Le Mercure de France (1890)

Les origines du mercure de France

À la fin du XIXe siècle, le foisonnement littéraire était immense. Il fut, jusqu’en 1914, très au-delà de ce qu’il est aujourd’hui, à un point que l’on ne peut plus imaginer. Cinquante fois, 200 fois… L’Annuaire de la presse de 1909 indique plus de 4 000 titres périodiques pour Paris et plus de 5 600 pour le reste de la France et des colonies, dont 333 dans le seul département du Nord. Les revues littéraires naissaient au rythme d’une par semaine avant de disparaître généralement dans l’année. C’était normal, c’était le temps et puis tout ça était vraiment sans importance.

La tradition mercurologue retient traditionnellement deux revues, sœurs aînées, présentant la particularité d’avoir l’une et l’autre accueilli les très jeunes futurs fondateurs du Mercure de France, ce qui n’exclut pas que ces jeunes hommes féconds n’aient pas écrit ailleurs, comme Gabriel-Albert Aurier[1] dans l’hebdomadaire de 1889 Le moderniste illustré (23 numéros) dont il était rédacteur en chef, avec sensiblement les mêmes auteurs.

Comme l’a écrit Gabriel Randon[2] (futur Jehan Rictus) dans La Butte (encore une revue de l’époque)[3] : « Un grand nombre de jeunes gens maigres, aspirants lettrés, qui la plupart abordaient des tignasses effroyables, flamboyantes ou ténébreuses, dont les propriétaires venaient de tous les coins de Paris »

Le Scapin

Choisir le nom de ce personnage de Molière, le ton est donné, par le titre et par la jeunesse des rédacteurs. Le mardi premier décembre 1885 (le cinéma ne naîtra que dans dix ans sur les boulevards), Émile-Georges Raymond, fonde Le Scapin « bimensuel littéraire, artistique et théâtral », avec son ami Saint-Gerac. Édouard Dubus[4] est en charge de l’édition. Il est aussi secrétaire de la rédaction pendant un mois avant de céder sa place à un autre, puis à un autre encore, puis à Alfred Vallette (dont le père, déjà, avait été, en 1865, directeur de l’assez éphémère — quatre mois — Liliputien). Les imprimeurs varient eux aussi, en fonction des impayés…

Parmi les rédacteurs, quelques-uns que les lecteurs du Journal de Léautaud connaissent au quotidien : Paul Bourget[5], Louis Dumur, Charles Cros[6], le triste Louis Le Cardonnel[7] (l’abbé, le frère de Georges), Mallarmé, Jean Moréas[8], Paul Morisse[9], Albert Samain[10], Rachilde[11], Alfred Vallette, Paul Verlaine… Les aînés (Cros, Mallarmé), ont 43 ans, Rachilde, à 25 ans, Vallette, 27, le curé, 23… De nos jours, penser à un Paul Bourget de 33 ans fait sourire.

Au fil de ses douze mois d’existence, ce bimensuel est devenu hebdomadaire, puis trimensuel, puis de nouveau bimensuel, puis de nouveau hebdomadaire avant de disparaître. C’était l’époque, c’était le temps. Cette courte vie avait permis au Scapin de faire paraître un supplément : La Décadence, dirigée par René Ghil[12] (quatre numéros). En ce temps-là, ces choses ne coûtaient rien, rapportaient moins encore mais c’étaient de toutes façons de fort petites sommes, le prix de 75 cafés servis en salle, comme nous le verrons infra.

La Pléiade de Rodolphe Darzens

Le Scapin n’en est qu’à son quatrième numéro que paraît déjà (mars 1886) le premier numéro de La Pléiade, fondée par le poète Rodolphe Darzens[13] (1865-1938) et son ami le chartiste et poète Éphraïm Mikhaël[14] (1866-1890).

Il est important de dire tout de suite que cette Pléiade est sans parenté avec la prestigieuse collection créée en 1923 par Jacques Schiffrin et rachetée par les éditions Gallimard en juillet 1933. La Pléiade de Rodolphe Darzens est publiée, nous dirions de nos jours sous le haut-parrainage de Théodore de Banville[15], né en 1823, un ancêtre, et qui n’a plus que six ans à vivre. Et c’est naturellement à Théodore de Banville qu’a échu l’honneur du premier éditorial : « Voici des jeunes gens qui sont jeunes, et des amis qui ont de l’amitié les uns pour les autres » (ce qui est une phrase stupide mais enthousiasmante). Darzens, en effet, a 21 ans et Éphraïm Mikhaël vingt. Il mourra dans quatre ans, avant même Banville.

La Pléiade de Louis-Pilate de Brinn’Gaubast

Cette Pléiade vivra deux époques. La première, que nous venons de voir, a duré sept numéros, de mars à septembre 1886. C’est Louis-Pilate de Brinn’Gaubast (de son nom réel Louis Pilate (1865-1944) qui a repris le titre deux ans et demi plus tard, en avril 1889 (à un mois de l’Exposition universelle) sur cinq numéros. Il a 24 ans et a un peu oublié de demander à Rodolphe Darzens l’autorisation d’utiliser le titre de sa revue. En même temps, Darzens avait un peu oublié de payer pour renouveler le dépôt du titre d’une revue qui ne paraissait plus. Après plusieurs échanges de lettres par journaux interposés, il en a résulté un duel. Le bouillant Basque et très sportif Rodolphe Darzens, était assez rompu au maniement de l’épée et habitué des combats. L’assez fluet Louis-Pilate de Brinn’Gaubast fut blessé à la main, ce qui mit fin au débat. Comme ni l’un ni l’autre n’étaient de mauvais bougres, la deuxième Pléiade parut.

