La fausse mort de Paul Léautaud

Il arrive — parfois mais rarement — que des gens bien vivants soient déclarés morts par un journaliste distrait. C’est par exemple ce qui est arrivé à Charles Morice[1], non dans un journal mais dans un supplément (il y en a eu plusieurs) du Nouveau Larousse illustré paru au début du XXe siècle, qui l’annonce « mort en 1905 » alors que Charles Morice a trouvé moyen de survivre à la première guerre mondiale et même de continuer encore un peu avant de s’éteindre — assez jeune encore — en mars 1919 à l’âge de 59 ans.

C’est une aventure analogue qui est arrivé à Paul Léautaud, dont la mort a été annoncée dans plusieurs journaux en mai 1941.

En effet, le 11 mai 1941, le journal Oran républicain, situé évidemment en zone libre, annonce la mort de Paul Léautaud, qui se porte pourtant fort bien, en tout cas aussi bien que l’on pouvait se porter à Paris à cette époque.

C’est cette histoire étonnante qui va être racontée ici, à travers son Journal littéraire.

Mardi 27 Mai 1941

Ce matin, visite de Sanvoisin[2], de passage à Paris pour quelques jours. Il m’apporte cette nouvelle extraordinaire : on a annoncé ma mort en zone libre. Il me remet même trois articles nécrologiques, qu’il a découpés pour me les apporter : un de Billy[3], dans Le Figaro, un signé J. R[4]. (le meilleur) dans La Montagne, de Clermont-Ferrand, un signé Le Reporter, dans Le Journal[5], en me disant qu’il s’est d’abord demandé s’il devait me les montrer, ne sachant trop quel effet ils feraient sur moi, et qu’il est allé, avant d’entrer dans mon bureau, les montrer à Mlle Blaizot[6] et lui demander son avis. Je lui [dis] qu’au contraire cela m’amuse énormément, que je trouve l’histoire extrêmement drôle. On se demande toujours ce que les gens diront de vous quand on ne sera plus là et qu’ils n’auront plus à se gêner. Eh ! bien, me voilà renseigné. C’est une chance qui n’arrive pas à tout le monde.

À en juger par la date de dépêches insérées au verso de l’article de La Montagne, ces articles ont dû paraître dans les environs du 17 mai (Sanvoisin aurait bien pu mettre les dates sur les coupures). Nous sommes le 27. À peu près dix jours pendant lesquels je continuais à aller et venir à mon habitude, alors qu’on me croyait là-bas mort et enterré. C’est tout de même fort drôle. Je pense à la figure que feront ou qu’ont faite les auteurs de ces articles en apprenant que je suis toujours là.

Dans l’article de La Montagne, il est fait allusion à « une excellente étude de M. Marcel Franc[7]([8])[9], l’un des seuls à avoir signalé ma disparition… », sans aucune indication du journal dans lequel elle a paru.

Sanvoisin n’a pu encore découvrir d’où est partie la nouvelle. Il se propose de le chercher. Dès qu’il a lu l’article de Billy, il lui a écrit pour lui dire que la nouvelle était fausse, qu’il venait dans le même moment d’être en correspondance avec moi […], qu’on venait aussi de lui écrire qu’on m’avait rencontré dans Paris. Billy a donc su tout de suite que son article était prématuré, lui qui parle dans son article de la visite qu’il fera au Mercure, dans mon bureau, quand il rentrera à Paris, de mon fauteuil où je ne serai plus, remplacé peut-être par un autre, de la grande peine que lui cause ma mort. Je pense qu’il en rira comme j’en ris. Toujours aussi ses exagérations, « pour faire pittoresque », comme il m’a dit une fois que je lui faisais de petits reproches à ce sujet, écrivant de moi : « Au physique un personnage indéfinissable, qui tenait du vagabond, du poète, du cabot et du défroqué… on le rencontrait parfois, rasant la grille du Luxembourg et pliant sous un sac (il aurait pu écrire : sous le poids d’un sac) de croûtes achetées aux regrattiers[10] du marché Saint-Germain. » Complètement faux, par-dessus le marché. Il a aussi daigné assurer que, sous ma mise pauvre, j’étais « rigoureusement propre ». On voit qu’il croyait bien que j’étais mort.

Liste des articles connus annonçant ou démentant la mort de Paul Léautaud.
À cette liste il faudrait ajouter celle des annonces à la radio.

Pendant la visite de Sanvoisin, on m’appelle au téléphone. Philippon, du Cercle de la Librairie[11]. Me demande si je suis au courant, lui heureux de me trouver à l’appareil, me dit qu’il va envoyer une dépêche à l’Agence Havas pour qu’elle rectifie.

