◄ Eugène Montfort I : 1905-1908
1909 — 1910 — André Gide et Remy de Gourmont — 1911-1912 — La guerre — 1919-1923 — Notes
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1909
Malgré l’échec du premier numéro — dans les histoires de La NRF on évoque avec pudeur un « faux départ » — Paul et Eugène continueront de ce fréquenter mais ne se donnent plus de Monsieur.
À Eugène Montfort
Paris le 26 janvier 1909
Mon cher Montfort,
Rassurez-vous. J’ai bien reçu votre première lettre et je vous remercie pour vos compliments sur les Poètes d’aujourd’hui. On voit bien que vous ne faites pas de vers.
Quant à aller vous voir, ce à quoi j’aurai grand plaisir, pas moyen en ce moment dans la semaine. Rien que le dimanche, et le dimanche n’est pas votre jour, je crois.
Il est dit que vous ne saurez jamais que me faire plaisir. Cela à cause de l’envoi des nouvelles Marges58.
Je vous serre la main cordialement.
P. Léautaud
Continuons la lecture du Journal :
Dimanche 31 Janvier
La soirée chez Montfort. Mauvaise soirée. Nous n’avions rien à nous dire. Terne au possible. Une demi-heure après moi, une petite femme, comme a dit Montfort, qui s’est amenée, n’a mis aucun intérêt.
Montfort voit de temps en temps Mirbeau. Il l’a vu avant-hier. Il m’a rapporté ce propos à mon sujet, par Mirbeau : « Léautaud n’aura que deux voix : la mienne et celle de Renard. » Montfort m’a aussi répété que Mirbeau m’aime beaucoup.
Montfort m’a encore demandé si je connais Mirbeau, dit que je devrais le connaître, aller le voir, pourquoi je ne le fais pas, que j’ai tort. Parlé aussi de Descaves. […]
Puis le onze février :
Ce soir, lettre de Montfort, qui insiste pour que je lui envoie quelques feuilles d’anecdotes pour ses Marges. À ma dernière visite, à notre rencontre au Banquet Saint-Pol-Roux59, déjà insisté. Comme si j’avais le temps de m’amuser à ces choses.
Eugène Montfort parviendra néanmoins à soutirer un « Mots et Anecdotes » de Paul Léautaud pour le numéro du quinze mars des Marges. Paul lui fait parvenir le 14 février :
Voici donc CELA. Rien d’extraordinaire, je vous l’ai dit. Si vous le gardez tout de même, — sinon retournez-le-moi — mettez un titre, court, simple. Moi je ne trouve que Échos ou Mots et Anecdotes60. Et comme vous me l’avez vraiment promis : chut !
Êtes-vous sensible à la mort des gens, une certaine mort ? Moi, l’image de ce malheureux Mendès61 roulant sous son train ne me quitte pas. Un joli train de mort qu’il a mené là !
Cordialement à vous.
P. Léautaud
Ce que l’on devine — ce que l’on sait — c’est que la charge est féroce au point qu’Eugène Montfort, pourtant libre de publier ce qu’il souhaite dans sa revue va demander à Paul des aménagements, demande à laquelle Paul Léautaud répondra favorablement le 17 février :
Montfort est venu me voir à 5 heures au Mercure, en sortant de la répétition générale du Beethoven de Fauchois62 à l’Odéon. J’ai eu beaucoup de peine à me dépêtrer de lui. Il est resté jusqu’à 6 heures. « Eh ! bien, vous ne descendez pas », me dit-il. Je ne voulais pas du tout partir avec lui. « Non, pas tout de suite. Dans un quart d’heure, vingt minutes. — Eh ! bien, je vais vous attendre quelque part, voulez-vous ? — Mon Dieu !… Où ? — Au café. Au Vachette63. — Vous savez, je ne vais jamais au café. Ce n’est pas non plus mon chemin. — Alors, nous ferons un tour. — Mon Dieu, mon cher, qu’est-ce que nous ferons dans la rue ? cela en riant, bon garçon, mais franc. — Alors, au revoir », m’a-t-il dit en me tendant la main, et il est parti, l’air un peu sec.
Le physique de Montfort me déplaît extrêmement. Commun, vulgaire, épais, de gros yeux ronds et fixes, et cette perpétuelle mine de dégoût. Il a pourtant écrit des choses très bien, légères, spirituelles, qui me plaisent beaucoup. Peut-on être différent à ce point de son œuvre !
À Eugène Montfort
Paris le 10 mars 1909
Mon cher Montfort,
Votre lettre me désole. Vous vous êtes absolument mépris sur mon ton. Vous voulez que je m’explique. C’est la chose la plus simple du monde. Je pourrais vous dire qu’une femme m’attendait. Vous me croiriez et seriez rassuré tout de suite, et vous prendriez en même temps une haute idée de moi. Mais ce ne serait pas vrai. La vérité, la voici, en style télégraphique, si vous le permettez. Après toute ma journée passée dans ce petit bureau que vous avez vu, sans air, chauffé au gaz, je me sens un grand besoin d’aller m’étendre un peu sur mon lit, comme, après avoir vu sans cesse des gens, de me trouver un peu seul. J’ai de plus — vous pouvez en rigoler tout à votre aise — une bonne bête de chat64 à qui je donne chaque soir la pâtée en sortant du Mercure. Il m’attendait, et j’étais gêné pour vous mettre de la partie. Vous voyez si tout cela est grave et combien il y a de quoi vous inquiéter. En tout cas, j’étais bien loin de vouloir vous être désagréable. Et je ne dis pas cela pour vous flatter. C’est pure logique. Vous n’avez jamais été que très charmant avec moi. Pour vous être désagréable, il me faudrait au moins l’ombre d’un motif. Elle me manque complètement.
Quant à mon caractère, il a peut-être beaucoup de « coquilles ». On me le dit quelquefois. Mais quoi ! Trente-sept ans de vie commune ! Il n’y a guère d’espoir que nous nous quittions maintenant. Et je rachète ça par tant de qualités.
J’espère que ce nuage à votre ciel est bien dissipé, à présent ?
C’est dans cette espérance que je vous serre la main, mon cher Montfort.
P. Léautaud
Dans son numéro du 26 mars, le Gil Blas reproduit, page une, colonne trois deux extraits de texte de la chronique de Paul Léautaud des Marges, les « quatorze vers » de Heredia et le « cordon en or » de François Coppée :

À Eugène Montfort
Paris le 1er avril 1909
Mon cher Montfort,
J’ai bien vu l’Écho du Gil Blas du 26 mars, avant votre lettre, et aussi celui du même Gil Blas du 29, après65. J’espère que vous êtes content.
Je commence à croire que les nouvelles Marges seront, comme les anciennes, un petit coin littéraire très intéressant. Des choses courtes, et qui toutes disent quelque chose, c’est très bien. Il n’y a qu’Edmond Sée, sur qui je perds décidément mes illusions. Veillez aussi aux fautes d’impression. Le malheureux vers faux dans le sonnet de Nerval !
Hirsch66 parle dans sa prochaine67 rubrique des revues de votre article sur la Poésie symboliste.
Cordialement.
Pour fêter ça, Eugène Montfort réunit toute l’équipe (trois personnes) au café des Artistes du onze rue Lepic (l’immeuble a été démoli depuis).
