Paul Valéry III — 1926-1928

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La vente des lettres de Paul Valéry
(première partie)

En janvier 1926, Paul Léautaud qui a toujours des problèmes pour nourrir ses animaux et pour se nourrir lui-même (sa priorité étant dans cet ordre) est en demeure de se faire expulser par la propriétaire de sa maison de Fontenay. Où aller avec ses animaux ? À quel prix ?

Annonce parue dans Les Nouvelles littéraires du seize janvier 1926

C’est la panique, il lui faut de l’argent. Il envisage de vendre des lettres de Paul Valéry et quelques éditions originales dédicacées. Il sait le procédé peu élégant mais avec l’élection récente à l’Académie française, la « cote » de Paul Valéry plus haute qu’elle ne le sera jamais et somme peut être conséquente. Le vingt janvier, Paul Léautaud s’en ouvre à Alfred Vallette :

Mercredi 20 Janvier

Je parlais ce soir à Vallette et à Dumur des choses de Valéry que j’ai à vendre, que je voudrais vendre et au sujet desquelles j’hésite, me disant qu’elles vaudront peut-être plus cher d’ici quelques mois. Vallette, lui, serait assez d’avis de vendre maintenant, Valéry ne pouvant guère monter plus haut qu’il n’est, le genre de succès qu’il a ne pouvant être que passager, comme tout ce qui ressemble à une mode. Il nous a dit à ce propos : « Ils ont fait une chose très bien, à la Nouvelle Revue française, pour Valéry. Ils lui assurent 30 000 frs par an. Gallimard a trouvé trente personnes, trente admirateurs de Valéry, qui donnent chacun 1 000 francs. C’est vraiment très bien. Gallimard, lui, n’est pas dupe. Il me le disait hier à déjeuner (déjeuner du Grand Perdreau112), pour Valéry : « Il y a là un snobisme ! » Il ne coupe pas dedans du tout. »

Mardi 20 Avril

[…]
Je parle à van Bever de mes Valéry, que je pense de temps en temps à vendre. Il me dit de m’adresser à Jean Royère113, qui fait le métier d’intermédiaire, depuis quelque temps, pour la vente de ces choses. Il a fait des affaires avec lui récemment, pour un bon nombre de lettres de Pierre Louÿs, bien vendues, 800 francs. Il est vrai qu’il a ajouté que dans une seconde affaire, Royère l’a « roulé ». Comme je le lui ai dit : « Voilà qui est engageant pour me faire m’adresser à Royère. »

La visite à van Bever et son histoire des lettres de Louÿs si bien vendues, m’a donné l’idée de mettre en ordre la collection de lettres que j’ai et qui dort depuis des années pêle-mêle dans un coin chez moi. J’ai commencé ce soir, jusqu’à deux heures du matin. Retrouvé un grand nombre de lettres de Valéry, au temps de nos relations, des lettres d’Apollinaire quand il était à la guerre, des lettres de Louÿs, Schwob, Barrès114, Tinan. […].

Vendre toutes ces lettres, ne pas les vendre ? Je ne sais que faire. Il faudrait vendre sans se faire rouler. Ce serait un supplément d’argent pour mes affaires d’habitation. Des tas de gens mettent leur argent dans des papiers de cette sorte. Ferais-je pas mieux de les conserver ?

Et le lendemain 21 avril il se rend chez Édouard Champion, le fils d’Honoré115. Cette très intéressante journée est reproduite ici intégralement :

Mercredi 21 Avril

Visite chez Champion, au sujet de mes Valéry à vendre. Télin116 m’a dit en janvier qu’il pourrait m’en donner 2 000 ou 2 500 francs. J’ai voulu voir chez Champion.

Vu Cueille117. Nous parlons. Finalement, il me dit : 300 francs. J’ai bien ri. Je lui ai dit l’offre que j’ai, sans lui nommer Télin. Il a été obligé de convenir qu’il ne pouvait aller jusque-là.

Nous nous mettons à parler de la réputation esbrouffante de Valéry, du prix qu’atteignent ses moindres choses. Cueille traite cela de folie, de snobisme et qui passeront, c’est fatal. Je lui dis que pour mon compte, depuis le premier jour, cela me fait éclater de rire. Je pense à la tête des admirateurs de Valéry quand ils lisent ses vers. Qu’est-ce qu’ils peuvent y comprendre ?

Cueille me dit qu’il y a en ce moment une sorte de folie sur les ouvrages de luxe, tirés à petit nombre. On prend 10 pages d’un auteur. On imprime cela sur un certain papier. On tire à 1 000, à 250 frs l’exemplaire. Non seulement cela se vend, au bout de 10 jours il n’y en a plus et il y a encore des amateurs qui en demandent. Cueille dit que c’est une vraie spéculation. Des gens achètent des livres comme d’autres achètent des maisons, ou des bijoux. Cueille ajoute : « Pourtant, si le franc se rétablit, comme il faut l’espérer, il faut savoir s’ils ne seront pas perdants ? » Je lui rappelle l’exemple de ce qui s’est passé après la Révolution, temps qui ressemble tant au nôtre. Des gens avaient acheté des bijoux, des étoffes précieuses. La situation rétablie, pour se procurer de l’argent, ils durent revendre à perte.

Pendant que je suis là, un amateur, qui vient de finir la visite des rayons, demande le prix d’un volume placé sur le bureau de Cueille. Celui-ci répond : 6 000 francs. L’amateur parti, sans l’avoir acheté, je vais voir ce que c’est. Un Malherbe118, édition de 1804 ou 1808. Je m’étonne du prix. Cueille m’ouvre le volume. Ce qui fait le prix, c’est un autographe de Malherbe, et un dessin de Raffet119 représentant la tombe de Malherbe120. Je dis à Cueille qu’ils doivent avoir des merveilles. Il me dit qu’il y a de belles choses, venant de la collection du père Champion. Par exemple, un Chénier, avec La Jeune captive121 de la main de Chénier. Je crois qu’il m’a dit comme prix 12 000 francs.

Cueille me dit qu’on ne sait plus quels prix donner aux livres. Tout est désaxé, les cours changent à chaque instant. Il y a des prix qui semblent de véritables folies. Il me cite un ouvrage, un Malherbe original, je crois, acheté récemment dans une vente 300 000 francs par le libraire Blaizot122. Cueille me dit : « S’il avait une commission, (c’est-à-dire s’il achetait pour le compte d’un amateur), c’est très bien. Sans cela, j’ai bien peur qu’il ne trouve jamais à le revendre plus de 50 000 francs. »

Mme de Harting123 arrive. Nous reparlons avec elle de mes Valéry. Je lui dis l’offre qui m’a été faite. Trop cher aussi pour elle. Elle me dit que je ne dois pas chercher ailleurs, que je ne trouverai pas mieux. Je lui détaille les trois ouvrages de Valéry que j’ai ainsi à vendre. Comme elle veut s’éclairer sur les raisons du prix qu’on m’en a offert, elle cherche dans le catalogue de la vente Descamps-Scrive124 et elle découvre là que le tirage à part, Nouvelle Revue, de l’Introduction à la Méthode de Léonard de Vinci125, a été vendue à cette vente 1 750 francs. Je ne dis rien, mais je m’étonne moins que Télin m’ait offert entre 2 000 et 2 500 de mes trois ouvrages, puisque celui-ci a fait ce prix à lui tout seul.

Nous parlons ensuite de Valéry. Mme de Harting est comme moi. Elle s’amuse beaucoup de cette réputation esbrouffante. Elle est de mon avis quand je lui dis, des vers de Valéry, que ce n’est pas cela la poésie. De mon avis encore, quand je dis qu’Apollinaire est un bien autre poète que Valéry. Je parle aussi de Villon, resté si vivant, si émouvant, si pénétrant. Je dis qu’il vivra encore, que Valéry sera mort complètement depuis longtemps. Nous parlons d’Apollinaire conteur, qu’elle aime beaucoup. Elle croyait qu’il avait été tué à la guerre. Je la mets au courant de la vie d’Apollinaire depuis sa blessure jusqu’à sa mort.

Je lui dis que je serais bien curieux de voir ce qu’est devenu Valéry dans ses manières, sa conversation, son esprit, s’il a beaucoup changé du Valéry que j’ai connu. Elle me dit que lorsqu’il vient, il ne parle que de ses droits d’auteur.

Je parle de l’existence de Valéry, son entrée au ministère de la Guerre, son départ pour entrer comme secrétaire chez M. Lebey, les promesses qui lui avaient été faites en cas de mort de celui-ci, pour compenser la situation de fonctionnaire quittée, les promesses non tenues à la mort de M. Lebey, que la vie de Valéry n’a peut-être pas dû être commode depuis ce jour-là, de l’article du Journal littéraire le montrant recevant un cachet pour les causeries qu’il allait faire dans le salon d’une dame riche, devant d’autres dames, qu’il doit peut-être avoir des dettes à payer, qu’il a des enfants, en un mot, que bien des choses, qui peuvent choquer et faire sourire, sont excusables peut-être à cause de la nécessité. Je parle de la société groupée par Gallimard pour assurer une certaine somme à Valéry chaque année. Mme de Harting me dit tout court : « Je la connais. Nous en sommes. Nous étions d’abord vingt, qui donnions chacun 1 000 francs. Nous sommes maintenant trente, cela lui fait 30 000 francs par an. »

Cueille dit alors : « Nous y perdons, du reste. » Mme de Harting a l’air de vouloir le contredire. Il s’explique : « Si, nous y perdons. » Je n’ai pas bien compris la démonstration qu’il a voulu faire, en expliquant qu’une page de Valéry ne donne pas plus de 500 francs.

À ce moment même, on appelle au téléphone. Cueille va répondre et parler. Il revient et dit ce que c’est. « C’est Gallimard qui téléphone pour demander s’il n’y a pas une place de libre dans la Société Valéry. Un candidat de plus ! »

Nous reparlons de mes Valéry à vendre. Je dis que je peux encore attendre, que cela montera encore peut-être. Mme de Harting est sceptique. Je dis : « Si, jusqu’à sa réception à l’Académie. » Je lui dis ce qu’on m’a raconté, quelle déception ç’aurait été pour Valéry s’il n’avait pas été élu. Elle me dit que la dernière fois qu’il est venu, il a dit, en regardant du côté de l’Institut : « L’Académie est toujours à sa place. »

Mme de Harting trouve comme moi, que si les vers de Valéry sont une plaisanterie, ses « notes », comme le Cahier B126, contiennent des choses remarquables. Je lui dis : « C’est là le vrai Valéry, celui que j’ai connu dans sa petite chambre d’hôtel impasse Royer-Collard. » Elle me parle de La Soirée avec M. Teste, me disant : « Ce n’est pas toujours très clair. Il y a des passages, à la fin, par exemple, absolument incompréhensibles. » Je lui parle à ce sujet du trou que Valéry avait toujours dans ses conversations, en ce temps-là, s’arrêtant toujours à un moment sans pouvoir continuer, terminant toujours en disant : « … Enfin, … vous voyez cela… », au témoignage de Vallette également, qui l’avait nommé : l’homme qui ne finit jamais. Je dis qu’il y a selon moi, dans ses écrits, beaucoup de choses qu’il a mises ainsi, au petit bonheur, par nécessité de finir.

Au début, j’avais demandé à Cueille des nouvelles de Champion, que je savais absent. Réponse : « Il est à Paris-Plage127. — Paris-Plage ! Ce ne doit pas être très joli, ce pays, dans le Nord ? — Surtout avec ce temps ! — Et qu’est-ce qu’il fait, là-bas ? — Il joue au golf ! » J’avoue que ce tableau : Champion s’en allant à Paris-Plage pour jouer au golf, m’a fait assez rire.

Et un mois plus tard, le 19 mai 1926, enfin, se produit la première rencontre entre les deux Paul depuis des années. Paul Léautaud se trouve dans un bureau de la NRF à effectuer des corrections pour la parution du premier tome du Théâtre de Maurice Boissard (à lire absolument). PL n’as pas encore vendu ses lettres à Robert Télin.

