La mort de François Coppée

« François Coppée (1842-1908), poète, auteur dramatique et romancier », disent les encyclopédies.

Comme bien des hommes de lettres, comme Paul Léautaud, François Coppée, fils de fonctionnaire et sans diplôme avantageux, a choisi l’efficacité en prenant un emploi de bureau, ce qui laisse l’esprit libre pour écrire sans contrainte.

Sa première œuvre publiée a été un recueil de poèmes réunis sous le titre de Reliquaire paru sous le sceau d’Alphonse Lemerre[1] en 1866 mais à compte d’auteur (171 pages).

Tout Coppée est dans ce titre et l’on pourrait presque s’arrêter là, on a compris. Voici le premier vers de Prologue (qui n’est pas le premier poème du recueil) :

Comme les prêtres catholiques,
Sous les rideaux de pourpre, autour
De la châsse où sont les reliques,

Brillent, dans leur mystique amour,
Les longs cierges aux flammes pures,
Fauves la nuit, pâles le jour,

En fait ce titre était tellement énorme, signifiant (il sera repris) qu’il fallait réagir et les titres suivants ont été Intimités chez le même éditeur l’année suivante — qui ne couvrit pas les frais (39 pages), et Poèmes modernes, toujours chez l’indispensable Alphonse Lemerre en 1859 (111 pages). On le voit, la production est néanmoins abondante et régulière dès les premières années et parmi elle, le recueil Les Humbles, de 1872 (Lemerre, 160 pages), qui recevra le prix Montyon[2], décerné par l’Académie Française.

Impossible de ne pas citer ces vers de La Nourrice, qui de nos jours mettraient le feu à la plus tiède des féministes :

Elle savait filer, coudre, arracher les herbes,
Faire la soupe aux gens et soigner le bétail.
La dernière à son lit, la première au travail,
Aux mille soins du jour empressée et savante,
C’était le type enfin de la bonne servante.

Prix Montyon, on vous dit. 1872, c’est l’année de naissance de Paul Léautaud et l’on croirait lire Charles d’Orléans.

Les recueils de poèmes vont se succéder ainsi toute la vie de François Coppée avec une rigueur admirable que n’aurait pas désavouée la servante que nous venons de voir.

Mais c’est surtout avec Le Passant, un acte (en vers, évidemment), que François Coppée va connaître la reconnaissance.

François Coppée dans le Larousse du XXe siècle

On ne confondra pas cet acte avec l’assez beau poème de 1911 portant le même titre :

Sous le bandeau trop lourd pour son front de seize ans,
Assise sur un trône aux longs rideaux pesants
Où l’orgueil brodé d’or des blasons s’écartèle,…

La pièce sera donnée à l’Odéon, qui était à l’époque une salle de la Comédie-Française administrée par l’ancien journaliste Félix Duquesnel. La création aura lieu le 14 janvier 1869 avec Sarah Bernhardt dans le rôle masculin de Zanetto et Agar (Léonide Marye Charvin 1832-1891) dans celui de Sylvia, les deux seuls personnages de la pièce. Le succès sera grand pour les deux actrices, moins pour la pièce. Pour le comprendre, il n’y a qu’à la lire. Ce sera néanmoins le vrai début de Sarah Bernhardt et, évidemment — tout le monde y pense — sa préfiguration du rôle de L’Aiglon 31 ans plus tard.

Cette même année 1869, François Coppée entre au Sénat comme bibliothécaire[3] mais y restera peu et rejoindra deux ans plus tard les archives de la Comédie-Française[4], sinécure pourtant bien moins avantageuse. Mais c’est, dit-on, pour laisser la place à Leconte de Lisle[5], de vingt-quatre ans son aîné.

La deuxième pièce de François Coppée, Deux douleurs, un autre acte en vers à trois personnages (une trentaine de pages), fut présenté à la Comédie-Française le 20 avril 1870. Puis ce fut la guerre, en juillet, où l’auteur courut s’engager.

Après la guerre François Coppée et tous les autres écriront plusieurs drames de circonstance, qui sont rarement de jolies choses, tous auteurs confondus. Toutes les périodes d’après-guerre se ressemblent et se succèdent en deux temps, celui — assez court — où l’on veut rendre hommage aux morts et celui, bien plus long, où l’on souhaite les oublier. La première période n’est jamais propice à l’art.

Puis ce fut le drame de Severo Torelli. Qui se souvient de cela ? plus grand monde, et les mémoires sont incertaines. Certains (Le Temps, Davenay dans Le Figaro, Mealy, dans Comœdia…), pourtant le lendemain de sa mort, affirment que François Coppée démissionna de son poste de conservateur de la Comédie-Française en 1883 lorsque le comité de lecture refusa son Severo Torelli, drame en cinq actes et en vers. Pourtant ce drame fut joué, on le sait, dans la salle de l’Odéon, dirigée alors par Charles de La Rounat. C’était le 21 novembre 1883, dans une mise en scène de Paul Mounet[6], avec Aimée Tessandier[7]. Pas une mince affaire, donc, pas un de ces spectacles bâclés programmés en juin avec des débutants, quand les salles se vident. Ou pour le théâtre de verdure d’on ne sait où. Non seulement la pièce fut jouée mais dût avoir du succès puisque Louis Feuillade en fit un film de 66 minutes pour Léon Gaumont en 1914 avec Musidora[8].

En lisant la nécrologie de François Coppée dans les « Échos » du Mercure du premier juin 1908 (page 174), non signée mais — nous l’apprendrons plus bas — de la plume de Paul Léautaud, on apprend que « un incident avec l’acteur Coquelin[9] l’amena à donner sa démission de bibliothécaire à la Comédie-Française. » Voilà qui est plus vraisemblable.

À cette seconde époque, François Coppée était connu, célèbre. En février 1884 il est élu à l’Académie française. Là est plus vraisemblable la raison de sa démission des archives de la Comédie-Française. On peut aussi penser que Severo Torelli étant un four, il n’aurait pas été élu. Ou pas tout de suite.

Lire la notice de François Coppée sur le site de de cette vénérable maison donne le vertige, on la croirait écrite à l’époque : « En 1898, il entra dans la politique militante à l’occasion du procès célèbre. » Que l’Académie française dans sa totalité (et François Coppée avec elle) aient été vent debout contre Alfred Dreyfus est encore, un siècle plus tard, difficile à écrire semble-t-il. On préfère écrire « [François Coppée] défendit par la plume et par la parole, avec une généreuse ardeur, les institutions militaires, religieuses et sociales qui étaient attaquées avec violence [9b]. » Parce qu’Alfred Dreyfus, lui, était attaqué avec douceur, on s’en souvient bien.

Hélas oui, François Coppée et quelques autres[10], mais lui au premier rang, fonda, le dernier jour de 1898, la Ligue de la patrie française en réaction à la fondation de la Ligue des droits de l’homme en juin. L’une est bien oubliée, l’autre demeure, c’est toujours la même histoire.

Avec le romantisme de cette époque, Il se disait être « la dernière grisette ». Notre siècle a un peu de mal à le suivre dans ces aimables naïvetés.

François Coppée est mort moins de dix ans plus tard, le 23 mai 1908, d’un cancer de la gorge, semble-t-il. Il était gros fumeur. Paul Léautaud a évoqué sa mort, comme pour Marcel Schwob, Charles-Louis Philippe ou Guillaume Apollinaire, dans son Journal littéraire à cette date du 23 mai 1908 et les quelques jours suivants.

À la fin de 1934 l’idée vient à Paul Léautaud de publier des extrais de son Journal littéraire. Un extrait de ce qu’il nomme le « Journal Gourmont » est paru dans La NRF de décembre et il pense à la partie concernant la mort de François Coppée. Le texte paraîtra dans le Mercure du 15 mai 1935. Il est reproduit ici tel que publié dans la revue, entre la page 32 et la page 49.

Signature de François Coppée pour son dernier article de Comœdia

* * *

Samedi 23 Mai 1908

Coppée est mort cette après-midi, vers deux heures. Cinq jours après sa sœur[11]. Une agonie de cinq heures d’étouffements[12]. J’ai appris cela en arrivant au Mercure, à 4 heures, par Retté[13], qui venait de la rue Oudinot[14], où il était allé pour le voir. Un grand désir m’est venu de le voir mort, ce désir que j’ai chaque fois que meurt quelqu’un que je connais, le besoin irrésistible de voir la grimace qu’il fait, de regarder cela de près, et je suis allé rue Oudinot, pour voir s’il y avait moyen d’entrer. J’aurais eu Larguier[15] sous la main, sûrement j’aurais réussi à entrer avec lui. Rue Oudinot, je suis d’abord resté devant la porte, n’osant guère me risquer. J’ai ensuite questionné un monsieur qui venait d’entrer et qui ressortait. Il paraît qu’on ne recevait personne[16]. J’ai vu arriver des individus, serviette sous le bras, allures de clercs de notaire, ou peut-être tout bonnement de commis de pompes funèbres, et entrer près d’une demi-douzaine de prêtres. J’avoue que cette invasion religieuse m’a un peu refroidi. Un chat se promenait dans la cour, et j’ai pensé aux chats de Coppée, sept, je crois, et à ce qu’on va bien pouvoir faire d’eux. Je me suis aussi amusé à regarder jouer aux cartes, chez le petit marchand de vins au coin de la rue Rousselet, ce petit vieux bonhomme qui ressemble, de profil, de façon si frappante à mon père, avec une petite calotte de drap comme lui, le même nez, la même moustache, la même coloration du visage. Tous les jours que j’ai vécus rue Rousselet pendant trois ans me revenaient aussi.

Après une demi-heure de flânerie ainsi, j’ai vu sortir de chez Coppée Gauthier-Ferrières[17] qui m’a salué, que j’ai salué et qu’enfin j’ai abordé, nous connaissant assez de vue l’un et l’autre, pour que cela ne puisse pas l’étonner outre mesure. Je l’ai mis au courant de mon désir, tâté pour savoir s’il y avait moyen de réussir, sinon aujourd’hui, du moins demain. Il n’y avait, il n’y a rien à faire. La famille est là qui garde le mort et il paraît qu’on va tout de suite transporter Coppée à l’église, où on se réunira pour les obsèques. Gauthier-Ferrières avait été prévenu par dépêche et il a passé auprès de Coppée un bon moment. Il m’a dit qu’il est redevenu très beau dans la mort.

Je disais à Gauthier-Ferrières que l’existence de Coppée, depuis un an, est vraiment une fin de vie lamentable. Il m’a raconté que jusqu’en décembre dernier, Coppée était assez résigné à mourir, ne voyant nulle chance d’en sortir. Puis l’illusion lui était revenue. « Je guérirai, disait-il, je guérirai. Je resterai infirme, voilà tout. » Il entendait par là qu’il serait désormais privé du langage, par suite de l’atrophie de sa langue, sous l’effet du cancer. La mort même de sa sœur n’avait pas atteint cette illusion. Il s’était même commandé un nouveau vêtement pour porter le deuil de sa sœur « dès sa première sortie », comme il disait, qu’il entrevoyait assez prochaine. Aujourd’hui même, le tailleur était venu lui livrer ce vêtement.

Nous avons ensuite parlé de la prochaine brochure du Mercure, que Coppée ne verra pas, comme il en avait témoigné le désir à Ferrières. Il est vrai qu’il ne devait pas être à un document près de cette sorte, étant donné qu’on a tant écrit sur lui. Nous avons parlé du portrait à mettre dans cette brochure. Ferrières a su, par Vallette, que j’ai une photographie intéressante, rare. Nous en reparlerons.

Nous nous sommes quittés au coin de la rue de Sèvres et du boulevard Montparnasse, notre conversation s’étant passée de la porte de Coppée jusque-là, en marchant. Ferrières était avec Landry[18], l’ami de Huysmans. Je l’ai su parce que je lui ai demandé si ce monsieur n’était pas Landry, et un autre monsieur. Ils allaient faire une visite.

