Première partie : du trente septembre au deux octobre
Trente septembre
« Nuit de noces » au Figaro. — L’Écho de Paris — Le Temps — Le Petit Parisien : « Un grand directeur, Alfred Vallette » — Comœdia
Premier octobre
Le Petit Parisien : « Quelques souvenirs sur Alfred Vallette » — Le Mémorial : « Un homme représentatif » — Le Temps — L’Action française : « Un grand serviteur des Lettres », par Léon Daudet — Le Jour
Deux octobre
Paris-Soir : « On enterre aujourd’hui Alfred Vallette » — Le Temps : « Alfred Vallette et le Mercure de France » — Le Jour — L’Aube — Comœdia : « De Saint-Sulpice à Bagneux » — Le Figaro — Notes
Cette longue page sera publiée en deux parties, les quinze septembre et premier novembre 2025, six ans exactement après la page sur La Mort d’Alfred Vallette, fragments du Journal de Paul Léautaud dont elle est le complément indispensable.
Sans encore évoquer les 123 pages du Mercure du premier décembre 1935 en hommage à Alfred Vallette (qui seront intégralement reproduites ici le premier décembre prochain (2025), la presse a très largement fait part de la mort d’Alfred Vallette. Près de quatre-vingts articles ont été recensés, en métropole et dans les colonies, de L’Écho d’Alger à L’Avenir du Tonkin. Si beaucoup de courts articles se copient l’un l’autre et semblent reproduire les éléments d’une dépêche de Georges Duhamel, plusieurs sont signés d’auteurs Mercure et de journalistes confirmés. Ce sont ces textes qui sont reproduits ici intégralement, au nombre de trente, exactement, plus quelques brefs compte rendus.
Alfred Vallette est mort le 28 septembre 1935 dans les conditions que nous avons pu lire sous la plume de Paul Léautaud. Seul Le Figaro en a rendu compte le lendemain 29, peut-être parce qu’André Billy y écrivait alors. Mais seule l’histoire du Mercure est évoquée, en 42 lignes, sans rien de personnel concertant Alfred Vallette ou les conditions de sa mort.

Annonce de la mort d’Alfred Vallette dans Le Figaro du 29 septembre 1935
Trente septembre
Le texte du quotidien Le Jour du lendemain trente septembre est davantage personnalisé, Alfred Vallette y est plus présent. L’auteur (G. P., non identifié), évoque « Ce vieil immeuble de la rue de Condé où se trouvaient réunis ses bureaux et son appartement ». Rachilde n’est pas citée.
Le Figaro, toujours facétieux, choisit pour son deuxième article un titre original pour un texte nécrologique : « Nuit de noce » (sans s).
« Nuit de noce » au Figaro

C’est au bal Bullier1, où il se promenait en compagnie d’Albert Samain, qu’Alfred Vallette rencontra Mlle Marguerite Eymery. La jeune fille, sous le pseudonyme de Rachilde, avait déjà publié plusieurs ouvrages : Histoires bêtes pour amuser les petits enfants d’esprit2, notamment, et Monsieur Vénus3. Le directeur du Mercure fit quelque difficulté pour lui être présenté.
Je ne goûte pas beaucoup ce genre de littérature, avouait-il. Peu de temps après, cependant, en 1899, Mlle Rachilde épousait Alfred Vallette. Il avait pour témoins Albert Samain et Laurent Tailhade4. Ceux de la mariée étaient Léo Trezenik5, directeur de Lutèce, et l’astronome Camille Flammarion6.
Après le dîner traditionnel, les jeunes époux, accompagnés d’Albert Samain, regagnèrent leur logis, rue de L’Échaudé-Saint-Germain. Oublièrent-ils que c’était leur nuit de noce ! À trois heures du matin, en proie au démon de la littérature, tous deux discutaient encore sur leurs inclinations et leurs goûts.
L’Écho de Paris
Les trente-six lignes de L’Écho de Paris sont purement factuelles et, comme dans nombre de ces articles, la personnalité d’Alfred Vallette n’est pas évoquée. Cet article sans intérêt ne serait pas cité ici si le hasard ne faisait pas qu’à la même page, les trois demi-colonnes centrales sont réservées au vingtième anniversaire de la mort de Remy de Gourmont, mort vingt ans (et un jour) avant Alfred Vallette. Dans ce journal très à droite, cet article est un éreintement. Ce rapprochement de dates sera parfois relevé dans les articles suivants.
Le Temps
L’article du Temps, 42 lignes lui-aussi, page deux, est le plus riche de ceux lus jusqu’ici. Alfred Vallette y est décrit comme « commentateur impartial des mouvements d’idées ». La plupart des fondateurs du Mercure sont cités, la richesse de pensée de la revue est mise en avant en même temps — ce sera souvent le cas dans d’autres articles — que la découverte d’écrivains étrangers majeurs. Rachilde est mentionnée.
Le Petit Parisien

Le Petit Parisien a été, avant la première guerre mondiale, l’un des plus importants quotidiens français et fait déjà, en 1935, largement appel à la photographie, bien davantage qu’aujourd’hui. La une de ce numéro en compte douze.
De cette série d’articles, celui-ci est le premier à être signé et à donner des éléments que l’on ne retrouve pas ailleurs.
En l’hôtel du Mercure de France, 26, rue de Condé, M. Alfred Vallette, son fondateur et directeur, vient de mourir, à l’âge de soixante-dix-sept ans Avec lui disparaît une des plus curieuses figures de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Et l’on ne peut songer à lui sans évoquer les ombres de Moréas, de Gourmont, de Jules Renard… Vallette était né à Paris, de petits commerçants. Il fut d’abord un jeune mécanicien, et la passion de son premier métier ne devait jamais le quitter.
Pourtant il découvre Flaubert. Révélation d’une telle importance pour lui qu’elle modifie totalement son existence. Et le voilà plongé dans la lecture de nouveaux horizons.
Vallette appartient bientôt à un groupe de jeunes littérateurs, et c’est avec eux — ils étaient onze — qu’il fonde le Mercure de France, petite revue mensuelle installée dans le propre logement de son fondateur, rue de L’Échaudé. En 1903, le Mercure déménage et s’installe 26, rue de Condé, qu’il ne quitte plus. Mais, de mensuel, devient bi-mensuel. Son audience s’élargit. Et un grand succès vient, du jour où une édition de l’Aphrodite de Pierre Louÿs connait une vogue foudroyante.
Mais rien n’est plus émouvant que d’entendre parler du disparu par son vieil ami Paul Léautaud, alias Maurice Boissard, l’écrivain, auquel on doit tant d’incisives chroniques.
— Le Mercure de France est né avec les cinq francs de cotisation que les onze premiers fondateurs et collaborateurs versaient à Vallette. Ce dernier a réussi le tour de force de sous son drapeau l’accord complet… ou presque, entre un grand nombre de gens de lettres qui étaient auparavant prêts à s’entre-dévorer…
En même temps qu’il rédigeait sa « Revue des revues » de l’Écho de Paris7, Vallette publiait un roman : Le Vierge8. Mais son véritable travail littéraire consistait à « découvrir » des talents nouveaux, à resserrer les liens entre les écrivains de l’époque et à animer, avec sa grande compagne Rachilde, les « mardis du Mercure »
— Quels talents, ajoute M. Léautaud, ont trouvé au Mercure leur tremplin9 ! Jules Renard était des nôtres et Verhaeren, et Maeterlinck, et Francis Jammes — dont on édita ici le premier volume de vers10 — et Louÿs, et Dumur… C’est également au Mercure que Duhamel, après une collaboration assidue d’avant-guerre11, apporta le manuscrit de ses deux premiers volumes qui dévaient faire sa célébrité : Civilisation et Vie des martyrs12…
Voyez-vous, avec Vallette, c’est un peu de l’âme du Mercure qui s’en va et aussi le parfum d’époques révolues qui s’évapore.
On enterrera notre grand ami mardi matin à 10 heures au cimetière de Bagneux, non loin de l’endroit où, tout enfant, il se passionnait pour les moteurs à essence, qui naissaient, avant de s’enthousiasmer pour les Trois contes13 ou l’Éducation sentimentale…
René Jaubert
Comœdia
L’article de Comœdia, signé du pseudonyme de Régins, commence par dresser l’histoire de la revue — comme beaucoup l’ont écrit, Alfred Vallette, c’était le Mercure — avant d’évoquer le personnage.
Un grand directeur, Alfred Vallette

Dans Comœdia du trente septembre 1935, cet article est réparti sur les dernières colonnes des pages une et deux.
Alfred Vallette, directeur du Mercure de France vient de mourir.
Un grand lettré et un grand éditeur dont l’influence fut considérable
Alfred Vallette est mort.
C’est avec une peine profonde que les milieux littéraires apprendront cette douloureuse nouvelle.
Alfred Vallette, qui était âgé de 78 ans, étant né à Paris en 1858, était avec M. Ernest Reynaud14 le dernier survivant des fondateurs du Mercure de France dont il était le directeur et l’insigne animateur. Il a succombé à la tâche avant-hier soir dans cette même et célèbre maison de la rue de Condé.
Après, avoir créé, vers 1887, une petite revue qui ne publia que neuf numéros15, Alfred Vallette et ses amis les écrivains Louis Dumur, Albert Aurier16, Ernest Reynaud, Édouard Denise17 et Jean Court, décidèrent de reprendre le titre abandonné du Mercure de France.
La nouvelle revue parut le 1er janvier 1890.
À l’équipe de ses fondateurs s’adjoignaient bientôt Jules Renard, Albert Samain, Henri de Régnier, A.-F. Hérold18, Remy de Gourmont.
Tout d’abord nettement symboliste, le Mercure, sous l’impulsion d’Alfred Vallette, étendit son champ d’action et joua très vite dans la vie intellectuelle le rôle considérable que l’on sait.
Et, de la sorte, des penseurs tels que Nietzsche, Rudyard Kipling, H.-G. Wells, Thomas Hardy, furent révélés au public français.
Le succès du Mercure grandissant, Alfred Vallette lui adjoignait une maison d’éditions. Elle devait bientôt devenir, dans l’ordre littéraire et par la qualité constamment maintenue de ses « choix », l’une des premières de Paris. Point de réclame tapageuse, point de « découvertes » sensationnelles, mais une production continue qui, sans bruit, n’en répandit pas moins par le monde entier les premiers écrivains de ce temps d’André Gide à Georges Duhamel…
Ces magnifiques résultats cette influence méthodique et profonde, cette constance du sentiment et de l’esprit français à travers toutes les audaces et toutes les curiosités, on doit aujourd’hui les inscrire sous le nom d’Alfred Vallette.
D’une placidité quasi pachydermique mais d’œil prodigieusement attentif, avec de temps en temps dans ce flegmatique visage un bon sourire, Alfred Vallette fut de directeur le plus accueillant, le plus compréhensif qu’on puisse rêver. Il approuvait ou n’approuvait pas mais toujours le faisait savoir, sans blesser quoique avec netteté.
Il aimait l’intelligence d’une passion toujours aux aguets. Ayant écrit il avait renoncé aux lettres mais son cerveau ne cessa de comprendre et d’aider les vrais écrivains. Ceux-là non seulement il les aimait, les poussait, les soutenait, mais surtout il les respectait, ne gênant jamais leur liberté d’écrire. Par contre, nul qui voulut répondre à un article paru dans le Mercure ou expliquer une position, n’y trouva jamais porte close ou même la moindre résistance.
Ce libre examen, cet amour des lettres furent les grandes disciplines de ce grand lettré qui, tout riche d’initiatives qu’il fut, n’accepta jamais que le bruyant et intempestif téléphone s’installa dans sa cité de pensées et de livres. Ce fut sa sarcastique coquetterie et cela n’empêcha pas la maison de prospérer et de réunir l’élite des lettres et arts chaque fois que Rachilde — la chère et grande Rachilde — devant qui nous inclinons nos profondes, et bien tristes condoléances — recevait au Mercure. À ces « mardis », de celle qui était aussi Mme Alfred Vallette, sa présence quasi silencieuse ajoutait on ne sait quelle solide sérénité. Avec Alfred Vallette disparaît une des figures les plus typiques de l’époque 1900, de l’époque avant 1900, une figure tout d’un bloc dont la solidité prête à réfléchir. Et sans doute ce sentiment est-il le meilleur hommage à déposer sur ce cercueil de l’homme d’action sans bruit, du sage sans orgueil que fut le directeur du Mercure de France.
Ensuite, en page trois, colonne deux, cet avis minuscule :
Les obsèques d’Alfred Vallette
Les obsèques d’Alfred Vallette seront célébrées demain mardi. On se réunira à 10 h. 30 au Mercure de France, 26, rue de Condé. L’inhumation aura lieu au cimetière de Bagneux.
C’est tout pour ce trente septembre.
Premier octobre

