Petit débat littéraire

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Le Prix NéeLa radicalisationLe Temps de la rechercheLes Mercure de juillet et août 1948 — Petit débat littéraireAprès la publicationLe numéro 14 des Cahiers Paul LéautaudNotesAnnexe IAnnexe II

Cette histoire est bien triste.

Jusqu’à ce mois d’octobre 1948, Georges Duhamel et Paul Léautaud se sont plutôt bien entendus. On se souvient, par exemple, que le quatorze novembre 1935, Georges Duhamel a invité Paul Léautaud à déjeuner chez lui, rue de Liège.

On peine à comprendre vraiment les raisons de cette séparation sinon à admettre de nombreuses contrariétés d’un Paul Léautaud vieillissant, affecté par la guerre et surtout la Libération.

Le prix Née

Un peu avant la Libération — mais les carottes, comme disait Radio-Londres, étaient déjà cuites1 —, Georges Duhamel, alors secrétaire perpétuel de l’Académie française, souhaite faire plaisir au vieil homme et lui fait attribuer un prix. Pour une raison que nous ne connaissons pas — Georges Duhamel a-t-il voulu lui faire une surprise, Paul Léautaud apprend ça par la presse et c’est peut-être ça qui lui a déplu. L’événement n’est qu’à peine abordé dans le Journal littéraire et l’essentiel de ce que nous en savons vient de la Correspondance générale :

À Georges Duhamel

Samedi 10 juin 1944

            Mon cher Duhamel,

J’ai reçu ce matin une lettre de René Maran2 m’avisant qu’il a lu dans le Petit Parisien d’hier cette information que l’Académie, dans sa dernière réunion, m’a attribué le Prix Née.

Je suis désolé, je suis au regret, je vous fais à vous tout particulièrement mes excuses : je décline l’honneur que m’a fait l’Académie.

        Cordialement à vous.

P. Léautaud

À Georges Duhamel

Samedi 10 juin 1944

            Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Je suis informé ce matin, par une voie amicale, que le Petit Parisien, dans son numéro d’hier, a publié cette information que l’Académie française, dans sa dernière réunion, m’a attribué un prix, le Prix Née.

Je suis au regret de vous informer, en vous priant de présenter mes excuses et mes remerciements aux membres de l’Académie, que je décline l’honneur qu’ils m’ont fait.

Agréez, Monsieur le Secrétaire Perpétuel, l’expression de ma considération très distinguée.

P. Léautaud

À René Maran

Samedi 10 juin 1944

            Mon cher Maran,

Je reçois votre lettre ce matin, à 8 heures et demie. Je tombe de mon haut. Qu’est-ce que c’est que ce Prix ? C’est la première nouvelle que j’en ai. Et surpris, car je ne suis guère académique. Prenez pour la vérité absolue ce que je vous dis ici. Ce ne serait pas aujourd’hui samedi — jour où tout est fermé — je serais allé à Paris pour m’informer. En tout cas, mes remerciements pour la peine, le soin que vous avez pris à me donner cette nouvelle.

        Cordialement à vous.

P. Léautaud

À René Maran

Samedi.10 juin 1944

            Mon cher Maran,

Vous avez été si charmant en m’informant de cette affaire de Prix, que, je le répète, je ne soupçonnais pas, que je crois devoir vous informer (à titre privé), car je tiens à n’en tirer aucun effet de la décision que j’ai prise.

J’écris, en même temps qu’à vous, à Georges Duhamel, en sa qualité de Secrétaire perpétuel, que je décline l’honneur qu’on m’a fait.

        Cordialement à vous.

P. Léautaud

Samedi 10 Juin

Ce matin, lettre de René Maran, me faisant connaître qu’il a lu dans Le Petit Parisien d’hier cette information que l’Académie française, dans sa dernière réunion, c’est-à-dire jeudi dernier, m’a attribué le prix Née, de 4 000 francs, et me faisant toutes sortes de compliments à ce sujet.

Comme je l’écris à Maran en le remerciant de sa lettre, c’est bien la première nouvelle.

Ce doit être le prix de zoophilie3 dont Duhamel m’a parlé l’année dernière. Car un prix littéraire, un prix académique, à un écrivain de mon genre, ce n’est pas possible, ce serait trop drôle4. Dans ce cas, ma décision est déjà prise : n’ayant rien demandé, je refuserai. J’en serai désolé pour la politesse, et même, si on veut, l’honneur qui m’est fait, mais je refuserai.

J’irai mardi prochain voir Duhamel à son cabinet de secrétaire perpétuel pour savoir à quoi m’en tenir.

J’ai réussi ce matin à racheter, chez un mastroquet de Fontenay, Le Petit Parisien d’hier. L’annonce des prix attribués jeudi dernier s’y trouve, en effet, à la seconde page, et j’y tiens même une sorte de vedette. Je colle ici la coupure5.

L’Académie française a attribué un de ses prix à Paul Léautaud
Hier, au cours de la séance hebdomadaire, l’Académie a attribué le prix Née à Paul Léautaud dont vient de paraître le second volume du Théâtre de Maurice Boissard.
Par ailleurs elle a décerné divers prix à MM. Jacques Audiberti, Robert Morel, Jacques Madaule, Ponteil, André Berry et Madame Thyde-Monnier. Monsieur Charles Diehl obtient un prix spécial d’académie pour les problèmes de l’histoire byzantine.

Le Petit Parisien du neuf juin, première colonne de la page deux.
On excusera l’horrible qualité de cette reproducion

Le mot de Chamfort est toujours vrai : « Les succès attirent les succès, comme l’argent attire l’argent. » Tous ces articles dithyrambiques, la pension Bonnard, ce prix, maintenant. Pauvre Duhamel. Il ne sera pas content. C’est certainement à lui que je dois cette affaire. Il est décidément possédé de la manie de la bienfaisance. Heureusement qu’on ne décore pas en ce moment. Il aurait été capable de me jouer aussi ce tour-là.

Il y a bien eu huit alertes aujourd’hui. Cela non plus n’est pas la paix.

Dimanche 11 Juin

Marie Dormoy venue aujourd’hui pour son potager. Parlé de cette affaire de prix. Elle me raconte que Bonnerot6, qu’elle a vu hier, lui a parlé avec quelque ironie : un homme comme moi finir tout de même par avoir un prix à l’Académie, qu’il s’était dit tout de suite que ce devait être elle qui avait fait les démarches nécessaires, qu’elle lui a répondu par l’histoire de la lettre écrite par elle à Valéry, lors de mon congédiement du Mercure, pour solliciter de lui qu’il me fasse avoir un prix à l’Académie, et que, lorsqu’elle m’a mis au courant de cette lettre, je l’ai obligée à écrire sur-le-champ à Valéry que je tenais absolument que cette lettre fût considérée comme non avenue.

Parbleu ! les gens qui ont pensé et jugé comme Bonnerot ne doivent pas manquer. Les prix de l’Académie ne sont pas donnés spontanément. Il faut les quémander : les solliciter, tout comme les décorations. Je dois passer pour avoir sollicité. Espérons que mon refus finira par se savoir.

À René Maran

le 13 juin 1944

            Mon cher Maran,

Vous avez été si obligeant en me faisant savoir cette affaire de Prix que je vous dois bien la suite. Je suis allé tantôt voir Duhamel à son cabinet de Secrétaire perpétuel pour avoir des éclaircissements. Duhamel a tout pris sous son bonnet. Je lui ai dit qu’il aurait pu au moins me demander avant, je lui ai exprimé mes remerciements et mon refus.

Il est bien probable, à en juger par le ton de l’entretien — je me suis un peu fâché à un moment — et la façon dont il m’a quitté, que j’en resterai brouillé avec lui. C’est sans importance.

Quand je vous rencontrerai, je vous raconterai cela plus en détails.

        Cordialement à vous.

P. Léautaud

Mardi 13 Juin

Je suis allé tantôt voir Duhamel pour cette affaire du prix Née.

Je suis arrivé à son cabinet de secrétaire perpétuel à 4 heures. J’ai fait passer mon nom. Il est venu, comme les autres fois, me chercher dans l’antichambre, charmant, l’air heureux de me voir.

Assis en face l’un de l’autre dans son cabinet je lui ai dit comment j’ai été informé, par une lettre, samedi matin, de René Maran, qui en avait lu l’annonce, la veille, dans Le Petit Parisien.