Porteret[12] vient dans mon bureau. On vient de téléphoner à la rédaction pour demander si la nouvelle est vraie. J’apprends de plus de lui ce qui suit : c’est hier lundi matin, à 8 heures, que Radio-Paris a annoncé ma mort. Dans la matinée, Paris-Midi a téléphoné au Mercure (c’est Porteret qui a reçu l’appel) pour demander si la nouvelle était exacte. Bernard[13] a fait la réponse : « Léautaud n’est pas mort. Il était hier avec moi à Meudon à l’exposition Wagner[14]. » Tout le personnel du Mercure mis au courant hier matin par Porteret de la nouvelle de ma mort émise par Radio-Paris, comme venant de la zone libre, et tout le monde prenant le parti de ne m’en rien dire, par crainte d’un effet fâcheux sur moi. Je le leur ai dit à tous : « Ce n’est vraiment pas la peine de me connaître depuis si longtemps pour me connaître si peu. »

[…]

Une heureuse surprise que j’ai, dans ces articles, tant le contraire est piquant, c’est de ne pas y voir attribuer la « férocité » de ma critique, mes mots à l’emporte-pièce sur beaucoup de gens, ma moquerie, mes sarcasmes, etc., etc., à l’envie, à la jalousie, à la méchanceté foncière, au besoin de dénigrement d’un homme qui n’a pas réussi, etc., etc. Et on me croyait mort : on n’avait pas à se gêner.

À 4 heures, visite de Berthellemy[15], qui vient me demander le jour de mes obsèques. Lui aussi a appris la nouvelle par Radio-Paris. Il paraît que Paris-Midi de ce matin a publié un démenti.

Jeudi 29 Mai

Il m’est venu soudain, ce matin, en allant prendre le train pour me rendre au Mercure, l’idée d’écrire quelques pages pour la Nouvelle Revue Française sur cette étonnante histoire de ma fausse mort. Arrivé au Mercure, je téléphone à Drieu la Rochelle[16]. En me disant bonjour et me demandant de mes nouvelles, il me dit : « Eh ! bien, on vous a assassiné ? » Je lui dis que c’est justement à ce sujet que je lui téléphone et lui demande s’il vient tantôt à la revue et si je pourrais l’y voir. Il me répond qu’il part dans un moment pour la zone libre et ne sera de retour que dans trois ou quatre jours Je lui dis qu’on m’a apporté de la zone libre trois longs articles nécrologiques. Il s’écrie : « À ce point-là ! » J’ajoute : « Et trois articles complets, détaillés ! » Je lui demande alors s’il me prendrait quelques pages sur cette histoire. Tout de suite : « Mais certainement, certainement. » Je lui dis que j’irai les lui déposer à la revue sitôt terminées. C’est entendu.

J’ai déjà commencé ce matin et tantôt dans mon bureau. Phénomène curieux : étonnant comme mon esprit se réveille, comme les choses me viennent dès qu’il s’agit d’écrire quelque chose qui sera imprimé aussitôt et paraîtra. Le « plaisir » me reprend par tout l’être[17].

Vendredi 30 Mai

Tantôt, visite de Pierre Varenne[18], à propos de l’effarante histoire de ma mort. Il me dit que la nouvelle a été donnée, pour ce côté[19], par la Radio Nationale (Radio-Vichy), redonnée ensuite pour Paris par Radio-Paris. Il me raconte que le rédacteur en chef de L’Œuvre l’a fait appeler : « Vous savez que Paul Léautaud est mort. Faites cinquante lignes. » Varenne stupéfait, venant de recevoir, un ou deux jours avant, une lettre de moi. Grand doute de l’exactitude de la nouvelle. Il écrit pourtant ses cinquante lignes. Il les porte à l’imprimerie de L’Auto, où s’imprime L’Œuvre. Heureusement, là, au vu de son article, on lui dit que la nouvelle a été démentie par Havas. Il déchire son papier, enchanté.

J’ai dit à Varenne, charmant garçon au possible : « Je regrette de vous avoir fait travailler pour rien. Cela m’aurait fait un article de plus. »

Marie Dormoy[20] me raconte tantôt : hier soir, en rentrant chez elle, elle trouve sur son palier la cousine de Gide qui l’attendait, la mine embarrassée, hésitante, comme quelqu’un qui ne sait comment commencer : « Mademoiselle, vous avez l’air bien gaie… — Moi ? Pourquoi me dites-vous cela ? — Mais vous ne savez pas que M. Léautaud est mort ? — Lui ! Il se porte comme un charme ! »

Un peu après, je me trouve à la Bibl. avec la cousine de Gide, qui me raconte en riant avec son exubérance : « Si vous saviez ce qui m’est arrivé ! Hier soir, je vais pour voir Mlle Dormoy. Elle n’était pas là. Je l’attends sur son palier. Elle arrive. Je venais lui parler de la nouvelle qu’on avait donnée de votre mort. Je lui vois l’air si allègre !… Je me dis aussitôt : « Ce n’est pas possible. La nouvelle doit être fausse… » Je me dresse aussitôt et la reprenant : « Eh ! Mademoiselle, justement cet air allègre aurait pu être une preuve que la nouvelle était vraie ! »

Marie Dormoy apparaissant, j’ai répété la répartie, qui m’a valu : « Vous avez toujours des choses aimables… » pendant que la cousine de Gide ne se tenait plus de rire.

La Chimère (Mme Karl Boès[21]) a écrit, de la Gironde où elle se trouve, une lettre éplorée à Marie Dormoy à propos de ma mort. Elle lui parle d’un long article qui a paru à ce propos dans La Petite Gironde.

Mardi 3 Juin

Ce matin, lettre de Sanvoisin. Il m’envoie les coupures de deux autres articles. Un nouvel article de Billy, dans Le Figaro littéraire, un de René Bizet[22], dans Candide. L’article de Bizet est un article nécrologique, qui a dû paraître après les autres. L’article de Billy, intitulé Lettre d’outre-tombe, est une sorte d’atténuation à certaines exagérations de son premier article. C’est bien ce que j’ai pensé : il a vraiment fallu qu’il me croie bien mort pour les écrire.

