Vu par Benjamin Crémieux

Journal littéraire de Paul, Léautaud au cinq avril 1929 :

Paul Petitot1 m’a écrit il y a bien une quinzaine, me disant qu’il y avait eu un article de Benjamin Crémieux sur Passe-Temps dans Les Annales2. Ne voyant rien venir dans les coupures d’Argus3 qui viennent au Mercure, j’ai écrit à Benjamin Crémieux4 pour lui demander s’il était vrai qu’il eût fait cet article et le prier de m’indiquer le numéro, que je me procurerais. Il a eu la gentillesse de me l’apporter tantôt. C’est peut-être, au point de vue critique littéraire, l’article le plus intéressant que j’ai eu à ce jour. C’est de la critique littéraire, et de la critique morale. Benjamin Crémieux étudie le livre et il étudie l’auteur. Beaucoup de choses de moi sont définies là très justement. Mon unique morale, par exemple : la morale du plaisir. Je crois bien en effet que je n’en ai jamais eu et n’en ai pas d’autre. Quant aux éloges : esprit, style, indépendance d’esprit, courage (lui aussi) j’ai beau être modeste par nature : ils sont de premier ordre.

Voici cet article de Benjamin Crémieux paru dans Les Annales du 1er mars 1929 suite à la parution de Passe-Temps le douze février.

Benjamin Crémieux : Léautaud vu par ses contemporains

M. Paul Léautaud a sa légende : il passe pour un original. Tout simplement, M. Léautaud est un homme du XVIIIe siècle égaré au XXe. Tout le scandale vient de là, car on ne peut nier que M. Léautaud soit un auteur scandaleux, scandaleux par la liberté de son langage et par celle de sa pensée. Ses ouvrages, d’ailleurs peu nombreux, ne doivent pas être laissés à portée des « écolières des anciens pensionnats », non point à cause des mauvais exemples qu’elles risqueraient d’y trouver, mais à cause de la verdeur, de la crudité, ou, comme écrit M. Léautaud, de la « vivacité » de certains mots et de certains sujets. Est-ce à dire que cette « vivacité » passe les bornes ! Voltaire, Diderot, Chamfort, Rivarol en disaient bien d’autres. Mais, en ce temps-là, on était moins prude, et ce libéralisme avait deux raisons au moins : la première, c’est qu’on attribuait peu d’importance au papier noirci ; la deuxième, c’est que les lecteurs étaient moins nombreux et supposés plus éclairés que ceux d’aujourd’hui. La liberté moindre qu’a l’écrivain de nos jours est due à l’influence plus grande qu’il a sur une masse de lecteurs plus désarmés. À influence plus grande, responsabilité plus grande…

Aux lecteurs et aux écrivains du XVIIIsiècle, l’ordre social paraissait une chose si solidement établie que les chiquenaudes qu’on pouvait lui donner ne risquaient pas de l’ébranler. La Révolution a montré que ces chiquenaudes étaient, en réalité des coups de bélier qui finirent par faire tout crouler. La leçon n’a pas été oubliée et le rigorisme dont nous faisons montre, et qui aurait tant étonné les gens de l’Ancien Régime, n’est pas une preuve de dégénérescence spirituelle, mais une prise de conscience plus grande de l’importance des choses imprimées. Le XIXe siècle a appris que l’imprimé fait l’opinion, le XXe siècle a inventé la propagande et si bien développé la publicité qu’on peut presque dire qu’il l’a inventée aussi.

La liberté de l’esprit est l’ennemie de l’ordre, et l’ordre, en vertu de la loi du moindre effort, tend à devenir l’ennemi de la liberté de l’esprit. Le premier soin d’une dictature est de s’assurer les journaux et de supprimer la liberté de la presse.

Mais il est des moments privilégiés où l’ordre et la liberté de l’esprit peuvent coexister. Paul Valéry l’a finement noté ; ces instants se trouvent « vers le commencement de la fin d’un système social5 ». Le XVIIIe siècle a été un de ces instants privilégiés : l’ordre y régnait et, pourtant, tous les soutiens de l’ordre étaient minés par la critique.

Quand on dit que M. Paul Léautaud est un homme du XVIIIe siècle, cela signifie qu’il n’a aucun souci de l’ordre et qu’il n’admet aucune limite à sa liberté de critique. Le volume qu’il vient de publier : Passe-Temps, est, sans doute, de tous ses ouvrages, celui qui permet de prendre l’idée la plus complète de ce singulier écrivain. Le livre se compose d’une série de souvenirs personnels sur des gens, des bêtes qu’a connus M. Léautaud, suivis de « mots, propos et anecdotes » à la façon de Chamfort et de Rivarol.