À Eugène Montfort
Paris le 6 avril 1909
Mon cher Montfort,
C’est entendu. Je serai des vôtres. Mais ne m’attendez pas chez vous, bien que j’eusse préféré ce moyen. Je ne sors du Mercure qu’à 6 heures. Il me faudra passer chez moi, je vous ferais attendre. J’irai directement rue Lepic — que vous aviez omis de m’indiquer.
Bien cordialement.
P. Léautaud
Mercredi 7 Avril
Ce soir, dîner au Café des Artistes, rue Lepic, sur l’invitation de Montfort. Nous devions être tous les collaborateurs des Marges ou presque tous. Nous nous sommes trouvés en tout Montfort, Vuillermoz68 et moi.
Montfort nous raconte ce qui suit, que lui a raconté Mirbeau. C’était au temps de la liaison de Mendès69 avec Augusta Holmès70, très belle, paraît-il. Mirbeau va chez Mendès pour le voir. Il frappe. Il entend un petit remue-ménage. Puis on ouvre : Roujon71 complètement nu. Mirbeau entre. Dans la première pièce, Mendès et Augusta Holmès, complètement nus aussi. Mirbeau : « Je me demande ce qu’ils pouvaient bien faire ainsi tous les trois, complètement à poil. »
Le Café des Artistes n’est pas du tout ce que je m’imaginais sur le titre.
La reprise des anecdotes de « H. B. » dans la presse incite évidemment Eugène Montfort à redemander des textes à Paul Léautaud qui, comme d’habitude, laisse traîner sans enthousiasmes comme dans cette lettre du premier juin 1909 :
Non, mon cher Montfort, je ne vous oublie pas, quoique sans grand entrain, car ces petites choses me prennent plus qu’elles ne le méritent. Je vais tâcher d’en retrouver quelques-unes et de les assembler. Il fait si chaud, que mon apathie ne connaît plus de bornes.
Bonne poignée de main.
P. Léautaud
Puis du neuf juin :
La presse où vous êtes m’embarrasse. Je n’ai rien pu faire tous ces derniers soirs, et me voilà depuis hier malade des dents — ma tuile de chaque année — et dans l’attente impatiente d’un rendez-vous de mon dentiste. Ne pouvez-vous vous passer de moi encore ? Vous savez, j’ai excessivement peu de temps pour travailler. Depuis trois ans que je lui immobilise de la composition, Vallette me presse pour mon livre, et il serait bien temps que je m’occupe de cela.
Accueillez cela avec cordialité, n’est-ce pas, en même temps que ma bonne poignée de main.
Puis le trente juin :
Non, mon cher Montfort, je ne viendrai pas vendredi. Pas moyen de prendre du plaisir en ce moment.
Je vous écris après avoir lu le dernier numéro des Marges. Un beau numéro, celui-ci. L’article de Marc Lafargue72 est très bien, il crée la sympathie pour son auteur. Je continue aussi à être très intéressé par la critique de Viollis73. J’ai lu il y a quelques jours, dans les Nouvelles74, un petit article de lui sur Gourmont. Un peu injuste, à mon sens, et pas cela du tout quant au sentiment de Gourmont sur son peu de réputation, mais un beau morceau — ce n’est pas mon avis à moi seul — et pour lequel il fallait un vrai talent.
[…]
J’ai bien reçu la Chanson de Naples75, dont je vous remercie, sans avoir encore pu la lire mieux que je ne l’avais fait en revue. Meilleures cordialités.
Les mois passent et les rapports s’espacent. Le 21 décembre 1909 Charles-Louis Philippe meurt. Journal littéraire de ce 21 décembre :
Ce soir, après-dîner, été chez Montfort pour bavarder de tout cela avec lui. Montfort absent.
Le lendemain visite mortuaire à la maison de santé76. De retour au Mercure, Il s’agit de rédiger un article. Des noms sont soupesés, refusés :
Pour l’article, on est à peu près décidé pour Bertaut77. Pour Frapié, Vallette objecte qu’il faudrait le lui demander et il ne veut rien demander. Morisse remarque en outre que ce serait introduire Frapié au Mercure et s’exposer à ce qu’il vienne ensuite pour autre chose. Vallette dit : « Il y a Montfort ?… » Je lui dis qu’un article de Montfort serait bien, mais que ce serait le même cas que pour Frapié. Montfort a essayé une ou deux fois d’écrire au Mercure. On lui a refusé ses manuscrits78. Lui prendre un article sur Philippe, ce serait s’attendre à le revoir après79.
En définitive l’article a été confié à Stuart Merrill, en ouverture du numéro du seize janvier.
Le lendemain de la mort de Charles-Louis Philippe, Paul Léautaud a très envie d’écrire quelque chose sur l’événement. Il s’en ouvre à Alfred Vallette, qui estime que ce serait redondant avec l’article de Stuart Merrill, Charles-Louis Philippe n’étant pas — selon lui — un personnage aussi important que ça… et ayant surtout écrit ailleurs. Alors Paul Léautaud pense à Eugène Montfort.
Journal littéraire à ce 23 décembre :
Été ce soir chez Montfort lui proposer pour Les Marges. Pas trouvé. Laissé quelques mots explicatifs sur ma carte, sans dire « mon sujet ».
Et c’est dans le Bestiaire, au 25 décembre (toujours 1909) que nous lisons :
Reçu ce matin lettre de Montfort me donnant rendez-vous demain soir Café de Flore.
Et le 27 décembre, dans le Journal littéraire, cette fois :
Vu hier soir Montfort. Entendu pour mon article sur Philippe. Je devais y travailler ce soir, de façon à le lui donner d’ici 3 ou 4 jours. Empêché par une histoire de bêtes.
Ce que Montfort m’a dit hier soir du Prix Goncourt et de Philippe, lanterné plusieurs années de suite par Descaves, notamment. Chaque année, pendant trois ou quatre ans, promesse formelle, et chaque année rien. Perpétuelle naïveté de Philippe, oubliant la déconvenue de l’année précédente et reprenant pleine confiance chaque année. Finalement profondément atteint de toute cette histoire, sentant combien le Prix lui eût été utile, en lui permettant de voyager, et de se renouveler, ce dont il sentait qu’il avait fort besoin.
Ce que Montfort me dit aussi à propos des Leblond quand il écrivit avec Philippe son article du Gil Blas assez contre certains membres de l’Académie Goncourt. Ils virent les Leblond. Ceux-ci les encouragèrent fort, les approuvèrent, et leur montrèrent même un certain manuscrit en train, le manuscrit d’un volume dans lequel ils racontaient force histoires et potins sur chacun des membres de l’Académie Goncourt. Depuis, ils n’en ont plus reparlé et le volume n’a jamais paru. Montfort serait fort curieux et je le comprends, de savoir ce qu’il y a eu au fond de tout cela. Pour lui, c’est bien surtout avec ce livre rentré que les Leblond ont eu le prix, plutôt qu’avec celui qu’ils ont publié.
Lucien Jean
Parlons d’un autre mort récent, Lucien Jean.
Lucien Jean (Lucien Dieudonné), né en 1870, est mort à la fin du printemps 1908, à 38 ans. Lucien Jean a été employé municipal puis dessinateur à la préfecture de la Seine ; écrivain prolétarien adhérent à la CGT, militant de tendances libertaires et, en 1904, fondateur du syndicat parisien des employés municipaux. Lucien Jean a exercé une grande influence sur Charles-Louis Philippe qui le prit à deux reprises comme modèle, pour Louis Buisson dans Bubu de Montparnasse et pour Lucien Teyssèdre dans Croquignole (Maitron).