J’ai répondu sur-le-champ à Sanvoisin pour le remercier et lui demander s’il peut découvrir dans quel journal a paru cette « excellente étude de M. Marcel Franc », à laquelle il est fait allusion dans l’article de La Montagne de Clermont-Ferrand, et s’il peut me mettre à la poste, en zone libre, une lettre pour Billy, une pour Rouveyre et une pour le signataire : J. R. de l’article de La Montagne. Je lui dis en même temps que j’ai écrit pour la N.R.F. quelques pages sur cette étonnante histoire et je lui demande si je peux l’y nommer en toutes lettres[23].

Mercredi 4 Juin

Ce matin, carte-correspondance de George Besson[24] (à Saint-Claude, en zone libre) sur ma mort et ma résurrection, les deux qu’il a apprises en téléphonant à Lyon, à Billy. Mandin[25] vient me donner à lire une carte qu’il reçoit de Mazel[26] (à Nîmes depuis la déclaration de guerre), qui se lamente de ma disparition.

Cet après-midi, avant l’arrivée de Bernard, je trouve sur son bureau, à la place habituelle des papiers concernant mon service, un petit paquet de coupures de journaux de Paris démentant la nouvelle de ma mort, avec ce mot de sa main : « Quelle abondante publicité ! Si ce n’est pas vous-même qui avez habilement lancé le canard, avouez que vous avez des amis sûrs. » Que dira-t-il, s’il lit mon article dans la N.R.F., quand il lira les citations des articles nécrologiques. Ce sot, ce vaniteux, cet ignorant, pour qui ma longue collaboration au Mercure, mon ancienneté dans la maison, ce qu’il sait bien tout de même que j’ai de petite réputation littéraire, ne comptent pas plus que zéro dans ses procédés avec moi.

Tout le monde, dans le personnel, à propos de ce mot joint par lui à ces coupures de journaux, dit : jalousie.

Été après le déjeuner à la N.R.F. déposer mon article à Drieu la Rochelle.

Tantôt, Charles Léger, qui fait le service de son livre : Madame Récamier[27]. Il me donne à lire une carte que George Besson lui a écrite à propos de la nouvelle de ma mort (avant de s’être mis en rapport avec Billy et d’avoir été renseigné par lui).

Comme on apprend à être économe, dans la nécessité ! En temps ordinaire, un grain de café tombait, quand je le moulais, s’il était hors de ma vue je ne m’en occupais pas. Aujourd’hui, je me mets à quatre pattes sur le parquet pour le chercher. Je laisse sécher mes bouts de cigarettes, je coupe avec des ciseaux la partie brûlée et je dépiaute le tabac qui reste, rattrapant ainsi la valeur d’une cigarette avec les bouts restant de quatre ou cinq.

Vendredi 6 Juin

J’ai bien fait d’écrire tout de suite mon article pour la N.R.F. sur l’histoire de ma fausse mort. Je ne l’écrirais plus maintenant. La petite excitation est complètement partie.

[…]

Tout le monde au Mercure est d’avis que Bernard aurait été enchanté que je sois mort pour de bon. Il paraît en effet avoir pris en haine tous les anciens de la maison[28].

Mercredi 25 juin

À 5 heures : une carte de Rouveyre, toujours des vers[29]… Une carte de Billy, datée de Lyon 13 juin, me disant que c’est d’après L’Écho d’Oran[30] que La Montagne de Clermont-Ferrand a annoncé ma mort, Le Figaro n’étant venu qu’ensuite. Une carte de Léon Deffoux[31], de Clermont-Ferrand, 13 juin, me disant que la connaissance de la fausse nouvelle de ma mort a été lancée en zone libre par Oran républicain[32] du 8 mai, que j’ai eu une très bonne presse, que La Montagne de Clermont-Ferrand, entre autres, a été très gentille et a mis dans son titre : Le dernier héritier de Chamfort vient de disparaître[33]. Je ris de moi… « Très gentil ? » Autant dire que c’était excessif. Il m’a mis de côté beaucoup de coupures qu’il m’apportera s’il peut venir à Paris avant l’hiver. Quand on connaît Deffoux, physiquement, ce petit bourgeois de Belleville, et qui y est fidèle et attaché, ce qu’il écrit est amusant : « Quant à moi, immobilisé ici avec l’Agence Havas, je me morfonds. Vous voyez la figure que je peux faire loin de Paris, loin de ma bouquinaille, en tête à tête avec le Puy de Dôme, depuis tantôt un an ! »

Enfin une carte de Jean Lebrau[34], de Moux[35], 12 juin, très amicale.

Le titre de l’article de démenti de Gaëtan Sansvoisin dans Candide du onze juin, page six.

