Les Cahiers Paul Léautaud

Il y a eu deux « Association des amis de Paul Léautaud », une parisienne et une québécoise. Toutes deux ont publié des Cahiers Paul Léautaud. C’est bien plus amusant quand c’est compliqué et ça nous donne un peu l’impression de servir à quelque chose. Le 22 septembre (au diable vous partîtes) 2022 seront décrits ici les trois Cahiers québécois mais c’est de la série parisienne dont il va être question ici et c’est le nom d’Édith Silve que l’on a envie d’écrire d’abord, parce qu’elle seule a créé et fait vivre les cinquante numéros de ces Cahiers parisiens.

Elle a su, bien sûr, rassembler autour d’elle une équipe bénévole — comment pourrait-il en être autrement ? — indispensable au fonctionnement quotidien de cette aventure. Elle mériterait d’être contée, cette aventure, mais la chose commence à être un peu ancienne et cette page n’a d’autre but, dans le silence des témoins, que de tenter de la reconstituer avec la seule chose restante, les cinquante numéros de ces Cahiers, qui vont nous conduire, comme c’est souvent le cas, d’interrogation en interrogation.

Une table des matières générale de ces Cahiers, sous Excel, peut être téléchargée en fin de page.

Le premier numéro est du début de 1987. On y fait appel à la cotisation de 1987. Membre bienfaiteur, 200 francs, membre actif, 100 francs. L’horrible dessin de la couverture, pire que ceux de Matisse de l’été 1945, est daté de 1986. On se souvient que c’est en 1986 qu’Édith Silve est « passée chez Pivot » pour la seconde fois en quelques mois dans une émission qui avait pour thème Les désordres de l’amour. C’était le 24 janvier 1986, année de sa publication du Journal particulier de 1933. La fois précédente était le deux août 1985, elle a, entre-temps raccourci ses cheveux.

Édith Silve chez Bernard Pivot en janvier 1986

Donc, premier numéro des Cahiers Paul Léautaud parisiens en 1987. Et curieusement, la page deux, celle où l’on parle de cotisation, met en évidence que l’Association des amis de Paul Léautaud est déjà très structurée, comme s’il s’agissait de quelque chose existant depuis longtemps.

Page deux du premier numéro des Cahiers Paul Léautaud

La liste des membres de ce Comité de patronage est saisissante, il faut au moins une année pour l’établir. Donc l’association existait bien avant les Cahiers.

Ce premier Cahier est bien organisé. Il y a « Le mot de la Présidente » (on croirait une plaquette d’entreprise), une partie littéraire, une partie « actualités » avec les « Livres reçus », une partie « Télévision » avec le passage d’Édith Silve chez Polac le 31 janvier 1987, une rubrique « Exposition », « Spectacle », etc.

Sur la forme, il s’agit d’une plaquette de cinquante pages, fabriquée avec soin et bien imprimée, en 300 exemplaires numérotés.

Avec quelques agréables cul-de-lampe à l’ancienne.

C’est le succès !

Pendant vingt-quatre ans, tous les six mois paraîtra un numéro.

Pour la réalisation de cette page, un ancien de l’association a accepté que soient publiés trois fragments d’une lettre d’Édith Silve de 1994 faisant état de la très artisanale fabrication de ces cahiers.

Le deuxième numéro a été tiré à 500 exemplaires mais non numérotés. Qui a envie de numéroter 500 exemplaires ? Après ce numéro le tirage ne sera plus indiqué.

Les habitués du Mercure de France (la revue) se sentent de plus en plus chez eux : après la partie littéraire, les « Échos ». Une table des matières apparaît.

Le quatrième numéro passe à 58 pages mais l’achevé d’imprimer a disparu. Il reviendra avec le cinquième numéro, qui est une curiosité. Alors que tous les numéros sont en demi-format (ou A5), ce cinquième numéro est en A4, sous chemise noire, illustrée d’un portrait-charge de Jacques Faisant, hélas d’assez mauvais goût. En ouvrant la chemise nous trouvons des feuilles libres, des A3 pliées en deux, formant quatre pages. Ce numéro est entièrement réservé à la mort de Paul Léautaud annoncée par erreur en mai 1941. Ce numéro a été utile pour la rédaction de la page « La Fausse mort de Paul Léautaud »

Pourquoi ce format que les Cahiers ne reprendront jamais ? On peut penser à la proposition d’un imprimeur et à l’économie de la reliure, poste toujours important (ces Cahiers sont reliés — donc cousus — et non brochés comme un livre de poche).