Quelques souvenirs sur Alfred Vallette, par Pierre Lièvre19
Pour la première fois ici, lisons le texte d’un auteur Mercure… qui sait de qui il parle.
Les rencontres du hasard sont frappantes. Qu’on en juge une fois de plus.
Alfred Vallette n’écrivait presque jamais dans le Mercure de France, la revue qu’il avait fondée il a quarante-cinq ans. Or au sommaire du numéro d’aujourd’hui, 1er octobre, figure un bref article de lui, qui se trouve être posthume. Ce qui rend cette coïncidence plus touchante encore, c’est que dans ces lignes il commémore le vingtième anniversaire de la mort de Remy de Gourmont, son ami et son collaborateur, qui mourut le 27 septembre 1915 et qu’il s’en va rejoindre dans la tombe exactement à vingt ans et un jour de date. Ainsi disparaissent, peu à peu, ceux qui, avec eux, présidèrent à la naissance de cette revue que l’on peut qualifier d’illustre tant est grand le rôle qu’elle tint dans la littérature contemporaine.
⁂
Au temps où le Mercure de France fut créé, la mode était aux petites revues littéraires. Il en naissait une chaque semaine qui disparaissait tout aussitôt. Si celle-ci eut une autre fortune, si elle dura et devint l’un des principaux organes de la pensée Française, c’est à Alfred Vallette qu’elle le doit. C’est lui qui lui donna sa physionomie et qui sut la lui maintenir. Aux qualités de critique qu’il faut pour constituer un groupe d’écrivains, pour le mener dans la vie littéraire pour combler les vides qui s’y forment, il joignait celles d’un administrateur habile qui sut tirer une grande maison d’édition de l’effort que faisaient quelques écrivains pour se manifester.
Qu’avait été au début cette maison d’édition ? Sans doute une sorte d’entreprise mutuelle dont les jeunes auteurs symbolistes se servaient pour publier leurs œuvres. Son caractère changea quand inopinément le succès lui arriva, en avec l’apparition de l’Aphrodite de Pierre Louÿs. C’est devant le succès que Vallette se montra tout entier, et tel qu’il était. Il n’en fut pas grisé, mais au contraire il sut lui résister pour demeurer lui-même. Sa maison, a qui cet événement donnait une réalité définitive, continua d’être ce qu’elle était et ce qu’elle devait rester : simple, modeste, patriarcale — artisanale si l’on peut dire. Vallette possédait au plus haut point une qualité éminemment française : l’art de ne pas voir grand. C’était un réaliste qui cheminait avec lenteur et sécurité. Il n’était pas fait pour les méthodes américaines qui ont si cruellement dénaturé quelques-uns de nos caractères essentiels. Il ne donna jamais dans le grand lancement publicitaire qui eut une si curieuse influence sur l’industrie littéraire, par conséquent sur les Lettres, et l’on sait qu’aujourd’hui encore on n’emploie pas le téléphone au Mercure de France, qui est cependant une fort grande maison.
⁂
Laborieux et matinal, il travaillait avec une application et une régularité exemplaires. Jusqu’au jour où Louis Dumur, l’auteur du Boucher de Verdun, se substitua à lui pour cette besogne, il assuma personnellement le travail matériel qu’impose la fabrication d’une revue. Révision d’épreuves, mise en pages, labeur d’imprimerie absorbaient dix jours de ses quinzaines et le maintenaient attaché comme un esclave dans son bureau, où il vous accueillait avec tant de bienveillance. Sa méthode de travail assurait la régularité de sa publication, qui parut toujours à date précise. Il s’en vantait encore à moi la dernière fois que je le vis, l’autre semaine, et en bon ouvrier il mourut le 28 septembre, sachant fini et expédié le numéro qui devait sortir le 1er octobre.
Le Mémorial (de la Loire et de la Haute-Loire)

Un homme représentatif — Alfred Vallette,
Par Jean Tenant20

Nous avons annoncé la mort de M. Alfred Vallette, directeur du Mercure de France. Qu’on nous permette de dire quelques mots de l’œuvre à laquelle il a attaché son nom et d’esquisser à grands traits un portrait que complèteront peu à peu les articles de nos confrères parisiens.
UNE GRANDE REVUE LITTÉRAIRE
On constate simplement l’évidence en disant de M. Alfred Vallette qu’il a été l’un des hommes les plus « représentatifs » de notre époque — au point de vue littéraire s’entend.
Il a dirigé la revue du Mercure de France depuis sa fondation en 1890, soit durant quarante-cinq années.
Or le Mercure de France, sans être la plus illustre des grandes revues françaises, passe de beaucoup toutes les autres en importance et en fécondité. Notre comparaison n’excepte pas la célèbre Revue des Deux-Mondes elle-même.
Le mouvement littéraire parti du Mercure est de ceux qui, par leur ampleur, leur intérêt et la variété de leurs répercussions composent pour ainsi dire les « têtes de chapitres » de l’histoire littéraire universelle.
Ceux qui possèdent la collection complète de cette précieuse revue feront bien de ne point s’en dessaisir. Qu’ils la transmettent à leurs enfants.
Dans le temps que nous dirigions à Saint-Étienne la succursale de librairie du regretté Henri Lardanchet21, nous étions en rapports quotidiens avec maint bibliophile, maint grand « liseur ». L’un d’eux, notre ami B…, se plaisait à nous dire : « En telle année, nous étions tant d’abonnés au Mercure dans cette ville, et M. Chevalier — le prédécesseur et l’oncle de M. L. Dubouchet — vendait tant d’exemplaires au numéro. » La lecture habituelle du Mercure de France était alors un brevet de curiosité intellectuelle. Sans vouloir dénigrer les autres publications périodiques, nous constatons qu’aucune d’elles n’a joui d’un tel privilège.
RUE DE CONDÉ, No 26
Les jours qui vont suivre, verront paraître une multitude d’études et de souvenirs, à l’occasion de la mort de M. Alfred Vallette. Si nous sommes bien renseigné, ce diligent serviteur des Lettres n’a publié qu’un seul livre : un roman, croyons-nous, que nous n’avons point lu et dont nous avons oublié le titre. Quelle qu’en soit la valeur, elle est certainement inférieure à celle des Mémoires d’Alfred Vallette, si ce dernier avait pris la peine d’en rédiger. À défaut d’un véritable « Journal », de simples notes ·— quelque chose comme le « livre de bord » du Mercure — suffiraient à notre curiosité. Ce serait là un précieux document pour l’histoire littéraire d’un demi-siècle. Mme Rachilde, la femme du disparu, — qui est, elle, un écrivain de grande classe, — ne voudra-t-elle pas rassembler ses propres souvenirs de collaboratrice et de témoin ?
Les anecdotes abondent sur M. Alfred Vallette. En se bornant au plus connues, on emplirait les colonnes de tout un numéro de journal.
La description des bureaux du Mercure devrait tenter la plume d’un romancier.
On sait que l’enseigne du Mercure de France est à la fois celle d’une revue et d’une maison d’édition. M. Vallette administrait l’une et l’autre, installée au no 26 de la rue de Condé, près du Luxembourg et du théâtre de l’Odéon.
Cette rue, qui s’est appelée au XVIe siècle rue du Clos-Bruneau, puis rue du Clos-aux-Bourgeois, rue Neuve-de-la-Foire et Neuve-St-Lambert au début du XVIIe, rue de Condé à partir de 1612, est riche de souvenirs22. On y remarque plusieurs hôtels intéressants par leur aspect général (quoique fort simples) et par quelques détails d’élégance, tels que balcons, ferrures, escaliers, etc. C’est en face du no 20 (hôtel de Malassis) qu’était l’entrée de l’hôtel de Gondi, acquis par Marie de Médicis et donné ensuite par elle à Henri de Bourbon, prince de Condé. L’hôtel, acheté par le roi Louis XVI en 1773, a été démoli. Il a laissé son nom à la rue.
Au no 26, siège du Mercure, se sont succédé de nombreux occupants. Construite eu 1650, la maison a été habitée par son propriétaire et par ses héritiers jusqu’au début du XVIIIe siècle : de 1710 à 1763 par le conseiller Augé, par Legendre d’Armény et le marquis du Périer. Beaumarchais y contracte un second mariage en 1768, puis un troisième dix ans plus tard. Il y écrit le Barbier de Séville en 1773. On voit aux balcons les lettres A et C entrelacées23 : Beaumarchais s’appelait Pierre-Augustin Caron : nom funèbre qui convient parfaitement à l’un des fossoyeur la monarchie.
L’ANTI-MODERNE
Les bureaux du Mercure de France ont un remarquable aspect de vétusté. Tout y est propre, mais on y respire une odeur de papier et de bibliothèque.
M. Vallette y maintenait toutes choses en l’état primitif. Il était résolument « anti-moderne ». Au Mercure, on s’éclaire au gaz : oncques24 n’y vit-on une seule lampe électrique. La correspondance est écrite à la main : aucune machine à écrire n’a jamais passé le seuil. D’ailleurs, M. Vallette calligraphiait souvent lui-même les lettres à ses « correspondants » libraires. C’était un homme d’autrefois, courtois et finaud, qui, comme tous ceux qui travaillent réellement n’avait jamais l’air pressé.
Est-il besoin d’ajouter qu’il n’y a pas le téléphone au Mercure de France ? M. Alfred Vallette en donnait cette raison, assurément valable, mais qui n’était peut-être pas la seule : « Le maniement du téléphone est dangereux pour les hommes de lettres. Sous le coup de la déception ou de l’agacement, un écrivain se précipite sur l’appareil et se livre à des excès de langage contre son directeur ou son éditeur. Il en résulte un échange de mots parfois regrettables. Vallette n’a pas le téléphone ! Quel dommage ! Courons chez lui, s’écrie notre homme ! En chemin, sa colère s’apaise, la raison reprend ses droits : le temps de monter l’escalier et le contact direct aidant, c’est en face d’un ami traitable que l’on se retrouve. Non, voyez-vous, pas de téléphone ! prenons tout notre temps ! »
ALFRED VALLETTE, PARISIEN
Il se déplaçait rarement. On doit pouvoir compter les voyages qu’il fit hors de Paris. Est-il jamais allé très loin ? Quelqu’un m’a certifié que jamais M. Vallette n’avait franchi la frontière. Dieu sait, pourtant, s’il en aurait eu l’occasion ! Mais à quoi bon ? Les écrivains venaient à lui. Il les recevait si gentiment ! Pourquoi serait-il allé leur rendre visite ?
Le catalogue du Mercure de France, dont la richesse et la variété sont extraordinaires, présente un certain nombre d’auteurs étrangers, parmi lesquels Kipling, Mark Twain, Wells, Verhaeren…
Quand il avait accepté la charge d’administrateur du Mercure, il avait posé comme condition primordiale que jamais il n’aurait à prononcer de discours. N’allez pas croire qu’il fut timide ni qu’il eut la moindre difficulté d’élocution. Sa conversation était des plus agréables. Tout en parlant, il vous regardait posément de ses petits yeux pleins de malice où dansant une flamme vive. Vous sentiez tout de suite que cet homme ne vous mentirait pas, mais ne vous dirait que le nécessaire.
Il a édité toute l’œuvre de Bloy, ou presque. Chose extraordinaire, jamais il n’a été en difficulté avec le grand polémiste, très chatouilleux comme on le sait. Il donnait sa « recette », quand on le questionnait sur ce point : Je n’ai pas eu d’ennuis avec Bloy parce que je ne lui promettais jamais rien. C’était un homme qu’il ne fallait point décevoir. Une parole imprudente, et vous étiez engagé, et il comptait là-dessus25.
M. Vallette agissait de même avec tout le monde. Son principe était de refuser tout d’abord : « Impossible, mon cher… Vous le savez, je ne suis ici qu’un gérant ; je ne suis pas le maître ! » Ainsi se réservait-il les moyens de tenir plus qu’il ne promettait.
Au théâtre, dans les romans et les contes, on a maintes fois réédité la scène de l’écrivain débutant — poète ou auteur dramatique — et du directeur de revue ou de spectacle. Alfred Vallette recevait — au jour et à l’heure fixés par lui — tous ceux qui le sollicitaient pour un entretien. D’un coup d’œil, il devinait l’objet de la visite. C’était, parfois un jeune enfant des Muses, embarrassé de son chapeau et de son manuscrit, — ce dernier soigneusement roulé, lié d’un mince ruban. Dès les premiers mots. M. Vallette tendait l’index vers le « corps du délit » :
— Oui, je vois, mon ami, mais ça ne vaut rien !
Le visiteur balbutiait, se troublait, protestait, suppliait :
— Je vous dis que ça ne vaut rien !
Et l’autre s’en allait, la mort dans l’âme, oubliant volontairement rouleau de papier. Si les vers étaient bons, M. Vallette les publiait : il faisait un heureux. Mais il ne promettait jamais rien…
Il avait publié dans le Mercure de France sur présentation de Remy et Jean de Gourmont, des poèmes de Cécile Sauvage26, peu après ses débuts à la « Revue forézienne27 ». Par la suite, il avait édité successivement Tandis que la Terre tourne28 et Le Vallon29, au frais de l’auteur. Après la mort de Cécile, quand les Amitiés, par leur numéro spécial, (septembre 1928) ramenèrent l’attention du public sur son œuvre oubliée, le stock des volumes invendus fut écoulé en peu de temps, M. Vallette décida presque tout de suite de procéder à une réédition dans sa belle « Bibliothèque du Mercure ».