Je lui ai demandé s’il s’agit du prix de zoophilie dont il m’a parlé l’année dernière. Il m’a répondu non, que les formalités concernant ce prix ne sont pas terminées. Je lui ai dit : « Alors, ce prix Née, c’est un prix littéraire ? — Oui ! » et feuilletant une sorte de répertoire : « Je vais vous lire, tel qu’il est défini officiellement : le prix Née, de 4 000 francs, destiné à récompenser l’œuvre la plus originale… »

« Mon cher, lui ai-je dit, je suis au regret. J’en suis désolé. Cela ne me va pas. » Il a soudain l’air ébahi. « Mais non, cela ne me va pas. » Je lui raconte l’histoire de Valéry, venant un jour, il y a dix ou douze ans, me trouver au Mercure, au sortir d’une réunion de l’Académie : « Mon cher, j’ai bien failli, tout à l’heure vous faire donner un prix, un prix de 1 500 francs7. Puis, je me suis dit : « Je vais me faire engueuler !… » Je lui dis que j’avais accepté l’affaire du prix de zoophilie, parce que je trouvais cela drôle, original, amusant. Il ne s’agissait pas de littérature. C’était seulement pour ce que j’ai écrit en faveur des bêtes. C’était un prix hors-série, une curiosité. Les prix littéraires, c’est autre chose. C’est tout différent… « Alors ?… — Alors, je dis : non. — Alors ? vous refusez ?… — Oui. Je refuse. J’en suis au regret pour vous. Je refuse. — Écoutez, Léautaud, vous êtes mon aîné, je n’ai que soixante ans, je viens même de les avoir ces jours-ci8, mais je peux vous le dire, vous êtes un enfant. » Il y est revenu dans la suite de l’entretien encore deux fois : « Vous êtes un enfant. » À la troisième, j’ai perdu un peu patience et d’un ton net : « Mon cher, je suis comme je suis. »

Il s’est mis alors à m’expliquer qu’il a agi là par générosité, qu’il a voulu amener l’Académie à récompenser les écrivains nouveaux. « J’ai fait donner un prix à un surréaliste. J’ai fait donner un prix à Audiberti9, qui est un écrivain si curieux dans ses expressions. (Je me suis retenu de lui dire : même trop curieux.) Je vous ai fait donner un prix à vous, Léautaud, un prix de 4 000 francs. J’ai fait donner l’année dernière un prix de 100 000 francs à Valéry, quand on lui a supprimé son cours du Collège de France, qu’on ne savait pas alors qu’on lui rétablirait. » (Il n’y a pas que la République des camarades. Il y a aussi l’Académie…) « J’ai voulu faire récompenser les écrivains qui se sont bien tenus » (dans les circonstances actuelles). S’il connaissait mes opinions à ce sujet, et de quel côté je suis ! Cette manie aussi de faire le protecteur, le bienfaiteur (le souci aussi de se faire des partisans, des obligés), cette façon de faire le régent de collège, de compter les bons élèves, bien sages… « Je sais, mon cher, lui ai-je répondu. Je connais votre générosité, vos façons d’agir. Je ne mets pas en doute les sentiments qui vous ont guidé. Je suis désolé d’y répondre comme je le fais, mais il n’y a rien à faire : je ne veux pas de prix littéraire. »

Il se met alors à dire, presque parlant pour lui-même : « Ma femme me disait : « Es-tu sûr qu’il acceptera ? »

À cela, mon ton un peu vif m’a repris : « En effet, mon cher, vous auriez pu me demander avant. »

Il lui a fallu se résigner : « Eh ! bien, je vais faire annuler l’attribution. On ne pourra pas faire de communication aux journaux. » (Je l’ai assuré, à cela, que je n’entends tirer aucun effet de mon refus, qui est entre lui et moi.) « On ne notifiera pas l’attribution du prix Née lors de la séance, en décembre, dans laquelle on les proclame officiellement. »

Au ton de cet entretien, à la façon un peu froide avec laquelle il m’a quitté, je crois bien que me voilà brouillé avec Duhamel. Ce sera comme il voudra.

[…]

Duhamel, rentré à Valmondois, a dû dire à sa femme : « Léautaud refuse le prix. » Et elle : « Je t’avais prévenu ! »

Mercredi 14 Juin

Ce que cette histoire de prix m’aura embêté, dérangé ! Au diable, les gens qui veulent faire le bonheur des autres, encore plus sans leur en demander la permission, comme Duhamel en la circonstance.

Tantôt, j’ai pris mon courage à deux mains et je suis allé au Petit Parisien, là-bas, au diable, rue d’Enghien10. Demandé à voir le directeur de la rédaction. Je lui ai fait passer mon nom. Trop petit personnage pour ce monsieur. Il m’a fait recevoir par un de ses sous-ordre. Celui-ci, ma foi ! fort aimable et obligeant. Le prix Née ? Paul Léautaud ? grandes nouveautés pour lui, mais, après notre entretien, me reconduisant, il m’appelait : « Cher Maître. » Ce que c’est que d’avoir eu pendant huit jours un prix à l’Académie.

J’ai commencé par le prier de rechercher le numéro de vendredi dernier. Je lui ai montré dans ce numéro l’annonce du prix Née, et mon nom, imprimé en sorte de vedette. Cela fait en quelques mots, je lui ai expliqué : « On m’a donné un prix. Je ne l’ai pas demandé. Je n’en veux pas. Je suis allé hier trouver le secrétaire perpétuel pour lui faire part de mon refus. Je viens vous demander si vous voudrez bien publier trois ou quatre lignes pour faire connaître ma décision. » Cet excellent homme m’a répondu qu’il ne voyait rien qui pût s’y opposer. Je lui ai exposé alors, avec clarté, insistance, recommandation la plus expresse, que je voulais la chose la plus simple du monde, la plus discrète, sans aucun effet, aucun théâtre (il m’est venu à l’idée que c’est Laubreaux11 qui a dû donner cet aspect à l’annonce du prix), qu’on m’a fait (l’Académie) une politesse et que je me dois de répondre de même, et que, s’il voulait bien me le permettre, j’allais lui dicter le texte de ces quelques lignes. Il y a consenti et je lui ai dicté ceci :

« À propos du prix Née, dont nous avons annoncé l’attribution à Paul Léautaud, nous sommes informés que celui-ci a décliné l’honneur que lui a fait spontanément l’Académie française. »

Il m’a assuré qu’il remettrait cela à un rédacteur, M. Poulet, chargé de la rubrique des Académies et qui a fait l’annonce des prix attribués jeudi dernier par l’Académie française.

Jeudi 15 Juin

Il m’est venu cette réflexion, ce matin, que j’ai peut-être tiré Duhamel d’un mauvais pas avec mon refus. Les académiciens qu’il a amenés à me donner le prix n’ont probablement jamais rien lu de ce que j’ai écrit. Si la curiosité leur en venait, ils auraient pu lui dire qu’il les avait fait récompenser un écrivain non seulement peu académique, mais un véritable anarchiste intellectuel dans le sens le plus complet du mot.

J’écrirai d’ici quelque temps à Duhamel que je renonce également au prix de zoophilie.

Ma petite note a paru ce matin dans Le Petit Parisien, telle que je l’ai dictée dans ma visite d’hier.

À Paris
À propos du prix Née, dont nous avions annoncé l’attribution à Paul Léautaud, nous sommes informés que celui-ci a décliné l’honneur que lui a fait spontanément l’Académie française.

Le Petit Parisien du quinze juin 1944, page deux, haut de la colonne deux

À Louis Cario12

le 16 juin 1944

            Mon cher Cario,

Votre carte est charmante.

Je n’avais rien demandé.

J’ai refusé.

J’en suis presque brouillé avec Duhamel, qui avait tout pris sous son bonnet.

        Cordialement.

P. Léautaud

Mardi 20 Juin

Il paraît que quelques libraires, qui ont dû mettre quelques exemplaires de côté à la publication, maintenant qu’il est épuisé, vendent le tome II des Chroniques 700 francs.

L’affaire semble maintenant terminée, avec néanmoins encore quelques scories ici où là comme ce 23 juin :

En revenant de la rue Saint-Honoré, rencontré Cocteau, à la librairie Anacréon, rue de Seine. Il est toujours charmant, simple, cordial, original de propos comme d’esprit. Il a vieilli comme tous nous avons vieilli. Son visage, comme il arrive souvent, en est devenu plus intéressant, plus expressif que lorsqu’il était jeune.

Il est habillé de façon très élégante et originale sans rien qui se voie. Il avait ce soir sur les épaules une sorte de petit mantelet un peu féminin, avec une bordure de couleur différente, il m’a semblé, très joli.

Il m’a fait grand compliment d’avoir refusé le prix de l’Académie.

Voir aussi au trente juin.

La radicalisation

À la Libération Paul se ratatine complètement. Il a 72 ans et son monde s’écroule. Autour de lui surgit une jeunesse, et ses amis anciens le déçoivent. Il n’est pas sûr que son second tome du Théâtre de Maurice Boissard soit publié et il n’a plus de revenus. Journal au trois septembre 1944 :

Mes dispositions d’esprit, aussi, à l’égard de tous ces hommes qui ont été mes amis Paulhan13, Valéry, Gide, Duhamel, jusqu’à Billy, peut-être ? Je ne me sens plus rien de commun avec eux. Je n’ai aucune envie de les revoir. Je ne pourrais pas leur cacher cet état d’esprit. Même si je ne parlais pas, mon visage, sur lequel tous mes sentiments se marquent si vivement, le leur révélerait.

Pendant quelques temps, quelles que soient les avances de Georges Duhamel, Paul restera glacial. Le 21 septembre il reçoit une lettre de Georges Duhamel lui proposant de reprendre son ancien emploi au Mercure dans la nouvelle équipe mais ne répond pas. Une journée de la semaine suivante, le 26 septembre, est précieuse. Elle indique clairement l’état d’esprit de Paul :

Je vois seulement aujourd’hui Le Figaro (du 9 septembre14) rendant compte de la réunion du Comité National des Écrivains et de la motion votée à l’unanimité, réclamant du gouvernement des sanctions à l’égard d’« un certain nombre d’écrivains pour leur complicité avec l’ennemi pendant l’occupation ». L’ostracisme prononcé par ces messieurs ne leur suffit pas. Ils veulent encore que le gouvernement s’en mêle.

Quelques lignes concernant Jean Paulhan qui a tenté, ce qui est tout à son honneur, de « défendre pour l’écrivain le droit à l’erreur15 ». Vive intervention aussitôt de Duhamel pour mettre à néant cette suggestion, et qui l’a emporté. Le malheureux n’est même plus sensible aux arguments de la raison. C’est bien le « justicier » déchaîné. Il aurait fait merveille à la Convention, pour réclamer les mises hors la loi et voter la mort. Il finira par me faire pitié.

La journée du lendemain est pire, et les suivantes exposent une profonde radicalisation de l’antipathie de Paul Léautaud envers Georges Duhamel, qui tourne à l’obsession.