Voici le texte que Paul Léautaud a remis à Pierre Drieu La Rochelle pour La NRF :

Partie remise[36]

J’étais, ce mardi matin 27 mai, dans mon bureau du Mercure, à mon habitude. On vient m’annoncer Gaétan Sanvoisin. Il m’avait prévenu de sa visite, à son prochain passage à Paris. Il m’a plu dès le premier jour[37] et je crois que je ne lui ai pas déplu. Il avait, ce matin, plus qu’à l’ordinaire, sur le visage, cet air malicieux que j’aime tant chez les gens[38]. À peine assis dans le fauteuil des visiteurs « Je vous apporte une nouvelle. Vous savez qu’on a annoncé votre mort en zone libre. » Je le regardai. Ma mort, en zone libre ! Alors que j’étais là, si bien vivant, d’un physique encore si alerte, d’un moral si excellent, comme toujours à me moquer de tout et de moi-même, comme toujours pestant contre tout et ne trouvant rien de bien ! J’éclatai d’un rire ! Je trouvais la chose extrêmement drôle et m’en sentais l’esprit réveillé en diable. Sanvoisin continuant « Je vous apporte même quelques articles nécrologiques que j’ai découpés et mis de côté pour vous les remettre en venant vous voir. » Jusqu’à des articles nécrologiques ! Décidément, c’était complet. J’étais bien mort. Sanvoisin tirait en effet de sa poche et me tendait trois longs articles où, dès le titre, je suis déclaré défunt, sans conteste, un article d’André Billy dans le Figaro littéraire, un article signé J. R. dans la Montagne, de Clermont-Ferrand, un article signé Le Reporter, dans le Journal, — me disant qu’il avait d’abord hésité à m’apprendre la nouvelle et à me remettre ces « papiers » ne sachant trop l’effet qu’ils produiraient sur moi[39]. « Eh ! bien, lui dis-je, vous voyez comme je le prends. Voyons !… Comment avez-vous pu penser ? Je le répète c’est extrêmement drôle. Sans compter que c’est superbe ! Cet intérêt à ma vie ou à mon trépas ! Vallette qui me disait que je suis connu de quatre cents personnes ! Ce que je trouvais déjà très beau ! Et il y a encore l’agrément ! » Sanvoisin me regardait, riant lui aussi, maintenant. « Tous tant que nous sommes, les petits, les grands, nous nous demandons quelquefois ce qu’on dira bien de nous quand nous n’y serons plus et qu’on n’aura pas à se gêner. Nous voudrions bien le voir ! Eh ! bien, moi, je vais pouvoir le voir, je vais savoir à quoi m’en tenir. Convenez… C’est une chance qui n’arrive pas à beaucoup. »

J’avais mis ces articles sur mon bureau, pour les lire dans la journée, quand j’en aurais le loisir. J’avais rendez-vous à midi, boulevard de Clichy, pour déjeuner avec une dame. Pour un mort ! Obligé, par mon retard, de prendre le Métro, dont j’ai horreur, circulant toujours à pied, si loin que j’aie affaire. Je m’y trouvai pressé à l’extrême dans le surnombre des voyageurs à cette heure. Ma mauvaise vue m’empêchait de surveiller l’approche de la station où je devais descendre. Je devais m’informer auprès de mes voisins. Une fort jolie femme du peuple, en cheveux, aux formes plantureuses au possible, m’interpellant de la place où elle se trouvait « Je descends là aussi. Vous n’aurez qu’à me suivre. » Je m’inclinai autant que me le permettait la compression que je subissais. « C’est tout à fait aimable. » Et lui faisant compliment du regard « Avec le volume que vous avez, j’aurai le passage facile. » Et le fait est qu’arrivé à destination, la suivant dans l’espace qu’elle créait, je passai comme un fil, recevant d’elle sur le quai un au revoir ? charmant. Je me jouais intérieurement, la considérant en la quittant, — Gallimard va encore me traiter d’« obsédé du nichon » — la scène de Tartuffe, à l’inverse :

Ah ! mon Dieu, je vous prie,
Avant que de partir ôtez-moi ce mouchoir
Et découvrez ce sein que je désire voir.
Par de pareils objets mon âme est caressée
Et je me sens venir d’agréables pensées.

On voit bien que ma mort ne m’attristait pas beaucoup.

Sanvoisin me dit que dès sa lecture de l’article de Billy, il lui a écrit pour lui exprimer sa surprise, lui dire que la nouvelle était certainement fausse, qu’il était à ce moment en correspondance avec moi, qu’on venait également de lui écrire qu’on m’avait « rencontré dans Paris ». Billy a donc su tout de suite que son article était prématuré. Comment l’a-t-il pris ? En riant ? Vexé ? Se disant « Voilà bien les amis. » Lui qui parle dans son article des débuts de notre amitié, quand il venait me voir presque chaque jour au Mercure, de mes deux vestons l’un sur l’autre, — redoutant le froid, et ne disposant que d’un pardessus un peu léger — quand nous allions ensemble au théâtre, le meilleur se trouvant être le plus court et laissant dépasser l’autre[40]([41]), qui me décrit dans mon bureau, qui parle de la visite qu’il y fera quand il reviendra à Paris, de mon fauteuil dans lequel je ne serai plus et où un autre, peut-être, aura pris ma place, de ma plume d’oie qui aura disparu, de la grande peine que lui fait ma mort. C’est touchant, tout cela ! Mais qu’il écrit donc avec négligence, — il écrit dans son article qu’il perd en moi « un ami redoutable » —, ses articles de journaux ! Le passage sur mon fauteuil « Son fauteuil sera vide, peut-être remplacé par un autre. » On ne sait trop si c’est le fauteuil ou moi. Parlant de mon enfance « Il avait eu une enfance funeste. » Une enfance funeste ? Il aurait pu écrire peu heureuse, pénible. Funeste ? Mon enfance ne m’a nullement porté malheur. J’ai eu au contraire la plus grande chance pour ce qui m’intéressait uniquement : écrire. Le reste n’a jamais beaucoup compté. J’ai le bonheur aujourd’hui de lire son article. Toujours aussi ses exagérations, pour « faire pittoresque », comme il me répondit une fois que je lui faisais de petits reproches à ce sujet, lui disant que le pittoresque doit être basé sur la vérité. « Au physique, un personnage indéfinissable, qui tenait du vagabond, du poète, du cabot et du défroqué. » Il est vrai qu’on se voit si mal ! « On le rencontrait parfois rasant la grille du Luxembourg, en pliant sous un sac, — il aurait pu écrire : sous le poids d’un sac…, — de croûtes achetées aux regrattiers du Marché Saint-Germain — ce qui est complètement inventé[42]. Il a aussi daigné, vers la fin de son article, rassurer ses lecteurs « Bien qu’il eût l’air d’un pauvre et dissimulât son linge sous des tricots, il était rigoureusement propre. » Ce qui revient à donner à entendre que, malgré ma mise modeste, je n’étais tout de même pas à ne pas prendre avec des pincettes. C’est une attention, cela ! À quel point il a fallu qu’il me croie bien mort !

