L’Histoire au Cinéma (1916)

par Edmond Barthelèmy

Trois pages de cette section « Annexes »1 sont des suppléments au texte « Le cinéma dans le Mercure de France de 1905 à 1933 » à paraître dans les Cahiers Louis Dumur de septembre prochain (2022). Le numéro 9 de cette parution annuelle (le numéro huit est épuisé) dirigée par Françoise Dubosson et François Jacob sera réservé au Mercure de France.

La pagination — forcément limitée — de cette prestigieuse revue éditée dans la collection des Classiques Garnier n’a pas permis d’insérer ces annexes, un peu hors-sujet. Le choix a donc été fait de les publier ici, où la place manque moins.

Ces trois annexes sont :

— Une liste des premiers numéros du Mercure où est apparu le mot cinéma (Un fichier Excel à télécharger) ;

— Le texte de Jacques Dyssord « En marge du cinéma » paru dans le Mercure de France du seize août 1916, page 664. Ce texte est le premier texte du Mercure entièrement réservé au cinéma. On peut dire que c’est la naissance — ou la prise en compte — par le Mercure, du cinéma comme événement de société ;

— Ce présent texte d’Edmond Barthelèmy2.


Ce texte d’Edmond Barthelèmy3 est paru dans le Mercure de France du seize octobre 1916 en écho au texte de Jacques Dyssord du seize août.


Dans un numéro récent du Mercure, M. Jacques Dyssord4 publie, sur le Cinéma, une étude d’art pleine d’aperçus ingénieux et de constatations substantielles. Chacun peut faire son profit de ces lignes, entrepreneurs, librettistes, acteurs et public. M. Dyssord a touché à bien des choses ; en ce qui concerne notamment ce qu’on pourrait appeler le répertoire moderne du Cinéma, ses remarques sont précieuses. Sans prétendre aucunement compléter son article, je voudrais seulement dire mes impressions sur quelques spectacles cinématographiques dont l’Histoire faisait les frais.

Je l’avoue tout de suite : elles pourraient être meilleures.

Pour parfaire sa réussite mécanique, le Cinéma doit encore, semble-t-il, réaliser certains progrès. Quelque vacillement persiste sur l’écran. Ce vacillement est surtout sensible lorsque les objets, en s’avançant depuis la ligne d’horizon, se rapprochent du premier plan, c’est-à-dire du bord inférieur du cadre. Avant de disparaître, ils se décomposent alors véritablement sous les yeux du spectateur. Il faudrait aussi diminuer la rapidité des mouvements. Pour le cinéma en couleurs, je ne sais où en est la tentative, et si l’on a pu remédier aux tons plâtreux des chairs : elle est fort intéressante. On a voulu aussi établir la simultanéité de la parole phonographiée et du geste : mais ce progrès-ci ne serait vraiment à souhaiter que si la Mimique, bien plus essentielle au Cinéma que la Parole, était dé-montrée insusceptible de perfectionnement, ce qui n’est pas.

Tel qu’il est, cependant, le Cinéma pourrait offrir de vraiment beaux spectacles. Je dis : pourrait, car, dans les spectacles historiques du moins, il me semble encore loin de compte. La difficulté, d’ailleurs, est sérieuse, attendu qu’elle gît, ici, beaucoup moins dans les conditions matérielles que dans les insuffisances du goût.