Le treize décembre 1944, Paul à rendez-vous avec une dame se faisant appeler Saint-Exupéry Grandmaison16. Et qui a des nouvelles d’André Rouveyre actuellement dans le Midi.

J’arrive rue de Condé. Je traverse la chaussée en face la porte du Mercure. Je vois un homme qui allait entrer, descendre le trottoir et venir vers moi. Avec ce qu’est devenue ma vue, qui fait que je ne reconnais pas les gens à deux mètres, je ne reconnais Duhamel que lorsqu’il m’aborde. Bonjours réciproques. Puis : « Je vous ai écrit une lettre il y a quelque temps, Léautaud. Vous ne m’avez pas répondu. » Je ne lui ai rien répondu. Nous entrons, moi le faisant passer le premier. Arrivé au premier : « Vous montez ? » (à la rédaction). Je ne lui réponds rien et je le laisse monter seul, pour entrer à la librairie. Je trouve là Mme de Saint-Exupéry Grandmaison qui m’attendait et nous entrons pour notre entretien dans la petite salle vitrée qui se trouve au-dessus du magasin. Il y avait une heure que nous étions là, à parler, que Mlle Blaizot17 vient me trouver : « M. Marcel Roland18 voudrait vous dire un mot. » Je me lève et je lui dis d’entrer : « Voudriez-vous monter, pour voir Georges ? (Duhamel). » Je lui ai fait cette réponse : « Il est trop tard. » Duhamel finira peut-être, si ce n’est déjà fait, par deviner le motif de mon attitude. S’il ne l’a pas deviné, je le lui dirai quand je me trouverai seul avec lui. Je ne veux pas pousser les choses jusqu’à le lui dire devant témoins.

À partir de là le nom de Georges Duhamel devient plus rare dans le Journal, c’est-à-dire qu’il n’apparaît plus que tous les quinze jours. Laissons passer six mois de moqueries diverses et arrivons au 27 juin 1945 :

Passé au Mercure. Le vieux commis de la librairie, M. Wolff19, qui va souvent chez Duhamel pour lui porter des volumes, me dit qu’il lui demande souvent de mes nouvelles : « Est-ce que vous voyez de temps en temps M. Léautaud ? Comment va-t-il ? » Alors, il n’a rien deviné de mon état d’esprit à son égard, malgré le changement qu’il a pu constater dans mon attitude, la dernière fois que nous nous sommes rencontrés au Mercure ? Et alors que je ne me gêne, en aucun endroit, de dire ce que je pense de l’attitude et du rôle qu’il a pris et comment je le juge, rien ne lui est parvenu ? Bien curieux, bien surprenant.

Le Temps de la recherche

Avec le temps, Georges Duhamel apparaît de moins en moins dans le Journal, une douzaine de fois en 1946 et l’on pourrait penser que cette animosité s’estompe mais en 1947 le nom de Georges Duhamel redevient plus fréquent, notamment avec la parution du Mercure d’avril.

Dans ce numéro, pages 663-701, on peut lire la fin de la prépublication du livre de souvenirs de Georges Duhamel Le Temps de la recherche, troisième volume d’une série de cinq parue de 1944 à 1953 sous le titre global de Lumières sur ma vie couvrant la période de 1884 à 1928.

Quelles que soient les amabilités de Georges Duhamel dans ce texte, Paul, dans la journée du 31 mars 1947, trouve le moyen de s’en trouver mécontent et chipote sur quelques inexactitudes factuelles :

Ce n’est pas trop dire qu’il me présente, — je laisse de côté les traits favorables, — sous le jour le plus inexact.

Lettre à Marie Dormoy datée du lendemain premier avril :

J’ai reçu le Mercure hier matin et j’ai lu. Ma première impression : une petite infamie, et je me suis trouvé ce matin avec cette décision presque bien arrêtée de tourner simplement le dos à Duhamel à ma première rencontre avec lui au Mercure et venant me tendre la main, et de ne plus mettre les pieds dans la maison.

Pourtant, dans la suite de cette lettre :

[…] je suis monté un moment chez Rouveyre. Nous avons parlé de cette petite affaire. Il s’est mis à lire, soigneusement, attentivement, à haute voix, ce portrait en question. J’avoue qu’il m’a assez éberlué. Il n’y voit pas tout ce que j’y vois. (Il est vrai qu’il est lui-même faiseur de perfidies). À son avis, je commettrais une grande maladresse en prenant les choses comme je me le proposais, et sur ce point il a raison […]

Une phrase a surtout déplu à Paul, c’est cette affaire de dents, qui l’a contrariée toute sa vie :

L’accueil qu’il réservait au visiteur même amical et familier était toujours imprévisible. Il demeurait le plus souvent assis dans un vieux fauteuil, tout occupé, s’il n’écrivait point, ce qu’il faisait avec une gémissante plume d’oie, à s’émincer, à se rogner infiniment la peau des doigts avec quelque lame tranchante, faute peut-être d’y mettre les dents qui n’étaient presque plus, chez lui, qu’un attribut intellectuel . Certains jours, il était sombre, inabordable, hargneux : « Bonjour… Bonjour… » Il demeurait alors tassé dans l’angle, à l’ombre des murailles, l’air d’un Voltaire de vaudeville, mais sombre et presque désespéré. Il faisait sécher sur une des tables de son cabinet, toutes sortes de croûtes de pain destinées aux animaux, chiens et chats abandonnés, qu’il recueillait dévotement pour les soigner et dont il faisait, de son propre aveu, sa société favorite.

Or à cette époque Paul Léautaud disposait encore de toutes ses dents. Il a légitimement été meurtri par cette phrase, objectivement malheureuse, de Georges Duhamel. On trouve, aux dates suivantes du Journal plusieurs traces de ce reproche. Ce ne seront, à propos de ce texte, que relevés d’erreurs minuscules, comme l’adresse de Remy de Gourmont à son arrivée à Paris (41 rue d’Hauteville) ou un accent aigu malheureux sur le e de Remy de Gourmont. En lisant la phrase qui commence par « Le personnages » on ne peut que comprendre que le typographe n’est peut-être pas étranger à l’erreur, mais Paul n’a vu que l’accent.

[Texte reproduit avec les fautes.] Le personnages vénéré de la maison, comme disent les Orientaux, était Rémy de Gourmont. Je n’ai jamais vu Rémy de Gourmont. J’ai reçu de lui des lettres plutôt querelleuses

Page 669

Les Mercure de juillet et août 1948

C’est donc dans cet état d’esprit que se trouve Paul Léautaud dans ces années d’après-guerre. Dans le Mercure de juillet 1848 paraissent des fragments du Journal littéraire d’août 1937 et d’avril et décembre 1946 (pages 427-440). Dans ces fragments, une date, celle du 24 août 1937 (page 430) met en cause Georges Duhamel, qui dans le numéro suivant (août), répondra avec l’élégance qu’on attend. Cette réponse (ainsi que celle d’Auriant lui aussi mis en cause), est reproduite ici en fin de page dans un document PDF extrait du numéro du Mercure.

Le trente juillet, Paul reçoit le numéro et écrit le jour même une bien trop longue lettre sur le coup de l’émotion. Il aurait dû laisser passer quelques jours, d’autant qu’il a mis une semaine à l’expédier.

À Samuel de Sacy20

Vendredi 30 juillet 1948

        Cher Monsieur,

Reçu ce matin le Mercure numéro d’août. Je regarde le sommaire. J’y lis, en fin : Correspondance. Je me dis tout de suite : cela doit être pour moi. Je vais à la page indiquée. Je trouve la lettre de M. Georges Duhamel21, de l’Académie française. Je viens de la lire et j’ose compter sur la même courtoisie qui vous a fait lui demander, (une innovation22 !) son appréciation sur mon fragment de Journal paru dans le Mercure de ce mois23, pour publier dans le prochain numéro ma réponse24, écrite sur-le-champ, à cette lettre. Lui-même en aura grand profit, pour se montrer plus circonspect dans ses rappels du passé.

M. Georges Duhamel est très occupé. Il est membre de l’Académie française, de plusieurs autres, de nombreux jurys littéraires. Comme l’a dit un de ses confrères de l’Académie : Il ne peut pas voir un fauteuil sans avoir envie de s’asseoir dedans — ce qui nécessite bien des démarches. Il produit beaucoup, livres et articles, et je me suis fait, ces derniers temps, dans mes relations, un certain succès, avec l’appellation que j’ai trouvée pour lui : écrivain pour familles nombreuses. Portant, en outre, la bonne parole — c’est sa spécialité — aux pays les plus lointains, s’étant fait son propre manager, à s’étonner qu’il n’ait pas une roulotte chargée de ses livres, avec des tréteaux pour les exposer de ville en ville et en vanter aux foules la rare excellence : Mesdames, Messieurs, les produits que vous voyez ici …, dont je suis le seul fabricant … qualité garantie …, vrai personnage, lui-même de ses Scènes de la Vie future25. Tout cela fait qu’il écrit vite — trop vite. J’entends : sans réfléchir, et se méfier, et se contrôler. Pour son grand dommage.

