Texte publié en trois parties, les premier septembre, premier octobre et premier novembre 2026. Temps de lecture de cette première partie : 24 minutes.
Lettre du 19 juillet 1917 — 1926 — Bernard Grasset — Si le grain ne meurt — 1928 — Le célibat — 1930 — La petite maison de Louis Cario — 1932 — Susanne Balthazar — Quelques peintres — La crise de 1932 — Joseph Caillaux — Les malheurs financiers de Louis Cario font rire Alfred Vallette — La poésie en peinture — Manet et Valéry — La Femme maquillée — Encore le célibat — Rosita Matza — La journée du célibataire — Notes
Les liens ci-dessus ne correspondent par forcément à des titres, qui auraient rompu la continuité du récit. Il s’agit juste de repères, au long du texte.
Deuxième partie, à paraître le premier octobre 2026 : 1933 — François Porché — 1935 — Louis Cario, peintre — Colette — Achats inconsidérés. — 1936 — Jean Moréas et Henri de Régnier — Louis Cario exécuteur testamentaire — Le style — Une visite de Georges Le Cardonnel — Une visite de Charles Merki — Tristan Klingsor — Une conférence de Paul Valéry — Julien Benda — 1937 — Robert Rey — Charles Régismanset
Troisième partie, à paraître le premier novembre 2026 : 1940 — 1942 — L’exposition de Jean Loize — Un projet de journal — 1943 — Le Théâtre de Maurice Boissard — 1944-1946 — Paul Léautaud cité dans un film — Plus que quelques lettres — 1947-1949
Les plus attentifs des lecteurs du Journal littéraire n’imaginent pas la place qu’a tenu Louis Cario dans les sympathies de Paul Léautaud et, partant dans le Journal littéraire et la Correspondance. Cette page avait d’abord été envisagée comme une petite page d’été, à paraître le quinze août. Cela allait bien. Malgré quelques paragraphes négligés, force a été de se rendre compte de l’importance de cette relation. C’est ce qui a conduit à diviser en trois parties cette petite page d’été… Cinq pages pour Paul Valéry, quatre pour André Gide, trois pour Louis Cario… la décision ne s’est pas prise toute seule. En même temps, si un lecteur n’hésitera pas à passer plus d’une demi-heure sur André Gide, qui la passera sur Louis Cario ?
Cette première page va donc se clore avec l’année 1932.
Tous les textes du Journal littéraire concernant Louis Cario ne sont pas retranscrits dans cette page parce que, bien entendu, tous ne présentent pas le même intérêt. D’autre fois il s’agit juste d’une incise en cours de phrase. La proximité de Louis Cario avec Charles Régismanset fait que certains textes ont déjà été reproduits dans la page sur Charles Régismanset publiée ici le quinze janvier dernier. C’est d’ailleurs cette publication qui a conduit à s’intéresser à Louis Cario.
⁂
Si on lit la très intéressante « Histoire du Journal » de Marie Dormoy, l’affaire commence mal :
Il lui était venu à l’esprit de nommer un exécuteur testamentaire, chargé de surveiller la publication — sous-entendu, par moi — du Journal. Je donnai mon accord. Il choisit Louis Cario, inspecteur des Finances et peintre du dimanche. Cario, homme charmant qui venait parfois travailler à la Bibliothèque Doucet, refusa net. Il aurait accepté si j’avais été seule, mais l’idée d’avoir des démêlés avec le Fléau le fit reculer. Léautaud se trouvait un peu désemparé, mais ne poursuivit pas ses recherches.
Or Louis Cario (1876-1960), né au Havre, docteur en droit en 1904, commissaire répartiteur des contributions directes et homme de lettres, n’a jamais été inspecteur des Finances et ne figure d’ailleurs pas dans le Dictionnaire historique des Inspecteurs des Finances 1801-2009 de Fabien Cardoni, Nathalie Carré de Malberg et Michel Margairaz (1 200 pages).
En tant que peintre on ne confondra pas l’aimable « peintre du dimanche » de Marie Dormoy avec le peintre Louis Cario (1889-1941), auteur d’un ouvrage sur Eugène Boudin paru chez Rieder en 1928.
La production littéraire de Louis Cario est modeste et révèle deux pôles d’intérêt : l’économie, évidemment et les colonies. Le premier ouvrage paru est une collaboration avec Charles Régismanset : La Concurrence des colonies à la métropole paru chez Jouve en 1904 avec le seul nom de Louis Cario (190 pages) puis chez Challamel en 1906, accompagné du nom de Charles Régismanset (282 pages). Il s’agit de la concurrence commerciale des entreprises.

Paraîtront ensuite deux autres ouvrages en collaboration, L’Exotisme — La littérature coloniale (Mercure 1911, réédition L’harmatan en février 2016) et La Pensée française, anthologie des auteurs de maximes du XVIe siècle à nos jours » (Mercure 1921) 463 pages rassemblant 161 auteurs classés par ordre chronologique, dont de nombreuses femmes.
Louis Cario a publié dans la revue Mercure de France, 42 textes entre mars 1919 et 1940, traitant pour la plupart, de science financière.
Donc le premier article de Louis Cario paraît dans le Mercure le seize mars 1919. Cinq petites pages traitent d’une monographie d’André Langie : De la Cryptographie. Études des écritures secrètes, Payot. Il faut bien que quelqu’un s’y colle, autant prendre un débutant. Le texte de Louis Cario est agréable et simple. Il donne envie de lire le livre dont il parle.
Voici un nouveau collaborateur de la revue. On se dit qu’il a sans doute croisé Paul Léautaud une fois ou deux et qu’ils se sont dit bonjour.
