À la Comédie-Française

Bien que rédigé et publié dans le cadre d’une chronique littéraire, ce texte peut être considéré comme la première chronique dramatique de Paul Léautaud, qui signe ici pour la première fois de son pseudonyme de Maurice Boissard, et dont on retrouve (ou découvre) ici le mordant. Cette chronique est parue dans le numéro 183 du 1er février 1905 du Mercure de France, soit deux ans et demi avant la « vraie » première chronique dramatique d’octobre 1907.

À la Comédie-Française

Il a paru[1], il y a quelques mois, un petit ouvrage sur la Comédie-Française, dû à M. Maximin Roll[2], ancien claqueur et figurant à ce théâtre[3]. J’ai tout de suite eu envie de le lire. J’ai été pendant longtemps un familier de la Grande Maison et j’y ai passé bien des soirées, dans les couloirs, au foyer des artistes, quelquefois même sur la scène, derrière un portant[4]. J’ai connu la belle époque du théâtre, j’ai causé quelquefois sur le ton le plus amical avec quelques-uns des grands artistes qu’il comptait alors. J’ai vu aussi à leurs débuts ceux qui ont aujourd’hui une certaine réputation, j’ai été lié avec eux comme avec les premiers, mieux peut-être, moins de prestige nous séparant, et curieux de ma nature, j’ai beaucoup vu et retenu, sans jamais en avoir l’air. Puis, l’âge est venu, et les rhumatismes[5], qui m’ont donné un autre fauteuil moins agréable, certes, que celui que j’occupais si souvent à l’orchestre, durant toutes ces soirées que je viens d’évoquer pour moi en quelques lignes. Je n’ai plus, pour me les rappeler, que mes souvenirs, mais si vifs, qu’une toilette que je revois, une intonation de voix restée dans mon oreille, ou les premières notes de la musique de certaines pièces, suffisent à me reporter à tel ou tel spectacle d’il y a dix ou vingt ans, comme s’il était d’hier. Pour toutes ces raisons, rien de ce qui concerne la Comédie ne saurait m’être indifférent et le petit livre de M. Roll ne pouvait avoir un meilleur lecteur. La preuve, c’est qu’après l’avoir lu, j’ai voulu dicter[6] ceci pour conserver mon impression.

Il faut bien le dire, j’ai été un peu déçu. En raison des anciennes fonctions de M. Roll, je m’attendais à trouver dans son ouvrage autrement de piquant. Les anecdotes ne manquent pas sur les illustres sociétaires, ni les « mots » avec lesquels on pourrait composer sur eux un sottisier fort amusant. Or, les Souvenirs d’un Claqueur et d’un Figurant sont bien loin de cela. Sans quelques reproductions de vieilles photographies d’artistes, comme celles qu’on voit à côté de chez moi, à l’entrée de la papeterie qui fait l’angle des rues Laffitte et Châteaudun[7], et qui m’ont rappelé de bons vieux amis, j’aurais été presque fâché. Les jeux de scène de tel ou tel artiste dans telle ou telle pièce, la façon de faire les annonces au public de tel ou tel sociétaire, ce qui fait le bon comédien et ce qui manque au mauvais, en même temps que des détails sur l’organisation de la claque et de la figuration, voilà tout ce dont s’occupe M. Roll, qui ne craint pas en outre de reprendre pour son compte des critiques cent fois lues sur la littérature de M. Claretie[8] et sur les pièces du répertoire qu’on joue ou qu’on ne joue pas. Quant aux indiscrétions vraiment indiscrètes, aux observations malicieuses dont un ouvrage comme le sien devrait être plein, à peine deux ou trois mots, et seulement sur des morts ou des oubliés, ce qui en ôte tout l’intérêt. Je sais bien que le petit livre de M. Roll n’est pour lui qu’une entrée en matières et, qu’il nous promet d’autres petites « plaquettes », comme il dit, pour lesquelles les documents, à l’en croire, ne lui manquent point. Tout le monde, aussi, n’a pas mes raisons pour être difficile, et mes critiques, je le reconnais, n’ont qu’une portée très relative. Mais mon avis reste le même. Si les documents dont nous parle M. Roll sont vraiment intéressants, j’entends par là s’ils ont de quoi nous amuser aux dépens de gens que nous voyons tous les jours, il aurait bien dû commencer à les utiliser dans sa première plaquette. Elle eût mis davantage en goût les curieux, sans cesser d’intéresser les profanes, et les précautions de style qu’il prend dans sa préface pour assurer qu’il n’a de haine contre personne, à moins qu’elles soient de l’ironie en eussent paru moins inutiles.