Mais voilà, Louis-Pilate de B’G. n’était pas très honnête, nous l’avons vu pour cette histoire de Pléiade. Il a même laissé des dettes ici et là et sera un jour surnommé L’Épouvante des propriétaires.

Et puis il a surtout commis une grave erreur en ne prenant pas dans sa revue quelques auteurs, qui lui en voudront au point de fonder une revue concurrente, La Plume, (qui durera plus longtemps).

À la rentrée de 1887, Alphonse Daudet a engagé le jeune Louis Pilate (22 ans) pour s’occuper de son fils Lucien, âgé de neuf ans. Introduit dans la maison du 31 de la rue de Bellechasse et aussi dans la maison de campagne des Daudet à Champrosay, Louis Pilate a subtilisé le manuscrit (des brouillons) des Lettres de mon moulin. Dans son Journal, Louis Pilate dit les avoir trouvées dans des choses à jeter[16]… Vénération ? fétichisme de bibliophile ? Un jour moins bon que les autres, à court d’argent, il a vendu ces papiers. L’affaire ne devait pas être si grave, les Lettres de mon moulin étaient parues depuis plus de vingt ans dans divers journaux avant d’être réunies en volume chez Hetzel en 1869. Paul Arène[17] avait publié Jean-des-figues l’année précédente. Énorme succès…

Mais Daudet n’est pas content parce que ces manuscrits prouvent qu’à l’évidence, il n’est pas l’auteur de toutes les Lettres de mon moulin et a été un peu aidé par son épouse, Julia, et surtout par le jeune Paul Arène (né à Sisteron en 1843). Tout ça n’est rien si tout le monde est d’accord, les nègres ont toujours existé. Et puis les dates sont importantes dans la vie des hommes ; en 1869, date de la parution des Lettres de mon moulin, Daudet a 29 ans, Julia 25, Paul Arène 26. Une blague de potache, ou quasiment. Mais voilà, nous sommes vingt ans après, Daudet est célèbre, il a 49 ans, c’est un homme fait installé, célèbre. Il brigue peut-être on ne sait quels honneurs, le préjudice à sa réputation pourrait être considérable, il fait un foin de tous les diables, la presse en parle. Dans La plume, les anciens amis de Louis-Pilate de B’G. refusés par La Pléiade le massacrent comme jamais, on le surnomme Louis Pirate. L’affaire est énorme, chacun renchérit sur l’autre, il n’en revient pas. Elle est surtout le résultat de vielles rancœurs, cette histoire de Pléiade, encore une fois.

Dans Funérailles, son dernier poème du dernier numéro de La Pléiade (septembre/octobre 1889) il décrit son anéantissement dans des vers maladroits où il est aisé de deviner la triste réalité en sous-texte :

Pauvre des sequins d’or que le Malin défalque,
N’osant plus regarder le Bleu des Empyrées.
Je suis le cheval lent et noir du catafalque
Qui traîne les Péchés des Races expirées !…

C’en est fini pour Louis-Pilate de Brinn’Gaubast, au point qu’il doit s’exiler à Constantinople. Cela paraîtrait excessif si l’on ne savait qu’il y avait tout bonnement trouvé un poste dans l’enseignement, peut-être professeur de français, peut-être même bien payé.

Cinglé par le fouet d’une Harpie immonde,
Arquant mes reins cassés et ravalant des râles,
Je vais, toujours. Le cercueil est lourd comme un Monde
Lourd de l’énormité des fautes ancestrales !

Je boite. J’ai brisé mes dents avec le mors.
La lune, maintenant, saigne à l’horizon. Mais,
O Nécropole où sombreront tous ces Remords,
Noir palais de l’Oubli, t’atteindrai-je jamais?

La césure n’est pas toujours à l’hémistiche, les capitales sont excessives mais de toute façon c’est la fin de La Pléiade deuxième saison.

Cette « deuxième Pléiade », contemporaine du Scapin, abritait les mêmes auteurs, il faut bien vivre, et ces revues paient mal mais la gloire est au bas de la page. C’est ainsi que l’on y retrouve Gabriel-Albert Aurier, ami proche de L-P de B’G., Édouard Dubus, Louis Dumur, Julien Leclercq[18] et, bien entendu, Alfred Vallette.

Louis-Pilate de Brinn’Gaubast hors-circuit, les auteurs se réunissent au Café de la mère Clarisse (voir, ici-même la page « Collègue : Alfred Vallette », rue Jacob, puis ensuite au Café français, vers Saint-Lazare[19].

Il ne reste plus qu’à lire la suite de l’aventure chez le très-cruel Jules Renard (ceux qui ne le connaissent pas vont être surpris) :

Journal de Jules Renard :
Deux réunions préparatoires à la fondation du Mercure de France (novembre 1889)

6 novembre[20]

Nous voulons fonder une revue. Chacun de nous disait : « Qui fera la chronique ? » Personne ne voulait faire la chronique. Quelqu’un proposa : « Nous la ferons (chacun) à notre tour. »

À la fin, il s’est trouvé que, tous, nous avions une chronique en poche, à livrer, tout de suite, au premier numéro…

Vallette, comme rédacteur-directeur, agrémente sa conversation d’expressions telles : majoration, fonds de caisse, rentrées, comptes rendus.

En somme, notre mépris de l’argent proclamé haut et fort, nous serions grandement enorgueillis si le premier numéro nous rapportait dix sous.

[…]

14 novembre.

