on, et de façon très libre, le roman Trois filles et leur mère.

[27]    Alfred Jarry (1873-1907) est le célèbre auteur d’Ubu roi, drame en cinq actes assez potache, publié au Mercure de France en 1896.

[28]    Paul Fort (1872-1960), poète et auteur dramatique, créateur du Théâtre d’Art (futur théâtre de l’Œuvre) au côté de Lugné Poe. Les premiers poèmes de Paul Fort paraissent dans le Mercure cette année 1896. En 1905, Paul fort lancera la revue Vers et prose aux côtés de Jean Moréas et André Salmon. Suite à un référendum dans des journaux, Paul Fort sera élu « Prince des poètes » en 1912. Son neveu, Robert Fort (1890-1950), épousera Gabrielle Vallette (1889-1984), fille d’Alfred Vallette et de Rachilde, en 1911.

[29]    Jean de Tinan (Jean Le Barbier de Tinan, 1874-1898) a suivi le parcours classique de tous les jeunes gens de lettres arrivés de leur province. Dans les cafés du quartier latin il rencontre l’un et puis l’autre et finit par fréquenter Pierre Louÿs, puis André Gide, puis Paul Valéry alors inconnu et, par conséquent Paul Léautaud. Le romancier Willy l’embauche, parmi d’autres, pour lui servir de nègre pour deux romans, dit-on. Mais Jean de Tinan avait le cœur malade et il en mourut à 24 ans. Une page lui sera consacrée ici à l’été 2021.

[30]    Philippe Berthelot (1866-1934), fils du chimiste Marcellin Berthelot. Après avoir dirigé le cabinet du ministre des Affaires étrangères, Philippe Berthelot a été nommé secrétaire général du ministère. Il est par ailleurs connu pour ses nombreuses amitiés artistiques et littéraires.

[31]    Édouard Julia (1873-1933), médecin en 1897, journaliste et publiciste, rédacteur à La Presse médicale, rédacteur en chef du Rappel de l’Aisne, rédacteur politique de L’Opinion (1907-1909), chroniqueur politique et économique au Temps et ami de Paul Valéry. Ses Chroniques politiques et économiques au Temps (1920-1933) ont été publiées par les éditions du Temps en 1936, deux volumes de 260 et 268 pages.

[32]    D’après Martine Reid, « Le roman de Rachilde », https://is.gd/tTl1GS.

[33]    Revue de la BNF numéro 34, 2010, page 70.

[34]    Surnom que Maurice Barrès avait donné à Rachilde dans un article faisant suite à la publication d’À mort, où un personnage, Maxime de Bryon, ressemble trait pour trait à Maurice Barrès.

[35]    Auguste Gilbert de Voisins (1877-1939), poète et journaliste. La famille de Voisins est d’une ancienne noblesse française (XIIe siècle), qui compte une branche Gilbert de Voisins. Auguste épousera, en 1915, Louise, la troisième file de José Maria de Heredia, divorcée de Pierre Louÿs en 1913.

[36]    Marguerite Moreno (Marguerite Monceau 1871-1948), a pris le nom de jeune fille de sa mère. Elle intègre la Comédie-Française en 1890. Après avoir été la maîtresse de Catulle Mendès, elle épouse Marcel Schwob en 1900. Malade, celui-ci meurt en 1905 à l’âge de 37 ans. En 1903, Marguerite Moreno rejoint le Théâtre de Sarah Bernhardt, puis plus tard le Théâtre Antoine. Pendant sept ans, elle dirige à Buenos Aires la section française du Conservatoire.

[37]    Ann Radcliffe (Anne Ward, 1764-1823), romancière anglaise, pionnière du roman gothique surtout connue pour La Romance [ou l’Idylle] de la forêt, paru en 1791.

[38]    Jules Bois (1868-1943), romancier et journaliste, est également auteur d’ouvrages sur l’ésotérisme. Jules Bois est aussi un défenseur du féminisme. Il sera un ami broche de l’Abbé Boullan, prêtre satanique. PL en dressera un portrait rapide le 17 novembre 1908.

[39]    Peut-être Paul Doumer (1857-1932), qui a été ministre des Finances pendant six mois (1895-1896) puis gouverneur général de l’Indochine (1897-1902) est actuellement président de la Chambre des députés (janvier 1905-juin 1906). Il sera plusieurs fois ministre puis président de la République en 1931 avant de mourir assassiné 11 mois plus tard. Pendant sa mission de gouverneur de l’Indochine où il devait s’ennuyer ferme il a écrit deux ouvrages sur la situation indochinoise. Début 1906 va paraître chez Vuibert : Livre de mes fils, ouvrage éducatif.