Ce sont des insuffisances de cet ordre qui m’ont toujours gâté le plaisir que j’étais tout prêt à prendre à des spectacles où mon amour de l’Histoire pouvait trouver son compte. J’assistais, il n’y a pas longtemps, au déroulement d’un film où l’on avait voulu enregistrer l’époque des Cent-Jours. Ma bonne volonté fut bientôt mise à l’épreuve, lorsque je vis de grossières inventions mélodramatiques prétendre corser la narration cinématographique des événements. Les auteurs du livret, pressés sans doute par les entrepreneurs, qui, souvent, croient le public plus bête qu’il n’est, avaient inventé de toutes pièces un certain général traître en qui la Restauration avait mis tous ses espoirs. Il paraît que Bourmont ne suffisait pas5. Le « traître » s’appelait « Gérard6 » (!) Et depuis le golfe Juan jusqu’au soir de Waterloo, Napoléon, — oh ! le geste saccadé et vertigineusement rapide de la légendaire prise de tabac ! à chaque fois le public riait, — passait son temps à défaire les trames dudit Gérard. Ainsi les « effets » qui résultent et sortent du fonds même de l’Histoire, — effets autrement saisissants que toutes les inventions, n’étaient pas jugés suffisants. On continuait à traîner l’éducation du goût public dans la vieille opposition guignolesque du « grand premier rôle » et du « troisième rôle ».

Cette falsification mélodramatique est d’autant plus regrettable que le spectacle, on le sentait, aurait pu présenter du naturel, de la vérité, et devoir à ce seul mérite son intérêt. Quand les acteurs ne se trémoussaient pas, quand on avait simplement la vue des choses, alors l’illusion devenait acceptable. Ainsi le débarquement au golfe Juan : on voyait un brick authentique, et un va-et-vient de barques chargées de grenadiers : c’était véritablement impressionnant. D’autre part, l’agencement de certaines scènes, trop rares, atteignait presque à l’art. Napoléon, à Sainte-Hélène, malade, dans un fauteuil, caressant les enfants de ses compagnons venus lui offrir des souhaits d’anniversaire, et puis pensant à un autre enfant, au roi de Rome, dont il se met à contempler le buste, douloureusement, tandis que les femmes, Mme Bertrand, Mme de Montholon, avec piété, écartent leurs fils du poignant tête-à-tête : j’avoue que cela m’a ému comme une chose simple et grande bien mise en valeur. Que le cinématographe, quand il s’agit d’historiques spectacles, ne se maintient-il dans cet ordre d’effets véridiques !

Agrippine, Néron et Locuste Néron et Agrippine de Mario Caserini

Je répéterai cette remarque à propos d’un autre film sensationnel, — « Néron et Agrippine7 ». La manière mélodramatique, ici, avait des comportements de la plus basse grossièreté8. C’était l’Histoire mise au point par des courtiers d’assurances. Un chambardement goujat et gaudissardesque9 de l’Histoire. Et pourquoi ? Car ça n’était pas forcé ! (Non pas même par la question d’argent !) Quel intérêt prétend-on éveiller au moyen de « tripatouillages » dans le goût, par exemple, de ceux-ci : Néron, amoureux d’une danseuse et l’égorgeant après le déduit, ce qui ne se trouve dans aucune histoire ni dans aucune légende, et, d’ailleurs, est on ne peut plus gauche, pauvre et plat comme notation sadique ; ou encore, Agrippine précipitée du haut d’une terrasse dans la mer (c’est tout ce qu’on a trouvé pour évoquer la tragédie azurée et funèbre du golfe de Baïes), puis définitivement occise par un voyou sur un escalier, et là-dessus Néron venant se longuement tortiller devant le cadavre, pour exprimer — on ne sait au juste — sa colique ou ses euménides ! Pourtant, s’il est un cas où la besogne se trouve toute mâchée dans l’Histoire, c’est bien le meurtre d’Agrippine, avec les circonstances qui l’entourèrent. On n’avait qu’à traduire en tableaux des textes archi-connus, archi-célèbres. Cela n’eût pas coûté an sou de plus.