Hier soir 13, première réunion de la Pléiade[21] au Café Français, vu des têtes étranges. Je croyais qu’on en avait fini avec les longs cheveux. J’ai cru entrer dans une ménagerie. Ils étaient sept[22]. Retrouvé Court. Il n’a pas grandi, et, bien que je ne l’aie pas vu depuis cinq ans au moins, il m’a semblé qu’il n’avait pas encore pris le temps de renouveler son faux col, ni ses dents. Vallette me présente. Nous nous sommes tous connus de nom. On se lève avec politesse, car je suis le gros capitaliste de l’affaire. Déjà je m’effraie de certaines odeurs qui se lèvent. On s’assied, et, sur mon calepin en dedans, je commence à prendre des notes. Quelles chevelures ! L’un d’eux ressemble à l’homme qui rit, mais il rit mal, parce qu’un bouton gros de pus pend à sa lèvre inférieure. On peut compter ses poils de barbe, mais je n’ai pas le temps. Sa chevelure me captive, son chapeau mou, son dolman à col d’officier qui lui gante le buste, et son monocle qui tombe, qui se relève, éclate, inquiète. Elle cache ses oreilles, sa chevelure ! A-t-il des oreilles ? J’espère qu’une porte, en s’ouvrant, un journal, en se déployant, va faire, d’un souffle, envoler une ou deux boucles, et que je pourrai les découvrir. Mais non; les boucles sont trop lourdes et je finis par croire qu’il a les oreilles coupées. Les vilaines mains ! Des doigts rouges et pareils à des cigarettes mal roulées. Je ne peux pourtant pas toujours les regarder. Cela devient indécent. Il va m’emprunter dix francs pour le coup d’œil. Je tourne la tête à gauche. Autre chevelu. Une tête de bois, d’un lion de ménagerie pauvre qu’on oublie de peigner. C’est encore surprenant : des cheveux touffus comme un chêne en juin, et presque point de barbe. Le menton est blanc, le nez long, aplati un peu, un nez de lion, quoi ! une bouche petite, mais encore trop grande pour les dents jolies comme des fins de cigare. Il se nomme Auriet, je crois[23]. De temps en temps il passe ses doigts dans sa chevelure et retire ses ongles pleins d’un élément gris, gras, résineux. Cela me fatigue le cœur, et, comme une cire de coiffeur tournant sur une vis, ma tête se déplace.

Maintenant, je fais face à une tête aride. J’éprouve la sensation de sortir d’un bois pour entrer dans une plaine. Ici, la végétation manque. Tout est brûlé par le soleil. Pas de sève. Les yeux sont rouges. Il leur faudrait un peu de charpie, un linge imbibé d’eau fraîche. Les oreilles à incrustations primitives ressemblent à des rochers où rien ne germe, des rochers creusés par des chutes de cataractes. Le regard a peine à se tenir sur cette figure-là, se bute à des nervures osseuses, enfin tombe dans une bouche profonde et large où rien de blanc n’apparaît. Comment ce monsieur ne se couvre-t-il pas d’une perruque ? Mais non. Sa tête est moissonnée, rasée d’une manière prodigue. Elle n’a rien gardé. Avec une pince à épiler, on pourrait plutôt extraire de ce crâne une idée qu’un cheveu. Il ne dit rien. Est-ce un idiot ? Tout à l’heure, quand il va parler, nous dresserons la tête, comme des cerfs qui sentent les chiens.

Cependant, j’entends la voix de Vallette.
— Peut-on considérer la revue comme une personne morale ? Voilà la question.
— Ah ! —  Oh ! — Oui.
— Car, enfin, si on opérait une saisie-arrêt…

On se consulte. Ils n’ont assurément jamais rien eu à faire saisir. Toutefois, l’inquiétude naît. Le mot paralyse. Chacun se voit en prison, assis sur un banc, au milieu des petits paniers de provisions qu’apporteraient ses amis.

— Permettez ! Mais, si on saisissait la revue comme personne morale, c’est qu’alors elle serait immorale.

Je crois que c’est moi qui ai dit cela. Est-ce assez bête ! Pas de succès, et je rougis comme un bocal sous un réflecteur.

Le danger d’une saisie semble écarté. Vallette, rédacteur en chef, consulte un petit bout de papier écrit au crayon, et continue :

— Et, d’abord, le titre. Conservons-nous le titre de la Pléiade ?

Moi, je n’ose pas le dire, mais je le trouve un peu vieillot, ce titre astral, Marpon-Flammarion[24]. Pourquoi pas le Scorpion ou la Grande Ourse ? Et puis, des groupes de poètes ont déjà pris ce titre sous Ptolémée Philadelphe, sous Henri III et sous Louis XIII. Néanmoins le titre est adopté.

— Et la couleur de la couverture ?
— Beurre frais. — Blanc mat. — Vert pomme. — Non ! Comme un cheval que j’ai vu. — Gris pommelé alezan. Non ! Non !

Vallette ne se rappelle plus bien le cheval qu’il a vu.

— Couleur d’un tabac sur lequel on aurait versé du lait.
— Si on faisait l’expérience ?

On fit apporter un bol de lait, mais personne ne voulut livrer son tabac à gâcher.

On commença à parcourir la série des nuances, mais les mots manquaient. Il eût fallu Verlaine. On y suppléait par le geste, des écartements de doigts, des attitudes impressionnistes, des gentes suspendus en plein air, des projections d’index qui faisaient des trous dans le vide.

— Et vous, Renard ?
— Ça m’est égal, moi.

J’ai parlé avec indifférence, mais au fond j’adore le vert de certains Scapins[25] retour de kiosque, un certain vert délayé par les intempéries.