[40]    Fernand Kolney (Fernand Pochon de Colnet, 1868-1930), homme de lettres frère d’Eugénie Pochon, troisième épouse de Laurent Tailhade. En 1906 il a publié six romans. Fernand Kolney est encore un peu connu de nos jours pour L’Amour dans cinq-mille ans, paru chez Quignon en 1928, 320 pages.

[41]    Laurent Tailhade (1854-1919), polémiste, poète, conférencier pamphlétaire libertaire et franc-maçon. Léautaud a rédigé sa notice des Poètes d’aujourd’hui.

[42]    Claire Grigny, née en 1873, a épousé en 1902 Lucien Monceau, frère de Marguerite Moreno.

[43]    Paul Morisse partagera le bureau de PL à partir de janvier 1908 jusqu’en 1911. Il est aujourd’hui connu pour être le traducteur des Hymnes à la nuit de Novalis en 1908 et aussi de Stefan Zweig pour son Émile Verhaeren, sa vie, son œuvre en 1910.

[44]    Joséphin Péladan (1858-1918), écrivain, critique d’art et occultiste farfelu mais non dénué de talent.

[45]    Gabrielle Vallette, fille de Rachilde et d’Alfred Vallette, est maintenant âgée de 17 ans.

[46]    PL n’est pas encore salarié du Mercure, il ne le sera qu’au premier janvier 1908. Par ailleurs ce puriste écrit constamment été pour allé, ce qui est navrant.

[47]    Amours, troisième livre de Paul Léautaud, est paru en trois parties dans les numéros du Mercure des 1er , 15 octobre et 1er novembre 1906.

[48]    Épouse de Fernand Kolney.

[49]    Épouse de Gaston Danville (Armand Abraham Blocq, 1870-1933), romancier Mercure, auteur de nouvelles fantastiques, cruelles et macabres. Gaston Danville est le promoteur d’une réforme de l’orthographe. Elle se suicidera en décembre 1931.

[50]    Marie Huot (1846-1930), poétesse, femme de lettres, journaliste, féministe et militante pour les droits des animaux. Née Ménétrier, Marie a épousé en 1869 Anatole Huot, éditeur de la revue gauchiste parisienne, L’Encyclopédie contemporaine illustrée. On lira un émouvant portrait de Marie Huot le 17 novembre 1922 et un autre au 14 avril 1930, lendemain de sa mort. Par ailleurs Léautaud écrira, le 23 avril 1930 à Aurel, qui en avait besoin, une lettre retraçant une rapide biographie de Marie Huot.

[51]    Ernest Gaubert (1881-1945), journaliste, romancier et poète. Ernest Gaubert écrira une première biographie de Rachilde, chez Sansot en 1907 (74 pages).

[52]    André-Ferdinand Herold (1865-1940), petit-fils du compositeur, chartiste, poète, conteur, auteur dramatique et traducteur. Herold a fréquenté Mallarmé, Henri de Régnier, Pierre Louÿs, Paul Valéry. Il entretient des rapports privilégiés avec Gabriel Fauré ou Maurice Ravel. Titulaire de la critique dramatique au Mercure, Paul Léautaud lui succédera en octobre 1907.

[53]    Marguerite Rigaud (1879-1965), fondatrice de l’Assistance aux blessés nerveux de la guerre en 1917, directrice fondatrice de l’Œuvre des enfants retardés ou instables, chevalier de la Légion d’Honneur en 1920, officier en 1932 sur la recommandation d’Alfred Vallette, membre du conseil d’administration de l’association de la Légion d’Honneur, a épousé en août 1901 André Ferdinand Hérold.

[54]    Prix Goncourt.

[55]    Deuxième « séance » de la rentrée.