En fait ce n’est pas du tout ça. Pour une raison que nous ne connaîtrons jamais — il faut s’y faire — le jeudi 19 juillet 1917 Paul Léautaud a écrit à Louis Cario en tant que « chef de bureau à l’Hôtel de ville » :
Cher Monsieur,
Vous n’allez pas vous amuser : voici, en ma personne, un raseur.
Avec l’assentiment de Vallette, je vous soumets ce qui suit : Le 31 août 1914, j’ai été mis à pied de mon emploi au Mercure avec un secours mensuel de 50 francs ;
[…]
Dans cette lettre assez triste, Paul Léautaud explique qu’à demi-salaire à cause de la guerre il perçoit à peine de quoi vivre et ne peut plus payer ses impôts. Un début de phrase fait lever un sourcil :
Avec l’assentiment de Vallette…
Ce n’est pas « Monsieur Vallette » ni même « Alfred Vallette », non ; juste « Vallette ». De cela on peut déduire que Louis Cario connaît Alfred Vallette. Depuis le ton de la lettre on peut penser qu’au mieux Paul Léautaud a peut-être rencontré Louis Cario une fois mais pas nécessairement.
Trois jours plus tard, le dimanche suivant, 22 juillet, Paul Léautaud remercie Louis Cario, qui lui a donc répondu immédiatement.
1926
Neuf années se passent sans que nous entendions parler de Louis Cario. Nous sommes le sept octobre 1926, la guerre n’est plus qu’un lointain souvenir.
Cet après-midi, visite de Cario, venu pour voir si un volume qu’il attend pour sa rubrique était arrivé1. Ce volume est édité chez Grasset. Cela nous a amenés à parler de Grasset qu’il connaît fort bien, comme il connaît fort bien l’un de ses sous-directeurs, Peyronnet, qui a épousé la sœur de Grasset2. Cario m’a raconté que voilà bien huit mois que Grasset n’a pas mis les pieds à sa maison. Il fait de la peinture et passe ses journées dans une académie de peinture à Montparnasse : La Grande Chaumière3 Il téléphone de temps en temps à Brun4, ou à Peyronnet, pour demander : « Est-ce que je peux vraiment continuer à mener la vie que je mène ? » Cario dit qu’il dépense, certainement, au moins 400 000 francs par an, donnant sans cesse des dîners de 12 ou 15 personnes. Il a un médecin attaché à sa personne et qui vit avec lui. Il paraît que sa peinture n’est pas mal du tout. Cario le rencontre souvent. Il est toujours gai, aimable, fin, l’air bien portant, « un peu putain », mais très séduisant, charmant au possible. J’ai dit à Cario combien il m’a toujours plu, depuis le temps que je l’ai connu à ses débuts rue Corneille5, toujours si aimable, si charmant, et si simple, pas esbrouffeur le moins du monde. Quant à ce qu’on raconte sur lui, sur l’homme qu’il est en affaires, qu’est-ce que cela peut bien nous ficher.
Puis, à la fin de l’année, le 27 décembre :
Monté peu après [un entretien avec André Billy] chez Vallette. Dumur est là, et Cario. On parle encore de Gide et de ses trois petits volumes6. Cario ne les connaît pas. Dumur dit qu’ils sont déjà épuisés. Aucun moyen de les avoir. Tirage à 5 000. Il n’y a plus un exemplaire. Je marque mon étonnement et mon émerveillement. Comme j’ai parlé de l’ouvrage comme quelqu’un qui le connaît, Dumur me demande comment je l’ai eu. Je dis de Gide lui-même, et un exemplaire spécial, à couverture bleue (genre d’exemplaires toujours très recherchés pour tous les ouvrages de Gide). Faisant allusion à ma défense de Gide, Dumur me plaisante et me dit qu’il n’y a plus à s’étonner, et Cario me dit : « C’est cela. Il vous a acheté. »
Je raconte à Cario les scènes principales du 3e volume : le petit Ali, Mériem7, le petit danseur offert par Wilde à Gide. Vallette reconnaît que ces passages sont délicieux, celui de la provocation du petit Ali « très joli » et tout cela écrit avec une adresse, une délicatesse merveilleuse.
Je raconte l’histoire d’Aziyadé, de Loti, le changement de sexe du héros sur la demande des Calmann et ce que m’a dit Gide de Souday qui s’est bien gardé de rappeler ce détail et d’en prendre le moindre prétexte à blâmer dans un feuilleton récent sur Loti8, réservant ses rigueurs à lui, Gide9. Cario, qui connaît l’histoire, la confirme.
À propos de Loti, Dumur raconte un mot de Renan, lors de sa candidature à l’Académie. Gaston Boissier10 était un peu effaré des mœurs qu’on connaissait à Loti et en parlait à Renan, avec cet avis qu’il était peut-être bien risqué d’élire un pareil homme. Renan l’écoutait. Quand il eut fini, il lui dit : « Nous verrons bien !… »
En tout cas, Vallette, Dumur et Cario ont été d’accord avec moi pour reconnaître que Gide est un écrivain d’une très grande personnalité, d’un très grand intérêt. Ils m’ont donné raison quand j’ai dit qu’on peut très bien ne pas aimer ce qu’il écrit, ne se sentir même que de l’éloignement pour certains de ses héros, comme par exemple l’Alissa de la Porte Étroite, on ne peut nier que ce soit là un très beau livre, extrêmement particulier.