Mercredi 19 Mai

[…]
Je suis assis là, dans ce petit bureau, quand j’entends qu’on entre. Quelqu’un ouvre la porte du petit bureau. C’est Valéry. Je détourne aussitôt la tête pour éviter que nous nous voyions l’un et l’autre et je ne bouge pas de ma chaise. Il demande après Aron128. On lui dit qu’il est absent. Il va pour se retirer. Il entre de nouveau et demande après Gallimard. On lui dit qu’il n’est pas encore arrivé. Il va de nouveau pour se retirer et se ravise aussitôt. Il m’a sans doute reconnu. Il entre tout à fait et vient se planter devant moi : « Mais c’est Léautaud !… Comment allez-vous ?… Il y a une éternité !… » Et alors toute une conversation très amicale, comme si nous nous étions vus la veille. Moi-même nullement gêné. Il n’a pas changé de manières. Toujours les mêmes façons, les mêmes jeux de physionomie en parlant. Il rit, plaisante, se moque, comme autrefois. Le même langage aussi : c’est un con ! — merde, alors ! Toujours la même façon de parler, avec les lèvres un peu serrées. J’ai cependant remarqué, un moment après, quand il parlait avec Gallimard d’un volume qu’il a en préparation, qu’il n’avait pas absolument ce même ton camarade, mais un ton un peu sérieux, précis, presque le ton d’un homme qui ordonne, qui ne laisse rien faire qui ne lui ait été soumis et qu’il n’ait approuvé. Il m’a demandé : « Vous faites quelque chose dans la maison ?…» Je l’ai mis au courant de la publication en volumes de mes Chroniques dramatiques, attendues par Gallimard depuis quatre ans, que je me suis enfin décidé à les donner, que le premier volume est en train et que je voulais justement voir Gallimard pour quelques petits points de mon traité. J’ai vu paraître le Valéry tel qu’on le peint comme il est aujourd’hui. C’est vraiment un cours qu’il m’a fait sur la façon dont un auteur doit s’y prendre aujourd’hui. « Vous avez sans doute un traité avec échelle de droits, etc., etc… Il ne faut pas procéder ainsi. Faites comme je fais, mon cher. Peu d’exemplaires, mille par exemple, sur papier de luxe et très chers. Vous gagnerez beaucoup plus. » Je lui ai répondu, comme je le pense, que, lui, c’est une autre affaire, et que de simples chroniques de théâtre ne se prêtent guère à ce genre d’édition. Il m’a dit tout de suite : « Mais si ! Vous vous trompez. Avec votre nom ! Vous feriez une excellente opération. Croyez-moi. C’est ce que vous devriez faire. C’est ce que je fais. C’est tout à fait démodé, l’ancienne façon de faire. Vous comprenez bien que, moi, mon public, c’est… (il faisait avec l’extrémité de deux doigts le signe d’une pincée : imperceptible, très peu de chose) — seulement, des gens riches. Je procède en conséquence. Je n’ai pas de moyens, mon cher ! Et trois enfants ! Il faut que je me débrouille. J’ai vite vu que les éditeurs prennent tout. Nous autres, nous n’avons presque rien. Puisque l’époque est à cela ! Il faut en profiter. Une feuille de papier de luxe, quelque chose dessus, peu d’exemplaires, et vendre le plus cher possible. Vous devriez faire ce que je vous dis. Vous verriez, vous gagneriez beaucoup plus. » En un mot, presque un homme d’affaires, à l’entendre, qui connaît et qui discute ses intérêts de prix, en quoi il a bien raison. Je lui ai dit quelques mots des petits volumes de luxe que j’ai eus et du peu que j’en ai tiré comme auteur, auprès du gain des éditeurs. « Justement, m’a-t-il dit. Tous ces gens-là vivent de nous. Il ne faut pas se laisser faire. Il faut faire le plus possible soi-même, comme je fais, leur laisser le moins possible. » Je ne m’étonne plus de ce que m’a dit Mme de Harting « Quand il vient, il ne parle que de ses droits d’auteur. » Je finirai même par croire que ce qu’on dit est vrai : qu’il fait commerce lui-même de ses écrits avec les amateurs qui s’adressent directement à lui. Je ne sais plus qui m’a même dit dernièrement qu’il fait des manuscrits de la même chose, avec des ratures différentes, pour les vendre lui-même.

Avec cette rencontre, dont je suis enchanté, me voilà flambé pour la vente de mes volumes de Valéry et encore plus pour la vente de la collection de lettres que j’ai de lui. Cela devient bien délicat, et encore plus après ce qu’il m’a dit sur ce sujet. Il m’a parlé de tout le commerce plus ou moins avoué qui se fait sur son nom, trouvant là une raison pour qu’il cherche à en tirer lui-même le plus grand profit possible. « Le moindre papier de moi, il y a des gens qui vendent cela, d’autres qui achètent, sans que j’en aie rien129. Toutes mes lettres à Louÿs, par exemple. On a passé cela dans la vente. On imprime des choses hors commerce. Hors commerce ? Vous comprenez bien ?… C’est une façon. Cela se vend, et parce que « hors commerce », je n’en ai rien et n’y peux rien. Je vois cela à chaque instant. L’autre jour, j’entre chez Champion. On me montre des lettres de moi que j’ai écrites à… vous le connaissez, mais je ne vous dirai pas son nom130, à l’époque de mon mariage, sur ma situation, des choses intimes… Il les avait vendues à Champion. J’avais envie de lui écrire : « Mon cher ami, on vous a certainement volé mes lettres pour les vendre, on vous les a volées, n’est-ce pas ?… » Et puis je me suis dit : à quoi bon ? Il me répondra : « Mon cher ami, que voulez-vous ? à l’époque à laquelle nous vivons… » Pour me montrer combien je pourrais gagner de l’argent, il m’a aussi parlé du Petit Ami, que je devrais le faire reparaître, que je ferais là une excellente affaire, que j’ai tort de ne pas profiter des circonstances. Toute sa conversation a été là-dessus : gagner de l’argent. Il ne pense qu’à cela, à l’entendre. Il n’a pas eu un mot sur la littérature pour elle-même.

À ce moment, Gallimard s’est montré et après quelques mots avec Valéry, comme j’étais le premier arrivé, m’a invité à le suivre dans son bureau. J’ai voulu céder mon tour à Valéry, il n’a pas voulu, disant qu’il n’avait rien à dire de plus à Gallimard. Je l’ai quitté, étant convenu que nous nous retrouverions après mon entretien avec Gallimard, pour partir ensemble. Quand j’ai eu fini, il avait une lettre à écrire dans un autre bureau. Nous nous sommes dit au revoir, lui me disant qu’il viendra me voir au Mercure.

Il nous a raconté à Gallimard et à moi, ce mot amusant de la Princesse de Polignac131, devant laquelle on parlait d’une autre dame et disant : « Elle est très gentille. Est-ce vrai ? On dit qu’elle est un peu pédéraste. »

Je suis tout occupé ce soir de ma rencontre avec Valéry. Pourtant, s’il ne m’avait pas parlé, je l’aurais certainement laissé partir sans lui dire un mot. Nous nous sommes rencontrés, je crois bien, la dernière fois, à l’époque que j’allais commencer la critique dramatique à la Nouvelle Revue française, un jour, à midi, au coin du carrefour de l’Odéon et du boulevard Saint-Germain, quand il m’a dit, à cette nouvelle de ma collaboration à la N.R.F. de me faire payer, et de faire attention, qu’on n’était pas large dans la maison. Il doit y avoir de cela quatre ou cinq ans132. En fait, nous avons cessé de nous voir depuis 1906 ou 1907(133). Ce serait joliment curieux que nous reprenions maintenant nos relations. Il est tout de même heureux pour moi que je me sois fait une petite réputation littéraire, que je ne sois pas resté en plan. Valéry ne m’éblouit pas avec l’Académie et son espèce de célébrité, qui passera. Je n’aurais pas beaucoup aimé me retrouver devant lui, tel qu’il est devenu, — devenu rien du tout. Je n’aime pas beaucoup la situation des gens qui n’ont rien fait et qui continuent à garder des allures littéraires. Mieux vaut se cacher. On ne sait jamais ce que pense l’autre. Valéry n’a rien montré avec moi de l’homme arrivé et je me suis montré, de mon côté, avec lui, comme si je l’avais vu la veille et sans avoir jamais cessé de le voir.
[…]

Une douzaine de jours plus tard, le deux juin 1926 :

Mercredi 2 Juin

Ce matin, visite du libraire Robert Télin. Il me reparle des Valéry que j’ai à vendre. Je lui dis mes scrupules depuis que j’ai revu Valéry. Je lui parle des 70 lettres de Valéry que j’ai trouvées dans ma collection de lettres. Il me parle alors d’un amateur effréné de Valéry qui donnerait bien, à son avis, 20 000 francs pour ces 70 lettres. Voilà qui mérite attention. 20 000 francs trouvés aussi facilement. Il est convenu que j’irai demain montrer tout cela à Télin. Il m’assure qu’on obtiendrait l’engagement d’honneur de ne révéler en aucune façon ni l’achat ni la possession de ces lettres.

Jeudi 3 juin

Je suis allé ce soir voir Robert Télin avec mon dossier Valéry : La jeune Parque, originale, avec envoi et lettre — Introduction à la Méthode de Léonard de Vinci, tirage à part de la Nouvelle Revue, 1895(134), avec envoi — La Soirée avec M. Teste, feuillets mêmes du Centaure135, avec envoi — le tirage à part de L’Introduction à la Méthode de Léonard de Vinci, vendu 1 750 francs à la vente Descamps-Scrive — plus 70 lettres à moi écrites par Valéry au temps de nos relations suivies, de 1897 ou 1898 à 1906 ou 1907. Télin s’est fait fort de trouver de tout cela, chez un amateur fanatique de Valéry, 5 000 francs pour les trois ouvrages, 20 000 francs pour les lettres, au total 25 000 francs, me demandant pour lui 10 % de commission. J’ai eu sur place bien des hésitations. L’argent vaut si peu aujourd’hui. Mes vingt-cinq mille francs, dans un an, ne vaudront peut-être plus rien. Les Valéry, eux, auront peut-être encore monté ? et représenteront peut-être aussi une valeur plus solide ? D’autre part, il y a si bien là, pour le moment, une question de snobisme passager, certainement, dans un an je ne trouverai peut-être pas pareille somme. Télin m’a dit avec raison qu’il ne me la trouve qu’à cause de l’amateur qu’il a sous la main. Il faut un fanatique de ce genre et riche comme il l’est, pour payer pareil prix. Il y avait aussi la question de délicatesse vis-à-vis de Valéry. Je ne voudrais pas qu’il sache que j’ai fait argent de tout cela. Télin m’a donné toutes garanties là-dessus. L’amateur en question achète pour lui, par plaisir, pour enfermer dans son armoire, parlant même de faire tout brûler à sa mort. Télin lui demandera l’engagement de ne pas divulguer l’achat. Télin m’a cité cet exemple. Il a acheté à la vente Louÿs des lettres de Gide. Une, entre autres, signée par Gide : Ta veuve. — Preuve de haut goût, en effet. L’amateur en question la lui a achetée et Télin me disait qu’il a même dû la brûler. Enfin, surtout par embarras de remporter mon dossier après avoir dérangé Télin, j’ai fini par dire oui et conclu l’affaire. Télin m’a donné un reçu de tout le dossier, avec l’indication de la somme à me revenir : 22 500 francs. Il doit voir son amateur ce soir ou demain matin. Il ne doute pas de la réussite de l’affaire. Il est convenu que je retournerai le voir demain après déjeuner pour toucher. J’avoue que je ne puis croire encore à tant de rapidité, malgré toute la certitude de Télin.