Jean Tenan n’hésite pas à citer deux publications… où son nom apparaît sur la couverture…
Il était d’une prudence extrême. On lui reprochait de vivre sur un fonds déjà ancien, de ne pas accueillir des talents nouveaux. Sa méthode était de ne point s’étendre en surface, de creuser en profondeur. Une maison qui a publié Georges Duhamel après avoir contre vents et marées, tenu bon pour Léon Bloy, édite Remy de Gourmont, Francis James, Jules Laforgue, Moréas, Henri de Régnier, Louis Le Cardonnel30, Verhaeren, Villiers de l’Isle Adam, n’a pas besoin d’être justifiée !
Souhaitons au successeur de M. Vallette de faire aussi bien, — et de durer quarante-cinq ans !
Jean Tenant
Le Temps
En marge
par Jean Lefranc31
J’avais dessein de rappeler quelques-uns de mes souvenirs sur Remy de Gourmont, qui décéda en septembre 1915, quand on m’apprit la mort d’Alfred Vallette. Mon propos en est confirmé. Ces deux hommes se connurent, se comprirent, se supportèrent, s’entraidèrent pendant trente-cinq années. Incrédules l’un et l’autre au miracle des nouvelles écoles littéraires, ils ont, non pas fondé, mais établi le symbolisme. Gourmont, paradoxal, avait l’intelligence pénétrante des réalités. Vallette, manieur du temporel, avait le sens des littératures. La publication du Mercure de France commença à la fin de 1889, de jeunes écrivains y contribuant chacun pour cinq francs par mois. Remy de Gourmont fournit à cette revue des raisons de survivre ; Alfred Vallette en inventa les moyens.
L’éditeur ingénieux et tenace, avait été auteur. Dans les feuillets de l’éphémère Scapin, il avait prédit l’insuccès au symbolisme naissant. Vers la même, époque, il donna un roman, Le Vierge, qui semble n’avoir été que l’essai morne d’un novice. Puis, une autre mince revue, la Pléiade, prit le titre de Mercure de France. Gourmont raconte, dans ses « Souvenirs du symbolisme32 », écrits vingt-cinq années plus tard pour le Temps, que le poète Louis Denise lui proposa de s’associer à l’entreprise dont la fortune était confiée à Alfred Vallette : « C’est, me disait-il à peu près, un esprit solide, sans envolées lyriques, mais à la vision nette, et qui sait mesurer les choses et les hommes, les estimer à leur valeur. Avec lui, nous ne nous perdrons pas dans les nuages, nous resterons dans les contingences. C’est de plus un garçon assez autoritaire, ce qui n’est pas mauvais, même pour mener une toute petite revue. S’il est possible qu’une telle chose se développe et réussisse, lui seul peut influencer le destin. » Dans le IIe Livre des Masques33, Remy de Gourmont avait déjà dit : « Identifié dès la naissance du Mercure de France avec la revue qu’il avait nettement contribué à faire naître, M. Alfred Vallette en est devenu, par la suite, le fondateur réel, puisque toutes les pierres au-dessus de la première ont été touchées par ses seules mains, et puisqu’il y représente, depuis le premier coup de marteau, le principe de continuité, qui est le principe même de la vie. À partir donc du moment où il assuma cette charge, sa littérature a été tout en actes ; il n’a plus exercé qu’une imagination pratique, une critique à conséquences immédiates et certaines. »
Le « masque » de Vallette, dessiné par F. Vallotton34 nous montre une figure du siècle, avec des traits d’énergie et un regard droit. Quand j’ai connu ce réalisateur dans les bureaux vermoulus de la rue de Condé, ses cheveux étaient blancs, sa parole simple et claire. On s’expliquait, à le voir et à l’entendre, qu’il eût ordonné et perpétué l’effort de poètes dissemblables, rassemblés seulement, tout d’abord, par leurs illusions juvéniles, illusions que cristallisèrent ensuite en système littéraire l’indifférence et la moquerie qui les accueillirent. Le talent de Vallette avait été d’avoir su choisir parmi eux, non peut-être les meilleurs, mais les plus persévérants. Son génie d’éditeur était d’avoir greffé, sur le tronc frêle du Mercure, des branches et des fleurs vivaces qui en renouvelaient la sève. Il en fit une sorte d’encyclopédie des nouveautés spirituelles, et si le baroque s’y mêla avec l’original, du moins le médiocre en fut-il presque toujours exclu.
Vallette, administrateur adroit de biens littéraires, ne cessa point d’avoir du goût dans l’esprit. Je sais que Remy de Gourmont inspirait volontiers ses préférences, et que tous deux collaborèrent à maintenir et à fortifier l’édifice. On peut relever, dans cette communauté de leurs deux volontés, une ironie du sort, quand on assista au drame que fut la vie affligée de Gourmont qui, s’il écrivit « pour clarifier ses idées », dut aussi s’y acharner pour éviter l’indigence. Mais, comme, il disait, « l’important est que l’intelligence soit ».
Jean Lefranc.
L’Œuvre
L’Œuvre, où officie aussi André Billy — autre infatigable travailleur — en même temps qu’au Figaro, présente, en page une, une photographie, celle du studio des frères Manuel, que fréquentent les célébrités parisiennes, dont Paul Léautaud ; et page six, un article qui est peut-être d’André Billy.
L’article, extrêmement classique n’apprenant plus rien que les lecteurs de cette page web connaissent déjà, reste la photographie…

L’action française
Léon Daudet réserve à Alfred Vallette le Premier Paris de L’Action Française, « organe du nationalisme intégral ». En 1835 Léon Daudet, membre de l’académie Goncourt, est un homme de lettres accompli, à la riche carrière. Il a 68 ans et ne publiera plus grand-chose. Il est nettement un homme du passé et pourtant, à la fin de son article, on le sent prêt à escalader les barricades et à regretter les choix de sa jeunesse. Ce sera vite passé.

Un grand serviteur des lettres françaises
Tel m’apparaît, aux côtés de sa vaillante compagne et collaboratrice, Mme Rachilde, Alfred Vallette, fondateur du Mercure de France, et qui, pendant près d’un demi-siècle, a soutenu la tradition vigoureuse, indépendante, de la véritable littérature française. Je parle de lui avec d’autant plus de détachement que je ne le connaissais pas et que je n’ai jamais rien publié chez lui. Mais, à distance, j’admirais son labeur et je le tenais en grande estime. Autant un recueil conformiste, quasi officiel et banal comme la Revue des deux Mondes m’intéressait peu, autant je prenais plaisir, chaque quinzaine, à lire ce Mercure de France, que n’effarouchait aucune nouveauté, aucun humanisme, aucune vivacité de pensée ni de style. Ainsi Vallette encourageait-il les écrivains qu’il accueillait et souvent découvrait, à « darder — selon la formule de Ronsard — un parler courageux ». Indépendant de tout et de tous, il pouvait se permettre de n’accorder audience qu’au seul talent, et ce n’est pas avec une rosette ou une cravate de la Légion d’honneur qu’on l’aurait dissuadé, par exemple, de publier un article ou un livre de Léon Bloy, écrivain de génie, mystique de la misère, qui, sans lui et sa femme, serait mort de faim. Il y a deux sortes d’hommes de lettres : ceux qui restent dans les convenances et conventions sociales et littéraires, flattent l’ignorance et la paresse d’esprit des salonnards, se gardent de heurter les préjugés et les pruderies du lecteur ordinaire, et lui servent une cuisine de palace, sans goût ni sauce, des plats bien présentés, mais fades et mornes. Quarante noms me viennent à l’esprit, mais à quoi bon chagriner des confrères chargés d’honneurs et de lauriers sauce35 ! Gagner sa vie dans la poncivité et le style pauvre est un métier tout comme, un autre. Mais seule m’intéresse, en tant que critique, l’autre catégorie d’écrivains, que les gens du monde taxent de bohèmerie, accusent de vouloir étonner, épater leurs contemporains, et qui se singularisent par la recherche, l’expression du beau et du grand, sans plus, en négligeant toutes les fariboles à côté, hautes approbations ou réprobations et récompenses. Le type de ceux-ci fut Baudelaire, véritable géant critique et poétique, mal à l’aise dans son siècle stupide, qui hanta bien à tort les cabarets et les poisons, faute de s’être créé une famille, et n’eut la gloire qu’après sa mort. Le Mercure de France a fait connaître, entre autres, tant par ses éditions que par sa revue, Moréas, Verhaeren et Rimbaud, trois poètes de très grande allure et qui, avec Verlaine, commandent leur génération. En prose, il a produit Pierre Louÿs, André Gide et Remy de Gourmont, qui sont, chacun dans son genre, des sommets littéraires, sans compter Jules Renard, qui y fit, si j’ai bonne mémoire, ses débuts, et Alfred Jarry. Hugues Rebell publia au Mercure un chef-d’œuvre, la Nichina, où revit la verve picaresque de Quevedo36. Pour ce qui est de l’étranger, Kipling et Nietzsche sont entrés en France par la rue de Condé, avec le Livre de la jungle37 et Zarathoustra38. Qui se serait douté, à ce moment-là, hormis le pauvre Frédéric Nietzsche, visionnaire de soi-même, que cette suite de paraboles féroces, Zarathoustra, portait dans ses flancs une nouvelle Réforme ? Habent sua fata libelli39.
Un rôle aussi important que celui d’Alfred Vallette ne pouvait être tenu que par un esprit très ouvert, très cultivé, curieux de tout, ayant le flair et le respect du génie encore méconnu, du talent ignoré. À cela se joignait, chez lui comme chez sa généreuse femme, l’amour des pauvres bougres, qui baladent leurs manuscrits mal ficelés d’éditeur en éditeur, puis vont cuver au café tant de refus et de rebuffades. Plusieurs eurent une étoile au front, un Nerval, un Villiers de l’Isle-Adam40. Dans les lettres, dans les arts, même en politique, les bohèmes ont leur place historique. La Commune de 1871 fut une insurrection de la bohème, avec un peintre et un écrivain de la taille de Courbet41 et de Vallès42. Je m’étonne que ce grand sujet, la bohème, n’ait pas encore tenté quelque érudit.
Alfred Vallette était un modeste, passionné pour son œuvre et, j’imagine, détaché de lui-même. Chose rare, il pensait aux autres et sa vie bienfaisante le prouve. Veuille sa veuve accepter que nous prenions ici part à son cruel deuil, qui est aussi celui de tous les amis, des lettres et de la culture.
Léon Daudet
Le Jour
Passons d’un journal d’extrême droite à un autre. La page deux de ce numéro, nous propose un article du colonel de La Roque qui nous donne des nouvelles de ses croix de feu (un film américain vient d’être tourné sur cette jeunesse énergique). Dans cette même page…