— Et vous, Court ?
— Je suis de l’avis de la majorité.
— Tout le monde est de l’avis de la majorité. Où est-elle ?

Elle se concentre sur le mauve. Les rideaux mauves sont si jolis ! Et puis, le mot rime un peu avec alcôve, et l’association d’idées mouille les prunelles d’Aurier : il doit connaître une grande dame élégante.

Vallette reprend :

— Au verso, nous mettons, n’est-ce pas ? les titres des ouvrages parus.

Chacun se tait.

— Et des ouvrages à paraître.

Tout le monde veut parler, Aurier : le Vieux[26], Vallette : Babylas[27], Dumur : Albert[28]. Et la liste s’allonge, titrée comme si elle descendait des Croisades.

— Et vous, Renard ?
— Moi, je n’ai pas de titres. Ah ! par exemple, j’ai de la copie !

J’ai l’air de dire qu’ils n’en ont pas. On me regarde obliquement.

— Passons au format, dit Vallette. On aurait peut-être dû commencer par là.
— M’est égal. — Je m’en f…
— Pardon, dit Aurier. Il faut de l’air, des marges, de belles marges. Il faut que le texte ait la possibilité de se mouvoir sur le papier.
— Oui, mais cela se paie. — Ah ! Ah ! — Je demande le format in-18 à cause de ma bibliothèque.
— C’est mesquin. — Ça ressemble à un carnet de blanchisseuse. — Oui, mais ça se relie très bien, et cela permet de garder la composition pour une plaquette. Ainsi, moi, par exemple…
— Affaire commune.
— Voyons maintenant le contenu. Au premier numéro, tout le monde doit donner.
— Nous serons tassés comme des harengs en caque. On découpe la revue en tranches.
— J’en prends dix, parfaitement. Je les paie trente francs.

Enfin, on s’arrange comme des voyageurs de diligence. On me pardonne parce que je n’ai pas de vers à donner, et tous offrent des vers.

— Frontispice et culs-de-lampe, bien entendu.
— Oui, beaucoup de culs-de-lampe pour détacher les pièces de vers les unes des autres, car elles se tiennent comme on fait queue au théâtre avec la peur de ne pas entrer. Si on allait les confondre !…

Vallette va faire un article sur la Pléiade. Voici à peu près le fond. Il y a trois raisons de fonder une revue : 1. pour gagner de l’argent. Nous ne voulons pas gagner d’argent…

On se dévisage. Qui est-ce qui va dire, ici, qu’il veut gagner de l’argent ? Personne. C’est heureux, vraiment.

— Serons-nous décadents ?
— Non ! A cause de Baju[29]. Vous savez qu’il est instituteur.
— Tant pis ! Le dieu Verlaine ne nous placera pas à sa droite.
— Serons-nous clairs ?
— Oui, clairs. — Très clairs. — Oh ! Très clairs. N’exagérons rien. Mettons clairs-obscurs.
— N’apportez que le dessus de vos paniers, dit Vallette.

Samain, un jeune homme distingué, en gants pomme, qui n’a encore rien dit, tout occupé à dessiner sur la table un gros fessier de femme nue :

— Et nous donnerons le dessous au Figaro.
— Il ne faut pas blaguer le Figaro. Aurier en est.
— Et Randon aussi.

Aurier, c’est le lion. Randon[30], c’est la tête aride. Dès lors, ils eurent toute notre considération, et voici comme Aurier nous parla :

— Oui. Sapeck[31] était devenu fou. Je savais sur son compte quelques fumisteries. Un ami me conseille de les porter au Figaro. J’y cours et, le samedi suivant, je suis tout étonné de retrouver mes brins de suie (puisqu’il s’agit d’un fumiste), en plein Supplément du Figaro. Je passe à la caisse. On me donne 86 fr. 40. On m’a volé de 0 fr. 60. A six sous la ligne, j’avais droit à 87 francs net.

Vallette :

— On vous a retenu les 60 centimes pour votre retraite.

Ce fut au tour de Randon.

— Moi, j’ai la spécialité des nouvelles à la main. Je les adresse à Magnard lui-même[32]. On en a fait passer quatre. À trois francs l’une, cela fait douze francs. Le matin, en me levant, je cours au kiosque voisin. J’achète le Petit Journal et je feuillette le Figaro. Si je vois ma nouvelle, je cours vite à la caisse. On me connaît. J’entre comme un rédacteur en chef.
— Mais comment sait-on que les nouvelles sont de vous ?
— D’abord, je les signe. Cela regarde ensuite la conscience du « Masque de fer » qui fait établir son bordereau. D’ailleurs, si le caissier hésite en consultant ses livres, je lui récite par cœur la nouvelle à la main. Il se tord, et, convaincu, me paie rubis sur caisse. Allez, mes amis ! Courage ! Trouvez des mots, faites de l’esprit : ma vie est assurée. Je ne viens pas ici pour en être de mes frais, de mon café de cinquante. J’écoule les nouvelles à la main des autres. On les appelle ainsi parce qu’on les fait d’un tour de main, et qu’elles fleurissent entre les doigts comme des manches à gigot en papier.

Il voulut nous en réciter quelques-unes, mais elles nous parurent détestables, sans doute parce que le « Masque de fer » ne les avait pas encore acceptées et fait imprimer…

Par malheur, la question des cotisations fut agitée. Vallette fit observer qu’il allait les écrire sous la dictée de chacun, mais au crayon, afin de pouvoir les effacer plus facilement au premier repentir possible. Renard, 30 ; Dumur, 20 ; Vallette, 10 ; Raynaud[33], 10 ; Court, 5. Cela allait en se raccourcissant comme une queue de lézard. J’ai cru que quelqu’un allait mettre un bouton, pour finir. Justement fier, je me fis aussitôt, pour mes 30 francs, une haute idée de moi-même et de l’Univers, et, dédaigneux, je me gardai de dire quoi que ce fût pour écraser sous une pile de garanties les soupçons qui certainement éclosaient dans le cœur de ces hommes au sujet de ma solvabilité.