Je me demande, du reste, si M. Roll ira jamais bien loin dans ses indiscrétions, si tant est qu’il ait de quoi être indiscret dans le sens piquant du mot. La grande admiration qu’il a pour la Maison de Molière l’arrêtera toujours au bon moment, cela se sent à son début. Il faut avoir l’esprit libre pour être homme d’esprit, et l’on raille mal ce qu’on aime trop. Il y a une vingtaine d’années, une telle admiration pouvait encore se soutenir, quoiqu’on ait toujours joué, rue Richelieu, d’une façon bien conventionnelle. Je n’ai jamais cru, comme le bénévole M. Roll, au grand talent d’un Maubant[9] ou d’un Got. Le premier n’était guère qu’une « utilité », et, quant .au second, toujours pareil quoi qu’il jouât, son talent consistait surtout dans une sorte de tremblement des mains et un « ah ! ah ! » sénile qu’il se mettait à avoir à certains endroits de tous ses rôles. On avait fini par trouver cela admirable, et la salle, sur l’invitation d’une claque bien stylée, M. Roll doit en savoir quelque chose, éclatait chaque fois en bravos. Le gniouf-gniouf de l’acteur Dupuis, aux Variétés[10], avait tout autant de prix, et l’opinion de M. Coquelin aîné, que, les qualités d’un comédien se résument souvent dans un hon petit défaut ou un tic quelconque, n’a jamais trouvé un meilleur exemple. Mais il y avait alors à la Comédie un Fèbvre, un Coquelin aîné, un Delaunay, — pourtant bien agaçant, quelquefois, avec ses petits airs de flûte, — un Worms, un Barré, un Garraud, un Thiron, et du côté des femmes, une Croizette, une Madeleine Brohan, une Jouassain. Ceux-là comptaient, et s’ils avaient les défauts de la Maison, ils en avaient aussi les qualités. Tandis qu’aujourd’hui ! Tous les gens de talent sont ailleurs, M. Guitry, M. Tarride, M. Guy, etc., et quand on a nommé M. Mounet-Sully, M. Le Bargy, M. Leloir, et M. Mayer, on est bien près d’en avoir fini. Encore y a-t-il bien des réserves à faire en ce qui concerne M. Mounet-Sully, qui n’est tout à fait remarquable que dans deux ou trois rôles. Quant au rôle d’Hamlet, dans lequel tant de gens le trouvent admirable, il a beau y mettre toute son âme, comme l’on dit dans les journaux, il n’y a jamais rien compris. Il n’y a pas à prétexter l’Hamlet versifié et arrangé qu’on joue à la Comédie ; si les passages les plus légendaires s’y trouvent faussés pour les besoins de la versification, le caractère du héros y demeure le même. Pas plus à prêter à M. Mounet-Sully l’argument — détestable — qui consiste à dire que si l’on jouait Hamlet comme il doit être joué cela assommerait le public français ; il est bien trop au-dessous, ou au-dessus, comme on voudra, de ces subtilités. Il joue comme il sent, comme il voit, et avoir fait d’Hamlet, comme lui, tour à tour un Roméo roucoulant et prenant des poses d’Adonis, et un furieux rugissant à pleine gorge, c’est plutôt une trouvaille. Pauvre cher prince, se voir ainsi travesti ![11] Il avait décidément raison d’être pessimiste. Je me rappelle ses paroles, justement au sujet des comédiens. « Rien ne me blesse l’âme comme d’entendre un Stentor[12] en perruque, aux robustes poumons, déchirer une passion en éclats, qu’il vomit aux oreilles d’un parterre ignare et grondant, dont la plupart ne veulent que du bruit, et ne sont capables de sentir autre chose que des pantomimes ridicules et inexplicables. » Pourrait-il mieux dire s’il voyait aujourd’hui son interprète ? Cependant, M. Mounet-Sully passe pour l’Hamlet rêvé. Un critique dramatique a même eu l’idée, il y a quelques années, à propos d’une reprise de la pièce, de lui offrir un banquet pour célébrer « Mounet-Hamlet », comme il disait. Ni l’un ni l’autre n’ont jamais songé au certain côté d’humour qu’il y a dans le rôle d’Hamlet, ni combien le tragique, au théâtre, serait plus humain si l’on y mêlait un certain comique à peine sensible, une légère ironie, rien que dans le débit, par exemple. D’ailleurs, si l’intelligence n’est pas son fort, rien d’excessif non plus comme culture, M. Mounet-Sully. Il n’est pas besoin de le connaitre pour en juger. On le verra tout à l’heure par un mot de lui au sujet d’Hamlet. Le grand tragédien est comme les gens qui vont au Louvre et qui s’imaginent que tous les tableaux sont de peintres français ; l’idée qu’Hamlet peut être de Shakespeare dépasse ses moyens. On peut le voir aussi aux pièces de vers qu’il récite à droite et à gauche, dans diverses circonstances : Océano Nox[13], La Ballade du Désespéré[14], Les Pauvres gens[15] ; il ne connaît pas autre chose. Il faut lui reconnaître une supériorité, pourtant. C’est cette capacité de cabotinage qui fait de lui le cabot-type, avec des allures de penseur[16] désintéressé et éperdu d’idéal. Là, M. Mounet-Sully est vraiment un grand artiste. Mieux qu’aucun de ses collègues, il montre à quel point l’idée du public peut rendre à la ville un comédien ridicule. M. Laugier lui-même[17], si parfait sous ce rapport, n’est rien à côté de lui. Il faut avoir vu M. Mounet-Sully prendre un fiacre. Les marches du palais d’Œdipe[18], au cinquième acte, ne sont rien à côté du trottoir à descendre et du marchepied de la voiture à franchir. On dirait qu’il a 1500 personnes qui le regardent, et il doit sûrement s’étonner de ne pas entendre de bravos. Quoi qu’il fasse, toujours le comédien, que dis-je ! le tragédien paraît. Un de mes amis le voyait encore dernièrement, un soir, dans la boutique de Flammarion, à côté de l’Odéon, feuilletant un album de gravures. Il était dix heures passées. La rue était déserte, et il n’y avait personne dans la boutique, qu’on était en train de fermer, que la vieille caissière. Il posait quand même, le jarret tendu, l’index sur le front, les cheveux arrangés, les yeux hagards, hamlétique et Œdipien tout à la fois, comme s’il eût eu devant lui toute une salle de première. On se rappelle Delobelle[19], soupant de trois-quarts, seul dans sa mansarde.

