Le Journal particulier de 1937

Le lecteur qui prend en main le Journal particulier de 1937, comme tout livre, le retourne et lit la quatrième de couverture. La voici :

« Jeudi 18 février. — À l’Acropole, de dix heures un quart à onze heures et demie. Elle soupe. Je prends un chocolat. Je la reconduis à sa porte. Propose un petit tour dans un coin de la gare, sans lumière, pour quelques baisers. Grand plaisir à la tenir dans mes bras. Je… J’ai des velléités de certaines petites choses. S’y refuse, par prudence. Le froid, aussi, qu’elle ressent. Je lui dis comme elle est déplaisante, en pareil cas. »

Et le lecteur se pose trois questions : Qu’est-ce que cet Acropole ? Qu’est-ce que cette gare ? Pourquoi avoir choisi cet extrait ?

Loin de nous l’envie de pénétrer les circonvolutions cérébrales de l’éditeur (et des éditeurs en général), nous n’aurons donc pas de réponse à la troisième question.

Mais pour L’Acropole, nous savons. Tous les parisiens savent, connaissent sans y être allé (il faut avoir envie), ce petit restaurant de la rue de L’école de médecine. Nous avons tous aperçu d’un coin de l’œil, à droite en montant le Saint-Michel, cette enseigne après l’angle du Joseph Gibert. Paul Léautaud et Marie Dormoy y sont allés dîner souvent, au moins depuis le 24 juin 1933. L’établissement a été créé en 1922. Il y a eu un changement de propriétaire trente ans plus tard et le nom est resté. Ce 18 février 1937 ils y sont retournés voilà tout.

Mais où diable est donc cette gare ? « Je la reconduis à sa porte. Propose un petit tour dans un coin de la gare ». La porte de Marie Dormoy, à cette époque, est au six avenue Paul-Appell. Il s’agit d’un ensemble de bâtiments à loyer bon marché juste achevé en octobre 1934, date de l’emménagement de Marie Dormoy. Nous sommes à l’extrême limite sud de Paris, sur une sorte de terrains vague, les fortifs.

J’ai fait ça en douce,
derrière les fortifications…

Et la gare ? « Je la reconduis à sa porte ». Selon leur habitude, Paul et Marie ont pris le bus et sont vraisemblablement descendus à la station Porte d’Orléans. La gare est donc celle qui était nommée « La petite gare de Montrouge », parce qu’elle desservait Montrouge et cette partie sud de Paris. Elle se trouve à 200 mètres en remontant avenue d’Orléans (de nos jours avenue du Général Leclerc), à l’angle de la rue de Goulmiers. Si la gare n’existe plus le bâtiment est toujours là et est de nos jours un restaurant un peu branché (et un peu loin).

Le 6, avenue Paul-Appell est à six-cent mètres de cette gare. Il fallait vraiment que Paul Léautaud soit pressé. Mais comme dit cette quatrième de couverture, la toujours tiède Marie « S’y refuse, par prudence ».

Alors, il sert à quoi, ce texte en quatrième de couverture ?

À rien.