Je pensais à Gauthier-Ferrières, pendant qu’il parlait. Sous ses airs affligés, il devait certainement penser à l’actualité de sa prochaine brochure du Mercure, au souvenir que Coppée lui a peut-être laissé, aux souvenirs, aux détails personnels qu’il a sur le mort, à la petite importance que lui donne en ce moment sa qualité d’intime, de familier. Je lui en ai dit un mot. « Il faut bien parler de cela, puisque la littérature ne perd jamais ses droits. Vous allez sans doute compléter votre brochure ? N’est-ce pas, maintenant, c’est une chose close. » C’est bien son intention.

Après l’avoir quitté, je suis revenu rue Oudinot, dans l’espoir de rencontrer peut-être Larguier. Ne le voyant pas, je me suis décidé à rentrer dîner, après avoir mis à la poste la lettre que j’avais préparée au Mercure, pour lui dire mon désir de voir Coppée mort, et lui demander, s’il croit qu’il y ait moyen, de venir me chercher demain matin.

Je pensais, en revenant, que c’est une curieuse impression, celle de la mort d’un homme qu’on a connu, au moins de vue, qu’on a rencontré si souvent, l’impression de la disparition, de la suppression. On le revoit comme on le voyait, tel qu’il était, avec son allure, ses tics. Coppée, par exemple, marchant avec l’air de retomber tour à tour sur chaque jambe, l’air mélancolique, parlant tout seul, comme s’il se récitait des vers, faisant même quelques légers gestes d’une main, d’un bras, le dos un peu voûté, balançant les bras, la tête suivant les mouvements du corps, la bouche serrée, les yeux si bleus, si fureteurs dans son teint de brique, la bouffée de fumée de la cigarette, sa façon d’enjamber le pas de sa porte cochère rue Oudinot, de parler seul en marchant. Puis, tout d’un coup, un trait sur tout cela, biffé, enlevé, disparu. Quand je songe qu’il n’a tenu qu’à moi de contenter mon grand désir de le connaître, malgré ses histoires de Patrie et de Bon Dieu. Je suis certainement loin d’être fou de tout ce qu’il a écrit, prose ou vers, bien que certaines parties n’en soient pas laides, et me plaisent assez, le côté parisien, léger, flâneur, gamin de Paris, les tableaux de quartiers, les souvenirs du vieux Paris, une sorte d’ironie, de blague, plutôt, sentimentale, quand ce n’est pas trop délayé, pleurnichard, « papa, maman, mes sœurs », ni gâté tout à coup par une poussée de vulgarité, ce ton « petites gens » auquel on aurait vraiment dit qu’il s’appliquait. C’était plutôt l’homme, mis à part son cocardisme et sa bigoterie, dont je crois qu’il ne parlait jamais. Il y avait là quelque chose de physique. Il avait un visage qui me plaisait, la sorte de visage que j’aime chez un homme. Je le rencontrais et le regardais avec plaisir. Il me plaisait, et toutes ses idées m’agaçaient. Curieux mélange. Enfin, maintenant, il n’y a plus à y revenir. Le Passant est passé. On le jouait encore hier soir à la Comédie, Le Passant[19].

Cette mort est tout de même un événement. Les journaux de ce soir en sont remplis : « Le grand écrivain », « le grand poète ». Comme ils y vont ! Nous verrons cela dans quelques années. Certains journaux en ont même composé toute leur manchette : La mort de François Coppée, en caractères énormes. Toujours l’allusion au visage napoléonien. Les phrases finales d’un article de L’Intransigeant ne sont pas mal :

« On ne verra plus, sur cette belle face de proconsul, le sourire des lèvres minces répondre au sourire des yeux. La bouche s’est tue, les yeux se sont clos à jamais, et le cœur du poète ne palpite plus que dans son œuvre[20]… »

Morisse me racontait, cette après-midi, un mot de Coppée, dit par lui à Samain[21], sur Mendès : « Mendès, ce vieux page doublé d’un vieux juif. »

Au lieu de passer ma soirée à rêver sur tout cela, il me faut faire dare dare le critique dramatique[22], au moins huit pages du Mercure, à mettre à la poste demain dimanche, avant 6 heures, directement pour Poitiers[23].

Dimanche 24 Mai

J’étais en train de travailler à ma Chronique, ce matin, à 10 heures, quand Larguier est arrivé, pour m’emmener chez Coppée. En bas une voiture, où attendait Derennes[24], et nous sommes partis rue Oudinot. Mon désir n’a pas été réalisé. Coppée a défendu qu’on le laissât voir. On n’a fait exception, malgré cette défense, que pour ses familiers, les jeunes écrivains habitués de ses samedis, et Larguier et Derennes seuls ont pu entrer le voir, quelques minutes, pendant que j’attendais dans une petite salle à manger. Le secrétaire, Couturier[25], que j’ai rencontré bien souvent sans savoir qui il était, m’a présenté ses regrets et j’ai dû m’excuser moi-même.

Toute la maison, d’après le peu que j’en ai vu, est très simple, très « petit bourgeois ». Pas d’objets d’art. De vieux meubles acajou et tapisserie démodée, de vieilles petites peintures fades. Seulement, dans la salle à manger et le salon, des bustes, des portraits de Coppée à différentes époques. De la chambre mortuaire entr’ouverte pour l’entrée de Larguier et de Derennes, un miaulement de chat s’est fait entendre. Un autre se promenait du côté de la cuisine, que j’ai caressé. J’ai surtout remarqué un portrait de Coppée, une peinture, enfant, vers neuf ans[26], coiffé aux enfants d’Édouard[27] (un très joli enfant, les mêmes traits fins, les mêmes doux yeux), et un autre portrait, une peinture également, Coppée probablement à dix-neuf ou vingt ans, une chevelure énorme, le visage très maigre, très « Premier Consul » avec le bleu très marqué de la barbe rasée, une vraie physionomie de jeune comédien[28], comme en offrent certaines photographies de l’époque. Son « Iconographie » littéraire a dû commencer très tôt. Le buste en marbre de la salle à manger reproduit le Coppée de ma petite photographie, à l’époque ou peu après l’époque du Passant.

Larguier et Derennes m’ont dit que le spectacle de Coppée mort est affreux. « Plus rien. »

Au bout d’un quart d’heure, nous sommes partis et sommes allés passer un moment à la Closerie des Lilas[29]. « Maintenant, il sait à quoi s’en tenir », s’est mis à dire Larguier. « Comment, lui ai-je dit. Il me semble que nous savons aussi à quoi nous en tenir. Vous ne croyez pas qu’il y ait à en douter, je pense ? — Hé, hé, a-t-il repris, je ne sais pas. C’est très mystérieux. Il y a peut-être quelque chose. — Eh bien ! lui ai-je dit, je ne suis pas comme vous, et je mettrais bien ma main au feu qu’il n’y a rien. Toute la vie l’enseigne, il me semble. La naissance est un phénomène physique, la vie en est un autre, et la mort un autre encore. Si vous croyez que je me sens rabaissé à l’idée que je suis né d’un accouplement semblable à celui des animaux et que je mourrai comme un animal. Non. Je trouve cela tout aussi grand, pour ne pas dire plus, que vos histoires de bigoterie. C’est encore de la rhétorique, tout cela, la rhétorique de l’existence, la manie des gens qui mettent des phrases sur tout. » Derennes, lui, était tout à fait avec moi.

J’ai ensuite quitté Larguier et Derennes et suis rentré. Longs articles dans les journaux, des portraits, anciens, récents, jusqu’au portrait du Coppée décharné de L’Illustration, en mars dernier. Un article de Lemaître[30] dans L’Écho de Paris[31], dans lequel il y a des traits justes. À côté, quelle pauvreté, cette lettre de Coppée à propos de la mort d’un officier au Maroc, « Notre grand Déroulède », « Mort au champ d’honneur », « Honorons de tels morts », « Héros français », etc., etc. Est-il possible qu’un homme qu’on disait avoir de l’esprit en soit arrivé là, à être aussi bête ? Aussi ce que Lemaitre raconte de ses satisfactions chrétiennes, à propos de la bénédiction du Pape. C’est lamentable. Il n’y a pas d’autre mot.

Un petit article du Journal donne des détails sur les derniers moments[32]. Coppée a très bien senti, Gauthier-Ferrières me le disait hier, qu’il allait mourir. Sa langue paralysée depuis plusieurs mois, il a fait comprendre par gestes que la fin approchait. Il a demandé de quoi écrire, et demandé qu’on aille lui chercher le vicaire de Saint-Sulpice. Depuis six mois, il a, paraît-il, extrêmement souffert. Une vie si heureuse. Quelle fin lamentable. Il est difficile de n’être pas pitoyable à une telle souffrance physique. Sans la bondieuserie, il y aurait eu une certaine beauté dans cette mort, douloureuse, presque solitaire.

En réalité, il était bien resté le « petit bourgeois ». Rien ne l’avait changé, ni les succès, ni, les honneurs, et cela est plutôt à son éloge, gardant toutes les traces de son origine, disant « une homme », je l’ai entendu prononcer ainsi à l’inauguration du monument Sainte-Beuve, au Luxembourg[33], mangeant sur une toile cirée. La fortune ne lui avait même pas donné le goût d’un peu de luxe, l’idée du beau linge, d’une belle nappe fine, qui rend un repas plus agréable. Signe d’une médiocrité innée, cela. Une vie heureuse, après tout. D’abord l’enfant délicat, maladif, choyé par toute la famille, puis le jeune homme, beau, presque tout de suite célèbre, aimé des femmes, poussé par elles, marchant d’honneurs en honneurs, restant attaché au milieu dans lequel il était né, n’en reniant rien. Il y a là une simplicité assez jolie, tout à fait belle, même.

Que la qualité de sa poésie soit un peu basse, c’était quand même un poète, plus poète que Heredia[34] et que Sully Prudhomme[35]. Il avait rendu la rue Oudinot célèbre. Maintenant, c’est un lieu commun littéraire qui va disparaître. On démolit beaucoup dans le quartier. On mettra sans doute bientôt bas sa maison pour élever à la place une grande bâtisse modem-style[36]. Il ne restera plus rien de ce cadre célèbre et charmant, la vieille cour, le petit pavillon défraîchi sur la droite, les petites pièces modestes, l’étroit jardin parisien.

Lui-même, c’est quelque chose d’un quartier de Paris qui s’en va, comme une vieille et jolie maison mise à bas. Il était tout le quartier, et son homme célèbre et aimé. On ne le rencontrera plus, le soir, vers cinq heures, montant la rue Rousselet et passant rue de Sèvres pour aller au Café des Vosges, et attablé là comme un bon bourgeois, ni le dimanche après-midi sur le boulevard Montparnasse, du côté de la rue Delambre[37], où habitait sa maîtresse, fin, simple, distingué, l’air rêveur et mélancolique, avec ce visage que tout le monde connaissait et qui faisait s’arrêter et se retourner tout le monde.

Où est le temps de la rue Monsieur-le-Prince, quand j’avais dix-neuf ans, que j’écrivais des vers coppéens, que je venais flâner rue Oudinot, et regarder, de la porte, la maison du maître ?

Quelle émotion quand je le vis pour la première fois. Je me rappelle très bien. C’était une après-midi, probablement un jeudi, jour de Séance académique. J’étais avec van Bever en train de bavarder avec ce bouquiniste, que je connais toujours, auquel nous vendions des livres de temps en temps. Sans doute, nous parlions de Coppée. Il me dit tout à coup : « Tenez, le voilà, votre grand homme ! » Je quittai tout pour courir le regarder. Et je dis que je n’ai jamais été jeune !

J’ai beaucoup aimé, à un autre moment, Mallarmé[38], Barrès[39]. Pas le quart à ce point. Un seul homme aurait pu me faire le même effet, Stendhal.

Je me rappelle un autre détail amusant. Après avoir commencé à me raser tout le visage, quand j’avais dix-sept ans, pour satisfaire mon père, j’avais laissé pousser ma moustache quand je me trouvai avoir quitté Courbevoie pour vivre à Paris. Quand j’ai vu Coppée comme je viens de le dire, je recommençai à me raser tout le visage par amour pour lui.