Viennent ensuite MM. Paul Mounet, Albert Lambert, Silvain et de Féraudy[20] ; on peut s’arrêter là, je pense. Sont-ils vraiment si remarquables comme talent ? Ce n’est pas mon avis, même sans parler des qualités indispensables qui leur manquent, comme à tous les gens de la Maison : le naturel, l’aisance, la fantaisie. On connaît M. Paul Mounet. Dans la tragédie et les pièces d’Hugo, il a son utilité, pour les gens qui aiment le bruit. Mais quel feu sacré excessif, d’aucuns disent même quel manque de tenue ! Il apporte quelquefois sur la scène une telle ardeur, une telle ivresse… d’art[21], qu’il en joue tout de travers. M. Albert Lambert, qui ferait sourire sur une scène du boulevard par son romanesque démodé, se signale surtout par un sens très adroit des postiches, à la ville comme au théâtre. M. de Féraudy tient de son parent, M. Got, le bon petit défaut, le tic bien employé, qui tiennent si facilement lieu de talent ; sa réputation actuelle le prouve encore une fois. Reste M. Silvain. On ne peut, en bonne justice, lui dénier une vulgarité et un manque de diversité rares à ce degré. Il passe, je sais bien, pour un véritable artiste, désintéressé, aimant l’art pour l’art, toujours dans les nuages, — il a une façon comique, quand on l’aborde, d’avoir l’air de vous apercevoir soudain, et de s’exclamer, alors qu’il y a une heure qu’on est devant lui. Il n’a pourtant pas son pareil pour s’inquiéter de la recette, les soirs qu’il est au théâtre, n’ayant de cesse qu’on lui en ait enfin apporté le chiffre. Quel frottement de mains, si elle est bonne, quel air important ! On devrait bien lui confier les « financiers ». Avec cela, quelle camaraderie ! Je me rappelle un soir qu’on jouait Œdipe-Roi[22]. J’étais dans la coulisse. Mounet-Sully était en scène. Silvain me voit, vient à moi, me montre son camarade en train de jouer : « Non, voyons, me dit-il, est-il possible d’être plus ridicule ? » J’ai pensé ce soir-là que ce devait être lui qui avait donné à M. Mounet-Sully son surnom de rugisseur de la Comédie-Française. Quant aux femmes, aucune non plus qui soit supérieure à telle ou telle actrice du boulevard, au contraire. D’ailleurs, quand il y a par hasard une femme intéressante, une artiste intelligente, personnelle et un peu goûtée du public, tout est mis en œuvre pour la faire partir. On ne sait pas ce qu’est la Comédie pour les indépendants, pour les timides novateurs : un enfer de perfidies. Mmes Brandès[23], Moréno et Lerou en ont fait l’expérience. Il y a Mme Bartet, me dira-t-on. Je serais désolé de déplaire le moins du monde à Mme Bartet, qui est bien la femme la plus charmante qui soit. Je ne puis cependant travestir mon opinion à son sujet. Il lui manque, pour être vraiment une grande artiste, d’avoir su se défaire de tout ce qu’elle a de bourgeois et d’étriqué. Ce n’est rien, je sais bien, et cependant… Jamais elle ne donne d’autre impression, sur la scène, que celle d’une femme distinguée, qui sait bien parler. Des moyens faibles, du reste. Il y a sur elle un mot de Mme Sarah Bernhardt tout à fait juste : Elle a le talent court.

