Marie Dormoy — L’Exorcisée

Lettre de Paul Léautaud à Marie Dormoy datée de « Lundi soir 3 septembre 1934 » :

J’ai lu L’Exorcisée et ce que j’écris je le pense. Je n’en reviens pas. Je ne me figurais pas du tout, pour un premier roman, que c’était cela : un sujet traité aussi sûrement, et aussi à fond. Les personnages sont pleins de relief. Le père, plat cagot, borné, égoïste, le religieux, fanatique, sans retenue, le moine, brave homme timoré, scrupuleux, honnête, prudent, et le jeune prêtre qui se défroque, et la malheureuse Mélanie. Chaque caractère se développe et se complète au cours du livre, les personnages durement réels. Je n’en reviens pas. Je ne vous soupçonnais pas du tout capable de cela. Je trouve si difficile l’art du roman. Je n’oserais m’y risquer. La scène de la séparation avec Lisbeth est délicieuse, sans un mot de trop, pleine de poésie, de rêverie dans sa brièveté. Une trouvaille charmante — ou, si chose véridique, une chose charmante — ces époux qui ont mis de côté, tirés tels quels au matin, les draps de leur nuit de noces pour leur servir de linceuls. Il y a là un trait d’amour, de passion, de sensualité ! Si c’est vous qui avez trouvé cela… Mais dans l’ensemble, quel horrible sujet, accablant, navrant, révoltant à lire, et ces gens, pour la plupart et même cette malheureuse Mélanie… Comment a-t-il pu vous venir à l’esprit ? Est-ce ce livre-là que vous avez écrit dans cette maison abandonnée que vous êtes allée revoir dans les promenades après Châlons1 ? Comment avez-vous pu prendre plaisir à l’écrire ? N’aviez-vous pas à vous venger de certaines choses ? Est-il tout pure imagination ou le fond est-il vrai ? Vous me direz cela. En tout cas, je le répète, je le trouve merveilleusement traité. Le style est la simplicité même, sauf quelques vocables… Je vous dirai cela. Mais j’y reviens : pas du tout drôle à lire.

[…]

Une chose que je ne comprends pas non plus. Vous m’avez écrit : j’ai voulu revoir la maison abandonnée dans laquelle j’ai écrit mon premier roman, en 1919. — Votre premier roman, c’est bien L’Exorcisée ? Or, il y a à la fin : Hossegor 1926 et il semble bien, par la date de l’imprimeur, qu’il n’ait paru qu’en 1927. De plus, dans la page du même auteur, de L’Initiation sentimentale, vous ne mentionnez pas d’autre roman2. S’agit-il, en 1919, d’un roman non publié ?

Achevé d’imprimer de L’Exorcisée

L’achevé d’imprimer indique la ville de Hossegoi, 29 juillet 1926. À l’évidence l’éditeur n’a pas été pressé de mettre ce livre en vente, même si, comme souvent, la date de 1927 peut indiquer un livre paru à la fin de l’automne 1926. « Hossegoi » est évidemment fautif, dans cette composition entachée de très nombreuses fautes de typographie voire d’orthographe3. Nous savons que Marie Dormoy avait des attaches à Hossegor (voir le Journal particulier au huit mars 1936, seule date où est citée cette ville).

Concernant le roman on peut avoir un avis différent de celui de Paul Léautaud et trouver la scène de la séparation avec Lisbeth bien niaise. Le laïc sera par contre effaré par le dévot About, conforme à la monstruosité que peuvent receler ces personnages. Il reste qu’il s’agit davantage d’une romance à l’eau de rose, d’un récit pour jeunes filles, avec un méchant très méchant et des gentils vraiment très gentils.

Il s’agit en même temps d’un roman nettement anticlérical comme en écrivent parfois ceux qui, trop longtemps, ont été envoûtés par les sectes ou la religion. C’est le premier roman de Marie Dormoy et, comme souvent les premiers romans, il peut être en grande partie autobiographique. En tout cas il semble bien vouloir régler des comptes. Il est paru chez Flammarion en 1927, sans date plus précise. Il comporte 250 pages serrées. Marie Dormoy avait quarante et un ans. L’action commence à l’automne 1918, à la fin de la guerre, à une date à laquelle Marie Dormoy avait 22 ou 23 ans.

Le récit se déroule entièrement dans les milieux catholiques conservateurs de l’époque. Comme leautaud.com est peu connaisseur des affaires religieuses, le choix a été fait de n’insérer aucune note, laissant ainsi le lecteur se débrouiller. Un verset, quelque part, doit sans doute appuyer ce propos.

La dédicace est au « Pa Luc » qui est, on s’en doute, Lucien Michelot, présent dans le personnage de Michel, comme Marie Dormoy est présente dans Mélanie.

L’appartement qu’habitent Mélanie et ses parents se trouve quai Bourbon, à la pointe ouest de l’île Saint-Louis. Cet immeuble faisant la pointe porte le numéro 45. Le quai Bourdon a la particularité de partir vers l’ouest, d’entourer toute cette pointe et de revenir vers l’est et de rencontrer deux fois la même rue Jean du Bellay. Dans cette maison du numéro 45, ont aussi habité Louise Faure-Favier (en compagnie d’André Billy), Charles-Louis Philippe (en 1907, au troisième étage). L’appartement de Charles-Louis Philippe, mort en décembre 1909 sera habité en 1925 par Pierre Drieu La Rochelle. Dans ce même immeuble a aussi habité le romancier André Germain (1882-1971).

Dans L’Exorcisée, on peut aussi noter, au chapitre huit, la mention du « petit séminaire de Fontenay-aux-Roses » mais n’oublions pas qu’au moment où elle écrivait ce roman, Marie Dormoy ne connaissait pas Paul Léautaud.

La confection du PDF

Le roman a été scanné puis les images des pages ont été transformées en texte par un logiciel d’OCR. Ce texte un peu en vrac a été recomposé sous Word, perdant ainsi la pagination originale, les en-têtes et les numéros de pages. Les chapitres ont été conservés. Le texte a ensuite été relu. De nombreuses fautes d’orthographe ont été corrigées (il en reste)., en même temps que les fautes d’OCR, en référence constante à l’original. Aucune autre modification n’a été apportée. Le PDF présent ici a ensuite été constitué depuis le Word corrigé. Les nouveaux numéros de pages seront indiqués par l’outil de lecture des fichiers PDF ;

Un autre PDF, copie exacte du livre (photocopie, pourrait-on dire) est disponible sur simple demande. Son poids important (12 Mo) et la médiocre qualité de l’impression ont seuls conduits à entreprendre le passage par Word.

Notes

1       Avec â et s final : de nos jours Châlons-en-Champagne, anciennement Châlons-sur-Marne.

2       Paul Léautaud se trompe ; la page « Du même auteur » de L’Initiation sentimentale (édition de janvier 1929) porte bien « Chez le même éditeur : L’Exorcisée, roman. »

3       Même s’il en subsiste sûrement encore, de très nombreuses fautes ont été corrigées dans la transcription en PDF proposée ci-après en téléchargement.