J’écrirais un bel article sur tout cela, si je savais où le placer. Je l’écrirai peut-être un jour, quand j’en serai à cette partie de mes souvenirs.

L’assemblée des Sociétaires a examiné hier la question du Foyer. La pièce sera jouée en octobre, avec la distribution primitive[40].

Lundi 25 Mai

Encore quelques articles sur Coppée dans les journaux de ce matin. On cite quelques-uns de ses derniers « mots ».

M. Lépine[41], préfet de police, lui avait envoyé un coupe-file pour l’année 1908. Coppée, ayant ouvert l’enveloppe, considéra un instant le petit carton qui enjoint aux agents de « permettre à sa voiture de couper les files », eut un sourire qui dissimulait mal une angoisse et dit :

— M. Lépine m’envoie mon coupe-file ! Il sait pourtant bien que les corbillards circulent librement dans les rues, et je ne sortirai pas d’ici dans une autre voiture…

Et celui-ci, surtout, digne d’un Heine[42] :

M. l’abbé Mottet[43] rappelle ce mot :

« Quand Mlle Annette mourut, Coppée soupira : “C’est une répétition générale !” »

La mise en bière et le transport à Saint-François-Xavier ont eu lieu hier soir. Le récit de cela dans les journaux est un monument, avec l’arrivée de Déroulède[44], mettant Coppée au cercueil, lui plaçant sur la poitrine une médaille d’Alsace et de Lorraine, insigne de la Ligue des Patriotes, etc. Un grotesque achevé. Sa conversion, sa bigoterie, ses couplets patriotiques, ses phrases sur « notre grand Déroulède ». C’est décidément à douter que Coppée ait jamais eu la moindre intelligence. C’est bien ce que je disais, le petit bourgeois, le petit rentier, vaguement bondieusard, qui pleure aux mélos, qui salue le drapeau et qui suit les régiments. Pendant un certain temps, tout cela était un peu atténué par une certaine ironie, une certaine blague. Un beau jour, cela s’est cristallisé. Il y a cru pour de bon. C’est devenu sérieux, et tout à fait bête.

Ce matin, au Mercure, Vallette a parlé de faire un Coppée et nous avons cherché qui pourrait bien le faire. Un Coppée bienveillant, sans parti pris. Le Mercure a dit depuis longtemps à Coppée toutes ses vérités. Recommencer maintenant qu’il est mort serait doublement inutile. Nous n’avons trouvé personne. Régnier, il n’y a guère moyen, à cause de ses histoires académiques. Quillard[45], ce serait l’éreintement. Gourmont[46], encore plus. Il faut plutôt un poète. On y a donc à peu près renoncé. À un moment, Fontainas[47] est arrivé. Vallette a eu l’idée de lui demander l’article. Heureusement, Fontainas s’est dérobé. Fontainas écrivant un article sur Coppée, le « démolissant », le malheureux ne se doute certainement pas que ce sont des vers comme les siens qui font aimer les vers de Coppée.

Vallette m’a demandé de lui faire tout de suite un Écho pour le prochain numéro. Devant son insistance, il m’a bien fallu dire oui. J’ai écrit cela tant bien que mal après déjeuner, en courant. J’ai terminé par le joli mot de la Répétition générale[48].

Les articles de Coppée sur les jeunes écrivains n’ont pas toujours eu la vertu de celui qu’il écrivit sur Aphrodite[49]. Vallette me racontait, cette après-midi, l’histoire de l’article de Coppée sur Charles Guérin[50]. Guérin alla le voir pour le remercier. « Eh bien ! lui dit Coppée, j’espère que ça a fait quelque chose, hein ? qu’il y a eu un résultat ? » Il entendait par là que l’article avait dû faire monter la vente. « Oh ! certainement, répondit Guérin. Il est parti une édition. » C’était pure politesse. On n’avait pas vendu un seul exemplaire.

J’ai eu besoin d’aller, ce soir, chez mon ancienne blanchisseuse, Mme Lallemand, 17, rue Rousselet. Elle m’a souvent parlé de Coppée, qu’elle a beaucoup connu autrefois, quand il habitait rue des Feuillantines[51], tout à côté d’Agar, chez qui il était tout le temps fourré. Mme Lallemand habite 17, rue Rousselet, depuis presque aussi longtemps que Coppée rue Oudinot : 28 ans et lui 34 ans. C’est dire si elle a continué à le voir, à le rencontrer, bien qu’il ne la reconnût plus. Je parlais avec Mme Lallemand de l’existence de noce de Coppée, femmes, maîtresses utiles, comme Agar, la Princesse Mathilde[52]. Histoires de bordels également. Par exemple, Tessandier, tirée par lui d’un « bazar », selon le terme dont se sert Mme Lallemand, et lancée par lui au théâtre. Mme Lallemand m’a raconté ceci. À une certaine époque, il y avait rue de Sèvres, au coin de la rue Pierre-Leroux, un marchand de vins, un vrai zinc, tenu par une femme assez montante de ton, très affichée, fort belle créature, des accroche-cœur plein le front, à laquelle Coppée faisait la cour de très près, ne quittant pas la boutique, aux chuchotements de toutes les commères du quartier, scandalisées de voir un homme célèbre s’afficher ainsi dans un « mannezinc[53] ». C’était un vrai « chand de vin[54] » avec la devanture à barreaux de fer, comme il en existe encore quelques-uns.

Amusante bonne femme, Mme Lallemand. Le vieux gavroche de Paris, en femme. Tout à fait petit peuple, admirant Déroulède, lisant Rochefort[55] avec dévotion, parlant de la « patrie » la bouche en cœur, avec des trémolos dans la voix. Avec cela, gouailleuse, blagueuse, argotique, un peu voyou. Presque la mentalité de Coppée, au talent littéraire près. Une vieille grisette comme lui.

Une jolie déformation aussi de Mme Bellevaux, mon ancienne concierge, me parlant de Coppée malade chez les Frères Sergents de Dieu (Saint-Jean-de-Dieu).

Un phénomène, sans s’en douter, cette Mme Bellevaux. Née dans le quartier. Jamais sortie de l’espace compris entre la rue de Grenelle, la rue de Rennes, le boulevard Montparnasse. Le reste de Paris complètement inconnu pour elle.

Mardi 26 Mai

Ce matin, enterrement de Coppée. Un monde considérable, tenant toute la largeur, chaussée et trottoirs, du boulevard, devant Saint-François-Xavier[56]. On faisait queue pour entrer dans l’église. Devant moi, deux vieilles femmes pressées, bousculées. Comme quelqu’un les invitait à se retirer de cette cohue : « Non, mais non, répondit l’une d’elles. Il s’est bien fait serrer pour les petites-sœurs, lui, quand on les a expulsées. Nous pouvons bien nous faire serrer pour lui. » Finalement, les grilles ouvertes toutes grandes, tout le monde est entré à son gré. Entré un moment à l’église, juste le temps du début de la cérémonie religieuse. Devant moi, debout, une de mes anciennes voisines de la rue Rousselet disait son chapelet. Je suis ressorti bientôt, l’atmosphère intenable, et la fatigue d’être ainsi debout, sans point d’appui. Attendu sur le parvis de l’église, au milieu des gens. Il y avait là autour de moi Vogüé[57], Haussonville[58], Bourget[59], Mendès, Régnier, Descaves[60], Forain[61], Montesquiou[62]. Quelques vieux Parnassiens : Dierx[63], Mérat[64], « les trains de marchandises » qui ne sont pas arrivés. Plus loin, les gens de la Ligue des Patriotes. Bourget pleurait. J’en fis, un moment après, la remarque à Régnier : « Bourget ? Il pleure toujours. Ça n’a pas d’importance. Il pleure pour un rien, en lisant un article, en prenant du thé. C’est une fontaine. » Comme je faisais remarquer à Régnier toute la sorte de monde qu’il y avait là : « Tout Montparnasse est là. — Tout le Parnasse et tout Montparnasse », me répondit-il. J’ai aussi montré Gregh[65] à Régnier : « Notre ami Gregh est là. » Régnier m’a raconté que Gregh a eu dernièrement ce mot, devant toutes ces morts d’académiciens : « Ils vont trop vite. » Le fait est que si le renouvellement de l’Académie se poursuit avec cette rapidité[66], il ne s’y trouvera plus bientôt que des gens qui lui seront hostiles.

À un autre moment, j’écoutais Forain et Boni de Castellane[67] bavarder. Castellane expliquait à Forain ce qu’il faudrait que fût, selon lui, l’homme politique. Un homme qui s’attacherait à plaire à tous les partis, à se bien faire venir de chacun, à avoir l’air de les servir tous, et qui, un jour, quand il serait arrivé au pouvoir, les démasquerait tous et ne serait plus qu’un honnête homme, et intransigeant avec l’honnêteté et l’intérêt du pays. Il fallait voir le visage de Forain pendant ce temps, ce visage où tout est si malicieux, semble sourire et se moquer[68], les yeux, le nez, la bouche, le menton, les moindres plis, les moindres rides… « Imbécile, imbécile, imbécile », semblait-il dire à l’autre. Quand Castellane eut fini : « Non, mon cher, ce n’est pas possible. Vous oubliez trop la réalité. Quand un homme a du caractère, il en a dès le début et il ne peut pas ne pas le montrer. C’est là une force plus forte que lui. » Vers la fin de la cérémonie religieuse, Drumont[69] et Déroulède[70] sont sortis de l’église et descendus sur le parvis. Très entourés, Bourget conversant avec Drumont. L’apparition de ces deux individus m’a un peu donné l’envie de m’en aller. Je suis pourtant resté, par curiosité.

À onze heures, la cérémonie religieuse était terminée. On a sorti le corps pour l’installer dans le corbillard. Cela a bien demandé un bon quart d’heure, à cause de la foule devant la porte, dans l’église. Barrès était dans la délégation académique, dont je n’ai pu apercevoir les autres membres. Au moment de partir pour le cimetière[71], un court incident, que m’a raconté après, Hirsch, pendant que nous défilions au cimetière. Les gens de la Ligue des Patriotes ont grossièrement revendiqué la première place… « Aujourd’hui, nous sommes chez nous, ici. » Les membres de l’Académie ont dû céder, et même se retirer. Aussitôt, la délégation, comme ceux qui étaient venus à titre privé, ont quitté le cortège, et au contraire de ce qui se passe d’ordinaire pour un académicien, le Bureau de l’Académie n’a pas été jusqu’au cimetière. À partir de ce moment, cela a été un vrai désordre. Drumont et Déroulède marchaient en tête, tout de suite derrière le docteur Duchastelet[72], conduisant le cortège, suivis des gens de leurs bandes. Les journaux ont cité comme présents des gens que je n’ai pu voir, France, Mirbeau, etc.[73] Sans doute, ont-ils quitté, eux aussi, à l’église. J’ai suivi, en dehors du cortège, sur le trottoir, avec Jean de Gourmont[74]. Nous avons laissé entrer le cortège dans le cimetière[75], avons attendu un moment, assis à la porte sur un banc, à écouter des commères bavarder. Sur tout le parcours, des camelots vendaient une carte postale. La dernière photographie de François Coppée, fort ressemblante. Après un moment, nous sommes entrés dans le cimetière et avons dû prendre la suite de la queue, pour passer devant la tombe. Il y avait là Moréas[76], Gregh, Cazals[77], Paul Fort[78], Albert Lambert père[79], etc. Je me trouvai à côté de Hirsch, Mendès quelque part devant. Je me demandais en moi-même ce que je faisais là, comme je me l’étais déjà demandé le matin, avant de partir, comme je l’avais également demandé ensuite à Jean de Gourmont. « Qu’est-ce que nous faisons là, voyons ? dis-je à Hirsch. Pour moi, je serais bien embarrassé de le dire. Fort, je le comprends. C’est un poète. Mais nous ? — Moi, je le sais, me dit Hirsch. Je suis venu, parce que c’était un brave homme. » Conversation ensuite sur le désordre du cortège, les places usurpées par les gens à Déroulède et Drumont, alors que le plus ancien ami de Coppée, Mendès, était là, à la queue, au milieu de nous. Appréciations de Hirsch sur Coppée, vrai poète, un des derniers modèles, d’accord là-dessus avec moi, du véritable homme de lettres, et qu’imitent, et à qui retournent, disait Hirsch, de nombreux nouveaux poètes, sans avoir son souci de la forme. Je racontai ensuite à Hirsch le mot de Coppée sur Mendès : Un vieux page, doublé d’un vieux juif. Hirsch m’en a raconté un de Mendès sur Coppée qui est vraiment une petite merveille. Un jour, Hirsch se trouvait avec des camarades de son âge avec Mendès. On parlait de Coppée. Tous les jeunes se trouvaient d’accord pour l’éreinter, poliment, quand même l’éreinter. Mendès les laissait dire, en souriant, leur répétant de temps en temps qu’ils avaient tort, qu’ils ne voyaient pas la beauté, l’art, etc. À la fin, agacé, Hirsch se mit à lui dire : « Allons, mon cher maître, vous exagérez. La poésie de Coppée… c’est de la poésie de concierge. — Hé ! répondit Mendès, le cordon est en or ! » Hirsch m’a appris en même temps que je suis éreinté en sa compagnie dans La Phalange[80], lui sous le nom du « Père de Nénesse », moi sous celui du « Fils de petite amie », à propos de nos critiques des poètes de La Phalange. Le père Lambert faisait des discours sur les beaux vers de Coppée, et sur les jeunes poètes d’aujourd’hui qui « détruisent le vers ».