Je me disais en revenant qu’après tout 22 500 francs sont bons à prendre, et préférables, tout de même, à ces trois opuscules de Valéry, littérature qui n’est pas de mon goût, et à ces 70 lettres, d’un intérêt plutôt de curiosité que de texte. J’ai gardé pour moi deux lettres de Valéry qu’il m’a écrites à l’occasion du Petit Ami136.
[…]

Vendredi 4 Juin

Je suis retourné aujourd’hui chez le libraire Télin. La vente de mes Valéry n’a pas marché aussi bien qu’il s’en montrait assuré. J’avais bien raison hier de rire aux éclats, d’étonnement, au prix qu’il donnait à ces choses et qu’il se montrait sûr d’avoir sur-le-champ. Son amateur — un M. Monod137, ami de Valéry, et qui le voit presque chaque jour — a sauté devant ce prix. Il a demandé à Télin sur quoi il s’était basé pour fixer un pareil prix. Il a fait la remarque, qui est juste, que mes 70 lettres comprennent beaucoup de courts billets sans grand intérêt. Ce M. Monod me connaît parfaitement de nom, comme écrivain, et comme homme à animaux. À propos de son intimité avec Valéry, Télin m’a dit qu’il lui ressemble même assez, physiquement. Télin lui a dit que ce n’est pas sans scrupules et regrets que je vends tout ce dossier et que c’est bien par nécessité, par suite de mes ennuis de locataire. Ce M. Monod s’est intéressé, paraît-il, à ma situation à ce sujet. Il a dit qu’il est bien regrettable qu’on ne puisse me tirer d’affaire. Télin l’a mis au courant de l’offre que m’a faite Champion, de constituer pour moi un petit groupe de gens comme il a été fait pour Valéry et que j’ai refusé, pour ne pas me mettre à la merci d’un éditeur, refus que M. Monod a grandement approuvé. Il a terminé en disant que le prix était décidément trop élevé et qu’il allait réfléchir, étant entendu que l’affaire se faisant ou ne se faisant pas, il n’en dirait mot à quiconque. Télin lui a d’ailleurs dit que si ce dossier n’était pas pris par lui, je le reprendrais et ne le vendrais pas, plutôt que de le vendre à n’importe qui, ce qui a paru le flatter beaucoup. D’après ce que m’a dit Télin, en me répétant toute sa conversation avec lui, il semble que des gens nombreux, Fontainas, par exemple, se sont empressés de faire argent des lettres qu’ils avaient de Valéry, dès qu’ils ont vu que cela faisait de bons prix.

Il a fallu ensuite décider avec Télin ce que nous faisions. J’avoue que tous mes scrupules m’ont repris. Je ne suis pas fier, en effet, de l’action que je commets en vendant les lettres d’un ami. Ce n’est pas très joli. Supposons que je reprenne des relations avec Valéry, et qu’il apprenne un jour cela. Il me jugera comme il juge ceux qui se sont livrés à une opération analogue, et défavorablement, avec raison. D’autre part, rien ne dit que nos relations recommenceront, ni, si je vends, qu’il le saura. D’autre part, encore, comme je le disais hier à Télin, des billets de banque ne vaudront peut-être plus rien dans quelque temps, alors que les pièces en question vaudront encore quelque chose, et même peut-être plus qu’aujourd’hui ? J’ai dit aussi à Télin que, par un phénomène très humain, ce prix de 25 000 francs, qu’il a lancé ainsi, si élevé qu’il soit, si fou, même, s’est cristallisé dans mon esprit. Je m’y suis habitué. Diminuer, aujourd’hui, m’est dur. C’est une déception, un sacrifice. Alors que s’il avait dit : 15 000, par exemple, j’aurais encore trouvé cela très beau. D’autre part, ce M. Monod, si riche, qui regarde à quelques mille francs de plus ou de moins ? Ce M. Monod, dans les trois ouvrages de Valéry qui font partie du dossier, n’est amateur que du tirage à part de l’Introduction à la Méthode de Léonard de Vinci, qui manque à sa collection. L’édition originale de la Jeune Parque, La Soirée avec M. Teste, dans le Centaure, il les a. Télin m’a alors dit : « Mettons les 70 lettres à 15 000 frs, le tirage à part de l’Introduction à la Méthode de Léonard de Vinci à 2 000. Cela fera 17 000. Et moi, je prendrai la Jeune Parque et la Soirée avec M. Teste pour moi, comme commission, et pour les garder, je ne les vendrai pas. Vous aurez ainsi les 17 000 frs entiers pour vous. Cela vous va-t-il ? »

Je lui ai expliqué ma situation. En réalité, ce que je fais n’est pas joli. Il faut donc que j’aie une vraie compensation. Je ne vends que parce qu’une certaine somme représente pour moi beaucoup en ce moment, pour me permettre de me tirer d’affaire, si je dois me faire construire une bicoque, 20 000 francs de plus peuvent me permettre de faire mieux et quand il s’agit d’un coin pour vivre, c’est à envisager. Je lui ai dit qu’il peut expliquer cela à ce M. Monod s’il le veut, que je m’en rapporte à lui pour conduire l’affaire le mieux possible. Qu’il demande 20 000 francs pour les lettres et le tirage à part de l’Introduction, sinon, eh bien, je reprendrai tout le dossier. D’autre part, ce M. Monod a dit qu’il allait réfléchir. Télin attendra d’abord le résultat de sa réflexion.

Il est bien certain que dans mes 70 lettres de Valéry, beaucoup sont sans intérêt. C’est bien ce qui atténue mes scrupules de les vendre. D’autre part, ce soir, en revenant, je me sentais bien une préférence à pouvoir revoir comme autrefois Valéry sans avoir en moi la gêne d’avoir vendu tout cela, plutôt que pour l’argent que j’en puis tirer. Ce que j’éprouve pour n’avoir pas cédé aux offres avantageuses qu’on m’a faites pour le dessin de Marie Laurencin, fait par elle exprès pour moi, et que j’ai préféré garder138.

Et dire qu’avec l’emballement de Télin, je me disais déjà que j’allais pouvoir dépenser quelques centaines de francs à manger un peu mieux, à m’offrir quelques plaisirs : un fauteuil, une représentation de Pelléas et Mélisande à l’Opéra-Comique, une paire de souliers légers pour l’été, une gravure ancienne, comme j’en ai souvent envie… Il ne m’a pas fallu longtemps pour être obligé d’en rabattre.
[…]

Lundi 7 Juin

Ce matin, visite de Télin. Encore rien de fait pour mon affaire des Valéry. L’amateur a demandé à réfléchir jusqu’à vendredi. Accordé naturellement. Télin lui a dit que s’il n’achète, pas, tout rentrera chez moi. Je ne vendrai pas dans d’autres conditions, je veux dire pour que ces papiers passent de libraire en libraire, pour arriver à l’Hôtel des ventes.

Télin me raconte mille choses sur toute cette spéculation qui se fait sur les écrits de toute sorte de Valéry. L’autre jour, il avait prononcé, chez lui, le nom de Fontainas. C’est bien Fontainas qui est l’homme dont m’a parlé Valéry avec écœurement, qui a vendu les lettres que Valéry lui avait écrites à l’occasion de son mariage. Fontainas les a vendues, par l’intermédiaire d’un nommé Gonon, au libraire Lang pour la somme de 10 000 francs. Télin me disait que lorsque Valéry a appris cela, il en a été malade.
[…]

Mardi 8 Juin

Ce matin, visite de Télin. Je suis si bas dans mon argent, à moins de toucher à ma réserve, que je lui ai vendu hier quelques volumes un peu rares, pour 550 francs. Il me les apportait ce matin.

L’Avenir du huit juin 1926

Il m’a fait lire dans L’Avenir139 d’aujourd’hui une sorte d’interview de Valéry sur le trafic qui se fait de ses manuscrits et de ses lettres. L’indignation de Valéry, exprimée là, après celle qu’il m’a montrée dans notre rencontre à la N.R.F., paraît sincère140. Télin me disait que la mise sur le marché de tant et tant de lettres de Valéry, va finir par gâter l’affaire et faire baisser les prix et que les libraires eux-mêmes seront les premiers attrapés. Il est d’avis que les propos sévères de Valéry vont peut-être attirer des répliques un peu aigres-douces. Télin dit : « C’est entendu. Toutes ces lettres de Valéry que des gens vendent, dont ils font commerce, cela n’est pas très joli. Valéry est-il bien fondé à faire autant la petite bouche ? Qui a commencé, dans un certain sens, sinon lui ? » Télin me raconte qu’un jour le libraire Lang alla voir Valéry pour lui dire qu’il avait un amateur qui voudrait bien avoir le manuscrit d’Eupalinos141, qu’il donnerait un bon prix. 4 ou 5 000 francs. Or, il n’y avait pas de manuscrit d’Eupalinos. Le manuscrit qui avait servi à l’impression avait été fait à la machine, avec les papiers de Valéry, détruits ensuite par lui. Valéry explique cela à Lang, et aussitôt lui ajouta : « Je pourrais vous en faire un si vous voulez ? Vous dites : 5 000 francs ? » La chose fut entendue. Valéry fit un manuscrit d’Eupalinos et il le donna à Lang pour 5 000 francs. Ce manuscrit se trouva ensuite passer en vente. Valéry s’en étonna auprès de Lang, et lui marquant son mécontentement, à quoi Lang lui répondit, vrai ou faux, qu’il n’y était pour rien et qu’il ne pouvait pas empêcher un amateur de vendre sa collection.

Valéry a fait de même, dans un autre genre, pour La Jeune Parque. Il reçut plusieurs demandes pour le manuscrit de ce recueil. Il en fit lui-même plusieurs, avec des variantes et des corrections différentes pour chacun. Télin me disait : « Je ne songe pas [à] lui reprocher de chercher à gagner de l’argent avec ses ouvrages. Il lui faut bien vivre. » Tout de même, il est un peu mal venu à reprocher aux autres de faire commerce avec ses papiers, bien que des lettres soient des choses un peu différentes.

Télin disait aussi : « Il paraît qu’il dit maintenant pis que pendre des libraires. Tous des coquins. À qui doit-il sa réputation ? Elle a commencé dans l’arrière-boutique de Mlle Monnier142, quand elle organisait des séances dans lesquelles on lisait de ses vers. Le lecteur était même Gide. Tout est parti de là ! » C’est vrai. C’est là qu’a commencé la réputation de Valéry. C’est sur une de ces séances que Daniel Halévy a écrit dans la Revue Universelle le premier article sur Valéry poète à la mode. Valéry doit tout à une libraire.
[…]

Le quinze juin 1926, Paul Valéry vient voir Paul Léautaud dans son bureau du Mercure à propos de la parution de la troisième édition des Poètes d’aujourd’hui, qui paraîtra au début de février 1930. Paul Valéry y figure depuis la première édition de 1900 et c’est, bien entendu, toujours Paul Léautaud qui a rédigé la notice. S’en suit une longue conversation. Cette journée est reproduite ici intégralement.

Mardi 15 Juin

Aujourd’hui visite de Valéry. La Nouvelle Revue française l’a mis au courant de notre demande d’autorisation, à van Bever et à moi, de poèmes de lui dans l’édition en trois volumes des Poètes d’aujourd’hui. Il venait me voir à ce sujet. Il m’a montré la lettre que Gallimard lui a écrite en lui disant qu’il pense qu’on peut demander 30 francs de droits de reproduction par poème. J’ai dit à Valéry que j’ai pourtant eu la promesse de la Nouvelle Revue française de me donner les autorisations gratuitement. J’ai ajouté qu’il y a peut-être quelque chose de spécial pour lui ? Il m’a répondu qu’il y a une entente entre lui et la maison pour ne rien laisser reproduire de lui sans payer. (Toujours l’homme d’affaires qu’il est devenu.) Il s’est empressé de me dire très aimablement que la question ne se pose pas pour moi, ce dont je l’ai remercié. Il s’est enquis de ce que nous faisons pour lui dans la nouvelle édition. Je lui ai dit : « Vous comprenez, nous mettons de nouveaux poèmes. Vous êtes resté avec la place que vous aviez quand nous avons fait l’ouvrage. Ce n’est plus du tout la même chose aujourd’hui143. » Je n’ai pu le renseigner sur les poèmes choisis, ne m’étant pas occupé de cela. Il m’a dit que dans tel poème il veut ajouter des strophes. Je lui ai dit qu’il fera tout ce qu’il voudra et qu’il peut même établir son choix lui-même, sans rien déranger, puisque la composition n’en est pas encore là. À son tour de me remercier.