Il faut surtout dire qu’il y avait alors à la Comédie une autre direction, un véritable administrateur, j’ai nommé M. Émile Perrin[24]. Quelle différence avec ce mou et fuyant M. Claretie ! Celui-là ne cherchait pas à se concilier la bienveillance des sociétaires en écrivant sur eux des articles platement élogieux[25], et s’il avait désiré en parler, il aurait tout au moins attendu de n’être plus en fonction. Sans aucun éclat, uniquement préoccupé de son théâtre, et non de plaire à tout le monde par des complaisances nuisibles à la Maison, il savait maintenir chacun à son rang et obtenir de tous ce qui était nécessaire. Je me rappelle une certaine répétition de La Parisienne, de Becque[26], je crois. C’était quelques jours avant la répétition générale. M. Le Bargy déclara soudain qu’il rendait son rôle. Naturellement, grand émoi de l’auteur, qui voit sa pièce arrêtée, tout à recommencer. Il en informe M. Perrin, assis dans le Guignol placé derrière le souffleur. M. Perrin l’écoute, avec cet air un peu en bois qu’il avait, se lève de sa chaise : « Ce n’est rien, dit-il, je vais arranger cela », et s’en allant vers le fond du théâtre : « M. Le Bargy, voulez-vous venir une minute, j’ai un mot à vous dire. » Cinq minutes après, tous deux revenaient sur le théâtre. « M. Le Bargy garde son rôle », disait de sa voix mince M. Perrin à l’auteur. Aujourd’hui, c’est M. Le Bargy qui l’emporterait sur M. Claretie, Guimauve le Conquérant, comme l’appellent entre elles ces dames sociétaires.

D’ailleurs, pourquoi ces messieurs se soucieraient-ils des auteurs ? Ne sont-ils pas auteurs eux-mêmes ? M. de Féraudy écrit des romances ct des polissonneries pour petits théâtres. M. Silvaiu fait des vers sur n’importe quoi, sans arriver pour cela à en réussir un seul. M. Jules Truffier rime de petites choses : Dimanches et Fêtes, qui ne font pas regretter qu’il ait négligé les semaines. M. Georges Berr écrit des comédies, des vaudevilles, des opérettes à grand spectacle, et probablement aussi des poèmes élégiaques. M. Leloir travaille, mal, pour l’Ambigu, et M. Esquier, guère mieux, pour les théâtres suburbains. Jusqu’à M. Mounet-Sully qui, non content de sculpter, mais oui ! écrit on ne sait quels drames noirs et vociférants, et s’abouche, pour ce faire, avec des librettistes d’opéras. Tous enfin, non contents de tripatouiller les pièces qu’ils jouent, font de leur mieux de la littérature. Alors, c’est simple. Un auteur, c’est un confrère. On lui donne des conseils, on lui indique des changements, on coupe, on ajoute, on collabore enfin. Il arrive bien, de très rares fois, que l’auteur se rebiffe et qu’il faut l’écouter. On se rattrape alors avec les morts. Les morts, voilà des gens commodes et qui souffrent les observations. Allez voir jouer du Molière ou du Beaumarchais, quelquefois ; ce n’est plus du Molière ou du Beaumarchais, c’est du Coquelin cadet. Il y a quelques années, on reprit Montjoie[27]. Les répétitions furent bien amusantes. À chaque scène, M. de Féraudy refaisait le texte, le déclamait devant ses camarades qui lui en faisaient la critique. Le plus drôle, c’est qu’il conservait justement les passages les plus rococos, ce qui amusait fort M. Le Bargy, qui est, comme on sait, la seule intelligence de la Maison. À la représentation, ce qui restait d’Octave Feuillet n’était pas lourd. Jusqu’où de telles pratiques iront-elles et la littérature de ces messieurs, on l’ignore,  quoique pour leur littérature on soit déjà fixé : elle ne va pas loin. Il paraît cependant que M. Claretie se préoccupe de remédier à cet état de choses. Il se proposerait dans cette vue de monter lui-même sur la scène. Il jouerait d’abord Tartufe, Le Menteur et Les Fourberies de Scapin, rôles qui lui sont familiers. On verrait ensuite. Mais on assure déjà qu’après avoir vu de mauvais comédiens être de si mauvais auteurs, on verrait un mauvais auteur être un parfait comédien.

