Lettres à Henri de Régnier 1901-1904

La lecture de ces treize lettres, d’avril 1901 à novembre 1904 donne l’impression que Paul Léautaud n’a fait qu’écrire à Henri de Régnier pendant ces trois années et demie. Il n’en est rien et la lecture de ces premières années du Journal littéraire — surtout les années 1903-1904 — laisse au lecteur les découvrant, l’impression d’un foisonnement.

Ces lettres de Paul Léautaud, huit adressées à Henri de Régnier et cinq à l’éditeur Edward Sansot-Orland[1], éclairent sur la genèse de cette Notice Régnier donnée ici en libre téléchargement il y a quinze jours. Ces lettres proviennent toutes de la Correspondance générale de Paul Léautaud éditée par Marie Dormoy chez Flammarion en 1971 (1 238 pages en deux volumes).

On comprendra néanmoins toujours mal comment deux personnages aussi différents qu’Henri de Régnier et Paul Léautaud ont pu se rapprocher malgré la distance extrêmement respectueuse d’un Léautaud qui n’avait que huit ans de moins d’HdR mais qui débutait en littérature. Il reste — nous l’avons appris grâce à la lettre à Rachilde datée du 21 février 1903 — qu’HdR a demandé à lire le manuscrit du Petit Ami[2]. Cette admiration sera toutefois tempérée par la lecture, infra, de la page du Journal datée de juillet 1903.

À Henri de Régnier, Paris le 30 avril 1901

Mon cher Monsieur,
J’ai trouvé au Mercure l’exemplaire de Figures et Caractères[3] sur lequel vous avez bien voulu inscrire mon nom ; et je veux tout de suite vous remercier de ce nouveau témoignage de votre sympathie. Je ne vous ferai pas de compliments sur votre nouveau livre : ils pourraient vous faire sourire et surtout, venant de moi, ils seraient trop sans importance. Et puis, ce n’est pas d’hier que je vous aime au travers de vos livres. Je me souviens qu’à l’époque déjà un peu lointaine aujourd’hui où l’on préparait à l’Œuvre la représentation de la Gardienne[4], allant un matin à pied à Courbevoie[5] avec van Bever[6], je lisais à haute voix tout ce poème le long du chemin et rêvais de demander à Lugné[7] de le déclamer sur son théâtre… Sans doute, vous vous moquerez de cet enfantillage que je vous conte ici sans beaucoup de raison ; mais le goût charmant qu’il a encore pour moi me console à l’avance. Je ne me rappelle pas très bien si j’avais lu la Double Maîtresse[8] quand j’écrivis la petite notice des Poètes d’aujourd’hui et que je citai le mot de Lorrain[9] au sujet de votre livre qu’il apparentait à la Rôtisserie de la Reine Pédauque[10]… Pour vous dire le vrai, j’ai bien du mal à aimer tout à fait M. Anatole France[11] et ce m’est à chaque instant un grand sujet de dispute avec des amis. Je ne vous marquerai pas ici tous mes griefs contre cet admirable écrivain. Mais jusqu’ici je ne l’ai guère aimé que huit jours par an ; tout le reste de l’année il m’assomme, et je suis même arrivé à croire que désormais ces pauvres huit jours me seront bien difficiles à retrouver… Je sais bien que si je reprenais, dans ce casier à côté duquel j’écris, l’un ou l’autre de mes France, j’effacerais peut-être un peu des mots tremblants que je viens d’écrire… Quoi qu’il en soit, la Double Maîtresse me semble parfois un livre plus coloré et plus fin que la Rôtisserie, livre un peu gris, comme tous ceux de son auteur, et où ce M. Coignard[12] a souvent des postures un peu trop rabelaisiennes. Je sais bien qu’en vous écrivant cela, je me donne tout l’air d’un bas flatteur. Mais qu’importe… Vous avez écrit, dans votre nouveau livre, sur des écrivains que j’aime et sur d’autres qui n’ont plus rien maintenant de ma complaisance, comme Michelet[13] et Chateaubriand[14] et Sainte-Beuve[15] poète. Ah ! ce dernier, surtout. Je crois bien que c’est la première fois que je lis des paroles exactes à mon sens sur les vers du grand critique. Mais j’oubliais Brunetière dans son Manuel de la littérature française[16] ! Que de fois j’ai lu les louanges des Consolations des Pensées d’août, des Confessions de Joseph Delorme ! À chaque fois, je reprenais le livre qui toujours me tombait des mains. Quant à Chateaubriand, j’ai voulu relire dernièrement Atala, René[17], etc., il n’y a pas eu moyen. Ce qui m’a fait plaisir aussi, dans votre livre, ça été de lire le nom de Valéry au seuil des pages sur Mallarmé[18]. Et pourtant, Mallarmé… Ah ! comme on change, sans cesse, hélas ! et comme il ne faut pas longtemps pour avoir derrière soi, nombreuses, comme des miroirs sans reflets, des admirations éteintes. Et Valéry, à mon sens, n’a pas non plus toujours raison, oh ! non.

Quelle lettre pitoyable, mon cher Monsieur, et combien je vous dois d’excuses pour oser vous l’adresser. Mais je ne recommence jamais mes lettres et vous aurez celle-ci, en dépit de son décousu et de toute son inexpression. J’y inscrirai, pour la terminer, l’assurance, s’il vous plaît, de ma respectueuse estime.

P. L.

À Henri de Régnier, Paris le 6 octobre 1901

Mon cher Monsieur,
Pardonnez-moi de vous remercier un peu brièvement de l’exemplaire que vous avez bien voulu me réserver de votre dernier livre : les Amants singuliers[19]. Relevant à peine de maladie et encore abêti par toutes les drogues que j’ai absorbées je n’ai pas une idée qui vaille quelque chose et je vous ennuierais plus encore qu’habituellement. J’avais déjà lu la Femme de marbre et la Courte vie de Balthazar, quand ces histoires parurent en revue, je viens de les relire, avec le Rival, doucement, au lit, et une nouvelle fois j’ai regardé ce style clair, uni et bref, avec lequel vous contez. Quel grand point que de savoir écrire. C’est un enfantillage, ce que je dis là, et pourtant ! Voyez M. Paul Adam[20]. Trouvez-vous qu’il sache écrire, ou, plutôt, qu’il écrive bien, et, encore, qu’il soit agréable à lire ? Moi, pas. Tumulte, chaos, pas mal d’idées et malgré cela rien que du vide, c’est tout ce que j’y vois. Vous rappelez-vous la première phrase de l’Enfant d’Austerlitz[21] ? Pour mon compte, je n’ai pu m’empêcher de la copier, tant je l’ai trouvée significative du style confus et sans objet de M. Paul Adam. Il est vrai que des gens à qui je l’ai montrée n’ont pas été tout à fait de mon avis ; mais, pour moi, je crois bien que le nom de l’auteur intimidait leur jugement. Mais voilà que je manque à la brièveté que je me suis promise et je m’arrête, en vous priant de m’excuser. Ce volume, les Amants Singuliers, que si aimablement vous avez pensé à me garder, m’a fait plaisir aussi comme un nouveau témoignage de votre sympathie, si toutefois ce mot n’a rien d’osé et si vous me le permettez. C’est de cela que j’ai tenu à vous remercier, et, le faisant je vous prie, mon cher Monsieur, d’accepter l’hommage de mes sentiments les plus distingués.