1928
Deux ans plus tard, le vingt octobre 1928 :
Rencontré ce soir Cario à la gare du Luxembourg, où il venait acheter un journal à la bibliothèque, moi flânant dans la salle d’attente, en attendant de descendre au train11. Conversation amusante. Cario est un garçon charmant, pas bête du tout, et qui ne se gobe en rien. Il est comme moi. Il vit seul. Mange chez lui. Horreur des restaurants. Célibataire et enchanté de l’être12. Pas du tout envie de se marier. Horreur d’une société perpétuelle. Il a une maîtresse. Elle vient passer un moment chez lui tous les jours de 4 à 5 heures. Il me dit à ce sujet : « Elle a un mari qui l’emmerde. Je passe à ses yeux pour un type épatant. » Je lui dis aussitôt : « Si vous étiez marié, hein ? vous voyez ce que vous seriez ? Ce qu’est ce mari ?… » Il s’est esclaffé de bon cœur : « Justement, mon cher. Je le sais bien. » Il m’a dit encore, et d’un ton qui ne m’a nullement fait rire, tant il exprimait de délectation intime et sincère : « Et puis, je ne suis pas seul : j’ai ma peinture. » Autrefois, il écrivait. Il a collaboré avec Régismanset. Il a publié aussi, je crois, un ou deux romans qu’on connaît à peine. Depuis quelques années il s’est mis à la peinture, et il paraît qu’il a eu quelques succès — ce n’est pas lui qui me l’a dit, c’est Vallette, je crois.
1930
Près de deux ans passent encore, nous sommes au printemps 1930, le trois avril :
Tantôt visite de Cario. Il me dit qu’il est venu plusieurs fois à la gare du Luxembourg, à l’heure de mon train, pensant me trouver. Je lui dis que j’ai changé. Il m’apprend qu’il a acheté une petite maison à … j’ai oublié le nom, au bord de la Marne. Tout petit : deux pièces. Pour aller là-bas l’été, le samedi et le dimanche. Également, un cadre favorable pour peindre. […]
Cario me plaît beaucoup. Il est simple, modeste, discret, nullement ébloui par rien, ni vantard ni phraseur, et il a le goût profond de la solitude, ce qui est toujours un signe d’un certain mérite chez un homme. Je suis tenté d’ajouter : il est bien laid aussi13.
1932
À partir de 1932 les rencontres avec Louis Cario sont plus nombreuses (ou davantage notées).
Deux ans encore et nous sommes au printemps 1932, le neuf mars :
À cinq heures, petite visite de Cario, venu pour me faire part d’un bon mot de Sophie Arnould qu’il a trouvé dans le Journal de Delacroix. Comme dans la conversation il me dit qu’il a rencontré Mme X14 et que je lui dis combien j’ai trouvé, en la voyant il y a quelques jours, qu’elle s’abîme et devient laide, il me raconte ceci. Cela remonte à une dizaine d’années. Une petite soirée chez les Régismanset. On dansait. Il dansait avec elle. Tout à coup, elle s’arrête, semble défaillir dans ses bras et se laissant soutenir par lui, recule jusque dans la pièce voisine qui est la chambre à coucher des Régismanset. Là, Cario lui demande ce qu’elle a. Elle lui prend une main, la place sur son sein gauche (qu’elle avait fort bien, dit-il) et lui disant : « Je ne sais pas ce qui m’a pris. Tenez, sentez mon cœur, comme il bat… » Cario dit : « Voyez-vous Mme Régismanset arrivant dans sa chambre à coucher et me trouvant là en train de baiser Mme X !… Je la laissai là et rentrai dans le salon. Il y avait justement ce soir-là une femme médecin. Je lui dis : « Mme X n’est pas bien. Allez donc voir ce qu’elle a. » Elle revient presque aussitôt en me disant : « Mais elle n’a rien ! » J’ai dit à Cario : « En effet, elle n’avait rien. »
La conversation nous amenant à ce sujet, Cario est tout à fait de mon avis : affreux de vieillir, de se voir s’abîmer, « de perdre ses dents » (c’est lui qui l’a dit), affreux, affreux !
Arrive le 21 juin (1932)…
Je n’avais pas noté ce qui suit. Je le note aujourd’hui. Il y a quelques jours, Cario se trouvait chez Vallette. Il fait de la peinture. Nous parlons peinture. Je lui demande s’il a lu, dans le dernier numéro des Nouvelles littéraires, les articles sur Manet15. Il ne les a pas lus. Je lui dis que dans ces articles Manet est appelé un grand peintre et que je me demande si vraiment il est un grand peintre, et que je me demande cela parce que presque toutes ses œuvres maîtresses ont leur prototype chez des peintres précédents, comme Goya, comme Giorgione, comme même Gavarni, je crois bien. Cario qui, comme peintre, parle de la peinture, je m’en suis aperçu ce jour-là, comme Marnold16 parle de la musique, qui n’est pour lui qu’une combinaison de sons, me répond que ce qui fait le grand peintre ce ne sont pas les sujets traités mais les combinaisons de tons. Or, aujourd’hui, je lis dans La Volonté17 un article du critique d’art Louis Vauxcelles18 qui se demande pourquoi Manet n’a pas répondu, à l’époque, à tous ses détracteurs, qu’il ne faisait que traiter les mêmes motifs qu’avaient traités avant lui de grands peintres célèbres, admirés, louangés, ayant leur place dans les musées, et il cite à l’appui Giorgione par exemple, avec le Concert champêtre19, et d’autres que j’aurais dû noter. Je ne suis pas du tout mécontent d’y avoir pensé le premier. J’ai une assez bonne culture en peinture, qui me vient de toutes les expositions de galeries de tableaux que je visitais quand j’étais clerc d’avoué et que je traînais partout dans Paris. Je sais fort bien reconnaître les œuvres de beaucoup de peintres sans aller à leur signature.