Les « tripatouillages » que je viens d’indiquer ne sont pas les pires. En voici qui font de l’Histoire, au cinéma, une caricature, une caricature, hélas, sans esprit. On prétend me montrer l’incendie de Rome… Notons, tout d’abord, que, comme réalisation visuelle, c’était très au-dessous de l’insuffisant et de l’excusable : on voyait un temple, au bout d’une rue, et, de chaque côté de ce temple, une colonne de fumée s’élevant, bien sagement, comme la bouffée d’un pot-au-feu. Encore ne chicanerait-on pas là-dessus : il faut se rendre compte que les difficultés, ici, étaient insurmontables, et qu’on ne pouvait pourtant pas bouter le feu à un quartier de ville pour rester dans la réalité pittoresque. Mais rien n’empêchait de donner une version moins puérilement grotesque de l’événement. Je n’exigeais pas, certes, qu’on s’en tînt à la vérité, qui est l’innocence de Néron dans l’incendie de Rome. Vous ne voudriez pas ! Mais que Néron ait brûlé Rome… Vous ne devinez pas pourquoi ? Mais pour complaire à Poppée, donc ! à cette gueuse de Poppée voulant « éprouver le pouvoir de ses charmes » (suivant le truchement de l’annonce lumineuse) ! Néron semblait, comme moi, trouver la chose tout de même un peu bien forte ; puis, « après tout c’est faisable », avait-il l’air de se dire. Et, du haut du balcon où s’accomplissait cette mémorable scène « historique », il donnait l’ordre à de zélés drilles, leur montrant la ville, d’aller craquer quelques allumettes çà et là. Ça n’était pas long ; de chaque côté du temple, au fond de la rue, deux feux de paille humide s’élevaient, tandis que des figurants envahissaient la rue, s’y dandinant sur place, et que Poppée, en un geste mignard, mimait des sentiments d’admiration : « Ah ! c’est gentil tout plein ! »

Il fallait s’attendre à ce que entre autres balourdises pseudo-historiques, on reprît la légende des rapports de Sénèque et de saint Paul. Cela n’a pas manqué : et je ne songerais pas à m’en plaindre, si l’on avait mis en scène la chose avec quelque goût. Mais qu’on en juge. Saint Paul, nanti d’une fière prestance et orné d’une immense barbe (on connaît cependant les traits du « laid petit Juif », on connaît ce pauvre maigre barbichet de génie ; passons), vient trouver Sénèque, lequel s’est fait, lui, reconnaissons-le, une assez bonne tête de stoïcien, et lui demande d’intercéder auprès de Néron en faveur des chrétiens. Sollicité par Sénèque, Néron refuse, et envoie rouler à terre le gêneur, qu’il foule aux pieds ; et ce n’est même pas ça : il pose, en plastronnant, sa semelle sur l’échine du malheureux précepteur déconfit, tel le dompteur appuyant sa botte sur le lion Brutus. En voyant cette pauvreté sans orthographe, je songeais à la terrible scène élégante et sournoise où Néron, avec de doucereuses paroles empoisonnées, refuse de reprendre les richesses de Sénèque, ivre de lassitude et d’angoisse ; « Si je peux improviser ma réponse aux phrases que tu as consciencieusement préparées, Sénèque, c’est à tes bonnes leçons que je le dois… » Il y a comme cela, dans l’Histoire, de ces détails qui donnent le ton : celui-ci est célébré. On aurait pu l’indiquer à l’acteur chargé de mimer Néron, et qui eût pu s’en inspirer pour composer son rôle d’une façon moins grotesque. Mais l’on se soucie bien de cela !

Si cependant Sénèque n’était que le protecteur des Chrétiens ! Mais les gens qui, par le cinéma, se chargent d’enseigner l’Histoire au peuple ont fait servir le philosophe à des usages autrement imprévus, — par exemple en le ressuscitant, cinq ans après sa mort, pour être le chef de la révolte qui détrôna Néron ! ! ! J’ai beau chercher, je ne trouve pas de raison à cette sottise, ni la commodité (il eût été aussi facile de montrer Vindex10, — hein ! le beau nom pour un public ! — ou même, au besoin, le préfet du prétoire), ni l’amusement (même dans le genre tintamarresque, il y a la manière, et on ne l’a pas), ni l’économie d’argent (il se trouve, par ailleurs, des superfluités), ni rien. C’est l’amour du bousillage pour le bousillage.