P. Léautaud

À Henri de Régnier, Paris le 29 avril 1902

Mon cher Monsieur,
Il me semble qu’on juge mieux d’un ouvrage quand on sort soi-même du travail d’un livre. C’est une remarque que je viens de faire en lisant le Bon Plaisir[22], qui m’a été remis il y a quelques jours par van Bever. Moi qui ne sais pas encore écrire tout à fait avec tranquillité et qui suis peut-être encore loin de savoir travailler beaucoup sans que cela se voie, je n’en suis que plus sensible aux qualités de simplicité et d’harmonie qu’on trouve partout chez vous. Vrai, ce m’a été un grand plaisir de lire votre nouveau roman au sortir de la besogne de mon premier livre — écrit un petit bout chaque soir, ce qui n’est pas toujours drôle. J’y ai satisfait une fois de plus le goût que j’ai pour les mémoires. Je sais bien que le Bon Plaisir est un roman, mais par le style et par l’époque il a tout le caractère de mémoires. Ce n’est pas d’avoir imaginé que vous y avez l’air, c’est de raconter, c’est de vous souvenir.

Vous parler page par page de ce livre serait puéril. Maintenant que je l’ai lu, il reste dans ma mémoire de nouvelles choses charmantes, de nouvelles choses parfaites, comme les songeries d’Antoine de Pocancy sur la jeunesse de son père — comme M. de Pocancy, dans sa houppelande à fleurs, et semblable à un vieux papillon brillant et fané — comme les jolies ironies sur les pamphlets de Hollande — la lointaine arrivée et le passage des troupes à Vircourt — le passage du roi, avec le couple des amants à la fenêtre — les mémoires de la Belle Courlandon, si rapides, si harmonieux, d’une belle mélancolie continue, et toute la fin du livre, d’une imitation si exacte qu’elle tromperait presque… M. de Pocancy dans sa robe à fleurs ! J’ai chez moi une vieille robe de chambre de cette époque, dont se servait mon père quand il jouait la comédie, et qu’il m’a donnée. M. de Pocancy, comme un vieux papillon brillant et fané, comme je la goûte, cette image ! C’est tout à fait cela, légèreté et vieillesse ensemble, galanterie qui s’achève et souvenirs qui se font plus vifs.

Si modeste qu’on soit, on regrette quelquefois de n’être pas à même de pouvoir écrire quelque part sur les écrivains qu’on aime. Ça n’aurait peut-être pas beaucoup d’effet et ça ne leur ferait peut-être non plus beaucoup de plaisir. Mais ce serait une manière plus sensible de leur montrer qu’on les aime et que tout ce qui vient d’eux nous fait plaisir. On se console alors en songeant que d’autres vous remplacent. On lit ce qu’ils ont écrit. C’est généralement mieux que ce qu’on aurait écrit soi-même, ils font des comparaisons, ils voient des parentés, tout un tas de choses très bien. Mais il y a toujours une petite chose qu’ils n’ont pas dite et qu’on aurait dite, soi… Et l’on se dit que ce sera pour une autre fois, plus tard, quand ça aura encore moins d’effet, sans doute, et que, ça fera encore moins plaisir.

Je vous dois des remerciements pour tout cela, mon cher Monsieur, pour ces plaisirs et pour ces tristesses. Je vous prie de les trouver ici, avec l’hommage de mes sentiments de grande estime.

P. Léautaud

À Henri de Régnier, Paris le 15 novembre 1902

Cher Monsieur,
Je suis bien en retard pour vous remercier de mon exemplaire de la Cité des Eaux[23]. J’étais, quand je l’ai reçu, en plein dans les corrections du si remarquable ouvrage que vous savez. Je me suis arrêté trois soirs pour lire ces nouveaux vers, et surtout ces sonnets sur Versailles[24], auxquels j’avais pensé si souvent depuis que je savais qu’ils devaient paraître. Puis j’ai repris ma besogne, préférant qu’elle fût finie, pour vous répondre. J’aurais bien des choses à vous dire, que je ne vous dirai pas. Ce serait trop long, trop difficile, et surtout je me sens trop plein de timidité. Il n’y a pas de poèmes qui me fassent plus que les vôtres songer à leur auteur, qui ne me fassent songer à sa pensée en les écrivant. Je lis et je pense au sentiment secret… Cette pièce surtout : Épilogue.

Ces sonnets sur Versailles, vous seul pouviez les écrire. Il est des sujets où il ne faut pas que du talent, mais encore de la personnalité, je dirais presque de la naissance : Versailles est de ces sujets. Il faut en quelque sorte sentir un certain passé en soi pour le sentir pleinement et pour pouvoir l’évoquer. Moi, je n’y goûte que la solitude, le silence et la mélancolie, et les couleurs pensives de ses arbres, de ses bassins et de ses marbres.

Je pense aussi à quelque chose de nouveau et de particulier dans ce nouveau volume, à cause de cette pièce : la Lune jaune d’une couleur et d’une émotion tout à fait singulières. Plus je la relis, et plus elle me trouble. C’est pur et amer tout ensemble.

Je lisais ce matin sous les galeries de l’Odéon[25], dans la Renaissance latine[26], les pages que vous aviez écrites sur Beyle[27] et Barbey[28] et que j’espère bien retrouver un jour en volume pour pouvoir les lire tout entières. On a dû vous le dire déjà que vous avez une façon excellente et bien à vous de faire de la critique, une façon qui tient autant du caractère que de l’intelligence. En tout cas, je l’ai entendu dire souvent, et louer souvent, cette façon, et ça m’a été un grand plaisir, dans le peu que j’ai lu de ce Beyle et Barbey, d’y trouver tels mots et tels aperçus, et de voir un écrivain que j’aime — cela vous pouvez le croire, car je ne crois pas avoir rien d’un courtisan — parler ainsi d’un autre écrivain que j’aime également. Un mot entre autres — je vous le répète, je n’ai pu lire tout — m’a frappé ; c’est quand vous dites de Stendhal qu’il aimait écrire net et court[29]. Net et court ! il me semble souvent que c’est pour un auteur le suprême talent, et le plus difficile, non pas qu’on en soit plus ou moins capable, mais à cause de l’amour-propre, d’un goût plus ou moins prononcé pour soi, pour ce que l’on écrit, pour ce que l’on vient d’écrire. Quelle duperie, cependant, un livre achevé ! Ce n’est donc que cela, ce qui semblait si bien quand on le projetait ! S’il y a des gens que ça met en train, moi, ça me met plutôt dans le cinquième dessous, un livre terminé. Il est vrai que l’habitude me manque. Quand je songe que j’avais rêvé d’écrire un livre de souvenirs, dans un ton rapide et sec, sans avoir l’air de m’y arrêter autrement ! Je ne sais quelle fantaisie un peu crispée m’a entraîné au fur et à mesure, quelque chose que je ne me connaissais pas, à quoi j’ai alors obéi, consciemment, moqueusement, par curiosité, pour voir ce que ça ferait, comme si c’eût été un autre qui eût écrit devant moi. Le résultat ne me réjouit pas. Je regarde, ah ! oui, je regarde, et je songe au livre auquel j’avais songé et que j’aurais pu faire, dans le ton, par exemple, des pages 305, 6, 7, 8 et 9 du Bon plaisir. Enfin, je verrai quand je recommencerai, ce qui n’est pas près, du reste, avec la vie de besognes que je mène depuis six mois…

Et puis, quel qu’il soit, ce livre, et si raté que je le trouve moi-même, il m’a été une occasion de vous témoigner, en vous l’offrant[30], un peu de la grande estime que j’ai pour votre personne et un peu de l’amitié intellectuelle que j’ai pour mes livres. Cela efface pour moi beaucoup de ma déception et de mon incertitude et je vous dois encore des remerciements pour m’avoir permis ce plaisir et cet honneur.