Ensuite grande conversation. Il m’a dit qu’il est débordé de travail. Je lui ai dit que nous savons cela, et qu’il avait un devoir pas drôle à faire. Il a compris tout de suite qu’il s’agit de son discours de réception sur France. Il m’a répondu : « Oui, cela, mais pas cela seulement. Je ne m’en suis pas encore occupé. J’ai le temps. Ce n’est pas cela seulement. Les lettres, mon cher. Vous n’avez pas idée de la quantité de gens qui m’écrivent. C’est fou. Et les volumes, et les manuscrits. » Je lui dis : « Il y a certaines choses qui ont décidément un envers pas drôle. »

Il en a convenu en riant. Je lui ai raconté que Duhamel est logé à la même enseigne, dans un autre genre144, en lui disant que, pour ma part, je n’aurais jamais le courage de répondre à tout cela. On doit finir par ne plus avoir un moment à soi. Il m’a dit : « C’est ce que j’ai fini par faire. Les premiers temps, je répondais. Maintenant, zut. Ils sont trop. J’y ai renoncé. Si vous voyiez, chez moi, les livres » (il faisait le geste de piles ici, piles là, piles partout). Il s’est mis à me dire que si l’Académie lui a valu tout cet encombrement de lettres et de volumes, elle lui a aussi procuré bien des satisfactions de faire bien des découvertes sur beaucoup de gens. Des gens qui avaient plus ou moins écrit contre lui, et qui, du jour au lendemain, ont changé de ton. « Tenez, Béraud145, par exemple. Il avait plutôt été désagréable pour moi dans je ne sais quels articles… Il m’a envoyé son dernier livre avec une dédicace !… » Valéry faisait en me disant cela la figure malicieuse et moqueuse que je lui connais bien et qu’il a tout à fait gardée. Je lui ai dit que pour Béraud cela ne m’étonne pas et que je l’ai toujours considéré comme un faux sauvage, fort adroit et fort calculateur.

Il m’a parlé de l’Académie. Comme je lui demandais s’il n’y a pas un délai limité pour fournir son discours de réception, il m’a dit que non, pas précisément. « Tenez, Porto, par exemple, (Porto-Riche), pas moyen de l’avoir146. Je crois bien qu’il ne l’a pas encore commencé. Régnier ne peut rien savoir. (Sans doute parce que ce doit être Régnier qui doit le recevoir et qu’il a besoin de connaître son discours pour faire sa réponse.) En attendant, je touche… » Je lui dis : « Oh ! ce ne doit pas être grand-chose. — Eh ! mon cher. Quatre-vingt-trois francs 08. — Par mois ? » Il me répond : « Par mois. Ce n’est pas à dédaigner. On vous donne cela dans de petits rouleaux fort bien faits… » Vraiment, peut-il apprécier à ce point quatre-vingt-trois francs ? Décidément, c’est vrai, l’argent a l’air d’être devenu beaucoup pour lui.

Il m’a parlé aussi de ce que pourrait être l’Académie, une sorte de club littéraire, où on pourrait se réunir pour causer, ce qu’elle n’est pas, n’ayant même pas un local à elle, rien qu’une salle de séance qui sert à toutes les Académies, qu’il s’y trouve tout de même des gens assez agréables, avec lesquels il peut être intéressant de parler. Je lui ai dit : « Oui, il y en a si bien d’autres dont la carrière littéraire est si méprisable… — À qui le dites-vous, mon cher. » Et aussitôt : « Eh ! bien, vous le croirez, j’ai pourtant trouvé quelques bonshommes épatants, vraiment. Tenez, Brieux147. Je ne le connaissais pas. Je ne l’avais jamais vu. Il habite quelque part, là-haut, cité Frochot, rue Frochot148, je ne sais plus au juste, dans le haut de la rue des Martyrs. Un jour, je passais par là. Je me dis : « Il faudrait tout de même que je fasse une visite à Brieux. » J’arrive à sa villa149. Je sonne. On me fait entrer dans une antichambre. J’entends une voix, la sienne, dans une pièce voisine, avec une autre voix, celle d’une femme, quelque chose comme une conversation sur le théâtre. Une comédienne, sans doute. Puis tout à coup, la porte s’ouvre, et un homme à l’aspect très bien, ma foi, tout rasé, une couronne de cheveux blancs, vient à moi, et avant que j’aie ouvert la bouche : « M. Valéry, je vous salue très respectueusement. Je ne comprends pas toujours ce que vous écrivez, mais j’ai pour vous la plus grande estime. Vous avez ma voix, je vous le dis dès aujourd’hui. » Épatant, n’est-ce pas ? Je ne savais où me mettre, ni que dire. J’étais vraiment touché. J’en aurais presque pleuré. Le maréchal Foch150-151 aussi… Vous comprenez bien, mon cher, moi, j’ai fait mes visites… C’est plus simple qu’on ne croit. On ne leur raconte pas qu’on a lu tous leurs ouvrages, etc., etc. »

Il m’a aussi parlé des travaux de toutes sortes qu’il a : une Préface à un Catalogue des œuvres de Berthe Morisot, une sorte d’introduction à une sorte d’ouvrage sur Paris, affaire dans laquelle est Carco152. « Vous n’en êtes pas ? m’a-t-il demandé. C’est drôle ! » et encore deux ou trois choses dont j’oublie le détail. « Vous voyez si je m’amuse. Moi qui ai horreur d’écrire. Vous me connaissez. Prendre des notes sur des sujets, oui. Mais écrire ? C’est parce que tout cela m’est commandé… » Comme je le regardais, il me dit : « Tout ce que je fais est sur commande… » Puis revenant à son horreur d’écrire, il me dit :

« Heureusement, il y a la machine. » Je lui dis : « Comment, vous écrivez à la machine ? » Il me répond : « Oui », en se renversant, dans la pose d’un homme qui pianote. Il me dit : « Je fais cela aussi pour l’estomac. Cela me fatigue l’estomac de me tenir penché… Tandis que comme cela… » (en reprenant la même pose).

Il m’a reparlé du trafic qui se fait des lettres qu’il a écrites à tel ou tel, notamment des lettres qu’il a écrites à Pierre Louÿs. « Cette vache de femme Louÿs153 qui a vendu tout cela. Mes lettres à moi, encore, étaient toutes sur des sujets littéraires, mais il y en a d’autres… » Je lui dis : « Oui, je sais (en pensant aux lettres de Gide). — Elle n’est pas la seule du reste. Je découvre à chaque instant une nouvelle histoire. Je ne sais pas si je vous l’ai dit, mon cher. On m’a proposé à moi-même, un jour, des lettres de moi, en me disant : c’est tant. J’en arrive à me demander pourvu que je n’aie pas écrit de choses… J’ai tant écrit de lettres… Vous en avez de moi, comme j’en ai de vous… »

Je lui ai dit alors, en détournant la tête, sans le vouloir, du côté de la fenêtre de mon bureau et de côté opposé à lui, comme si j’étais ainsi mieux au temps lointain que je rappelais : « Je peux bien vous le dire, depuis si longtemps que nous ne nous voyions plus, et parce que je sais bien que vous ne pouvez pas voir là la moindre flagornerie de ma part, je lis avec grand plaisir les notes que vous publiez dans des revues, le Cahier B, par exemple, dans la Nouvelle Revue française154. J’ai retrouvé là tout à fait le Valéry d’autrefois… Il y a de très belles choses… » (Je ne lui ai pas parlé de ses vers. Il a dû comprendre pourquoi.)

Il m’a dit que je dis juste, que toutes ces notes sont tirées des Cahiers qu’il tenait déjà à cette époque et qu’il n’a cessé de tenir depuis, chaque matin notant ses réflexions, ses aperçus, des idées se rapportant à tel ou tel sujet. Il en fait copier à la machine. « Cela coûte très cher. J’ai une femme qui vient faire cela. Des amis m’ont permis de pouvoir faire faire ce travail. » (Le groupe des admirateurs à mille francs chacun par année, certainement.) Il m’a expliqué que beaucoup de ces notes ont été prises par lui en vue d’ouvrages à écrire et qu’il se mettra peut-être à écrire un jour.

Nous avons parlé ensuite de la situation financière. Il m’a raconté ceci, qu’il tient, m’a-t-il dit, d’un très haut personnage. Ce très haut personnage disait récemment au Président du Comité des experts formé par le gouvernement pour examiner les mesures à prendre : « À quand la catastrophe. Dans un an ? dans dix-huit mois ? » Le Président en question lui a répondu : « Pour la fin de l’année. » Valéry m’a montré à ce sujet qu’il a bien gardé, comme je le notais l’autre jour, ce langage un peu vif que je lui ai connu autrefois, en me disant qu’il a trouvé un mot pour peindre cette bouffonnerie qu’est le Comité des experts : « Je les appelle les cons du Trésor. »

Il m’a dit : « Je ne vous ai pas envoyé mon dernier livre, que j’ai publié au Divan : Rhumbs155 ? » Je lui ai dit non. Il m’a dit qu’il va me l’envoyer.

Enfin, il est charmant. Simple. Camarade. Aucune pose de supériorité. Vraiment le même, ainsi, qu’il y a vingt ans. Moi, de mon côté, pas le moins du monde embarrassé ou impressionné. Je me le demande comme le jour de notre rencontre à la N.R.F. : nos relations vont-elles recommencer ?

Jeudi 17 Juin

Vu Gide, ce matin, au Mercure, retour depuis quelques jours de son voyage en Afrique156.
[…]

J’ai demandé à Gide s’il y a longtemps qu’il a vu Valéry. Il m’a répondu l’avoir vu ces jours-ci. Il m’a dit : « C’est maintenant un de mes plus anciens amis. » Il a dit ensuite : « Vous savez, j’ai été quelquefois très malheureux avec Valéry. Je sortais de nos conversations complètement par terre. Rien ne restait debout avec lui. Je n’avais plus aucune confiance en moi. Je regardais ce que j’écrivais avec une sorte de désespoir. Il me fallait quelquefois huit jours, quinze jours, pour me reprendre. Depuis quelques années, j’ai plus de résistance. Pendant longtemps, je vous le dis, je ne le quittais pas une fois sans un découragement, une sorte de paralysie… Lui-même, aussi, a été beaucoup victime de ses théories… »

Samedi 19 Juin

[…]
L’affaire de mes Valéry est faite : 70 lettres sans grand intérêt et le tirage à part, Nouvelle Revue, de l’Introduction à la Méthode de Léonard de Vinci, Télin gardant pour lui, en guise de commission, l’édition originale de La Jeune Parque et les feuillets du Centaure : La Soirée avec M. Teste. Télin m’apportera les 20 000 francs lundi. Qu’est-ce que je vais bien en faire ? Il vaudrait pourtant mieux les dépenser que de les voir réduits un jour ou l’autre à 5 ou 6 000 francs. Reste, de plus, la question du secret de l’achat. Télin dit, assure, est convaincu, qu’il est garanti157. Cela ne m’amuserait pas qu’il vienne un jour ou l’autre à la connaissance de Valéry.
[…]

Puis plus rien de notable pendant une année. Le 23 juin 1927, Paul Valéry prononce son fameux discours de réception sous la Coupole :

Jeudi 23 Juin [1927]

J’avais un rendez-vous à cinq heures chez l’expert, rue des Mathurins, pour mon affaire avec ma propriétaire. Je suis passé devant l’Institut juste pour la sortie de la réception de Valéry. Je me suis arrêté un moment pour regarder. Je l’ai vu sortir de la grande porte de gauche, traverser le groupe de gens qui faisaient la haie et marcher tout le long du trottoir qui fait la façade de l’Institut, à tout petits pas, son pardessus jeté sur ses épaules par-dessus l’habit, un rouleau de papier et une cigarette dans une main. Il avait absolument l’air d’un objet de bazar, dans son habit tout raide, éclatant de neuf, et sur la poitrine un énorme macaron de la Légion d’honneur qu’on sentait sorti de chez le marchand la veille. Comment lui, si distingué, si dandy, n’a-t-il pas pris le soin d’atténuer l’aspect neuf de son accoutrement ? Quelle faute de goût ! Le costume d’académicien est déjà si laid, pour ne pas dire ridicule. Il a dû être dessiné par David, à la demande de Bonaparte, quand celui-ci rétablit l’Institut. Il s’en ressent. Auparavant, les académiciens n’avaient pas de costume officiel. On reconnaît là le militaire, qui veut partout des uniformes.