Le sixième Cahier est le texte d’une pièce de théâtre, L’Inconnue de Calais, adaptée et mise en scène par Catherine Delattres, d’après une partie du Journal littéraire. Édith Silve apparaît comme « Conseiller littéraire ». Une curiosité.

Bien des léautaldiens semblent des gens de théâtre, ce qui est logique. Nous pensons ici à l’agréable texte de Gérard Linsolas « Chronique théâtrale du 30 février 2032 » qui peut être lu dans la page du 150e anniversaire de Paul Léautaud. Gérard Linsolas est aussi l’auteur d’un acte qui aurait pu être publié dans un des Cahiers et on peut lui souhaiter la réussite de son entreprise.

Le huitième Cahier aussi, recueille le texte d’une pièce de théâtre : Et maintenant, foutez-moi la paix !, Texte et mise en scène de Jean-Simon Prévost, spectacle conçu et dirigé par Michel Debrane « Sous l’égide des Cahiers Paul Léautaud »

C’est le Cahier 9 qui atteint les 80 pages.

Le Cahier onze, avec ses 92 pages entame une longue série : l’« Anthologie des portraits de Paul Léautaud à travers la critique », qui se poursuivra sur six numéros (non consécutifs).

Le numéro 14 offre le texte du Petit débat littéraire de l’été 1948 entre Paul Léautaud et Georges Duhamel avec huit pages d’introduction d’Édith Silve donnant avec précision lie contexte de l’affaire. Cette plaquette hors-commerce est introuvable ou hors de prix car tiré à cent exemplaires seulement, sur la vieille presse à bras d’une obscure imprimerie de Massy. Nous en avons le texte dans ce numéro quatorze.

Le numéro quinze n’est pas une pièce de théâtre mais un livre. Un livre précieux, Le Roman d’un homme sérieux, d’abord publié par Rachilde au Mercure de France en 1944 (146 pages). L’homme sérieux est Alfred Vallette, mort en septembre 1935. Ce livre est un recueil des magnifiques lettres d’amour (ou pas) qu’écrivit Alfred Vallette à Rachilde entre 1885 et 1889. Ce que nous offre ce Cahier numéro quinze, paru en 1994 en est la réédition de mars 1994 par Édith Silve pour le Mercure de France, enrichie de vingt-deux pages de préface particulièrement instructives. Les adhérents ont donc reçu ce livre sous la jaquette des Cahiers Paul Léautaud au moment où il a paru.

Les Cahiers s’enchaînent, toujours plus riches et le numéro 26 entame une série de quatre réservés aux « Réponses à des enquêtes ou à des interviews ». Ce numéro 26 présente la particularité d’être le premier à disposer d’un index, ce qui sera le cas de tous les numéros suivants. Nous avons tenté de joindre Elsa Lambrix, auteure de cet index, par messagerie et par voie postale à Glons, en Belgique, ne serait-ce que pour l’en remercier mais n’avons reçu aucune réponse à ce jour. Ce numéro 26 est aussi le dernier à compter 91 pages. Tous les suivants dépasseront la centaine.

Les numéros 29, 31 et 35 recueillent une série de Sophie Robert, « Adrienne Monnier un Léautaud en jupons ? ».

Les couvertures des Cahiers sont toutes différentes et originales mais celle du numéro 33, du premier semestre 2003 est sans doute l’une des plus originales de la presse française des origines à nos jours, et ces mots sont pesés. Dans ces couvertures originales de la presse française nous incluons évidemment le numéro de Libération du huit octobre 1986 entièrement imprimé sur du tissu.

Ce numéro 33 est recouvert d’un petit carré de terre du jardin de Paul Léautaud, et dans son éditorial, Delfeil de Ton nous explique :

« Il fallait garder un témoignage de l’esprit du lieu. Un après-midi de printemps, munis de pelles et de seaux d’enfants, Édith Silve, Jean Cardonne et moi, conduits par Didier Boussard, chauffeur d’occasion, vidéaste de profession qui se chargeait d’immortaliser la scène, nous allâmes recueillir la terre. Jean-Pierre Lion, le jazzfan industrieux, la vitrifia. De gentes mains la fixèrent sur les couvertures. Vous vous réjouissez. On est tous un peu fous, les léautauphiles. »

Dans le Cahier, un message nous conseille de protéger ce numéro sous une couverture de papier « cristal ».