Tout a bien changé, du reste, à la Comédie-Française, ces dernières années. Les lieux eux-mêmes ne sont plus tout à fait ceux que j’ai connus dans les beaux jours du théâtre. Depuis l’incendie de 1900([28]), les réparations effectuées à l’intérieur du monument, au lieu de conserver le cadre ancien, si plein de caractère, ont tout bouleversé([29])[30]. Je me rappelle le couloir qui menait du foyer du public à la scène et au foyer des artistes, avec son magasin d’accessoires plein d’objets les plus divers, et le petit bureau du garçon des accessoires, bien amusant aussi. Quelques années auparavant, on l’avait bien un peu modifié déjà ; le cabinet d’accessoires si curieux avait été relégué à l’étage au-dessus, mais le couloir avait subsisté, avec ses banquettes de velours rouge d’un rococo pas laid, ses vieux tableaux médiocres dans des cadres charmants, ses bustes jaunis, toute sa patine délicieuse. Que de gens célèbres avaient défilé dans ce couloir, que de grands auteurs, des soirs de premières, avaient reçu là, tout près du petit escalier qui conduisait à la scène et qu’on a changé de place aussi, les premiers compliments sur leur ouvrage ; que de propos s’y étaient·tenus, et de toutes sortes, depuis les plus galants jusqu’aux plus graves. Couloir où j’avais tant flâné, gens que j’avais coudoyés, propos auxquels j’avais pris ma part ou dont j’avais entendu quelques uns. Ah ! mes souvenirs, mes souvenirs, comme on s’est peu soucié de vous ! Maintenant, tout cela a disparu. À la place du vieux couloir plein de caractère, il n’y a plus qu’un petit corridor irrégulier, étroit et court, encore enlaidi par la cage d’un ascenseur et les énormes conduites d’une bouche d’eau pour l’incendie. Les vieilles peintures ont été reléguées je ne sais où, rejoignant probablement dans un comble les éléments pittoresques de l’ancien cabinet d’accessoires. Bien d’autres parties du théâtre ont été modifiées Sans rien d’heureux, le bureau du secrétaire général, le bureau du régisseur, celui des souffleurs et celui de l’archiviste. Le mobilier aussi a été changé, et le foyer des artistes, si beau autrefois, ressemble maintenant aux salles d’exposition de mobiliers des magasins de nouveautés. Plus rien de familier, plus rien qui rappelle le passé. Tout est peint d’hier, tout est froid, tout a l’aspect du neuf, sauf les comédiens, hélas. ! qui sont toujours vieux, même les jeunes. L’air de la Maison, sans doute. Il faut bien rendre en effet cette justice à la Comédie qu’on y trouve au moins une chose tout à fait admirable : la tradition. Elle y est si bien observée, tout le monde lui est si fidèle, qu’on peut toujours dire de ces messieurs et de ces dames ce qu’en disait au XVIIIe siècle Caylus[31] dans ses Mémoires de L’Académie des Colporteurs, quand il les comparait à « un certain nombre de bûches en coiffures ou en perruques », ou ce qu’en disait plus près de nous Stendhal, dans les Mémoires d’un touriste : « Les acteurs des Français, quand ils marchent sur les planches, me font l’effet de gens de fort bonne compagnie et de manières très distinguées, mais que le hasard a entièrement privés d’esprit. » Encore pourrait-on, pour beaucoup, retrancher la « bonne compagnie » et les « manières très distinguées ».

Il n’est pas jusqu’au renom de bonne tenue et de sérieux de la Comédie qui ne s’en aille un peu plus chaque jour. C’est maintenant un théâtre à petites femmes, tout comme au boulevard. Ou y voyait bien autrefois, les unes après les autres, les femmes d’Alexandre Dumas fils, mais an moins avaient-elles le mérite d’être toutes d’admirables créatures. Aujourd’hui, chaque sociétaire fait engager sa bonne amie, qui souvent n’est pas même jolie. Je pourrais citer des initiales de couples, si je voulais, mais à quoi bon troubler les ménages légitimes ? Ces messieurs ont voulu avoir un « tendre ménage » au théâtre, voilà tout. II est seulement dommage que ce soit le public qui en supporte les désagréments, en voyant à la place d’actrices de talent de jeunes personnes qui en sont tout à fait privées. Il n’y a, sous ce rapport des femmes, que ce bon M. CIaretie qui soit sérieux. Il est vrai qu’il règne à l’intérieur, comme en témoigna le petit nom que lui ont donné ces dames et que j’ai rappelé plus haut. Il est aussi plus pratique. On racontait beaucoup, il y a quelque temps aux Beaux-Arts, cette anecdote. Un grand éditeur parisien désirait faire engager sa maîtresse dans un de nos théâtres subventionnés. Il pressentit dans cette vue l’administrateur de ce théâtre, lequel se trouvait être en même temps son édité. « Je veux bien, lui répondit l’administrateur. Mais gentillesse pour gentillesse. Vous me ferez mes « œuvres complètes ». — La demoiselle a été engagée et les « œuvres complètes » sont commencées.

Mais je reviens à M. Roll, que j’ai un peu bien négligé depuis quelques pages. Je disais qu’il est à craindre que la grande admiration dont il témoigne pour la Comédie-Française lui permette jamais d’être bien indiscret. C’est dommage, surtout s’il a vraiment entendu et noté des choses intéressantes. Mais a-t-il beaucoup vu et entendu par lui-même ? Si j’en crois ce qui m’a été dit, qu’à son départ du théâtre il aurait sollicité les confidences de quelqu’un qu’il supposait renseigné, il doit plutôt savoir par ouï-dire, du moins pour une grande part. Quoi qu’il en soit, qu’il raconte ce qu’il sait. Il ne se vengera pas, puisque, hélas ! il est sans haine, mais il nous amusera peut-être, et ces messieurs de la Comédie nous le doivent bien, car, ainsi que me le disait un jour une femme d’esprit qui les connait : « Ce que ces gens-là jouent encore le mieux, ce sont Les Fâcheux, — à la ville. » Qu’il m’en croie aussi. Il n’est pas au monde de plaisir plus vif que d’écouter, même en cachette, de retenir et de raconter. La bonne foi, l’impartialité, dont il semble se soucier si fort, n’ont au contraire rien à y voir. Le parti-pris, la méchanceté, sont bien plus ce qui convient. Il est vrai qu’il y faut un grand talent, et un certain esprit, tant rien n’est difficile à raconter comme un « mot » sans l’affadir. Les « mots » sont nombreux et les Chamfort rares. Ce n’est pas pour M. Roll que je dis cela, c’est pour moi. Je voudrais en effet l’encourager, s’il me permet ce terme, en mettant à la suite de ces pages quelques notes prises au hasard dans mes souvenirs sur la Comédie. Je n’ai rien d’un homme de lettres et je n’aurais jamais pensé, sans son petit livre, à publier même ces fragments, écrits, comme le reste, pour ma distraction personnelle. Je prie qu’on en excuse au moins le décousu.