Lucien Jean a écrit un court texte, une nouvelle, Un vieil homme, dans le Mercure du premier mars 1905 (pages 76-95) mais il est surtout connu pour être — après les Considérations, l’éditorial de Jean Schlumberger — le premier auteur publié dans deuxième numéro un de La NRF, avec sa nouvelle L’Enfant prodigue.

Lucien Jean en tête du premier numéro de La NRF de février 1909, suivi des Rivages, de Jean Croué, comédien proche de Jacques Coppeau, puis d’un texte de Michel Arnauld (note 49) et enfin la prépublication de La Porte étroite, dont il sera encore question ici.
1910
Le sept janvier 1910, Paul Léautaud écrit à Eugène Montfort.
Mon cher Montfort,
J’allais vous écrire. Je n’ai pas pu. Les préparatifs d’un déménagement m’ont arrêté80. Je m’y remettrai sitôt sorti de ce désordre. Ce sera pour les prochaines Marges, si vous dites toujours oui.
J’ai parlé tout de suite à Vallette de votre offre. Il m’a fait la réponse que j’attendais. Aucune décision ne lui appartient pour le livre de Lucien Jean81. C’est Philippe et Georges Valois82 qui le lui ont apporté. C’est Philippe qui devait écrire la préface. Lui mort, on ne sait plus rien. Vallette attend. C’est Georges Valois qui a tous les pouvoirs d’usage, à lui donnés par la veuve83 de Lucien Jean. Écrivez-lui (Nouvelle Librairie Nationale, 85, rue de Rennes84). Il acceptera certainement. Une préface signée de votre nom vaudra mieux pour l’ouvrage qu’une de lui, plutôt inconnu et écrivain purement politique.
Grandes cordialités.
Dans Le Monde du trente avril 1960, l’excellent Robert Coiplet rend compte d’une réédition de Parmi les hommes :
De temps à autre des esprits qui lui sont fidèles cherchent à rappeler le souvenir de Lucien Jean. C’est ce que vient de faire M. Georges Haldas, qui réédite Parmi les hommes pour le compte d’une maison d’édition de Lausanne. Parmi les hommes est le titre que l’on avait donné en 1910 au recueil de pièces variées réunies après sa mort par les amis de Lucien Jean. Georges Valois en avait fait la notice. Celui-ci était alors un homme d’extrême droite, et M. Haldas le donne en témoignage de l’admiration désintéressée qui entourait la mémoire de Lucien Jean, qui, lui, était un écrivain du peuple.
Lire la suite sur le site web du Monde.
André Gide et Remy de Gourmont
Dans Les Marges de mai 1910, à propos d’un article d’André Gide sur le Catherine de Médicis de Balzac, Eugène Montfort publie un texte, « Gide contre Gourmont » dans lequel il accuse André Gide de s’être livré « à une défense passionnée de Calvin85 ». Eugène Montfort suggère à Remy de Gourmont de protester. L’affaire est minuscule et à ce titre rarement traitée dans l’histoire de la littérature. Profitons de l’occasion.
Journal d’André Gide au 24 avril 1910 :
Je tentais de montrer dans cet article combien le scepticisme négateur de Remy de Gourmont était néfaste à l’œuvre d’art. M. Montfort propose à M. de Gourmont de riposter « en montrant de son côté comment l’esprit protestant peut être également ruineux et nocif pour l’œuvre d’art ».
Il faut savoir qu’André Gide est un ancien collaborateur du Mercure dans lequel il a écrit cinq ou six textes à la fin du siècle. Remy de Gourmont y était, parmi les fondateurs du Mercure, la figure majeure, tutélaire, bien plus importante, littérairement, qu’Alfred Vallette qui n’y tenait qu’un rôle de gestionnaire avisé.
Comment se sont déroulés les rapports — s’ils ont existé — entre les deux hommes, le diplomate André Gide étant le cadet de onze années du brutal et écorché Remy de Gourmont ? Quelle qu’aient pu être les relations entre ces deux fortes personnalités, André Gide ne serait sans doute jamais parvenu à se faire une place confortable au Mercure. Ce que nous lisons dans son Journal montre un froid certain… ce qui éclaire la lettre ci-après.
À Eugène Montfort
Paris le 30/5/1910
Mon cher Montfort,
Excusez-moi donc je vous prie auprès de M. André Billy86 de n’avoir pas répondu à son enquête87. C’est très gentil à lui d’avoir pensé à moi. Je soupçonne d’ailleurs qu’il n’y a pensé que sur votre indication88. En tout cas il n’était pas un inconnu pour moi et je lis régulièrement depuis que le bulletin Rey89 paraît ses intéressantes critiques. Pour en revenir à l’absence de ma réponse en voilà la raison. Je suis depuis le 7 avril au lit90. Quand la lettre de M. Billy m’est parvenue j’étais sous la défense absolue de lire et d’écrire. C’est même cela qui m’a empêché quelques jours avant de vous envoyer pour les Marges une lettre au sujet du sot article de Gide sur Gourmont91. J’ai d’ailleurs vu que vous l’aviez réfuté d’excellente manière encore que trop douce à l’égard de Gide92.
J’avais aussi commencé pour me distraire quelques pages H. B., j’ai dû pour la même raison les interrompre.
Sur toutes ces bonnes nouvelles je vous serre la main cordialement.
P. Léautaud
Est-ce les fréquentations qui s’estompent ou les notes de Paul moins détaillées ?, toujours est-il que nous n’avons plus de nouvelles d’Eugène Montfort dans le Journal. Heureusement qu’il y a la correspondance. Nous sommes le 29 septembre (1910), Eugène a pris des vacances et rédigé des notes.
À Eugène Montfort
Paris le 29 septembre 1910
Heureux homme, qui a des souvenirs de voyage !
J’ai fait votre commission.
Voici la réponse de Vallette, presque littérale :
Chaque année, à la rentrée des vacances, nous sommes assaillis par les gens de la maison qui rentrent de voyage et qui veulent publier leurs impressions. Comme nous ne pouvons les satisfaire tous, et comme nous ne voulons mécontenter aucun, nous préférons refuser à tout le monde. Accepter d’un, en effet, ce serait nous exposer à voir tous les autres accourir pour réclamer.
J’ai repris mon train de vie, en effet, ma belle vie ! J’achève en ce moment de pâlir sur le prochain Bulletin de Nouveautés du Mercure. C’est un ouvrage passionnant !
À vous, bien amicalement.
P. Léautaud
Le deux novembre, c’est Paul, qui s’est mis au travail :
Mon cher Montfort,
J’ai réuni quelques anecdotes et propos H. B. Environ la matière de 4 ou 5 pages des Marges93. Avez-vous une place dans le prochain numéro ?
À vous bien cordialement.
Le dix novembre, Paul confirme :
Voici mes feuillets, avec mes remerciements pour vos bonnes dispositions à mon égard.