Valéry a bien mis, pour ne pas exagérer, dix minutes, pour faire le trajet de la dite grande porte de gauche, sur le trottoir, à la petite porte étroite qui se trouve sous le guichet de l’aile droite, marchant à tout petits pas lents, la tête baissée. Plaisir de se montrer, de se faire regarder, évidemment. Cela m’a beaucoup amusé. J’ai marché ainsi, sur la chaussée, à sa hauteur, à un mètre de lui et je me suis trouvé, arrivé au guichet, à deux pas de lui, sans qu’il me voie. À aucun prix je ne me serais avancé pour me faire voir et lui parler. Je ne me jette pas à la tête des gens, encore moins quand ils ont monté. Deux ou trois fois, il s’est arrêté, pour répondre à des gens qui venaient le complimenter. Il a vraiment eu un grand succès de curiosité de la part des gens qui regardaient, même un succès de sympathie. Je l’ai constaté en regardant les visages de ces gens qui le suivaient dans sa marche. Je n’ai vu cela que pour Coppée. Les deux extrêmes ! Je crois que la cause est le succès soudain, sans ratages.

Mallarmé obscur, pauvre, bafoué ! Et lui, aujourd’hui à l’Académie, et célèbre ! Sensible, fin, très droit, si intelligent, il n’est pas possible qu’il n’ait pas pensé à cela.

Comme il était sous le guichet en question, venant de quitter un groupe de gens qui l’avaient abordé, Régnier en habit lui aussi et tout dégingandé à son habitude, l’a rejoint, lui disant, en lui montrant la petite porte : « Eh ! bien, cher Maître, si vous voulez… » et tous deux sont entrés, probablement pour une formalité à remplir à la suite de ce genre de cérémonie.
[…]

J’ai pu le regarder tout à mon aise, pendant qu’il parlait sous ce guichet avec un groupe de gens qui l’avaient abordé. Figure ravagée, fatiguée, bajoues, pommettes saillantes, les rides très accusées, vieilli en diable.

Samedi 25 Juin

Je passais tantôt devant la boutique Champion. Croisé avec Mme de Harting. Parlé de Valéry. Elle m’a dit que sa réception n’a pas fait vendre un exemplaire.

Mme de Harting enfilait assez complaisamment le chapitre des petites médisances sur Valéry. J’ai pris sa défense dans le sens de ce que j’ai écrit précédemment : « Je suis certain que Valéry est toujours un homme extrêmement honnête, délicat, sensible. On est venu tout lui offrir. Lequel de nous, à sa place, n’en aurait pas profité aussi ? »

Vendredi 5 Août

Ce soir, à 6 heures, comme j’allais partir du Mercure, j’avais déjà mon chapeau sur la tête, arrivée de Valéry, au sujet de la lettre que je lui ai écrite hier, pour des choses le concernant dans la nouvelle édition des Poètes d’aujourd’hui. Redonnel158 était là […]

[…]
« Je ne vous ai pas encore envoyé mon Discours… Il n’est pas encore paru. Il est prêt à la N.R.F. Mais l’imprimeur de l’Institut n’en finit pas… » j’ai dit à Valéry : « Il vous rend la réciproque… » et comme il avait un air interrogatif, j’ajoutai « Vous les avez assez fait attendre. » Il s’est grandement récrié, me disant que c’est une erreur complète, qu’il a été absolument dans les délais normaux et il semble bien, en effet, aux explications qu’il nous a données. Il nous a dit quel pensum a été pour lui son discours de réception, l’éloge de France, avec l’opinion qu’il en avait et toutes les injures que ce discours lui a values. « Je n’ai dit que des choses vraies, pourtant, et Dieu sait avec quelle modération, avec quelle politesse… » J’ai ajouté pour ma part : « Quelle adresse ! » à quoi il m’a répondu : « Quelle adresse, si vous voulez ! » Il nous a parlé aussi des obsèques de Robert de Flers159, hier, la corvée de rester debout pendant deux heures à entendre les discours, dans cet habit d’académicien d’un poids, d’une chaleur !…
[…]

Redonnel parti, au bout d’un quart d’heure, nous avons parlé des Poètes d’aujourd’hui. […] Il m’a demandé comment je vais faire pour la rubrique À consulter : « On a écrit sur moi… C’est inouï… On a déjà écrit sur moi plus de dix fois ce que j’ai écrit moi-même. Et ce n’est pas fini. Il y a encore un volume de… (il n’a pas retrouvé le nom) qui va paraître ces jours-ci… » Finalement, il a été convenu que je m’adresserai à M. Monod, 16, boulevard Raspail, un fanatique de Valéry, homme fort riche, qui a acheté et achète tout ce qui paraît de lui, est publié sur lui, les pièces les plus rares, les articles les plus anciens, des lettres, etc., etc. (ce doit être ce M. Monod qui a acheté mes lettres à Télin) et qui a installé chez lui un Musée Valéry, dont les Nouvelles littéraires parlaient justement ce matin160. J’ai dit à Valéry que j’ai beaucoup hésité à le déranger avec les Poètes d’aujourd’hui, me doutant de la vie occupée qu’il a… Il est parti là-dessus, me disant qu’il a en effet une vie impossible, des gens qui lui écrivent pour ceci, pour cela. « D’ailleurs, c’est bien simple, je ne réponds plus. Vous-même, je ne vous aurais pas répondu. Je suis venu ce soir à la N.R.F. En sortant, je me suis dit : je vais pousser jusqu’au Mercure voir si Léautaud y est. Mais écrire des lettres. Non. Je ne le peux plus. Et il y a des gens qui m’envient. Je voudrais les voir à ma place. J’ai deux ménages sur le dos, mon cher, (celui de son fils en plus du sien, probablement). Ma vie est une vie de forçat. C’est bien simple : je me lève à cinq heures du matin. Vous savez que je n’ai jamais été du soir. Je ne peux travailler que le matin. Je me lève donc à cinq heures du matin. Je travaille jusqu’à dix heures. Ensuite, je déjeune, tant bien que mal. L’après-midi, je suis plutôt abruti, et le soir je vais dans le monde. Mais oui, je vais dans le monde… C’est-à-dire, j’avais un peu cessé, après la mort de ma mère161… On se moque beaucoup des femmes du monde, on fait de l’esprit sur elles. Il n’est pas sûr que l’esprit ne soit pas de leur côté. J’aime mieux cela que la société des gens de lettres. Les gens de lettres, c’est intéressant chez un jeune homme de vingt-cinq ans, qui en est encore aux idées, aux projets… Après, ce n’est plus que la profession, les livres à publier… Un écrivain, quand il est arrivé à son tuf, ne fait plus guère que se continuer, cultiver sa manière. Et puis il y a les gens qui viennent, les éditeurs, les volumes à publier… Je fais tout moi-même, vous savez… — Oui, oui, je sais, ai-je répondu à Valéry. Vous avez eu l’aventure littéraire la plus extraordinaire. Je ne sais même pas si on ne peut pas dire qu’elle est unique. J’y ai beaucoup pensé, tous ces derniers temps, comme je vous l’ai dit dans ma lettre. J’y ai même pensé en corrigeant certaines appréciations que j’avais d’abord eues. L’extraordinaire de l’histoire n’est pas de votre côté, car vous n’avez pas changé, vous n’avez rien cédé de vous-même, vous êtes toujours difficile, fermé, contracté… — Et combien ! a-t-il ajouté en riant. — L’extraordinaire est du côté du public, car, n’est-ce pas ? il est bien certain que dans tous les gens qui vous célèbrent, qui vous achètent, il n’y en a pas le quart qui puissent être sensibles à ce que vous écrivez, le goûter, le comprendre vraiment. Votre histoire est une histoire étonnante. — Vous pouvez même dire déconcertante, m’a-t-il répondu. Je l’attribue à deux causes… » Je le coupai sans le vouloir « Moi, je vois encore là un effet de la démocratie, tous ces ânes voulant se donner des airs de comprendre et d’estimer la littérature difficile… — Si vous voulez, me dit-il. Moi, je vois deux causes : d’abord un effet de la guerre, qui a changé tant de choses dans les esprits comme dans le reste, et puis, tout de même, un certain goût pour les idées, pour une certaine recherche. C’est très curieux, mon cher. Savez-vous ce que j’ai le plus dans mon public ? des médecins, des ingénieurs, ensuite des prêtres. Des prêtres ! Figurez-vous que j’ai parlé quelque part de la résurrection des corps sans aucune idée… Il y a un prêtre qui m’a écrit toute une correspondance à ce sujet… (je n’ai pas dit à Valéry que ce prêtre l’avait peut-être justement compris tout de travers). C’est inimaginable. Je crois être en ce moment l’écrivain dont le nom est le plus imprimé partout… Je ne parle pas d’une certaine publicité, comme par exemple le débitant chez qui j’achète mon maryland162 et qui m’a dit un soir : « Voici, M. Valéry », parce qu’il avait vu ma tête dans l’Intransigeant… Il y a d’ailleurs aussi les gens qui me détestent, qui sont jaloux… […] À sa dernière visite, Valéry m’avait dit : « Il faudra que je vous envoie un volume que je viens de publier au Divan : Rhumbs. » Il ne me l’a jamais envoyé, oubli que je comprends au-delà de toute mesure. Il m’a encore dit ce soir « Il faudra que je vous envoie… (je ne sais plus quoi). » Je ne le recevrai certainement pas davantage. Je lui ai demandé s’il ne publiera pas un jour quelque chose en volume courant, d’un prix abordable. Par exemple ses Cahiers de notes, comme le Cahier B, paru dans La N.R.F. et ensuite en Hollande163, à des prix fous. Il m’a répondu qu’il n’avait pas voulu d’abord publier ces notes, qu’on avait insisté, ces amateurs de Hollande, justement. Il a alors fait deux parts dans ces notes : celles qui avaient à peu près un intérêt général et celles qui n’avaient de sens que pour lui seul, ne publiant que les premières. Il m’a alors dit en riant : « C’est renversant. On aura réussi à me faire écrire presque une histoire de la littérature française. Moi !… En effet, j’ai écrit un Descartes, un Pascal, un Montesquieu, un Stendhal. J’écris en ce moment… (j’ai oublié quoi). Mais je me sauve. Je suis terriblement en retard. Je voulais ne rester qu’une minute… » Sur le palier, au moment de me quitter, il m’a dit : « Et vous, vous ne faites rien… » Je lui ai répondu rapidement sur mon manque de temps, les occasions que je suis obligé de laisser passer, etc., etc., la bonne dizaine de mille francs que j’ai perdue ainsi cette année, à ne pouvoir profiter de certaines offres… « Et le travail à date fixe, mon cher, m’a-t-il dit. Car tout ce que je fais, je le fais sur commande, dans un temps donné. Vous parlez de ce que vous avez perdu… J’ai perdu moi 55 000 francs cette année… — Comment cela ? — Un éditeur qui ne m’a pas payé… — Cela, c’est moins drôle… — Je vais d’ailleurs être obligé de lui faire un procès. » II m’a demandé alors de donner quelque chose à sa revue : Commerce164 (un joli titre pour des écrivains de son genre et de celui de Fargue. Dans leur jeunesse, une jeune revue, et d’écrivains idéalistes, s’appelait Chimère, par exemple. Commerce. C’est tout le changement de leur esprit). J’ai dit à Valéry : « Je sais. Fargue m’a déjà fait cette demande. Mais, mon cher, comme je le lui ai dit, je ferais l’effet d’un clown (je l’entends dans le mauvais sens) au milieu de vous autres. Ce que j’écris… — Pourquoi cela, m’a dit Valéry. En tout cas, l’intérêt, c’est que c’est fort bien payé. — Oui, Fargue m’a dit cela aussi. Enfin, je vous remercie. Je verrai. »

Il est parti là-dessus. Je l’ai regardé partir dans la rue par la fenêtre de mon bureau. Il est monté dans une automobile qui l’attendait de l’autre côté de la rue, à l’entrée de la rue Crébillon, beaucoup plus bas que le Mercure. Est-ce volontairement qu’il avait fait arrêter là cette voiture. Elle était trop loin pour que je puisse voir si c’était une automobile particulière ou un simple taxi.
[…]