Et Rouveyre, lui, à Cannes, quand il a lu l’article de Billy, car il est lecteur du Figaro ! Lui, le cynique, lui, l’égoïste, lui, le railleur, lui, le sans-scrupules, lui, le sans-cœur et l’impitoyable, lui, l’observateur jusqu’à la cruauté, et qui m’a révélé depuis notre éloignement l’un de l’autre une telle capacité d’amitié ! Quelle peine il a dû avoir ! Qu’il a dû être bouleversé ! Il a dû en pleurer, je m’en porterais garant. À ce déjeuner avec cette dame, fort amusée elle aussi de cette histoire « Il vous arrive toujours des choses extraordinaires — La plus extraordinaire est certainement… » je regrette bien de ne pouvoir répéter entière ici la réponse que je lui fis, comme je lui parlais de Rouveyre « Vous devriez lui écrire un petit mot, pour le rassurer. » Non. Il a dû écrire à Billy, Billy lui répondre et le rassurer. Ensuite, il est depuis longtemps convenu entre nous deux, que, le premier qui partira, le survivant écrira l’article sur lui. S’il pouvait être resté dans la croyance de ma mort ? S’il écrivait son article ? S’il s’y laissait aller à sa vraie nature ? S’il le publiait et que je puisse le lire ? Des éloges, certes, des attendrissements, un chagrin vrai, les souvenirs les plus cordiaux, mais en même temps des pointes, des malices, de bonnes petites vérités désagréables. Quel régal pour moi ! Quel plaisir j’aurais à le lire ! Je n’aurai pas cette chance.

Quant à ce qu’on écrit de moi dans ces articles nécrologiques ? « Critique féroce et plein de talent… Célèbre dans les milieux littéraires par son talent original et grand… L’héritier de Chamfort… Ses portraits, ses pensées à l’eau-forte dignes de La Bruyère et de La Rochefoucauld… Une langue à la fois riche et dépouillée, aussi éloignée de la préciosité que de la sécheresse, et qui a la consistance charnue, la souplesse et l’alacrité du grand français classique… Portraitiste virtuose… Un pur classique qu’une ironie du sort a fait naître deux siècles après son temps… C’est le style du Neveu de Rameau[43]… Cet extraordinaire Passe-Temps. La littérature perd en lui un de ses originaux les plus dignes de mémoire… Ce rare spécimen d’humanité : un homme qui sut être libre… » Si vous m’aviez vu, le soir, chez moi, dans ma solitude, ces heures de la nuit, les seules, comme dans toute ma vie, que je vis pour moi, que recommence à me gâter toute cette racaille à T.S.F. avec son bastringue, lisant ces articles, allant d’éloges en éloges, de rapprochements flatteurs en rapprochements flatteurs, célébré comme homme et comme écrivain ? Je riais, je me moquais, j’éclatais de rire. « C’est de toi qu’on dit encore toutes ces belles choses ? » Je me disais « Tu as au moins ce mérite : tu es trop intelligent pour avoir jamais pensé tout cela de toi[44] ». Mon Dieu ! On a quelque esprit. On a quelque talent. Qu’y a-t-il là de quoi faire la roue ? On a cela comme on est brun, comme on est blond. Je n’ai pas la bosse de l’admiration, même pour moi. Et le plus drôle, l’envers de la raillerie ! comme toujours en pareille circonstance, je ne sais quelle tristesse. Quelle bizarrerie ! Qui me l’expliquera ?

Après tout, c’est peut-être vrai que je suis un « Cher Maître », comme des gens m’appellent quelquefois. Ce qui, encore, ne m’éblouit pas. On m’appelait déjà ainsi dans ma jeunesse, quand j’étais clerc d’avoué. Et on l’est si facilement aujourd’hui ! En tout cas, puisqu’il est fait, dans l’article de la Montagne, allusion à cette niaiserie et que j’en ai l’occasion le jour que je serai mort pour de bon qu’on m’épargne une « Société d’Amis ». J’en ai trop ri de mon vivant. Je déjeunais, comme je l’ai dit, après la visite de Sanvoisin, avec une dame. Ce déjeuner m’a gâté cette histoire. Quand il s’agit de moi, de mes écrits, de ce qu’on en dit, de toute cette mélancolie qui m’en vient, je préfère être seul.