Hirsch m’a dit que Mendès a vu Coppée sur son lit de mort. Un spectacle affreux. Décharné comme un vieil évêque. Je n’ai pu m’empêcher de rêver, à l’idée de cette entrevue du survivant avec le mort. Les deux camarades, 1863 à 1908. 45 ans d’amitié. C’est un bail, cela.

J’aurais bien voulu voir la maîtresse de Coppée[81]. Je n’ai vu aucune femme que je puisse supposer être elle. Auprès de la tombe, il y avait une couronne avec l’inscription : François Coppée-Sylvia-Marie. Est-ce elle ? Aucun représentant du Ministre, aucune délégation de la Comédie-Française, ou alors sans rien d’officiel. Les partis pris politiques aveuglent, décidément. Nationaliste, clérical, etc., Coppée n’en était pas moins un écrivain célèbre, membre de l’Académie. C’est assez l’usage que le Ministre de l’Instruction Publique se fasse représenter à des obsèques de ce genre. Il est vrai que la littérature était bien représentée par Déroulède.

L’après-midi, Moréas est venu flâner au Mercure. Je lui ai raconté que Bourget pleurait ce matin. Il s’est mis à rire. « Eh bien, il est plus jeune que moi. Moi, je ne peux plus pleurer. La dernière fois que cela m’est arrivé, il y a six ans, un jour, en lisant des vers de Racine. J’ai pleuré de plaisir, vous comprenez, d’émotion. » Je comprends ces larmes. Moréas est vraiment d’une simplicité charmante. Jamais la moindre affectation dans ses paroles, la moindre pose. Le ton, les manières d’un camarade. Il a une grande clairvoyance poétique, malgré certains partis pris. La Liberté[82] a donné son avis sur Coppée. C’est plein de choses très justes.

Moréas regardait sur mon bureau les épreuves de l’ouvrage d’Havelock Ellis[83], Études de Psychologie sexuelle, dans lequel se trouve reproduit un passage de Stendhal sur la Pudeur. « Vous me croirez si vous voulez, m’a-t-il dit, je n’ai pas toujours osé le dire, Flaubert a de si grands admirateurs ! Je trouve Stendhal beaucoup plus agréable à lire, beaucoup mieux écrit même. C’est simple, c’est clair, pas de phrases. Ce perpétuel ronron de Flaubert, cette phrase toujours la même. C’est assommant, ça n’a rien de vivant. — Il y a longtemps que je pense comme vous là-dessus », lui ai-je répondu.

Ce soir, avec ce goût que j’ai pour les choses de la mort, jusqu’à me représenter le mort dans son cercueil, je pense à Coppée. Je ne sais plus qui parlait l’autre matin, au Mercure, des écrivains, parmi les jeunes, qui ont quelque chose de lui. « Il y a du Coppée dans Jammes, dans Larguier. Il y en a chez Samain. » van Bever ajouta : « Il y en a chez Léautaud. » L’avis de van Bever ?… Le fait est cependant qu’il m’a beaucoup plu à une époque, Coppée, à l’époque de la rue Monsieur-le-Prince. Pas Le Reliquaire. Je n’ai jamais pu supporter cela. Seulement la pièce intitulée Adagio. Je la reproduis ici, de mémoire, comme un vieux souvenir.

ADAGIO

La rue était déserte et donnait sur les champs.
Quand j’allais voir, l’été, les beaux soleils couchants
Avec le rêve aimé qui partout m’accompagne,
Je la suivais toujours pour gagner la campagne,
Et j’avais remarqué que, dans une maison
Qui fait l’angle et qui tient, ainsi qu’une prison,
Fermée au vent du soir son étroite persienne,
Toujours à la même heure, une musicienne
Mystérieuse, et qui sans doute habitait là,
Jouait l’Adagio de la Sonate en
la.

Le ciel se nuançait de vert tendre et de rose.
La rue était déserte ; et le flâneur morose
Et triste, comme sont souvent les amoureux,
Qui passait, l’œil fixé sur les gazons poudreux,
Toujours à la même heure, avait pris l’habitude
D’entendre ce vieil air dans cette solitude.
Le piano chantait sourd, doux, attendrissant,
Rempli du souvenir douloureux de l’absent
Et reprochant tout bas les anciennes extases.

Et moi, je devinais des fleurs dans de grands vases,
Des parfums, un profond et funèbre miroir,
Un portrait d’homme à l’œil fier, magnétique et noir

·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  ·  [84].
Et, dans cette atmosphère émue, une douleur
Épanouie au charme ineffable et physique
Du silence, de la fraîcheur, de la musique.

Le piano chantait plus bas[85] ;
Puis, un certain soir d’août, je ne l’entendis pas.
Depuis je mène ailleurs mes promenades lentes.
Moi qui hais et qui fuis les foules turbulentes.
Je regrette parfois ce vieux coin négligé.
Mais la vieille ruelle a, dit-on, bien changé ;
Les enfants d’alentour y vont jouer aux billes,
Et d’autres pianos l’emplissent de quadrilles.

Également les Intimités[86], certains vers d’Arrière-Saison, Toute une Jeunesse. Tous les vers que j’écrivais en étaient inspirés. Comme c’est loin ! Je me rappelle le pastiche que j’avais fait d’Adagio, une description de mes promenades le long de la Bièvre avec van Bever. « Le crapaud coassait plus bas, toujours plus bas…» En rentrant cette après-midi au Mercure, sous l’Odéon, où on a fait un étalage des livres de Coppée, j’ai regardé les Intimités. J’avais tout à fait oublié ce que c’est. C’est resté charmant, il n’y a pas à dire, d’un sentiment très fin, tout à fait dans la note du titre. J’ai presque retrouvé le charme d’autrefois, il y a dix-sept ans. J’ai regardé aussi Toute une Jeunesse. Le livre me tomberait des mains, aujourd’hui.

Vendredi 29 Mai

Voici un bon document sur Larguier. Il vient ce matin au Mercure : « Dites donc, lui dis-je, je ne vous ai pas vu, à l’enterrement de Coppée. — Non, je n’y suis pas allé. — Comment, vous n’y êtes pas allé ? Vous m’étonnez. — Que voulez-vous ? Je suis arrivé. Il n’y avait pas moyen de passer, d’entrer dans l’église. J’ai vu tout ce monde… J’étais avec Derennes et André Germain[87], dans une auto. Alors, que voulez-vous ? Nous sommes allés faire un tour à Bagatelle. — Eh bien ! mon cher, lui ai-je dit, il n’y a pas à dire, vous m’étonnez. Vous, un familier de Coppée, un habitué de sa maison. Ce n’est pas joli, je n’aurais jamais cru cela de vous, et vous perdez joliment à mes yeux. Ce n’était vraiment pas la peine de vous faire une si belle réclame l’autre jour avec la mort du maître « Le poète qu’il affectionnait. » Vous savez qu’il y avait des gens aussi considérables que vous qui n’ont pas pu entrer non plus, qui sont restés à attendre, devant l’église, une heure. Bourget, Mendès, Régnier, etc. Vraiment non. Je n’en reviens pas. » Larguier était assez gêné, se défendant mollement, avouant : « Hé ! oui, ce n’est pas beau. » Il s’est presque fâché, pourtant, un peu après. « À la fin, vous m’embêtez, vous savez. — Que voulez-vous, mon cher. Je vous dis ce que je pense. »

Au fond de tout cela, il y a le côté cabot de Larguier. Dimanche matin, il parlait du « grand poète », de la « grande perte », de « l’admirable exemple », du « grand cœur », de l’homme « si gentil avec nous tous, si simple ». Des phrases, de l’étalage. À l’enterrement, il est arrivé un peu en retard. Il a vu la foule, qu’il n’y avait pas moyen de parader, de se faire voir, en bonne place, bien en vue. Il est parti.

Gauthier-Ferrières a rapporté ce matin les épreuves de son Coppée. La fin qu’il a ajoutée n’est pas brillante. Il a été jusqu’à ramasser les derniers vers de Ponchon[88], si plats[89]. Ce pauvre Ferrières ne me paraît décidément pas avoir un talent bien remarquable. Il était si facile de trouver trois phrases d’une belle émotion nette, simple, contenue.

Je suis allé faire un tour, cette après-midi, au cimetière Montparnasse. À côté de la tombe de Coppée[90], celle d’Agar, surmontée d’un buste fort beau[91]. Une admirable tête, d’un beau modelé, franche, énergique, caressante en même temps, des épaules pleines, superbes, vraiment nues. Elle devait être fort belle. La mort a de curieux rapprochements.

Samedi 30 Mai

Gauthier-Ferrières est venu ce matin au Mercure, avant mon arrivée, au sujet du portrait pour sa brochure. Il a raconté à Morisse que Coppée était à la veille de se marier, d’épouser sa maîtresse, la femme d’Arrière-Saison[92], la « dernière amie » de la Bonne Souffrance[93]. Il avait voulu attendre pour cela la mort de sa sœur, pas toujours commode, qu’il ne voulait pas contrarier. Sans cela, ç’eût été fait depuis longtemps. Dès la mort de sa sœur, il avait commencé les formalités. Tout cela a été interrompu. Il paraît cependant qu’il en sera à peu près tout comme, le docteur Duchastelet se faisant fort d’obtenir le consentement de la famille, au courant, et très respectueuse des intentions de Coppée.

Coppée a légué une partie de ses livres à Gauthier-Ferrières, une autre partie à Landry. La propriété des droits d’auteur irait au fils Monval[94].

L’Illustration donne un grand portrait de Coppée, le dernier, fait il y a deux mois. Une fort belle chose, d’une impression assez pénible. Si changé, si ravagé ! J’ai presque peine à retrouver le Coppée que je rencontrais si souvent, que je voyais encore au mois d’octobre attablé au Café des Vosges. Je ne sais pourquoi ce portrait m’a fait songer à un passage d’un volume du Journal des Goncourt, feuilleté un de ces derniers dimanches chez Gourmont[95], montrant le Coppée sceptique, gouailleur, ironique, se plaignant ce jour-là de l’ennui de vivre, de la longueur de la vie, de tout ce qui était usé pour lui, etc.[96]

Morisse est allé ce matin chez Gauthier-Ferrières, toujours pour le portrait. Ferrières lui a raconté que Coppée était arrivé à une complète indifférence pour son œuvre littéraire, n’en parlant jamais, pas la moindre vanité. Il ne se méprenait pas non plus sur la valeur de ses derniers vers, les Vers français[97], par exemple. Il savait parfaitement que cela ne vaut rien. Seulement, on lui demandait des vers et il n’en écrivait que pour cette raison.