Recevez-vous le Mercure ? Il y aura dans le prochain numéro une lettre de moi à propos des procédés de Thomas94. Nombre de gens, par-derrière, en disent pis que pendre, et lui font, par-devant, toutes sortes d’amabilités. Je n’ai pas ce talent de société. Ce qu’il appelle son cynisme ne m’en impose pas, et je me moque de ses louanges comme de ses critiques. Je lui ai dit, de vive voix, avec politesse, que je le considérais comme un filou, et que je publierais là-dessus une lettre dans le Mercure. Il va l’avoir. Tout ce qui m’ennuie, c’est la perte de ma sorte de masque95, si léger qu’il pût être. C’est beaucoup de liberté en moins, et je ne trouve pas de moyen de rattraper cela. (Si vous en trouvez un…) Ma lettre signée H. B. n’avait en effet pas de raison pour être dans le Mercure, où elle sera pourtant plus sensible à Thomas, et produira mieux son effet, si elle en doit produire un. C’était le point à tenir compte. En définitive, c’est moi qui suis roulé.
À vous, bien amicalement.
Puis le 28 novembre, dans le Journal :
Le pauvre Montfort. Quel garçon délicat, galant et soignant ses relations. À propos d’une anecdote sur Aurel, propos de Mariéton96, dans une deuxième série que je lui ai donnée97 pour les Marges, il m’avait déjà demandé, quand je suis allé le voir chez lui il y a huit jours, de la supprimer. J’avais tenu bon et il s’était résigné. Voilà que je reçois ce matin une lettre de lui où il redemande la suppression. Si ce n’était le petit morceau Legrand-Chabrier qui m’amuse à publier, ce que je lui aurais redemandé mes papiers !
Ça donnera ceci :
À Eugène Montfort
Paris le 1er décembre 1910
Mon cher Montfort,
Puisque vous y tenez tant, supprimez le passage Aurel. Seulement…
Quand vous m’enverrez les épreuves, ayez l’obligeance de me dire comment cela tombe comme page finale. Cela pour que je sache si je puis ajouter environ six lignes au morceau Toussaint.
Comme titre, je vous prie :
Mots
Propos et Anecdotes
et comme signature : P. L.
À vous cordialement.
Puis :
À Eugène Montfort
Paris le 6 décembre 1910
Mon cher Montfort,
Excusez mon retard. Réflexion faite, les six lignes en question n’ont aucun intérêt.
Réfléchissez bien avant de prendre un chien […].
À vous
P. Léautaud
Après quelques phrases anodines où le nom d’Eugène Montfort apparaît incidemment, un an est passé.
1911-1912
Jeudi 30 Novembre [1911]
J’ai remis ce matin à Vallette une série de mots et anecdotes H. B. Au Mercure, au moins, ces petites choses me rapporteront quelque argent. Tant pis si Montfort se plaint98.
Six mois passent encore, nous voici à l’été.
Lundi 7 Juillet
Billy nous avait annoncé, il y a quelques jours, la Croix pour Eugène Montfort, dans la distribution à propos du soixante-quinzième anniversaire de la Société des Gens de Lettres. Croix qu’il n’avait pas demandée, qui lui était offerte. Les journaux publient ce matin les nominations. Pas d’Eugène Montfort. Seulement cette note dans L’Intransigeant d’hier soir99 :
« C’est un jeune littérateur, d’ailleurs charmant et plein de talent, qui devait être compris dans la promotion des “Noces de diamant”. Mais il avait écrit, voilà sept ans, un roman assez osé100. Le Conseil de l’Ordre s’en est souvenu. Et le jeune littérateur doit encore attendre. »
Voilà qui fixe le mérite des nouveaux décorés, je parle des chevaliers. Les autres, les montés en grade, c’est de la décoration automatique. Ah ! Montfort a osé écrire un roman un peu osé. Voyez-vous cela ? Eh ! bien, pas de croix, mon garçon. La croix est faite pour les bons élèves, pour les écrivains qui n’ont jamais rien cassé, qui ont écrit des choses bien sages, bien douces. Marcel Batilliat101, par exemple, qui figure dans le nombre des Chevaliers. En voilà un qu’on ne peut accuser d’avoir écrit quoi que ce soit d’un peu osé. On se demande même s’il a jamais écrit quelque chose, tant, écrire à sa façon, équivaut à ne rien écrire.
La guerre
Nous avons pris l’habitude de très longues lacunes dans le récit des rapports de Paul Léautaud avec Eugène Montfort. Dans le récit parce qu’il est certain qu’ils ont entretenu des relations plus serrées que ce que nous avons pu lire.
Et puis, après ce juillet 1912, plus rien avant février 1916 dans une lettre à Guillaume Apollinaire datée du quinze février 1916, que l’on trouve dans le Choix de pages de Paul Léautaud réuni par André Rouveyre pour les éditions du Bélier en 1946 :
Cela seul a du prix pour moi : vous revoir. Savez-vous que je pense déjà à ce dîner que j’espère bien que nous ferons ensemble, vous, Billy, Montfort et moi, quand cette affreuse histoire sera finie. Je reverrai Cros102 aussi. Il manquera, hélas ! j’en ai bien peur, le pauvre du Fresnois103, tombé quelque part obscurément, « disparu » comme on dit, lui qui me plaisait tant aussi…
Un an et demi plus tard, le 27 juin 1917 :
Morisse me raconte que Mme Mirbeau104 a écrit à Vallette une lettre pour se plaindre de l’article de Montfort sur Mirbeau, paru dans l’avant-dernier Mercure105. Elle a aussi écrit à Montfort pour lui reprocher106, que, pour des raisons politiques, il ait cru devoir dire ceci, ou cela. Il paraît que Montfort, en disant qu’il avait eu envie de répondre à Mme Mirbeau, a esquissé ainsi le début de la lettre qu’il aurait écrite : « J’ai bien reçu la lettre de Gustave Hervé que vous m’avez envoyée… » Ç’eût été délicieux comme réplique107.
1919-1923
À Eugène Montfort
Paris le 21 février 1919
Mon cher Montfort,
Voulez-vous accepter pour les Marges quelques Mots, Propos, etc., la valeur environ de deux de vos pages. Je vous préviens que comme toujours cela n’a rien de bien sensationnel108.
Amitiés.
P. Léautaud
Vous savez que vous me faites grand plaisir en me continuant le service. Il y a longtemps que j’aurais dû vous remercier.
À Eugène Montfort
Paris le 26 février 1919
Mon cher Montfort,
Voyez comme c’est drôle ! Ma lettre vous offrant ces notes est restée deux jours sur ma cheminée tant j’hésitais, doutais, etc., etc. Et voilà que vous ne les trouvez pas si mal et me le dites ! J’ai eu ce matin avec votre mot un petit plaisir que je n’ai pas souvent.
Amitiés.
P. Léautaud
Mercredi 26 Février [1919]
Envoi de quelques Propos, Anecdotes, etc., à Eugène Montfort pour les Marges, après bien de l’hésitation sur leur intérêt. Le plaisir que me donne son accusé de réception ce matin.
Un an passe mais les débris d’une guerre sont longs à se consumer…
Mardi 6 Avril [1920]
Aujourd’hui, à midi, au Mercure, grande surprise et grand plaisir de la visite de Marie Laurencin, pas vue depuis quelque temps avant la guerre, qu’elle a passée en Espagne, mariée avec un Allemand109, d’avec qui elle divorça, lors de sa rentrée en France. Elle110 paraît décidée à vivre en Allemagne. La France lui est maintenant insupportable. Ce qu’elle avait laissé à Paris, tout ce qui lui venait même de sa mère, a été séquestré et vendu sans ménagements. Elle a eu à essuyer même de certains amis, les choses les plus désagréables. Montfort, par exemple, au début de la guerre, a éprouvé le besoin de lui écrire pour lui demander si décidément elle allait rester avec son mari, et prendre ainsi le parti du loup allemand contre l’agneau français. […] Tous ces gens ont été décidément bien bêtes à un certain moment. Je dis cela surtout pour Montfort[…]
L’année passe, nous sommes en 1921, le 22 janvier :
J’ai dîné hier soir vendredi, dans un petit restaurant de Montmartre, avec Montfort et Billy. Je m’en faisais une fête. Ce n’a pas été drôle du tout. Billy, lui, parle, bavarde, s’abandonne, Montfort parle à peine. Il est le type de l’écrivain qui n’offre rien d’intéressant, ou presque, sorti de ses livres.