Et le six juillet :
Ce soir, rencontre de Cario, devant la gare du Luxembourg. Une demi-heure de conversation, tous deux adossés à la devanture de la gare. Je lui dis, dès l’abord : « Eh ! bien, allez-vous écoper ou n’allez-vous pas écoper ? » (Diminution des traitements des fonctionnaires comprise dans les mesures budgétaires présentées par le ministère Herriot20.) Il me répond : « En tout cas, moi j’écope, et sérieusement. » Il s’explique qu’il va être atteint par la suspension d’avancement qui figure au programme des dites mesures. Il était à deux mois de monter d’une classe, avant de prendre sa retraite dans deux ans. Augmentation d’appointements, et augmentation de la retraite. C’est 15 000 francs qu’il perd par an sur celle-ci.
De la « crise » la conversation passe à la guerre, la folie, l’inutilité de celle-ci, l’immoralité du traité de Versailles et ce que nous dirions si c’étaient nous à qui on l’eût imposé. Je rappelle, par contraste, la sagesse de Caillaux21 évitant la guerre, lors de l’affaire d’Agadir22, en cédant à l’Allemagne une partie du Congo. Il se met alors à me parler de Caillaux, à propos d’une affaire encore qui le concerne, cette même affaire d’avancement. Il est porté sur la liste, avec les notes de service les plus élogieuses. Or, le préfet prétend nommer un autre candidat, qui non seulement vient après lui, mais contre lequel par surplus il y a des rapports défavorables. Il est allé voir Caillaux pour lui exposer son cas, se défendant de venir lui demander une faveur. Caillaux a bondi sur le téléphone pour demander le directeur compétent auquel il a dit tout ce qu’il fallait. Mais Cario explique : « L’avancement va être suspendu pendant deux ans. Dans deux ans je serai tout près de ma retraite. On me dira qu’il est bien tard … et on nommera l’autre. »
Il me dit qu’il a rarement vu un homme donner comme Caillaux l’impression de l’intelligence. Il a vu à la guerre plusieurs généraux de près : tous de bien piètres bonshommes.
Nous parlons de la vie extraordinaire qu’aura eue Caillaux, son ressort, son énergie : la cellule de la Santé23, la condamnation, l’interdiction de séjour, puis la réhabilitation, le siège de sénateur, de nouveau ministre, aujourd’hui président de la commission sénatoriale des finances. Cario connaît le ménage Henri Focillon24. Il me raconte que, les Focillon liés avec Herriot, celui-ci les a menés un jour voir Caillaux à Mâcon, où il était tenu de résider. Une petite chambre dans un hôtel très ordinaire, avec le lavabo dans la chambre. Caillaux passa tout l’entretien en allusions propres à obtenir d’Herriot qu’il le fasse venir à Lyon, Herriot de son côté éludant toujours la réponse. Il paraît que Caillaux, de temps en temps, ne tenait plus de… On permettait alors à sa femme de venir lui faire une petite visite.
Cario ne voit pas l’avenir en rose. En 1924, il a perdu tout ce qu’il avait. Un ami boursier, jouant pour lui avec une petite somme, lui a reconstitué un certain avoir. Il s’est mis à déposer à la Caisse des Dépôts une somme de 43 000 francs destinée à lui assurer à 60 ans une pension de 6 000 francs par an. Il se demande ce que vaudront peut-être les 6 000 francs qu’on lui servira et même si on les lui servira. Il s’attend même, comme fonctionnaire, à ce qu’on s’en prenne un jour aux retraites des fonctionnaires pour les réduire, en s’attaquant, naturellement aux retraites les plus élevées, ce qui sera son cas. Il me disait ce soir : « Il faudrait tâcher d’avoir une petite maison quelque part, pour aller là finir sa vie comme on pourrait. »
Chacun se plaint, et s’inquiète. Je me plains, moi, et je m’inquiète, qui aurai toujours mal gagné ma vie et n’aurai aucune retraite. Cario se plaint et s’inquiète aussi, qui aura touché de très beaux appointements et aura une retraite fort appréciable.
Le lendemain, sept juillet 1932 :
Raconté ce matin à Vallette et à Dumur la mésaventure professionnelle et les plaintes de Cario. Ils ont bien ri. Aucun attendrissement sur son sort. Au contraire : s’il y a des gens auxquels toucher pour les réduire un peu, ce sont bien les fonctionnaires de son genre. Dumur trouve ridicule qu’on puisse, à une époque de crise financière d’État comme celle-ci, payer les fonctionnaires, tout au moins certains fonctionnaires, comme on les paie, et leur servir les retraites qu’on leur sert. Il nous a encore cité l’exemple d’un monsieur de Saint… (j’ai oublié le reste), rédacteur au Sénat (un emploi fort ordinaire25), qui vient de prendre sa retraite et qui touche de ce chef 45 000 francs par an. Dumur trouve cela absolument scandaleux. Ces gens étaient bien payés. Ils n’avaient qu’à économiser. Qu’on leur assure de quoi vivre, bien. Mais 45 000 francs par an à un homme qui ne fait plus rien ! Il aurait fallu que Cario entende cela, qui ne manque pas de justesse, et à quoi je pensais hier en l’écoutant.
La journée du vingt octobre 1932 n’est occupée que de Louis Cario :
Ce matin, visite de Cario. Toujours le plus grand plaisir à le voir. Je ne dis pas cela de beaucoup de gens. Il a de l’esprit, il est intelligent, il a une certaine culture, il ne s’en croit pas. Il aime la solitude, il m’en a bien l’air, pour les mêmes jouissances que j’y trouve. J’ai fait cette découverte, ce matin, après un moment de conversation, qui me fait toujours grand plaisir, qu’un garçon comme lui, le voir plus souvent, causer avec lui de mille choses, cela effacerait beaucoup, je crois bien, de ma privation d’une société féminine avec tous les agréments que j’en entends26. Les choses de l’esprit consolent de tout le reste.