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.

P. Léautaud

Journal au 2 décembre 1902

Je pensais encore ce soir aux maladresses, ou plutôt aux dépréciations que doivent me causer ma timidité et mon abus de la réflexion. J’étais monté, en passant, au Mercure. C’était mardi[31]. Il y avait des gens[32]. J’étais près de la cheminée. En entrant, j’avais serré la main à Régnier, à qui j’ai écrit il y a quelques jours au sujet de l’envoi de son livre la Cité des Eaux. À un moment, Régnier se leva et se rapprocha de moi, près de la cheminée. Je m’en sentais embêté, à l’idée qu’il allait me parler et qu’il me faudrait lui répondre. Fargue[33] se joignit à nous. On parla de ce qu’est un livre, achevé, fini, et publié, un livre enfin où on n’est plus tenté de corriger, de refaire, etc… Quand je dis : on parla… Eux, parlèrent ! Quant à moi, j’aurais bien dit quelque chose, mais au moment de le dire, je me disais : Oh ! cela ne va guère les intéresser, ce que j’ai à dire n’a vraiment rien d’extraordinaire, — et je ne disais rien. Ils ont dû se dire : Ce pauvre Léautaud n’est vraiment pas souvent en train, — ou bien : Ce pauvre Léautaud, est-il pot ! C’est plus fort que moi. Je suis ainsi partout, s’entend quand je suis avec des gens de mon bord. Par exemple, les quelques fois que je suis allé chez Valéry. Lui, sa femme, sa belle-sœur ont beau faire les aimables. Je dis : Oui… Ah ! vraiment… de temps en temps, et c’est tout. Là non plus je ne dois pas passer pour un aigle. Il est vrai que jusqu’ici, chez Valéry, j’étais préoccupé de ma tenue, cela me paralysait[34].

À Henri de Régnier, Paris, 29, rue de Condé, le 6 avril 1903

Cher Monsieur,
Vous me pardonnerez, j’ose l’espérer, de vous écrire seulement aujourd’hui, mes impressions de lecture du Mariage de Minuit[35]. La vie que je mène ne me laisse guère que deux ou trois heures par jour pour m’occuper des choses que j’aime, et puis, je voulais lire le Mariage de Minuit, de la façon la plus suivie possible. Je ne vous le cache pas, je ne reviens pas de ce livre. Je ne dirai pas que vous vous y êtes renouvelé, ce ne serait pas suffisant, je dirai que vous vous y montrez, selon moi, sous un jour absolument inattendu. Avoir pu, avoir su, surtout, passer ainsi de contes romanesques et de romans d’époque, à un roman contem­porain, ce n’est pas peu de chose, et on a dû vous le dire mieux que je ne saurais le faire. Je ne sais pas si tout le monde est comme moi, mais j’ai un moyen, moi, d’apprécier le livre que je lis : c’est d’examiner si j’envie ou non le talent qui est dedans, si je désire ou non de l’avoir écrit, et j’envie le grand talent qu’on voit à chaque page du Mariage de Minuit, et c’est là un de ces livres, comme quelques autres que je sais, que je voudrais avoir écrits. Ça ne m’arrivera certainement jamais, d’abord parce que je ne suis en rien préparé à cela, et ensuite parce que ça ne me regarde pas, mais je donnerai beaucoup pour vous entendre expliquer, détail par détail, la construction d’un tel roman. J’y prendrais d’abord une grande leçon, et de plus, j’ai toujours été si curieux de ce qu’on appelle « le métier » littéraire, et des diverses opérations de l’esprit chez quiconque est en train d’écrire un livre que je passerais là une belle heure d’intelligence. Avez-vous le travail facile, un chapitre fait ne le recommencez-vous jamais, arrivé au deuxième ou troisième suivant, faites-vous tout un ensemble que vous parachevez ensuite au fur et à mesure ? Voilà à quoi je songeais au bas de chaque page de votre nouveau roman, à cause de la perfection de sa composition, qui fait qu’on ne perd jamais de vue aucun des personnages, un détail, un souvenir, un mot, rappelant chacun d’eux à chaque chapitre, si bien que même lorsqu’il n’y en a que deux en scène, on a tous les autres présents à l’esprit. Toutefois, croyez-le bien, si vivement qu’il m’ait intéressé et m’intéresse encore, ce côté construction ne m’a pas seul occupé. Je suis très public, vous savez, et quand un livre me plaît — et il ne me plaît que parce qu’il me touche — je m’abandonne au plaisir de lire comme le premier lecteur venu. Je souris aux ironies et m’attendris aux passages tendres. Le personnage sympathique me conquiert et je blague de loin le personnage ridicule. Ainsi cet exquis Boispréaux qui « aimait les choses brillantes et passagères, les sourires et les nuances » et dont [vous] avez dépeint si joliment les romans, ainsi ce M. de Sorpigny qui me fait songer, qu’allez-vous dire ? mais c’est plus fort que moi, à M. de Montesquiou[36]. Et c’est de cette façon que j’ai lu tout le Mariage de Minuit. Savez-vous que c’est vraiment beau, Venise comparée à une verrerie vivante. Quelle abondance d’images, et d’images harmonieuses, inconnues, jamais les mêmes. Que de détails aussi, saisissants autant par leur exactitude que par la façon dont ils sont donnés et amenés. Celui par exemple de la peau de Madame de Vitry dans sa soupe. Vous n’avez pas pu inventer cela, certainement. Et l’impression quasi tragique, presque de superstition, à la page 166, quand Mademoiselle de Clère laissé échapper le fameux gobelet. Et la fête à Louveciennes, avec les danses de la délicieuse Mademoiselle Kingby, et l’obscénité soudainement, et si vivement rendue du couple Bocquincours-Victorine[37], et la cérémonie du mariage Le Hardois, si pleine de détails vrais — jusqu’à la cruauté : « Ils se regardèrent en souriant, puis, le dos au mur et les mains prêtes, ils attendirent l’assaut. » Il y a dans tout ce livre des ridicules notés avec une ironie telle qu’on la sent à peine, — et des passages d’une si grande douceur, d’une si grande tendresse… la conversation de Françoise et de Boispréaux aux Tuileries, et à la fin, entre Le Hardois et Françoise, ces paroles si justes, si pénétrantes, avec cette admirable image de cette boucle de ceinture, fleur dont les pétales à cet instant passionné se détachent et retombent et se heurtent avec un petit bruit au bout du ruban souple. Ah ! quel plaisir de lire, quel profond plaisir vous avez dû avoir en écrivant ce livre, et comme je vous envie, de très loin. Il est vrai que j’ai eu moi, le plaisir de lire, qui compte, je le sais, et que c’est peut-être vous qui avez à m’envier.