Il fut décidé qu’on se réunirait le premier et le dernier vendredi de chaque mois dans un café sur son déclin, « afin de le relever ». Il fut décidé qu’on verserait deux cotisations à la fois, car il faut qu’une revue puisse dire : j’existe, et le prouver, et cela n’est pas aussi facile que le pensait Descartes…

Les verres étaient vides. Il restait trois morceaux de sucre dans une soucoupe. Aurier les prit entre le pouce et l’index et les offrit de loin. Les têtes allèrent de droite et de gauche. Il n’insista pas et, avec simplicité, il serra le sucre dans sa poche de redingote. « C’est pour mes lapins », dit-il, en parodiant un mot de Taupin. Pour son déjeuner du lendemain, peut-être.

Tous se préparaient au coup de la fin. On y travailla de onze heures à minuit et quart, chacun en silence. Il en valait la peine. Qui paierait les consommations ? Les hypothèses se promenaient sous les bancs, sournoises et muettes, comme des araignées. Le capitaliste à 30 francs se devait cette générosité à lui-même, mais il s’obstina à rester son débiteur. Peu à peu, les femmes d’amour s’en allaient, celle-ci solitaire, celle-là tenant avec âpreté par le bras ou par le pan de sa redingote un homme en proie aux démangeaisons. Déjà les garçons prenaient la liberté de s’asseoir sur le matériel de l’établissement, table ou chaise… La caissière comptait sa caisse, et nous entendions avec douleur sonner entre ses doigts les baisers des républiques d’argent entrechoquées avec bruit.

Ce que voyant, l’un de nous, M. Samain, appela un garçon et dit :

— Combien ?
— Tous les cafés ?
— Non : un.
— Quarante centimes[34], monsieur.

Il en donna cinquante et se leva. Chacun pour soi, et deux sous pour le garçon. C’était un homme, celui-là !

[…]

19 novembre

Revu Rachilde, Mme Vallette[35] : un corsage rouge, flamboyant, colliers au cou et au bras, colliers d’ambre. Les cheveux coupés à la garçon, et raides, et va comme je te peigne. Toujours des cils comme de gros et longs traits de plume à l’encre de Chine. Arrivent Dumur, Dubus. Le premier, toujours colère, le second, neuf pour moi, mais, au bout d’un instant, vieux jeu. Je n’ai plus besoin d’avoir de l’esprit, et il m’est insupportable de retrouver celui que j’avais du temps du Zig-Zag[36]. Dubus parle de gardes-malades qu’il a eues après un duel, je crois. Il n’avait qu’à dire : « Je suis blessé, venez. » Elles venaient. Elles étaient une douzaine. Elles ont dû passer leur temps à l’épiler, car il a les lèvres et le menton blancs comme un élève du Conservatoire. Il se marie, on le marie. Il est en procès avec son grand-père. Il pose, parle, interrompt, dit des paradoxes vieux comme des cathédrales, ennuie, assomme, mais continue, a des théories sur la femme. Encore ! Ce n’est donc pas fini d’avoir des théories sur la femme ? Imbécile ! Tu fais comme les autres quand tu es sur une femme. Tu dis : je t’aime, je jouis, et tu lui bois sa salive simplement, comme un homme. À moins que tu ne sois pas un homme.

Vallette arrive. On sent qu’il a un domicile. Il se tait suffisamment. Rachilde voit que je m’embête et me parle du bébé[37]. Mais je m’embête tout de même, car j’ai en dégoût l’originalité de Dubus. Il me semble qu’on me fait manger quelque chose pour la millième fois. C’est peut-être aussi le Chouberski[38], mais j’ai mal au cœur. On sonne. C’est Louis Pilate de Brinn’Gaubast[39]. Je me sauve. J’ai à peine le temps de voir une sorte de Méphisto élégant, et puis je crois n’avoir rien vu.

C’est toujours le procédé de Rachilde : faire croire aux autres qu’ils sont plus malins qu’elle. Elle dit : « Vous qui faites de l’art.» En effet, ils en font, ils en font trop. Ils puent l’art, ces messieurs. Non ! Assez ! Plus d’art, que je me débarbouille en embrassant Marinon et Fantec[40] !

Lu des vers de Dubus dans la Pléiade[41]. Ce n’est pas mal, mais pourquoi être si vieux jeu, si épatant, si fastidieusement peu naturel[42] !

Le Mercure de France,
par Alfred Vallette

Ce texte très ampoulé et pour tout dire assez mal lisible d’un jeune Vallette de 32 ans tout fier de ses nouvelles responsabilités est paru en ouverture du premier numéro du Mercure de France daté du 1er janvier 1890

Peut-être ne messied-il point de redire, alors que la Pléiade devient Mercure de France, ce qui a été répondu naguère aux imputations d’une Presse mal avertie, et de défendre par avance notre œuvre contre les appréciations erronées ou maladroites. Il est d’accoutumée, en effet, parmi nos confrères des grands quotidiens, d’infliger l’ironique épithète de décadente à toute publication où s’essaient de jeunes écrivains aimant l’art, curieux, certes, de formules inédites, mais surtout consciencieux, ayant horreur de la phrase toute faite et du mot banal, du cliché quel qu’il soit. Nullement, d’ailleurs, nous ne nous rebellerions si par décadent nos chroniqueurs cotés n’entendaient charabia, pathos, incohérence, pour avoir étudié le cas en de petites feuilles où, apparemment, l’incohérence, le pathos et le charabia tenaient lieu d’esthétique et de pensée. Mais ces éphémères gazettes furent stériles, et il importe de distinguer entre les humanistes de dix-sept ans qui les rédigeaient, Charlots de lettres vite exténués, et les jeunes laborieux en quête d’une vierge expression du beau et du vrai tels qu’ils les conçoivent en ces temps complexes. Or, au sens que les quotidiens attribuent à cette étiquette, la Pléiade ne fut point décadente, et le Mercure de France ne le sera pas davantage.