Morisse dépeint Gauthier-Ferrières, d’après sa chambre, comme un romantique attardé. Grand admirateur de Hugo, Vigny, Byron, Lamartine. Leurs portraits partout. Pas de livres. Une chambre dans laquelle on n’est jamais. Ferrières avoue qu’il a horreur de la solitude. Dans un grand casier, seulement deux livres : les siens.

En rentrant ce soir, rencontré Gauthier-Ferrières, rue de Vaugirard. Morisse lui a raconté ma sortie à Larguier et nous en avons parlé. Il est un peu cabotin, m’a-t-il dit. Je lui ai répondu qu’il est quelque chose comme le dernier représentant de la littérature cabotine dont Coppée était certes un exemple, et qui n’existe plus guère, les écrivains n’ayant plus de nos jours cette manie de se faire une tête, de s’exhiber, de parader extérieurement, plus simples, vivant davantage chez eux. « Croyez-vous, au fond, que cela ne revienne pas un peu au même, m’a-t-il répondu. Cet excès de simplicité ? Un peu voulu aussi, peut-être ? » Morisse, lui, me répondait à cela que si les gens de la génération de Coppée étaient un peu cabots, ils compensaient cela en étant moins arrivistes, plus scrupuleux, plus attachés à leur art que les écrivains d’aujourd’hui, qui n’ont guère de l’homme de lettres que le métier, sans vraie vocation. C’est tout à fait l’appréciation de Vallette sur les « jeunes » d’à présent.

Questionné Gauthier-Ferrières sur la maîtresse de Coppée. Elle est encore jolie, blonde, presque rousse. Elle était aux obsèques, dans une voiture de deuil. La couronne Sylvia-Marie était de Segond-Weber[98] : Sylvia du Passant, Marie des Jacobites[99]. Sylvia m’avait bien donné l’idée du Passant et d’une comédienne. Ne connaissant pas les Jacobites… Marie m’avait dérouté.

Landry, bonhomme curieux, d’après ce que m’a raconté Morisse. Grand amateur de livres, dont il a de fort beaux. Il a connu Barbey d’Aurevilly, Huysmans, Coppée, très intime avec tous, très aimé et estimé de tous. Il classait les livres de Coppée, de temps en temps, lent, n’en finissant pas, passant des heures à examiner chacun, le nez dedans. « Voyons, Landry, lui disait Coppée en riant. Quand vous aurez fini de renifler mes livres ! » Il est plutôt pauvre. Employé chez Colin[100], 200 ou 250 francs par mois. Il y a quelque temps, du temps de la direction Ginisty[101], sa femme était encore ouvreuse à l’Odéon. Morisse dit que si Coppée ne lui avait pas légué quelques livres, il aurait été capable d’en mourir. L’argent n’est rien pour lui. Des livres, voilà tout ce qu’il connaît. Il a passé ainsi tous les dimanches de sa vie chez Barbey d’Aurevilly, puis chez Huysmans, puis chez Coppée. Que va-t-il faire de ses dimanches, maintenant ? Je l’ai vu l’autre samedi, sortant de chez Coppée. Un petit vieux, l’air pauvre, un peu voûté, l’air d’un vieux comptable.

Samedi 6 Juin

La Revue hebdomadaire d’aujourd’hui contient une illustration représentant le Bureau de l’Académie : Barrès, Masson[102], etc. et d’autres académiciens : Lemaître, Haussonville, etc., près de la tombe de Coppée. Comment expliquer après cela l’incident raconté par Hirsch ? Exact, ou inexact ? Il est vrai que les académiciens ont très bien pu gagner le cimetière en voiture.

* * *

Ici s’arrête le texte tel qu’il est paru dans le Mercure du 15 mai 1935. En réalisant sa sélection, Paul Léautaud a oublié un paragraphe, que l’on trouve peu après ces journées de juin, le trente juillet 1908 :

Je passais l’autre jour passage Choiseul, devant la boutique de Lemerre. On a enlevé le buste de Coppée, qui surmontait une des galeries de l’éventaire. On a enlevé de même, il y a quelques années, le buste de Leconte de Lisle. Il ne reste plus aucun des grands Parnassiens, maintenant : Banville, Leconte de Lisle, Coppée, Heredia, Sully-Prudhomme. Tous ces bustes enlevés successivement, c’est toute une école littéraire disparue.

Et puis les années ont passées et voici la journée du dix janvier 1930 :

Une petite affaire bien drôle. L’ancien acteur Henri Boucher, mort il y a quelques années, l’ami de Huysmans et de Coppée, avait fondé rue Saint-Sulpice, tout près de la rue de Condé, une petite librairie. Il avait apporté là beaucoup de portraits de Huysmans, un petit buste de Balzac et un buste de Coppée, le même qu’on voit, passage Choiseul, à la vitrine de la librairie Lemerre. La boutique de Boucher est tenue aujourd’hui par une dame Demorès. Mlle Blaizot, fille du caissier du Mercure, qui la connaît, a eu l’occasion de parler de moi avec elle, à propos de mon petit volume de Lettres dont elle a déjà vendu deux exemplaires. Elle me dit avant-hier que cette dame désire me voir. J’y vais aujourd’hui après déjeuner, me demandant ce qu’elle pouvait bien me vouloir. Elle me montre le buste de Coppée, soigneusement nettoyé par elle et qu’elle me déclare m’offrir. J’ai dû l’emporter, avec des remerciements. Je l’ai collé sur le haut du meuble aux cases des rédacteurs. Je n’en sais que faire. Je n’en veux pas chez moi. J’ai pensé tout d’abord à l’offrir à Larguier, qui a beaucoup connu et fréquenté Coppée. J’ai pensé ensuite que je pourrais peut-être le vendre, ou l’échanger. En attendant il est toujours sur le dessus de ce meuble à cases.


[1]     Le jeune Alphonse Lemerre (1838-1912), arrivé à Paris en 1860, a été embauché comme commis par le libraire Pierre-Paul Percepied, passage Choiseul. La vie fera qu’Alphonse Lemerre ne quittera jamais ce passage. En 1864 il s’est marié avec une voisine, peu après il y a ouvert sa propre boutique. En 1866 Alphonse Lemerre a édité le premier Parnasse contemporain, recueil collectif de 99 poètes qui prendront alors naturellement le nom de Parnassiens. Ce recueil est paru en trois volumes, de 1866 à 1876. Lire à ce propos le recueil des quatre conférences prononcées par Catulle Mendès et réunies sous le titre : La Légende du Parnasse contemporain, chez Auguste Brancart, éditeur à Bruxelles, 303 pages.

[2]     Ah les prix Montyon ! Ils sont trois, le plus connu étant le prix de vertu (on imagine). Celui reçu par François Coppée est « décerné aux auteurs français d’ouvrages les plus utiles aux mœurs, et recommandables par un caractère d’élévation et d’utilité morales ». Au moins est-ce l’appellation utilisée de nos jours. Nous disons bien de nos jours. Le moins que l’on puisse dire est que de ce point de vue le jury a été bien clairvoyant concernant l’œuvre de François Coppée. La remise du prix de vertu à chaque rentrée « solennelle » donne l’occasion d’un « discours sur les prix de vertu ». Celui de 2019 a été prononcé par Alain Finkielkraut le douze décembre 2019 : « Si quelqu’un m’avait naguère prédit que le jour viendrait où je prononcerais sous la Coupole, et en costume d’apparat, le discours annuel sur la vertu, j’aurais trouvé l’idée incongrue voire offensante, et j’aurais répondu, en haussant les épaules, que, même teintée d’ironie ou de malice, l’édification n’était pas mon fort. […] / Aussi étais-je bien décidé, après mon élection, à passer entre les gouttes et à esquiver, année après année, ce morceau d’éloquence artificiel, conventionnel et — osons le mot puisqu’il figure dans le dictionnaire de l’Académie, ringard. »

[3]     Ce ne serait pas hors-sujet ici, une bien belle page serait à écrire sur les bibliothécaires du Sénat, qui ont compté dans leur rang non seulement François Coppée mais aussi Anatole France, Leconte de Lisle ou Louis Ratisbonne (1827-1900). Voir Claude Louis, « Les poètes assis », La Nouvelle revue, premier juin 1902, pages 260-270 : « Au temps jadis, et, jadis n’implique pas ici un passé très reculé, les bibliothèques publiques constituaient pour les littérateurs autant de fiefs et d’apanages dont personne n’eût osé leur disputer la possession. Le Gouvernement les leur octroyait en vertu de ce principe que ceux qui font les livres sont le mieux qualifiés pour les conserver… »

[4]     Certaines sources indiquent la date de 1878 pour l’arrivée de François Coppée aux archives de la Comédie-Française.

[5]     Charles Leconte de Lisle (le prénom est généralement omis, 1818-1894) est unanimement considéré comme le maître des parnassiens, par son ancienneté, d’abord, par son charisme et par le fait qu’il a été le premier à en définir clairement la doctrine. Cette doctrine peut être résumée par un certain retrait, un fort attachement à la forme stricte, un classicisme rigoureux et une référence constante aux mythologies. Charles Leconte de Lisle condamne donc fermement les lamentations débridées et autocentrés des romantiques, et pour tout dire les enterre. Très soutenu par Victor Hugo (ce qui paraît surprenant du strict point de vue littéraire), Charles Leconte de Lisle sera élu à l’Académie française à la mort de celui-ci (en mai 1885), le remplacera au fauteuil quatorze en février 1886 et prononcera son éloge en mars 1887. Le 29 février 1928, PL aura une opinion assez tranchée sur ce poète.

[6]     Paul Mounet est le frère cadet du comédien Mounet-Sully. Paul Mounet (1847-1922) commence par des études de médecine avant de débuter à l’Odéon, que son frère a quitté à cause de la guerre de 1870. Comme son frère encore, Paul Mounet est entré à la Comédie-Française mais 17 ans plus tard, en 1889 où il restera jusqu’en 1922 avant d’enseigner l’art dramatique (il aura Pierre Fresnay comme élève). Dans son premier entretien avec Robert Mallet, PL évoquera un Paul Mounet ivre sur scène.

[7]     Aimée Tessandier (1851-1923), robuste comédienne ayant surtout joué au Gymnase et à l’Odéon. Petite carrière cinématographique. On peut encore lire ses Souvenirs, rédigés par Henri Fescourt (Flammarion en 1912) réédités par Nabu Press en 2010. Voir le Journal littéraire au 22 janvier 1923.

[8]     Musidora (Jeanne Roques, 1889-1957), demeure célèbre pour ses deux premiers rôles dans Les Vampires et dans Judex, deux films de Louis Feuillade réalisés en 1914 et 1915, donc après Severo Torelli. Peu de temps après, Musidora réalisera des adaptations de deux romans de Colette, l’Ingénue libertine et La Vagabonde. Il existe encore de nos jours une association des Amis de Musidora.

[9]     Les Coquelin, nous le savons, étaient deux frères comédiens. Le plus jeune, Ernest, est celui qui a été le plus souvent cité par Paul Léautaud dans son Journal (cinq fois) et son aîné, Jean une seule fois. Nous partons donc du principe qu’il s’agit ici du premier. Ernest Coquelin (1848-1909), dit Coquelin cadet, reçoit le premier prix de comédie du Conservatoire en 1867 et débute à l’Odéon (qui était à l’époque une salle de la Comédie-Française), puis salle Richelieu où il s’est spécialisé dans les rôles comiques. Il est élu sociétaire en 1879. Il meurt en 1909 à l’âge de 61 ans après avoir été interné dans une « maison de santé. »

[9b]     Au moins tel est ce texte à la date de publication de cette page web le premier septembre 2020.