Paul Léautaud

Après cette parution, PL écrira, dans une lettre à Marie Dormoy datée du neuf juillet :

« Je continue à recevoir des articles et des lettres sur ma mort. Si la nouvelle eût été vraie, de quel supplice et de quel joli ridicule je serais délivré. »


[1]     Charles Morice (1860-1919), écrivain, poète et essayiste. Fils de militaire, élevé dans une famille très chrétienne, Charles Morice, âgé de 22 ans, a quitté la maison paternelle pour fréquenter les milieux anticléricaux de gauche. En 1890 il a fait partie des membres fondateurs du nouveau Mercure de France. On peut lire un article sur Charles Morice dans Les Nouvelles littéraires du 26 janvier 1929, page 9 (deux colonnes).

[2]     Gaétan Sanvoisin (1894-1975), journaliste au Gaulois et à Comœdia puis chef des informations au Figaro en 1929, terminera sa carrière à la Revue des deux mondes au début des années 1970.

[3]     En préface aux Entretiens de Robert Mallet avec Paul Léautaud, André Billy dira avoir rencontré PL « pour la première fois en 1908 dans une librairie du Boulevard des Italiens. » Billy ajoute « C’est seulement deux ou trois ans après que je me liais avec lui au Mercure de France […] En ce temps-là, c’était dans les années 1911, 1912, 13, 14… j’allais tous les jours au Mercure de France, je m’asseyais en face de Léautaud dans son bureau du premier étage, et là, pendant deux heures, quelquefois davantage, j’assistais à la comédie que Léautaud se faisait un plaisir de me donner en se moquant de tous les collaborateurs qui successivement venaient prendre leur courrier dans les casiers garnissant les murs. Léautaud était déjà très impertinent, très drôle, plein de saillies parfois cruelles, qui n’excluaient pas une politesse d’ancien style où se faisait sentir je ne sais quel parfum de la Comédie Française ». Lire aussi l’article paru dans Le Figaro Littéraire du 3 mars 1956 (Léautaud étant mort — « pour de vrai », cette fois — le 22 Février précédent).

[4]     Jean Rouchon, secrétaire de rédaction de La Montagne de Clermont-Ferrand.

[5]     Il s’agit de l’édition de Lyon.

[6]     Louise Blaizot est la fille de Jean Blaizot, le caissier du Mercure. Louise Blaizot a été employée au Mercure de France du 2 janvier 1919 à juillet 1958 avec l’arrivée de Simone Gallimard. « Louisette » Blaizot est citée 108 fois dans le Journal littéraire. Il ne semble pas qu’elle se soit mariée. Lire l’article d’Édith Silve dans le Cahier Paul Léautaud numéro 33, page 28, accompagné d’une très intéressante lettre de Louise Blaizot datée du 11 décembre 1961 et résumant sa carrière.

[7]     « Ses portraits, ses pensées à l’eau-forte, écrit en une excellente étude M. Marcel Franc, l’un des seuls à avoir signalé la disparition du bon misanthrope bourru, sont dignes de La Bruyère, de La Rochefoucauld ou de Jules Renard. »

[8]     Marcel Franc est ici le pseudonyme de Fernand Després (1878-1949), journaliste communiste. C’est chez Laurent Thailhade, au début du siècle, que Fernand Després rencontra Miguel Almereyda et ils furent amants. Fernand Després fut le parrain du cinéaste Jean Vigo, fils de Miguel Almereyda et d’Emily Cléro.

[9]     Une note du Journal littéraire au quatre novembre 1941 permet de déplacer le mystère en amont sans l’éclaircir pour autant. Lisons : « J’ai oublié de noter la carte reçue de Camille Spiess [sexologue et homme de lettres suisse], à propos de la fausse nouvelle de ma mort. C’est un ami à lui qui vint lui annoncer ma mort, fin avril. Il écrivit alors à Fernand Desprès [Marcel Franc] qui écrivit le premier article qui donna lieu à tous les autres. Il ne me dit pas quel était cet ami, ni d’où lui-même tenait la nouvelle. »

[10]    Un regrattier est à l’origine (début du XVIe siècle) un détaillant en sel. Le mot a évolué, représentant le commerce de seconde main. Nous achetons nos livres introuvables aux regrattiers.

[11]    René Philippon (1891-1972), adjoint d’Armand Colin jusqu’à sa mort en 1932 puis co-gérant de la maison en 1932 et éditeur, président du cercle de la Librairie puis président du Syndicat des éditeurs. René Philippon a signé la convention d’autocensure avec l’occupant et en a été l’organisateur actif auprès des éditeurs.

[12]    Léo Porteret, journaliste et écrivain et poète, est co-auteur, avec Bertrand Guégan et Maxime Laignel-Lavastine, d’une Histoire générale de la médecine, de la pharmacie, de l’art dentaire et de l’art vétérinaire… en trois volumes chez Albin Michel, parus de 1936 à 1949. Léo Porteret a aussi publié dans le Mercure du 1er avril 1933 « Le Jardin inutile », poème. Au début de 1938, Léo Porteret a été embauché au Mercure comme chef de fabrication.

[13]    Jacques-Antoine Bernard (1880-1952), directeur du Mercure de France.