Mais, pour ne point choir dans la puérile hérésie de forme qu’on sait, il est cependant possible que, sans jamais cesser d’être clairs, nous n’écrivions pas absolument de ce style et sur ces idées qui s’imposent aux auteurs ambitieux d’accaparer tous les suffrages, et qui partant se résignent à une banalité de bon ton. Ils ont évidemment raison au point de vue pratique, et le nombre de ceux qui ont ainsi raison fut toujours de beaucoup le plus considérable ; mais à l’autre point de vue — celui de nos maîtres, sans les nommer — il n’apparaît pas que nous ayons si grand tort. Il y eut bien, voici quelque trente ans, des écrivains réputés maîtres dont l’outil fut la langue bonne fille, lâchée, musarde, que de charitables critiques ne se lassent point de nous offrir comme modèle de la langue classique de France ; encore ceux-là vécurent-ils à une époque autrement bénévole au littérateur que ne l’est ce dernier quart du siècle, en des jours où il était admis qu’on « écrit comme on parle » et où l’on croyait à la « vieille gaîté gauloise ». Mais, depuis cet âge d’or, combien d’illusions mortes ! Outre qu’il faille aujourd’hui, pour être classé quelqu’un, mettre au moins une pensée dans un livre, le nihilisme scientifique et le positivisme de la vie moderne, excessivement dure à l’individu pensant, ont fait de nous des êtres trop peu semblables aux hommes de ces générations pour que nous nous intéressions aux choses où ils se complurent, et que nous les disions aussi verbeusement et avec le même bon garçonnisme. Il semble que nous sommes nés trop réfléchis, et nous avons dû, en venant au monde, tourner sept fois notre langue avant de pousser ce premier cri qui était comme l’acquiescement à l’existence égoïste, étroite, affairée, vide de toute foi réconfortante, qu’on nous léguait. Si nous portons dans le monde, par instinct de sociabilité, un visage souriant et une certaine bonhomie, il est avéré — presque toutes les productions littéraires et artistiques des hommes nouveaux en témoignent — que notre moi intellectuel sourit bien rarement, dit juste ce qu’il doit dire, sans digressions inutiles, sans flânes ni promenades, si tentantes soient-elles, parmi les idées à côté.

Et ce qu’il doit dire, pour peu qu’il soit sincère, ne semble pas précisément conforme aux rabâchages de convention dont on nous sature l’intellect. Un journaliste écouté, point suspect de pessimisme, a pourtant osé cette récente affirmation que « le monde va vers une morale nouvelle ». Il est pertinent qu’en tout, partout, à tous les étages sociaux, il y a évolution rapide, et qu’on ne voit plus aujourd’hui comme on voyait il n’y a pas vingt ans. Mais, soit respect de la tradition, soit flagornerie auprès d’un public inconsciemment hypocrite, la Presse se tait volontiers sur le fond des questions brûlantes. Or, ce que chacun pense et que personne ne formule, ces idées paradoxales et subversives en 1890, codifiées en 1900, il nous serait agréable d’en écrire. Œuvre de démolisseurs, soit ; mais quand l’écroulement final de la maison n’est plus qu’une affaire d’heures, n’y point aider prouverait qu’on n’en désire point la reconstruction prochaine.

Aussi, des trois buts que peut se proposer un périodique littéraire — ou gagner de l’argent, ou grouper des auteurs en communion d’esthétique, formant école et s’efforçant au prosélytisme, ou enfin publier des œuvres purement artistiques et des conceptions assez hétérodoxes pour n’être point accueillies des feuilles qui comptent avec la clientèle — c’est ce dernier que nous avons choisi, nous connaissant du reste trop déplorables spéculateurs pour espérer la métamorphose de nos écrits en or, et sachant introuvables en cette transitoire période que nous traversons les éléments d’une école littéraire.

Au surplus, qu’on me permette de le rappeler, cet article est une simple précaution contre d’adventices erreurs de jugement, et n’a aucune tendance à s’ériger en programme : chacun est ici absolument libre, responsable de ses seuls dires et point solidaire du voisin. Je ne veuille pas non plus avancer que nous serons toujours originaux, présomption juvénile dont nous sommes tout à fait incapables. — Mais si dans notre collection, pourtant, se révèle çà et là une œuvre d’art originalement conçue et parfaitement eurythmique, nous n’aurons pas été inutiles, ayant intéressé non le public, indifférent en ces matières, du moins les artistes ; et si d’aventure, en morale, il se rencontrait dans nos pages une vérité neuve ou quelque idée d’avant-garde, nous aurions justifié notre titre — un peu prétentieux sans doute, mais dont l’archaïsme nous plaît.

Alfred Vallette
Décembre 1889


[1]     Gabriel-Albert Aurier (1865-1892), écrivain, poète, et critique d’art, mort de la typhoïde à l’âge de 27 ans. La signature Georges-Albert Aurier est parfois rencontrée.