… Le Jour est le premier journal à évoquer les obsèques, qui auront lieu au cimetière de Bagneux (qui, ainsi que son nom ne l’indique pas, est un cimetière parisien).
Nouvelles des lettres
Les obsèques d’Alfred Vallette. Ce matin à 10 h. 30, auront lieu, en l’église Saint-Sulpice, les obsèques d’Alfred Vallette, directeur du Mercure de France. On se réunira au domicile mortuaire, 26, rue de Condé. L’inhumation se faisant au cimetière de Bagneux, la famille du disparu recevra les condoléances de ses amis à l’issue de la cérémonie religieuse.
Par une coïncidence émouvante, Alfred Vallette, dont le nom apparaissait rarement dans le corps de la revue qu’il dirigeait, présente lui-même, dans le numéro du 1er octobre, à l’occasion du 20e anniversaire de la mort de Remy de Gourmont, qui fut l’un des onze fondateurs du Mercure de France, et pendant vingt-cinq ans le plus précieux des collaborateurs, les études publiées pour cette collaboration. Il rappelle que c’est au Mercure de France que Remy de Gourmont « donna le meilleur de son œuvre, jouissant du rare bienfait, comme toute la rédaction d’ailleurs, de pouvoir s’y exprimer sans contrainte. Il l’atteste ainsi, ajoute-t-il, dans la préface du tome VI des Promenades littéraires : « Où je ne suis pas libre, je ne suis plus moi ». Ce témoignage nous est infiniment précieux.
Voilà en somme, à travers une citation, la première et la dernière pense du fondateur en exercice du Mercure de France, puisque, ainsi que nous le rappelions hier, Le Mercure était né avec ce programme de liberté. Les successeurs d’Alfred Vallette sauront s’en tenir à ces directives rappelées comme une espèce de testament.
Sous ce texte du Jour, un long avis sur la parution du bulletin des Amis de Charles-Louis Philippe…
Deux octobre
Paris-Soir

Ce n’est pas que Paris-Soir ait été moins réactif que les autres journaux, c’est jusque qu’étant un journal du soir, il est daté du lendemain. C’est un autre académicien Goncourt qu’y s’y colle, Jean Ajalbert, d’opinions parfaitement symétriques au précédent, au moins jusqu’à la guerre. Paul Léautaud n’a jamais apprécié Jean Ajalbert, pour des raisons pusillanimes dont il avant le secret. La fin de la vie de Jean Ajalbert sera hélas peu glorieuse puisqu’il sera incarcéré à Fresnes au printemps 1945 pour faits de collaboration avant de mourir en 1947, alors que s’ouvrait une ère nouvelle. Jean Ajalbert écrira, dans le Mercure de décembre le texte d’hommage « Alfred Vallette a choisi » (le métier d’éditeur plutôt que romancier).
« On enterre aujourd’hui Alfred Vallette »
par Jean Ajalbert, de l’académie Goncourt
Alfred Vallette est mort.
Ce nom ne dit rien à la foule, pas grand-chose à la génération d’après-guerre, peut-être…
On connaît mieux le Mercure de France, et c’est lui, qui s’effaça depuis quarante-six ans derrière son œuvre. Au 30 septembre on avait reçu le no 895, t. CCLXIII, du 1er octobre 1935. Jamais la revue n’avait subi un jour de retard, du moment où il l’avait fondée, il n’avait pas admis qu’elle ne fût exacte matériellement, comme précise moralement.
La Pléiade de Darzens venait de disparaître, après six numéros, que nous avions créée avec Pierre Quillard, Éphraïm Mikhaël, Maurice Maeterlinck, sous les auspices de Th. de Banville et de Catulle Mendès. Cette brève initiative avait requis l’attention de notre camarade, dont Stock publiait un roman, vers 1888(43) (le Mercure lui a rendu la politesse en publiant tout à l’heure le Mémorandum d’un éditeur44). Ce fut le Mercure avec Ernest Raynaud, Dumur, Denise, Jean Court.
« La petite revue » à l’éphémère destin de ces feuilles saisonnières ? Elle dure encore, et la plus vivante de toutes nos publications littéraires périodiques. Alfred Vallette s’y était dévoué, sacrifié de toute son intelligence, de tout son caractère, de toute sa volonté, qui ne devaient apparaître qu’au fur et à mesure, par les résultats.
⁂
Ses débuts d’écrivain avaient été honorables. Il cessa d’écrire, pour se consacrer à ceux de sa génération — les symbolistes.
Mais il ne se cloîtra pas dans la petite chapelle. Le Mercure s’ouvrit à toutes les formules d’avant-garde, mais avec la sélection la plus attentive — et dépassa les frontières. Les « jeunes » que produisait le Mercure manquaient d’éditeurs ? Alfred Vallette entreprit les éditions du Mercure, dont le catalogue est aujourd’hui le plus solide, le plus varié, le plus sain, le plus inédit de la librairie de ce dernier demi-siècle.
Pas un échec, pas une erreur, pour nos écrivains, d’Henri de Régnier, de Bloy, de Remy de Gourmont, de G. Duhamel, de Samain à Verhaeren, à Paul Léautaud, à Claudel, à Francis Jammes, à Fontainas, à F. Herold45, d’André Gide à Louis Pergaud, de Schwob à Tailhade, cent noms à relever. Mais ce n’était pas le plus difficile, d’accueillir les voisins que désignait la rumeur ambiante.
⁂
Parallèlement à Antoine46 qui découvrait les auteurs dramatiques d’outre-mer et d’outremonts, Alfred Vallette, par des traducteurs avisés, nous révélait Kipling, Wells, Nietzsche. Sans bruit, sans publicité, ces volumes bien établis, qui se recommandaient d’eux-mêmes, pendant que la revue s’accroissait de rubriques, touchant toutes les matières, tous les pays, avec une indépendance paisible de tous les collaborateurs, sous une autorité consentie, une direction droite et cordiale, qui ne se faisaient pas sentir.
Au Mercure, tout n’était qu’ordre, bonne volonté et conscience. Y pourrait-on oublier Rachilde — Mme Alfred Vallette — qui, elle, heureusement, ne cessa pas d’écrire, mais n’a pas tiré d’une œuvre originale tout le succès dû, pour s’en être trop désintéressée, alors que, par trente ans de critique inlassable, elle signalait dans ce Mercure tous les livres de ses confrères47 !
Le Mercure, c’était « une maison », non une boutique, où trouvaient asile toutes les bonnes causes. Un éditeur, de qui ne se séparèrent jamais ses auteurs, même devenus académiciens, voilà, je crois, le témoignage d’estime le plus rare. Un éditeur qui, paraît-il, versait encore ces derniers temps des 30 % de dividendes à ses actionnaires48. Sur quoi, d’aucuns l’accusaient de naïveté ! C’est que le Mercure ne connaissait pas la crise. Et Alfred Vallette aura prouvé qu’on peut faire de l’art pour l’art, en exerçant la profession avec savoir, prudence et travail. On sourit qu’il n’ait jamais voulu du téléphone. Sans doute avait-il ses raisons, de ne pas être esclave d’une sonnerie, et de vouloir connaître ses auteurs. Les mardis de Rachilde et les cinq à sept du Mercure étaient des derniers endroits où l’on cause sans tuyauterie interposée.
J’avais appris la mort dimanche soir. Je vais au Mercure lundi matin. La rue de Condé est déserte. Pas une voiture, personne devant le 26. Une note à la porte : La librairie sera fermée mardi 1er octobre. La concierge me dit : « C’est au deuxième, la chambre à côté de la direction ». J’échange quelques mots avec Herold, Duhamel — et redescends. La rue continue à être déserte.
Alfred Vallette est mort, à qui l’univers lettré doit une bibliothèque incomparable, un vaste accroît de nobles connaissances, dans une suprême indépendance, en marge de tous appuis et faveurs de l’État.
La rue est déserte, la maison silencieuse — pareille à toutes les autres — où survit certainement la volonté secrète d’Alfred Vallette que l’on ne fasse pas plus de bruit pour sa mort qu’il n’en voulait autour de sa vie de labeur exemplaire.
Le Temps
À l’âge de vingt ans, le Belge Roland de Marès (1874-1955) a été chroniqueur au Mercure de janvier 1893 à l’été 1895 pour quelques rubriques — livres, journaux et revues. Après avoir travaillé dans plusieurs autres revues prestigieuses, on le retrouvera ensuite au Mercure trente ans plus tard, à partir de décembre 1936 où il tiendra très régulièrement 51 « Chronique de la vie internationale » jusqu’en février 1939. C’est dans Le Temps du deux octobre 1935, à l’occasion de sa rubrique des « Revues », qu’il dresse le portrait d’Alfred Vallette, au milieu d’autres sujets.

