Une dernière lettre

Petite page publiée le premier avril 2025. Temps de lecture : moins de trois minutes.

Ça c’est fait comme ça, comme les choses se font entre amis, comme les choses se font ici…

C’était Noël, et comme nous tous, Maxime a eu un peu envie de se faire plaisir. Noël, alors que nous sommes en avril, que pointent les bourgeons aux arbres du boulevard, ça sonne un peu temps anciens pas si mauvais que ça. Donc pour Noël, Maxime s’est offert un cadeau et a eu envie de le partager mais toutes les dates étaient réservées jusqu’à l’été. Cependant la publication de cette page d’avril était l’occasion d’offrir tout de même quelque chose à ceux qui ne disposent pas du mot de passe pour l’autre page d’avril, Paul Léautaud et les Hussards

Heureux d’apporter une petite note à ce beau site, je souhaite partager avec les lecteurs de leautaud.com deux documents inédits : une photo et une lettre. Mais commençons par le commencement.

Les fêtes de fin d’année sont l’occasion de rechercher également pour soi-même un article qui nous ferait plaisir.

C’est dans une boutique virtuelle italienne, située à Milan, que je découvre une planche cartonnée où se trouvent collés un tirage argentique accompagné d’un petit mot de la main de Paul Léautaud et de deux encarts descriptifs.

— Une photo : Paul Léautaud est assis à une table, sa canne dans sa main gauche, toque enfoncée sur sa tête, semblant s’exprimer avec véhémence, un mouchoir dans sa main droite levée, tel un tribun, l’index levé.

Au dos de la photographie se trouve le cachet et le nom du photographe (R. Gautun) du journal L’Aurore (1944-1985).

Ce cachet de L’Aurore appelle le souvenir du léautaldien. Lisons le Journal littéraire au 29 janvier (nous sommes toujours en 1956 et Paul Léautaud est à la Vallée-aux-Loups depuis huit jours) :

Puis Mme le Savoureux est venue me dire qu’un rédacteur de L’Aurore, nommé Philippon, qui prétend que nous nous connaissons depuis longtemps, accompagné d’un photographe, demandait à être reçu pour prendre quelques clichés. Il a fallu me résigner à les recevoir. On l’a photographiée elle-même à côté de moi.

Il s’agit peut-être — selon une note d’Édith Silve au Journal particulier du 31 octobre 1935 — accompagné du photographe Gautun, du rédacteur Henri Philippon, fondateur, cette même année 1935, du mensuel Le Rond-Point des Lettres et des Arts, qui ne semble pas avoir paru très longtemps.

Collé sous cette photographie,

— Un petit mot, charmant, à l’écriture tremblante, est daté du 7 février 1956 (Paul Léautaud est mort quinze jours plus tard exactement, le 22). Ce billet ne fait pas partie de la Correspondance générale.

La destinataire de cette courte missive demeurera inconnue à tout jamais, à notre grand regret. Cependant la proximité verbale de son rédacteur laisse à penser que celui-ci garde sa verve bien connue, ou qu’il s’agisse d’une personne proche.

Quoi qu’il en soit, l’ermite se plait au jeu des autographes, notoriété acquise après ses Entretiens de 1951.

     Le mardi 7 février 1956

C’est à un bien vieux monsieur que vous adressez votre demande d’un autographe. Je m’en voudrais de ne pas vous satisfaire, regrettant que ma demande et réponse soit — soient — du domaine purement platonique.

        Avec mes hommages

P. Léautaud.

Il est également charmant de noter la faute verbale, corrigées par l’auteur.

Compte tenu du décor l’entourant et de sa toque, cela rappelle un ensemble photographique édité par l’hebdomadaire Paris Match du 3 mars 1956.

On peut raisonnablement supposer que la lettre accompagnait la petite dédicace (même gilet, même toque, même écharpe).

— Deux encarts en guise de légendes :

Le premier est une légende de cette lettre : « Léautaud (Paul) célèbre poète et misanthrope écrit l’année de sa mort. “… Je m’en voudrais de ne pas vous satisfaire, regrettant que demande et réponse soit du domaine purement platonique…” »

Le deuxième résume en huit courtes lignes l’œuvre littéraire de Paul Léautaud : « Léautaud, Paul. Critique français (Paris 1872-1956). Il était craint du Mercure de France (Théâtre de Maurice Boissard) ; il évoque sa jeunesse dans Le petit ami (1903) et se montre libertin, compose un grand Journal littéraire âcre. Avec A. Van Bever, il réalise l’anthologie Poètes d’aujourd’hui (1900 et 1929). »

Comme toujours le chipoteur va trouver que c’est à la fois ça et pas ça.

À mon humble avis, cette planche cartonnée servant de support est un emboîtage de deux lots bien distincts : la dédicace et la photo. Un habile collectionneur les a réunis créant cet ensemble, aujourd’hui de retour sur notre sol.

Une fois l’enveloppe reçue, je remerciai chaleureusement le professionnalisme de ce libraire italien. Je lui demandai comment de tels documents atterrirent à Milan, il me répondit qu’il les possédait depuis près de vingt années dans son bureau, sans trop se rappeler de l’origine.

Maxime H.