Il m’a rappelé notre conversation sur la peinture, à propos d’un mot que j’ai employé ce jour-là et qui l’avait surpris, lui qui est peintre et qui voit la peinture en peintre, c’est-à-dire uniquement dans l’art de la couleur, — le mot : poésie, la « poésie » que dégagent certains tableaux. Il s’est mis d’abord à se demander ce que pouvait signifier ce mot employé au sujet de tableaux, puis à chercher qui avait bien pu l’employer le premier. Après réflexions, il lui est venu l’idée de chercher dans Diderot. Il l’a trouvé dans Diderot. Le diable si je m’en serais douté. Je n’ai jamais lu beaucoup les Salons27 de Diderot, sans grand intérêt pour moi. Il reconnaît d’ailleurs que ce terme a son sens pour certaines œuvres. Je lui ai nommé Corot. Il est certain que les tableaux de Corot dégagent une grande poésie, non pas le mot pris dans un sens littéraire, comme l’avait cru tout d’abord Cario, mais dans le sens de spiritualité. Il l’a reconnu sans réserves. Je lui ai reparlé de ma conversation avec Valéry sur Manet28, tous les arguments fournis par lui pour reconnaître en Manet un grand peintre, s’occupant uniquement de la technique, déclarant compter seules, en art, les combinaisons nouvelles : en peinture, de tons, — en littérature : de forme, — comme Marnold, en musique : de tons, ne donnant aucun intérêt au sujet ni aux idées. C’est tout à fait la façon de voir de Cario, qui est peintre et qui, je le répète, parle de la peinture en peintre. Il m’a répété un mot de Régismanset, dans une conversation qu’ils avaient tous les deux sur Manet : « Je lui reproche d’avoir le premier introduit la vulgarité dans la peinture et d’être le père de toute cette 29 que nous voyons aujourd’hui. » Je l’ai dit à Cario : « Je ne serais pas loin de faire mienne cette appréciation, au moins la première partie. J’avoue que je trouve Le Bon Bock, par exemple, extrêmement vulgaire30. Je ne vois pas du tout l’intérêt d’avoir peint cela ni le plaisir à avoir ce tableau chez soi. De même Le Fifre. Complètement fermé à cela. J’ai beaucoup aimé L’Olympia étant jeune. Aujourd’hui, je trouve cela laid. J’aime beaucoup Le Balcon. Mais ces femmes laides me déplaisent. » Cario conçoit très bien cette manière de voir, mais pour lui c’est la couleur, les oppositions nouvelles de tons qui comptent et qui comptent seules. Nous sommes revenus aussi sur le chapitre des natures mortes, auxquelles je me déclare toujours complètement fermé, si bien peint que cela puisse être, ne voyant pas du tout l’intérêt de peindre un chaudron, un poisson, etc., alors que lui s’extasie sur certaines, pour la réussite de couleurs qu’elles offrent.
J’ai aussi parlé à Cario des réflexions que je fais depuis un an ou deux sur la musique, que je suis arrivé à considérer comme le plus instinctif des arts, comme celui s’attachant le plus au physique, donc comme n’étant pas du tout le premier des arts, bien au contraire, avec exemples à l’appui : l’origine de la musique : un homme tapant dans ses mains en cadence pour en faire gigoter d’autres, — la démangeaison de gigoter qui nous prend à une simple musique de bastringue — les jambes que retrouvent les hommes d’un régiment harassé de fatigue, dès que la musique joue, etc., etc., — réflexions que j’ai mis par écrit et que tel ou tel me déconseille de publier pour ne pas me faire traiter d’âne. Cario tout à fait dans mes vues.
Revenant à la peinture, et à Manet, je lui ai raconté ce que Valéry m’a dit d’un certain tableau de l’exposition : une femme dont on voyait un sein, un sein ! peint d’une façon ! et son mot en me quittant : « Je vous souhaite d’en avoir un pareil. »
Cario, qui connaît fort bien ce tableau, qui juge comme Valéry, a eu alors un mouvement d’expansion : « Eh ! bien, mon cher, moi, j’ai eu le pareil. Cet été, à la mer, une femme hésitait à se baigner, parce qu’il commençait à faire un peu froid. Je lui dis : Mais non ! Vous rentrerez aussitôt dans votre cabine. Votre peignoir, votre soutien-gorge noué tout de suite par derrière… Cela ira très bien. Et naturellement, n’est-ce pas, pour lui nouer son soutien-gorge, je l’ai prise par la poitrine. J’ai senti alors dans ma main un sein, mon cher, un sein ! une merveille, mon cher, une merveille ! » Heureux Cario !