Le Mercure de France est en deuil de son directeur, Alfred Vallette, décédé samedi, alors que, en dépit de ses 78 ans, il demeurait vaillamment attaché à ce qui fut le grand labeur de sa vie. Avec Alfred Vallette disparaît un des derniers représentants d’une époque qui marqua fortement dans le mouvement général de la littérature française, l’époque, entre 1890 et 1900, des revues d’avant-garde, le Mercure de France, la Revue Blanche, l’Ermitage de Henri Mazel, la première Plume que dirigeait Léon Deschamps. Le Mercure seul survécut aux remous de la mêlée symboliste et, grâce aux efforts d’Alfred Vallette, à sa compréhension des idées et des hommes, à son caractère aussi, d’une droiture absolue, il fît de cette revue de « jeunes » qu’était le Mercure de France à ses débuts une œuvre vivante, et durable, une force qui pendant plus de quarante ans n’a jamais faibli dans la mission que lui avait assignée son fondateur.
Alfred Vallette était l’homme qui n’avait jamais peur des idées, si hardies fussent-elles, parce que son bon sens, son sang-froid, son inflexible raison lui permettaient toujours de procéder aux mises au point nécessaires. Ceux qui ont connu le Mercure de France de la première période, entre 1890 et 1898, quand il était installé dans un petit appartement de la rue de l’Échaudé, se souviennent des luttes passionnées pour des idées souvent excessives, parfois fausses, mais toujours généreuses, qui marquaient les discussions des hommes chevelus, qu’étaient les « jeunes » d’alors. Dans le bureau de rédaction tendu de rouge, sur le mur du fond, face à la table de travail de Vallette et surmontant un émouvant portrait de Villiers de l’Isle-Adam, étaient suspendues deux magnifiques épées de combat, que l’on décrochait quand l’un ou l’autre collaborateur de la revue allait sur le terrain — car c’était un temps où on s’alignait volontiers pour un mot trop vif dans un article, pour une « rosserie » trop osée dans la fièvre des polémiques. Les « mardis » du Mercure, auxquels présidait Mme Alfred, Vallette, la spirituelle Rachilde, étaient sans doute, il y a une quarantaine d’années, l’endroit de Paris où l’on remuait le plus d’idées, de passions, de chimères, et aussi de dures réalités.
Quand les années passèrent et que les hommes de cette génération se dispersèrent dans tous les milieux, chacun suivant sa propre route, Alfred Vallette demeura à son poste, tenace et laborieux, se consacrant tout entier à l’œuvre qui était surtout sa création et dont il voulait qu’elle fût, sans fracas, une fenêtre toujours largement ouverte sur la vie littéraire, intellectuelle, morale et sociale du vaste monde. Avec lui disparaît, pour beaucoup d’écrivains de cette génération, l’ami le plus sûr, qui leur, rappelait ce qu’il y eut peut-être de meilleur dans leur effort et dans leur ardente et tumultueuse jeunesse.
On peut dire que Vallette est mort la plume à la main : en tête du numéro du Mercure de France, qui a paru ce matin on trouve une préface de lui à une série d’articles consacrés au vingtième anniversaire de la mort de Remy de Gourmont. Ainsi Alfred Vallette a été frappé en pleine vigueur intellectuelle, en pleine puissance de travail, ce qui pour tout homme de pensée et d’action est la fin la plus noble et la plus digne d’envie.
Le Temps, dernière page
Cet article dresse une liste des nombreuses personnalités présentes aux obsèques. Seuls les participants peu cités dans ce site web feront l’objet d’une note. Certains inconnus seront signalés par un point d’interrogation entre crochets, parfois à cause d’un relevé fautif.
Mme Alfred Vallette (Rachilde) étant souffrante, la fille et le gendre du défunt, M. et Mme Robert Fort, et sa cousine, Mme Albane Masson, ont conduit le deuil, assistés de MM. A.-F. Herold et Georges Duhamel, administrateurs du Mercure de France.
M. Mario Roustan, ministre de l’Éducation nationale49, était représenté par M. Jean-Émile Bayard. M. Pierre Cathala, ministre de l’Agriculture50, était aux premiers rangs de l’assistance, avec MM. Henri de Régnier et André Chaumeix, de l’Académie française ; Ernest Reynaud, — le dernier survivant des fondateurs du Mercure de France — J.-H. Rosny aîné, Jean Ajalbert, Léon Riotor51, Maurice Beaubourg ; Mme Judith Cladel ; MM. Edmond Pilon, Saint-Georges de Bouhélier, Pottecher52, E. de Nalèche53, Paul Fort, Francis de Croisset54, Marius Gabion[ ?], Alfred Mortier, Lugné-Poe, André Thérive, René Puaux55, Albin Michel, Flammarion, Eug. Fasquelle, Jacques Daurelle56, Alphonse Séché, Firmin-Didot, Léon Deffoux, Jean Dorsenne57, Fernand Divoire, Marcel Batilliat. Ch.-Henry Hirsch58, Roland de Marès, Gustave Fréjaville59, Édouard Champion, Fernand Gregh, Ch. de Saint-Cyr60, André Rousseaux61, André Salmon, Léopold Lacour62 Ernest Prévost63, etc.
L’inhumation a eu lieu au cimetière de Bagneux parisien. Des discours ont été prononcés par MM. Hérold, Georges Duhamel et Dumesnil.
Le Jour
Le Jour continue son compte rendu du déroulé des événements et c’est René Dumesnil, collaborateur à la fois du Mercure et de ce quotidien, qui rend compte de la cérémonie.
Le Normand René Dumesnil (1879-1967), spécialiste de Gustave Flaubert, a collaboré au Mercure de 1911 à 1930 (23 articles), avant d’ouvrir, en 1932 une chronique musicale régulière de 345 articles sur la musique jusqu’au moins décembre 1956.

Tel était Alfred Vallette quand je le vis pour la première fois, il y a bientôt trente ans, alors que, débutant, je portai mon premier article au Mercure, tel je le retrouvais à chacune de mes visites.
Solide et carré dans son fauteuil, il semblait devoir subir l’assaut du temps sans plus changer jamais que les choses qui l’entouraient. Et son humeur, en effet, son caractère, tout comme son aspect physique, demeuraient toujours égaux.
Du premier coup, sa grande simplicité m’avait mis à l’aise. Mais il savait au besoin garder les distances et, sans éclats, se préserver de toute familiarité inopportune. Je n’ai jamais connu d’homme plus libéral, mieux affranchi de tout préjugé, de toute idée reçue. Et c’est en cela qu’Alfred Vallette fut un merveilleux directeur — un directeur qui dirigeait vraiment, mais qui laissait à ses collaborateurs la plus complète indépendance et l’entière responsabilité de leurs écrits.
Il savait allier des choses en apparence inconciliables : il n’était point sans, volonté et bien au contraire, il savait être opiniâtre quand il croyait avoir raison, mais il ne se fut jamais permis d’user de son autorité pour faire pression sur autrui. Je crois qu’il n’a de sa vie demandé rien à personne, ni une faveur, ni même un service. Il n’en éprouvait point le besoin et cela lui donnait une force incomparable, une indépendance absolue.
Je n’ai jamais entendu, non plus, sortir de sa bouche une parole qui ressemblât à une plainte. Pourtant, un jour, j’ai surpris dans un de ses propos comme un regret de n’avoir pu faire lui-même une œuvre. Cela était si discret que je ne puis le rapporter sans le déformer, sans le grossir. Et je lui dis ce que nous pensions tous, qu’avoir fait cette maison, l’avoir maintenue, avoir suscité un mouvement littéraire et une activité spirituelle comme ceux dont le Mercure fut le centre, c’était une gloire près de laquelle beaucoup d’autres, plus fulgurantes, ne brilleraient guère au regard de la postérité. Mais il prit une pincée de tabac dans le pot qui, sur son bureau, voisinait avec l’écritoire, revissa soigneusement le couvercle, roula une cigarette, l’alluma et me dit en souriant : « En attendant, travaillons ! »
Il s’installait dès le petit matin à sa table, restait des jours sans sortir, ne s’accordait de promenades que l’été venu, pour se rendre dans sa maison des champs, près de Corbeil, ou pour faire quelques randonnées en province. Car ce sédentaire aimait la route et s’était passionné pour l’automobile.
Le mardi, jour de réception de Rachilde, il interrompait sa besogne l’après-midi. Louis Dumur mettait de l’ordre sur la grande table voisine de celle du patron et le bureau de la direction servait de premier salon : on s’arrêtait auprès de Vallette avant d’entrer chez la maîtresse de maison et on bavardait avec celui qu’elle appela, si justement, dans un de ses livres, « le bon compagnon ». Mesurez ce qu’il peut y avoir de tendresse discrète dans cet éloge venu du cœur…
⁂
Avant-hier, j’ai traversé, pour aller serrer les mains amies, le petit bureau où m’avaient accueilli, il y a trente ans bientôt. Paul Morisse, Van Bever et Paul Léautaud. La statuette de Mercure aux talons ailes et au caducée veille toujours sur le travail de Louis Mandin et de Jacques Bernard, leurs successeurs. Dumur n’est plus derrière sa grande table, toujours encombrée de livres, dans la pièce voisine. On y parlait à voix basse. Sur la cheminée, le buste de Verlaine semblait sourire tristement et le clair regard du Verhaeren de Theo Van Rysselberghe64 cherchait l’absent qui ne reviendra plus s’asseoir à cette place accoutumée…
Cher Alfred Vallette ! Il était de rapports si sûrs, il savait inspirer des amitiés si profondes, si fidèles, que trente ou quarante années de collaboration assidue ne les ont jamais, en aucun moment, obscurcies. Le Mercure… Quels véritables dévouements la revue n’a-t-elle pas suscités ! Je vois encore Louis Dumur à son lit de mort65, se préoccupant du numéro qui devait sortir. On a les collaborateurs que l’on mérite. Ceux d’Alfred Vallette — autant dire deux générations d’écrivains — ont ressenti le même déchirement en apprenant qu’ils ne le reverraient plus.
René Dumesnil
Après cet article de la page deux, la page six, dans sa rubrique « De Paris et d’ailleurs » — Corps diplomatique, fiançailles, mariages, deuils — donne cet avis :
Les obsèques de M. Alfred Vallette, directeur du Mercure de France, officier de la Légion d’honneur, ont été célébrées hier matin en l’église Saint-Sulpice. La réunion des assistants s’est faite au domicile mortuaire, à l’hôtel du Mercure de France.
Mme Alfred Vallette (Rachilde) étant souffrante, le deuil était conduit par M. et Mme Robert Fort66, le gendre et la fille du défunt, par sa cousine Mme Albane Masson, assistés de A.-F. Herold et Georges Duhamel, administrateur du Mercure de France.
M. Cathala, ministre de l’Agriculture, et Jean-Émile Bayard, représentant M. Mario Roustan, ministre de l’Éducation nationale, assistaient à la cérémonie qui a réuni un grand nombre d’écrivains, d’éditeurs et d’amis d’Alfred Vallette.
La levée du corps a été faite et l’absoute donnée par le curé de la paroisse, le chanoine Constantin67.
L’inhumation a eu lieu au cimetière parisien de Bagneux où des discours ont été prononcés par MM. Herold, Georges Duhamel et par notre collaborateur M. René Dumesnil.
L’Aube
L’Aube est un journal catholique et on ne s’attend donc pas à le voir soutenir Alfred Vallette et les amis du Mercure, plutôt progressistes et cartésiens68. L’article ci-dessous montre néanmoins la bonne tenue de ce quotidien.
Petit Courrier des Lettres, des Sciences et des Arts
La mort d’Alfred Vallette met en deuil les Lettres françaises. Ses obsèques ont eu lieu hier à Saint-Sulpice. Certes ! dans la vieille maison du Mercure de France qu’il a fondée et dans la revue qui prit le même titre, bien des choses ont paru opposées à nos idées les plus chères et nous avons dû y riposter vivement. Mais comment oublierions-nous que cette même maison nous a révélé un Léon Bloy, un Claudel, un Jammes, un Louis Le Cardonnel ? En une heure où il faut bien reconnaître que les grands écrivains catholiques ne trouvaient pas d’éditeurs où les exemplaires de Sagesse, publiée par mégarde69, étaient promis au pilon, Alfred Vallette et femme, tout incroyants qu’ils fussent eux-mêmes, ouvrirent largement leurs portes à toute œuvre hautement religieuse qui portait le coin du génie ou du talent. Il faudrait avoir sous les yeux les innombrables pages du Journal de Bloy où sont nommés et loués Vallette et Rachilde70, pour rendre un juste hommage à l’homme accueillant, au magnifique lettré qui vient de mourir.
Oui, en un temps où la conspiration du silence, qui ne fut pas un vain mot, s’épaississait autour du Désespéré71 ou de La Femme pauvre72, Vallette n’a jamais hésité à publier un nouveau livre du « Mendiant Ingrat ». Et de ses presses sortaient encore Tête d’or, La Ville, L’Échange, La Jeune fille Violaine, Les vers d’exil, Connaissance de l’Est, L’Art poétique de Claudel ; de ses presses sortaient toujours, De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir, Le Deuil des Primevères, Clairières dans le ciel de Jammes… Nous nous bornons, mais nous voudrions faire sentir le goût, et aussi le courage, de l’éditeur qui choisit et lança ces volumes, aujourd’hui classiques, mais qu’il fallait d’abord imposer au public.
Et, s’il nous faut, certes ! élever plus d’une grave protestation contre tel ou tel autre ouvrage paru dans la même maison, s’il nous faut même rejeter absolument celui-ci ou celui-là, nous ne nierons point pour autant le talent d’un Gourmont ou d’un Gide. Vallette a édité un Jean Moréas un Henri de Régnier, un Georges Duhamel. Et que d’autres, français ou étrangers ! Il était né à Paris, en 1858. Il meurt à Paris, dont il restera une curieuse figure autour de laquelle se compose toute une époque intellectuelle — J. S73.
Comœdia
Comme Le Temps d’hier au soir (daté du deux), Comœdia donne une liste très fournie des participants à la cérémonie.
Un grand adieu — De Saint-Sulpice à Bagneux le Tout-Paris des Lettres a suivi la dépouille d’Alfred Vallette… sur la tombe de qui Georges Duhamel a pleuré