Rien que le fait de qualifier de Souvenirs le fragment de Journal en question. Le titre est pourtant là : Journal. Non des souvenirs. Et comme le mot le signifie : pages écrites chaque jour, sur des faits, des circonstances de chaque jour. La différence est grande. Cette confusion, qu’on fait souvent, qu’il me faut relever ici, me fait me rappeler ce que m’a dit plus d’une fois Alfred Vallette, à propos des ouvrages qu’il voyait paraître de temps en temps sur l’époque du symbolisme, combien il faut se méfier des souvenirs écrits à distance, pour leurs erreurs de mémoire, leurs dénaturations de faits, de circonstances. C’est à merveille le cas de M. Georges Duhamel, aggravé chez lui, au moins en ce qui me concerne, de bévues telles qu’on est porté à les croire volontaires, inspirées par la malignité, et qui se retournent contre lui. Dans Au Temps de la Recherche, qu’il a publié l’année dernière dans le Mercure, souvenirs sur sa jeunesse, suivis de souvenirs sur ses débuts à la revue, (1913, rubrique de Poèmes), il fait le portrait de gens qu’il a connus, rencontrés à son entrée dans la maison : Alfred Vallette, Dumur, Paul Morisse, Jarry, moi-même. Je laisse de côté ici, pour aujourd’hui, une invention de mauvais aloi à laquelle je répondrai un autre jour26. Ce point seulement : il situe à cette époque, (celle de ses débuts au Mercure, je tiens à le répéter), une petite scène entre lui et moi, sur certaines tournures de style, qui se place exactement en 1935, quand il prit la direction de la revue, après la mort d’Alfred Vallette et qu’il me proposa d’être lecteur. Je retrouve dans mon Journal le passage sur cette drôlerie, que j’ai reproduit dans un fragment publié dans la revue la Nef, numéro de juin 1935, relatant une visite d’André Gide à qui je la racontai. Je répondis à Duhamel : « Je vous remercie, je n’y tiens pas. D’abord, je trouve délicat de juger les écrits d’autrui. Ensuite, c’est une corvée, et je n’aime pas les corvées. Surtout, je suis un être passionné. J’ai des partis pris auxquels je tiens. Ainsi, il me tomberait à lire un chef-d’œuvre dans le genre de l’Aphrodite de Pierre Louÿs, au panier ! J’ai horreur des romans sur l’Antiquité. Il me tomberait à lire un autre chef-d’œuvre dans lequel je trouverais une façon d’écrire comme la vôtre : Il aimait beaucoup de se promener… Il me semblait de voir… Il me semblait d’être pris… Il n’y aurait pas de chef-d’œuvre qui tiendrait : au panier ! » Madame Duhamel — je lui demande mille pardons de la nommer ici — présente ce matin-là, assise sur le canapé qui se trouvait alors à la rédaction, ne se tenait pas de rire27.

Et cela n’est rien. Et cela n’est pas tout. Il y a plus sérieux, plus dommageable. Pas pour moi, qui suis solide sur mes bases. Pour lui, qui s’est bien fourvoyé et à qui un peu de prudence eût été salutaire. Il écrit dans sa lettre : « Il me semble me rappeler avoir hésité quelque temps à publier un texte de Léautaud parce que ce texte était assez riche en grossièretés ou en obscénités. » J’ai grand plaisir à le mettre ici à même de se rappeler exactement. Il s’agit là du fragment de mon Journal paru dans le Mercure du 15 novembre 1935, dans lequel je relate une visite de Louis Bertrand à Alfred Vallette, (jeudi 1er octobre 1908), au sujet d’un livre sur Flaubert qu’il devait publier au Mercure28. Il avait pensé le corser avec des lettres de Maupassant à Flaubert, et avait dû y renoncer devant les choses qu’elles contenaient. Il avait donné ces lettres à lire à Vallette, qui nous en parla, (Dumur, Morisse et moi), après son départ, nous répétant les passages de ces lettres, montrant chez Maupassant un érotomane consommé, une obsession aiguë des choses sexuelles, passages que j’ai reproduits dans ma relation. M. Georges Duhamel les qualifie de « grossièretés ou obscénités » ? Je n’ai rien à dire. On est différents. Moi, je ne tends pas un mouchoir à Dorine pour me cacher son sein. Et les qualifiant ainsi, il me les attribue et me montre aux lecteurs comme un écrivain de « grossièretés ou obscénités » ? Quand ce sont des citations de Maupassant ? Avouez qu’il aurait mieux fait, pour lui, de jouer de sa flûte29 que d’écrire sa lettre. En d’autres occasions également.

Quant à ce qu’il écrit : avoir hésité quelque temps à publier ce texte… Je copie dans mon Journal de 1935 ces passages :

Vendredi 18 octobre.… J’ai travaillé ces deux dernières nuits jusqu’à 3 heures du matin à la copie d’extraits de mon Journal, pour le numéro du 15 novembre, que m’a demandée Duhamel. Une vingtaine de pages.

Mardi 29 octobre. — … Comme je lui disais, (à Jacques Bernard), que j’ai été le premier, hier soir, à demander à Duhamel son avis sur deux lignes concernant Barrès, et que je lui répétais ce qu’il m’a dit, qu’il ne voulait lire que ces deux lignes, qu’il me lira dans le Mercure. Bernard me dit : « Je sais. Il me l’a répété hier soir. Il m’a dit qu’il a tenu absolument à ne pas examiner ce que vous avez donné. »

Paul Léautaud

Il écrit : Il se présentait innocemment30 comme un écolier de Rivarol et de Chamfort et disait que ces libres écrivains étaient les seuls maîtres dignes d’être prisés et imités.

Je défie bien qu’un seul des visiteurs que je recevais dans mon bureau puisse dire m’avoir jamais entendu parler de ces deux écrivains, même seulement prononcer leurs noms31. Si M. Georges Duhamel avait un peu réfléchi, il lui serait peut-être apparu que de toutes les choses, en littérature, qui peuvent s’imiter, l’esprit n’est pas du nombre. Pas plus qu’il ne s’apprend et ne s’acquiert.

        Avec mes hommages.

Paul Léautaud

Cette charge ne paraîtra pas, quelle que soit la sympathie de la nouvelle direction pour ce brave Paul. À La NRF on ne touche pas à Jules Romains, au Mercure on ne touche pas à Georges Duhamel.

Quant à sa lettre, Paul ne l’envoie pas le soir même, il souhaite en faire « une copie bien lisible, pour la composition » (lundi deux août).

Petit débat littéraire

Journal au mardi trois août (et jours suivants)

J’ai changé de projet. Si le Mercure me refuse l’insertion de ma réponse à Duhamel, j’en ferai à mes frais une petite brochure, que j’enverrai aux hebdomadaires littéraires, à quelques revues et à des relations. Je viens d’en faire déjà la couverture.

Sans en rien savoir, ni le pouvoir, le Mercure étant fermé pour tout ce mois, je ne serais pas étonné que Duhamel, après l’expression de son regret d’avoir écrit sa lettre, se soit informé, en écrivant à M. Hartmann ou à M. de Sacy, [afin de savoir] si j’y répondrai.

À l’évidence, Paul attache à cette affaire bien davantage d’intérêt qu’elle le mérite. Un vieillard seul ; dans sa maison isolée, pendant les vacances d’août32

Mercredi 4 août

Une question aussi pourra jouer, une question d’intérêt, pour M. Hartmann33, s’il a des dispositions à ne pas publier ma lettre (raison : Duhamel) : c’est la question de mon Journal, le risque de ne plus l’avoir à éditer.

Vendredi 6 août

Je me suis enfin mis aujourd’hui à l’affreuse corvée de la copie au net, bien lisible, de ma réponse à Duhamel. Elle n’est pas, par le ton, ce qu’elle aurait été autrefois en un autre temps. Je traîne un si mauvais état d’esprit, de chagrin, de regrets, de désirs inutiles et irréalisables qui domine tout.

Dimanche 8 août

9 heures du soir. — Je viens de mettre à la poste, pour M. de Sacy, au Mercure, ma réponse à la lettre de Duhamel. Je pousse un ouf ! de soulagement, de cette affaire terminée, — pour le moment.

Chose renversante : Marie Dormoy est absolument contre moi, — encore tantôt, chez elle, — dans cette affaire. Elle s’entête à me dire : « N’empêche que vous avez publié ces grossièretés et obscénités. » Qu’elles ne soient pas de moi, qu’elles soient des citations, ne compte pas pour elle. Une vraie réédition du fléau, comme avec sa sortie à propos de Mme Bachelin.

J’ai écrit ce soir une réponse à M. de Sacy en dix minutes, le temps matériel de l’écrire, tant je suis résolu à ne pas encaisser cette histoire. Je me tiens à mon projet : si l’insertion de ma réponse m’est refusée, — je m’y attends, — je la publie en brochure.

« Une réponse à M. de Sacy »… Quelle réponse ?

Mercredi 11 août

Je viens d’écrire, ce soir, pour l’envoyer le moment venu, ma lettre à M. de Sacy pour l’aviser que je vais publier en une petite brochure toutes les pièces de mon débat avec Duhamel et qu’il me faudra naturellement faire mention du refus par le Mercure de publier ma réponse.

Jeudi 12 août

Le débat doit être ouvert, entre M. de Sacy et M. Paul Hartmann, et peut-être Duhamel, pour la publication ou la non publication de ma réponse. Cela m’amuse beaucoup à distance.

Enfin un sentiment plus raisonnable.

Le dix août, marie Dormoy est elle aussi parti en vacances. Le vingt août Paul lui écrit à Vichy à propos de cette affaire (il est passé rue de Condé voir la concierge) :

[…] Je vous l’ai dit, je l’ai mise à la poste, à Fontenay, à 9 heures du soir, le même dimanche ci-dessus 8 Août. Elle a dû arriver au Mercure le lendemain lundi vers 4 heures. M. de Sacy m’avait dit qu’il donnerait des instructions à la concierge pour qu’on lui fasse suivre au village de Seine-et-Oise où il passe ses vacances avec sa famille, les Mureaux, je crois. Après 10 jours, aucune réponse. Je me demandais si on avait bien fait suivre.

On n’a pas eu à faire suivre. M. de Sacy est venu à trois reprises prendre le courrier, après une semaine passée en Poitou. Ce qui m’empêche de juger si c’est la semaine dernière, ou seulement celle-ci qu’il a eu ma lettre.