« Madame Cantili » évoque la mémoire d’une vieille dame qui vivait entre un chien, un perroquet et une poule dans le quartier Saint-Germain-des-Prés. « Souvenirs de basoche », qui suivent, rappellent les années où M. Léautaud fut clerc d’avoué, puis secrétaire d’un liquidateur judiciaire, avant de devenir secrétaire de la rédaction du Mercure de France. Dans la « Mort de Charles-Louis Philippe6 », « Notes et Souvenirs sur Remy de Gourmont7 », « Adolphe van Bever8 », M. Léautaud parle à sa façon de ces trois écrivains qui furent ses amis. « Un Salon littéraire » est une caricature forcenée d’un salon bien connu9. « Ménagerie intime », « Mademoiselle Barbette », « Villégiature », étalent la misanthropie et la zoophilie de M. Léautaud, qui, comme on sait, vit dans une villa de Fontenay-aux-Roses entouré de quinze chiens et de quarante chats. Mais, quel que soit l’intérêt de ces chapitres, les « mots, propos et anecdotes » sont, si possible, plus piquants et plus mordants encore.

Au premier abord, il semble que le but unique de M. Léautaud soit de choquer : il se vante d’être irréligieux, antipatriote, antiscientifique, antibourgeois. Il étale un cynisme total, il professe la pure morale du plaisir. Il s’acharne avec cruauté sur tous ceux qu’il juge « imbéciles ». Rien ne l’arrête : il voit sur son lit de mort son ami Charles-Louis Philippe, il est frappé par le « comique » de ce corps étendu ; ni l’amitié, ni le respect ne le retiennent, et il décrit ce cadavre, « cette silhouette curieuse, très curieuse, comique, une vraie marionnette de jeu de massacre », sans cacher le moins du monde son sentiment.

D’où vient donc, à mes yeux, l’attrait de cet écrivain ? Je me le suis souvent demandé. Sa méchanceté amuse, c’est entendu. Il a, à tout moment, de plaisantes boutades. Il écrit, non pas avec pureté, mais avec un naturel et une vivacité charmante ; il ignore l’affectation et fuit la phrase bien faite. Il dit le plus brièvement qu’il peut ce qu’il a à dire. Et comme il a le don, ce qu’il écrit est toujours pittoresque ; on voit ce qu’il peint, on croit « y être » et, quand on regarde de près comment il obtient des effets aussi sûrs, on s’aperçoit que c’est à l’aide des moyens de style les plus simples. Il a écrit lui-même : « Il y a longtemps que je me le dis : je ne suis qu’un écrivain pour gens de lettres10. »

Et c’est évidemment exact : on lui pardonne beaucoup à cause de son style plus vrai encore que charmant.

Mais il y a autre chose. Les idées générales de M. Paul Léautaud peuvent faire hausser les épaules ; il n’en est pas de même de ses idées particulières. M. Léautaud dit souvent tout haut ce que tout le monde pense tout bas, et cela sur des matières dangereuses ou sur des gens puissants. C’est un peu le même plaisir que donne M. Léon Daudet11, même quand on ne partage pas ses convictions. Seulement, la liberté de M. Daudet s’arrête aux frontières de son parti. Je ne sais pas si le duc de Guise12 est ridicule ; mais, s’il l’était, M. Daudet ne le dirait pas. Au lieu que rien, ni personne, n’est tabou pour M. Léautaud. Combien trouverez-vous, en l’an de grâce 1929, d’hommes de France dont vous pourriez en dire autant ? L’injustice de M. Léautaud est compensée par son courage. Et je ne crois pas me tromper en disant qu’un Léautaud n’est pas tellement loin d’un Savonarole13 ou d’un saint François d’Assise14, malgré ses protestations d’athéisme. M. Léautaud est profondément pessimiste ; l’humanité telle qu’il la voit est celle que décrivent les théologiens : perdue dans sa bassesse jusqu’à ce qu’intervienne pour la sauver la grâce divine. M. Léautaud est un janséniste : il n’ose pas espérer cette grâce. Mais si on systématise la morale qui se dégage de son livre, on constate qu’il fait tout pour la mériter. Le monde, pour lui, est fondé sur la cruauté : les espèces animales s’entre-dévorent, les plus forts se nourrissent des plus faibles, l’homme est un loup pour l’homme15. Cette situation révolte M. Léautaud. Et les conséquences de sa révolte sont bien curieuses : toute sa pitié va aux animaux, aux faibles, à tous les êtres inconscients ou désarmés qui subissent la loi du monde. Toute sa colère, toute sa haine va à ceux qui s’accommodent du monde tel qu’il est, aux pharisiens ; toute sa sympathie va à ceux qui essaient de se soustraire à la loi commune, à se différencier : originaux ou même canailles. Le seul plaisir qui soit permis à l’homme est de satisfaire ses passions ; mais ces passions sont aux yeux de la raison si peu de chose, en vérité, que l’homme intelligent n’a pas grand’chose à en attendre. Faire une canaillerie pour satisfaire une passion qui en vaille la peine, M. Léautaud trouve cela parfait en théorie. Dans la pratique, il se demande si aucune passion vaut la peine qu’on commette pour elle une canaillerie. Il rejoint ici la morale de Socrate : on fait le plus souvent le mal par bêtise16. Or, la bêtise est ce qui horripile le plus l’auteur de Passe-Temps. Et il finit par se demander si le seul plaisir vrai permis à l’homme n’est pas celui qu’il se contente de rêver.