Alfred Vallette le sage, l’homme au large esprit et au grand cœur, a eu des obsèques dignes de lui et de la maison qu’il avait créée. Nulle pompe factice et point de gêneurs ; rien qu’un très simple cérémonial et la cohorte, en rangs serrés et émus, d’une élite d’amis fidèles.
Dès dix heures du matin, la calme rue de Condé, si jalouse de ses traditions, connaissait une animation inaccoutumée, encore que silencieuse et comme attentive à multiplier les marques d’affliction déférente. Sous le porche d’entrée du Mercure, le cercueil a été descendu de son modeste catafalque, fleuri de couronnes aux couleurs de saison. On l’a hissé dans le fourgon automobile et lentement le cortège se met en marche.
Derrière la famille se pressent les plus insignes représentants des Lettres parisiennes. On reconnaît au hasard : MM. Georges Duhamel, Henri de Régnier, Lucien Descaves, Rosny aîné, Jean Royère, Fernand Gregh, Ernest Raynaud, René Dumesnil, A.-F. Herold, Christian Cornelissen74, Lugné Poe, Saint-Georges de Bouhélier, André Salmon, Edmond Pilon, Émile Zavie, Léon Riotor, Louis Laloy, Charles-Henri Hirsch, Édouard Champion, Eugène Fasquelle, Alfred Mortier, André Thérive, André Chaumeix, Jacques Dyssord, Léon Deffoux, Jean Poueigh75, Louis Thomas, André Gayot76, Alexandre Guinle77, Ferdinand Lop78, Claude-Roger Marx79, Robert de Souza, Marcel Batilliat, Marcel Rouff, Maurice Beaubourg, Femand Divoire, Paul Fort, Ernest Prévost, Paul Léautaud, Jean Ajalbert, Maurice Garçon, Charles de Saint-Cyr, Paul Samain[ ?], Georges Le Cardannel, Albert Mockel, Léopold Lacour, Maurice Pottecher, Firmin Didot, Jean Dorsenne, Seymour de Ricci80, Léon-Paul Fargue, Alphonse Séché, Paul Fuchs81, André David, Emmanuel Aegerter82, Léon Bocquet, Gaston Picard83, Van Melle[ ?], P. Mornet84, Yves-Gérard Le Dantec, Pierre Lagarde85, André Rousseaux, Marcel Longuet86, Tristan Klingsor, Gustave FréjaviIle, Henry Hugault[ ?], Yves Gandon, Ventura Garcia Calderon87 (de passage à Paris), Jean Émile Bayard, délégué du ministère de l’Éducation Nationale ; Mmes Lilta Besnard88, Judith Cladel, Richard Lesclide89, André Fontainas90 et Louise Faure-Favier, etc91.
Par les ruelles étroites, où l’accompagne — dirait-on —l’ombre elle-même de J. K. Huysmans, la dépouille d’Alfred Vallette s’est ainsi acheminée jusqu’à Saint-Sulpice.
Une messe dépouillée de tout superflu : une messe sans orgues mais nourrie d’un plain-chant très doux… et l’on part pour Bagneux.
Aux portes de Paris, c’est l’heure de la sortie des usines. En apercevant le convoi, des groupes de jeunes filles s’écartent et s’informent : leur journal leur a-t-il, ce matin, parlé de cet enterrement ? Et l’on sent avec tristesse l’ignorance et le vide creusés par la vie moderne au-devant de ce fourgon apparemment anonyme qui emporte pourtant au champ des morts une si lourde parcelle de cette âme sans laquelle nul pays n’est vivant.
Mais l’instinct est le plus fort. Des ouvriers, qui se hâtent vers leur repas du midi, s’arrêtent au passage, soulèvent leur casquette, cherchent à lire les inscriptions des couronnes qui fuient. Et ce geste ne dit-il pas assez combien le peuple, gavé de médiocrités éphémères, a soif de connaître ce qui échappe et dirige obscurément son destin !
Enfin voici le cimetière de Bagneux.
Devant le cercueil posé sur le caveau de famille, au nom des plus anciens collaborateurs d’Alfred Vallette, M. A. F. Herold prend le premier la parole et directement s’adressant au cher patron disparu, avec, lyrisme tire la leçon de sa vie et de son œuvre exemplaires.
M. Georges Duhamel lui succède. Il n’a point préparé de discours et ne dira que quelques mots. Deux mots seulement, « une dernière fois qui sera aussi la première :
« — Mon ami !
« Car, jusqu’à cette minute, je n’avais toujours appelé Alfred Vallette que : monsieur92… »
À cette déclaration, d’une inouïe grandeur, M. Georges Duhamel ne peut, contenir son émotion. Derrière ses lunettes on voit de grosses larmes rouler et, le visage bouleversé — ce visage à l’ordinaire si serein — il s’efface à reculons.
M. René Dumesnil, à son tour, déplie un feuillet qu’il va lire. Mais à peine achève-t-il, qu’il éclate en sanglots…
On défile. Un à un, sur la bière, les chrysanthèmes s’amoncellent…
Cela s’est passé, simple et émouvant, comme il le souhaita sans doute, comme sa grande compagne Rachilde elle-même dût le souhaiter en le regardant partir.
Maurice-J. Champel
Le Figaro
Le Figaro du deux octobre donne évidemment les mêmes informations mais précise que :
De belles couronnes étaient adressés par les rédacteurs du Mercure de France, la chambre syndicale des Libraires de France, les Messageries Hachette, l’Assistance aux blessés nerveux de la guerre en souvenir de Louis Dumur93, etc.
Dans l’assistance, en plus des personnes déjà citées, Le Figaro relève les noms de Madame Japy de Beaucourt94, et Madame Lecomte du Noüy95, Madame Aurel, Baudinière96, Carlos Fischer97, Pierre-Paul Plan98 et un inconnu, J. Baillière.
Les deux premières citées peuvent surprendre, même si elles n’ont sans doute pas suivi jusqu’au cimetière et nous rappellent qu’Alfred Vallette faisait partie de quelques cercles d’éditeurs, dont les déjeuners du grand Perdreau.
Le Journal des débats, page six donne lui aussi une liste des participants, identique à ce que nous avons pu lire.
Le premier novembre 2025 sera mise en ligne la seconde partie des articles de journaux, parmi lesquels : « Alfred Vallette ou Le Clairvoyant », par Georges Duhamel dans Le Figaro du trois octobre, et dans ce même journal « Mardi matin, rue de Condé », par André Rousseaux, « L’Amour du métier », par Jacques Boulenger, « Rue Monsieur-le-Prince et rue de Condé », par André Billy, « Alfred Vallette et ses amis » par Gustave Le Rouge et enfin « Un souvenir d’Alfred Vallette », par Adrienne Monnier.
Le mot Mercure a été écrit ici 96 fois, souvent (trop souvent) en italiques. À défaut de respecter l’usage typographique, c’est la graphie des sources originales qui a été respectée, le plus souvent résultat du caprice du typographe (évitons le mot incompétence). L’usage (il ne s’agit pas d’une règle) est le suivant : L’italique est utilisé (c’est un nom masculin) pour les titres des œuvres (et aussi les notes de musique, les noms de navires, les mots étrangers, des choses comme ça) et les titres des journaux ou revues. La moitié du temps, au moins, le mot Mercure (ici en italique parce qu’on cite le mot) n’est pas utilisé en tant que titre de revue mais en tant que nom de lieu ou d’entreprise (les bureaux du Mercure) et ne devrait donc pas comporter d’italiques. Le nom des éditeurs non plus. Jean Ajalbert, par exemple, a respecté l’usage.
Un mot encore. La revue se nomme Mercure et non Le Mercure. Le « le » ne doit donc jamais être ni en italique ni comporter de capitale initiale. Mais les journaux Le Jour ou Le Gaulois ne se nomment pas Jour ou Gaulois. Et doivent donc porter la capitale initiale et l’italique à Le. Cela est aussi valable pour les titres des romans.
Notes
1 Nous sommes en 1885. Le bal Bullier, créé en 1847, fermera en 1940. Il était situé à l’emplacement actuel du CROUS étudiant 31, avenue Georges-Bernanos (de l’autre côté de la voie de la ligne de sceaux par rapport à l’avenue de l’Observatoire).
2 René Brissy, 1884, 52 pages, 35 illustrations.
3 Monsieur Vénus a d’abord été publié chez Auguste Brancart à Bruxelles en 1884 puis repris en France chez Félix Brossier, rue Saint-Benoît en 1899, enrichi d’une préface de Maurice Barrès, qui avait été son amant.
4 Laurent Tailhade (1854-1919), polémiste, poète, conférencier pamphlétaire libertaire et franc-maçon. Paul Léautaud a rédigé sa notice des Poètes d’aujourd’hui.
5 Léo Trézenik (Léon Épinette, 1855-1902, à 47 ans), poète, romancier et journaliste.
6 Camille Flammarion (1842-1925).
7 Alfred Vallette a tenu pendant plus d’un an la rubrique des « Jeunes revues » dans l’hebdomadaire L’Écho de Paris littéraire et illustré, et parfois dans le quotidien, entre octobre 1892 et décembre 1893. Dans les « Échos » du Mercure du premier décembre en hommage à Alfred Vallette seront données des informations sur cette participation.
8 Dans une collection « La Vie grise » de Tresse et Stock. Le manuscrit est daté « mai 1886-octobre 1887 » mais n’est paru qu’en 1891. 314 pages. Le texte du Petit Parisien est « La Vierge ».
9 Il est impossible que Paul Léautaud ait prononcé ces mots.
10 Ce n’est pas tout à fait vrai. Après deux petites plaquettes parues à Orthez, Francis Jammes a publié un petit volume de 90 pages chez Ollendorff en 1894 et enfin le poème dialogué Un jour au Mercure à l’automne 1895.

Fragment de la bibliographie de Francis James établie par Paul Léautaud dans sa notice des Poètes d’aujourd’hui
11 Georges Duhamel a tenu la rubrique des poèmes de mars 1912 à juillet 1914.
12 Vie des martyrs 1914-1916, premier roman de Georges Duhamel, qui avait été chirurgien engagé volontaire dans les hôpitaux du front. Ce « roman » a été publié au Mercure en 1917 (216 pages). Il sera suivi, en avril 1918, de Civilisation (Mercure, également), sous le pseudonyme de Denis Thévenin), sur le même thème, et qui obtiendra le prix Goncourt.
13 Ces trois contes (Un cœur simple — La Légende de Saint-Julien l’Hospitalier — Hérodias) sont parus en feuilletons dans des journaux au printemps 1877, trois ans avant la mort de Gustave Flaubert et ont été aussitôt rassemblés en volume par Gustave Charpentier la même année. Sans recherche aucune, ce volume a pris alors pour titre Trois contes.
14 Ernest Raynaud (avec un a mais la faute est souvent rencontrée) (1864-1936), écrivain et poète, était également commissaire de police, proche de l’Action française, auteur de Souvenirs de police, Mémoires d’un commissaire de police et de plusieurs autres ouvrages du genre. Ernest Raynaud sera le dernier survivant des fondateurs du Mercure. Voir le Journal littéraire au douze octobre 1936 et sa nécrologie dans les « Échos » du Mercure du premier novembre 1936, page 659.
15 La Pléiade (qui n’a rien à voir avec la collection que nous connaissons).
16 Gabriel-Albert Aurier (1865-1892), écrivain, poète, et critique d’art, mort de la typhoïde à l’âge de 27 ans. La signature Georges-Albert Aurier est parfois rencontrée. Voir aussi l’excellent article de Vincent Gogibu paru dans les Cahiers Louis Dumur numéro 9 (2022) « Le Mercure de France, un périodique dans le temps long ».
17 Édouard Dubus et Louis Denise. Le poète symboliste Édouard Dubus (1864-1895, à 31 ans) a brûlé sa vie par les deux bouts. Il a participé à la fondation du Mercure de France, auquel il a collaboré, ainsi qu’au Scapin (fondé par Émile-Georges Raymond) au Cri du peuple (de Jules Vallès)… Il n’a écrit qu’un seul livre : Quand les violons sont partis, Bibliothèque artistique & littéraire, 1892. Pour les circonstances de la mort d’Édouard Dubus, voir la nécrologie de Jean Court parue dans les « Échos » du Mercure du quinze février 1933, page 234.
18 André-Ferdinand Herold (1865-1940) collabore au Mercure depuis 1891. Président de la Ligue des Droits de l’Homme, il devient administrateur du Mercure après la démission de Georges Duhamel et meurt la même année.
19 Pierre Lièvre (1882-1939), propriétaire d’un important commerce de bois à Ivry, critique littéraire et dramatique pour Les Marges (Eugène Montfort), Le Divan (Henri Martineau) et le Mercure, de novembre 1931 à sa mort.
20 Jean Tenant (1885-1986), journaliste, poète et écrivain.
21 Cette librairie du deux place de l’Hôtel de ville, à Saint-Étienne était, ainsi que l’indique Jean Tenant, la succursale de la librairie lyonnaise du même nom, ouverte la décennie précédente au dix rue du Président-Carnot à Lyon, par Henri Lardanchet (1875-1935). Ses fils, Armand (1899-1965) et Paul (1901-1955), ont ouvert, en 1947 une librairie sous le même nom au numéro cent de la rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris. Cette Librairie Lardanchet est toujours en activité de nos jours, à la même adresse, à l’angle de la rue de Miromesnil, à cent mètres de l’Élysée.
22 Pour l’histoire de la rue de Condé et plus largement de l’hôtel du Mercure de France, voir la page « Le logis du Mercure de France ».
23