Maintenant, Duhamel est à Valmondois. M. de Sacy est en vacances. M. Hartmann est peut-être aux siennes. Comme je pense qu’ils ont eu à se concerter tous les trois, il faut le temps. Je ne peux donc préjuger de rien. Je ne puis croire qu’on ne me réponde pas, dans le sens oui, comme dans le sens non. Je vous l’ai écrit tout de suite, c’est au non que je m’attends. En tout cas, le Mercure rouvert le 1er Septembre. Je n’irai pas m’enquérir. Si c’est le refus, je tiens à l’avoir par écrit.

La maquette de la petite brochure est toute prête, format, texte de la couverture, disposition des textes. Pas de couverture au sens exact du mot. Tout sera du même papier, genre papier du Mercure (sans boire l’encre) et d’un format à tenir, pliée en deux, dans une enveloppe à lettres ordinaire.

Journal au huit septembre :

Je suis allé voir Galtier-Boissière34 au sujet de la petite brochure que je veux faire avec mon débat Duhamel. Je suis bien aplati, j’avais complètement oublié la notion des prix actuels en impression. Il faudrait que je compte plusieurs billets de 1 000, 10 ou 15. Jamais je ne mettrai une pareille somme à une affaire de ce genre. Il m’a totalement désenchanté de mon idée de donner mon texte à un hebdomadaire pour la valeur d’une page. « On vous dira oui, et on tripatouillera sans rien vous dire, et en admettant qu’on vous le prenne, cela ne peut pas intéresser le grand public. » Tout cela parfaitement vrai, et juste.

Passé voir la Poularde35. M. Paul Hartmann n’est pas encore rentré de vacances. M. de Sacy est en séjour à Vernouillet mais vient chaque jour au Mercure. Son silence vient-il qu’il n’a pas encore parlé de ma réponse avec M. Hartmann ?

Lundi 20 septembre

Aucunes nouvelles36 encore de M. de Sacy au sujet de ma réponse à Duhamel : si on la publie ou si on ne la publie pas, la chose ayant dû se décider mercredi ou jeudi, au retour de M. Hartmann, et après sa lecture de ladite réponse. Serait-ce qu’ils se sont résignés tous les deux à la publier, et, de même que M. de Sacy n’a pas jugé utile de m’écrire sur la réception de cette réponse, juge-t-il également inutile de m’écrire sur ce nouveau point, et vais-je trouver ma lettre dans le numéro du 1er octobre. Ce serait drôle. Attendons jusque-là. Ce n’est qu’une dizaine de jours. Il me semble que dans le cas de refus, j’en serais déjà informé.

J’écris tout cela ce matin, tout en lavant chemises et mouchoirs, faisant mon ménage, et préparant le déjeuner de mes bêtes et le mien.

Mercredi 22 septembre

Eh ! bien, je me suis bien avancé hier, au sujet de ma réponse à Duhamel, en pensant que, sans nouvelles de M. de Sacy, il pouvait en être qu’on la publiait. Ce matin, lettre recommandée de M. de Sacy, accompagnant le manuscrit de ma réponse, et des épreuves de celle-ci, comportant de nombreuses suppressions, la lettre de M. de Sacy m’expliquant qu’on l’avait réduite aux passages constituant exactement, sans plus, ma réponse à la lettre de Duhamel. J’avais à aller à Paris. Je suis parti plus tôt. Au Mercure, ni M. Hartmann ni M. de Sacy, qui ne viennent que dans l’après-midi. J’ai affaire à cette Mme Manceron37, secrétaire de M. Hartmann. Et j’en apprends d’elle une belle : ma réponse, ainsi tripatouillée, diminuée, est partie hier pour l’imprimerie pour le numéro du 1er octobre. Je n’ai pas caché ma surprise, à cette Mme Manceron, d’un pareil procédé. Comment ? On fait des retranchements à ma réponse, et on l’envoie ainsi à l’imprimerie, sans me la soumettre auparavant. C’est vraiment encore une nouveauté du Mercure actuel. Devant mon attitude, elle se décide à téléphoner à l’imprimerie Firmin-Didot, au Mesnil-sur-l’Estrée38. Elle a la communication au bout de vingt minutes. Il est midi un quart. Il n’y a plus à l’imprimerie que le concierge. Elle le charge de faire en sorte que, le personnel rentré, on téléphone aussitôt au Mercure, affaire très importante. Je ne lui cache pas que si on arrive trop tard, c’est-à-dire le numéro tiré, la publication de ma réponse faite de cette façon, ce ne sera pas une petite affaire.

Je reviens à 4 heures. Dès mon arrivée, j’apprends de Mme Manceron le résultat du téléphonage avec l’imprimerie, après le déjeuner. C’est M. de Sacy lui-même qui a tenu la communication. Les deux derniers cahiers du numéro d’octobre (ma réponse est à cheval sur les deux) n’étant pas encore commencés à être tirés, le reste de ma réponse sera enlevé. Comme je le dis à Mme Manceron et à M. de Sacy : « Vous l’avez échappé belle. »

Ensuite, entretenu avec M. Hartmann et M. de Sacy, entretien très cordial de ma part, avec de grands éclats de rire de ma part. Au fond, cette histoire m’amuse beaucoup. Je dis à M. Hartmann que je n’ai jamais compté sur la publication de ma réponse, me rendant bien compte de toute les raisons pour lui qui s’y opposaient et comme preuve je sors de la poche et je lui montre la maquette, faite par moi, de ce même jour que j’envoyais ma réponse, de la petite brochure que je vais publier à mes frais contenant toutes les pièces du débat, et je dis à M. de Sacy que je l’avais sur moi quand je l’ai vu il y a quelques jours et que je ne lui en ai rien dit ce jour-là, ne voulant pas avoir l’air de peser sur sa décision. Pas un mot de leur part sur ce point. M. de Sacy, lui, met l’envoi, à l’imprimerie, pour le mois d’octobre, de ma réponse remaniée à mon insu, sur le fait qu’il m’avait demandé de venir en discuter avec M. Hartmann, ce que je n’ai pas fait. Encore un homme qui n’a pas de tête. Je lui dis : « Relisez donc la lettre que je vous ai écrite à ce sujet, dans laquelle je vous dis que je trouve inutile de venir discuter, que, comme je le lui ai dit de vive voix, je n’enlève rien à ma réponse, et que je le prie de me faire connaître la décision qui sera prise. » Il va chercher la lettre, me la tend, je la lis moi-même à voix haute, et j’ai de lui ce mot : « En effet, en effet. J’ai mal lu. » Je me retourne vers M. Hartmann seul, et je lui remontre que, tout de même, son procédé d’envoyer ma réponse à l’imprimerie sans me soumettre les retranchements est un peu excessif, déplacé, abusif, que jamais on n’aurait fait cela, pour personne, à l’ancien Mercure, du temps de Vallette. Il croit se tirer d’affaire en m’opposant qu’on a laissé tout ce qui répond directement à la lettre de Duhamel. Je ne me gêne pas : « N’usez pas de subtilités, le fait n’en est pas moins là. Je vous le répète : je n’ai jamais compté que vous publieriez ma réponse. » Pauvre Mercure, et surtout pauvre Mercure, ce qu’il est devenu. On ne s’étonne plus qu’il soit illisible.

Il ne m’a pas du tout intéressé de savoir si on a soumis, ou non, ma réponse à Duhamel. Je penche plutôt pour la négative.

En remontant la rue de l’Odéon, pour aller au Mercure, entré un moment à la librairie Monnier, dire bonjour à Maurice Saillet39, que je n’ai pas vu depuis plusieurs mois. […] Je lui parle à mon tour de mon affaire avec Duhamel, par conséquent avec M. Hartmann et M. de Sacy, et je lui montre, le laissant en feuilleter les textes, la maquette de la petite brochure en projet. Cela le réjouit beaucoup. Il me dit : « J’espère en avoir un exemplaire. » Je lui dis qu’il est déjà sur ma liste de service. « Je ferai un article… dans Combat. » Il me dit qu’il en a déjà publié un sur lui, sans le nommer, intitulé L’Hypocrite sanctifié40, titre, je crois, d’un roman de Max Beerbohm41, paru autrefois au Mercure. Il me répète ce qu’il m’a déjà dit il y a quelque temps, que M. Hartmann et M. de Sacy, et même les dames de la rédaction, sont bien revenus sur le compte de Duhamel écrivain, depuis qu’ils ont eu, tous, à corriger les épreuves des Pasquier, pour la mise de ce roman dans la Bibliothèque choisie. Il me parle, pour ma brochure, d’un ami, jeune imprimeur à ses débuts, qui me l’imprimera avec grand plaisir (il est de mes lecteurs) et sans abuser sur les prix, typographie et papier. Il me dit que cette brochure mettra certainement en mouvement les gens qui ont beaucoup à dire sur Duhamel et qui ne savent comment commencer. Il m’exprime cette opinion que je devrais publier tout le développement de l’histoire. Je lui dis que je me le suis proposé, que j’y ai renoncé devant la dépense, que je ne veux pas non plus mettre M. Hartmann dans une situation délicate à l’égard de Duhamel. Il se range à mon avis, et me donne raison.
[…]
Saillet a une grande préférence, et sympathie pour M. de Sacy, qu’il trouve bon connaisseur et juge littéraire, modeste, tenant bien sa place. M. Hartmann, pour lui, ne connaît rien à la littérature.
[…]
Il me vient aussi, à l’instant, l’idée de mettre dans ma brochure une reproduction photographique des épreuves de ma réponse avec toutes les suppressions opérées par le Mercure. Ce serait drôle. À cent exemplaires, ce ne serait pas un grand supplément de dépense, et cela serait une réponse au procédé de M. Hartmann envoyant ma réponse à l’imprimerie, pour le tirage du numéro, sans avoir daigné me soumettre les suppressions opérées par lui.