Au moment d’achever cette lettre, je crois me rappeler vous avoir entendu parler dernièrement au Mercure de votre prochain départ, et je songe que cette lettre va peut-être vous rejoindre. Où qu’elle vous parviendra, trouvez-y, je vous prie, le nouveau témoignage d’une admiration, d’autant plus sincère que je n’ai jamais osé vous la dire autrement que par écrit. Combien de fois je me suis blâmé d’être si maladroit avec vous, quand nous nous rencontrons, si privé de paroles, malgré toutes les vôtres et toutes mes pensées. Oserai-je vous le dire, il ne faut pas tout à fait me juger sur ces gaucheries silencieuses.

Agréez, je vous prie, cher Monsieur, mes remerciements et l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

P. Léautaud

Journal daté de juillet 1903

J’ai beau faire, écrire des lettres flatteuses, soit pour des livres reçus, soit pour des articles sur le P.A.[38], je m’en moque et n’en pense pas un mot, tant peu de choses m’excitent, même de mes propres affaires. S’il y a un grand écrivain aujourd’hui, ce qu’il peut être hasardeux de prétendre, c’est Barrès[39], et Gourmont[40], ce dernier depuis deux ou trois ans, et malgré l’insipide marotte qu’il a de l’Art avec un grand A. Les autres, Schwob[41], France, Régnier, etc., sont des truqueurs, rien de plus. Il y aurait peut-être eu Laforgue[42]… Et puis, tous ces gens à romans, à nouvelles, à poèmes jamais interrompus sont sans intérêt. Il n’y a qu’une chose qui me rende curieux chez eux, c’est la faculté qu’ils ont ainsi d’écrire sans s’arrêter, un roman tout de suite après un autre, comme Régnier, par exemple. À part cela, rien, pas de personnalité. Ce qu’ils font, un autre pourrait le faire, et c’est là qu’est la tare. Des travailleurs, voilà tout. C’est peut-être beaucoup, oui. C’est peut-être rien aussi.

À Edward Sansot-Orland, Paris, 29, rue de Condé, le 12 août 1903

Cher Monsieur
Je suis désolé de ne pouvoir vous répondre comme vous le désirez au sujet de la notice Régnier. Je n’ai toujours eu, vous le savez, que fort peu de temps pour travailler, et depuis trois mois et pour encore un bon mois, ce fort peu de temps est encore diminué par toute la besogne qui m’a été confiée de la liquidation d’une grosse succession[43]. C’est ainsi que je voulais une après-midi me rendre chez Régnier, à qui j’en avais parlé, pour avoir les quelques, éléments qui me manquent pour coordonner les notes que j’ai déjà rassemblées pour la notice ; je n’ai pu trouver cette après-midi et je crains bien qu’il en soit ainsi jusque vers le 15 septembre, à moins d’un arrêt inattendu dans ma besogne. Alors seulement je pourrai m’occuper de mes affaires personnelles, et il ne faudrait guère compter sur la notice avant le premier octobre. Je vais malgré cela tâcher de voir Régnier et demander au Mercure quand doit paraître son nouveau roman[44] pour tâcher d’arriver en même temps.

Notez bien cependant que je ne voudrais vous causer aucune difficulté et que je m’en remets à vous.

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.

P. Léautaud

À Henri de Régnier, Paris, 29, rue de Condé, le 24 août 1903

Cher Monsieur
Ci-inclus le questionnaire que je vous inflige. Je ne pense pas qu’il s’y trouve une seule question pouvant vous déplaire. En tout cas je vous prie instamment de n’y répondre qu’autant qu’il vous conviendra. Je me contenterai de ce que vous voudrez bien m’accorder, si vous ne m’accordez pas tout, et tout comme je le désirerais.

Je ne me dissimule pas que je vous demande là un vrai travail. Mais je me suis laissé dire que votre notice avait déjà été demandée chez plu­sieurs libraires. Je voudrais donc y apporter tous mes soins, à défaut de talent, et la faire la plus intéressante possible. Vous m’y aurez beaucoup aidé, et je ne m’en étonnerai pas, connaissant votre courtoisie ; mais je ne veux pas moins vous en remercier déjà, bien sincèrement.

Je n’ai partout besoin que de mots rapides.

Veuillez croire, cher Monsieur, à ma considération la plus distinguée.

P. Léautaud

Sans contre-ordre de vous, je serai chez vous samedi, à 3 heures, comme il est convenu.

RENSEIGNEMENTS RÉGNIER

Généalogie.

Quelques détails sur enfance. Sont-ce des souvenirs d’enfance le Trèfle blanc ?[45] jeunesse, premières idées littéraires. (Exemple : Mallarmé rêvait de remplacer Béranger.)

Les livres préférés, les livres où il a fait « sa rhétorique ». Exemple : Valéry me disant : « C’est dans Mallarmé que j’ai fait ma rhétorique. »

Alors qu’il écrivait ses vers, et ses premiers contes, pensait-il écrire un jour des romans.

Ce qu’il préfère dans son œuvre, poèmes et, surtout, romans et contes.

Comment il travaille. A-t-il, avant d’écrire, tout écrit dans la tête, et le travail n’y ajoute-t-il rien ou très peu ? — Ou au contraire, n’a-t-il qu’une idée très schématique, et le livre se complète-t-il au cours du travail ? A-t-il besoin d’illusion, d’une certaine illusion, rêverie ou passion, — ou sait-il se regarder, quand il dit : « Je » — ou voit-il avec pour ainsi dire, détachement, ses personnages, quand il dépeint et fait agir des gens ? Je vous ai entendu dire un jour que c’était très amusant de faire aller et venir « ses personnages ».

Le Boispréaux du Mariage de Minuit ?

Quel livre ou quels livres voudrait-il avoir écrits ?

A-t-il gardé un amour intact à son premier livre ? — ou à ses deux premiers livres.

Les livres de Régnier ont indiscutablement toujours un ton de « Mémoires ». Est-il sensible au « souvenir » ? N’éprouvez-vous pas une préférence à écrire « au passé » avec une sorte de recul ?

Avez-vous gardé un amour intact à vos deux ou trois premiers livres ?

Vos livres ont indiscutablement toujours un ton de « Mémoires ». Êtes-vous sensible au souvenir ? N’éprouvez-vous pas une préférence à écrire « au passé » ?

Madame de Régnier pourrait en dire quelques mots, — ou préfère-t-il non.

À Henri de Régnier, le 6 septembre 1903

Cher Monsieur
Quelques renseignements encore, si toutefois il ne vous déplaît pas de me les donner.

Je voudrais avoir la description de votre blason, pour terminer la généalogie (et une reproduction, si vous en avez une) — la date de naissance et les prénoms de votre fils[46] — l’année de votre décoration. Votre voyage en Amérique, commencement de 1900, n’est-ce pas ?

L’idée m’est venue de donner un portrait de vous enfant. En avez-vous un ? Sansot qui doit vous voir pour J.-E. Blanche vous en parlera[47]. Ce serait fort intéressant. Si vous avez quitté Paris, on reculera un peu la publication de la brochure, voilà tout.