Comme la vie tourne, change, comme tout peut dépendre du hasard, du milieu. Je me rappelle, quand je faisais la critique dramatique au Mercure, une après-midi que j’étais au théâtre Femina, avenue des Champs-Élysées, pour une pièce de Tristan Bernard : Les jumeaux de Brighton (il serait facile de retrouver la date165), Valéry qui descendait l’avenue se trouva devant moi. Nous restâmes un moment à bavarder. Il me vint ce jour-là cette réflexion qu’il ne travaillait décidément pas beaucoup, au moins de façon visible, puisqu’on ne lisait jamais rien de lui. Je ne jurerais même pas qu’il n’y ait pas eu chez moi un petit mouvement de supériorité pour l’espèce de petite réputation que je m’étais déjà acquise à cette époque. Il s’est joliment rattrapé.
[…]

Mardi 13 Septembre

[…]
À cinq heures, visite de Valéry m’apportant son choix de vers pour les Poètes d’aujourd’hui. […]
[…]

Je lui dis, à propos de la rue Gay-Lussac, que lors de sa réception académique, il y a dû avoir, en province, quelques types du temps de sa pension de famille qui ont dû se souvenir de lui et se dire : « Bigre ! mais c’est le Valéry qui était avec moi… » — et je lui demande s’il n’y en a pas qui se soient manifestés. Il me dit : « Si. Un. Il m’a envoyé des vers de lui… » Il me raconte que, il y a quelque temps, à Cette166, il a rencontré un camarade de jeunesse. « Il ne me reconnaissait pas. J’ai changé, dame, comme il a changé lui aussi. Mais je le reconnaissais, moi ! Je l’ai abordé : Eh ! bien, mon cher, comment vas-tu ? Il me regardait : Valéry… Il m’a dit vous, mon cher, et quand j’ai dit mon nom, il a enlevé son chapeau, le tenant à la main. L’Académie, n’est-ce pas ? Je l’ai mis tout de suite à son aise, naturellement. — C’est charmant. C’est très touchant. C’est charmant tout à fait. C’est bien mieux que les gens qui vous tapent tout de suite sur le ventre parce qu’ils vous ont connu autrefois. — Oh ! ceux-là, c’est bien simple. On se sent rétracté, tout de suite. J’en ai rencontré un, une fois. Il n’y a pas d’autre attitude à prendre que celle d’un mur. »
[…]
Nous avons parlé ensemble pendant près d’une heure, debout, très près l’un de l’autre. Je l’ai regardé de très près. Il a le visage très marqué, la peau très fripée, la patte d’oie très accusée. Il est (je ne me le rappelais pas) sensiblement plus petit que moi. Je me suis regardé dans ma glace après son départ. Moi aussi, je suis pas mal marqué et fripé. On ne se voit pas soi-même. Il n’a que deux mois et demi de plus que moi, lui 30 octobre 1871, moi 18 janvier 1872.

Il m’a encore dit, pour son Discours de réception : « Je vais vous l’envoyer. Ça vous amusera. » Je lui ai dit que cela me ferait plaisir, d’autant que je ne l’ai lu que tronqué, mais je ne compte pas du tout qu’il y pense.

Mardi 17 Janvier [1928]

[…]
Je suis renseigné maintenant sur le point de savoir si Valéry connaît ou ne connaît pas la vente que j’ai faite des lettres que j’avais de lui. Il la connaît. Comme il m’avait dit de s’adresser, pour sa bibliographie dans les Poètes d’aujourd’hui à ce M. Monod, qui a installé tout un Musée le concernant, j’ai prié Mme van Bever167 de s’occuper de cette affaire. Elle est allée voir ce M. Monod, qui lui a parlé de son culte pour Valéry. Il paraît qu’il s’occupe de sa correspondance, de ses affaires d’argent, etc., etc., en un mot de toutes ses affaires, pour qu’il puisse travailler en paix. Il a dit à Mme van Bever qu’on lui avait offert ma collection de lettres, qu’il avait consulté Valéry sur cet achat et que Valéry a dit non. Ce serait Kra168 qui aurait acheté. Télin m’a pourtant parlé d’un amateur sûr, discret, etc., etc. J’éclaircirai cela avec lui quand je le verrai. J’ai appris tout cela aujourd’hui par Mme van Bever, venue me mettre au courant de sa visite à ce M. Monod. Valéry sait donc que j’ai vendu les lettres que j’avais de lui. Certainement cela n’a pas dû lui plaire. Je me rappelle la façon dont il m’a parlé de la même opération par Z. (il s’agissait de lettres sur des affaires tout à fait intimes, il est vrai). Tant pis. J’aurais certainement préféré, et de beaucoup, qu’il n’en sache rien. Tant pis. Après tout, je sais bien qu’il s’agit de lettres, mais lui-même s’est montré depuis quelques années assez bon « financier » et même « commerçant ».


Annexe I :
Autographes dispersés aux enchères
———
Ce que M. Paul Valéry pense de la vente de ses lettres169

Texte signé de Marcel Espiau paru en une de L’Avenir daté du huit juin 1926, réédité pour la première fois ici.

Trois étages et nous voici chez M. Paul Valéry170.

Un salon. Rien de clinquant, ni même de riche, pas même la « pièce » officielle qui caractérise « l’homme arrivé », mais de fort jolies choses éparses dans un beau désordre de livres rares, de brochures, de manuscrits.

Chaque objet, même le plus insignifiant en soi, révèle l’activité intellectuelle et la connaissance de l’artiste, ses goûts aussi et la hardiesse de son génie ; on respire dans une atmosphère de vieux livres et de jeune gloire où plane pardessus tout une simplicité spontanée, et le désir du silence.

M. Paul Valery s’est avancé vers nous, la main tendue.

— Évidemment vous venez pour ces lettres de moi que l’on vend à l’encan et que d’aucuns, millionnaires sans doute, s’arrachent à coup de billets de mille ? Vous voulez mon opinion sur ce commerce ?… Elle est simple : c’est une infamie. C’est à la fois une infamie et une sottise. Je n’admets pas que des écrits scrupuleusement privés soient ainsi étalés dans des catalogues de ventes et que la saturnale des francs-papier l’emporte sur ce que j’appellerai une simple question d’honnêteté. Par ailleurs, dit en riant l’auteur de la Jeune Parque, j’ai la sensation désagréable d’être mort quand j’apprends qu’une de mes nombreuses lettres a été disputée sous l’égide d’un quelconque commissaire-priseur. Récemment, à l’Hôtel Drouot, une lettre de moi ornée d’une devise à la plume dépassa deux mille francs !… c’est de la folie pure. Qu’est-ce que cela signifie, voyons ?… J’ai envoyé une dizaine de milliers de lettres ; elles ne sont donc pas rares, alors pourquoi ces chiffres, dont je suis le premier surpris ?… Mais indépendamment de cette question purement et bêtement spéculative, il en est une autre beaucoup plus importante qui est celle de la propriété d’une épitre. Vous avez fait une enquête, il y a quelques années, il m’en souvient, sur cet important sujet. Il faut qu’une législation intervienne pour sauvegarder les droits du scripteur. Nous ne verrons plus alors des scandales aussi typiques que celui de la famille de Marcel Proust disputant aux enchères des lettres de ce romancier à Montesquiou-Fezensac171, et payant près de vingt mille francs le droit de les arracher aux mains des marchands. Moi-même, récemment, fus l’objet d’un marché qui me scandalisa tant, que je n’ai pas songé à faire le seul geste utile. Un monsieur inconnu de moi m’aborda dans mon escalier et voulut me remettre, contre dix-huit mille francs, un important paquet de lettres. Je refusai : il s’en fut. Pourtant, si j’avais pris ce paquet et que je l’eusse déchiré, qu’aurait-il pu faire ?… Me poursuivre ?… Il eût été alors intéressant de connaitre la décision des juges et leurs « attendus »

« Je vous assure que c’est là une question très importante qui doit être solutionnée, comme disent les parlementaires. J’ai beaucoup écrit à Pierre Louÿs avec qui j’étais très lié. Nous avons échangé des impressions d’art, des essais de pensée ; il reçut de moi près de trois mille lettres. Est-il juste, aujourd’hui, que sans mon consentement, sa veuve disperse aux caprices des enchères et de la mode une correspondance aussi particulière ?… Je réponds : non. On a vendu à la vente, dont je vous parlais tout à l’heure, quelques feuillets initiaux de La Jeune Parque : ils ont atteint sept mille quatre cent trente francs. J’admets encore que des bibliophiles veulent posséder l’original d’une œuvre et la paient, s’ils en ont les moyens, un prix exorbitant, mais qu’à cette même vente on ait mis aux enchères des lettres essentiellement personnelles concernant la publication des poésies de Stéphane Mallarmé, est, à mon sens une infamie. »

Et l’académicien, roulant une cigarette, poursuivit :

— J’en arrive, cher Monsieur, à ne plus oser faire de correspondance. Je me défie singulièrement de tous les gens qui m’écrivent depuis que j’ai vu chez un marchand deux lettres que j’avais adressées la veille à un monsieur pourtant très important et dont, bien entendu, je ne puis vous dire le nom, étant plus discret qu’il ne le fut.

« On ne saurait encourager une telle pratique, l’histoire littéraire contemporaine ne s’en trouvera pas plus enrichie. Il faut donc, à mon sens, régler cette question définitivement.

Et M. Paul Valery nous parla de Berthe Morisot (dont il vient de préfacer le catalogue de l’exposition prochaine), durant que les belles couleurs d’un Renoir chantaient sur le soleil l’allégresse d’un printemps.

Marcel Espiau

Annexe II
————
Promenades indiscrètes — Le Musée Valéry172

Les Nouvelles littéraires du six août 1927

— Je veux vous faire visiter le musée valéryen.
— Vous dites ?
— Je dis le musée valéryen ; le musée Paul Valéry.
— C’est une blague ?
— C’est un fait.
— Allons-y vite.

Boulevard Raspail, un magnifique immeuble neuf ; tout en haut, au cinquième étage, Monsieur le conservateur nous attend. C’est un homme dévoué à sa cause, un grand lettré, jaloux de son bonheur. Trempé ans l’immense océan de la pensée valérienne, l’œuvre de Paul Valéry et Valéry lui-même n’ont pas de secrets pour lui. Par contre, il en a, lui, en sa possession : tous les petits et grands secrets du poète. C’est avec ceux-ci et avec d’autres qu’il a fondé son petit musée, qu’il l’enrichit tous les jours, qu’il le protège des yeux profanes, qu’il classe et qu’il conserve tous les objets d’une rareté et d’une valeur inestimable.

Le petit musée a toute la simplicité d’un temple, du temple où l’on n’adore qu’un seul dieu. Ce dieu est présent partout. Tout le long de la bibliothèque, vous ne lirez que le nom de Paul Valéry. Vous vous approchez pour mieux voir. Paul Valéry les Charmes, Charmes, les Charmes, vingt fois. Paul Valéry, la Jeune Parque, la Jeune Parque. Il y a ici toutes les éditions, toutes les réimpressions, sur tous papiers, en toutes les langues. Lisez-vous le japonais ? La seule édition qui n’a pas été faite sur japon !

Voici le manuscrit de la Jeune Parque. Tous les feuillets collés sur les grandes pages d’un album magnifique. Et Dieu sait les péripéties que ces feuillets ont dû subir. Les Américains se l’arrachaient à coup de dollars. Le franc a eu, à l’insu de tous, une seconde victoire. Lisez la déclaration de Paul Valéry sur la première page de l’album :

« Après quelques aventures, ce manuscrit fut conduit par les dieux chez mon ami M… où je suis heureux de le voir qu’il est. Paul Valéry. »

Et puis voici le manuscrit qui porte le titre « La Fable du Serpent ».

Il fourmille de corrections et il y a des vers qui sont complètement différents de ceux que nous connaissons dans l’édition de l’Ébauche d’un Serpent. ils sont tracés au crayon. Un exemple :

Parmi l’arbre, la brise berce
La vipère que je vêtis ;
Un sourire, que la dent perce
D’une présence d’appétits.

à la place de

Et qu’elle éclaire d’appétits.