L’autre soir, au bas de l’escalier qui mène aux loges, Féraudy causait avec Rachel Boyer, ou Kalb, je n’ai pas bien vu en passant. Il parlait de son intention de s’en aller, mécontent de sa situation, manque de beaux rôles, etc. Sa camarade le réconfortait de son mieux : « Que veux-tu, finit-il par lui dire, moi, il faut que je fasse de l’art. Au fond, je suis un poète. Il faudrait que je puisse travailler, écrire, donner plus d’essor à ma pensée… » Et quel air penché ! — sur la rampe.

Un pharmacien de mes amis me disait : « Paul Mounet, ah ! oui, il est étonnant. — Vous l’avez vu jouer ? lui dis-je. — Moi, pas du tout ! Mais je l’ai vu souvent au café Voltaire, qui sautait le billard. Il est rudement fort. »[32].

On mettait en scène une pièce où l’on voyait les neuf muses, personnages muets, représentées par des figurantes. Le metteur en scène expliquait l’ordre des personnages. Il venait d’indiquer, au fond du théâtre, la place des neuf figurantes. « Neuf muses, dit M. Mounet-Sully d’un air songeur. Ça garnit bien peu, vous ne trouvez pas ?… Si nous en mettions une douzaine ? ».

Ce mot m’en a rappelé un autre, de ce pauvre Marais, quand il jouait au Gymnase, sous la direction Koning[33]. Marais était toujours très préoccupé de ses costumes. Pendant les répétitions de L’Abbé Constantin[34], je crois, où il devait paraître en officier, puis en costume de ville, il s’obstinait à réclamer, sans que personne y comprît rien ; un troisième costume. Arrivent les dernières répétitions. Marais insiste plus que jamais Koning, tout en lui assurant qu’il se trompe, se décide à examiner la question. Marais prend la brochure. « Tenez, dit-il. Au premier acte, je suis en officier. Bon ! Au deuxième, je suis en civil. Mais là, au troisième, vous voyez-bien : il entre en tapinois. Où est mon costume tapinois ? »

À la répétition générale de l’Hamlet de MM. Marcel Schwob et Morand[35], au Théâtre Sarah-Bernhardt., M. Mounel-Sully rencontra dans un couloir M. Marcel Schwob. « Ah ! lui dit-il, que c’est mal ! Nous avions un Hamlet français, vous avez fait un Hamlet anglais. »

Mademoiselle… quitte la Comédie. Elle faisait hier à M. Claretie sa visite d’adieux. « Alors lui dit-il, c’est définitif ? — Oh ! absolument, répondit-elle. — Comment ? Vous avez signé ? — Pas encore, mais j’ai donné ma parole. — Oh ! alors, répliqua vivement l’administrateur, tout peut s’arranger. »

Dans Une famille au temps de Luther[36], il fallait une Bible à M. Mounet-Sully. Il voulut à toutes forces en avoir une de l’époque. En vain M. Claretie lui objecta la difficulté à se procurer un tel livre et la dépense qui en résulterait. Après avoir couru tous les libraires, M. Claretie apporta enfin à une répétition le vieux bouquin désiré. Tout joyeux, il le tendit au tragédien. Celui-ci le prit, le regarda, le retourna, le flaira même, puis, le laissant retomber sur une table, devant J’administrateur anxieux : « Mais non, dit-il d’une voix chevrotante, mais non. À cette époque-la, c’était un livre neuf. »

J’aurai cinquante ans dans quelques mois[37]. Comme je suis encore sensible, pourtant ! J’étais hier soir à Phèdre. Mlle Moréno jouait Aricie. Avec quelle voix elle disait ce passage : « Reste du sang d’un roi, noble fils de la terre… » et cet autre : « Mes yeux alors, mes yeux n’avaient pas vu son fils… » Je pleurais presque en l’écoutant.