Au début de 1922 (une année encore) le romancier Pierre Billotey111 fait paraître à la Bibliothèque des Marges, Les Grands Hommes en liberté. Aventures curieuses de nos plus célèbres contemporains. René Bazin, Louis Bertrand, Paul Bourget, Henry Bordeaux, Eugène Montfort, Maurice Donay, François de Curel, André Gide, Sacha Guitry, Francis Jammes, Frédéric Masson, Pierre Louÿs, François Porché, L’Académie française, L’Académie Goncourt. On trouve encore facilement de nos jours, des exemplaires de cet ouvrage, daté de 1922 ou 1923 pour une trentaine d’€uros. Paul Léautaud est sur la liste, il reçoit le sien et remercie l’auteur le 22 février, ce qui nous démontre une fois de plus que si Paul a horreur d’écrire des lettres de remerciement, il fait ça très bien.
J’espère bien que votre petit livre112 les Grands hommes en liberté a du succès. Je vois partout qu’on en parle avec éloges. Il le mérite et j’ai relu, c’est absolument vrai, les portraits qu’il contient, avec grand plaisir et grand amusement. Vous savez vous moquer des gens, mettre en valeur leur côté fourbe, et inventer comme prétexte, des histoires, ma foi ! fort vraisemblables. Ce n’est pas d’aujourd’hui que je trouve tout cela très bien et Montfort a dû vous répéter ce que je lui ai dit une ou deux fois, après vous avoir lu dans les Marges. Vous ne m’auriez pas envoyé si gentiment votre petit livre, ce dont je vous remercie, que je n’en aurais pas moins grand plaisir à vous faire tous mes compliments pour l’agrément que je vous dois.
Avec mes sentiments les meilleurs.
P. Léautaud
Une semaine après, le 22 février :
Tantôt visite de Gide.
[…]
Il m’a aussi cité l’exemple de Montfort, qui ne manque pas de ramasser dans les Marges les moindres plaisanteries qu’on fait contre lui, Gide. En quoi il a raison et je lui ai dit mon étonnement quand je vois Montfort user de ces petites moyens, qui ne sont plus de la critique ni de la discussion littéraire, mais des propos de petit journal charivaresque un peu déplacés à l’endroit d’un écrivain comme Gide. Il m’a dit là-dessus : « Vous n’en connaissez pas la raison ? Mais nous avons dû l’évincer de la Nouvelle Revue française. Il ne nous le pardonne pas. » J’aurais bien voulu savoir les détails de cette affaire.
Le lecteur habituel de léautaud.com les connaît bien.
Lundi 10 Avril [1922]
Montfort a beaucoup fait pour créer une jurisprudence pour la prorogation de loyer commercial pour les gens de lettres. Il a plaidé pour son compte. Il a rédigé une sorte de rapport pour Barthou113 en vue de la discussion de la loi. Enfin, il s’est occupé de cette affaire. L’amusant c’est que, locataire dans la maison qu’il habite rue Chaptal, il est d’un autre côté propriétaire d’une maison boulevard Montparnasse. Il a là comme locataire un peintre, qui entend jouir de la prorogation commerciale. Montfort prétend la lui refuser et plaide contre lui.
Lundi 15 Janvier
Montfort a organisé, au Cercle de la librairie, une série de conférences littéraires destinées à faire l’éducation des commis libraires. Il est venu me demander tantôt de faire une Conférence sur Stendhal. Je n’aurais pas été pris par le travail de ma chronique, et il se serait agi d’aller faire cette conférence ce soir, j’aurais dit oui, dans la petite excitation d’esprit que cela me donnait. La conférence doit durer une heure et je sais et pense assez sur Stendhal pour parler sur lui pendant une heure, mais la conférence n’était pas pour ce soir. Elle est pour un de ces jours. Je me connais. Mon excitation sera tombée. Je ne verrai plus là qu’une corvée difficile. Sans compter ma timidité pour parler ainsi devant des gens. J’ai donc dit non à Montfort. C’est encore une occasion de gagner de l’argent que je manque, par-dessus le marché. Cette conférence d’une heure est payée 500 francs et on demande de plus, si cela convient au conférencier, d’aller la répéter en Belgique, pour 300 francs, voyage payé.
Jeudi 1er Février [1923]
Visite de Montfort à mon bureau. Nous parlons du Prix Goncourt, de Béraud114 et de la merveilleuse tactique employée par ses « mousquetaires », Deffoux115 notamment. Montfort me parle de toutes les notes, de tous les échos passés çà et là par Deffoux en faveur de Morand116 et dans lesquels il assurait que c’était lui qui aurait le prix, que la majorité des voix lui était assurée, qu’aucun candidat n’était en aussi bonne posture, etc., etc. Après tout cela, Deffoux dit un jour à Montfort : « Maintenant, je suis bien sûr qu’il ne l’aura pas. » Montfort avait lu aussi des notes de Deffoux très aimables sur le livre de Marmouset117 : Au lion tranquille. « Je trouvais cela très gentil, me disait Montfort, surtout que le livre le méritait. Quand Deffoux m’eût découvert sa tactique pour Morand, j’ai compris. Je me suis dit : « C’est le même truc. »
Et après février, octobre…
Mardi 23 Octobre
Les écrivains qui approchent aujourd’hui de la quarantaine, comme Billy, comme Paul Lombard118, et qui travaillent et ont toujours travaillé dans les journaux, n’ont rien lu, ne connaissent rien, n’ont aucune culture littéraire. Montfort a publié dans le dernier numéro des Marges, en tête, comme il fait chaque fois, avec des textes d’écrivains du passé, quelques Maximes de Rivarol119. Paul Lombard les reproduit aujourd’hui dans L’homme libre comme une nouveauté120. On sent que c’est pour lui une découverte. Montfort, lui, est un esprit cultivé, un véritable amateur de lettres. On sent qu’il doit faire ses délices de certaines vieilles lectures, et il a toujours un goût parfait, — contraste auquel je pense toujours quand je le vois, d’aspect physique si vulgaire. Je me rappelle qu’un jour que Montfort avait mis en tête d’un numéro des Marges des vers de Montchrestien121 et comme nous en parlions, Billy dit une telle bêtise qu’il montra qu’il le prenait pour un jeune poète débutant d’aujourd’hui. Je me demande ce que doit être l’ignorance d’écrivains comme Dorgelès, Carco, Machard, dont la littérature a si peu de race et si peu de finesse.
Après avoir écrit seize chroniques dramatiques dans La NRF, Paul l’a quittée parce qu’on lui refusait en l’état une chronique défavorable à Jules Romains, auteur maison. Deux semaines plus tard, ce même texte paraissait dans l’hebdomadaire Les Nouvelles littéraires. Pour des raisons plus sinueuses, la chronique du vingt octobre 1923 des Nouvelles littéraires a été la dernière.