Il m’a demandé si j’ai lu le dernier roman de Billy : La Femme maquillée31. Je lui dis non, ne l’ayant pas reçu contrairement aux attentions de Billy avec moi. Il me dit que d’après le compte rendu de Thérive, il en a mauvaise impression32. Je lui explique que Billy est souvent un peu bâcleur, qu’il a arrangé sa vie de telle sorte qu’il a de grands besoins d’argent, qu’il est aussi un peu de ces gens qui font un travail selon le prix qu’il lui est payé, comme était van Bever : le même travail, s’il devait en retirer 300 francs il en donnait pour 300 francs, — si 500, il y apportait un peu plus de soins, ne se cachant pas de cette façon de faire. Comme je l’ai dit à Cario, qui a été de mon avis : « Ils la paient d’ailleurs, cette façon de procéder, ils la paient ! Plaignons les gens qui ne font pas passer avant tout le grand plaisir de se satisfaire, soi le premier, sans aucun souci du résultat matériel. »
J’ai raconté à Cario, en deux mots, mes visites à Sainte-Anne33, lui disant, comme je l’ai noté, combien, quand on voit des choses de ce genre : le mariage, la folie, la prison, la syphilis, etc., etc., on peut considérer comme un bonheur d’y avoir échappé, — du moins jusqu’ici !… Ce jusqu’ici l’a fait éclater de rire et nous avons clos par quelques éloges du célibat et quelques plaisanteries sur le mariage, en célibataires endurcis que nous sommes et bien résolus à persévérer tous les deux dans ce sentiment que nous ne nous marierions pas, même pour la fortune. Ce qui était peut-être un peu fat, de la part de l’un et de l’autre. J’ai dit à Cario : « Vous encore, vous avez une vie aisée. Vous avez vos dernières années assurées. Vous prendrez votre retraite dans deux ou trois ans. Vous aurez une existence tout de même confortable. Mais moi ?… Eh ! bien, malgré cela, je crois que je dirais non encore. » J’ai d’ailleurs ajouté aussitôt ce correctif, que je crois très juste et que Cario a trouvé tel, qu’un tel mariage, à notre âge, et avec une femme qui aurait naturellement à peu près le même âge, n’aurait pas les mêmes inconvénients que fait, étant jeune, avec une jeune femme qui veut naturellement avoir en sorties, mondanités, étalage, etc., etc., le profit de son opération et vous le fait payer cher.
Ce que je dis en tête de mon plaisir à voir Cario me fait penser aux gens avec lesquels j’ai le même plaisir. Ce nombre ne va pas loin : Billy, Rouveyre (malgré son ignorance), Benda. Je ne vois guère plus.
Un mois plus tard, le 23 novembre, toujours de cette année 1932. La journée entière, quoi que bien plus courte, lui est réservée :
Ce matin, visite de Cario. Courte. J’avais du travail. Il me parle du banquet offert à Rosita Matza34-35 à l’occasion de sa décoration36. Un discours d’Ernest-Charles, lamentable. Il était d’ailleurs complètement saoul. Un discours de Dausset37, sans intérêt. Ensuite Henry de Jouvenel : un speech délicieux.
Je lui dis, de Rosita Matza : « Elle est fort riche ? — Fort. C’est la sœur du banquier Finaly. » Je lui demande ce qu’est son mari : le docteur Matza. Il me répond : « Assez terne. Quelconque. Un médecin. Un juif. Un peu levantin. — Il a fait la bonne affaire. — Je vous crois. » Il m’apprend qu’il a d’abord été marié à une fille de Dumas fils. Comme j’exprime par ma physionomie qu’il me paraît être un homme qui ne donne pas dans l’ordinaire, Cario me dit : « Oh ! il sait nager. Il sait y faire. C’est un bon poisson. »
Le lendemain…
Vallette me parle ce matin du banquet Rosita Matza, auquel il était, comme Cario. « Ernest-Charles a fait un petit discours délicieux. Tout à fait charmant. Il était un peu “parti”. Ça a ajouté du ton ! »
Allez donc vous y reconnaître.
21 décembre :
Nous nous inquiétions de Rouveyre, hier, Vallette et moi… Ce matin, reçu de lui, sans rien de plus, une petite reproduction, tirée sans doute d’un journal illustré à propos de l’Exposition de la Caricature38, d’un Daumier, que j’ai souvent eu l’envie de m’acheter : La journée du célibataire, 9 heures du soir39, au bas de laquelle il a ajouté ou les soirées de Fontenay-aux-Roses. J’ai envoyé un petit mot à Rouveyre pour le remercier.
Cario, qui passe tantôt me dire bonjour, et qui apprend de Mlle Blaizot40 le petit envoi de Rouveyre, se déclare en riant vexé de se trouver ainsi devancé. Ayant vu, lui aussi, cette reproduction de Daumier, il en a cherché partout ces jours-ci une épreuve de l’époque pour me l’offrir. Très rare, paraît-il, d’après ce que lui a dit Prouté41. S’il la trouve et qu’il me l’offre, nul doute que je la mettrai sous verre et l’accrocherai chez moi.
Notes
1 L’ouvrage en question est d’Octave Homberg, La Grande injustice, paru cet automne chez Bernard Grasset et traitant entre autres des dettes interalliées. Octave Homberg (1876-1941) ayant été délégué financier de la France aux États-Unis au moment de l’entrée en guerre.
2 Marguerite Grasset (1888- ?) a épousé en mai 1913 Joseph Peyronnet (1880- ?), avoué à Montpellier. « l’un de ses sous-directeurs », l’autre étant un monsieur Roux.
3 Cette académie de peinture, toujours en activité en 2026, a été fondée en 1904 par la peintre suisse Martha Stettler (1870-1945) au quatorze rue de la Grande Chaumière près du carrefour Vavin. Le lieu sert souvent de décor pour des films. Fernande Olivier habite au dix de cette même rue.
4 Louis Brun (1884-1939, tué par son épouse, jalouse), ami des premiers jours et principal collaborateur de Bernard Grasset.
5 Sept rue Corneille (face au côté droit du théâtre de l’Odéon), où Bernard Grasset s’est installé en août 1908.
6 Si le grain ne meurt, édition définitive en trois volumes de 184, 212 et 180 pages, La NRF 1926.
7 Corrigé de Méryem. Pour le petit Ali, pages 279 puis 312 et suivantes dans l’édition des Souvenirs et voyages de La Pléiade par Pierre Masson (Gallimard 2001), qui se termine page 327.