Le monogramme de Beaumarchais sur les garde-corps du Mercure de France
24 Ici dans le sens de jamais, à aucun moment : « Si onques de pitié ton âme fut atteinte, / Voyant indignement ton ami tourmenté, / Et si onques tes yeux ont expérimenté / Les poignants aiguillons d’une douleur non feinte » Joachim du Bellay (1522-1560), Les regrets.
25 Le Mercure a été et est resté longtemps le seul éditeur du Journal que Léon Bloy a tenu de 1892 à 1917, en huit tomes. Du vivant de Léon Bloy le texte en a été largement réduit.
26 Cécile Sauvage (1883-1927) est surtout connue pour avoir épousé en 1907 le shakespearien Pierre Messiaen (1883-1957), dont elle a eu deux fils dont, en 1908, le compositeur et organiste Olivier Messiaen. Le Mercure a publié des poèmes Cécile Sauvage dans les numéros de septembre 1907, juin 1908, août 1911, juin 1912, quinze février et quinze décembre 1929.
27 La Revue forézienne d’histoire & d’archéologie semble avoir paru à Saint-Étienne à partir de l’été 1867.
28 Cécile Sauvage, Tandis que la Terre tourne, Mercure, été 1910. Ce recueil rassemble quatre séries de poèmes : Pleine Lune ou croissant, L’Arc-en-ciel, La Mort en croupe, L’Âme en bourgeon.
29 Le Vallon est paru dans le numéro du premier juin 1912, pages 486-494 avant de paraître en volume au Mercure en 1913. Ce recueil, dédié à Pierre Messiaen, rassemble lui aussi quatre séries de poèmes : Fumées, Fuites Légères, Le Vallon et Mélancolie.
30 On ne confondra pas le poète et abbé Louis Le Cardonnel avec son frère Georges, journaliste, qui écrira un éloge d’Alfred Vallette dans Le Journal du six octobre. C’est bien Louis qui est présent dans les Poètes d’aujourd’hui dont la notice a été rédigée par Paul Léautaud. Louis Le Cardonnel écrira un court texte dur Alfred Vallette dans le Mercure du premier décembre.
31 Jean Lefranc tient régulièrement, au Temps, une rubrique « En marge ». Il apparaît trois fois dans le Journal de Paul Léautaud, notamment le six mars 1935.
32 Le Temps du deux mai 1911, page deux, quatrième colonne : « Au courant du mois de décembre de cette année-là, un de mes amis de la Bibliothèque nationale, Louis Denise, qui voulut oublier la poésie par amour pour les oiseaux, me demanda sans guère de préambule si je ne voulais pas m’associer à quelques jeunes gens qui fondaient une petite revue douée de ce titre archaïque : le Mercure de France. J’acquiesçai, cependant qu’il me racontait comment leur petit groupe, ayant découvert les capacités administratives d’Alfred Vallette, avait décidé de se mettre sous sa direction. “C’est, me disait-il à peu près…” » Il s’agit d’une série d’articles parus dans Le Temps en 1911-1912. Quelques-uns de ces articles (tous ?) ont été réunis en volumes parus au Mercure de France sous le titre général de Promenades littéraires. Le texte lu dans cette note se trouve dans Promenades littéraires VI, « I. Souvenirs du symbolisme » — Le Mercure de France.
33 Remy de Gourmont, Le IIe Livre des masques, Mercure, printemps 1898. Le nombre de masques est de XXIII, 303 pages.
34

Alfred Vallette par Félix Vallotton dans Le IIe Livre des masques. Plus tard, Félix Vallotton avouera n’avoir pas rencontré tous ses modèles, mais souvent dessiné à partir de photographies.
35 Allusion discrète mais vacharde au rameau d’olivier de l’habit d’académicien français.
36 Francisco de Quevedo (1580-1645), figure majeure de la littérature espagnole.
37 Paru pour la première fois en France en 1899 dans une traduction de Louis Fabulet et Robert d’Humières pour le Mercure.
38 Frédéric Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra paru pour la première fois en France à l’automne 1898 dans une traduction d’Henri Albert pour le Mercure. 478 pages.
39 Les livres ont leur destinée.
40 Auguste de Villiers de L’Isle-Adam (1838-1889), poète, romancier, auteur dramatique et journaliste. Très lié avec Catulle Mendès qui a épousé Judith Gautier, « Villiers », ainsi qu’il se laissait nommer, fut fiancé brièvement à la fin de 1866 avec Estelle, la seconde fille de Théophile Gautier, qui épousera Émile Bergerat en 1872. Cette rupture est à l’image de l’homme, qui a raté absolument tout ce qu’il a entrepris mais bénéficie néanmoins d’une réputation surprenante. Ainsi, dans Le Figaro du 12 avril 1913, page quatre nous pourrons lire, au-dessus de la signature de Victor-Émile Michelet : « Villiers de l’Isle-Adam domina de sa haute stature de chevalier la littérature de son temps. » Ne reste de lui de nos jours que ses vingt-huit Contes cruels, rassemblés chez Calmann-Lévy en 1883 et son Êve future (de Brunhoff 1993, 380 pages), où Thomas Edison crée la première poupée sexuelle.
41 Gustave Courbet (1819-1877) est un peintre social, aspect presque entièrement occulté par la très réaliste Origine du monde (une commande de 1866) exposé à Orsay. Hors cette extravagance il faut se souvenir d’Un enterrement à Ornans (où est né Gustave Courbet) peint en 1849.
42 Jules Vallès (1832-1885), journaliste, écrivain et homme politique d’extrême gauche au point d’être plusieurs fois emprisonné et condamné à mort. Fondateur du journal Le Cri du Peuple, il fait partie des élus lors de la Commune de Paris en 1871. Sur le plan littéraire, Jules Vallès est surtout connu pour son triptyque autobiographique Jacques Vingtras (L’Enfant (1879), Le Bachelier (1881) et L’Insurgé (posthume et terminé par sa maîtresse, Séverine, en 1886).
43 Le Vierge (note 8).
44 Pierre-Victor Stock, Mémorandum d’un éditeur, accompagné d’une préface de Jean Ajalbert et d’appendices de Valéry et Charles Müller, Stock 1935, 331 pages. Ce premier tome sera suivi de deux autres, un en 1936 et le dernier, traitant uniquement de l’affaire Dreyfus, en 1938 (257 pages). Jean Ajalbert écrit « en publiant tout à l’heure » alors que cette immédiateté est très large, ce Mémorandum d’un éditeur étant paru dans le Mercure depuis le premier mars 1933, il y a deux ans et demi, jusqu’au quinze juillet 1939.
45 André-Ferdinand Herold (1865-1940), petit-fils du compositeur, chartiste, poète, auteur dramatique et traducteur. A.-F. Herold entretient des rapports privilégiés avec Gabriel Fauré ou Maurice Ravel. Il est auteur Mercure depuis 1891 et a été titulaire de la critique dramatique en 1896, remplacé par Paul Léautaud en 1907. André-Ferdinand Herold a écrit 210 textes dans le Mercure entre février 1894 et décembre 1936. Nombreux sont ceux qui écrivent fautivement Hérold.
46 André Antoine (1858-1943) est considéré comme l’inventeur du théâtre moderne.
47 Rachilde a tenu la rubrique des « Romans » de 1894 à avril 1924.
48 Mais pas à ses auteurs !
49 Marius Roustan (dit Mario, 1870-1942), sénateur à trois reprises, a été ministre de l’Éduction nationale pendant quatre jours, du premier au quatre juin 1935 puis ministre de la Marine marchande pendant dix jours, du 7 au 17 juin 1935 avant de revenir à l’Éducation nationale le lendemain, jusqu’en janvier 1936. Ce spécialiste des mandats courts (il n’était pas le seul) avait même été sous-secrétaire d’État à l’Hygiène (?) pendant deux jours, du 23 au 25 février 1930.
50 Pierre Cathala (1888-1947), député (gauche) de Seine-et-Oise de 1928 à mai 1936, a été ministre de l’Agriculture de juin 1935 à janvier 1936.
51 Léon Riotor (1865-1946), homme de lettres prolifique, poète, romancier et critique d’art. Léon Riotor est également conseiller municipal du quartier Saint-Gervais (années 1920) puis vice-président du Conseil municipal de Paris et du Conseil général de la Seine. Léon Riotor est surtout connu pour avoir voulu introduire le phonographe, puis le cinématographe comme instruments pédagogiques dans les écoles.
52 Maurice Pottecher (1867-1960), homme de théâtre, écrivain et poète, fondateur du Théâtre du peuple à Bussang, dans les Vosges, toujours en activité en 2025. Maurice Pottecher est l’oncle (par son frère Georges) du chroniqueur judiciaire Frédéric Pottecher (1905-2001), extrêmement connu après la seconde guerre mondiale.
53 La famille Bandy de Nalèche a de lointaines origines. Il s’agit ici d’Étienne Bandy de Nalèche (1865-1947). Par son mariage avec Julia Pervenche Mesnard de Jannel de Vauréal, Étienne devient secrétaire (en 1893), puis directeur du Journal des débats (en 1898). Plus tard il sera président du Comité général des associations de presse et de nombre d’associations comparables.
54 Francis de Croisset (Franz Wiener, 1877-1937), auteur dramatique, romancier et librettiste prolifique. Né Belge d’origine allemande, arrivé en France à l’âge de vingt ans et fort désireux de s’intégrer au mieux dans la société, Franz Wiener prit le nom du hameau où vécut Gustave Flaubert et se fit baptiser. Malgré une œuvre conséquente et un succès certain, il ne reste plus guère de Francis de Croisset de nos jours que Ciboulette, opérette écrite en collaboration avec Robert de Flers au printemps 1923 accompagnée d’une musique de Reynaldo Hahn. On trouve davantage le nom de Francis de Croisset sous la plume de Maurice Boissard que sous celle de Paul Léautaud.
55 René Puaux (François Puaux, 1878-1937), poète, journaliste et traducteur de l’anglais.
56 Jacques Daurelle (1863-1940), homme de lettres, spécialiste de l’art provençal.
57 Jean Dorsenne (Jean Troufleau, 1892-1945), journaliste au Journal des débats. En 1920 Jean Dorsenne épouse Micheline Picard, journaliste elle aussi, qui commence une carrière d’écrivain sous le pseudonyme de Michel Candie. Après un long voyage de cinq ans autour du monde, Jean Dorsenne écrira pour L’Intransigeant et Le Figaro en même temps qu’il publiera plusieurs romans populaires d’inspiration polynésienne dont Les Révoltés du Bounty. Résistant pendant la seconde Guerre mondiale, Jean Dorsenne sera arrêté par la Gestapo en février 1942 et mourra d’une pneumonie à Buchenwald.
58 Charles-Henry Hirsch (1870-1948), poète, romancier et dramaturge, responsable, au Mercure, de la rubrique des « Revues » depuis 1898. En même temps qu’il était employé de banque jusqu’en 1907. C.-H. Hirsch est aussi un auteur de romans populaires ou naturalistes, comme son célèbre (à l’époque) Le Tigre et Coquelicot de 1905 chez Albin Michel, ou licencieux comme Poupée fragile, chez Flammarion en 1907. En 1910, il a été un des défenseurs des Fleurs du mal. Charles-Henry Hirsch est l’un des auteurs Mercure les plus prolifiques avec 792 textes, d’août 1892 à décembre 1939. Il est aujourd’hui essentiellement connu comme l’auteur du scénario du film Cœur de lilas (Anatole Litvak 1931) avec Jean Gabin. On ne confondra évidemment pas Charles-Henri Hirsch avec son homonyme Louis-Daniel Hirsch, administrateur de la NRF.
59 Gustave Fréjaville (1877-1955) après avoir été, en 1922 chroniqueur des spectacles de variétés à Comœdia jusqu’en 1926, il tient actuellement la même rubrique au Journal des Débats.
60 Charles de Saint-Cyr (1875-1940) est vraisemblablement le seul poète footballeur de haut niveau de l’histoire.
61 André Rousseaux (1896-1973), journaliste, critique littéraire et essayiste, écrira un hommage à Alfred Vallette dans Le Figaro du cinq octobre.
62 Léopold Lacour (1854-1939), normalien, agrégé de lettres, professeur de rhétorique, auteur dramatique et critique. Socialiste, Léopold Lacour est partisan de l’égalité des droits comme de l’égalité des genres. Voir l’article nécrologique de Léopold Lacour dans Les Nouvelles littéraires du six mai 1939.
63 Ernest Prévost (1872-1952), fondateur de la Revue des poètes (1898-1939) et président de la Société des poètes français de 1939 à 1946. Voir le Journal littéraire au 26 mars 1931. On ne confondra pas Ernest Prévost avec son homonyme Marcel Prévost (1892-1941).
64 En plus d’Une Lecture par Émile Verhaeren, face à Félix Le Dantec, Francis Vielé-Griffin, Félix Fénéon, Henri-Edmond Cross, Henri Ghéon, André Gide et Maurice Maeterlinck, peinture d’un mètre quatre-vingt par deux mètres quarante exposée au Musée des Beaux-Arts de Gand, Théo Van Rysselberghe a donné au moins deux autres portraits, plus resserrés, d’Émile Verhaeren, dont un est propriété du musée d’Orsay (ici à droite), l’un ou l’autre se trouvant dans le bureau d’Alfred Vallette.