M. Léautaud se qualifie de « moraliste à rebours17 ». Point du tout : il est un moraliste à l’endroit. Sa morale repose sur la raison raisonnante comme son esthétique, son style, toute sa façon d’être. On en revient au point de départ : un Français du XVIIIe siècle.

Il y a encore autre chose : M. Léautaud a la passion du vrai de la même façon que l’avait Stendhal, son maître. Cet amour de la vérité, qui le rend impitoyable pour autrui, le rend d’une clairvoyance aigüe envers lui-même. Il est le contraire d’un analyste, parce qu’il ne ruse jamais avec ses sentiments. Il ne se demande pas s’il pense vraiment ce qu’il pense, s’il sent vraiment ce qu’il sent. Il le pense, il le sent, il le dit tel quel. Ce refus de ruser avec lui-même lui sert, lorsque l’indignation ou la malignité ne le trouble pas, à voir les autres tels qu’ils sont et à les peindre au naturel. On a écrit des volumes sur M. Paul Valéry ; on n’y trouvera, sur la façon d’être quotidienne du poète de La Jeune Parque, rien d’aussi vrai que ces lignes de M. Léautaud :

« Oronte18 n’a pas changé. Je l’ai revu après plus de vingt ans. Il est toujours simple, moqueur, camarade19. Il parle toujours les dents un peu serrées. Comme au temps de notre jeunesse, il est plein de mots grossiers dans ses propos. La renommée, l’Académie, ne paraissent pas — sous ce jour, du moins — l’avoir changé. Je n’aime pas ses vers, ni en général tout ce qu’il écrit. C’est pour moi bien du mystère pour des choses souvent assez ordinaires. Mais le retrouver, dans ses façons, tel que je le connus, cela me plaît. »

Je cherche, je ne vois pas présentement quel autre écrivain serait capable de donner des lignes aussi justes, aussi simples, aussi équilibrées, aussi suggestives. Le jugement sur l’œuvre (discutable) n’a pas offusqué20 le jugement sur l’homme.

Je voudrais, avant d’en finir avec M. Léautaud, citer encore quelques phrases de lui. J’hésite entre plusieurs, et je me décide pour celles-ci, afin de donner un exemple du « cynisme » de M. Léautaud :

« Dans un hôtel de l’avenue Daumesnil, on découvre dans sa chambre le cadavre d’un nommé Charles Verrier… Le meurtrier se fait prendre. C’est un ami de la victime. Il donne pour raison de son acte que, dénué de ressources, il a perdu la tête à la vue d’une somme de quatre cent cinquante francs qui restait à Verrier sur les appointements de son mois. Dieu me garde d’être jamais magistrat d’aucune sorte. Mais j’imagine, pour la circonstance, que je suis procureur de la République, chargé de requérir contre l’assassin. Je dirais aux jurés : — Messieurs, cet individu a tué un homme. Ce n’est pas une grande affaire. On en a tué tant d’autres, ces dernières années ! S’il n’y avait que cela, j’abandonnerai l’accusation. Mais l’accusé a tué pour quatre cent cinquante francs. Cela lui a paru une somme. Je demande la mort pour bêtise. »

Il fallait citer : à certains, ce ton persifleur semble puéril. On a pour M. Paul Léautaud du goût ou du dégoût. Ce qu’il écrit ne peut laisser indifférent ou neutre.

Benjamin Crémieux.