Le manuscrit en anglais d’Une Victoire méthodique, publiée dans le New Review de janvier 1897.

Toute une collection des différentes revues où Paul Valéry publia des articles ou des éludes. Le Centaure de 1806 avec La Soirée avec M. Teste. La Conque173, de Pierre Louÿs. La Revue Économique et Politique de 1892 où Valéry fait l’analyse de La Terre et le système social de l’Italien Achille Loria. Un article que Valéry signa : Doris. Un autre article sur l’élément d’économie politique pure. Voici une magnifique édition de toutes les lettres adressées par Valéry à Pierre Louÿs. Tirage privé. Et puis L’Ermitage avec l’ébauche d’Eupalinos qui porte le titre : Paradoxe sur l’Architecte. Cette ébauche ne couvre que quatre pages. Eupalinos doit donc être considéré une œuvre à part.

Lisons la dédicace qui date de 1891. « À MM. Claude Moreau et Bernard Duval. »
Ce sont les pseudonymes de Pierre Louÿs et André Gide.

Et puis les épreuves d’Eupalinos en grand format, corrigées par l’auteur.

Au fronton de la première page, un magnifique dessin de Valéry lui-même. Une femme, tout son corps splendide allongé. Les dessins de Paul Valéry sont des merveilles. Il y a dans cc musée, par douzaines, des croquis à l’encre, au crayon, des aquarelles, des gouaches, que sais-je encore. Il s’y trouve toute une série de Monsieur Teste. Quelque chose d’admirable. Monsieur Teste vu de dos à son bureau. Monsieur Teste en voyage, étendu sur la banquette, les mains pendantes, le visage caché. Teste assis dans le compartiment le visage dans les mains, la tête appuyée sur les côtés. Dans tous ces dessins, Monsieur Teste n’a qu’un souci. Qu’on ne le reconnaisse pas. Il est pourtant… si semblable à son créateur ! Voici le croquis d’une tête d’éphèbe, la paume de la main sur le front. Au-dessous cette pensée inédite de Paul Valéry.
« La forme c’est l’ordre des contacts ».

Une main toute en couleur trace des vers. On y lit :
L’heure me vient sourire et se faire sirène.

Tout s’éclaire…

Et puis viennent les photographies. Paul Valéry en vacances, rameur, nageur, paysan. Une eau calme, des cercles toujours recommencés, toujours effacés à la surface, et au milieu d’eux, émergeante et tranquille, la tête du poète, les cheveux en stalactite noirs sur le visage. Au mur, encadrés, tous les portraits, toutes les attitudes. Et des dédicaces ! « À mon ami, ce visage ravagé ».

Voilà Valéry en face de son buste en terre. Une dédicace : Ô semblable et pourtant plus parfait que moi-même.

Et voici des bouteilles de vin : leurs étiquettes couvertes des inscriptions que Valéry traçait au cours de ses repas.

Et puis des feuillets de poèmes inédits…

Mais je commets des indiscrétions. Le musée valéryen est fermé au public… et aux autres, comme dirait le poète.

Sera-t-il ouvert un jour ?

N. Yocarinis


La numérotation des notes continue la deuxième partie.
Les personnages n’ayant pas leur note ici l’on eue dans les parties précécentes.

112   Club fondé en 1910, réunissant tous les grands noms de la presse et de l’édition françaises. Peu de temps après fut fondé le « club des Belles perdrix », uniquement féminin, ayant le même objet. Le 21 février 1928, PL indiquera que ce déjeuner a été initié par Wladimir Bienstock et Marcel Rouff.

113   Jean Royère (1871-1956) et donc assez exact contemporain de PL, poète et éditeur. Jean Royère a fondé La Phalange, revue symboliste, en 1906. Voir la gaffe de Jean Royère à une réunion de Vers et Proses au vingt janvier 1909, attribuant à Émile Verhaeren un poème de Francis Vielé-Griffin et disant que PL s’était trompé dans les Poètes d’aujourd’hui.

114   Maurice Barrès (1862-1923), écrivain et homme politique, figure de proue du nationalisme français. Maître à penser de sa génération et de ce courant d’idées, sa première œuvre est un triptyque qui paraîtra sous le titre général du Culte du Moi chez Alphonse Lemerre (Sous l’œil des Barbares, 1888, Un homme libre, 1889, et Le Jardin de Bérénice, 1891), tous trois lus et admirés a l’époque par Paul Léautaud. Maurice Barrès a été, un temps, l’amant de Rachilde.

115   Les Champion sont une dynastie d’éditeurs dont le nom perdure encore de nos jours. Honoré Champion (1846-1913), a fondé cette maison d’édition en 1874. Honoré a deux fils, Pierre et Édouard. Pierre (1880-1942), chartiste, biographe de Jeanne d’Arc, prendra sa suite dans la maison située à l’époque au 5, quai Malaquais après avoir été installée au numéro quinze, puis, vers 1885 au 9, quai voltaire. Pierre champion a été maire de Nogent-sur-Marne de 1919 à sa mort et aussi Conseiller général de la Seine. Édouard (1882-1938), libraire-éditeur également, est médiéviste.

116   Libraire puis éditeur suisse établi à Paris, rue de l’Université. Robert Télin est aussi l’auteur d’Apparences et paradoxes, Paris, 1929. Le 31 octobre 1925 nous avons appris que Robert Télin rédige une rubrique de bibliophilie dans L’Éclair. Voir à cette date du Journal littéraire quelques autres détails sur Robert Télin, ainsi qu’au 27 octobre 1930.

117   Maurice Cueille, employé de librairie chez Champion, ne semble avoir laissé aucune trace. Il a été cité à plusieurs reprises dans le Journal de Paul Léautaud mais uniquement à propos de cette affaire. Alors que cette page web était en préparation, voici la réponse, datée du 31 août 2020, de la librairie Champion à une demande à son propos : « Malheureusement, la maison Champion n’a plus aucunes archives de cette période. Quand Monsieur Slatkine l’a acquise en 1974, les anciens propriétaires ont fait détruire toutes ces archives sans prévenir. Une grande tristesse. Bien cordialement, Luc Englander. »

118   S’il s’agit de François de Malherbe (1555-1628), poète officiel à la cour d’Henry IV, on peut s’interroger sur la présence de cet autographe (si ce n’est pas une reproduction) dans une édition aussi récente mais peut-être a-t-il été incorporé à la reliure. Il y a d’ailleurs bien des chances que cette édition soit plus récente encore comme on le verra sans la note suivante.

119   Denis-Auguste-Marie Raffet (1804-1860), peintre, dessinateur, graveur, et lithographe. L’édition dont parle PL ne peut donc pas dater de 1808.

120   François de Malherbe a été enterré à Saint-Germain-L’auxerrois où il ne reste aucune trace de sa tombe.

121   André Chénier (1762-guillotiné en juillet 1794, à 31 ans), poète et journaliste. André Chénier a écrit ce poème dans les derniers jours de sa vie, alors qu’il était emprisonné à Saint-Lazare. La jeune captive en question est Aimée de Coigny, épouse du duc de Fleury en 1784 et compagne de captivité d’André Chénier. Elle survivra jusqu’en 1820. Son Journal a été publié chez Perrin en 1981.

122   Auguste Blaizot (1874-1941), libraire et éditeur, 22, rue Pelletier depuis 1902. Cette librairie existe toujours en 2021, installée 164, rue du Faubourg Saint-Honoré depuis 1928. Auguste Blaizot semble être l’expert ayant procédé à la vente à Drouot de la bibliothèque de Louis Barthou au printemps 1935.

123   Madeleine de Harting (née Madeleine Feuchtwanger, 1901-1986) est, depuis 1925 jusqu’en 1928, propriétaire de la librairie « À la porte étroite », 10, rue Bonaparte. Elle finira propriétaire de la librairie Champion jusqu’en 1973. De gérant en gérant, la librairie Champion a survécu 15 quai Malaquais jusqu’en 2015 avant de déménager pour le 3, rue Corneille (la rue qui longe le théâtre de l’Odéon sur sa gauche).

124   Il s’agit du catalogue en trois volumes édité à l’occasion de la vente de la collection du bibliophile René Descamps-Scrive (1853-1924) qui venait de mourir. La vente a eu lieu en trois jours à la galerie Georges Petit, 8, rue de Seize, fin mai 1925 et portait sur 607 lots.

125   Il s’agit de l’un des premiers textes en prose de Valéry écrit en 1894.

126   Valéry, Cahier B 1910, Gallimard 1927 (selon le site web de Gallimard). Publications de quinze pages d’extraits dans La NRF de décembre 1925. Le texte de La Pléiade représente 23 pages et est présenté ainsi : « Ces notes furent écrites au jour le jour en 1910. On était loin de penser qu’on les donnerait enfin au public. »

127   Le Touquet-Paris-Plage, située à 40 kilomètres au sud de Boulogne-sur-Mer était dans ces années-là une station balnéaire très en vogue.

128   Il s’agit évidemment de Robert Aron (1898-1975), qui est depuis l’été 1923 secrétaire de Gaston Gallimard. Il restera dans la maison jusqu’en 1940. Robert Aron sera élu membre de l’Académie française en 1974 mais mourra quelques jours avant sa réception.

129   Voir dans Les Nouvelles littéraires de cette semaine en page deux, l’article de [Georges] Charensol sur la libraire Adrienne Monnier : « Pourquoi, Mademoiselle, vendez-vous vos livres ? »

130   Il s’agit d’André Fontainas (voir au 7 juin). André Fontainas (1865-1948), docteur en droit à Bruxelles, poète et critique. Après des débuts poétiques à Bruxelles, André Fontainas s’est installé à Paris en 1889 et a été nommé bibliothécaire à l’Office du travail au ministère du Commerce, de l’Industrie et des Colonies. Son premier texte dans le Mercure de France est le poème « Épilogue », paru dans le numéro d’avril 1892, qu’on ne confondra évidemment pas avec les « Épilogues » de Remy de Gourmont. En décembre 1893 André Fontainas a écrit quelques textes dans la rubrique « Livres » avant d’être titulaire en 1896 de la rubrique « Arts » puis d’assurer en 1908 la chronique des « Théâtres », du Mercure de France où il sera remplacé par Maurice Boissard. André Fontainas a été le lien entre les poètes symbolistes belges et français et écrira au Mercure jusqu’à sa mort. Il fait partie des Poètes d’aujourd’hui, dont la notice a été rédigée par Adolphe van Bever. On lira sa nécrologie dans le Mercure de février 1949, page 300.

131   Edmond de Polignac (1834-1901) a épousé en 1888 l’américaine Winnaretta (dite Winnie) Singer (les machines à coudre) (1865-1943). La guerre de sécession a conduit la famille à s’installer à Paris. Ce fut un mariage de convenance, les deux époux étant homosexuels. Cette union a donné en tout cas naissance à la fondation Singer-Polignac, créée en 1928 et toujours active, 43, avenue Georges Mandel.

132   La première chronique de Maurice Boissard dans La NRF est parue dans le numéro du premier octobre 1925 : « Je vais donc retourner au théâtre. Les mêmes auteurs occupent la scène. Les pièces qu’on joue sont toujours les mêmes. Les acteurs aussi n’ont pas changé, ou si quelques-uns sont nouveaux, ils ressemblent aux précédents qu’ils imitent… »

133   La dernière lettre de PL à PV date du 7 janvier 1907 à propos de la pauvre Madame Gatin, que PL a tenté de faire aider un temps.

134   Nouvelle revue, 15 août 1895, pages 742-770.

135   Le Centaure, « recueil trimestriel de littérature et d’art » avait cette particularité d’être une revue à rédaction « fermée ». Les fondateurs étaient Jean de Tinan (directeur gérant) Henri Albert (directeur de publication) André Lebey, et Pierre Louÿs. Les autres rédacteurs étaient Henri de Régnier, André-Ferdinand Hérold, Paul Valéry et André Gide. Elle n’a paru que sur deux volumes (et non numéros) datés de 1896 (134 et 160 pages). La Soirée avec Monsieur Teste, signé des deux seules initiales P.V. est parue dans le second volume, pages 33-44.

