Entre recherches de documents et fait divers
Par Maxime Hoffman
Page publiée le trois novembre 2025, date anniversaire de la naissance de Marie Domoy, en 1886. Temps de lecture : trois minutes.
Peu de pages sont réservées à Marie Dormoy, sur ce site pourtant riche d’une nombreuse séquelle de Paul Léautaud. À la question posée, la réponse fut sans appel : « Un monument par site, cela suffit. » Nous devrons donc nous en contenter. L’adresse dormoy.com est libre.
Marie Dormoy — tout le monde le sait — occupa une grande place dans la vie de Paul Léautaud. Elle joua un rôle majeur dans la pérennité de son œuvre littéraire. C’est l’occasion de redonner un peu de visibilité à cette étonnante personne sur leautaud.com.
Le document proposé ici est une feuille au format 21 x 27 cm, standard de l’époque, avant le A4, arrivé au début des années 1970. L’en-tête est à l’adresse de Marie Dormoy, 6 rue Paul Appell, au septième étage, à l’extrême sud de Paris, où elle habite depuis 1934 grâce à Auguste Perret.
Sans enveloppe, nous ne saurons malheureusement pas à qui cette lettre est destinée. Vraisemblablement à une personne faisant des recherches littéraires comme en témoigne le contenu, après déchiffrage de l’écriture pattes-de-mouche :

Voici la retranscription :
14 – VII – 64
Monsieur, il y a bien, en effet, une caisse de papiers de Dumur1 au Mercure de France. Il y en a deux autres qui proviennent de la succession de Georges Batault2. Madame Batault3 vient de mourir. Tout cela est encore très embrouillé. Il faudrait que ce soit Madame Dumur, belle-sœur de Louis Dumur4, qui prenne l’initiative de les faire revenir à Genève, car en fait, elles lui appartiennent, ou qu’elle les donne à la Bibliothèque Jacques Doucet, de l’Université de Paris, 10 place du Panthéon. Vous pourriez pour éclaircir un peu la question vous mettre en rapport avec Jacques Ruff5 1 rue Samuel Constant, Genève, qui s’est déjà occupé de l’affaire, et qui connaît Madame Dumur.
De toutes façons vous pouvez écrire au Dr. de la Bibl. J. Doucet, 10 Place du Panthéon, — malheureusement elle est fermée jusqu’au 1er octobre, il vous enverra la liste des manuscrits qui sont conservés à cette bibliothèque. Vous pouvez dire que vous écrivez sur mon conseil, car j’ai été directrice de cette bibliothèque pendant 27 ans.
Dans les papiers de Léautaud, je n’ai rien trouvé de Jarry6. Les papiers de Van Bever7 ? Personne ne sait ce qu’ils sont devenus. Mme Van Bever8 et morte après une longue maladie9 et le fils10 a fini dans la chaudière du Docteur Petiot11-12.
Vous voyez que je ne vous apporte pas grand-chose, mais je vous souhaite bon courage et vous assure de mes meilleurs sentiments.
Marie Dormoy
Notes
1 Louis Dumur (1863-1933) est un écrivain d’origine suisse qui travailla au Mercure de France. Le nom de Louis Dumur apparaît dans 629 pages du Journal Littéraire, Paul Léautaud y décrivit la longue maladie et agonie de Dumur en l’année 1933. L’on raconte que le chat de Dumur passa le temps de la cérémonie posé sur le cercueil de son maître. Aucune étude sérieuse sur Louis Dumur ne peut être entreprise sans se référer aux Cahiers Louis Dumur, édités par les Classiques Garnier.
2 Georges Batault (1887-1963) est un écrivain et historien suisse, à dominance nationaliste et antisémite. Il cacha néanmoins Jean Paulhan en mai 1944 à son domicile lorsque ce-dernier fut dénoncé comme juif par Élise Jouhandeau.
3 En 1917, Eugénie (Genia) Plekhanov, sœur de Madame Le Savoureux, a épousé Georges Batault (1887-1963).
4 En 1897, Joséphine Campart (1872-1969), a épousé Maurice Dumur (1866-1961).
5 Jacques Ruff, comédien et admirateur de Paul Léautaud, s’est rendu une fois à Fontenay. Paul Léautaud en fait état dans son Journal au quinze avril 1955. Paul Léautaud a répondu à plusieurs lettres de Jacques Ruff cette même année et aussi début janvier 1956, qui lui donnait des nouvelles de la famille Oltramare.
6 Alfred Jarry (1873-1907) est un poète et romancier français, et ami proche d’Alfred Valette. Citons Ubu roi comme l’une de ses œuvres populaires de son vivant. Au cœur de Laval se trouve une librairie proche de la Place de la Trémoille dans la maison d’Alfred Jarry, rue Charles Landelle.
7 Adolphe Van Bever (1871-1927) est un ami d’enfance de Paul Léautaud, travaillant au Mercure de France comme bibliographe. Il est considéré comme un grand érudit. Ils publieront tous deux la série d’ouvrages Poètes d’aujourd’hui.
8 En 1897, Marguerite de La Quintinie (sœur de Léon de La Quintinie né à Paris en 1875), a épousé Adolphe van Bever. Elle mourra le quatre février 1935.
9 Oui et non. Journal littéraire au quatre février 1935 : « Jean-Marc Van Bever venu m’annoncer ce soir la mort de sa mère, survenue ce matin, d’un froid qu’elle a pris il y a huit jours, dans un déjeuner aux environs de Paris chez une amie. Le docteur Aimé qui l’a soignée a dit au jeune Marc qu’il ne faut pas la plaindre. Elle est morte sans souffrances absolument. Or, elle avait été opérée l’année dernière d’un cancer à un sein. Ce cancer était en train de se reformer dans la gorge. »
10 Fils d’Adolphe, Jean (Marc Ernest) (1900-1942). s’est marié en 1924 avec Marie-Louise Hélène Nelson-Pautier, née en 1902, dont il a eu une fille, Evelyne Marguerite Léonie van Bever.
11 Cette anecdote se retrouve dans le Journal littéraire au 28 novembre 1945 : « Ce matin, faire-part du mariage de la petite fille de Van Bever, la fille de son fils Jean-Marc, qui a passé dans les rôtisseries du Docteur Petiot. Je me la rappelle quand elle était tout enfant, faisant la révérence, si gracieuse. » Il s’agit peut-être d’une erreur, la liste des victimes, très incomplète, faisant état d’un Jean-Marie Van Biver.
12 Marcel Petiot (1897-1946) est un médecin français et grand esprit mathématicien. Criminel et accusé d’avoir assassiné 27 personnes durant la seconde guerre mondiale en se faisant passer pour un passeur sous le pseudonyme de Docteur Eugène, il est condamné à mort en 1946 pour ses crimes. L’édition originale de son ouvrage Le Hasard vaincu, « Les lois des martingales — application à tous les jeux de hazard » fac-similé autographe de 350 pages, rédigé en prison, s’arrache aujourd’hui au-delà du millier d’€uros.