[56]    Maurice Beaubourg (1866-1943), journaliste, romancier et dramaturge, proche du symbolisme, collabore à L’Événement, à Gil Blas, à La Cocarde, au Figaro, à la Revue indépendante. Lire au 7 février 1908 : « Beaubourg nous racontait l’autre jour au Mercure qu’il en est à sa 57e pièce, toutes portées successivement chez plusieurs directeurs de théâtre, et toutes refusées. » Voir également au 17 novembre 1908

[57]    Eugène Morel (1869-1934), bibliothécaire, auteur dramatique et romancier. Eugène Morel est entré à la Bibliothèque nationale en 1892 où il a accompli la majorité de sa carrière. Quelques-unes de ses pièces de théâtre, écrites parfois avec la complicité d’André de Lorde seront parfois représentées au Grand-Guignol, comme La dernière torture, en mai 1904 ou Le Baiser mortel en mars 1917. Le 16 novembre 1908, Maurice Boissard aura l’occasion de chroniquer Terre d’épouvante, pièce en trois actes d’André de Lorde et Eugène Morel, représentée au Théâtre Antoine. PL dressera d’Eugène Morel deux courts mais savoureux portraits les 17 novembre 1908 et 20 juin 1933.

[58]    Pierre Quillard (1864-1912), poète symboliste, auteur dramatique, traducteur helléniste et journaliste, anarchiste et dreyfusard. Depuis 1891, Pierre Quiillard est un auteur Mercure fécond. Il sera en charge de la rubrique « Littérature » à partir de 1896 à son retour de Constantinople où il était professeur, puis en même temps de celle des « Poèmes » en 1898.

[59]    Albert Lambert père (1847-1918), auteur dramatique (surtout de vaudevilles), poète et comédien. Son fils (1865-1941) est comédien, sociétaire de la Comédie-Française pendant 44 ans (de 1891 à 1935). Il n’a tourné que dans quelques films, en 1908-1909.

[60]    Jules Bois (1868-1943), romancier et journaliste, est également auteur d’ouvrages sur l’ésotérisme défenseur du féminisme. Jules Bois sera un ami broche de l’Abbé Boullan, prêtre satanique (note au 20 mars 1908).

[61]    Edmond Pilon (1874-1945), poète, critique littéraire, essayiste et éditeur.

[62]    Sa vie durant Paul Léautaud associera Edmond Pilon à cette image de porteur d’eau jusque dans son texte de La NRF de juillet 1939 « Réception à l’Académie » : « Nous avons vu sortir [de l’Institut] le porteur d’eau Edmond Pilon, toujours dans des vêtements trop grands pour lui, et se balançant, en marchant, de gauche à droite, professionnellement. »

[63]    Guillaume Apollinaire (Guglielmo de Kostrowitzky, 1880-1918), poète et écrivain. Voir la notice de PL dans les Poètes d’Aujourd’hui (dans l’édition de 1930) et reproduite dans Passe-Temps. Voir aussi André Billy, Apollinaire vivant (éditions de la Sirène, 1923). Voir encore l’ouvrage de Laure Faure-Favier : Souvenirs sur Apollinaire, dont une réédition bon marché a été réalisée par Grasset en 2018 à l’occasion du centenaire de la mort de Guillaume Apollinaire.

[64]    André Rouveyre (1879-1962), dessinateur de presse, journaliste et écrivain. C’est la première fois que PL évoque André Rouveyre dans son Journal. Au cours d’un de ses entretiens avec Robert Mallet, PL dira qu’il a connu AR « Au Mercure, dans le salon de Mme Rachilde. » C’est peut-être ce 17 novembre. Dans La Terrasse du Luxembourg, André Billy écrira : « André Rouveyre, dont tous les journaux reproduisaient de petites bonnes femmes en chemise courte, au sourire largement fendu. Je ne me doutais pas que ce garçon barbu, à monocle, dont j’enviais la désinvolture, serait vingt-cinq ans plus tard mon plus intime ami. »

[65]    Louise Read (1845-1928), fille de Charles Read fait son apparition en 1879 dans la vie d’un Barbey d’Aurevilly de 71 ans, chez Annette Coppée. Elle a trente-cinq ans et devient son admiratrice. Dans les faits, elle sera à la fois la gouvernante et la « chargée d’affaires » de Barbey d’Aurevilly. Son dévouement se double vraisemblablement d’un amour muet. Par testament, Barbey en fait sa légataire universelle. Elle fondera le musée Barbey d’Aurevilly. (Source : Médiathèque Louise Read de Saint-Sauveur-le-Vicomte).