Journal littéraire au 28 novembre :
Ce qu’il y a d’amusant, c’est que tous les gens qui viennent me voir au Mercure, depuis qu’il n’y a plus rien de moi dans Les Nouvelles et qu’on en parle dans les petits milieux littéraires, me disent : « Parlez-nous un peu de Maurice Martin du Gard122 », ce qui veut dire : « Amusez-nous un peu à ses dépens. » Montfort aujourd’hui par exemple. Il m’a dit cela sitôt entré et s’est assis dans l’espoir que j’allais lui raconter mille choses plaisantes. Je commence à avoir par-dessus la tête de cette histoire et de raconter sans cesse les mêmes choses. Je n’ai rien dit.
J’ai encore fait cette constatation avec Montfort. Il ne dit jamais rien et veut toujours faire parler les autres. On ne sait pas si c’est manque d’esprit et de don de conversation, — ou adresse. Il est ainsi partout et avec tout le monde. Ce qui fait que sa société n’est pas très amusante.
Notes
La numérotation des notes continue la numérotation de la page précédente.
58 Dans la rubrique des « Revues » du Mercure du premier mars, Charles-Henry Hirsch signale : Les Marges (janvier) reparaissent. Il y aura six fascicules par an. M. Eugène Montfort, qui, on s’en souvient, rédigeait seul cette « gazette littéraire », en ouvre désormais les pages à quelques-uns de ses amis de lettres. Dans ce premier numéro, Mme Louise Lalanne écrit élégamment sur « la littérature féminine », M. Vuillermoz fait, pour la musique, un « relevé de compte annuel ». Il y a d’exquises proses de M. Georges Delaw, le dessinateur, une remarquable chronique de M. Edmond Sée à propos du Foyer, et une fantaisie charmante de M. E. Montfort : « la Boîte à deux sous ».
59 Ce banquet s’est tenu le six février à la brasserie Grüber du quinze bis boulevard Saint-Denis, qui sera longtemps, au XXe siècle, un magasin Gibert-Jeune.
60 « Mots et Anecdotes » paraîtra dans Les Marges du quinze mars 1909 sous la signature de H. B., vraisemblablement en hommage à Stendhal. Ce numéro des Marges est introuvable en juillet 2025, date à laquelle ces lignes sont écrites. Le texte n’a pas été repris dans Passe-Temps. Il se trouve que le triste Louis Thomas (1885-1962) a, sans vergogne, largement plagié ce texte dans son ouvrage En Marge de la littérature (Meissen 1910). Une protestation de Paul Léautaud face à ce plagiat est parue dans les « Échos » du Mercure du seize novembre 1910 (pages 379-382). L’intérêt de cette protestation est qu’elle nous donne de larges extraits du texte, constitué d’anecdotes connues des lecteurs du Journal, comme « J’ai la gueule de Jules bois » (fin de la journée du 22 octobre 1908), celle des « quatorze vers » entre Moréas et Heredia (22 décembre 1906), l’utilisation de la statue du Chevalier de la Barre par Léon Bloy (18 novembre 1908), La « poésie de concierge “avec un cordon en or” » de François Coppée (26 mai 1908), les cinquante louis empruntés à au peintre Lucien Métivet par Catulle Mendès (9 février 1909), une opinion d’Armand Nisard (1841-1925), ambassadeur auprès du Vatican (2 février 1909).
61 Voir « La Mort de Catulle Mendès »
62 René Fauchois (1882-1962), auteur dramatique et comédien, librettiste. Beethoven, drame en trois actes et en vers. Il s’agit ici de la création par Antoine, avec Maxime Desjardins dans le rôle de Beethoven et Madeleine Barjac dans celui de Thérèse.
63 « Pendant le Premier Empire le café Vachette, à l’angle du boulevard Saint-Michel et de la rue des Écoles, s’appelait alors Café des Grands hommes. À partir de 1880 il est devenu le lieu de rendez-vous de la bohème, de tous les étudiants rêvant de devenir journalistes, écrivains ou poètes. L’un des nombreux cafés littéraires qui fleurissaient dans la capitale. » (Luc Bihl, Des tavernes aux bistrots : histoire des cafés). Dans La Terrasse du Luxembourg, André Billy décrira le café Vachette page 229. Voir également Antoine Albalat : Trente ans de quartier latin — nouveaux souvenirs de la vie littéraire (SFÉLT 1930, 189 pages) dont un extrait paraîtra dans le Mercure du 15 avril 1930, page 336. De nombreux cafés, boulevard Saint-Germain, sont bien plus proches du Mercure.
64 Boule.
65 Peut-être en quatrième colonne de une, sous le titre « mots de vieillards », à propos de Maxime Du Camp. Le nom des Marges n’est pas cité mais on évoque un H. B.
66 Charles-Henry Hirsch (1870-1948), poète, romancier et dramaturge, responsable, au Mercure, de la rubrique des « Revues » depuis 1898, en même temps qu’il était employé de banque jusqu’en 1907. C.-H. Hirsch est aussi un auteur de romans populaires ou naturalistes, comme son célèbre (à l’époque) Le Tigre et Coquelicot de 1905 chez Albin Michel, ou licencieux comme Poupée fragile, chez Flammarion en 1907. En 1910, il a été un des défenseurs des Fleurs du mal. Charles-Henry Hirsch est l’un des auteurs Mercure les plus prolifiques avec 792 textes, d’août 1892 à décembre 1939. Il est aujourd’hui essentiellement connu comme l’auteur du scénario du film Cœur de lilas (Anatole Litvak 1931) avec Jean Gabin. On ne confondra évidemment pas Charles-Henri Hirsch avec son homonyme Louis-Daniel Hirsch, administrateur de la NRF.
67 Dans le Mercure du seize avril, page 705 : « Dans Les Marges (mars), M. Eugène Montfort fonce vigoureusement sur le Symbolisme. Cet écrivain fut des premiers, en sa qualité de « naturiste », à attaquer le symbolisme quand les chroniqueurs d’alors avaient cessé de lui décocher leurs traits… »
68 Peut-être Émile Vuillermoz (1878-1960), compositeur et critique musical, surtout connu pour son Histoire de la musique (1949) paru en livre de poche en 1958 et constamment réédité.
69 Mendès, Augusta Holmès et Roujon ne figurent pas dans l’édition papier du Journal littéraire et ont été restaurés ici depuis le tapuscrit de Grenoble.
70 Catulle Mendès a épousé en 1866 Judith (1845-1917), fille de Théophile Gautier. Augusta Holmès a été sa maîtresse l’année suivante. Toujours marié Catulle s’est séparé d’Augusta en 1886 après qu’elle lui ait donné cinq enfants.
71 Il ne peut s’agir du journaliste Jacques Roujon (1884-1971), trop jeune. Il s’agit plus vraisemblablement d’Henry Roujon (1853-1914), haut fonctionnaire au ministère de l’Instruction publique. D’abord secrétaire dans le Cabinet de Jules Ferry en 1891 il deviendra son secrétaire particulier puis directeur des Beaux-arts en 1891. Élu membre libre de l’académie des Beaux-arts en 1899, il en devient le secrétaire perpétuel en 1903. Henry Rougeon sera élu à l’Académie française en 1911.