Il paraît que M. Mounet-Sully ne veut plus jouer Ruy Blas. « Un rôle de domestique ! » dit-il d’un air offusqué.Il me faut aussi rendre une justice à M. Roll. Son petit livre est parfaitement écrit, avec cette sorte d’esprit, si rare et si séduisante, où le regret se mélange doucement à l’oubli. Il y rapporte aussi sur son propre compte quelques anecdotes tout à fait jolies. Je n’en veux pour preuve que celle-ci, quand il était enfant. Un jour, il devait aller chez le dentiste. Naturellement, il y montrait peu d’empressement. « Veux-tu voir ce soir Croizette[38] ([39]) dans L’Aventurière ?… » lui dit sa maman. Le dentiste lui arracha deux dents. Rien qu’à ce seul trait, je crois deviner le petit garçon charmant que c’était là. Je m’en serais voulu de ne pas lui faire, de loin, un petit signe d’amitié.


[1]     Dans le Mercure du 1er février 1905. Journal littéraire daté du 9 septembre 1904 : « J’ai une Variété sur la Comédie-Française à faire pour le Mercure, à propos d’un petit livre de souvenirs d’un ancien claqueur et figurant, que j’ai moi-même connu autrefois. Ce travail m’assomme. »     
Journal littéraire au 8 novembre 1904 : « Je viens de finir d’améliorer un peu l’article sur la Comédie, remis au Mercure il y a quelques jours. Il y a du plaisir dans la méchanceté, décidément. Malgré mes difficultés à être content de ce que je fais, je me suis tout de même amusé en disant du mal de tous ces cabots que j’ai en grippe, rien que pour les avoir vus. »

[2]     Maximin Roll est le pseudonyme de Jean Raphanel, critique dramatique, a été auparavant l’auteur d’une Histoire anecdotique des théâtres de Paris (en 1896) et d’une Histoire au jour le jour de l’Opéra-comique (en 1898), sera rédacteur en chef de la Revue des comédiens.

[3]     Notes sur la Comédie-Française. Souvenirs d’un Claqueur et d’un Figurant. Paris, Aux bureaux du Magasin Pittoresque. Prix : 2 francs.

[4]     Firmin Léautaud (1834-1903), le père de Paul, comédien plus ou moins abouti, a été souffleur à la Comédie–Française de 1975 (PL avait trois ans) jusqu’à sa retraite en 1897.

[5]     Paul Léautaud, qui a juste 33 ans en rédigeant cette chronique de février 1905, souhaite établir, dans Maurice Boissard, le personnage d’un vieux monsieur. Il a même cherché dans les boîtes des bouquinistes, sans le trouver, un portrait d’homme âgé pouvant convenir au besoin.

[6]     Léautaud n’a jamais dicté à qui que ce soit, surtout à cette époque. Nous sommes toujours dans le personnage du vieux monsieur.

[7]     C’est dans sa jeunesse que PL habitait ce quartier mais depuis 1890 il a habité à plusieurs adresses de la rive gauche sans jamais la quitter, jusqu’à son départ pour Fontenay-aux-Roses en 1912.

[8]     Jules Claretie (1940-1913), collabore à de nombreux journaux sous plusieurs pseudonymes, notamment au Figaro et au Temps ; rédige la critique théâtrale à l’Opinion nationale, au Soir, à La Presse ; aborde un peu tous les genres de littérature ; comme historien, il écrit une Histoire de la Révolution de 1870-1871 ; comme romancier, Monsieur le Ministre, Le Million, Le Prince Zilah ; il est aussi conférencier et auteur dramatique ; président de la Société des Gens de Lettres, et de la Société des Auteurs dramatiques, il est administrateur du Théâtre-Français depuis 1885. Élu à l’Académie française le 26 janvier 1888. (Source : Académie Française).

[9]     Ce texte À la Comédie-Française provient ici d’un projet de publication de l’intégralité des 136 chroniques dramatiques de Maurice Boissard envisagé vers 2024 ou 2025. Comme on peut s’y attendre, le nombre de comédiens cités y est considérable (l’Index général représente plus de 1 500 noms). Leur attribuer à chacun une note biographique, aussi courte soit-elle serait un travail considérable que je ne souhaite pas entreprendre. Aussi, suf distraction, seuls les comédiens ayant réellement interféré avec les Léautaud père ou fils se verront attribuer une courte note. Cela dit, la contribution d’un chercheur spécialiste du sujet sera la bienvenue.

[10]    Peut-être (il y a de nombreux Dupuis) Joseph-Lambert dit « José » Dupuis (1833 à Liège-1900), comédien et chanteur belge.

[11]    « Pauvre cher prince, se voir ainsi travesti » : allusion vraisemblable à la comédie de Marivaux.

[12]    Stentor était crieur de l’armée des Grecs lors de la guerre de Troie.

[13]    Oceamo Nox : Victor Hugo 1840.

[14]    La Ballade du Désespéré : Henry Murger (1822-1861). « Qui frappe à ma porte à cette heure ? / — Ouvre, c’est moi. — Quel est ton nom ? /On n’entre pas dans ma demeure / À minuit ainsi, sans façon. » Vers 1860.

[15]    Les Pauvres gens : Hugo, encore, poème de La Légende des siècles (vers 1850), page 647 de l’édition Pléiade de 1950.