[14]    Cette exposition Wagner a été organisée par Charles Léger (1880-1948), historien et critique d’art, à Meudon à partir du 25 mai 1941. Voir le Journal littéraire à cette date.

[15]    André Berthellemy, bookmaker, bibliophile, ami de Sacha Guitry.

[16]    Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945) est le directeur de La NRF pendant l’occupation. Issu de Sciences-po, PDLR n’est pas parvenu à entrer dans la carrière diplomatique et pense assez tôt au suicide. En 1920 il a rencontré Louis Aragon et tous deux se sont liés d’amitié. Pierre Drieu la Rochelle est pris comme modèle pour le personnage d’Aurélien, écrit vers la fin de la guerre et paru le 10 décembre 1944, avant le suicide de PDLR le 15 mars 1945. Pendant toute la décennie 1924-1934, PDLR sera écartelé entre ses amitiés de gauche et l’évolution de ses opinions vers la droite et, comme bien d’autres intellectuels se fourvoiera dans l’utopie d’une amitié franco-allemande.

[17]    Cet article, « Parte remise », paraîtra dans La NRF du 1er juillet, page 76, reprenant l’essentiel de la journée du 27 mai.

[18]    Pierre Varenne (Pierre-Georges Battendier, 1893-1961), romancier, librettiste, journaliste et critique de music-hall.

[19]    La zone Sud.

[20]    Spécialiste de littérature française, critique d’art et d’architecture, conservateur de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Marie Dormoy (1886-1974), a été la maîtresse de Paul Léautaud pendant plusieurs années à partir de janvier 1933, la dactylographe du Journal littéraire, la meilleure connaisseuse de sa vie et de son œuvre et son exécutrice testamentaire avant de passer le flambeau à Édith Silve.

[21]    Karl Boès (Charles Pottier, 1864-1940), journaliste et directeur de revues littéraires, dont La Plume. Charles Pottier a été juge de paix à Sceaux.

[22]    Journaliste à L’Intransigeant (rubriques de music-hall et des phonographes) et à La Revue de France (sur le cinéma), René Bizet (1887-1947), est aussi romancier et poète de l’école fantaisiste.

[23]    Cet article, paru dans La NRF de juillet 1941 est reproduit infra.

[24]    Georges Besson (1882-1971) homme de lettres, collectionneur et critique d’art, militant communiste.

[25]    Louis Mandin (1872-1943), poète. Voir sa notice (rédigée par lui-même) dans l’édition en trois volumes des Poètes d’aujourd’hui.

[26]    Journaliste et auteur dramatique, Henri Mazel (1864-1947) est surtout connu pour avoir été, en 1890, le fondateur de la revue L’Ermitage, qui a cessé de paraître à la fin de l’année 1906. Henri Mazel a tenu ensuite pendant 35 ans la chronique des « Questions sociales » au Mercure de France. Une partie de son œuvre théâtrale regroupant huit pièces, en trois volumes est encore disponible en 2017 au Mercure de France.

[27]    Charles Léger, Madame Récamier, la reine Hortense et quelques autres — La société mondaine et littéraire sous la Restauration et le second empire, Mercure 1941, 254 pages.

[28]    En effet, Jacques Bernard licenciera Paul Léautaud en septembre prochain. Une page est réservée à l’événement ici le premier février 1921.

[29]    André Rouveyre (1879-1962), dessinateur de presse, journaliste et écrivain. À cette époque la correspondance « interzones » était très fortement réglementée et ne pouvait se faire que sur des cartes-postales sans enveloppe ressemblant à des QCM. On pouvait y être qu’« en bonne santé » ou « légèrement, gravement malade, blessé », « tué, prisonnier, mort, sans nouvelles » (rayer la mention inutile)… André Rouveyre parvenait à rendre ses cartes poétiques. Dans La Terrasse du Luxembourg, André Billy a écrit : « André Rouveyre, dont tous les journaux reproduisaient de petites bonnes femmes en chemise courte, au sourire largement fendu. Je ne me doutais pas que ce garçon barbu, à monocle, dont j’enviais la désinvolture, serait vingt-cinq ans plus tard mon plus intime ami. »

[30]    L’Écho d’Oran a été fondé en 1844 par un militaire avant d’être nationalisé en 1963 avec l’indépendance algérienne et de paraître en arabe sous un nouveau nom. Le numéro cinq des Cahiers Paul Léautaud (1988), réservé à l’événement, omet ce journal, qui semble pourtant bien être la source première de cette fausse nouvelle.

[31]    Léon Deffoux (1881-1945), journaliste, a écrit notamment sur l’académie Goncourt et sur Huysmans. Léon Deffoux est employé à l’agence Havas depuis 1909 et il deviendra chef du service des reportages en 1920. Léon Deffoux a été, de mai 1917 à janvier 1918, chroniqueur dans une trentaine de numéros du Mercure. Il sera aussi un chroniqueur régulier de L’Œuvre. Lire sa nécrologie par Alain Barbier Sainte Marie dans les Cahiers Edmond et Jules de Goncourt numéro trois de 1994, pages 104-110.

[32]    Oran républicain, journal plutôt à gauche et proche de la population musulmane, a été fondé en 1935 face à L’Écho d’Oran, proche du pouvoir local. Oran républicain a cessé de paraître après 1961, peut-être en 1962 à l’indépendance de l’Algérie.