Deux portraits d’Émile Verhaeren par Théo Van Rysselberghe en 1915
65 Louis Dumur est mort fin mars 1933.
66 Gabrielle Vallette (1889-novembre 1984) a épousé Robert Fort (1890-1950), neveu de Paul Fort (fils de son frère Félix), au cours de l’été 1911. Il ne semble pas que le couple ait eu d’enfant mais dans le Journal particulier au 19 janvier 1937 nous lirons « [Marie Dormoy] arrivera avec le fils de son amie : Madame Fort-Vallette. » Gabrielle est aussi le prénom de la mère de Rachilde.
67 Marcel Constantin (1880-1949), ordonné prêtre en juillet 1914, curé de Saint-Sulpice en octobre 1926, chanoine honoraire en 1929.
68 Ces lignes sont écrites au matin du samedi 26 avril 2025, à l’heure où tous les médias d’Europe célèbrent les obsèques du Pape dans la plus grande ferveur, chefs d’États inclus et drapeaux en berne, et donc non sans un certain état d’agacement.
69 Il n’y a pas eu de mégarde. Sagesse a été publié en 1880 (daté 1881) à 500 exemplaires à compte d’auteur par un Verlaine sortant de prison et récemment converti au catholicisme. La Société générale de librairie catholique n’a pas cru devoir en assurer la diffusion et a fini par en vendre quelques exemplaires à Léon Vannier et pilonner le stock restant au lieu de le donner charitablement.
70 Voir notamment dans 17 ans en Danemark (Journal, tome II) la lettre à Rachilde datée de mai 1898 : « Rachilde, ma très-chère amie, votre belle et fort noble lettre me surprend et me touche à un tel point qu’il m’est assez difficile d’y répondre comme je voudrais. C’est vrai que j’avais dit à Vallette mon désir d’un article de vous sur le Mendiant [Le Mendiant ingrat, premier tome du Journal de Léon Bloy couvrant la période 1892-1895) paru au Mercure en 1898]. Mais quelques objections présentées par lui m’y avaient fait renoncer, et je n’y pensais plus. Jugez si votre consentement inattendu a pu me réjouir. / Il n’y a personne, dans l’horrible monde des plumes, dont le suffrage me soit aussi précieux que le vôtre. Pourquoi ? Parce que vous devriez être mon ennemie, et que vous ne pouvez me tendre la main sans devenir adultère à quelque démon… » Voir aussi au quatre juin de la même année, après la parution du texte de Rachilde dans une « Variété » du Mercure de juin : « Voici un livre et voici un homme. / Un trésor et un pauvre. / Le livre dépasse toute littérature. L’homme est en marge de la vie… »
71 Léon Bloy, Le Désespéré, Soirat 1886 mais Alphonse Soirat hésitant s’est fait griller par Tresse & Stock, qui bien qu’imprimant plus tardivement, a été le premier éditeur à vendre le livre, le quinze janvier 1887. Les deux éditions sont datées 1886.
72 Léon Bloy, La Femme pauvre, Mercure, printemps 1897, 397 pages.
73 Jean Soulairol (1892-1959), journaliste et poète.
74 Christiaan Cornelissen (1864-1942), homme de gauche et anarchiste néerlandais, auteur de plusieurs ouvrages économiques.
75 On se souvient du musicien Jean Poueigh (1876-1958), qui a mis en musique le drame lyrique en cinq actes de Pierre Hortala d’après le roman de Rachilde Le Meneur de Louves. Voir le Journal littéraire au sept janvier 1908 (et les pages retrouvées sans date à la fin de l’année 1907).
76 André Gayot (1876-1941), professeur (histoire ?), journaliste, Conseiller municipal de Paris de 1925 à 1929.
77 Alexandre Guinle (1884-1957), poète.
78 Ferdinand Lop (1891-1974), marseillais comique et touche-à-tout. Détesté des anti-Lop, son programme de candidat à l’élection présidentielle affirmait que « le char de l’état a besoin de la roue d’un Lop » et prévoyait l’octroi d’une pension à la femme du soldat inconnu. Ferdinand Lop a publié trois textes dans le Mercure de France.
79 Claude Roger-Marx (1888-1977), poète, critique, historien d’art et auteur dramatique.
80 Seymour de Ricci (1881-1942), égyptologue, historien d’art et bibliophile.
81 Paul Fuchs (1864-1940), avocat à la Cour d’Appel de Paris, journaliste, rédacteur au Figaro de 1905 à 1932, critique et auteur dramatique. Un portrait (désagréable) de Paul Fusch est dressé par Paul Léautaud le 18 décembre 1923.
82 Emmanuel Aegerter (1883-1945), poète, spécialiste des religions.
83 Gaston Picard (1892-1962), journaliste, poète et romancier, cofondateur, avec Georges Charensol du prix Renaudot en 1926, a écrit des ouvrages « sérieux » et obtiendra plusieurs prix de l’Académie française, mais également quelques choses plus légères, comme Le Grenier de dame Câline, Les Surprises des sens et Les Voluptés de Mauve évoqué dans le Journal littéraire au huit novembre 1922. Gaston Picard écrira également sous le pseudonyme de Myriam Mester dans le cadre, semble-t-il, d’une supercherie littéraire.
84 Peut-être Daniel Mornet (1878-1954), normalien, agrégé de lettres, historien de la littérature et critique littéraire. Daniel Mornet a été doyen de la faculté de lettres et directeur de la Revue d’histoire littéraire de la France de 1922 à 1945 et des Origines intellectuelles de la Révolution française, chez Armand Colin. Voir le Journal littéraire au dix juillet 1933.
85 Journaliste et écrivain Pierre Lagarde (1903-1959), a été directeur littéraire du quotidien Excelsior puis de La Dépêche de Paris.
86 Marcel Longuet, (1881-1949), écrivain, spécialiste de Villiers de l’Isle-Adam, dont il a bien connu le fils.
87 Ventura García Calderón Rey (1886-1959), né à Paris, fils de Francisco García Calderón, président provisoire du Pérou pendant la guerre du Pacifique. Sa famille retourne au Pérou à la fin de 1886 où Ventura García devient diplomate. On le retrouve en poste en Belgique en 1917 et ensuite en Suisse, en Pologne puis surtout en France où il sera délégué permanent du Pérou auprès de l’UNESCO. Ventura García Calderón est l’auteur d’une œuvre abondante, partiellement traduite en français, mais aussi rédigée directement en français. Il sera membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et recevra plusieurs prix de l’Académie française. Ventura García Calderón, critique littéraire à La Prenza de Buenos-Aires invitera Paul Léautaud à déjeuner le 24 mai 1929.
88 Nelly-Litta de La Montagnie (1879-1949), peintre américaine, a épousé en 1903 le peintre Robert Besnard (1881-1914, tué à l’ennemi). C’est par Litta Bensnard que Jean de Gourmont a rencontré Suzanne Baltazar, épousée en 1920.
89 Mélanie Ignard (1866-1951) a épousé en 1891 (secondes noces), moins d’un an avant sa mort, Richard Lesclide (1825-1892), dernier secrétaire de Victor Hugo.
90 Il s’agit de Marguerite Wallaert (1885-1965) seconde épouse, en 1915, d’André Fontainas, qui venait de divorcer, l’année précédente de la sœur d’André-Ferdinand Herold (note 45).
91 On a pu remarquer une similitude avec la liste donnée par la dernière page du Temps d’hier au soir, daté de ce deux octobre, notamment dans l’ordre d’apparition des noms, qui ne peut être fortuit. Cette liste a donc été relevée depuis le registre de condoléances disposé à l’entrée de l’église, ou au cimetière, proche de la tombe. On peut s’amuser à observer les lacunes et les ajouts, provenant évidemment des affinités des journalistes.
92 Nous retrouverons ce thème dans l’article que Georges Duhamel écrira dans Le Figaro du trois octobre.
93 Le Suisse Louis Dumur faisait partie de cette assistance.
94 Les Japy forment une dynastie industrielle (horlogerie, machines à écrire…) dont le nom remonte au moins au XVe siècle. Ils sont installés à Beaucourt, près de Montbéliard.
95 Térésa Marie Finsanne, née en 1862, a épousé en 1914 (troisième épouse) Jean Lecomte du Noüy (1842-1923), peintre et sculpteur.
96 Gilbert Baudinière (1883-1953) a ouvert sa librairie à la fin de la première guerre mondiale, avec un certain succès mais ses opinions politiques radicales le conduiront comme tant d’autres à des dérives condamnables sous l’Occupation.
97 Carlos Fischer (1870-1950), écrivain et journaliste alsacien.
98 Pierre-Paul Plan, érudit, spécialiste de Jean-Jacques Rousseau a tenu la rubrique des « Journaux » dans le Mercure en 1932-1933. Il est aussi traducteur de l’italien.