Amour bien fort, car il ne regarde pas à la dépense, même inutile : et par exemple (citons encore ce tripatouillage), on a payé, sans nul besoin, une actrice pour venir mimer, au moment de la mort de Néron, un rôle d’amante qui se tue sur le cadavre du pauvre chéri. Une amante ? Oui, elle surgit comme ça, tout d’un coup, sans qu’on l’ait encore jamais vue dans la pièce, cette héroïne du dévouement amoureux ! Y a-t-il la moindre trace dans l’Histoire, la Légende, ou le Tintamarre ? Pas la moindre, je vous le garantis. Mais tout arrive, et la preuve c’est cette demoiselle que voici soudain dans le bois où se passe la chose (car cela se passe « au fond des bois » ; qu’est-ce qui empêchait de « tourner » quelque chambre basse ou quelque cellier dans une ferme ?) — et qui tombe au pied d’un arbre, auprès du gisant Néron, imaginant ce dernier moyen de voir en sa compagnie les feuilles à l’envers.

Je ris ; et, évidemment, il ne faut pas se frapper. Puis, l’on me dira : « Qu’est-ce que ça fait ? le public ne s’en aperçoit pas ! » Mais il ne s’en apercevrait pas davantage, si l’on se souciait de quelque bon sens, je veux dire, il ne protesterait pas davantage (du moins j’aime à le croire !) Voyons ! Des gens de quelque savoir ont mis la main, ne fût-ce qu’en passant, dans la préparation de ces spectacles : les érudits qui se sont occupés du décor, les artistes qui ont dessiné les costumes. Ce sont gens qui ne manquent pas d’apporter avec eux quelque atmosphère historique, quelque sens critique, tout au moins quelque goût. En général, ils sentent et détestent la gaucherie, l’inélégance, et l’impropriété. Ils supportent mal le sans-gêne en fait d’art. Les auteurs du livret auraient-ils si peu profité de leur influence ? Ces auteurs sont peut-être gens de goût : mais alors c’est qu’ils sont brimés par les entrepreneurs. À ces derniers, donc, on dira :

Bonnes gens qui, pour établir un film sensationnel, faisant recette, n’hésitez pas à dépenser un million, nous dit le prospectus, mettons cinq cent ou trois cent mille francs, en tenant compte du bluff, — pourquoi ne pas écouter les personnes qui s’y connaissent et ne pas respecter un peu plus les choses auxquelles vous touchez ? Prouvez-moi que cela augmenterait vos frais généraux, je retire immédiatement mon exigence. Si c’est une question d’argent, rien à dire les affaires sont les affaires. Mais je vous en réponds, l’exactitude, le goût ne vous coûterait pas un sou de plus. Au contraire. Un exemple : si vous aviez consulté quelques historiens, vous auriez fait l’économie de la scène d’orgie sous Claude. Claude était livré à ses affranchis et à ses femmes, mais il n’eut point la manière sardanapalesque de Caligula et de Néron. C’était assez des orgies de celui-ci. Etc., etc. Avez-vous eu peur, d’autre part, d’indisposer le public par quelque souci de style, avez-vous craint une protestation silencieuse se traduisant par des salles désertiques ? Ah ! ça, ce serait plus sérieux. Je comprendrais. Je disais que le public ne s’aperçoit pas de la trivialité ; mais il s’aperçoit de la beauté, hélas ! (car j’étais, peut-être, trop optimiste, plus haut) ; et ou ne sait jamais comment ça tourne. On l’a dit : il y a des gens à qui quelque chose de beau fait toujours l’effet d’une insulte personnelle. Cependant, ne croyez pas non plus le public plus bête qu’il n’est. Cela s’éduque, le public. On arrive, — et sans grands frais, peut-être, — à faire passer la beauté. Je suis de l’avis de Goethe : faisons toujours comme si tout était bienveillance, esprit, sincérité. Laissons — volontairement — fonctionner notre candeur à toute allure. C’est un hameçon confiant dans une eau profonde et mystérieuse. Ça peut mordre, ça mord. Pourquoi, du reste, entrepreneurs, vous aligner les connaisseurs ? Ils ont des moyens de se faire entendre.