1       Le souvenir de ce brave homme, qui ne semble pas avoir laissé beaucoup de traces, survit grâce au Journal littéraire à la date du premier mars 1927 où nous apprenons qu’il est « rédacteur dans un journal de l’est » et écrit parfois dans un journal ayant pour titre L’Étincelle, « journal de Paris ».

2       Les Annales politiques et littéraires « Grande Revue Mondaine de la Vie Littéraire (avec des majuscules partout) paraissant le 1er et le 15 de chaque mois ». Fondateur : Adolphe Brisson (en 1871), directeur : Pierre Brisson (en 1925). 5, rue La Bruyère. Cette revue avait un grand succès auprès de la petite et moyenne bourgeoisie de province ; le ton de l’article le confirme. La revue paraîtra jusqu’en 1971 avec une interruption pendant la seconde Guerre mondiale.

3       L’Argus de la presse, créé en 1879 et existant encore de nos jours.

4       Benjamin Crémieux (1888-1944), docteur es lettres, critique littéraire et traducteur de l’Italien fera connaître Pirandello en France. Benjamin Crémieux est collaborateur de La NRF. Il est l’oncle de Jean-Louis Crémieux-Brilhac.

5       « L’individu recherche une époque tout agréable, où il soit le plus libre et le plus aidé. Il la trouve vers le commencement de la fin d’un système social. Alors, entre l’ordre et le désordre, règne un moment délicieux. » Paul Valéry, « Préface aux Lettres Persanes » de Montesquieu, 1926, reprise dans Variété II. (partie H, page 61 de l’édition de 1930).

6       Charles-Louis Philippe (1874-1909), poète et romancier, cofondateur de La Nouvelle revue française, surtout connu comme auteur de Bubu de Montparnasse (éditions de la Revue Blanche 1901).

7       Remy de Gourmont (1858-1915), romancier, journaliste et critique d’art, proche des symbolistes. Paul Léautaud a été son intime. Jean de Gourmont (1877-1928, cadet de 19 ans de son frère) sera salarié du Mercure de France.

8       Adolphe van Bever, (1871-1927), bibliographe et érudit. Léautaud et lui se sont rencontrés à l’école communale de Courbevoie et sont restés amis. Dans ses Entretiens avec Robert Malet, PL dira de lui : « van Bever, qui était un être d’une précocité étonnante et d’un naturel hardi, entreprenant, faisait des conférences. Il ne devait pas avoir plus de quatorze ou quinze ans environ et il organisait des conférences littéraires à la mairie de Neuilly. » Vers la fin du siècle, van Bever et Léautaud habiteront ensemble par économie. Adolphe, à ce moment-là est secrétaire au Mercure après l’avoir été au théâtre de l’Œuvre. À son départ en 1912, Léautaud occupera son bureau. En décembre 1999 ils publieront ensemble les Poètes d’aujourd’hui.

9       Celui d’Aurélie de Faucamberge (1869-1948), qui se faisait appeler Aurel. Elle a épousé successivement le peintre Cyrille Besset (1861-1902) et l’auteur dramatique Alfred Mortier (1865-1937). Aurel tenait salon au 20, rue du Printemps, dans le quartier de Wagram. Elle et son mari — surtout elle — seront longtemps les bêtes noires de PL. Voir un bref portrait dans André Billy, La Terrasse du Luxembourg, page 260.

10     Cette réflexion est apparue dans le Journal littéraire le huit février 1927 et est parue dans la « Gazette d’hier et d’aujourd’hui » du Mercure du quinze octobre de la même année, page 505 qui a été reprise dans Passe-Temps.