Pour votre généalogie, vous l’avez arrêtée à votre grand-père pour le côté paternel — et à Bénigne du Bard de Chasans — quelle époque ? — pour le côté maternel. Cela vous déplaît-il d’être plus récent. Je voudrais terminer le côté paternel par : Enfin, Henri-Charles de Régnier, cité plus haut, 18 – 18, qui fut… — et pour le côté maternel, me rapprocher davantage de Madame votre mère[48]. J’ai essayé de trouver moi-même, mais soit maladresse, soit ouvrages imparfaits, je n’ai pu y réussir. Je ne veux d’ailleurs rien faire, sur ce point, qui ne vous convienne.

Vous rappelez-vous ce que vous m’avez donné pour le côté maternel ? Vous commencez à Yves du Bard, XIIe siècle. Puis vous sautez à Antoine du Bard 1662. Cela fait un trou.

Êtes-vous sûr de l’orthographe de : Chasans. Dans un ouvrage que j’ai consulté pour trouver le titre du volume de la comtesse de Brégy[49], j’ai trouvé Chazan.

Yolaine de Fax d’Astries, n’est-ce pas.

Je vous prie de m’excuser — je voudrais faire le mieux possible — et de croire à mes remerciements et à mes sentiments très respectueux.

P. Léautaud

À Edward Sansot-Orland, Paris, 15, rue de l’Odéon, le 23 janvier 1904

Cher Monsieur,
Je vous informe — surtout n’en soyez fâché en rien — que la notice Régnier paraîtra d’abord dans le Mercure, numéro de mars. J’espère que vous ne verrez à cela aucun inconvénient ; il n’y en a du reste aucun, d’autant moins que ce qui paraîtra dans le Mercure sera amputé de toute la partie intéressante, à savoir l’historique de toute la famille de Henri de Régnier, qu’on ne trouvera que dans votre brochure.

Je vous prie instamment de croire que je ne pensais point à cette publication quand je vous ai redemandé mon manuscrit. Il n’est point dans mes habitudes d’agir ainsi, encore moins vis-à-vis de quelqu’un qui est plus pour moi un camarade qu’un éditeur, et si je vous l’avais redemandé pour le motif ci-dessus, je vous l’aurais dit tout de suite. Mais mardi dernier, j’ai parlé négligemment de ma notice à Vallette. J’ai entrevu alors la possibilité de la publier dans le Mercure et de me faire par là quelque argent, dont j’ai fort besoin. Cela a décidé de tout, et vous en auriez fait autant à ma place, surtout ayant comme moi la certitude de ne nuire en rien au sort de la brochure à venir. Cette dernière n’en sera même pas retardée, ou à peine. Dans une quinzaine de jours je vous remettrai le manuscrit. Bever sera prêt également[50] et vous pourrez, si vous voulez, faire composer. Tout le soin inattendu que vous aurez à prendre, sera de ne mettre en vente que vers le 4 ou 5 mars. Le Mercure sera paru, aura circulé, il n’en pourra être que d’un bon effet pour la brochure, où la notice elle-même sera plus complète. (Format Judith Gautier[51], n’est-ce pas ?)

Je vous remets, en même temps que cette lettre, l’ensemble des journaux dont Bever a dû vous remettre la liste. J’ai, presque complète, la collection des articles de Barrès au Journal et je tiens à vous répéter qu’elle est à votre entière disposition, comme les numéros que je vous remets aujourd’hui, si jamais vous la désirez.

J’ai aperçu hier matin M. Roger Le Brun[52] rue de Seine. Dites-lui bonjour de ma part. Je ne cesse d’être curieux de lire sa notice sur France.

Mes meilleurs compliments.

P. L.

Il me faudra, à mon grand regret, être, vis-à-vis de vous, le contraire des plus aimables des collaborateurs : en n’enlevant point au Régnier le préambule.

De Henri de Régnier à Paul Léautaud[53], 20 mars 1904

Je viens de lire l’étude que vous avez publiée dans le Mercure. Si j’oublie que j’en suis le sujet, j’y vois un morceau de critique très vivante, très originale, très personnelle, dont je vous fais le compliment le plus sincère.

À Edward Sansot-Orland, Paris, 15, rue de l’Odéon, le 10 avril 1904

Cher Monsieur,
Je réponds à votre carte postale sous enveloppe reçue ce matin.

Je n’accepte pas vos 30 francs. La notice Régnier m’a été demandée tout au début de votre collection, avant même qu’aucune brochure ait paru, quand toute cette affaire n’était qu’en formation. Le prix convenu a été de 40 francs, je m’y tiens. Vous ne pouvez arguer en rien de la publication dans le Mercure, puisque vous ne m’avez rien dit, ni même rien répondu, quand je vous ai fait part de mon projet de cette publication. Je pourrai au contraire arguer, Moi 1o de l’époque à laquelle la notice m’a été demandée ; — 2o du prix qui m’a été dit ; 3o du prix qu’ont touché les premiers biographes. Ce n’est pas une raison parce que certaines brochures sont pour vous plus agréables à publier, pour que vous apportiez tant de fantaisie vis-à-vis de la mienne.

J’ajoute que je n’accepterai de recevoir aucun exemplaire tant que cette question du prix ne sera pas solutionnée, et comme elle doit l’être.

Mes meilleurs compliments.

P. Léautaud

Je prends en même temps la liberté de rappeler à votre souvenir les documents que je vous ai communiqués, en septembre dernier, pour les brochures France, Donnay[54], Barrès, Lemaître[55], Coppée[56] et Bourget. Le jour proche ou lointain où ils ne vous seront plus nécessaires, vous m’obligeriez en voulant bien me les retourner.

À Edward Sansot-Orland, Paris le 14 avril 1904

Cher Monsieur,
Van Bever m’a remis la brochure et les fameux dix francs. Mes remerciements pour tous les deux, avec l’espoir que nos relations de camarades, tout au moins, resteront les mêmes. Il m’est bien difficile d’aller vous voir le matin, vous le savez. Aussi je vous fais porter ce mot. S’il en est encore temps, voulez-vous me laisser envoyer les envois Léon Blum, Jules Bertaut, Jean de Gourmont et Ernest Charles ? Ce serait fait aujourd’hui même. Si oui remettez les quatre exemplaires, et si cela vous est déjà possible, ceux aussi que je vous ai demandés pour moi. Quant aux trente francs, cela ne presse pas. Je les prendrai un jour ou l’autre, quand j’aurai l’occasion d’aller vous voir.

Je ne veux pas manquer de vous remercier pour votre part de soins dans l’établissement du Régnier.

Cordialement à vous.

P. Léautaud

Ne prenez pas souci des papiers que je vous ai remis. J’ai réfléchi que j’en ai déjà bien assez chez moi. D’ailleurs, je pourrai toujours les retrouver dans vos publications.