Après Napoléon, après Néron, on voulut me mener, sachant mon adoration pour Flaubert, à un film représentant « Salammbô11 ». Mais cette fois, rien que la vue de l’affiche me mit en fuite ! The Iron Man (Mâtho12 !), dans un bel effet de biceps, levait à bout de bras au-dessus de sa tête et précipitait par la fenêtre un autre drille13, très frisé, on ne sait quel assyrien des Batignolles ou de Brooklyn. Ô Flaubert, ce n’était pas assez de M. du Locle14 : il te fallait Barnum !

On demandait un jour à Mounet-Sully son avis sur un film : Œdipe-Roi :

— « Heu ! fit-il, il y a beaucoup à faire encore ! »

Beaucoup !

Edmond Barthèlemy

Appendice

Dans la rubrique « Histoire » du Mercure du seize juillet 1917 (page 318), Edmond Barthèlemy écrivait ce complément :

Dans un article sur l’Histoire au Cinéma j’écrivais il y a quelque temps ces lignes, qu’on me permettra de transcrire :

Après Napoléon, après Néron, on voulut me mener, sachant mon adoration pour Flaubert, à un film représentant « Salammbô ». Mais cette fois rien que la vue de l’affiche me mit en fuite ! The Iron Man (Mâtho !), dans un bel effet de biceps, levait à bout de bras au-dessus de sa tête et précipitait par la fenêtre un autre drille, très frisé, on ne sait quel assyrien des Batignolles ou de Brooklyn. Ô Flaubert, ce n’était pas assez de M. du Locle : il te fallait Barnum !

Or, je lis, dans un journal du matin, que la nièce de Gustave Flaubert intente un procès aux auteurs de ce film ridicule, où l’on voit, par surcroît, Salammbô, déjà mariée à·Narr’Havas dans l’œuvre de Flaubert, épouser Mâtho, C’était aller un peu loin dans le sans-gêne, et l’exécutrice testamentaire du grand homme a eu mille fois raison de saisir de la chose les tribunaux. Que, là-dessus, l’auteur de l’article où nous recueillons ce fait, M. Maurice de Waleffe15 approuve ce « tripatouillage » et, pour de soi-disantes raisons sentimentales, se range résolument du côté du « grand public » contre le chef-d’œuvre, cela ne nous surprend pas. II y a longtemps que nous savons combien l’Art est haï et bafoué. Souhaitons cependant que la jurisprudence à intervenir dans ce litige sache imposer au moins le respect de la propriété d’autrui, dans les cas illustres où elle est, comme ici, moralement inaliénable.


1       Est fait ici référence à la liste des pages de ce site, que l’on trouve à droite sur les écrans d’ordinateurs ou à la fin sur les plus petits écrans.

2       Edmond Barthèlemy (1868-1934), bibliothécaire chez Henri de Rothschild et auteur Mercure. Voir sa nécrologie dans les « Échos » du Mercure du quinze octobre 1934, page 441. Toutes les capitales abusives de ce texte ont été laissées telles.

3       Il est ici nécessaire de faire un point sur les trois homonymes ou quasi-homonymes : Edmond Barthèlemy (parfois Barthélemy), André Berthellemy et Antoine Barthélemy. D’autres incertitudes sont par ailleurs entraînées par des graphies incertaines. Ainsi dans la nécrologie d’Edmond (« Échos » du Mercure du 15 octobre 1934, page 441) nous lisons en chapeau : Barthélemy avec un é, et dans le corps du texte Barthèlemy avec un è. La fiche de Gallica porte un è mais les couvertures des livres, normalement approuvées par l’auteur, portent soit un é (Richard Wagner), soit un è (Thomas Carlyle, Essai biographique).