[10]    Pour les académiciens du temps ou futurs : Maurice Barrès, Paul Bourget, Paul-Gabriel d’Haussonville, José-Maria de Heredia, Jules Lemaître, Charles Maurras René Doumic, qui sera secrétaire perpétuel en 1923…

[11]    Annette Coppée (1826-1908), son aînée de seize ans. Bien entendu tous les journaux ont fait le rapprochement entre ses deux deuils si proches d’êtres si proches et vivant ensemble. C’est à Annette que l’on doit le Portrait de François Coppée à l’âge de neuf ans que l’on peut voir au musée Carnavalet grâce à un don, en 1911 d’Amélie Dugit, cousine de FC, qui en avait hérité. Léon Daudet, dans Fantômes et vivants (Nouvelle librairie nationale, 1914) a écrit d’Annette (page 185) qu’elle avait « des yeux malicieux et un peu de sa [à F.C.] voix mordante tempérée par une bonté infinie. » Pour l’héritage de François Coppée, voir Le Figaro du 31 mai de cette année 1908.

[12]    Le Figaro du 24 mai 1908 sur la signature de G. Davenay : « M. François Coppée a été emporté hier par une suffocation qui l’a pris pendant une consultation de ses médecins […] Soudain la langue enfla et il fut étouffé. »

[13]    Adolphe Retté (1863-1930), poète symboliste et écrivain. D’origine protestante, Adolphe Retté passera de l’anarchie au catholicisme. Le 14 mai dernier, PL disait de lui : « Malgré sa conversion, Retté est resté le bon ivrogne d’autrefois, le bohème crapuleux. » Adolphe Retté a écrit très irrégulièrement dans le Mercure de France entre 1891 et 1906 plus deux articles sur Léon Bloy en 1921 et 1923.

[14]    12, rue Oudinot. En mars 1905, Paul Léautaud s’est installé 17, rue Rousselet. La rue Rousselet commence rue Oudinot exactement dans l’axe du 12 rue Oudinot et PL a parfois rencontré François Coppée sans l’aborder. PL a quitté la rue Rousselet en mars dernier pour le 17, rue Duguay-Trouin.

[15]    PL a beaucoup fréquenté le poète Léo Larguier (1878-1950) ces années-là. Ils se sont reçus l’un chez l’autre.

[16]    Non seulement on ne recevait personne mais François Coppée avait exprimé le désir que dès sa mort son visage fut caché et qu’on ne le vit plus. Le récit de Léon Gauthier-Ferrières (et d’autres, comme nous le lirons plus bas) indique que le souhait du défunt n’a pas été respecté.

[17]    Le jeune poète Léon Gauthier-Ferrières (1880-1915) est surtout connu pour son Anthologie des écrivains français contemporains et son Gérard de Nerval. François Coppée et son œuvre paraîtra au Mercure cette année.

[18]    Georges Landry (1848-1924), bibliophile, a fréquenté assidument Jules Barbey d’Aurevilly et Léon Bloy, qui le cite souvent dans son Journal, puis J.-K. Huysmans et François Coppée. Un portrait en sera dressé le 30 mai ci-dessous. Voir surtout Les Nouvelles littéraires du 18 janvier 1930 : « Deux amis de J.-K. Huysmans », par Lucien Descaves. Le deuxième ami est André Girard. J.-K. Huysmans est mort l’an dernier, le douze mai.

[19]    Maurice Boissard, dans sa chronique du 1er juillet déjà écrite, évoquera cette comédie, qu’on ne confondra évidemment pas avec le poème du même titre.

[20]    L’Intran, comme on disait à l’époque, daté du lendemain (c’est un journal du soir) dimanche 24 mai, un article signé Charles Doury en ventre de une sur deux colonnes et demie avec photo. Le bandeau de une doit être partagé avec l’accident de la veille de la raffinerie Say.

[21]    Albert Samain (1858-1900), poète symboliste, a fait partie des Poètes d’aujourd’hui dès la première édition en 1900. Sa notice a été rédigée par Adolphe van Bever. La jeunesse lilloise d’Albert Samain a été faite de « petits boulots » avant d’arriver à Paris tardivement, en 1880. Il a fait partie des fondateurs du Mercure de France en 1890 et ses poésies ont été publiées dès les premiers numéros. Le succès est venu à l’automne 1893 avec la parution de son premier recueil : Le Jardin de l’infante, très remarqué par François Coppée et bien entendu encensé par Pierre Quillard dans le Mercure d’octobre. La collaboration d’Albert Samain avec le Mercure ne cessera qu’à sa mort en août 1900. Lire dans le Mercure d’octobre les articles de Louis Denise et de Francis Jammes.

[22]    Peut-être pour le numéro du 16 juin, dans lequel la chronique de Maurice Boissard, peut-être malgré tout arrivée trop tardive, ne paraîtra que le 1er juillet. La chronique de Maurice Boissard traitera de douze spectacles.

[23]    L’imprimeur du Mercure était à cette époque BIais et Roy, 7, rue Victor-Hugo à Poitiers.

[24]    Charles Derennes (1882-1930, à 48 ans), journaliste, romancier, poète. Charles Derennes a écrit quelques textes mineurs dans le Mercure entre 1904 et 1907. Il fera partie des Poètes d’aujourd’hui dans l’édition de 1930, sa notice étant rédigée par Yves Gandon. Sa nécrologie paraîtra dans les « Échos » du Mercure du 15 mai 1930, rédigée par Léon Deffoux. Voir aussi un court portrait par PL au 28 avril 1930 à l’occasion de sa mort.

[25]    Claude Couturier (1858-1918), romancier, auteur dramatique et peintre.

[26]    Évidemment le portrait évoqué note 10.

[27]    Cette expression semble venir d’une peinture de 1830 de Paul Delaroche (1797-1856) visible au Louvre. Cette peinture représente les enfants du frère Edouard d’un roi Richard, emprisonnés dans la tour de Londres dans le but d’éviter leur possible accession au trône. Nous voyons des adolescents aux cheveux longs, gonflants largement sous les oreilles, avec une frange droite sur le front. L’expression peut provenir du chapitre « Les enfants d’Édouard » du Livre de mon ami d’Anatole France (Calmann-Lévy 1885) : « — Il a l’air d’un brigand, mon petit garçon, avec ses cheveux ébouriffés ! Coiffez-le “aux enfants d’Édouard”, monsieur Valence. » Et plus loin : « Et ma mère […] me conta […] comment les deux enfants du roi Édouard, qui étaient beaux et bons, furent arrachés à leur mère et étouffés dans un cachot de la tour de Londres par leur méchant oncle Richard. […] Elle finit en disant que cette histoire était très ancienne, mais si touchante et si belle, qu’on ne cessait d’en faire des peintures et de la représenter sur les théâtres » Cette expression a aussi été employée par Jules Barbey d’Aurevilly sans que soit indiqué, pas plus que par Anatole France, de quel type de coiffure il s’agit mais dont on peut se faire une idée grâce au portrait op. cit.

[28]    Il semble s’agir d’une peinture de Jules Valadon (1826-1900), actuellement propriété du Château de Versailles.

[29]    Deux bons kilomètres à pied en suivant le boulevard Montparnasse. À plusieurs, en conversant, compter une demi-heure. La Closerie des Lilas (avec un L majuscule, on se demande pourquoi) a toujours su offrir ses espaces aux réunions de gens de lettres, comme par exemple le deux juillet 1925. JL au trois juillet : « Il y a eu du grabuge, paraît-il, à un banquet Saint-Pol Roux qui avait lieu hier soir à la Closerie des Lilas » Voir le Comœdia de cette même date et Les Nouvelles littéraires du onze juillet. De nos jours, la Closerie des lilas délivre, depuis 2007, le Prix de la Closerie des Lilas, réservé à des auteures.

[30]    Jules Lemaître (1853-1914), agrégé de lettres. Enseignant puis collaborateur de la Revue bleue et du Temps, Jules Lemaître se fit connaître comme critique dramatique au Journal des Débats. Ses critiques ont été rassemblées en volumes. Il a été élu à l’Académie française en 1895 avant d’écrire une douzaine de pièces, entre 1889 et 1912. Maurice Boissard chroniquera La Princesse de Clèves, comédie en trois actes et un épilogue, de Jules Lemaître, d’après le roman de Mme de La Fayette le 1er août prochain.

[31]    La mort de François Coppée occupe quatre colonnes sur six, dont les deux premières pour l’article de Jules Lemaître. Suivent deux photos et la reproduction d’un long texte autographe du 18 mars dernier. Deux colonnes sont encore consacrées au défunt en page deux sur la signature de Charles Danielou.

[32]    Il ne s’agit pas de l’article d’Ernest La Jeunesse, en Premier-Paris mais de celui, en page deux, plus circonstancié, non signé mais peut-être du même auteur.

[33]    L’inauguration de ce monument (actuellement un buste sur une stèle entourée d’un massif fleuri) a eu lieu en juin 1898.

[34]    José-Maria de Heredia (1842-1905), poète d’origine cubaine né sujet espagnol et naturalisé français en 1893 a été l’un des maîtres du mouvement parnassien bien qu’il n’ait publié qu’un seul recueil de poèmes, Les Trophées, chez Alphonse Lemerre évidemment, en décembre 1892 (daté 1893).

[35]    Sully Prudhomme (1839-six septembre 1907), premier lauréat du prix Nobel de littérature en 1901. Sully Prudhomme est notamment connu pour son poème Le Vase brisé, symbolisant, dit-on, un chagrin d’amour : « Le vase où meurt cette verveine / D’un coup d’éventail fut fêlé ; / Le coup dut effleurer à peine : / Aucun bruit ne l’a révélé… »

[36]    Il faudra attendre plus d’un siècle encore ! La petite maison de trois étages était, en mai 2016, en cours de démolition depuis au moins huit ans, portes et fenêtres murées dans les différentes images de Street view à toutes les dates disponibles.

[37]    Près du carrefour Vavin, la rue Delambre est de nos jours la rue commerçante du quartier. Elle fait le lien avec la place Edgar Quinet, de nos jours place Stéphane Hessel, qui habitait le quartier.

[38]    Stéphane Mallarmé (1842-1898), poète, professeur d’anglais, traducteur et critique d’art et considéré comme le pilier du mouvement symboliste. À cinq ans il perd sa mère, à quinze ans il perd sa sœur. C’est aussi à cette époque qu’il a écrit ses premiers essais poétiques. Afin de mieux lire Edgard Poe, Stéphane Mallarmé apprend l’anglais, puis l’enseigne à partir de 1863, sans enthousiasme particulier. C’est de cette époque que date la publication de ses premiers poèmes, puis son mariage avec Maria Gerhard, rencontrée alors qu’il est en poste à Sens. Après diverses mutations comme professeur en province, en 1871 Stéphane Mallarmé est enfin de retour à Paris, où il est né, et est en poste au Lycée Fontanes, devenu depuis le Lycée Condorcet. La rue du Havre, dans l’axe de la gare Saint-Lazare, n’est certainement pas la meilleure adresse de Paris mais l’ambiance de l’établissement est agréable. 1871 est aussi l’année de la mort de son fils aîné, à l’âge de huit ans. Stéphane Mallarmé s’installe au 89, rue de Rome, face aux voies ferrées de la gare Saint-Lazare. En 1874 la santé de SM se dégrade et il séjourne souvent à Valvins, sur la Seine, à 70 kilomètres au sud de Paris dans une auberge qu’il finira par acheter. C’est vers 1884 que la réputation de SM commence à s’installer. Il est nommé au lycée Janson-de-Sally qui vient d’être achevé. C’est aussi à cette époque que sont organisés ses mardis, dans son appartement de la rue de Rome où il est demeuré. En 1893, SM obtient une mise à la retraite anticipée (à l’âge de 51 ans) et passe alors six mois d’été à Valvins ou de nombreux amis sont venus le voir. Il y est mort, à l’âge de 56 ans. Lire aussi la notice de Stéphane Mallarmé par Paul Léautaud dans les Poètes d’aujourd’hui.

[39]    Maurice Barrès (1862-1923), écrivain et homme politique, figure de proue du nationalisme français. Maître à penser de sa génération, sa première œuvre est un triptyque qui paraîtra sous le titre général du Culte du Moi (Sous l’œil des Barbares, 1888, Un homme libre, 1889, et Le Jardin de Bérénice, 1891), tous trois lus et admirés, un temps, par Paul Léautaud. Voir aussi le rôle joué par Maurice Barrès auprès de Rachilde.