8 Paul Souday a publié récemment plusieurs feuilletons sur Pierre Loti.
9 Lire le feuilleton de Paul Souday dans Le Temps du 23 décembre : « … on souhaiterait que M. André Gide se fut davantage étendu sur ces sujets passionnants [l’art et le sentiment poétique], et n’ait pas remis à un prochain volume ses souvenirs sur Jacques-Émile Blanche, Maeterlinck, Barrès et Marcel Schwob, au lieu de nous raconter ces fâcheux voyages d’Afrique et ces “garçonneries” ou “corydonneries” arabes qu’on ne lui demandait certes pas ! D’ailleurs cela reste presque insignifiant, quoique répugnant et sans comparaison possible avec les aventures de Charlus et consorts de Marcel Proust, qui ont au moins quelque pittoresque. »

10 Normalien, maître de conférences à l’École normale, professeur d’éloquence latine au Collège de France, Gaston Boissier (1823-1908), a collaboré à la Revue des Deux Mondes. Ses meilleurs ouvrages sont les Promenades archéologiques, et son étude sur Cicéron. Gaston Boissier a été élu à l’Académie française en 1876 et nommé secrétaire perpétuel en 1895. Pierre Loti a été élu en mai 1891, au sixième tour de scrutin. Il a été l’un des rares candidats à ne pas avoir été tenu de faire ses visites puisqu’il était en service sur le navire Le Formidable. C’est alors qu’il était en rade d’Alger qu’il apprit son élection.
11 Le dossier de légion d’Honneur de Louis Cario indique, en novembre 1931, qu’il habite au 97 boulevard Saint-Michel, face à l’école des Mines. Il pouvait donc fort bien y habiter ce vingt octobre 1928. Paul Léautaud indique qu’il est venu « acheter un journal à la bibliothèque » de la gare (de nos jours nous dirions « kiosque à journaux ». La gare du Luxembourg occupait le rez-de-chaussée de l’immeuble faisant l’angle du boulevard Saint-Michel et de la rue Gay-Lussac. La voie ferrée est souterraine à cet endroit et ressort à l’air libre à la station Port-Royal.
12 Louis Cario se mariera pourtant, en juin 1960, six mois avant de mourir, à l’âge de 83 ans, avec Jeanne Grappotte (1891-1979).
13 Dans un court paragraphe au 25 avril 1936 non reproduit ici, Paul Léautaud écrira : « Visite de Cario ce matin. Surtout quand il parle, il ressemble étonnamment au professeur Nimbus. »

Le Professeur Nimbus dessiné par André Daix, tel qu’il a été présenté en une du quotidien Le Journal du seize septembre 1934 (André Daix : André Delachanal, 1901-1976)
14 Suzanne Balthazar (1890-1941), peintre et sculpteur a épousé Jean de Gourmont en février 1920. L’anecdote sera reprise le 11 janvier 1933.
15 Les Nouvelles littéraires du onze juin, en une, « Hommage à Manet, par Paul Valéry ». Puis toute la page dix (et dernière) propose plusieurs articles sur Édouard Manet.

16 Jean Marnold (Jean Morland, 1859-1935), homme de lettres, musicographe (ami de Ravel), traducteur de l’allemand, chroniqueur musical au Mercure.
17 La Volonté, quotidien mondain illustré paru de 1925 à 1936, traitant de l’actualité politique et culturelle sous la direction d’Albert Dubarry. Ce journal disparaîtra dans deux ans, après les manifestations du six février 1934.

18 Louis Vauxcelles (Louis Mayer, 1870-1943), bien que très conservateur, fut l’un des critiques d’art les plus influents de son temps. S’il est réputé avoir formé les mots « cubisme » et « fauvisme » au début du siècle, ça l’a été dans un sens désobligeant. L’article en question, page deux, dernière colonne est titré « Le Silence de Manet ».
19 Giorgione (Giorgio Barbarelli, 1477-1510), mort à 32 ans. Ce Concert champêtre de 1509 a souvent été attribué au jeune Titien (1488-1576), la controverse n’étant toujours pas tranchée.

20 Édouard Herriot (1872-1957), assez exact contemporain de Paul Léautaud, est en ce moment président du Conseil des ministres depuis le trois juin, sous la présidence d’Albert Lebrun, élu le dix mai. Il laisse dans les mémoires, de nos jours, le souvenir d’avoir été le maire de Lyon pendant 45 années, de 1905 à 1947, hors la période de l’Occupation.
21 Joseph Caillaux (1863-1944), inspecteur des finances en 1888. Cinq fois député de la Sarthe (gauche) sans discontinuer de 1898 à 1919, quatre fois sénateur (toujours de la Sarthe), de 1925 à sa mort, Joseph Caillaux a été cinq fois ministre des Finances, et président du Conseil des ministres en 1911.
22 En juillet 1911, le Maroc était l’un des derniers pays africains non colonisés. La France est intéressée. D’autre part l’Allemagne de Guillaume II pense avoir un retard de colonies à rattraper. En 1911, le sultan du Maroc, menacé d’une révolte, demande aide à la France. En mai, les troupes françaises occupent Rabat, Fès et Meknès. L’Allemagne réagit en envoyant une canonnière dans la baie d’Agadir. Fin juin, Joseph Caillaux est nommé président du conseil et offre à l’Allemagne, contre son retrait, des territoires français en Afrique centrale.