Qu’est devenue la vidéo ? Bien abîmée depuis 2003, vraisemblablement. Reste-il même un appareil permettant de la lire et qui ne soit pas en panne sans être obligé de s’adresser à un professionnel ?

Le numéro suivant (34), du second semestre 2003, entame une série « Portraits d’hommes », qui se continuera dans les numéros 37-38 et 41-42. Ces portraits d’hommes sont ceux dressés par Rachilde, ils correspondent un peu aux Masques de Remy de Gourmont, sans les dessins de Félix Vallotton. Ces Portraits d’hommes sont d’abord parus dans Les Nouvelles littéraires de décembre 1928 à mai 1929 puis en volume chez Mornay la même année avant d’être repris en avril 1930 par le Mercure de France.

À partir du numéro 35, les Cahiers sont livrés en numéros doubles, sans qu’on sache vraiment pourquoi mais on dirait qu’il y a de l’économie dans l’air en même temps qu’un contenu éditorial encore plus austère. Ces derniers Cahiers sont les plus difficiles à trouver.

Un clic droit et « Enregistrer l’image sous… » permettra d’obtenir une image plus grande

À reconsulter ces Cahiers pour rédiger cette page web on aperçoit les similitudes de forme et de but entre des Cahiers et ce site web. Le désir de donner toujours plus d’informations, de nombreuses illustrations, de grandes séries thématiques, aucune publicité…

Bien sûr, bien du temps a passé et aussi bien des auteurs sous le porche de la rue de Condé. Ces Cahiers, en tirage limité hors-commerce étaient réserves aux adhérents de l’association. Rares sont ceux qui possèdent les cinquante numéros et j’en connais qui sont prêts à tuer quiconque s’approche à moins de deux mètres de l’étagère. On ne touche pas ! On regarde à peine et il ne faut pas que ça dure trop, ça rend fébrile. D’autres les camouflent dans le second rayon. Ceux qui n’en possèdent que quelques exemplaires les conservent jalousement avant de mourir. Les héritiers bazardent le tout à un libraire, mille €uros la bibliothèque complète de mille bouquins, c’est bien payé surtout qu’il faut louer une camionnette. Après, bien sûr le libraire rentabilise la camionnette, on appelle ça le commerce.

La collection complète des Cahiers Paul Léautaud

C’est ainsi que le jeune léautaldien attend la mort des autres léautaldiens pour réunir ces raretés, le monde est cruel. Mais voilà, les léautaldiens vivent très longtemps, c’est scientifiquement prouvé. Ce n’est donc que petit à petit qu’il se fait son magot à moins de tomber sur la source rare, le coin à champignons.

C’est parce que nous sommes tombés sur cette source rare que nous avons pu acheter d’un coup les quelques numéros qui manquaient, quitte à manger des nouilles pendant un mois. La vie est cruelle, on vous dit. Mais on peut être fier comme tout et vouloir le dire à tout le monde. Comme les voisins s’en fichent, on a écrit cette page.

La source n’est pas tarie et qu’on aime bien donner des infos, voilà l’adresse du coin à champignons :

contact.cahiers.leautaud@gmail.com

Ne le répétez pas !

Enfin ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir ces raretés (et que nous plaignons beaucoup) peuvent en lot de consolation télécharger ici la table des matières de tous les numéros des Cahiers ainsi que l’index général établi par Elsa Lambrix dans les 25 derniers cahiers. Ces documents sont par rapport aux Cahiers à peu près ce qu’est le RSA à L’ISF mais on se console comme on peut.

Pour les tris sous Excel.

Reste une autre rareté à propos de laquelle on peut aussi s’interroger. Une rareté minuscule mais publiée aussi par l’association en 1989 : Les Lettres de Paul Léautaud à Henri Jeanson ou Variation sur un nouveau Petit débat littéraire, mince plaquette signée de Patric Rostain, dont on trouve souvent la signature dans les Cahiers.

Quinze pages, les raretés sont parfois courtes. On vous le dit tout de suite : Inutile de chercher… sauf peut-être dans notre coin à champignons.