À Henri de Régnier, Paris le 13 novembre 1904

Cher Monsieur,
J’ai tout d’abord à m’excuser pour vous remercier si tard de mon exemplaire de Rencontres de M. de Bréot[57]. Je ne suis pas seul à avoir eu beaucoup de plaisir à lire ce dernier livre de vous, je ne fais en effet que rencontrer des gens qui m’en parlent. Depuis Valéry jusqu’à un de mes collègues d’étude — ce dernier, il est vrai, que j’ai mis au courant de vos livres et qui maintenant n’en manque pas un seul. Quelle ingéniosité vous avez, décidément, et d’autant plus remarquable, que tout ce que vous trouvez est présenté si naturellement que rien n’en semble inventé. Toujours aussi votre justesse d’expression, votre heureux pittoresque, qui font que toute l’époque réapparaît, que tout s’anime et qu’on voit réellement les gens se remuer, et vivre, par exemple le départ de M. de Bréot et de M. de Verrigny dans leur carrosse, mangeant tous deux des prunes — ou la fin du IIIe chapitre, M. de Verrigny rentrant son linge et s’en allant à Dieu, d’un pas grave, etc., etc. C’est ainsi partout, et, je le répète, je l’ai vérifié auprès d’autres lecteurs, on voit vraiment les gestes de tous vos personnages. Que dire aussi de tout le récit de M. Herbon[58], le partisan, où l’étrange et le comique se mêlent à une sorte d’effroi raffiné. Le plus juste éloge qu’on puisse vous faire, et le mieux trouvé aussi, Madame Rachilde l’a exprimé : c’est vraiment un grand bonheur de vous rencontrer, vous qui racontez, et si bien, de si belles histoires.

Voulez-vous me permettre de vous dire aussi combien j’ai trouvé belle une pièce de vers que vous avez publiée il y a quelque temps, dans une jeune revue dont le nom m’échappe, le premier vers était, si j’ai bonne mémoire :

Je ne veux de personne
auprès de ma tristesse…[59]

Je me dis souvent, quand je pense à vous, que vous nous donnerez encore un jour, que vous devez même nous donner encore un jour, un admirable volume de vers. Il me semble que je n’ai pas tort quand j’estime qu’il y a deux époques pour un poète : la pleine jeunesse — et la maturité, le moment des mélancolies plus profondes.

Je vous remercie encore, cher Monsieur, et vous prie de croire à mes sentiments les meilleurs.

P. Léautaud


[1]     Edward Sansot (1864-1926), fondateur des Éditions E. Sansot, collaborateur de la Revue blanche et du Mercure. On lira un portrait d’Edward Sansot sans André Billy, La Terrasse du Luxembourg, pages 321 et suivante.

[2]     Paul Léautaud, Le Petit Ami, Mercure, 18 février 1903. En fait cela n’est pas certain. Selon une note de Marie Dormoy à la lettre de PL à HdR du 15 novembre 1902 infra, on peut supposer qu’Alfred Vallette a demandé à HdR de lire le manuscrit pour avis avant publication. Le mot manuscrit est ici particulièrement exact, la machine à écrire étant à cette époque encore peu utilisée dans le monde de l’édition.

[3]     Chez Leroux, 1901, actuellement au Mercure de France.

[4]     La Gardienne n’est pas une pièce de théâtre mais un poème symboliste paru dans la revue La Wallonie en janvier 1892. Dans son livre de souvenirs De mon temps (Gallimard 1933) HdR revient sur cette création : « Lugné-Poe m’avait proposé d’interpréter à l’un des spectacles de l’Œuvre un poème dialogué intitulé La Gardienne et que j’avais écrit sans penser qu’il serait jamais transporté sur la scène. Néanmoins, j’acceptai l’offre de l’audacieux Lugné-Poe qui avait sur la mise en scène des idées assez nouvelles. Ce fut ainsi qu’il décida que les vers du poème seraient dits par un récitant et une récitante, tandis que les acteurs chargés des rôles et séparés du public par un voile de gaze prendraient les attitudes et feraient les gestes convenables au texte parlé. Un décor symbolique ayant été commandé au peintre Vuillard et Lugné-Poe s’étant adjoint comme récitante Mlle Lara, de la Comédie-Française, de pittoresques répétitions commencèrent, agrémentées d’incidents divers. Enfin le jour de la représentation arriva. Chacun fit de son mieux, mais le public fut quelque peu récalcitrant et je connus l’honneur d’être sifflé. Il est vrai que j’eus le plaisir d’entendre Forain, qui était au nombre des spectateurs, déclarer de sa voix mordante que cette Gardienne “n’était pas rien”. Jules Lemaître, dans son feuilleton des Débats constata que mes vers ne manquaient pas d’une certaine valeur, mais que c’était là du singulier théâtre ! »

[5]     Paul Léautaud, en 1894 n’habitait plus chez son père (qui avait déménagé « à la compagne » en 1882). C’est Adolphe van Bever qui y habitait encore. Le Théâtre de L’Œuvre ne se trouvait pas cité Monthiers où nous le connaissons mais à l’époque un peu plus à l’est, 22, rue Turgot, dans un bâtiment qui n’existe plus.

[6]     Adolphe van Bever, (1871-1927), bibliographe et érudit. Léautaud et lui se sont rencontrés à l’école communale de Courbevoie et sont restés amis. Dans ses Entretiens avec Robert Malet, PL dira de lui : « van Bever, qui était un être d’une précocité étonnante et d’un naturel hardi, entreprenant, faisait des conférences. Il ne devait pas avoir plus de quatorze ou quinze ans environ et il organisait des conférences littéraires à la mairie de Neuilly. » Vers la fin du XIXe siècle, van Bever et Paul Léautaud ont habité ensemble par économie. Adolphe, à ce moment-là est secrétaire au Mercure après l’avoir été au théâtre de l’Œuvre. À son départ en 1912, Léautaud occupera son bureau. Ils publieront ensemble les Poètes d’aujourd’hui. Voir Marie Dormoy, Vie secrète de Paul Léautaud, Flammarion 1972, page 74. Voir aussi André Billy, Le Pont des Saints-Pères, pages 33-35. Voir les mémoires de Lugné-Poe : La Parade II : Acrobaties, pages 37 à 42, chapitre : « Le premier abonné », NRF 1931.

[7]     Lugné-Poe (Aurélien Lugné, 1869-1940), comédien, metteur en scène et directeur de théâtre. Fondateur du théâtre de l’Œuvre, il est, avec André Antoine et Firmin Gémier, l’artisan d’un renouveau du théâtre français en cette fin du XIXe siècle. Adolphe van Bever était secrétaire de Lugné-Poe au théâtre de L’Œuvre.

[8]     Mornay, 1900, actuellement inclus dans le volume « Romans et récits » au Mercure de France.

[9]     Jean Lorrain (Paul Alexandre Martin Duval, 1855-1906). Sa littérature « fin de siècle » à tendance audacieuse peut en ce sens être rapprochée de celle de Rachilde ou d’Hugues Rebell. Lorrain se crée d’ailleurs une personnalité en ce sens, ce qui fait un peu penser à un Brummell ou à un Montesquiou décomplexé, s’amusant à transformer le bal des Quat’z’Arts en gay pride bien avant l’heure. Voir l’intéressant article de Wikipédia.

[10]    Roman d’Anatole France, Calmann Lévy, 1893.

[11]    Anatole France (Anatole Thibault, 1844-1924) a été considéré comme l’un des plus grands auteurs et surtout — ce qui est un peu oublié — l’un des plus grands critiques littéraires de son temps.

[12]    L’abbé Jérôme Coignard, philosophe raffiné, est un des clients de la rôtisserie. Des « histoires de femmes » l’ont perdu.