Jeudi 30 septembre

[…]
J’ai renoncé, pour ma petite brochure, à y faire reproduire les épreuves de ma réponse à Duhamel, avec les retranchements opérés par M. Hartmann. Il a été si aimable à mon égard à la prise de direction de la maison, il l’est encore si bien actuellement, — et supplémentairement comme je l’ai dit dès les premiers jours et ai été le premier à le lui dire, — il lui était si complètement impossible de la publier complète. Je veux éviter tout ce qui pourrait lui être désagréable. Je suis entré le dire ce matin à Maurice Saillet, qui m’a très cordialement approuvé. J’ai retiré aussitôt les dites épreuves de la maquette de la brochure.
[…]
À 4 h.½ librairie Monnier au rendez-vous avec les deux jeunes gens amis de Saillet qui vont établir la brochure. Ils m’ont dit 15 jours. 4 000 francs. Supplément de 20 ex. qu’on indiquera après la mention de la centaine, plus 20 exemplaires comme cadeau aux imprimeurs42.

Justification du tirage du Petit débat littéraire

Dimanche 3 octobre

Marie Dormoy est passée à Fontenay, à son retour de Versailles. Environ 6 heures du soir.
[…]
Elle s’est montrée très mortifiée, au sujet de ma petite brochure Duhamel, que je l’aie donnée à imprimer aux deux amis de Maurice Saillet, alors qu’il était à peu près convenu que je l’en chargerais, « Vous me faites toujours de ces histoires-là. » Répliqué : « Vous m’en faites bien d’autres. »

Mercredi 20 octobre

[…] J’ai reçu ce matin les épreuves de ma brochure Duhamel. Cela ne m’intéresse plus du tout. Et naturellement, tout à l’opposé des indications portées sur ma maquette.

Jeudi 21 octobre

Reçu tantôt la visite du jeune imprimeur43 de ma brochure Duhamel. À mes reproches de n’avoir pas suivi les indications de ma maquette, il m’a expliqué, en en convenant, que Saillet lui a recommandé « de me faire quelque chose d’un peu joli ». Je lui ai enjoint impérativement de s’en bien garder. Une brochure de camelot, voilà ce que je veux. Il va s’appliquer à se mettre à cette hauteur.

L’achevé d’imprimer est daté du 25 octobre.

Après la publication

Mercredi 3 novembre

Dans mon service de la brochure le concernant, j’ai mis un exemplaire pour Duhamel. Je l’ai mis à la poste tantôt. Je tiens à ce qu’il la connaisse, par moi, par un envoi de ma main (j’ai écrit au dos de l’enveloppe mon nom comme expéditeur, pour qu’il en soit bien assuré), franchement, à visage découvert, et non par des tiers, par des bavardages, ou des échos de journaux s’il en paraît, et qu’il puisse penser que je n’ai pas osé la lui envoyer.

Vendredi 5 novembre

Trotté toute la journée, matin et après-midi, en déjeunant d’une demi-baguette de pain tout en marchant, pour déposer des exemplaires de ma brochure Duhamel aux destinataires 5e, 6e et 7e arrondissements. Mon service est fini.
[…]
Je suis passé à la librairie Monnier remettre à Saillet l’exemplaire du Choix de pages que je lui avais promis, son exemplaire de la brochure Duhamel, et deux autres exemplaires qu’il m’a demandés et qu’il fera parvenir, pour Pascal Pia et un nommé Emmanuel Peillet44.

Lire la suite de la journée dans l’édition papier, « L » étant Georges Duhamel.

Dimanche 7 novembre

J’ai une grande jouissance d’esprit à penser au silence probable qu’observera une bonne partie, si ce n’est même la totalité, des gens auxquels j’ai fait le service de ma brochure. À l’avance, je me dis : voilà les hommes, voilà les gens de plume.

Lundi 8 novembre

Autre réflexion : une raison au silence probable des destinataires gens de plume, — et même d’autres, comme Maurice Garçon (Académie) — de la brochure Duhamel : mon Journal et la pensée que j’y ferais état de leur appréciation et peut-être même que je la publierais.

À Maurice Nadeau

Jeudi 11 novembre 1948

        Cher Monsieur Nadeau

J’ai lu ce matin dans Combat, le petit compte rendu de ma brochure Duhamel45. De vous, certainement. Je vous donne ce détail, dont je n’y ai fait état, pour ne créer aucun embarras à M. Hartmann et à M. de Sacy. Le vendredi 30 juillet, ayant reçu le matin le Mercure d’août, y ayant lu la lettre de Duhamel, je suis allé l’après-midi voir M. de Sacy. Dès mes premiers mots : il est venu ce matin. Il avait reçu la revue et relu sa lettre, imprimée. Il nous a dit : j’ai eu tort d’écrire cette lettre, je le regrette.

        Cordialement à vous

P. Léautaud

J’ai envoyé un exemplaire à Duhamel, l’adresse, mon nom comme expéditeur, écrits de ma main, pour qu’il ne connaisse pas cette brochure, par un tiers, des bavardages, des échos de journaux, mais par moi, et sans dissimuler.

Mardi 16 novembre

J’ai fait dire à Galtier-Boissière que s’il désirait quelques exemplaires de ma brochure Duhamel pour des amis, il n’avait qu’à le dire. J’ai sa réponse ce matin. Il me demande six ou sept exemplaires pour des amis du Crapouillot, Bernier, Alexandre, ses collaborateurs pour les numéros sur la dernière guerre, Jeanson46, lesquels, à la suite du petit article de Combat, lui ont demandé de la lui procurer. Tous des anarchistes, c’est fort drôle. Et aussi « plusieurs jolies femmes, de mes admiratrices ». Il est bien temps ! Je vais mettre chez sa concierge huit exemplaires.

Jeudi 18 novembre

Déjeuner Malakoff47. La voiture de Mme Gould est venue me chercher.
[…]
Jean Paulhan, à son arrivée, me remercie de l’exemplaire de la brochure Duhamel.

Le lendemain 19 novembre, Paul Léautaud écrit à Maurice Nadeau une lettre qui semble être une réponse à une demande de publication de la brochure dans une forme différente. C’est ce que l’on croit comprendre en lisant la lettre de Paul Léautaud, entièrement reproduite :

        Cher Monsieur Nadeau

J’ai été ravi cher monsieur, de votre compte rendu. Surtout que je ne me suis jamais illusionné sur le nombre de gens de plume qui feraient écho à cette brochure. Comme je vous l’ai dit, je n’ai pas fait état du remord de Duhamel, pour ne pas mettre en situation délicate M.M. Hartmann et de Sacy qui me l’ont rapporté. Je crois que cette raison demeure. Quand à le rendre moins noir, en le rendant public, ne croyez-vous pas qu’on ferait faire au contraire sur lui cette réflexion fâcheuse que j’ai faite : un écrivain de son âge, qui doit être rompu à tous les incidents de la vie littéraire, qui écrit cette lettre, la donne à publier, et quand il la relit imprimée, regrette et se donne tort de l’avoir écrite !

Il est vrai que nous avons vu, à la Libération, un petit lot de grandes vedettes littéraires, (et académiques, par surcroît) se muer en justiciers français, alors qu’ils n’étaient pas si purs, ou peut-être à cause même de cela, pour quelques temps après, empoisonnés48 plus ou moins en eux-mêmes, plaider le pardon et de répondre ainsi : Embrassons-nous, Folleville49, répétés.

La haute hiérarchie littéraire doit déranger l’esprit, troubler la vue, et faire agir à tort et à travers. Restons des écrivains de seconde zone. On est plus sage et moins bête.

        Cordialement à vous

P. Léautaud

Depuis quelques mois, depuis le printemps de cette année 1948, un brave représentant de commerce, Georges Lapôtre, encombre Paul de son admiration. Journal littéraire au 27 novembre 1948 :

Lapôtre m’a apporté aussi le numéro de Aspects de la France50, le journal de Pierre Boutang, numéro d’avant-hier, dans lequel compte rendu de la brochure Duhamel, comme me l’a dit avant-hier le gendre de Supervielle51, au déjeuner Malakoff. Le titre est un peu fort : Quand Léautaud exécute Duhamel. De même cette appréciation : Duhamel a menti. Duhamel n’a pas menti. Il s’est mépris, sa mémoire l’a trompé. Il n’a pas fait non plus pression sur la direction du Mercure pour me priver de mon droit de réponse. Il n’était pas à Paris à ce moment. Ma brochure n’est pas du tout dans ce ton. Après cela, une façon de l’appeler, drôle et assez juste : « Dostoïevsky des concierges. »

À part une lettre à Samuel Sylvestre de Sacy datée du trois décembre 1949 et sa réponse du 18 décembre, il ne sera plus guère question de cette affaire que par allusion dans le Journal littéraire.

Le numéro 14 des Cahiers Paul Léautaud

Cette couverture reprend la graphie de la couverture originale du Petit débat littéraire, ci-dessous

Pour ceux qui s’intéressent à ce Petit débat littéraire, le numéro 14 des Cahiers Paul Léautaud édité en 1993 par Édith Silve est particulièrement précieux. Il ouvre, page cinq, par une « Introduction au Petit débat littéraire », par Édith Silve et donne ensuite, pages 12-19, le texte de la brochure. On trouve ensuite le texte de Georges Duhamel « Notes et souvenirs 1940-1956 sur Paul Léautaud » provenant de son Livre de l’amertume (Mercure 1984) (pages 20-24).