4       Jacques Dyssord (Jacques Moreau de Bellaing, 1880-1952), licencié en droit, poète et écrivain, ami d’André Billy qui écrira dans Le Pont des Saint-Pères (Fayard, 1947) page 29 : « Sur Jacques Dyssord, c’est un livre que je pourrais écrire ». Jacques Dyssord a longtemps été de ces habitués que l’on rencontrait chaque neuf novembre au Père-Lachaise auprès des amis de Guillaume Apollinaire. Dans sa critique des Poètes d’Aujourd’hui parue dans le quotidien L’Œuvre du onze mars 1930, regrettant l’absence de Jacques Dyssord dans ce choix, André Billy écrira : « Il fallait y mettre le douloureux, le capricieux, le désenchanté Jacques Dyssord. »

5       Allusion à Victor de Ghaisne (1773-1846), comte de Bourmont, royaliste mais maréchal de Napoléon, qui a fini par déserter trois jours avant Waterloo puis trahir.

6       Allusion au supérieur militaire de Bourmont, Étienne Maurice, comte Gérard (1773-1852), qui a désapprouvé sa conduite.

7       Néron et Agrippine film italien réalisé par Mario Caserini, sorti en mars 1914 en Italie et exploité en France dans le circuit Pathé. Longueur : 2 000 mètres soit une heure cinquante (un pied/seconde). Georges Sadoul, dans son indispensable Histoire du cinéma (muet) en six tomes (Denoël 1951) écrit (tome III, page 206) : « Le film, annoncé comme un chef-d’œuvre, fut présenté à Paris par Pathé, qui avait acheté très cher son exclusivité. La publicité affirma que la mise en scène avait coûté un million de francs et ses sous-titres précisèrent le prix de revient des principaux tableaux. Le film […] fut un échec total. On se moqua d’Agrippine qui trébuchait dans son péplum et de ses gestes excessifs. La salle du Gaumont-Palace croula sous les rires. Le film italien à l’antique paraissait toucher la fin de sa vogue. »

8       Edmond Barthèlemy sait de quoi il parle. Spécialiste de ce temps, il a publié dans le Mercure d’avril 1906, pages 382-389 un article « Sur Néron ».

9       Allusion évidente au roman de Balzac de 1833 L’Illustre Gaudissart. Quatrième de couverture de Bernard Guyon pour l’édition des Classiques Garnier : « Renversant le schéma traditionnel, L’Illustre Gaudissart propose l’incursion d’un Parisien dans le monde de la province. Commis chargé de vendre des assurances et des abonnements de presse, le héros incarne une nouvelle espèce sociale qui prospère en détournant le langage au profit du marché capitaliste en plein essor. »

10     Vindex, à la fois Gaulois d’Aquitaine et sénateur romain, conduisit une fronde en 68, qui allait conduire à la chute de Néron.

11     Quatrième de couverture de l’édition d’Édouard Maynial pour les Classiques Garnier : « Ce roman historique, s’il l’est, est celui d’un poète. Celui qui ressuscite l’Orient des noires splendeurs, dans un exotisme de désir et de sang, qui fait résonner les marbres du palais sous les pas d’Hamilcar, et qui mêle à la chair le vin et la soie. À travers la guerre des Mercenaires, c’est toujours de beauté que Flaubert nous parle : une beauté brute et vive, triomphale, dont les parnassiens comme les symbolistes recevront l’héritage. / Qu’importe alors que s’efface l’histoire sous la légende quand, dans le soleil rougeoyant de Carthage, entre les figuiers et les vignes, Salammbô paraît. »

12     Le Libyen Mâtho, amoureux de Salammbô mais ne pouvant l’obtenir se révèle un barbare guerrier.

13     Peut-être Narr’Havas, son rival auprès de Salammbô.

14     Allusion cruelle à Camille du Locle (1832-1903), auteur du livret de Salammbô pour le dernier opéra du très-oublié Ernest Reyer (1823-1909), créé en février 1890 au théâtre de la Monnaie de Bruxelles puis à Rouen la même année.

15     Maurice De Waleffe (1874-1946), directeur du quotidien populaire Paris-Midi. On se souvient presque uniquement de Maurice De Waleffe pour avoir été le créateur du concours de beauté Miss France en 1920.