[2]     Jehan Rictus (Gabriel Randon de Saint-Amand, 1867-1933), poète populaire. Ses œuvres ont été réunies dans deux volumes : Les Soliloques du pauvre et Le Cœur populaire. Un square à Paris porte son nom. Les Soliloques du pauvre, après avoir été édités par l’auteur, ont été publiés par le Mercure en 1897. Le 1er août 1933, en une du Petit Parisien, sous la signature de Maurice Bourdet on peut lire : « Le 12 décembre 1896 au cabaret des Quat’s-Arts […] entre Yon Lug et Dominus, un jeune homme de 28 ans au maigre visage […] venait réciter […] Les Soliloques du pauvre. […] L’effet fut énorme. La salle — où se trouvaient Albert Samain, Rachilde, Henri Barbusse, Alfred Vallette — acclama le poète… »

[3]     Cité par Jean-Jacques Lefrère dans son indispensable édition du Journal inédit de Louis-Pilate de Brinn’Gaubast, Horay, 1997 (épuisé), souvent utilisé ici.

[4]     Le poète symboliste Édouard Dubus (1864-1895, à 31 ans) a brûlé sa vie par les deux bouts. Il a participé à la fondation du Mercure de France, auquel il a collaboré, ainsi qu’au Scapin, au Cri du peuple… Il n’a écrit qu’un seul livre : Quand les violons sont partis, Bibliothèque artistique & littéraire, 1892. Voir la note sur Louis Dumur au 16 avril 1904. Pour les circonstances de la mort d’Édouard Dubus, voir, en annexe de l’année 1933 da nécrologie de Jean Court parue dans les « Échos » du Mercure du 15 février 1933, page 234. (Les références renvoient à mon édition critique du Journal de Paul léautaud).

[5]     Paul Bourget (1852-1935), écrivain et essayiste catholique. Ses premiers romans ont un grand retentissement auprès d’une jeune génération en quête de rêve de modernité. À partir du Disciple, en 1899, Bourget s’oriente davantage vers l’étude des mœurs et les sources des désordres sociaux, qu’il relie parfois à la race.

[6]     Charles Cros (1842-1888), poète et inventeur du phonographe.

[7]     Louis Le Cardonnel (1862-1936), dit « Frère Anselme », poète chrétien et abbé, frère de Georges Le Cardonnel.

[8]     Jean Moréas (1856-1910), poète symboliste grec d’expression française. En 1886, Jean Moréas, Paul Adam et Gustave Kahn fonderont la revue Le Symboliste.

[9]     Paul Morisse a partagé le bureau de PL de janvier 1908 jusqu’en 1911. Le 9 décembre 1913, PL le dira âgé de 47 ou 48 ans, ce qui le ferait naître vers 1865. Dans Le Littéraire du 19  octobre 1946 André Billy évoque Paul Morisse « qui vient de mourir. » Paul Morisse est aujourd’hui connu pour être le traducteur des Hymnes à la nuit de Novalis en 1908 (voir le Journal littéraire de Paul Léautaud au 26 octobre 1908) et aussi de Stefan Zweig pour son Émile Verhaeren, sa vie, son œuvre en 1910. Pour Paul Morisse, voir André Billy, Le Pont des Saint-Pères, pages 35-37. Dans une lettre de Paul Léautaud à André Rouveyre datée du 21 juillet 1942 nous lirons : « Je pense que vous vous rappelez Paul Morisse. Il est établi libraire avenue de Breteuil, je vais lui dire bonjour de temps en temps. »

[10]    Albert Samain (1858-1900), poète symboliste surtout connu pour « Au jardin de l’infante », assez ordinaire de nos jours, voire quelconque.

[11]    Marguerite Eymery (1860-1953), personnage complexe, épousera Alfred Vallette le 12 juin 1899. Rachilde tiendra la rubrique des « Romans » dans le Mercure. Elle publiera une soixantaine d’ouvrages. Voir ici la page « Collègue : Alfred Vallette », extrait de sa série « Portraits d’hommes » paru dans Les Nouvelles littéraires du 22 décembre 1928, page cinq.

[12]    René Ghil (René François Ghilbert, 1862-1925), poète un peu allumé. Paul Léautaud a écrit sa notice dès la première édition des Poètes d’aujourd’hui, paru au Mercure en 1900.

[13]    Rodolphe Darzens (1865-1938), écrivain et poète symboliste, journaliste sportif, directeur du Théâtre des Arts de 1917 à 1935.

[14]    Éphraïm Mikhaël (Éphraïm-Georges Michel, 1866-1890, à 24 ans), licencié en lettres, Chartiste condisciple d’André-Ferdinand Herold, et poète symboliste.

[15]    Théodore Faullain de Banville (1823-1891), poète, auteur et critique dramatique. Considéré de son vivant comme un poète majeur, il était l’ami de Hugo, de Baudelaire et de Gautier,

[16]    Jean-Jacques Lefrère et Philippe Oriol, Le journal inédit de Louis-Pilate de Brinn’Gaubast — Témoignage sur Alphonse Daudet, document sur l’affaire du vol du manuscrit des « Lettres de mon moulin » paru chez Pierre Horay en septembre 1997 : « Dans un pavillon rustique servant de débarras […], sur un tas d’ordures mêlées à des paperasses, le tout accumulé en vue d’être jeté le soir-même, certain feuillets déchirés, salis, dépareillés, contenant de l’écriture [d’Alphonse Daudet] ».