Notes

1       Lettre à André Rouveyre datée du huit juin 1944 : « La paix n’est pas loin maintenant »…

2       Paul Léautaud connaît René Maran depuis 1915. René Maran (1887-1960), prix Goncourt 1921 pour Batouala (Albin-Michel), est né sur le bateau qui conduisait ses parents guyanais à la Martinique. Le père de René Maran occupait un poste administratif colonial au Gabon. René Maran a débuté dans la revue belge Le Beffroi, de Léon Bocquet. Pour l’accueil du prix Goncourt à un Noir, voir Le Petit Parisien du 15 décembre 1921 ou Le Figaro du 16. On peut observer que René Maran connaît donc l’adresse personnelle de Paul Léautaud. On peut aussi se demander par qui Le Petit Parisien a été informé.

3       Zoophilie n’avait pas alors le sens glauque qu’on lui prête aujourd’hui et était employé stricto sensu : « qui aime les animaux ».

4       Le prix Alfred Née était un prix annuel créé en 1893 et « décerné à l’auteur de l’œuvre la plus originale comme forme et comme pensée ». Ce prix n’a donc pas été décerné en 1944 et n’est plus décerné depuis 1989.

5       L’édition papier reproduit le texte, mais pas la « coupure » proprement dite. Voici le texte : « L’Académie française a attribué un de ses prix à Paul Léautaud / Hier, au cours de sa séance hebdomadaire, l’Académie a attribué le Prix Née à Paul Léautaud, dont vient de paraître le second volume du Théâtre de Maurice Boissard. / Par ailleurs elle a décerné divers prix à MM. Jacques Audiberti, Robert Morel, Jacques Madaule, Ponteil, André Berry et Madame Thyde-Monnier. Monsieur Charles Diehl obtient un prix spécial d’académie pour les problèmes de l’histoire byzantine. »

6       Jean Bonnerot (1882-1964), stagiaire (1903), attaché (1907) puis bibliothécaire (1914) à la Bibliothèque de la Sorbonne ; bibliothécaire à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (1936-1938) ; conservateur de la Bibliothèque de l’Université de Paris (1939-1951). Jean Bonnerot est spécialiste de Sainte-Beuve.

7       Le sept juillet 1932 : « Tout à coup, s’esclaffant : “Ah ! Figurez-vous, mon cher, j’ai failli demander pour vous un prix à l’Académie. Un prix de 1 500 francs. Je me suis arrêté en me disant : “Ce sacré Léautaud ! il est capable de me flanquer un coup de revolver.” »

8       Georges Duhamel est né le trente juin 1884.

9       Jacques Audiberti (1899-1965), s’est installé à Paris en 1925 et a participé à plusieurs journaux dans les rubriques des faits divers, notamment au Petit Parisien. Il fréquente les milieux littéraires et à partir de 1933 il entreprendra une correspondance avec Jean Paulhan, qui sera conduite pendant plus d’une vingtaine d’années.

10     « Au diable », tout est relatif, la rue d’Enghien se trouvant au centre de Paris, près de la porte Saint-Denis et du théâtre du Gymnase.

11     Alain Laubreaux (1899-1968 en exil) est né en Nouvelle Calédonie et a terminé ses études au lycée Louis-Le-Grand avant de devenir clerc de notaire de retour en Nouvelle Calédonie où son père faisait des affaires, peut-être dans les mines. Il rentre en métropole et est engagé comme journaliste dans le très droitier quotidien Le Journal avant de rejoindre L’Œuvre, du bord opposé, puis à La Dépêche de Toulouse où il devient critique littéraire. C’est à partir de 1936 que la carrière de Laubreaux est la plus connue et la plus voyante puisqu’il entre à l’hebdomadaire Je suis partout. Pendant l’Occupation Laubreaux s’est engagé dans la collaboration sans état d’âme. À la Libération il se réfugiera dans l’Espagne de Franco. Il sera condamné à mort par contumace.

12     Louis Cario (1876-1960), docteur en droit en 1904, commissaire répartiteur des contributions directes est homme de lettres et peintre amateur. Louis Cario sera un temps, en 1937, pressenti par Paul Léautaud comme exécuteur testamentaire. Voir l’Histoire du Journal littéraire, par Marie Dormoy.

13     Jean Paulhan (1884-1968), entré à La NRF comme secrétaire de Jacques Rivière en 1920, est devenu le directeur à la mort de Jacques Rivière en 1925. Pendant la seconde Guerre mondiale, Jean Paulhan, entré dans la clandestinité, a collaboré au journal Résistance, participé à la création des Lettres françaises en 1941, et à la fondation des Éditions de Minuit, avec Vercors, en 1942. Jean Paulhan sera élu à l’Académie française le 24 janvier 1963 au fauteuil de Pierre Benoit, où il sera reçu par Maurice Garçon.

14     Ce numéro, comme toute la presse de cette époque, est très intéressant mais on n’y trouve pas l’article en question. On peut cependant y lire, dans la série « Les écrivains en prison » « Une semaine de secret » par Jean Paulhan qui rend compte de son arrestation de fin mai 1941.

15     Ce texte ne se trouve pas à cette date.

16     Antoinette de Saint-Exupéry (1898-1990), a épousé en juin 1918 au Mans l’avocat Jean Loyzeau de Grandmaison (1890-1964). Elle est cousine d’Antoine de Saint-Exupéry (né à Lyon en 1900 et disparu le 31 juillet dernier).

17     Louise Blaizot est la fille de Jean Blaizot, le caissier. « Louisette » a été employée au Mercure du deux janvier 1919 à juillet 1958 avec l’arrivée de Simone Gallimard. Louisette Blaizot est citée 108 fois dans le Journal littéraire. Il ne semble pas qu’elle se soit mariée mais Auriant affirmera être son amant (tapuscrit de Grenoble au sept mai 1928). Lire l’article d’Édith Silve dans le numéro 33 des Cahiers Paul Léautaud, page 28.

18     Marcel Roland (1879-1955), est surtout connu pour son ouvrage de vulgarisation scientifique Les Bois, les champs et les jardins, en dix tomes tous parus au Mercure de 1936 à 1951. Marcel Roland a écrit cinq articles dans le Mercure entre 1935 et 1940. Marcel Rolland vient d’être nommé par Georges Duhamel directeur du Mercure par intérim entre Jacques Bernard et Paul Hartmann, qui sera directeur du Mercure à la fin de cette année 1944.

19     Léopold Wolf (un seul f), unique citation de cette personne dans le Journal.

20     Samuel Silvestre de Sacy (1905-1975) est le petit-fils de l’orientaliste Ustazade Silvestre de Sacy (1801-1869), conservateur de la bibliothèque Mazarine en 1836 et académicien en 1854. Samuel a publié quelques comptes rendus dans La NRF avant d’être nommé administrateur des services civils en Indochine et adjoint du gouverneur général jusqu’au début de l’été 1946. Spécialiste de la littérature du XIXe siècle et plus particulièrement de Balzac, il a aussi publié des ouvrages de Flaubert et de Stendhal. On lui doit l’édition du volume II en Pléiade des Propos d’Alain (1970) dont il a été l’élève en classe de khâgne au lycée Henri IV. Samuel Silvestre de Sacy n’est pas directeur de la revue mais rédacteur en chef, Paul Hartmann (note 33) étant le directeur.

21     On trouvera infra après les notes un scan de ces pages du Mercure.

22     Le texte de la lettres de Georges Duhamel commence par cette phrase : « Vous m’avez, mon cher ami, demandé ce que je pensais des souvenirs de Léautaud, publiés dans le Mercure du 1er juillet.

23     « Le Mercure de ce mois »… en effet la lettre est datée du 31 juillet, même si le Mercure d’août est déjà paru.

24     Cette réponse ne paraîtra pas.

25     Georges Duhamel, Scènes de la vie future, Mercure, mai 1930.

26     Cette affaire de dents, évidemment.

27     Il semble que Paul se trompe. On trouve le récit de cette conversation — qui ne s’est pas tenue avec Georges Duhamel mais avec Jean Paulhan — à la date du 18 octobre 1935 : « Paulhan me dit, dans un coin : “Pourquoi pas vous, directeur du Mercure (la revue) ? — Moi, lui ai-je dit ? Mais je n’ai rien des qualités qu’il faut. Dumur, Vallette étaient capables de prendre un article qui ne leur plaisait pas, s’il était bien fait et susceptible d’intéresser les lecteurs. Moi, je suis bien trop passionné, trop exclusif. J’ai trop de partis pris, auxquels je tiens. Il suffirait que je trouve dans un manuscrit des personnages de l’antiquité, genre Aphrodite, hop ! au panier. Il suffirait qu’un auteur écrive j’aime beaucoup de me promener, hop ! au panier.” Paulhan ne se tenait pas de rire. Nous avons fait défiler les quelques écrivains que nous connaissons qui tombent dans cette niaiserie : Gide, Benda, Valéry, Duhamel. »

28     Dans cet ordre d’idées on peut aussi penser au Portrait de mon père paru dans le Mercure du premier septembre 1937, pages 277-289. Georges Duhamel avait demandé la suppression du mot sperme. La suite de ce texte est parue deux ans plus tard (en octobre 1939) dans La NRF.

29     Georges Duhamel était flûtiste amateur.

30     Ici Paul change de texte et revient, sans prévenir, au fragment du Temps de la recherche paru dans le Mercure d’avril 1947.

31     Ces deux auteurs sont pourtant souvent cités comme des références dans le Journal littéraire, 31 fois pour Rivarol et plus de 90 fois pour Chamfort.