11     La vie de Léon Daudet (1867-1942), relève du roman-feuilleton et ferait de nos jours une série télévisée à succès. Il est difficile de la résumer en moins d’une page. Fils aîné d’Alphonse Daudet, Léon fréquente dès sa plus tendre enfance les grands noms de ce temps en même temps qu’il étudie au lycée Louis-le-Grand et poursuit des études de médecine quasi-complètes. Ses lectures, et ses fréquentations l’orientent rapidement à droite. Il fait partie des antidreyfusards les plus virulents, le conduisant à se brouiller avec certains amis de son père, comme Émile Zola. À 23 ans il épouse Jeanne Hugo (1869-1941), petite fille de Victor Hugo mais le mariage ne dure que quatre ans. Cette union lui fait approcher certains hommes de gauche. C’est de cette époque que datent ses premiers romans. Il écrit dans La Libre parole d’Édouard Drumont et fréquente les hommes de la droite la plus radicale. À la mort d’Alphonse Daudet, Léon hérite de la qualité d’exécuteur testamentaire d’Edmond de Goncourt et doit installer l’académie Goncourt en respect d’un testament dont il n’approuve pas tous les termes. Un procès le contraint. En août 1903 il épouse sa cousine Marthe Allard (1878-1960, fille d’Anne Daudet, sœur d’Alphonse), qui lui offre six enfants. Le premier est Philippe, dont nous reparlerons. En 1908, avec son ami Charles Mauras il participe à la fondation du quotidien L’Action française aux côtés d’Henri Vaugeois et Maurice Pujo. Daudet en est le rédacteur en chef, puis co-directeur en 1917 à la mort d’Henri Vaugeois. En novembre 1919, Léon Daudet est élu député de la Seine ; ce sera sa seule fonction politique officielle, dont il n’a pas conservé un bon souvenir. Le 24 novembre 1923, son fils Philippe, après une fugue, se suicide à l’âge de quatorze ans. Le fils ayant eu quelques liens avec les anarchistes, Léon Daudet lance dans L’Action Française du trois décembre la rumeur de l’assassinat de son fils, avec une virulence qui le conduit en prison. Après une rocambolesque évasion de la prison de la Santé, Daudet se réfugie en Belgique, avant d’être gracié en décembre 1929. Sa mort en juin 1942 l’a vraisemblablement empêché de connaître une nouvelle fois la prison à la Libération. Les milieux littéraires et journalistiques, toutes tendances confondues reconnaissent son indiscutable aisance de plume et talent de polémiste qui le rapprochent d’un Henri Béraud.

12     Henri Ier de Lorraine, troisième duc de Guise et deuxième prince de Joinville (1550-1588), défenseur des catholiques pendant les guerres de religion. Il a été assassiné par Henri III qui le considérait comme un rival. À sa mort, Henri III aurait prononcé la phrase apocryphe mais parvenue jusqu’à nous « Il paraît plus grand mort que vivant ! » Cet assassinat est curieusement resté célèbre de nos jours encore grâce à un important corpus artistique fait de peintures (Delaroche 1834), de films muets (trois, jusqu’en 1908) et même un poème de Jacques Prévert. En 1908 Camille Saint-Saëns a composé à cette occasion la première musique de film de l’histoire du cinéma pour la sortie de L’Assassinat du duc de Guise en novembre dans l’élégante salle Charras (quatre rue Charras, à côté du Printemps). Le duc de guise n’est pas cité dans Passe-Temps.

13     Jérôme Savonarole (1452-1498), influent moine prédicateur rigoriste et un poil excessif.

14     Giovanni di Pietro Bernardone (1181-1226), fils de marchands fortunés d’Assise, a été renommé François par son père en hommage à sa seconde épouse française (de Provence). L’adoption de ce prénom usuel a été facilitée par le fait qu’à cette époque son père, drapier, avait réalisé d’excellentes affaires en France. Suite à une longue maladie en 1204, « François » se convertit. Il fondera l’ordre des franciscains, revendiquant la plus grande pauvreté.

15     Cette locution très ancienne semble venir de Plaute (–254 -184) avant notre ère.

16     Socrate (-471 -399 avant), qui n’a laissé aucune autre trace que verbale est forcément placé au plus haut des philosophes. Selon Socrate, le bien (ou la vertu) étant une science (une connaissance), le mal ne peut se faire que par ignorance de cette connaissance (ou de cette vertu), donc involontairement.

17     Gazette du quinze juillet 1928.

18     Gazette du quinze juillet 1928. Le surnom est cruel ; on se souvient en effet d’Oronte venant présenter son sonnet L’Espoir à Alceste au premier acte du Misanthrope.

19     Journal littéraire au 19 mai 1926 et la rencontre à la NRF avec Valéry, perdu de vue depuis longtemps : « toute une conversation très amicale, comme si nous nous étions vus la veille. Moi-même nullement gêné. Il n’a pas changé de manières. Toujours les mêmes façons, les mêmes jeux de physionomie en parlant. Il rit, plaisante, se moque, comme autrefois. Le même langage aussi : c’est un con ! — merde, alors ! Toujours la même façon de parler, avec les lèvres un peu serrées. »

20     De nos jours nous dirions occulté mais le sens premier d’offusquer est « cacher la vue » ou « priver de lumière ». Le TLFi offre deux exemples : « ses cheveux blancs offusquaient son visage » (Chateaubriand) et « Les croisées (…) étaient mal jointes et les vitres offusquées par un mur haut et proche » (Anatole France).

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