72 Note de Marie Dormoy : « La Poésie : Emmanuel Delbousquet, les Marges, 15 mai 1909. »
73 Il est peu vraisemblable qu’il s’agisse d’une critique du roman de Jean Viollis Monsieur Le Principal, paru il y a plusieurs mois et « goncourable » en 1908 ; on peut donc penser qu’il s’agit de la critique d’un livre par Jean ou Andrée Viollis.
74 Dans la Correspondance générale, Marie Dormoy indique par distraction « Les Nouvelles littéraires. » ce qui est évidemment impossible, cet hebdomadaire n’ayant paru qu’en 1922. Le seul journal possible semble être Les Nouvelles, quotidien du soir paraissant à Alger, que le Mercure reçoit peut-être. Le délai d’acheminement par bateau de ce quotidien rend la date de parution très incertaine.
75 Eugène Montfort, La Chanson de Naples, Fayard 1909, collection « Les inédits de modern-bibliotheque », 128 pages.
76 Pour les détails de cette visite voir la page « La Mort de Charles-Louis Philippe ».
77 Jules Bertaut (1877-1959), écrivain, historien et conférencier.
78 Eugène Montfort écrira quelques textes pour le Mercure entre 1912 et 1918, essentiellement des prépublications de trois de ses romans : Les Noces folles (Grasset 1913), La Belle-enfant ou l’amour à quarante ans (Fayard 1918) et Cécile ou l’amour à dix-huit ans, qui ne paraîtra qu’en 1929, chez Fayard.
79 Malheureusement pour la camaraderie liant Paul Léautaud et Eugène Montfort, cette page du Journal paraîtra dans Passe-Temps en février 1929 et Eugène Montfort sera même destinataire d’un exemplaire. Ces lignes condamneront leur relation.
80 Paul quitte (seul) l’appartement de la rue Rousselet qu’il partageait avec Blanche pour s’installer rue Jules-Chaplain (alors nommée passage Stanislas).
81 L’idée est de rassembler les contes et nouvelles de Lucien Jean et quelques essais en un volume, qui aura pour titre Parmi les Hommes et qui sera publié au Mercure cette année. De nos jours aucun exemplaire n’est en-dessous de cinquante €uros. Les nouvelles ont pour titre : Petits caractères — Petits gens de la cité — Notes — Carnet de route — Le romantisme nietzchéen. La courte nécrologie de Lucien Jean est parue dans les « Échos » du Mercure du seize juin 1908, page 765, reconstituée ci-dessous :

82 Georges Valois (Alfred-Georges Gressent, 1878-1945), homme politique. D’origine paysanne et ouvrière, orphelin de père, Georges Valois se fourvoie très tôt, pensant que les mouvements de droite mettront en œuvre les réformes économiques et sociales qui permettront l’essor de la classe ouvrière, préfigurant en cela certaines idées politiques du début du XXIe siècle. Le 12 février 1940, Paul Léautaud écrira à Jean Paulhan : « Il y a nombre d’années que Parmi les Hommes n’est plus au catalogue du Mercure. Donc, l’ouvrage est libre. C’est Georges Valois qui est en quelque sorte l’héritier littéraire de Lucien Jean. »
83 En mars 1893, Françoise Archambault, couturière née en 1874, a épousé Lucien Jean et lui a donné deux enfants.
84 La Nouvelle Librairie nationale, 85 rue de Rennes était la maison d’édition de l’Action française. Georges Valois en prendra la direction en 1912.
85 Ce numéro des Marges étant inaccessible cet été 2025, la référence utilisée ici est le Journal d’André Gide au 24 avril 1910 (Pléiade d’Éric Marty, Gallimard 1996, page 635).
86 Première mention d’André Billy (1882-1971), qui n’apparaîtra pas dans le Journal avant un an, le 10 mai 1911. Le quatre décembre 1950, en ouverture des Entretiens avec Robert Mallet, André Billy dira avoir rencontré PL « pour la première fois en 1908 dans une librairie du boulevard des Italiens. » André Billy ajoute « C’est seulement deux ou trois ans après que je me liais avec lui au Mercure de France […] En ce temps-là, c’était dans les années 1911, 1912, 13, 14… j’allais tous les jours au Mercure de France, je m’asseyais en face de Léautaud dans son bureau du premier étage, et là, pendant deux heures, quelquefois davantage, j’assistais à la comédie que Léautaud se faisait un plaisir de me donner en se moquant de tous les collaborateurs qui successivement venaient prendre leur courrier dans les casiers garnissant les murs. Léautaud était déjà très impertinent, très drôle, plein de saillies parfois cruelles, qui n’excluaient pas une politesse d’ancien style où se faisait sentir je ne sais quel parfum de la Comédie-Française ». Dans sa chronique dramatique de juin 1919, Maurice Boissard dressera un portrait d’André Billy.
87 Peut-être l’enquête sur « l’évolution actuelle du roman » mais à l’époque les enquêtes littéraires étaient permanentes.
88 Dans ces mêmes entretiens (note 86 ci-dessus), André Billy dira « C’est par Eugène Montfort, que j’ai appris à admirer le talent de Léautaud. »
89 André Billy publiait des articles critiques dans l’Écho littéraire de la librairie d’Eugène Rey, évoquée au tout début de la première page sur Eugène Montfort. Chez Eugène Rey vient de paraître Paris vieux et neuf (rive gauche), trois-cents dessins de Charles Huard et textes d’André Billy (300 pages).
90 Le 19 mars, Paul, séparé de Blanche depuis la mi-janvier, a levé une prostituée boulevard Raspail et l’a faite monter chez lui, passage Stanislas. Le 24 mars il écrit : « La jolie Thérèse de samedi soir m’a rendu malade. J’ai commencé à m’en apercevoir mardi soir. »
91 André Gide « L’amateur de M. Remy de Gourmont », en ouverture de La NRF d’avril 1910 (page 425).
92 Dans Les Marges de mai. André Gide dans son Journal op. cit., donne un paragraphe du texte d’Eugène Montfort.
93 Ce texte paraîtra dans Les Marges du quinze janvier prochain (1911), signées P. L, pages 45-50. Trois anecdotes, au moins sont parues dans Passe-Temps : « C’était du temps que M. Clemenceau était président du Conseil », « C’était au temps que le Mercure s’installait dans l’hôtel de la rue de Condé. » et « C’était pendant le procès Zola »
94 Note 60.
95 La lettre de protestation de Paul est parue sous son nom (« Échos » du Mercure du seize novembre 1910, page 379).
96 Paul Mariéton (1862-1911), écrivain provençal, directeur fondateur de la Revue félibréenne (promotion et défense de la langue d’Oc) qui a paru de 1885 à 1909. Voir aussi le Journal littéraire au deux juin 1937.
97 Il s’agit vraisemblablement du dialogue entre A et B : « Vous voulez parler du changement de nom de la rue Humboldt devenue la rue Jean-Dolent, sur les instances de Mme de Paladines ? » « Madame de Paladines » étant Aurel, qui est parvenue à obtenir des changements de nom de rue à plusieurs reprises, dont au profit de ses deux maris.
98 Il ne semble pas que cette chronique soit parue dans le Mercure. Maurice Boissard, tous ces temps-ci publie une chronique dramatique dans chaque numéro.
99 Cette note se trouve page deux dans le numéro du sept juillet, en haut de la dernière colonne. Ce même numéro du sept juillet présente en une, sous un reportage sur les obsèques d’Henri Rochefort, la liste des nommés ou promus, qui sera publiée demain au Journal officiel. Parmi ceux que nous connaissons ici on peut noter J.-H. Rosny, Maurice Donnay (commandeurs) ; Georges Feydeau (Officier) ; Marcel Batillat, Léon Frapié (Chevaliers).