32     Journal littéraire au vingt octobre 1948 : « Je ne vais plus guère à Paris qu’une fois par semaine, et encore pas chaque semaine. Je vis enfermé chez moi. Pas bon, cela. Je suis livré pieds et poings liés à mon désenchantement, à ma flânerie, à mon repliement sur moi-même, à mes réflexions désabusées. Pas le moindre petit excitant, la plus petite flamme de la plus petite illusion. Il m’arrive de me coucher à 8 heures, pour échapper à mon état moral. »

33     Paul Hartmann (1907-1988), a fondé, à l’âge de 19 ans La Nuée bleue. Cette maison d’édition a publié en mai 1926, Le Tourment de Jacques Rivière de François Mauriac (34 pages). En 1931, Paul Hartmann a épousé Madeleine Charléty, la fille du recteur à qui Paul a écrit en mai 1934 dans le but de confier son Journal à la bibliothèque Doucet. À Paris, La Nuée bleue devient la maison « Paul Hartmann » et publie Paul Valéry, André Maurois, puis Colette. Au début de la guerre, Paul Hartmann rejoint la Résistance à Chambéry grâce à des faux papiers que lui a procurés son ami Georges Duhamel (peut-être fabriqués par Blanche). Il se spécialise dans le renseignement, aidé par Madeleine, qui s’intéresse à la confection de faux papiers. À la Libération, Georges Duhamel revenu naturellement dans les murs — ne serait-ce qu’en tant qu’actionnaire — après un intérim exercé par Marcel Roland (note 18) en confie la direction à Paul Hartmann, qui y restera jusqu’à ce que Gallimard reprenne la maison en 1958. Paul Hartmann sera ensuite directeur de fabrication chez Flammarion avant de créer puis diriger le service des éditions de l’École pratique des hautes études jusqu’en 1970, tout en continuant au moins jusqu’en 1967, de diriger sa propre maison d’édition. Source : Agnès Callu, Paul Hartmann : histoire intellectuelle d’un itinéraire éditorial, IMEC.

34     Jean Galtier-Boissière (1891-1966), journaliste et romancier. C’est dans les tranchées d’août 1915 que JGB sort les premiers numéros du Crapouillot, journal des tranchées, humoristique comme tous ses concurrents mais où la réalité de la guerre n’est pas absente, au point parfois d’activer la censure.

35     Berthe Battaiellie, employée du Mercure, aux abonnements.

36     Paul Léautaud employait souvent cette tournure.

37     Peut-être Françoise, Yvonne, Ségolène Manceron (1921-1987), mère de l’historien Claude Manceron et de la romancière Geneviève Manceron (1906-1994) auteure de romans policiers sous le pseudonyme de Bruno Bax.

38     Cette imprimerie qui date de 1823 s’y trouve encore deux siècles plus tard, à dix kilomètres à l’ouest de Dreux. C’est à Mesnil-sur-l’Estrée qu’est mort Firmin Didot en 1836.

39     Maurice Saillet (1914-1990) est depuis 1938 dans la boutique d’Adrienne Monnier, rue de l’Odéon, parallèle à la rue de Condé. Sous le nom de Justin Saget, Maurice Saillet publie régulièrement dans le quotidien Combat, issu de la Résistance. En 1953 il fondera avec Maurice Nadeau la revue mensuelle Les Lettres nouvelles.

40     Combat du quatre octobre 1946, page deux : « Billets doux — il n’y a plus d’avant-garde », par Justin Saget.

41     Max Beerbohm (1872-1956) — et donc contemporain exact de Paul Léautaud — est issu de la bourgeoisie marchande londonienne. Max Beerbohm est un dandy spirituel. Il commence par publier quelques articles dans la presse londonienne, parfois accompagnés de caricatures. À la fin du siècle il passe plusieurs mois aux États-Unis entre des travaux de secrétariat et des articles de journaux avant de publier son premier texte de fiction en 1896, la nouvelle The Happy Hypocrite. Cette nouvelle est parue en volume au Mercure de France, traduite en 1905 par Xavier Marcel Boulestin sous le titre L’Hypocrite sanctifié. On peut trouver l’annonce de cette parution dans le Mercure du quinze juin 1905, page 635.

42     C’était l’usage.

43     François Caradec, qui écrira plus tard : « À un jeune imprimeur : trois lettres inédites de Léautaud », Caractère, mars 1972.

44     Emmanuel Peillet (1914-1973), agrégé de philosophie en 1942, professeur au lycée Louis-Le-Grand en 1958.

45     Page quatre.

Petit débat littéraire
DANS les fragments de son « Journal », publiés dans le « Mercure » du 1er juillet dernier, M. Paul Léautaud mettait en cause à deux reprises M. Georges Duhamel. II l’accusait d’avoir « interdit » en 1937 la publication dans le « Mercure » d’un article d’Émile Bernard, secondement d’avoir fait passer au dernier rang le nom de Léautaud qui, dans le sommaire d’un des numéros de cette année-là, se trouvait au premier. Alarmée par cette double « dénonciation », la nouvelle direction du « Mercure » demandait à Georges Duhamel son sentiment sur ces incidents. Sa lettre a été publiée dans le dernier numéro d’août. Il y disait notamment : « Je me rappelle avoir hésité quelque temps à publier un texte de Léautaud parce que ce texte était assez riche en grossièretés ou en obscénités. Les grossièretés et obscénités ne me gênent pas le moins du monde quand je les rencontre dans un livre, surtout quand elles sont, comme chez Léautaud, à « l’étage du vocabulaire », mais elles sont à surveiller quand il s’agit d’une revue. Une revue n’est pas une maison close…, etc. »
On pense bien qu’avec Léautaud les choses n’en resteraient pas là. Indifférent aux questions de valeur personnelle (il avait tenu secrets jusqu’à présent les incidents de 1937), il s’insurge contre le jugement de M. Georges Duhamel qui semble le tenir pour un écrivain grossier ou obscène. Dans une lettre au « Mercure » qui n’accepta de la publier qu’avec des retranchements auxquels se refusa l’offensé et qui est aujourd’hui publiée en tirage à part, Paul Léautaud se livre à une vigoureuse mise au point.
Il y révèle que les « obscénités » n’étaient pas de lui, mais de Maupassant écrivant à Flaubert, qu’il ne faisait que les rapporter et, prenant son élan, il trace ce portrait de son « persécuteur » :
« M. Georges Duhamel est très occupé. Il est membre de l’Académie française, de plusieurs autres, de nombreux jurys littéraires. Comme l’a dit un de ses confrères de l’Académie : Georges ne peut pas voir un fauteuil sans avoir envie de s’asseoir dedans — ce qui nécessite bien des démarches. Il produit beaucoup, livres et articles, et je me suis fait, ces derniers temps, un certain succès, avec l’appellation que j’ai trouvée pour lui : écrivain pour familles nombreuses. Portant, en outre, la bonne parole — c’est sa spécialité — aux pays les plus lointains, s’étant fait son propre manager, à s’étonner qu’il n’ait pas une roulotte chargée de ses livres, avec des tréteaux pour les exposer de ville en ville et en vanter aux foules la rare excellence… »
Féroce Léautaud !

46     Henri Jeanson (1900-1970), est entré à 17 ans comme journaliste à La Bataille, « organe quotidien syndicaliste » puis hebdomadaire officieux de la CGT. Il rejoint rapidement Le Canard enchaîné où il révèle rapidement une plume acérée. Mais Henri Jeanson rêve aussi de cinéma, ce qui le conduit naturellement à devenir dialoguiste. Il écrira les dialogues d’une centaine de films parmi lesquels Pépé le Moko, Hôtel du Nord ou, plus tard Paris au mois d’août, qui sera l’un de ses deniers films. Henri Jeanson a collaboré à plus de 90 films. Voir l’article de Jean-Marc Canonge « Paul Léautaud et Henri Jeanson : trente ans de relations amicales » dans la revue trimestrielle Histoires littéraires numéro 46 (avril-juin 2011).

47     Il était prévu une série de pages sur ces déjeuners de Paul Léautaud chez Florence Gould. Elle ne sera pas écrite, à moins qu’un spécialiste veuille se charger de cet important travail, qui sera immédiatement publié.

48     Une autre lecture du manuscrit original donne emprisonnés.

49     Embrassons-nous, Folleville !, comédie-vaudeville en un acte d’Eugène Labiche et Auguste Lefranc, représentée au théâtre du Palais-Royal en mars 1850 et publié chez Michel Lévy l’année suivante (36 pages). Le marquis de Manicamp tient absolument à offrir sa fille en mariage au chevalier de Folleville qui l’a sauvé du déshonneur. Mais les deux futurs ne le souhaitent pas et ont chacun d’autres projets. Folleville, bien embarrassé, n’ose toutefois refuser clairement et les quiproquos s’enchaînent. Manicamp, toujours dupe de son enthousiasme et persuadé de faire un royal cadeau ne cesse de dire « Embrassons-nous Folleville ! ».

50     Aspects de la France est un hebdomadaire un peu attardé prônant la restauration de la monarchie et qui succède au quotidien L’Action française, évidement interdit à la Libération. Le philosophe Pierre Boutang (1916-1998) a un rôle important dans Aspects de la France mais la direction en est assurée par l’avocat Georges Calzant (1897-1962), ancien de L’Action Française. Au début de 1955 une scission conduira Pierre Boutang a créé l’hebdomadaire La Nation française, qui paraîtra jusqu’en 1967.

51     Jules Supervielle (1884-1960), poète uruguayen, a épousé en 1907 Pilar Saavedra (1885-1976), qui lui a donné six enfants dont Françoise (1913-2010). En 1934, Françoise a épousé le peintre Pierre David (1911-1882). Voir le Journal littéraire au treize février 1947.

Annexe I

Pages 427-440 du Mercure de juillet 1948. Nous serions heureux que la BNF s’inspire de la qualité de ce scan.

Annexe II

Lettres de Georges Duhamel et d’Auriant.