[13]    Jules Michelet (1798-1874), historien libéral et anticlérical extrêmement respecté jusqu’à la fin du XXe siècle.

[14]    François-René, de Chateaubriand (1768-1848), écrivain et mémorialiste considéré comme l’un des précurseurs du romantisme français Son œuvre majeure est évidemment les Mémoires d’outre-tombe, publiées à l’origine en douze volumes en 1849-1850 chez Eugène et Victor Penaud, éditeur historique de FRC. FRC a aussi été un homme politique.

[15]    Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869), critique littéraire et écrivain, surtout connu pour ses Causeries du lundi, recueil de ses critiques littéraires parues dans Le Constitutionnel, entre octobre 1849 et août 1861. Ce recueil est paru une première fois en quinze volumes chez Garnier, de 1851 à 1862. Le Sainte-Beuve poète évoqué par PL est auteur de quatre recueils : Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829), Les Consolations (1830), Pensées d’août (1837) et Livre d’amour (1843), que PL citera ci-après. CASB a été élu à l’Académie française en 1844 en remplacement de Casimir Delavigne.

[16]    Ferdinand Brunetière (1849-1906). L’ouvrage cité par Léautaud peut correspondre à plusieurs titres dont Études critiques sur l’histoire de la littérature française, huit volumes parus de 1849 à1906.

[17]    1801 et 1802.

[18]    Stéphane Mallarmé (1842-1898), a été l’un des poètes les plus importants de son temps, chef de file vénéré des symbolistes. Stéphane Mallarmé a fait partie des Poètes d’aujourd’hui dès la première édition et les lettres à sa famille à propos de la rédaction de sa notice par Paul Léautaud ont été conservées. Paul Léautaud, admirateur en ce début de siècle, le rejettera rapidement (il évoque déjà ici des « admirations éteintes ») avec l’ensemble de la poésie.

[19]    Recueil de trois nouvelles (Mercure 1901) : La Femme de marbre, Le Rival, La Courte vie de Balthazar Aldramin, vénitien. Mercure, 1901.

[20]    Paul Adam (1862-1920), écrivain et critique d’art. Son premier roman, Chair molle (1885), accusé d’immoralité, provoque le scandale. On lira avec intérêt le portrait de Paul Adam dresse par André Billy dans La Terrasse du Luxembourg, (Fayard 1945), page 139 et suivantes.

[21]    Voici les deux premières : « Les canards des bassins furent les premiers ennemis véritables d’Omer Héricourt ; lorsqu’il commença de s’éveiller au monde, dans les bras d’une Picarde en bonnet noir, et à fichu de Madras. Certain jour, il étrennait une robe de nankin toute neuve, pour une promenade dans le jardin du Tribunat. » Paul Adam, L’Enfant d’Austerlitz, Ollendorff 1901, 536 pages. Ce roman est le deuxième de la tétralogie Le Temps et la Vie, épopée de la famille Héricourt.

[22]    Mercure de France 1902.

[23]    Mercure de France, achevé d’imprimer le dix octobre, 206 pages.

[24]    La cité des eaux en question est Versailles. Le premier ensemble de sonnets (36 pages) donne son titre au recueil. (Mercure de France, 1902)

[25]    Ces galeries du théâtre de l’Odéon abritaient libraires et bouquinistes jusque dans les années 1920.

[26]    La Renaissance latine, revue mensuelle parue sur 38 numéros, du 15 mai 1902 au 15 juin 1905 sous les directions de Louis Odéro puis Constantin de Brancovan. Paul Léautaud fait ici allusion au numéro de décembre 1902, pages 385 à 418.

[27]    Paul Léautaud considérera toujours Stendhal (Henri Beyle, 1783-1842) comme un modèle, y compris pour ses romans. Le nom de Stendhal est cité 318 fois dans le Journal Littéraire.

[28]    Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889), écrivain majeur de son temps, a toujours été une référence pour Paul Léautaud, bien moins que Stendhal toutefois.

[29]    Page 396 de La Renaissance latine de décembre 1902 : « [Jules Barbey d’Aurevilly] est un écrivain de grande allure. La phrase est longue, coupée d’incidentes qui sont des parenthèses de conteur, relevée de pointes et de traits, cravachée d’épithètes cinglantes, défendue de parades brèves, bien en garde et qui va droit au corps. C’est un style d’outre-tombe, un style de Chateaubriand du Cotentin. Ce n’est pas lui qui lira chaque matin une page du Code civil pour s’apprendre à écrire net et court et, cependant, il me semble voir entre Beyle et lui plus d’un rapport. »

[30]    Note de Marie Dormoy dans la Correspondance Générale : « C’est parce qu’Henri de Régnier a donné un avis favorable, au Mercure de France, pour l’acceptation du Petit Ami, que Léautaud le lui a dédié. »

[31]    Un de ces mardis où Rachilde recevait.

[32]    Dans ses Souvenirs sur Apollinaire (Grasset 1945), Louise Faure-Favier donne la description d’un de ces mardis de Rachilde après Pâques 1914 : « J’y retrouvai presque toute la rédaction des Soirées de Paris groupée autour d’Alfred Vallette, d’Henri de Régnier, de Remy de Gourmont, de Georges Duhamel. Tout ce que la littérature contenait de célébrités était là. Dans le salon particulier de Rachilde, les dames de lettres, non moins célèbres, étaient assises en rond, heureuses quand leurs éminents confrères venaient leur baiser la main. Au centre du cercle, Jean Cocteau jouait les chérubins aux pieds de Mme Georges Gain, tandis que Francis Carco chantait et mimait ses chansons marseillaises. »

[33]    Léon-Paul Fargue (1876-1947), s’introduit aux mardis de Stéphane Mallarmé, où il rencontre  Paul Claudel, Claude Debussy, André Gide, Marcel Schwob, Paul Valéry… Il devient l’ami de Maurice Ravel. En 1924 il fondera avec Valery Larbaud et Paul Valéry, la revue Commerce. Voir aussi son portrait au 28 décembre 1932.

[34]    Voir, dans le Journal littéraire au 24 avril 1901, la très goûteuse description d’un ce ces repas par un Léautaud empêtré dans le savoir-vivre.

[35]    Henri de Régnier, Le Mariage de minuit (dédié à Paul Adam), Mercure de France 1903, 316 pages. Une « édition définitive » de 270 pages paraîtra chez Hachette en 1929.

[36]    Le comte Robert de Montesquiou (1855-1921), homme de lettres et critique. Poète, homosexuel et dandy insolent, il aurait servi de modèle à des Esseintes dans À Rebours (1884) de Huysmans. Il fournit à Marcel Proust l’un des modèles du baron de Charlus. Le « qu’allez-vous dire ? » de PL fait référence au rejet de Montesquiou par Régner lorsque celui-ci apprit que lors de l’incendie du Bazar de la charité (mai 1897), Montesquiou s’était frayé un chemin à coups de canne pour s’extraire des flammes. Presque toutes les victimes furent des femmes.

[37]    Voir Silvia Rovera « Les Extravagants chez Henri de Régnier: Des personnages en quête de certitudes » https://journals.openedition.org/carnets/6783.

[38]    Le Petit Ami.