136   Dont une lettre datée vraisemblablement de début octobre 1902 suite à la publication de la deuxième partie du Petit Ami dans le Mercure de France qui a entraîné la réponse de Paul Léautaud du sept octobre que nous avons lue dans la première partie de cette série.

137   Julien-Pierre Monod (1879-1963), banquier. Dans une note de son ouvrage Valéry, Tenter de vivre (Flammarion 2014) au chapitre « L’âme désolée et l’esprit en ruines », Benoît Peeters écrit : « Homme d’affaires et collectionneur, grand-père de Jean-Luc Godard, Julien Monod soutient Valéry de multiples manières depuis la fin des années vingt : il trie les sollicitations, organise les tournées de conférence et aide l’écrivain à gérer ses finances. » Voir également Les Nouvelles littéraires du 6 aout 1927, en une : « Le musée Valéry ».

138   C’est Adrienne Monnier qui avait fait cette offre à PL, qui a refusé après hésitation. Adrienne Monnier (1892-1955), libraire, éditrice, écrivain et poète, a installé sa libraire rue de l’Odéon en 1915. On lira avec intérêt son livre de souvenirs Rue de l’Odéon, Albin Michel 1960, réédité en 1989.

139   L’Avenir, « journal quotidien de Paris » (puis hebdomadaire), paru de 1919 à 1936 1, rue des Italiens puis 19, rue du Quatre-septembre. Directeur-rédacteur en chef : Émile Buré.

140   Ce texte est reproduit en annexe I avant les notes.

141   Paul Valéry, Eupalinos ou L’architecte, œuvre de commande, dialogue entre Phèdre et Socrate pour servir de préface au recueil Architectures publié sous la direction de Louis Süe et André Mare en 1921, 92 pages.

142   Il est prévu que la mairie de Paris pose une plaque sur l’immeuble du sept rue de l’Odéon au printemps 2021.

143   Dans les éditions de 1900 et 1908 des Poètes d’aujourd’hui, Paul Valéry bénéficiait, sur huit pages, d’une notice d’une page et demie et de six poèmes. Paul Valéry n’étant pas du tout connu dans ces premiers temps, ce n’est que sur l’insistance de Pierre Louÿs qu’il a pu y figurer (voir au 17 février 1927). Dans l’édition de 1930 la notice compte six pages (avec pour la première fois une date de naissance exacte) dont une importante bibliographie et neuf poèmes répartis sur douze pages.

144   Auteur à succès, Georges Duhamel ne sera élu à l’Académie française que dans neuf ans, en novembre 1935.

145   Henri Béraud (1885-1958), avait bien commencé mais il a très mal fini. Journaliste aux premiers temps du Canard enchaîné, ami de Paul Vaillant-Couturier, de Roland Dorgelès et d’Albert Londres, il collaborait aussi au Crapouillot de Jean Galtier-Boissière. En 1922, Henri Béraud a reçu le prix Goncourt pour son Martyre de l’obèse chez Albin Michel (244 pages). L’affaire Stavisky le trouble et en février 1934 il écrit dans Le Canard enchaîné un article favorable aux manifestants d’extrême droite du six février, ce qui lui vaut son éviction du journal satirique plutôt à gauche. C’est le début de la dérive d’Henri Béraud vers l’antisémitisme, puis la droite puis enfin l’extrême droite à l’entrée de la guerre. À la Libération Béraud a été condamné à mort aux derniers jours de 1944 mais a été gracié par Charles de Gaulle. Atteint d’hémiplégie en prison, Béraud a été libéré en 1950 et est mort en 1958.

146   Il a fallu vingt tours de scrutin à Georges de Porto-Riche pour être élu à l’Académie française, le 24 mai 1923. Extrait de la notice le concernant : « Son poste de bibliothécaire à la Mazarine avait fait de Porto-Riche un familier du quai Conti et des académiciens qui l’admirent parmi eux, à 75 ans. Mais son élection fut, aux dires du duc de Castries, l’une des plus mauvaises que connût l’Académie. En effet, s’étant contenté de survoler l’œuvre de son prédécesseur [Ernest Lavisse], auquel il n’avait consacré que quelques lignes dans son discours de réception, Georges Porto-Riche se vit enjoindre par l’Académie, lors de la lecture en commission, de revoir sa copie. Loin d’obtempérer, il ne voulut jamais modifier son discours, et il devait mourir sept ans après son élection, sans avoir été reçu officiellement. » Mais bien que non-reçu, Georges de Porto-Riche est tout de même reconnu comme académicien, puisque élu et titulaire du fauteuil numéro six. Georges de Porto-Riche a été remplacé par Pierre Benoit. Comme l’hommage à Ernest Lavisse n’avait pas été prononcé par son successeur, Pierre Benoit dût prononcer les deux hommages.

147   Eugène Brieux (1858-1932), journaliste, puis auteur dramatique surtout connu pour sa pièce Les Avariés en 1901. Interdite en France parce que traitant des syphilitiques, la pièce, après avoir été jouée en Belgique, en Suisse et en Hollande, a fini par être montée au théâtre Antoine en février 1905.

148   Paul Valéry n’habite pas beaucoup plus au sud de Paris qu’Eugène Brieux et ce Là-haut peut être compris par rapport à la rue de Condé, où il se trouve en prononçant ces mots. « Habiter par là-haut », pour un Parisien du centre, implique les arrondissements situés au nord des Grands-boulevards. En effet la rue Frochot commence rue Victor-Macé, lieu d’activité de nombre de voyous des romans de Georges Simenon et finit juste à la place Pigalle et ses établissements…

149   La Villa Frochot évoquée par Paul Valéry est en fait une voie privée, l’Avenue Frochot, lieu particulièrement privilégié et hors de prix où se trouvent plusieurs maisons individuelles. Il existe à Paris une centaine de lieux comparables dont le plus connu est la villa Montmorency dont on a beaucoup parlé il y a quelques années à propos d’un président de la République particulièrement fantasque. À l’entrée de cette avenue Frochot se trouve de nos jours la Villa Frochot, un ancien cabaret transformé en lieu d’événements privés.

150   Ferdinand Foch (1851-1929), général en 1907, maréchal de France le six août 1918, membre de l’Académie des sciences le 11 novembre, élu à l’Académie française le 21 novembre à l’unanimité des 23 votants. Ferdinand Foch a été reçu par Raymond Poincaré le 5 février 1920.

151   Journal littéraire au 26 octobre 1929 : « [Georges Duhamel] me dit : “Et sa visite au Maréchal Foch ? Vous ne la connaissez peut-être pas. Foch l’écoute pendant un moment, puis se lève : Je vois ce que c’est : l’aile gauche faiblit, le centre avance, nous sommes à l’aile droite, nous faisons un mouvement tournant et nous les enveloppons. C’est gagné d’avance ; en faisant des bras tous les mouvements comme s’il se trouvait sur le terrain. »

152   Tableaux de Paris, textes inédits de Paul Valéry, Roger Allard, Francis Carco, Colette, Jean Cocteau, Tristan Derème, Raymond Escholier, Georges Duhamel, Jean Giraudoux, Max Jacob, Edmond Jaloux, Jacques de Lacretelle, Valery Larbaud, Paul Morand, Pierre Mac Orland, André Salmon, Charles Vildrac, Jean-Louis Vaudoyer, André Warnod, André Suarès (Émile Paul 1927, 260 pages). Achevé d’imprimer du dix juin 1927. Une vingtaine d’illustrations.

153   La seconde femme de Pierre Louÿs (après Louise de Heredia), épousée en octobre 1923 était Aline Steenackers (1895-1979).

154   Comme le numéro du premier décembre 1925.

155   Rhumbs (Notes et autres), Les soirées du Divan, 1926, 158 pages. En 1934 paraîtra Autres rhumbs, chez Gallimard (265 pages). La ligne de rhumb est la courbe décrite par un navire lorsqu’il coupe tous les méridiens sous le même angle. Valéry parlait ainsi d’un écart constant de son esprit. Ce texte est de nos jours rassemblé avec d’autres dans Tel quel.

156   Ce voyage (de juillet 1926 à mai 1927) donnera Voyage au Congo (Gallimard 1927, 249 pages) et Le Retour du Tchad, Gallimard, avril 1928, 252 pages.

157   Comme on peut s’en douter, Paul Valéry connaîtra l’affaire assez rapidement. Voir au 17 janvier 1928.

158   Paul-Cyprien Redonnel (1860-1935), poète, écrivain et créateur de revues, défenseur très actif de la culture occitane et du régionalisme. Secrétaire du sénateur Jules Simon, puis de Léon Deschamps, Paul Redonnel a participé activement à la création de La Plume (1889), revue à laquelle il a été attaché jusqu’à la fin du siècle. Il a ensuite créé plusieurs revues, occitanes ou occultistes, avec des succès divers. Paul Redonnel est actuellement employé du Mercure, à l’incitation de Guy-Charles Cros (voir au 4 novembre 1927). Voir sa chronique nécrologique dans les « Échos » du Mercure du 15 mars 1930.

159   Robert de La Motte Ango de Flers, marquis de La Motte-Lézeau, comte de Flers (1872-1927), dreyfusard dans sa jeunesse, auteur dramatique à succès, Robert de Flers est connu pour nombre de pièces à succès, dont L’Habit vert (1913), critique mordante de l’Académie française où il a néanmoins été élu en 1920. L’année suivante, Robert de Flers devint directeur littéraire du Figaro.

160   Ce texte de Yocarinis est paru sur toute une colonne de une des Nouvelles littéraires du six août 1927 entre un article sur la mort de Robert de Flers et des extraits du Voyage à Moscou de Georges Duhamel. Il est reproduit en annexe II, avant les notes.

161   Née Marie Françoise Alexandrine Grassi en 1831, Madame Valéry mère est morte le 18 mai dernier, soit 55 jours avant le mariage d’Agathe.

162   Tabac dont une partie au moins provenait de cet état américain. Nécessiterait une capitale initiale. Il s’agissait alors de « Gauloises Maryland », apparues en 1910.

163   Imprimé sur papier de Hollande, qui est un papier de luxe.

164   Commerce, revue trimestrielle fondée en 1924 par Paul Valéry, Léon-Paul Fargue et Valery Larbaud. Cette revue a publié vingt-neuf numéros entre 1924 et 1932. Les Classiques Garnier ont réuni les numéros de cette revue en un volume de 800 pages en 2012.

165   Oui : 1er avril 1908.

166   Ancienne graphie du nom de la ville de Sète jusqu’à cette année 1927.

167   Adolphe van Bever est mort il y a un an, le sept janvier 1927.

168   Simon Kra, 6, rue Blanche. À partir de 1924 et pendant les années suivantes, Simon Kra a été le principal éditeur des surréalistes. Simon Kra fondera les éditions du Sagittaire avec son fils Lucien.

169   Texte signé de Marcel Espiau paru en une de L’Avenir daté du huit juin 1926, réédité pour la première fois ici.

170   À l’évidence, le début de ce texte a été raccourci de façon un peu rapide, vraisemblablement au « marbre », l’article précédent traitant d’un tout autre sujet (la revalorisation monétaire).

171   Philippe de Montesquiou-Fezensac (1843-1913), sénateur conservateur-monarchiste du Gers en 1887, battu en 1897.

172   Texte signé N. Yocarinis paru en une des Nouvelles littéraires du six août 1927. Il s’agit ici de la première réédition de ce texte depuis 1917.

173   La Conque est une revue bimensuelle fondée par Pierre Louÿs parue le 15 mars 1891, sur une douzaine de numéros. « Ma revue aura douze numéros successifs, durant douze mois, à partir du 1er février. / Elle donnera chaque fois huit pages de vers : pas une ligne de prose. Elle ne se vendra pas. Ceci est surtout fait pour me plaire. Mais afin d’éviter l’accusation de poète amateur, elle ne sera pas complètement hors commerce : Le numéro coûtera dix francs. L’abonnement cent francs. Si quelque vieux toqué, amateur de revues rares, souscrit à ces conditions, je ne me plaindrais pas. Mais je la fais imprimer uniquement en service à mes amis ou aux amis, ainsi qu’aux poètes vrais. Cent exemplaires suffiront. / Elle s’appellera La Conque. » Lettre de Pierre Louÿs à Paul Valéry datée du 13 juin 1891.