[66]    Jules Bertaut (1877-1959), écrivain, historien et conférencier. A collaboré au Temps, à L’Écho de Paris, à La Revue de Paris, à la Revue des deux mondes, au Figaro littéraire, à La Revue hebdomadaire

[67]    Lucien Descaves (1861-1949), journaliste, romancier et auteur dramatique naturaliste et libertaire, Lucien Descaves s’est rendu célèbre par Les Sous-offs, roman antimilitariste pour lequel il fut traduit en cour d’assises pour injures à l’armée et outrages aux bonnes mœurs. Acquitté en 1890, il donna d’autres œuvres dans le même ton. Rédacteur au journal L’Aurore au moment de l’affaire Dreyfus, il lui apporte son soutien. Lucien Descaves est secrétaire de l’Académie Goncourt depuis sa fondation.

[68]    Jean Viollis (Jean-Henri d’Ardenne de Tizac, 1877-1932), Monsieur Le Principal, paru cette année chez Calmann-Lévy. Le Principal en question est le Principal d’un collège. Dans La littérature à quel(s) prix ? : Histoire des prix littéraires (La Découverte, 2013), Sylvie Ducas indique qu’Octave Mirbeau a voté pendant trois tours pour ce roman, contre le favori Francis de Miomandre, qui aura tout de même le prix cette année 1908 pour Écrit sur de l’eau. Voir le Journal de Jules Renard au 26 novembre.

[69]    Sur le site web de Gallimard en 2017 on peut lire « Après un “faux départ” en novembre 1908 sous la direction d’Eugène Montfort, le premier “vrai” numéro de La Nouvelle Revue française paraît en février 1909. »

[70]    Antée est la petite « revue mensuelle de littérature » belge de Christian Beck (le père de Béatrix Beck) parue le premier janvier 1907 dont l’éditeur parisien est Paul Demasy. Cette revue a été rachetée par La NRF.

[71]    Michel Arnauld, Jeanne d’Arc et les pingouins. Fondateurs et comité de rédaction : Michel Arnauld*, Jacques Copeau, Edouard Ducôté, Dumont-Wilden, André Gide, Marc Lafargue, Eugène Montfort, Charles-Louis Philippe*, Louis Rouart, André Ruyters*, Jean Schlumberger* et Jean Viollis*. Les * indiquent les auteurs de ce premier numéro, auxquels il faut ajouter Léon Bocquet, Francesco Coppola et T. E. Lascaris.

[72]    Épouse de Charles Régismanset (1877-1945), docteur en droit, poète, romancier, philosophe et fonctionnaire de l’administration coloniale

[73]    Ce sera le feuilleton de la saison. Il s’agit de Charles-Henri Hirsch et Catulle Mendès. Notre pipelet préféré n’en perdra pas une miette mais c’est encore Maurice Garçon qui raconte plus concisément pour une note de bas de page : « Marié à une femme assez jolie, Hirsch végétait lorsque son épouse coucha avec Catulle Mendès, grand maître littéraire du [quotidien Le] Journal. Du coup, Hirsch entra au Journal. Sa carrière était faite. Mais comme il manquait tout de même un peu de ressources, le ménage s’installa dans un appartement entièrement meublé par Mendès qui, chaque jour, y venait et y parlait en maître. / — La chose se sut […] la situation morale de Hirsch devenant impossible, il paraît que pour se refaire une propreté morale apparente, il contrefit tout à coup l’indignation et divorça. / — C’était de la frime. Deux ans après, redevenu un homme estimable, il réépousa sa catin. Ils vivent toujours ensemble. » Journal (1939-1945) de Maurice Garçon au 29 avril 1939, Belles lettres 2015, absolument passionnant pour qui s’intéresse à cette époque.

[74]    Selon la chronologie de l’édition de du Théâtre de Jules Renard parue chez Omnibus, Rachilde accuse Jules Renard de commander à ses amis journalistes des articles de faveur. Elle cite Edmond See du Gil Blas.

[75]    Jules Renard, Ragotte, Fayard 1907, 305 pages, couplé avec Nos frères farouches. Offert à Octave Mirbeau et Lucien Descaves. Malgré cette délicatesse envers deux académiciens Goncourt, Ragotte n’aura pas le prix, qui ira à Francis de Miomandre ainsi qu’il a été dit note 68.

[76]    Danièle Davyle, dont il s’est séparé avant son mariage, et qui lui inspira le thème de sa pièce Le Plaisir de rompre, en 1867. Dans toutes les recherches, Danièle Davyle est mentionnée en tant que « de la Comédie-Française ». La base La Grange ne la crédite que d’un rôle, dernier de la distribution, celui de « Marie » dans Les Rantzau, comédie en 4 actes en prose texte d’Émile Erckmann et Alexandre Chatrian, créée le 27 mars 1882.