100 Peut-être Les Cœurs malades, (note 3) Charpentier 1904.
101 Marcel Batilliat (1871-1941), romancier symboliste mais proche d’Émile Zola, et comme lui président de la société des Gens de lettres. Avant cela, en 1909, Marcel Batilliat aura fondé la société littéraire des Amis d’Émile Zola. En 1931, Marcel Batilliat publiera chez Rieder un Émile Zola, assez mince mais généreusement illustré. Pour une raison inconnue, Paul Léautaud ne peut pas le souffrir mais c’est pourtant grâce à lui que le nom de Marcel Batilliat est encore cité çà et là.
102 Guy-Charles Cros (1879-1956), professeur de collège et traducteur, a été le secrétaire d’Adolphe van Bever au début de 1914. Le treize octobre 1940 nous le retrouverons « bibliothécaire au musée de la Guerre, au château de Vincennes ». Son père, Charles Cros (1842-1888), était poète et inventeur du phonographe, qu’il n’a pu réaliser faute de moyens. Lire sa nécrologie dans le Mercure de février 1957.
103 André du Fresnois (André Casinelli, né en 1887 et disparu aux premiers jours de la guerre, le 25 août 1914), personnalité royaliste, critique dramatique talentueux à la Revue critique des idées et critique littéraire à la revue de L’Action française. Voir les Pages retrouvées au dix octobre 1912.
104 Octave Mirbeau est mort il y a quatre mois, le seize février 1917.
105 Eugène Montfort, « Avec Mirbeau », deuxième texte du Mercure du premier juin 1917, pages 414-425.

106 Vraisemblablement à cause du paragraphe final dont voici un extrait : « Il a été mal enterré. Et, dans les journaux, lui qui les avait tellement occupés […] je n’ai trouvé, après sa mort, qu’un seul article digne de lui […] ».
107 Référence au faux « testament politique » d’Octave Mirbeau, rédigé par Gustave Hervé avec la complicité de Madame Mirbeau. Lire la page sur « La Mort d’Octave Mirbeau ».
108 Note de Marie Dormoy : « Texte publié dans le numéro de mars 1919. »
109 En juin 1914, Marie Laurencin a épousé le peintre allemand Otto von Wätjen (1881-1942) rencontré à Montparnasse. Surpris par la guerre, ils vivront en Espagne la durée de la guerre. Marie Laurencin et Otto von Wätjen n’ont pas encore divorcé stricto sensu, le divorce ne sera prononcé que le 25 juillet 1921.
110 Le texte en violet provient du tapuscrit de Grenoble.
111 Pierre Billotey (1886-1932), rédigera aussi, en collaboration avec Maxime Revon (1888-1943), deux articles dans l’ouvrage conséquent (deux volumes) d’Eugène Montfort 25 ans de littérature française — Tableau de la vie littéraire de 1895 à 1920, un premier sur l’Académie française et second sur Les Salons littéraires.
112 Cette expression « petit livre » serait injurieuse s’il ne s’agissait ici que de marquer sa faible épaisseur : 107 pages.
113 Louis Barthou (1862-1934), avocat, journaliste et homme politique, huit fois député de 1889 à 1922, plusieurs fois ministre, Président du Conseil de mars à décembre 1913. Louis Barthou fréquentait le salon de Madame de Caillavet. Il sera élu à l’Académie française en 1918. Louis Bartou mourra à Marseille dans l’attentat qui visait roi Alexandre Ier de Yougoslavie.
114 Henri Béraud (1885-1958), avait bien commencé mais il a très mal fini. Journaliste aux premiers temps du Canard enchaîné, ami de Paul Vaillant-Couturier, de Roland Dorgelès et d’Albert Londres, il collaborait aussi au Crapouillot de Jean Galtier-Boissière. En 1922, Henri Béraud a reçu le prix Goncourt en décembre dernier pour son Martyre de l’obèse chez Albin Michel (244 pages). L’affaire Stavisky le trouble et en février 1934 il écrit dans Le Canard enchaîné un article favorable aux manifestants du six février, ce qui lui vaut son éviction du journal satirique plutôt à gauche. C’est le début de la dérive d’Henri Béraud vers l’antisémitisme, puis la droite puis enfin l’extrême droite à l’entrée de la guerre. À la Libération Béraud a été condamné à mort aux derniers jours de 1944 mais a été gracié par Charles de Gaulle. Atteint d’hémiplégie en prison, Béraud a été libéré en 1950 et est mort en 1958. Voir la note dans l’Avant-propos aux chroniques dramatiques, signé Marie Dormoy, rattaché à l’année 1908. Voir aussi le repas chez Florence Gould du onze janvier 1945.
115 Léon Deffoux (1881-1945), journaliste, a écrit notamment sur l’académie Goncourt et sur Huysmans. Léon Deffoux est employé à l’agence Havas depuis 1909. Il est actuellement chef du service des reportages. Léon Deffoux a été, de mai 1917 à janvier 1918, chroniqueur dans une trentaine de numéros du Mercure. Il sera aussi un chroniqueur régulier de L’Œuvre.
116 Paul Morand (1888-1976), écrivain, journaliste, diplomate, faisait partie des « Hussards » aux côtés de Roger Nimier, Michel Déon, Antoine Blondin et Jacques Laurent. Il a été élu à l’Académie française le 24 octobre 1968 au fauteuil de Maurice Garçon.
117 Léon (ou Louis, ou Lucien) Nicolas, typographe à l’imprimerie Nationale, a écrit deux livres sous le pseudonyme de Marmouset : Au lion tranquille (collection de la Bibliothèque des Marges, Librairie de France, 1922), dont les extraits ont été publiés dans Les Marges et dont on peut lire un compte rendu par André Salmon dans La NRF du premier décembre 1922, pages 748-749 ; et Mal-loti, Gallimard, 1931.
118 On sait peu de choses, de Paul Lombard, sinon qu’il est journaliste. Il sera aussi l’auteur, nous dit la BNF, en 1926 de Ce qu’il faut connaître du fascisme (Boivin), en 1928, de À la tribune !, manuel satirique d’éloquence parlementaire à l’usage des électeurs et des candidats (Éditions de France) et en 1932 de Au berceau du socialisme français (Éditions des Portiques)…
119 Antoine de Rivarol (Antoine Rivaroli, 1753-1801), journaliste et pamphlétaire, brillant polémiste, hostile à la Révolution, ce qui lui vaudra l’exil.
120 Page deux, colonne quatre « Les Lettres », sous la signature de Méritan.
121 Remplacé de « Montchrétien ». Antoine Monchrestien de Watteville (1575-1621), poète, auteur dramatique et auteur du premier traité d’économie politique en 1615. Voir aussi au 21 janvier 1943 et la lettre à André Billy du 18 novembre 1953.
122 Maurice Martin du Gard (1896-1970), écrivain et journaliste, petit-cousin de Roger Martin du Gard (le grand-père de Roger était le frère du grand-père de Maurice) et fondateur des Nouvelles littéraires (pour le compte de Larousse), dont le premier numéro est paru le 21 octobre dernier, 6, rue de Milan. Direction : Jacques Guenne et MMG, rédacteur en chef : Gilbert Charles.