[17]    Paul Arène (1843-1896), poète et écrivain provençal, journaliste, surtout connu pour son roman Jean-des-figues (1868). On ne confondra pas Paul Arène avec Emmanuel Arène (1856-1908).

[18]    Julien Leclercq (1865-1901, à 36 ans), écrivain, poète symboliste et critique d’art, ami de Gabriel Albert Aurier.

[19]    Dans Le Pont des Saints-Pères, (Fayard 1947, page 40), André Billy parlera du café François Ier.

[20]    1889, un mercredi. Ce texte se trouve à la page 40 de l’édition de La Pléiade imprimée en 1986.

[21]    Jacques Schiffrin (1892-1950). Les volumes proches de ceux que nous connaissons ont été imprimés à partir de 1931 et c’est à l’été 1933 que La NRF a racheté la collection, qui comprenait alors douze volumes.

[22]    Sept parmi les onze fondateurs : Gabriel-Albert Aurier, Jean Court, Louis Denise, Édouard Dubus, Louis Dumur, Remy de Gourmont, Julien Leclercq, Ernest Raynaud, Jules Renard, Albert Samain, Alfred Vallette.

[23]    Gabriel-Albert Aurier (1865-1892, à 27 ans), écrivain, poète, et critique. Wikipédia donne une photo.

[24]    Les éditions Flammarion-Marpon ont été fondées en 1876 par Ernest Flammarion et le libraire Charles Marpon. En 1878 est parue L’Astronomie populaire, du frère aîné, Camille Flammarion, qui sera un grand succès de librairie.

[25]    Scapins. Le s est dans le texte.

[26]    Vieux, Nouvelle librairie parisienne, Albert Savine, éditeur, 12, rue des Pyramydes, 378 pages.

[27]    Monsieur Babylas, paru en feuilleton dans Le Scapin entre le 1er mai et le 19 décembre 1886, paraîtra en volume sous le titre Le Vierge.

[28]    Albert, Bibliothèque artistique et littéraire, 1890, 224 pages.

[29]    Anatole Baju est notamment l’auteur de Principes du socialisme, 1895, Imprimerie nouvelle (association ouvrière), 11, rue Cadet.

[30]    Peut-être Jehan Rictus (note au 7 novembre 1906).

[31]    Arthur Sapeck (Eugène François Bonaventure Bataille, 1853-1891), caricaturiste (notamment au Rire), figure des mouvements Hydropathes, puis Fumistes, Hirsutes, et Incohérents.

[32]    Francis Magnard (1837-1894), rédacteur en chef du Figaro en 1876, devint ensuite directeur du titre aux côtés de Fernand de Rodays et Antonin Périvier (note au 5 mars 1904).

[33]    Ernest Raynaud (1864-1936), écrivain et poète, était également commissaire de police, proche de l’Action française, auteur de Souvenirs de police, Mémoires d’un commissaire de police et de plusieurs autres ouvrages du genre. Ernest Raynaud sera le dernier survivant des fondateurs du Mercure.

[34]    Il était donc possible à cette époque de devenir actionnaire majoritaire d’une revue en devenir pour le prix de 75 cafés.

[35]    Rachilde et Vallette se sont mariés le 12 juin.

[36]    Revue dans laquelle Renard a publié Bas-bleu incohérent en octobre 1885, petit texte de moins de trois pages, dans un numéro où figurait également un texte de Rachilde. C’est ici la seule mention du Zig-Zag dans le Journal de Jules Renard.

[37]    Gabrielle Vallette, née le 25 octobre.

[38]    Les poêles à charbon Chouberski (24 bis, avenue de l’Opéra) avaient la particularité de disposer de roulettes, ce qui les rendait mobiles. Il restait tout de même nécessaire de les relier à un conduit de cheminée et cette disposition mobile n’assurait pas toujours parfaitement l’étanchéité. Par ailleurs, ces poêles à combustion lente étaient de gros producteur d’oxyde de carbone. La mobilité de ces poêles à conduit à leur utilisation dans certains lieux où les chambres étaient nombreuses, ce qui a parfois conduit à les nommer « poêles de maisons closes ».

[39]    Louis Pilate de Brinn’Gaubast continuera de publier, sous un autre pseudonyme, dans le Mercure.

[40]    Marie Morneau (1871-1938), épousée en avril 1888, et qui lui a donné son premier enfant, Jean-François (Fantec), né en février de cette année 1889.

[41]    Un volume serait déjà paru sous ce nom ou est-ce la revue de Rodolphe d’Arzins ?

[42]    Pour les circonstances de la fondation du Mercure, lire aussi André Billy, Le Pont des Saints-Pères, page 40 : « C’est Louis Dumur qui, un soir de la fin de 1889, au café François Ier avait eu avec Édouard Dubus et G.-Albert Aurier la conversation d’où résulta la résurrection du très ancien Mercure de France. Les trois jeunes gens tombèrent d’accord pour proposer à Vallette la direction de la nouvelle revue. Après un quart d’heure de réflexion, Vallette accepta et alla chercher Albert Samain et Louis Denise, qui amena Remy de Gourmont. Jean Court fut recruté par Dubus, Julien Leclercq par Aurier, Ernest Raynaud par Dumur et Jules Renard par Raynaud. L’assemblée constitutive se tint au Café Français, près de la gare Saint-Lazare, et le 25 décembre 1889 parut le premier numéro du Mercure de France, daté de janvier 1890. Que de fois, au cours de nos réunions des Soirées de Paris, René Dalize ne devait-il pas nous rappeler l’exemple du Mercure ? Hélas, les Soirées de Paris n’eurent pas leur Alfred Vallette ! »