[33]    Le titre de La Montagne est bien plus sobre : « Hommage à Paul Léautaud ». « Le dernier héritier de Chamfort vient, avec lui, de disparaître » est le chapeau.

[34]    Jean Lebrau (1891 à Moux (Aude)-1983), poète et écrivain.

[35]    Commune de sept cents habitants, située à trente kilomètres à l’est de Narbonne.

[36]    Texte paru dans La NRF de juillet 1941.

[37]    En effet, comme on peut le lire le 26 avril 1932 : « Il sévit dans les journaux, depuis quelque temps (Débats, Figaro) — et j’ai vu son nom aussi dans un comité pour la célébration d’un anniversaire de Vallès — un sot prétentieux et ignorant du nom de Gaétan Sanvoisin, qui se mêle d’écrire sur des questions littéraires dont il ne connaît pas le premier mot. » et le treize mai 1933 : « Il y a là aussi Gaétan Sanvoisin, un tout jeune homme, rédacteur au Figaro, je crois , déjà connu pour écrire à tort et à travers sur des sujets dont il ne sait rien. »

[38]    Note de PL : « Il porte aussi un nom que je voudrais bien porter et qu’il eût de l’effet dans la réalité. »

[39]    Note de PL : « Comment, et où, en premier lieu, est née la nouvelle, affirmative au point d’avoir suscité ces articles ? Sanvoisin qui réside, depuis l’Armistice, en province occupée, où il dirige le journal de son pays natal malgré ses recherches, n’a pu le découvrir. / On me dit aussi — Sanvoisin, Bertellemy, jusqu’à ma propriétaire que ces fausses annonces de mort sont un brevet de longévité. Nous verrons cela. »

[40]    Note de PL : « Nous étions un soir aux Bouffes-Parisiens, à la première d’une comédie de M. Sacha Guitry. Tous les deux à l’orchestre, en attendant que le rideau se levât, Billy examinait la salle : hommes en habit, en smoking, femmes « en peau », parées de bijoux et de fleurs. “Nous sommes certainement ici, me dit-il, les deux individus qui ont le moins d’argent. — C’est bien probable, lui répondis-je. Pourtant, trouvez-moi, dans tous ces hommes, un seul qui ait deux vestons. Ils ont un habit, un smoking. Mais deux vestons !” »

[41]    La comédie (en trois actes) de Sacha Guitry était La Pèlerine écossaise, créée aux Bouffes parisiens le 16 janvier 1914, avec Charlotte Lysès, Sacha Guitry et Jane Renouardt. Cette pièce a été chroniquée par Maurice Boissard dans le Mercure de France du premier février 1914. Voir le Journal littéraire au 16 janvier 1914. Le théâtre des Bouffes parisiens existe encore en 2020. Il se trouve 4, rue Monsigny, tout près de l’Opéra-comique.

[42]    Note de PL : « Il a laissé de côté, cette fois-ci “un sac fait d’une vieille toile à matelas”. / Il est bien vrai que je me suis toujours moqué du qu’en-dira-t-on. On a pu me rencontrer, pendant la guerre 1914-1918, poussant une “poussette” chargée de sacs de croûtes que j’allais chercher chez un boulanger de la rue de Grenelle et que je ramenais dans mon bureau du Mercure, pour les emporter ensuite chez moi par portions. Mais de là à “un sac fait d’une vieille toile à matelas” ?… / Quand je partis, parce qu’on était venu me chercher, pour Pornic, chez mes amis C[aysac] en septembre 1914, je n’avais pas emporté de pardessus, croyant ne passer que quelques jours. C’était moi qui allais, le soir, faire les provisions à la ville, distante du chalet de quelques kilomètres. Un soir, il pleuvait à verse. Je pris un vieux sac à pommes de terre, je le garnis à l’intérieur de quelques journaux bien étendus et je m’en couvris les épaules, l’y maintenant avec une ficelle. J’allais partir, que les deux époux m’arrêtant “Vous n’allez pas sortir ainsi Que vont dire les voisins ? — Mais, je m’en moque, moi, des voisins. En quoi cela peut-il les gêner?” Et je partis à mes commissions. / Après la même guerre, les lacets de souliers étant devenus d’un prix que je trouvais être un vol, je mis aux miens, pendant quelque temps, de petites ficelles, sans même me soucier de les noircir, ce qui éberlua Fagus lui-même. Que pouvait me faire ce qu’on en pouvait dire ? »

[43]    Le Neveu de Rameau, de Denis Diderot, est une discussion entre le narrateur et Jean-François Rameau, neveu du compositeur Jean-Philippe Rameau. Ce livre, qui a beaucoup compté pour Paul Léautaud est cité vingt-deux fois dans le JL. C’est le seul livre qu’il emportera dans sa dernière demeure de la Vallée-aux-loups le 21 janvier 1956, dans l’édition Plon de 1891.

[44]    Correction depuis le texte original de La NRF qui donne « pour avoir pensé cela, toi. », ce qui ne ressemble pas du tout à un texte de PL. Dans je JL au trois juillet nous pouvons lire, en effet : « Reçu ce soir la N.R.F. Ma chronique sur ma fausse mort ne vaut pas un clou. Par-dessus le marché, il y a une faute : …tu es trop intelligent pour avoir jamais pensé cela [de] toi. »