23 En novembre 1917, Georges Clemenceau est nommé président du Conseil pour poursuivre la guerre alors que Joseph Caillaux s’y est toujours opposé, ainsi qu’on a pu le voir note précédente. Léon Daudet et la presse d’extrême droite l’accusent de défaitisme. Joseph Caillaux est arrêté en janvier 1917 et emprisonné. Il sera réhabilité en 1925 puis nommé ministre des Finances.
24 Henri Focillon (1881-1943), normalien, agrégé de lettres, historien de l’art médiéval. Directeur du musée des Beaux-arts de Lyon en 1913, suppléant d’Émile Mâle à la Sorbonne en 1924, professeur d’esthétique à la Sorbonne en 1933, puis professeur au Collège de France en 1937.
25 De nos jours les rédacteurs sont surtout employés dans la fonction publique territoriale (mairies, conseils généraux…). Leur salaire est de 1 300 à 1 600 €uros nets.
26 Anne Cayssac, comme chaque année, est partie passer l’hiver à Pornic à partir de la mi-octobre.
27 Les Salons de Diderot sont les comptes rendus de la demi-douzaine d’expositions organisées par l’Académie royale de peinture et de sculpture dans le Salon carré du Louvre entre 1759 et 1783 à destination d’un public étranger qui ne pouvait pas fréquenter ces événements artistiques français.
28 Il ne semble pas que cette conversation ait été notée dans le Journal. Le couple Valéry habite au 40 rue de Villejust dans un immeuble construit (achevé vers 1883) pour le peintre Eugène Manet, (1833-1892) et son épouse Berthe Morisot (1841-1895). Eugène Manet est le cadet d’Édouard Manet.
29 Note dans le corps du texte de l’édition imprimée : « [un blanc dans le manuscrit] »
30 Après son mariage en 1863 avec la pianiste néerlandaise Suzanne Leenhoff (1829-1906), le couple Manet s’est rendu plusieurs fois aux Pays-Bas et notamment au cours de l’été 1872, avant de peindre son Bon Bock.

Musée des beaux-arts de Philadelphie
31 Flammarion, 283 pages. « Billy » ici en violet, remplace « Y » dans l’édition papier.
32 Ce compte rendu d’André Thérive est paru page trois du Temps de ce matin : « Et voilà pourquoi le roman de M. André Billy, où on chercherait en vain des hardiesses scandaleuses est recommandable aux partisans de la vieille morale. […] Au total, le roman de la Femme maquillée est très original, on y sent malgré tout l’observation de mœurs véritables que certains procès parisiens ont révélé au public le plus honnête. » Ce « malgré tout » tue.

33 Pour visiter André Castagnou.
34 Rosita Finaly (Rose-Anita, 1885-1955) était la sœur d’Horace Finaly (1871-1945), qui sera le directeur général très politisé de la Banque de Paris et des Pays-Bas (Paribas) entre 1919 et 1937. Rosita a aussi une sœur, Mary, bien aimée de Marcel Proust. Rosita a été mariée une première fois à Charles Derennes, puis à Achille Matza, médecin, ancien mari de Colette Dumas, fille d’Alexandre Dumas fils. Voir Rosita Finaly, Échos dans la tourmente, Stock 1916, 157 pages. Rosita Finaly a également écrit sous le seul prénom de Rosita.
35 Ce banquet s’est tenu le seize novembre dernier (1932). Le Comœdia du lendemain a publié la photographie ci-dessous. Le « grand restaurant parisien » était le restaurant Foyot. L’Hôtel Foyot, au 33 rue de Tournon, était situé dans un rectangle formé par la rue de Tournon et la rue de Condé (parallèles), et la rue de Vaugirard au sud, l’hôtel Foyot exploitait aussi un luxueux restaurant au rez-de-chaussée. Ce restaurant, qui était un peu la « cantine » du Sénat, avait son entrée sur la rue de Tournon. Une autre entrée, 36 rue de Condé, desservait une salle plus modeste. L’hôtel a été démoli en 1937. L’emplacement est resté vacant, laissant, face à l’entrée du Sénat, entre la rue de Tournon et la rue de Condé, une placette ombragée nommée depuis « square Francis-Poulenc » agrémentée d’un minuscule espace vert et d’un kiosque à journaux. Paul Léautaud évoquera ce terre-plein le deux février 1940.

36 Rosita Matza a été nommée chevalier de la Légion d’honneur le vingt octobre.
37 Louis Dausset (1866-1940), agrégé de lettres, président du conseil municipal de Paris en 1901, président du Conseil général de la Seine en 1919, sénateur de la Seine en 1920.
38 Un siècle de caricature, exposition organisée par le syndicat de la Presse artistique au musée des Arts décoratifs (Pavillon de Marsan) à partir du deux décembre.
39 La journée d’un célibataire est une série de caricatures (peut-être douze) d’Honoré Daumier représentant plusieurs heures de la journée. Celle sous-titrée « 9 heures du soir » représente l’homme venant de se coucher et éteignant sa bougie avec satisfaction. L’ensemble de ces caricatures est d’un mauvais goût affirmé. Paul Léautaud s’est opposé à André Rouveyre qui voulait reproduire « Le Coucher » dans le Choix de pages.

40 Louise Blaizot est la fille de Jean Blaizot, le caissier. « Louisette » a été employée au Mercure du deux janvier 1919 à juillet 1958 avec l’arrivée de Simone Gallimard. Louisette Blaizot sera citée 108 fois dans le Journal littéraire.
41 La galerie d’art (sur papier) Paul Prouté a été fondée en 1876 par Victor Prouté. En 1920 elle s’est installée au 74 rue de Seine où elle est encore active de nos jours et dans la main des héritiers.