[77]    Dès 1889, Jules Renard avait été le plus gros actionnaire du Mercure, achetant six parts sur les vingt-cinq disponibles. La lettre adressée à Vallette n’est pas présente dans la Correspondance de Jules Renard éditée par Henri Bachelin.

[78]    Il existe une association des amis de Marguerite Burnat-Provins et un site web dédié, qui a en partie servi à rédiger ces lignes.

[79]    Lucie Delarue (1874-1945), femme de lettres, après avoir refusé Philippe Pétain, a épousé au Caire en 1900 l’orientaliste d’origine arménienne Joseph-Charles Mardrus (1868-1949).

[80]    Henri Bataille a écrit deux courts poèmes pour le Mercure, en 1896. Le premier, assez naïf, Sur le Banc vert (février, page 218) et le second plus mûr, Épilogue (septembre, page 404) : « Tu vas la voir… Elle est ici… Pousse la porte. — / Tu peux déjà pleurer tout haut, fifille, / Sans attendre pour ça que la pauvre soit morte… / Elle était déjà tellement de la famille, […] »

[81]    Pour le plaisir du mot, Rachilde risque la perplexité du lecteur de l’époque et a fortiori de la nôtre. Un point d’explication technique pour ceux que ça intéresse. Tous les livres sont imprimes sur de grandes feuilles, ensuite pliées puis reliées. Un livre de format « in‑18 » est imprimé sur une feuille qui sera ensuite pliée en 18, ce qui donnera des cahiers de 36 pages recto-verso. Il ne reste plus qu’à savoir la taille de la feuille d’origine pour en déduire la taille du livre, en estimant les pertes dues au massicotage. Les formats les plus utilisés étaient l’« univers » (100 x 130 cm) le « grand aigle » (75 x 106), etc. Impossible donc, pour un amateur de s’y retrouver. Mais les professionnels savent lire les indices. Le « jésus », peu utile pour les romans, mesure 55 x 75 cm de nos jours mais on rencontre parfois des mesures différentes.

[82]    Allusion vraisemblable à Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), peintre et écrivain britannique, qui mit particulièrement en avant le préraphaélisme, soit la peinture du XVe siècle, comme axe d’inspiration majeur. Les légendes de DGR étaitent inspirées de celles du roi Arthur.

[83]    François Pétrarque (1304-1374), poète florentin.

[84]    Sylvius est le principal personnage du livre de Marguerite Burnat-Provins.

[85]    Henri Bataille : « [Ce livre] rejoint dans l’espace le Cantique des Cantiques, c’est le livre pour nous, c’est le Livre de l’amour. » Le Cantique des Cantiques est un des Livres de la Bible, une suite de poèmes amoureux, alternés d’un homme et d’une femme dont voici les deux premiers vers : « Qu’il me donne les baisers de sa bouche : meilleures que le vin sont tes amours ! / Délice, l’odeur de tes parfums ; ton nom, un parfum qui s’épanche : ainsi t’aiment les jeunes filles ! »

[86]    Bécher avec un é, bien que le ê, fautif, soir souvent employé dans cette acception : « Mépriser, critiquer, avoir une attitude méprisante » (TLFi).

[87]    Lire à ce propos le Journal littéraire au quatre novembre 1909 : « Ai-je jamais fait cette réponse ? Je suis bien sûr que non. »

[88]    Médecin, poète et traducteur, Joseph-Charles Mardrus (1868-1949), orientaliste d’origine arménienne né au Caire fit ses études au Liban avant de s’installer à Paris où il devint une personnalité de la vie parisienne. En 1900 il épousa la poétesse et romancière Lucie Delarue (1874-1945) qui s’était refusée à un Philippe Pétain de dix-huit ans son aîné. Le couple se séparera en 1915.

[89]    Les onze premiers volumes du Livre des mille nuits et une nuit, en seize volumes, de Joseph-Charles Mardrus ont d’abord été publiés par les éditions de la Revue blanche à partir de 1899, puis les cinq volumes suivants chez Charpentier et Fasquelle, jusqu’en 1904, semble-t-il.

[90]    Berthe Bady (1872-1921), comédienne d’origine belge, fut la compagne d’Aurélien Lugné-Poe avant de vivre avec Henry Bataille, qui la ruinera.