[39]    Maurice Barrès (1862-1923), écrivain et homme politique, figure de proue du nationalisme français. Maître à penser de sa génération, sa première œuvre est un triptyque qui paraîtra sous le titre général du Culte du Moi (Sous l’œil des Barbares, 1888, Un homme libre, 1889, et Le Jardin de Bérénice, 1891), tous trois lus et admirés, un temps, par Léautaud.

[40]    Remy de Gourmont (1858-1915), romancier, journaliste et critique d’art, proche des symbolistes. Léautaud deviendra son intime. Voir le site de référence indépassable sur RdG : http://www.remydegourmont.org/

[41]    Marcel Schwob (1867-1905), naît dans une famille de lettrés fréquentée par Théodore de Banville et Théophile Gautier. À la naissance de Marcel, son père, Georges, revient d’Égypte où il était chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères. Élève brillant, Marcel intègre le lycée Louis-le-Grand, où il se lie avec Léon Daudet et Paul Claudel. En 1900, il épouse l’actrice Marguerite Moreno. À la mort de Marcel Schwob, Paul Léautaud se chargera de rédiger sa chronique dans le Mercure du 15 mars 1905 (15 pages), qui fera l’objet d’une page web ici le premier décembre 2019.

[42]    Jules Laforgue (1860-1887, à 27 ans), poète symboliste, connu pour être un des « inventeurs » du vers libre. De 1882 à 1886 il a été le lecteur de l’impératrice Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach, grand-mère du futur kaiser Guillaume II. Jules Laforgue a fait partie de la première édition des Poètes d’aujourd’hui.

[43]    PL ne sera employé au Mercure de France qu’en janvier 1908. Il est, depuis mai 1902, secrétaire d’administrateur judiciaire à l’Étude Lemarquis, rue Louis-le-Grand, où il restera jusqu’à fin janvier 1906.

[44]    Note CG (Correspondance générale) : « Les Vacances d’un jeune homme sage, Mercure de France, 1903. »

[45]    Note CG : « Mercure de France, 1899. »

[46]    Le fils d’H de R. (1864-1936) est Pierre de Régnier (1898-1943), journaliste (il n’est pas impossible qu’il soit le fils de Pierre Louÿs).

[47]    Note CG : « Le portrait d’Henri de Régnier publié en tête de la brochure de Léautaud, représente le poète assis, accoudé sur un meuble à hauteur d’appui, mais on ne peut, avec certitude l’attribuer à J.-E. Blanche. »           
Jacques-Émile Blanche (1861-1942), peintre, graveur et écrivain. Nous avons tous en mémoire son portrait de Proust de 1892, en habit, fleur blanche à la boutonnière (Orsay).

[48]    Le grand-père d’H. de R. était Charles François Henry de Régnier (1789-1877), Inspecteur divisionnaire des Douanes (vers 1825), directeur des Douanes en 1859 à Vannes et Directeur des contributions indirectes et des douanes, à sa retraite le 1er juin 1859. Il a épousé vers 1820, M(arie ?) Françoise Charlotte Deleonardy (1785-1849). Ils ont eu deux enfants dont une fille cadette et un aîné : Henri Charles de Régnier, né en 1820. En 1857 il épouse Thérèse Adrienne Adélaïde du Bard de Curley (1836-1924), future mère d’H. de R.

[49]    Comtesse Charlotte Saumaize de Chazan Brégy (1619-1693 nom d’alliance), fille de Bénigne de Saumaise (ou Saumaize) de Chazan et d’Anne Hébert. Connue sous le nom de Mlle de Chasans (ou Chazan), épouse en 1637 Nicolas de Flécelles, comte de Brégy. Dame d’honneur d’Anne d’Autriche. Dans le cercle des précieux et précieuses, elle était « Belarmis » et « Belinde ». Comme ouvrages, nous trouvons Les lettres et poésies de Madame la Comtesse de B. (1666).

[50]    Cette collection des « Célébrités d’aujourd’hui était publiée sous la direction d’Edward Sansot-Orland, Roger Le Brun et Adolphe van Bever.

[51]    Edward Sansot avait déjà publié, daté de cette même année 1904, dans la même collection « Les Célébrités d’aujourd’hui » un Judith Gautier par Remy de Gourmont. En 1904, les ouvrages parus dans cette collection sont Paul Adam, par Marcel Batilliat ; Octave Mirbeau, par Edmond Pilon ; Remy de Gourmont, par Pierre de Querlon ; Frédéric Nietzsche, par Henri Albert ; Maurice Donnay, par Roger Le Brun ; Jules Lemaitre, par E. Sansot-Orland ; Judith Gautier, par Remy de Gourmont ; Camille Lemonnier, par Léon Bazalgette ; Émile Faguet, par Alphonse Séché ; Anatole France, par Roger Le Brun ; Alfred Capus, par Édouard Quet ; Henri de Régnier, par Paul Léautaud ; Willy, par Henri Albert ; Paul Bourget, par Georges Grappe.

[52]    Roger Le Brun s’était spécialisé dans les biographies, notamment celles de Courteline et de France.

[53]    Cette lettre ne figure pas dans CG mais provient du catalogue de la BNF. On peut imaginer qu’elle est un peu plus longue.

[54]    Centralien et ingénieur, c’est par la petite porte que Maurice Donnay (1859-1945) entra en littérature, comme chansonnier au côté d’Alphonse Allais, avant de poursuivre une carrière d’auteur dramatique à succès, particulièrement apprécié de Jules Renard. Dans le Mercure du 16 avril 1908 à propos de Petite hollande, comédie de Sacha Guitry, Maurice Boissard écrira : « M. Sacha Guitry, lui, est un élève de M. Maurice Donnay. Il mêle, comme l’auteur d’Amants [Donnay], le pathétique avec la blague boulevardière, et adoucit de plaisanterie la passion de ses personnages. » De Maurice Donnay, Maurice Boissard chroniquera Le Ménage de Molière (Mercure 16 juillet 1912) et Les Éclaireuses (1er avril 1913). Maurice Donnay siègera trente-huit ans à l’Académie française, où il sera élu en février 1907.

[55]    Jules Lemaître (1853-1914), agrégé de lettres. Enseignant puis collaborateur de la Revue bleue et du Temps, Jules Lemaître se fit connaître comme critique dramatique au Journal des Débats. Ses critiques ont été rassemblées en volumes. Jules Lemaître a écrit une douzaine de pièces, entre 1889 et 1912, dont Bertrade, comédie en quatre actes, qui sera créée au Théâtre de la Renaissance le 4 novembre 1905.

[56]    François Coppée (1842-1908), poète nostalgique parisien et auteur dramatique à succès. D’abord employé à la bibliothèque du Sénat, François Coppée fut nommé en 1878 archiviste de la Comédie-Française, poste dont il a démissionné en 1884, date à laquelle il fut élu à l’Académie française.

[57]    Mercure de France, 1er octobre 1904, 316 pages.

[58]    Herbou.

[59]    « Je ne veux de personne auprès de ma tristesse / Ni même ton cher pas et ton visage aimé, / Ni ta main indolente et qui d’un doigt caresse / Le ruban paresseux et le livre fermé. » ce poème, La Voix, sera intégré à La Sandale ailée, recueil qui paraîtra dans le Mercure en 1906 (213 pages)