[16]    Penseur : Note de Léautaud : « Ce joli mot est à la mode, je crois ? »

[17]    Laugier : note de Léautaud : « “Qui n’a d’un aigle que la forme de son nez”, comme disent ses camarades. » Pierre Laugier (1864-1907), comédien, a intégré la Comédie-Française en 1885. Il est mort de la scarlatine, à l’âge de 42 ans.

[18]    Œdipe : Corneille 1659.

[19]    Delobelle : personnage de de comédien raté chez Daudet (Fromont jeune et Risler aîné).

[20]    Maurice de Féraudy (1859-1932), auteur dramatique et réalisateur, sociétaire de la Comédie-Française en 1887.

[21]    Allusion à l’intempérance de Paul Mounet.

[22]    Œdipe-Roi : il ne peut s’agir de la pièce de Cocteau, créée à l’été 1937 au théâtre Antoine. Il s’agit donc de la tragédie de Sophocle.

[23]    Journal littéraire au 18 mars 1898 : « Il y a, dans la voix de Mlle Brandès, des nuances, des sortes de déchirures délicieuses, qui éveillent en moi une grande tendresse. »

[24]    Émile Perrin (1814-1885), critique d’art et décorateur de théâtre. Émile Perrin a été directeur de l’Opéra-comique, de l’Opéra de Paris, qu’il a plusieurs années géré à son compte. Après la chute de l’Empire, il est nommé administrateur de la Comédie-Française jusqu’à sa mort en 1885, laissant ainsi place à la très longue carrière de Jules Claretie. Émile Perrin a aussi été Conseiller municipal de Paris.

[25]    Note de Léautaud : « Cf. Jules Claretie : Profils de théâtre. L’auteur a voulu être si aimable qu’il est tombé dans le discours mortuaire. »

[26]    La Parisienne a été créée le 7 février 1885 au théâtre de la Renaissance avant d’être reprise par la Comédie-Française le 11 novembre 1890 avec Suzanne Reichenberg (Clotilde), Charles Prudhhon (Lafont), Le Bargy (Simpson).

[27]    Ou Montjoye, comédie et cinq actes d’Octave Feuillet créée au Gymnase le 24 octobre 1863.

[28]    Le 8 mars, alors que les comédiens, dans leur loge pour la représentation de matinée de Zaïde, la jeune comédienne Jane Henriot y trouvera la mort.

[29]    Note de Léautaud : « Le jour de l’incendie, je passais au même moment place du Théâtre-Français. Je restai un moment à regarder les grandes flammes qui sortaient par les fenêtres du foyer du public et des loges. “Ces comédiens subventionnés ! me disais-je. Il n’y a vraiment qu’eux pour avoir de tels feux !” » Voir Journal littéraire au 8 mars 1900.

[30]    Suite à l’incendie, la salle est réduite à un orchestre et quatre balcons. Une allée centrale sera ajoutée dans l’orchestre, ce qui diminue le nombre de spectateurs à environ mille cent. La fosse d’orchestre est supprimée. Les dégagements sont agrandis et d’importantes mesures de lutte contre l’incendie sont prises. Des ascenseurs et des monte-charges sont installés.

[31]    Anne-Claude-Philippe de Tubières de Grimoard de Pestels de Lévis de Caylus, marquis d’Esternay, baron de Branzac, dit Anne-Claude de Pestels, ou le comte de Caylus (1692-1765), archéologue, antiquaire, homme de lettres et graveur.

[32]    Le café Voltaire ce trouvait, à cette époque, en haut de la rue Racine, près de l’Odéon. Les gens du Mercure y avaient leurs habitudes.

[33]    Victor Konig (1842-1894).

[34]    L’Abbé Constantin : adaptation au théâtre du roman de Ludovic Halévy par Pierre Decourcelle et Hector Crémieux en 1887.

[35]    Traduction de 1900, republiée chez Lebovici en 1986.

[36]    Tragédie en un acte de Casimir Delavigne représentée pour la première fois au Théâtre français le 12 avril 1836.

[37]    PL aura 33 ans dans 22 jours.

[38]    Marie Dormoy, dans son Introduction aux Lettres à ma mère, raconte la découverte de Croisette par un jeune Paul, âgé de trois ans, lors d’une des rares visites de sa mère : « On jouait Le Supplice d’une femme, d’Émile de Girardin. Mlle Croizette y tenait le principal rôle et Léautaud n’oublia jamais l’instant où il la vit, assise sur un canapé, tenant auprès d’elle une petite fille vêtue d’une belle robe blanche. Cette première vision du théâtre compta plus que la première rencontre avec sa mère. » [Sophie Alexandrine Croizette (1847-1901), sociétaire de la Comédie-Française de 1873 à 1882.]

[39]    Sophie Alexandrine Croizette (1847-1901), comédienne. 1er prix du conservatoire en 1869, Sophie Croisette intègre la Comédie-Française immédiatement. Elle devient sociétaire en 1873 et prend sa retraite en 1882, à 36 ans, pour épouser le banquier Jacques Stern.