[40]    On peut être surpris que PL ait laissé cette note. Cette affaire du Foyer donnerait l’occasion d’une bien belle page web si elle n’était pas complètement hors-sujet. Puisqu’elle est ici abordée, résumons-là rapidement. La Comédie-Française avait accepté officiellement et mise en répétition le comédie d’Octave Mirbeau Le Foyer, pièce extrêmement sulfureuse pour l’époque, lorsque Jules Claretie, administrateur général de la Comédie-Française décida de la retirer. Il y eut procès, que la Comédie-Française a perdu et Jules Claretie pourra se plaindre de ne plus être le maître dans son théâtre. L’affaire a largement été traitée dans les journaux de l’époque pendant les mois qu’elle a duré. Jules Claretie étant évoqué ici, on peut en profiter pour signaler ses souvenirs sur François Coppée parus dans Le Temps du 29 mai, deux colonnes et demie réparties sur les pages deux et trois, où sont reproduites quelques lettres que lui a envoyées François Coppée.

[41] Louis Lépine (1846-1933), avocat et homme politique. Le côté humaniste et pratique de Louis Lépine lui a conservé le souvenir des Parisiens. Lépine est surtout connu comme l’initiateur du concours à son nom, destiné à favoriser le petit commerce. Louis Lépine fut un brillant préfet de police de la Seine de 1993 à 1913.

[42]    Harry, puis Heinrich (et Henri à Paris) Heine (1797-1856) est l’un des plus grands poètes allemands et le dernier romantique. Docteur en droit à Göttingen en 1825, HH, d’origine juive, se fait baptiser sous prénom de Heinrich pour se protéger de l’antisémitisme qui pourrait nuire à son travail. La démarche n’a pas l’effet escompté et peut-être même un effet contraire. Face à cet échec, HH abandonne tout espoir dans les métiers de justice et se consacre alors entièrement à l’écriture. La censure littéraire, très forte dans l’Allemagne de cette époque, conduit HH à s’installer à Paris au début des années 1830, d’abord comme correspondant de journaux de langue allemande. Il fréquente les milieux intellectuels parisiens. Ses œuvres sont interdites en Allemagne. HH, rongé par une maladie neurologique meurt à Paris à l’âge de cinquante-neuf ans.

[43]    Cet abbé Mottet, vicaire de Saint-Sulpice, a été appelé au chevet de François Coppée agonisant. Il dira la messe funèbre.

[44]    Paul Déroulède (1846-1914), licencié en droit, poète, auteur dramatique et romancier. Paul Déroulède est cependant bien plus connu de nos jours comme le fondateur, en 1882, de la Ligue des patriotes (qu’on ne confondra pas avec la Ligue de la Patrie française évoquée supra), association revancharde de la défaite de 1870. Son Clairon a longtemps été le chant patriote enseigné dans les écoles : « L’air est pur, la route est large, / Le clairon sonne la charge, / Les zouaves vont chantant,… » Deux fois député de la Charente, le violent Paul Déroulède a provoqué plusieurs incidents majeurs dans l’hémicycle. En 1900, suite à une tentative de coup d’état, davantage mise en scène que réelle, il a été condamné à dix ans de bannissement pour complot contre le Gouvernement.

[45]    Pierre Quillard (1864-1912, à 48 ans), poète symboliste, auteur dramatique, traducteur helléniste et journaliste, anarchiste et dreyfusard. Depuis 1891, Pierre Quillard est un auteur Mercure fécond. Il sera en charge de la rubrique « Littérature » à partir de 1896 à son retour de Constantinople où il était professeur, puis en même temps de celle des « Poèmes » en 1898. Voir sa nécrologie par André-Ferdinand Herold en ouverture du Mercure du 1er mars 1912.

[46]    Sans prénom chez Paul Léautaud, il s’agira toujours de Remy de Gourmont (1858-1915), romancier, journaliste et critique d’art, proche des symbolistes. Paul Léautaud deviendra son intime.

[47]    André Fontainas (1865-1948), docteur en droit à Bruxelles, poète et critique français. Après des débuts poétiques à Bruxelles, André Fontainas s’est installé à Paris en 1889 et est nommé bibliothécaire à l’Office du travail au ministère du Commerce, de l’Industrie et des Colonies. Son premier texte dans le Mercure est le poème « Épilogue », paru dans le numéro d’avril 1892. En décembre 1893 André Fontainas a écrit quelques textes dans la rubrique « Livres » avant d’être titulaire en 1896 de la rubrique « Arts » puis d’assurer en 1908 la chronique des « Théâtres », où il sera remplacé par Maurice Boissard. André Fontainas a été le lien entre les poètes symbolistes belges et français et écrira dans le Mercure jusqu’à sa mort. Il fait partie des Poètes d’aujourd’hui, dont la notice a été rédigée par Adolphe van Bever. On lira sa nécrologie dans le Mercure de février 1949, page 300.

[48]    Ce texte paraîtra, non signé comme les Échos, dans le numéro du 1er juin 1908, page 574.

[49]    PL fait ici allusion à l’article enthousiaste que François Coppée écrivit dans Le Journal, en une du numéro du 16 avril 1896 sur l’Aphrodite de Pierre Louÿs qui était paru dans les numéros d’août 1895 à janvier 1896 du Mercure avant de paraître en volume en 1896. Voici le début de l’article de François Coppée : « Depuis quinze jours, je suis pareil au bonhomme La Fontaine courant par les rues et demandant à tous ceux qu’il rencontrait “Avez-vous lu Baruch ?” ; et je vais à travers la ville, interrogeant les amis et les camarades qu’un bon hasard met sur mon chemin, et leur disant : / “Avez-vous lu l’Aphrodite, de Pierre Louÿs?”… » Pour Baruch, il s’agit du « Livre de Baruch », de la Bible. L’anecdote sur La Fontaine se trouve dans Louis Racine, Œuvres de Jean Racine, précédées des mémoires sur sa vie. Voir page 35 de l’édition Didot de 1854.

[50]    Charles Guérin (1873-1907, à 33 ans), auteur Mercure depuis 1895. Lire la très brève notice de Charles Guérin rédigée par Paul Léautaud dans les Poètes d’aujourd’hui et sa nécrologie par son ami Francis Jammes en ouverture du Mercure du premier avril 1907.

[51]    PL habita rue des Feuillantines au printemps 1899.

[52]    La vie tumultueuse de Mathilde Bonaparte (1820-1904) avait défrayé la chronique pendant des années. À la fin de la période bonapartiste, Mathilde tint un salon littéraire réputé.

[53]    Maltais, Mannezinc, Mannezingue, Mannstringue, Mastroc, Mastroquet, Minzingo, Minzingue, Minzinguin comme Chandevin ou Chand de vin sont attestés par le Dictionnaire Français-Argot d’Aristide Bruant (Flammarion 1901).

[54]    Dans la même veine et en rapport avec la note précédente, on trouve également « ’chand d’habits » (avec ou sans apostrophe élisive, comme chez PL ou Léon Daudet), qui est le titre d’une pantomime créée en 1842 par Jean-Gaspard Deburau et partiellement reproduite dans le film de Marcel Carné Les Enfants du paradis et aussi une chanson interprétée par Édith Piaf en 1936 : « Dis-moi, ’chand d’habits / N’as-tu pas trouvé / Parmi le lot de mes vieilles défroques / Que ce matin je te vendis à regret / ’Chand d’habits, parmi elles, / N’as-tu trouvé tout en loques, / Triste, lamentable, déchiré, / Un douloureux cœur abandonné ?… » Paroles de Jacques Bourgeat, sur une musique de Roy Alfred, 1936.

[55]    Henri Rochefort (Henri de Rochefort-Luçay, 1831-1913), a eu une vie aventureuse qui aurait pu être la source d’un de ses romans et même de plusieurs. Il a d’ailleurs écrit Les Aventures de ma vie (cinq tomes chez Paul Dupont en 1896-1898). Cet homme de la droite radicale, flamboyant, cumule toutes les aventures liées à ce type d’existence, plusieurs mariages, l’exil, nombreux duels (une vingtaine, dit-on) et davantage encore de procès. Le plus notable est celui de 1870 qui l’enverra au Fort Boyard, puis à Saint-Martin-de-Ré puis enfin à Nouméa dont il parviendra, fait unique, à s’évader en 1874 pour rejoindre l’Australie. Henry Rochefort représente, depuis un siècle au moins, l’archétype de la littérature populaire la plus médiocre et c’est bien en ce sens que l’entend ici Paul Léautaud.

[56]    Il s’agit du Boulevard des Invalides, qui à cet endroit crée un léger coude pour laisser s’échapper l’avenue de Villars. L’endroit est vaste, cette grande église, flanquée de deux tours et un peu m’as-tu-vu, achevée il y a trente-cinq ans est entourée de verdure, complétée par la très large avenue Bosquet à l’arrière. C’est un lieu idéal pour les grandes funérailles.

[57]    Eugène-Melchior de Vogüé (1848-1910), est l’un des ceux qui ont fait découvrir la littérature russe en France, notamment par Roman russe (1886), recueil d’articles sur Pouchkine, Gogol, Dostoïevski et Tolstoï. Sa notice de l’Académie française, où il a été élu en 1888 est longue de trois lignes.

[58]    Paul-Gabriel d’Haussonville (1843-1924), royaliste, académicien comme son père et reçu en décembre 1888. Sa notice est de six lignes.

[59]    Paul Bourget (1852-1935), écrivain et essayiste catholique. Ses premiers romans ont un grand retentissement auprès d’une jeune génération en quête de rêve de modernité. À partir du Disciple, en 1899, Paul Bourget s’oriente davantage vers l’étude des mœurs et les sources des désordres sociaux, qu’il relie parfois à la race.

[60]    Lucien Descaves (1861-1949), journaliste, romancier et auteur dramatique naturaliste et libertaire, Lucien Descaves s’est rendu célèbre par Les Sous-offs, roman antimilitariste pour lequel il a été traduit en cour d’assises pour injures à l’armée et outrages aux bonnes mœurs. Acquitté en 1890, il a donné d’autres œuvres dans le même ton. Rédacteur au journal L’Aurore au moment de l’affaire Dreyfus, il lui apporte son soutien. Lucien Descaves est secrétaire de l’Académie Goncourt.

[61]    Louis Henri Forain (1852-1931), peintre, illustrateur et graveur, ami de Paul Verlaine et d’Arthur Rimbaud, avec qui il habita, rue Campagne-première en 1872. Certains de ses croquis de presse, mordants, sont encore d’actualité.

[62]    Le comte Robert de Montesquiou (1855-1921), homme de lettres et critique. Poète, homosexuel et dandy insolent, il aurait servi de modèle à des Esseintes dans À Rebours (1884) de J.-K. Huysmans. Il fournit à Marcel Proust l’un des modèles du baron de Charlus. Mais qui n’a pas servi de modèle à Proust ?

[63]    Léon Dierx (1838-1912), que des pairs élurent « prince des poètes » à la mort de Stéphane Mallarmé. Voir un saisissant portrait de Léon Dierx dans André Billy, Le Pont des Saint-Pères, à partir de la page 156. Léon Dierx signe de ses seules initiales dans le Mercure.

[64]    Albert Mérat (1840-janvier 1909), poète.

[65]    Fernand Gregh (1873-1960), poète, critique littéraire et historien, président de la Société des gens de lettres en 1949-1950, membre de l’Académie française en 1953, à 80 ans, après treize échecs. Les débuts de Fernand Gregh sont décrits par Paul Léautaud dans sa notice des Poètes d’aujourd’hui.

[66]    L’année suivante a vu les élections de Marcel Prévost, René Doumic, Jean Aicard (qui remplacera François Coppée le premier avril prochain), Raymond Poincaré et Eugène Brieux, à comparer avec la carence actuelle (été 2020) qui est de sept fauteuils à pourvoir après la mort de sept académiciens entre février et juin 2020.

[67]    Marie Ernest Paul Boniface, marquis de Castellane (1867-1932 — Prononcer Caslane). Ce dandy a épousé, en 1895, Anna Gould, seconde fille du milliardaire américain Jay Gould. La nouvelle comtesse de Castellane est fort laide, petite, légèrement bossue, ce qui fait dire aux mondains de l’époque : « Elle est plus belle, vue de dot ! » mais il était courant à cette époque que les riches Américains achètent ainsi un titre de noblesse pour leurs descendants. Boni de Castallane a écrit en 1925 L’Art d’être pauvre, chez Félix Lainé, 277 pages.

[68]    Forain avait des idées politiques nettement à droite.

[69]    Journaliste polémiste et homme politique antidreyfusard, nationaliste et antisémite Édouard Drumont (1844-1917) est également le créateur de la Ligue nationale antisémitique de France et le fondateur du journal La libre Parole. Ce journal populiste friand de scandales paru entre 1892 et 1924, fut l’étendard des antidreyfusards. Édouard Drumont a été député d’Alger de 1898 à 1902.

[70]    Paul Déroulède (1846-1914) (voir note 44), poète patriotique, auteur dramatique, romancier historique et homme politique d’une droite modérée, recevant deux mandats de député (Charente) en 1889 et 1898. Décoré en 1871, dans une idée de revanche il fonde la Ligue des patriotes en 1882. Cette ligue se radicalisera rapidement sur sa droite jusqu’à tomber en déliquescence pour, après quelques soubresauts entre les deux guerres, (Barrès, Castelnau) sombrer à la Libération.

[71]    De Montparnasse, IXe division.

[72]    René Duchastelet (avec un s, contrairement à ce qu’indique pourtant le rigoureux Index d’Étienne Buthaud — 1858-1910) était le médecin et ami de François Coppée et aussi son exécuteur testamentaire. On peut voir son portrait, au côté de François Coppée en couverture de L’Illustration du 14 mars 1908. René Duchastelet est mort écrasé par son « landaulet électrique » tout neuf qui a démarré tout seul peut-être à cause d’un court-circuit. Le Figaro du six juillet 1910, page deux.

[73]    Le Figaro du 27 mai 1908 donne une liste de plus de deux cents participants, issue du registre de la cérémonie.

[74]    Jean de Gourmont (1877-1928) est surtout connu comme le frère cadet (19 ans de moins) de Remy de Gourmont. Jean de Gourmont n’est entré au Mercure en 1903 que grâce à cette seule qualité. À la mort de son grand aîné en 1915, Jean de Gourmont ne fera quasiment plus que s’occuper de sa postérité.

[75]    Vraisemblablement par le boulevard Edgar Quinet, assez large, avec un terre-plein central.

[76]    Jean Moréas (Ioánnis A. Papadiamantópoulos, 1856-1910), poète symboliste grec d’expression française. En 1886, Jean Moréas, Paul Adam et Gustave Kahn ont fondé la revue Le Symboliste. Le jeune Jean Moréas a parfois publié dans de petites revues sous le pseudonyme de Vincent Muselli. Voir Alexandre Embiricos « Les débuts de Jean Moréas » dans le Mercure du 1er janvier 1948, page 85.

[77]    Frédéric-Auguste Cazals (1865-1941), peintre, dessinateur, écrivain, poète et illustrateur. En 1888, Frédéric-Auguste Cazals a fondé la revue Paris littéraire à laquelle ont participé Édouard Dubus et Louis Dumur. Frédéric-Auguste Cazals était un ami de Paul Verlaine, auprès de Gabriel de Lautrec.

[78]    Paul Fort (1872-1960), poète et auteur dramatique, créateur du théâtre d’Art (futur théâtre de l’Œuvre) au côté de Lugné Poe. Les premiers poèmes de Paul Fort paraissent dans le numéro du Mercure de janvier 1897. En 1905, Paul fort lancera la revue Vers et prose aux côtés de Jean Moréas et André Salmon. Suite à un référendum dans des journaux, Paul Fort sera élu Prince des poètes en 1912. Son neveu, Robert Fort (1890-1950), épousera en 1911 Gabrielle Vallette (1889-1984), la fille de Rachilde et Alfred Vallette.

[79]    Albert Lambert père (1847-1918), auteur dramatique (surtout de vaudevilles), poète et comédien.

[80]    La Phalange, « revue mensuelle de littérature et d’art » fondée par Jean Royère (1871-1956). Cette revue paraîtra de juillet 1906 à mai 1914 puis de décembre 1935 à janvier 1939.

[81]    L’une elles, mais pas la dernière (et il y avait eu aussi Agar), fût Méry Laurent (Anne Rose Suzanne Louviot, 1849-1900), demi-mondaine tenant salon 52, rue de Rome, près de chez Stéphane Mallarmé. Méry Laurent a légué sa fortune à Victor Margueritte, de 17 ans son cadet.

[82]    Quotidien ayant paru de 1865 à 1840.

[83]    Havelock Ellis (1859-1939), médecin et psychologue britannique, l’un des fondateurs de la sexologie, il a entretenu une correspondance avec Sigmund Freud. Ses Études de psychologie sexuelle sont un ouvrage monumental en quatorze volumes.

[84]    Trois vers manquants : « Des plis majestueux dans les tentures sombres, / Une lampe d’argent, discrète, sous les ombres, / Le vieux clavier s’offrant dans sa froide pâleur, »

[85]    « Le piano chantait toujours plus bas, plus bas. »

[86]    Dont voici un extrait : « Elle viendra ce soir ; elle me l’a promis. / Tout est bien prêt. Je viens d’éloigner mes amis, / De bruler des parfums, d’allumer les bougies / Et de jeter au feu les fades élégies / Que j’ai faites alors qu’elle ne venait pas ; / Et j’attends. Tout à l’heure elle viendra. Son pas / Retentira, léger comme un pas de gazelle, / Et déjà ce seul bruit me paiera de mon zèle. »

[87]    André Germain (1882-1971), romancier, fils du banquier Henri Germain, fondateur du Crédit Lyonnais. André Germain a épousé en 1906 Edmée Daudet (1886-1937), fille d’Alphonse Daudet, dont il a divorcé en 1909. André Germain est aussi connu comme auteur sous le pseudonyme de Loys Cendré. Il a été l’éditeur du mensuel Les Écrits nouveaux paru de 1917 à 1922. André Germain a habité, peu de temps, au 1er étage du 45, quai Bourbon.

[88]    D’abord peintre bohème, Raoul Ponchon (1848-1937) s’est lié avec Maurice Bouchor et Jean Richepin avant de devenir collaborateur régulier du Courrier Français jusqu’en 1908. Raoul Ponchon deviendra membre de l’académie Goncourt en 1924 en replacement d’Émile Bergerat, sans avoir écrit un seul livre, hors un recueil de quelques-unes de ses « Gazettes rimées », composées au kilomètre sur l’actualité de la semaine pour le Courrier Français de Jules Roques.

[89]    « Car le poète s’honore / Devant la Divinité, / Moins d’un poème sonore / Que d’un acte de bonté ! »

[90]    Une tombe classique avec une stèle assez haute pour contenir huit noms et dates dont voici le texte, les capitales et la ponctuation n’ayant pas été respectées : « Alexandre Joseph Coppée, mort le 20 mars 1863 âgé de 69 ans / Rose Louise Baudrit veuve Coppée, sa femme, morte le 31 août 1874, âgée de 70 ans / Marie Coppée, leur fille, morte le 28 février 1862, âgée de 22 ans / Édouard Coppée, mort de 24 janvier 1558, âgé de 82 ans / Mme veuve Lafaye, née Sophie Coppée, morte le 4 janvier 1902, âgée de 74 ans / Annette Coppée, née le 4 août 1826, morte le 17 mai 1908 / François Coppée, de l’Académie française, commandeur de la légion d’Honneur, 20 janvier 1842-23 mai 1908 / Priez pour eux. »

[91]    La tombe d’Agar est ornementée d’une colonne cannelée sans chapiteau surmontée d’un buste en pierre et d’une plaque portant l’inscription « Léonide Marye Charvin, tragédienne, dite Agar, 1832-1891 ».

[92]    Recueil, Lemerre, 1887. Voici les derniers vers du premier poème : « Je suis resté longtemps, seul, devant mon désastre. / Des midis sans soleil, des minuits sans un astre, / Passèrent, et j’ai, là, vécu d’horribles jours ; / Mais tu parus enfin, blanche, dans la lumière, / Et, bravement, afin de loger nos amours, / Des débris du palais j’ai bâti ma chaumière. »

[93]    Roman, Lemerre, 1898.

[94]    François Coppée a eu trois sœurs aînées : Joséphine, Marie-Louise et Annette, que nous connaissons. Joséphine a épousé Prosper Lafaye dont elle a eu une fille : Ève Lafaye, qui a épousé Jean Monval (Jean-Baptiste Mondain, 1882-1942), donc neveu par alliance de François Coppée. Jean Monval est archiviste-paléographe, docteur ès lettres, bibliothécaire-adjoint à la Comédie-Française. Monval, son père (Georges Hippolyte Mondain, 1845-1910) était avocat, acteur, archiviste et auteur de plusieurs ouvrages sur Molière.

[95]    À cette époque, PL passait de nombreux dimanches chez Remy de Gourmont.

[96]    François Coppée est cité ou évoqué une cinquantaine de fois dans les dernières années du Journal des Goncourt, la première fois le treize avril 1879. Il s’agit vraisemblablement ici de la journée du 23 juillet 1892 : « Coppée et sa sœur viennent aujourd’hui dîner à Champrosay. Ce soir l’ironique, le gouailleur, le blagueur, est tout triste. Il parle, avec de l’amertume dans un coin de la bouche, de la longueur de sa vie, et des différents individus qui l’ont habité, disant qu’il est très sensible à la température, et qu’il ne retrouve de l’ancien Coppée, que les jours, où il fait la température d’un jour de son ancien passé ; et il s’écrie à propos des prétendus cent ans de son existence : “J’ai vu, j’ai éprouvé trop de choses, en un mot, j’ai eu trop de sensations !” / Coppée parlant de Mlle Read, déclare qu’elle n’aime que les affligés, les souffrants, les malheureux, qu’elle hait les chanceux, les heureux, les gens ayant l’argent et la gloire. C’est la femme, dont Mme Halévy dit : “Je ne la vois plus, mais si je me cassais la jambe, je suis sûre qu’elle reviendrait auprès de moi !” » La transcription est ici celle de l’édition Charpentier de 1896 qu’a pu lire PL et non pas l’édition actuelle, bien plus riche, de la collection « Bouquins » de Robert Laffont de 1989.

[97]    1906.

[98]    Eugénie Weber, dite Madame Segond-Weber (1867-1945), 83, rue de la Pompe, pensionnaire au Français en 1887, sociétaire de 1902 à 1926. Cette tragédienne a joué en 1885 le rôle de Marie dans Les Jacobites de Coppée et celui de Sylvia du Passant dans plusieurs théâtres à plusieurs reprises dont, peut-être, ce printemps 1908 au Français.

[99]    François Coppée, Les Jacobites, drame en cinq actes, en vers créé à l’Odéon le 21 novembre 1895 avec Paul Mounet dans le rôle d’Angus et Eugénie Weber dans celui de Marie. Voir la critique de Louis Ganderax dans la R2M du 30 novembre 1885. Le texte a été publié par Alphonse Lemerre en novembre 1885.

[100]  Peut-être Armand Colin, éditeur depuis 1870.

[101]  Paul Ginisty (1855-1932), écrivain, chroniqueur au Gil Blas, directeur de l’Odéon de 1896 à 1906 puis inspecteur des monuments historiques. PL lui écrira le 16 février 1914.

[102]  Frédéric Masson (1847-1923), historien spécialiste des études napoléoniennes. Secrétaire et ami du prince Jérôme Napoléon. Il a publié une Étude sur le cardinal de Bernis. Frédéric Masson a été élu à l’Académie le 18 juin 1903, en remplacement de Gaston Paris, et reçu le 28 janvier 1904 par Ferdinand Brunetière. Il fut nommé Secrétaire perpétuel de l’Académie française le 20 mai 1919.